mercredi 4 avril 2018

Un déjeuner au Layon, 139 rue du Château, 75014 Paris

J'adore découvrir de nouveaux lieux, non pas parce qu'ils sont nouveaux mais parce que c'est là que j'ai le plus le sentiment de faire quelque chose de vraiment utile ... à condition bien entendu que je sois enthousiaste (au "pire" je n'écris rien), ce qui est largement le cas pour ce Layon situé 139 rue du Château dans le 14ème arrondissement, tout près de la maison où j'ai habité une dizaine d'années.

Deux passionnés y ont établi leur quartier en osant une association qui sorte des sentiers battus ... tout en choisissant pile un intitulé qui évoque ce chemin particulier, un petit sentier forestier.

Candyce Piotin, la parisienne, officie en salle et Phildera Diazabakana, le normand, est aux fourneaux. La première a exercé dans le luxe et est tombée en amour pour les vins. Le second est passé par l'école Auguste Escoffier, a fait escale au Citrus Etoile et chez la Mère Catherine, et ne sent pas de grandes limites à son inspiration.

Tous deux respectent la cuisine française qu'ils n'ont de cesse de dynamiser avec un ou deux ingrédients inattendus. Leur cuisine est un voyage que tout le monde a apprécié unanimement ce midi. Le restaurant affichait complet, et visiblement avec un certain nombre d'habitués.

Phildera est très soucieux de ménager la surprise. Ne comptez pas choisir en fonction de ce que vous voyez dans l'assiette de votre voisin. Le midi c'est possible mais le soir, deux tables proches ne recevront pas les mêmes plats. Ça implique la confiance mais c'est très malin. Hormis les obsessionnels qui mangent toujours la même chose (j'en connais, quelle tristesse) rien n'est plus agréable que d'être étonné.
Je connais le jus d'hibiscus. J'aurais pu me dispenser de goûter celui que la maman de Phildera prépare. Je me serais privée d'un réel plaisir. On sent la vanille et je parierais qu'il contient de la grenade. Il est excellent.
Le duo sait s'adapter à la clientèle, mais sans précipitation ni effet de mode. La musique est jazzy, plutôt douce, respectant les conversations. On prend le temps ici. La preuve, la pendule est encore à l'ancienne heure. Les codes sont brouillés.  Les plateaux de bois sont robustes. Il n'y a pas de nappe mais les serviettes sont en tissu. La décoration est raffinée. Le cuivre s'accorde au wax qui devient oeuvre d'art et garnit les corbeilles de pain, lequel vient de Thévenin, un boulanger installé dans la rue voisine, rue Daguerre, Porte d'Orléans, et à Saint Placide. Le pain blanc côtoie le pain aux graines, pour que le client choisisse selon sa préférence. Les deux relèvent de la gourmandise.

J'ai entendu dire que la cuisine du Layon était exotique. Elle est d'abord très française. Celui qui veut absolument un qualificatif devra se satisfaire du terme "néo-bistrot". Mais venons-en à ce que j'ai vu dans les assiettes.

mardi 3 avril 2018

Les étrangers de Éric Pessan et Olivier de Solminihac

Je devais rencontrer Eric Pessan et Olivier de Solminihac ce soir à La Mouette rieuse (qui est bien davantage qu'une librairie) pour en savoir davantage sur Les Étrangers, un roman qu'ils signent de leurs deux patronymes (les prénoms ne figurent pas sur la couverture, très sombre, éclairée d'une typographie orange) et qui paraîtra demain à l'Ecole des loisirs.

L'action démarre dans une gare mais ça n'a pas été de bonne augure pour Eric Pessan qui est resté à quai à Nantes. Seul Olivier a réussi à venir des Hauts de France où se déroule d'ailleurs l'histoire.

Les deux compères se connaissent de longue date même s'ils n'avaient pas encore travaillé ensemble. Leur collaboration est née de l’impossibilité dans laquelle Olivier s'engluait, dans la construction d’un roman associé à un gros travail d’archives et de documentation, trop lourd à faire avancer.

Il a voulu "passer à un autre projet", d’écriture cela va de soi, mais pas tout seul. Eric pouvait être le bon associé. Parce qu’ils ont ensemble des affinités, qu’ils ont tous les deux publiés à l’École des loisirs, donc dans un cadre connu de tous les deux. Et parce qu’Eric (aussi) a publié comme lui des ouvrages avec des plasticiens. Tout cela laissait pressentir qu’ils pourraient passer outre les difficultés s’il en survenait.

Eric donna immédiatement un accord de principe alors même qu’aucun des deux ne savait de quoi il pourrait être question, quelle thématique ils allaient explorer, ni quand ils seraient disponibles pour y travailler ensemble.

La situation de départ s'est construite en l’espace de quelques semaines : une gare désaffectée, des rails, un garçon de quinze ans et l’exigence d’écrire sur un thème d’actualité. Eric vivant à Nantes, Olivier à Dunkerque, les circonstances imposaient de fonctionner à distance, en écrivant chacun un chapitre, à tour de rôle.

lundi 2 avril 2018

Les Balades Electriques d'EVIE

Il est probable que vous ne connaissez pas EVIE mais je gage qu'une fois que vous aurez entendu son timbre particulier vous n'aurez qu'une envie, l'écouter en boucle.

Son nouvel album, balades électriques, disponible depuis le le 30 mars (In Ouie Distribution) est porté par des mélodies qui s'inscrustent et des textes profonds que j'aime à tort et à travers (piste 1) qui nous embarquent en balade pieds et poings liés, comme Lola (piste 2) par ci par là.

Trois petits tours, et puis s'en va ... les personnages féminins chantés par EVIE sont attachants. On s'y reconnait. On a tous été un jour sur un pied de guerre, sur un quai de gare ... (piste 3).

Auteur compositeur interprète, EVIE (avec un trait sous le premier E) écrivait en anglais par pudeur, parce que c'était plus facile de dire les choses dans une langue étrangère. Par chance pour nous, elle s'exprime désormais en français et s’applique à trouver le mot juste pour exprimer de façon simple et universelle ce qui touche à l’intime. A des déchirures qui lui sont personnelles mais que l'on peut partager.

EVIE a chanté en anglais, puis en français, joué du piano, puis de la basse, traversé quelques orages et quelques tristesses que l’on devine ici et là au fil de ses mots. Elle a gardé le cap et la passion qu'elle chante d'une voix grave et claire.

D’abord chanteuse du groupe Time Factory, avec l’album No Borders (première partie de Feist et Rachid Taha), elle est devenue la voix féminine du duo Paris Brune en 2010 (L’oeil du Cyclone, Jive Epic). Elle a commencé un projet solo l'année suivante, reprenant pour l’occasion le surnom que quelques amis lui ont donné : EVIE. Elle a bien fait de quitter le rang ... comme le chante légèrement Lola, pour être cette voix qui montre la voie de ces promenades que l'on suit en sa compagnie avec beaucoup de plaisir.

Il y a de la révolte dans les paroles de ses chansons mais aussi une énergie communicative soutenue par ses musiciens, une violoncelliste et un guitariste alors qu'elle se réserve le clavier ou la basse – un instrument pour lequel elle dit être "tombée en amour" il y a quelques années déjà. Elle n'avait pas prévu d'enregistrer elle-même les basses pour cet album mais elle ut encouragée par l'équipe. Et c'est réussi ! Le riff de basse qui soutient Un dernier verre, en fait la démonstration.
Un cycle s'éteint, un autre s'ouvre, c'est clair (...) Ne plus regarder en arrière.

On approuve EVIE d'avoir emprunté ce chemin pour revenir en studio entre la Bourgogne et Paris pour enregistrer un nouvel opus, point d’orgue de sa collaboration depuis 2 ans avec ses deux musiciens, également présents sur scène.

Lʼalbum offre autant de balades que de révoltes, avec une certaine mélancolie (portée par le violoncelle) sur le monde urbain et ses habitants … les gares, les villes où se ruent des Foules absurdes. Les parisiens savent combien le métro a quelque chose d'absurde. C'est un univers un peu violent, anxiogène, qui pose la question de s'interroger sur l'opportunité de quitter la ville, en l'occurrence Paris qu'on peut tout autant détester et adorer.

Parce que la ville, la nuit, c'est aussi l'espoir de l'autre coté du bar où les regards cherchent l'âme soeur pendant une de ces balades électriques ... sur le rail de nos nuits blanches. (Electric Ballad piste 7)

Il y a d’un côté l’espoir, incarné aussi par La Ligne (piste 10) et ses envolées de cordes qui semblent tirer vers la lumière Ce fut le premier clip à sortir. Le titre représente bien l'album, basse, clavier, violoncelle, petite boucle électro, et surtout en parlant de l'avenir et d'un horizon qui se fait plus clair.

De l’autre, pointe le désenchantement. On y retrouve les thèmes de la rupture et du désamour (Game Over, piste 1), de l’abandon comme Sur un quai de gare (piste 3), acoustique au piano (le premier des instruments qu'elle a joué), chanson imaginée pour un enfant qui attend son père ou sa mère sur un quai toute sa vie, ou Et quand viendra le jour (piste 8), histoire d’une poupée de chiffon laissée dans un magasin de jouets.

En marge du reste de l’album, Des heures (piste 6), véritable plainte aux accents trip-hop, dévoile une atmosphère sonore de prédilection, également présente dans la chanson Puisque les clowns (piste 11), écrite suite aux attentats de Charlie Hebdo et qui clôture brillamment cet album.

Souhaitons à la jeune femme d’autres lendemains et de nouveaux horizons sonores, aussi intenses et poétiques, que ces balades électriques.

Elle sera en concert :
Le 4 avril au Cavern (75) - Avec Haakan
Le 5 avril à O'Gib (93) - sélection The Spring Board Show
Le 21 avril à La Passerelle (75) - soirée "J'ai rendez-vous avec"
Le 29 avril à Clermont Ferrand (63) - sélection Carrefour de la Chanson
Le 1er juin à la Guinguette de Coulanges-sur-Yonne (89)
Le 2 juin au Fournil de Lucy-sur-Cure (89)
Le 14 juillet à la Scène Faramine, Pierre Perthuis (89)

dimanche 1 avril 2018

Le monte-plat de Harold Pinter

En ce jour de premier avril je recommande un spectacle imprégné par l'absurde, Le monte-plats que l'auteur Harold Pinter, avait sous-titré Quelques heures à tuer.

L'affiche montre deux personnages, manipulés comme des marionnettes, et vous remarquerez une balle posée à coté d'eux, une vraie balle (mais à blanc) tirée pendant le spectacle et que m'a donné Mathias Minne qui est l'un des quatre comédiens  Je veux bien croire que ce n'est pas une blague, et qu'elle portera chance.

Dans un sous-sol, deux tueurs à gages, Gus et Ben, attendent leur prochain "contrat". Ben lit le journal et Gus cherche à faire du thé. Le temps passe, provoquant ennui, impatience et pour finir tensions entre les deux compères. Soudain une enveloppe glisse sous la porte, un monte-plats se met en branle. C’est le début d’une série d’événements étranges et angoissants. Sont-ils observés ? Par qui ? Pourquoi ? Qui donne les ordres ? Avec cynisme et humour noir, Pinter dépeint une société asservie qui obéit aux ordres, aussi absurdes soient-ils. On aimerait croire que cette société n'est pas du tout la nôtre... même pas un peu.

Étienne Launay, le metteur en scène, (qui joue au Lucernaire dans un autre spectacle, l'Affaire Courteline) considère la pièce au-delà d’un théâtre de l’absurde. C'est selon lui un "théâtre de dérision" associant un univers comique et un rire grinçant au tragique de l’existence : J’ai la conviction que l’absurde reste aujourd’hui un excellent vecteur de vérité. Pinter nous plonge dans le tragique de l’Homme face à lui-même, et dans l’angoisse incessante du monde extérieur qui nous hante tous. Gus et Ben sont deux personnes "déviantes" au sens sociologique du terme, et qui interrogent forcément l’ordre imposé. L’un de mes désirs premiers est de placer le spectateur au centre de cette bulle propice au questionnement de l’être pour nous permettre d’avancer, je l’espère, dans notre quête de vérité.
Et pour ce faire il a eu une idée géniale, celle de diviser le plateau en deux et d'engager deux acteurs pour interpréter Ben et deux autres pour jouer Gus. Ainsi ce sont, à Jardin, Benjamin Kühn (Ben 1) et Simon Larvaron (Gus 1), et à Cour, le couple Bob Levasseur (Ben 2) et Mathias Minne (Gus 2). Si on considère aussi les espaces qui s'étendent derrière le rideau de fond et les deux coulisses ce sont en fait six espaces dans lesquelles évoluent les comédiens. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il y a une étanchéité sans faille et les deux duos évoluent chacun dans leur zone, organisé en trois espaces. Depuis la salle on ne voit jamais plus d'un Gus et un Ben, mais pas nécessairement dans le même camp de base.

samedi 31 mars 2018

Vent du Nord, un film de de Walid Mattar

Vent du Nord est un premier film et il a toutes les qualités qu'on attend d'un long-métrage.

J'ai eu la chance de le découvrir à sa sortie et de participer à une discussion avec son réalisateur, organisée par le Rex de Chatenay-Malabry (92). Walid Mattar a réussi son pari : démontrer qu'il existe un parallèle entre deux pays différents et la destinée de deux personnages, un ouvrier vivant sur la Côte d'Opale et un tunisien au chômage.

Lui-même est né dans la banlieue de Tunis, exactement là où il a posé ses caméras, et ses images témoignent de la ressemblance (inattendue pour nous) entre les deux paysages.

Ça commence brièvement dans l’ambiance joyeuse d’une fête foraine et de feu d'artifices juste avant que la caméra ne s’arrête sur le visage de Hervé Lepoutre (Philippe Rebbot) qui emporte-pièce des morceaux de cuir dans l’usine de chaussures où il est ouvrier qualifié depuis 32 ans. Ce n'est pas tout le monde qui s'enorgueillir d'une telle longévité ... pourtant elle ne garantit rien quand les patrons veulent délocaliser pour faire encore plus de bénéfices. L'usine va être délocalisée. 

vendredi 30 mars 2018

Justice de Samantha Markowic, mise en scène de Salomé Lelouch

Je suis allée voir hier Justice, écrit (et joué) par Samantha Markowic au Théâtre de l'Oeuvre, mis en scène par Salomé Lelouch. Plus que 2 représentations, à 16 h et 21 heures aujourd'hui. C'est prodigieux de justesse (oui c'est le mot) et interprété avec immense talent. C'est rythmé, intelligent. Le spectacle dégage une grande humanité et le texte est pourtant sans concession. La démonstration est brillante. Le théâtre du vrai peut être aussi du vrai théâtre. Bravo. Courez-y ! Et espérons une reprise ultérieure.

Parce qu'elle a été confrontée à la justice, Samantha Markowic a eu envie de travailler sur des interrogatoires, des témoignages, et des scènes d’audience, que Salomé Lelouch a mis en scène en nous plongeant au cœur d’une justice en temps réel, celle des comparutions immédiates. Elle avait très bien réussi à dénoncer ce que cachait le Politiquement correct à la Pépinière il y a deux ans et j'étais sure que cette nouvelle mise en scène serait une autre forme d'interpellation.

Je deviens dingue, voilà ce que répètent les trois comédiennes en écho sur tous les tons toutes ensemble, campées sur leurs jambes, droites devant le rideau de fer. Je me suis fait taper, putain, et il a un sursis. On attend la seconde ? C'est quoi cette justice ?

Une des bonnes idées du spectacle est de faire jouer les fonctions de procureur de la République, d'avocat et de prévenu (homme ou femme) uniquement par des femmes, dans un domaine si masculin. Elles sont donc trois comédiennes qui changent de rôles entre les scènes, démontrant que tout le monde peut un jour ou l'autre être de l'un ou de l'autre coté de la barre. Rien n'est tranché et la justice est une machine à broyer.

jeudi 29 mars 2018

Un goûter au Meurice

J'en rêvais ... je suis allée prendre un tea-time au Meurice, entrainée par mon amie Stéphanie, dans ce bel espace qu'est le grand salon redécoré par Philippe Starck en 2007. Il porte en toute légitimité le nom de Salvador Dali qui fit du palace sa résidence pendant trente ans.

Une draperie monumentale, réalisée par Ara Starck, peintre (musicienne et fille du designer), est tendue au plafond. Une phrase pleine de poésie court le long tout autour de la salle, sans vraiment de début et de fin, laissant le visiteurs libre de l'interpréter :

Il y a quelqu’un derrière l’horizon / Mais il se fait tard allons souper / Sous la spirale étroite des murmures / Que domine un petit jardin / Ceci et cela / Le troisième acte est le plus court /Silence traversé au-delà / Quelques reflets égarés.

mercredi 28 mars 2018

En tout bien tout honneur d'Olivier Chavarot

L'expression prend sa source dans l'Avare de Molière. "En tout bien tout honneur" signifie sans arrière pensée, sans relation sexuelle. Quand un homme propose une soirée à une femme en invoquant cette expression il y a fort à parier qu'il pense tout le contraire. Mais qu'en est-il quand c'est une femme qui le dit ?

Benjamin Zeitoun, dont le métier principal est d'être opticien, a voulu regarder à la loupe les failles d'un fait divers tragique, totalement réel, dont il a eu connaissance et qui s'est déroulé en Australie. Un homme, habitué à avoir recours à une application pour faire des rencontres, tombe littéralement amoureux de la photo qu'il découvre sur son smartphone, parvient à obtenir un rendez-vous et perd le contrôle de la situation.

On ne sait pas si la jeune femme est une croqueuse d'hommes ou si elle est sincère. Toujours est-il que, sous l'effet de l'alcool, cette rencontre d'un soir bascule dans le drame au lieu d'évoluer en une belle relation ou du moins vers la comédie romantique.

Benjamin Zeitoun incarne ce célibataire en quête de l’âme sœur et présente une nouvelle facette de ses nombreux talents (il est aussi écrivain et organisateur du Benjamin Show). Aurélia Montea assure le rôle de la jeune femme avec une telle ambiguïté que le spectateur s'interroge sur ses motivations. Lucienne Moreau, la grand-mère préférée des français, y fait une apparition pétillante.

Olivier Chavarot a réussi une réalisation qui confère à ce court-métrage les qualités d'un long, aussi en terme de décors, de lumières, de scénario que de distribution. Les séquences sont agencées de manière à ce que le spectateur soit surpris par l’imprévisible.

Il va de soi qu'une projection appelle naturellement à poursuivre avec un débat sur les nouvelles tendances en matière de rencontres. Et même si ce court-métrage est en soi une réussite il a aussi le mérite de pouvoir être un support d'information et de mise en garde qui fait défaut, surtout auprès des jeunes.

A signaler que Benjamin Zeitoun est également le producteur du film. Il est décidément le patron slash que j'avais rencontré l'an dernier. Nous aurons sans doute d'autres surprises avec lui.

En tout bien tout honneur, court-métrage de 20 minutes, réalisé par Olivier Chavarot avec Benjamin Zeitoun, Aurélia Montea, Malcolm Conrath et Lucienne Moreau.

mardi 27 mars 2018

Le dernier porc de Horace Engdahl chez Serge Safran Editeur

Avec un titre pareil, Le dernier porc, on ne peut que songer au déferlement des témoignages qui ont secoué les médias ces derniers temps. La campagne "Balance ton porc" incitant à dénoncer les comportements abusifs a démarré en France à l'automne dernier et on a envie de croire que Horace Engdahl, bien que suédois, mais parfaitement francophone, s'en est pas inspiré pour écrire ce livre. Sans doute pas puisque l'édition originale, suédoise, date de 2016.

Laissons parler l'auteur (p. 16) : J'aimerais à cette occasion rappeler la phrase qu'on pouvait lire dans une ancienne dissertation d'un écolier : "Si le porc pouvait dire  : "Je suis un porc", il ne serait plus un porc mais un être humain." Voilà une vraie perle philosophique.

Que pouvons-nous ajouter ? Ce livre mince de moins de 100 pages ose multiplier les questions et ne se lit pas si vite qu'on pourrait le penser. On se surprend à revenir moult fois en arrière pour décrypter le sens caché, et peser s'il s'agit d'un premier ou d'un second degré. L'auteur a le (grand) mérite de nous forcer à réfléchir.

lundi 26 mars 2018

Un menu tout poisson avec Pavillon France

Vous connaissez sans doute le logo de Pavillon France, qui est la marque des produits de la pêche française. Le site valorise toute la diversité des produits de la mer français, avec l'objectif de soutenir la filière et d'aider le consommateur à choisir et cuisiner les produits de la pêche en toute simplicité. Il frétille de recettes, simples, souvent originales, toujours bien pensées.

Aujourd'hui je vous en donne trois, que j'ai eu la chance de réaliser en suivant les conseils du Chef Olivier Chaput.

Ce qui est surprenant c'est qu'il a réussi à caser du poisson en entrée, en plat et en dessert, et qui plus est à chaque fois associé à un fruit.

Ce qui n'est pas étonnant c'est combien nous nous sommes régalés, en premier en raison de la fraicheur des produits, mais aussi de la justesse des assaisonnements.

Très sincèrement vous auriez tort de ne pas vous inspirer de ces recettes ... qui à l'heure où j'écris cet article ne sont pas sur le site. Voilà donc une petite exclusivité A bride abattue en quelque sorte.

Le menu se déploie entre :
Haddock fumé et croquante de fenouil à l'orange
Filet de lieu noir, purée de patates douce parfum coco, vinaigrette passion
Sablés à l'encre de seiche, crème légère au citron
                 
Et en bonus je vous dirai à la fin comment j'ai cuisiné de beaux maquereaux tout frais.

dimanche 25 mars 2018

Seuls les enfants savent aimer de Cali, au Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer, c'est écrit page 65 (...) Seuls les enfants meurent d'amour. (...) A chaque seconde le coeur d'un enfant explose.

Sans doute le coeur de Cali n'a pas encore cicatrisé puisque à près de cinquante ans il publie ce livre qui, même s'il est présenté comme un roman, est un cri d'amour déchirant : Tu me manques à crever, maman. Jusqu'à quand vas-tu mourir ? (p38)

Ce qui est difficile à percer c'est si Cali a écrit avec les yeux de cet enfant de 6 ans qui regarde le cortège funéraire de sa mère passer sous sa fenêtre ou si ses mots sont ceux d'un adulte. Le fait qu'il n'ait pas signé le livre de son vrai patronyme, Bruno Caliciuri, mais de son nom d'artiste fait pencher du côté de la seconde hypothèse qui, forcément, relève moins de l'intime. Cependant je considérerai le texte comme un récit, par respect pour l'homme dont la perte d'une maman si jeune est forcément un grand traumatisme.

Je l'ai rencontré un soir de 2011, dans une toute petite salle de banlieue. Il était venu au Pédiluve soutenir une jeune artiste, Lise, et nous avait fait la surprise de surgir en plein récital. Plus récemment c'est le chanteur MontparnassE qui m'a dit combien il avait été encourageant pour lui. Il lui a offert une chanson au titre ô combien symbolique : Ecoute-moi jusqu'au bout.

samedi 24 mars 2018

Hamlet dans l'adaptation de Xavier Lemaire et Camilla Barnes

Il y a comme ça des spectacles qu'il n'est pas commode de chroniquer... A-t-on le droit de "dépoussiérer" un classique jusqu'à en faire un opéra rock ? Certains affirment que non, disant que le décor de ce Hamlet est hideux, qu'on ne peut pas re-traduire Shakespeare, et qu'une mise en scène ne peut se résoudre à monter/descendre deux escaliers

Cela aurait pu être mon point de vue mais je ne suis pas partie au bout de 15 minutes (j'étais coincée en bout de rang) et je dois dire que je ne partage pas l'opinion du réfractaire au bout de 3 heures.

Tout se tient et il faut accepter que le regard d'un metteur en scène ne soit pas celui auquel on a l'habitude. Je vous encourage donc à attendre pour juger ... (un conseil qui vaut pour tout d'ailleurs). Il est vrai que cet Hamlet est radicalement différent de Qui es-tu Fritz Haber ? Prix Coup de Coeur de la presse OFF 2013 en Avignon.

Le roi du Danemark est mort… Sa femme Gertrude se remarie avec Claudius son propre beau-frère ! Le jeune Prince Hamlet, fils de Gertrude et du feu roi, et neveu de Claudius, vit très mal cette situation… Or, au dehors des remparts du château d’Elseneur, apparaît, les nuits de pleine lune, un spectre ! Y aurait-il quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ! Des mots, des mots, des mots… Etre ou ne pas être, là sera la question.

vendredi 23 mars 2018

Éparse de Lisa Balavoine

Voilà un titre, Eparse, qui correspond parfaitement au contenu, un peu comme un pêle-mêle où se chevauchent des photos prises au fil de toute une vie.

Il est différent des autres romans mais pourtant pas vraiment unique même si l'auteure invente une nouvelle forme. On peut le ranger dans la même famille que Les rêveurs ou Mon père, ma mère et Sheila, tous des premiers romans d'ailleurs.

Lisa Balavoine nous le tend comme elle poserait sur le lit un immense quilt, assemblés d'une infinité de morceaux qui composent un tout cohérent.

Dans ce livre (p. 24) il serait question d’aimer, il serait question de raconter (...) Le beau comme le sale (...) Des histoires de rien parce que je ne vise pas bien loin.

C'est une juxtaposition de brèves et d'articles plus longs, ponctué de réflexions (qui parfois se limitent à une ligne), de citations, de listes et de souvenirs musicaux très éclectiques, de Brassens à Madonna (La Isla Bonita) qui sont le fil rouge du roman. La bande originale nous est donnée à la fin, comme le fait aussi Isabelle Carré (et Lorraine Fouchet systématiquement). C'est une excellente pratique.

Je ne connais aucun autre ouvrage qui soit autant semé d'étoiles. Difficile d'écrire une chronique qui soit cohérente en ne sachant pas par quel bout commencer ...

Réglons la question du patronyme. Elle s'appelle Lisa à cause de la chanson de Cat Stevens 1970 Sad Lisa (p. 30) que vous allez vous aussi vous précipiter pour l'écouter ... et vous souvenir vous aussi parfaitement du refrain.

Le lecteur cherche toujours des ressemblances, en veut plus encore en terme de confidences. La jeune femme nous prend de court. Non elle n'est pas de la famille du chanteur (Balavoine) même si petite, elle aimait raconter qu'il était son oncle. Cela me valait un certain succès dans la cour de récréation, sauf les jours où à la cantine on faisait bol de riz par solidarité avec l'Ethiopie. (p. 43)

Et puisque nous parlons de ressemblances accordons lui que oui elle a un petit coté Liv Ullman (comme elle le lance elle-même p. 160). Moi c'était à Caroline de Monaco qu'on me comparait ... quand j'étais jeune. Aujourd'hui je crains davantage de ressembler à Françoise Fabian.

Lisa Balavoine nous parle d'elle et se raconte avec honnêteté : je suis une fille particulièrement décousue ... (p. 35) mais non sans humour puisqu'elle nous l'écrit après nous avoir parlé de Robes de Vincent Delerm (une chanson sur la mort de Dalila, qui permet d'entendre la superbe voix parlée de Rosemary Standley de Moriarty).

jeudi 22 mars 2018

Bourrasque de Nathalie Bécue

Bourrasque est un de ces spectacles dont on mesure la chance qu'ils existent. Parce que Nathalie Bécue a fait un travail d'écriture très réussi, librement adapté de la pièce L’Ombre de la vallée, en reprenant l’argument tout en modifiant les enjeux et la portée.

Elle place le spectateur au plus près de l'atmosphère poétique qui a imprégné l'Irlande que John Millington Synge (1871-1909) nous a fait découvrir au XIX° siècle ... et qui est encore très vivante grâce à la modernité de la mise en scène de Félix Prader.

La distribution est habile, avec Nathalie Bécue, qui interprète Alice burke, et trois autres comédiens, Pierre-Alain Chapuis (Daniel Burke), Théo Chedeville (Michaël Dara) et Philippe Smith (John), tous différents, qui permettent d'apporter des points de vue parfois déroutants, maintenant le spectateur quasiment en haleine comme s'il était au coeur d'un thriller.

Le caractère primitif de la vie sociale si particulière des îles d’Aran en deviendrait presque "normal" dans un décor rustique, simple et familier.
Par un soir de violente tempête, que l'on entendra rugir derrière la verrière, Alice Burke veille son mari défunt, l’âpre et ombrageux fermier Dan Burke, comme le veut la coutume dans cette contrée reculée. Silence dans la chaumière isolée quand à la porte frappe un inconnu, nomade des collines, cueilleur d’histoires (Synge) qui ravive dans l’âme d'Alice la soif d’un ailleurs. Un autre homme bouscule les certitudes d'Alice, Michaël Dara, le marin devenu berger qui vit à quelques lieues et convoite à la fois les biens et la femme ? Et si, soudain, s’éveillait le défunt, chahutant les vivants, que ferait Alice ?

mercredi 21 mars 2018

Vincent & moi de Edouard Cuel et Gaël Breton

La loi de 2005 sur le handicap a changé beaucoup de choses, pas toujours en bien parce que beaucoup d'établissements spécialisés ont été rayés de la carte au motif qu'il n'y aurait rien de mieux que l'intégration en milieu ordinaire. Tous les enfants porteurs de handicap ne sont pas intégrables. Tous ne sont pas heureux d'être chaque jour confrontés, non pas au regard des autres, (ce n'est pas le pire) mais à la vitalité des autres. Se rendre compte de ses propres limites peut être très cruel et générateur d'angoisse. c'est une violence dont on ne parle pas.

Edouard Cuel et Gaël Breton ont filmé le parcours (exemplaire et rare) de Vincent, un petit bébé trisomique, qui sera un adulte ... trisomique, bien dans sa peau et dans sa vie.

Le film sort aujourd'hui à l'occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21. Une de ses forces est d'avoir été tourné avec de vraies personnes, Vincent, son père, sa cousine, son maitre de stage, sa formatrice ... et non avec des acteurs professionnels.

il m'a fait penser par bien des aspects au magnifique Gabrielle de Louise Archambault, sorti il y a cinq ans, mais qui n'était pas un documentaire.

Vincent est né avec une trisomie, une différence qui demande du courage, de la patience et une bonne dose d'humour parfois. Tout est un peu... beaucoup... plus compliqué pour lui. Maintenant, il a grandi. Il a 21 ans. Il aimerait vivre comme tout le monde, travailler, être autonome mais surtout être amoureux... Edouard, son père, va tout faire pour l'aider à trouver cette indépendance qu'il désire tant, à condition que Vincent soit capable de voler de ses propres ailes.

lundi 19 mars 2018

Cheese Day 2018

La 3ème édition du CHEESE DAY a eu lieu ce soir à Paris, une fois de plus, dans le cadre si élégant de l’hôtel InterContinental. Je n'avais pas pu, pour des raisons familiales, venir à la deuxième édition et je n'ai comme point de comparaison que la première.

Bien que l'intitulé choisi par le fondateur de l'évènement, Jean François Hesse, Directeur Général de l’Agence Transversal soit orienté sur les fromages, il ne faut pas oublier que les vins et les spiritueux ont une grande place sous la coupole de l'hôtel.

La manifestation a lieu en deux temps, d'abord en journée puis en soirée avec une affluence très impressionnante.

Pas de fromage sans pain. Cette année c'était une boulangerie classée parmi les 15 meilleures parisiennes qui était retenue. elle porte bien son nom, L'Essentiel  car Anthony Bosson, ancien compagnon du devoir, installé 73 boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris, sait conjuguer qualité et sobriété, sans s'interdire la fantaisie et la modernité, par exemple avec une baguette au charbon, toute noire, qui a suscité la surprise. Sa baguette de tradition est une flute à la croute épaisse. Elle ne contient ni additifs ni superfu, ni améliorants. Le Pain Versot, baptisé ainsi en hommage à son grand-père maternel, est gourmand et parfumé, au miel de châtaignier, aux noisettes délicatement torréfiées et aux raisins macérés dans du sucre glace.
Ne restait qu'à trouver le fromage adéquat. Par exemple les chèvres Jousseaume et en particulier leur taupinière. Le choix le plus large était proposé par les Fromages de Gambetta, un artisan crémier qui a mis en avant ses créations maisons : Brie figue et noix, Brillat Savarin poires et clémentines confites… sans oublier une sélection de fromages fermiers. Nous avons dégusté aussi un ensemble de fromages maison à la truffe fraîche : Camembert, Ossau Iraty, Saint-Marcellin…ou au poivre de Setchuan.

dimanche 18 mars 2018

Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès

Soyez prévenus. Quai Ouest est une longue pièce, presque 3 heures, et elle se déroule dans l'obscurité, parfois même dans un noir quasi complet. C'est nécessaire expliquera Philippe Baronnet, le metteur en scène.

Je veux bien le croire mais c'est une épreuve. A ce train là il faudrait faire souffler un vent glacial sur le public en Salle Copi pour qu'on puisse se croire en Irlande ? Non, et pourtant Bourrasque est un spectacle juste magique.

On a beau écarquiller les yeux, on ne peut que deviner un espace où doit trainer toutes sortes de détritus. Une portière claque. Des chevilles se tordent sur le plateau. On ressent pleinement une sensation d'enfermement. La pénombre attise le désir de voir le corps des personnages et dont on ne dispose que de la voix comme indice. On partage le malaise de Monique qui s'inquiète : je sens qu'on nous regarde, je vous assure.

vendredi 16 mars 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

L'actualité est forte pour Isabelle Carré (César de la meilleure actrice en 2003 pour son rôle dans Se souvenir des belles choses et lauréate de deux Molières) qui est depuis le 18 janvier à l'affiche de Baby, mise en scène par Hélène Vincent, au théâtre de l'Atelier, et que je vous recommande fortement.

Elle publie aussi son premier roman, également sur le thème de la famille, dans lequel elle nous dévoile une facette de sa personnalité que l'on ne soupçonnait pas. Elle le présente comme un roman d’apprentissage. Ce sont des gens qui se bricolent un peu leur vie, qui sont sous la pression du regard de la société et qui vont petit à petit se libérer. Ce que dit ce roman c’est que la liberté n’est pas une sensation, c’est une conquête.

Les Rêveurs est un roman avec de nombreux accents autobiographiques, comme le souligne l'auteure, une  peinture d'une époque, portrait d'une famille, qui parle du décalage entre l'être et l'image qu'on renvoie, et qui est parfaitement signifié par cette réplique de Iago dans Othello : je ne suis pas ce que je suis ... (p. 262) 

jeudi 15 mars 2018

Apprendre à lire de Sébastien Ministru

Apprendre à lire est un roman très probablement complètement autobiographique, puisque, dans la vie,  Sébastien Ministru travaille effectivement dans un groupe de presse comme il l’écrit (p. 17) et affiche dans de multiples video regardables sur Youtube des opinions défendant les droits des homosexuels.

Vous me direz que là n’est pas la question. Mais si, parce que le thème principal du livre n’est pas du tout l’apprentissage de la lecture par un analphabète mais plutôt l’exercice de la liberté  sexuelle au sein d’un couple d'homosexuels, j’allais écrire d’un vieux couple, riche de trente années de vie commune qui, avec le temps, a muté en une profonde affection maternelle dont la première des conséquences est une exclusion pure et simple du sexe puisqu’on ne couche pas avec son frère.

Or ce qui m’intéresse, en tant que lectrice, c’est justement l’analyse de la motivation de ce papa à exprimer son désir d'apprendre à lire, et à écrire. J'ai tout autant envie de cerner la difficulté du fils à prendre en charge cette demande, alors que tout de même il travaille dans la communication et que l’écriture est au cœur de son métier (à tel point d’ailleurs qu’il en a fait un sujet de roman) et sa rapidité à se défausser de cet apprentissage sur un jeune homme.

mercredi 14 mars 2018

La femme rompue d’après Monologue extrait d’un recueil de nouvelles de Simone de Beauvoir

Elle est assise, toute de noir vêtue, dans un de ces vêtements qu'on dit d'intérieur. Le jersey est déformé. Elle soupire, le corps à contre jour, mal à l'aise sur cette méridienne orange vif qui n'a pas l'air assorti. Josiane Balasko s'allonge, nous tourne le dos, une main en l'air, nonchalante ou invitante.

Si le texte raconte une scène qui se déroule dans l'appartement de cette femme, l'espace d'une nuit, le corps exprime autre chose, de l'ordre de l'intime qu'on exhumerait sur le divan d'un analyste. Le corps ... parce qu'aucun son ne sort de sa gorge. Le silence dure, dure, dure. Un mystère épais qui impose le respect au public qui ne tousse pas.

Les cons! J'ai tiré les rideaux.

La voix claque. C'est parti pour une heure de plaintes. Murielle a emmagasiné tellement de colère que cela vire à la haine.

Son premier motif d'agacement est rationnel. Les voisins sont bruyants. Elle ne réussira pas à sombrer ce soir dans un sommeil qui lui est indispensable pour pouvoir aborder la journée du lendemain avec un minimum de conscience. On devinera plus tard quel en est l'enjeu.

Elle voudrait bien être raisonnable. Elle sait qu'il est nécessaire de se reposer mais comment faire dans un immeuble où l'on fait la fête un soir de Réveillon ? Prendre davantage de somnifères ? Son médecin doit craindre qu'elle en abuse ou en détourne l'usage. Il ne lui prescrit plus de comprimés mais des suppositoires. Le public rit parce que oui c'est drôle ... au second degré.

Je redoute les nuits blanches; je suis une forte nature. Ils m'auront pas. Je déteste les fêtes; Rien à foutre !

La femme maugréé toute seule, ressassant le passé. Le texte est extrait d’un recueil de trois nouvelles écrit en 1967 par Simone de Beauvoir, L’âge de discrétion, Monologue et La femme rompue qui donnant son titre à l'ensemble. Ce n'est pas celle-ci qu'interprète Josiane Balasko mais Monologue qui est la seconde. Ceci étant il faut concéder que ce terme là était moins évocateur que celui de La femme rompue qui est toujours celui que les metteurs en scène successifs ont décidé de retenir. En cela Hélène Fillières ne fait pas exception.

mardi 13 mars 2018

Miracle en Alabama

Je me souviens parfaitement du récit autobiographique d'Helen Keller, Sourde, muette et aveugle, dont j'ai découvert le parcours exemplaire quand j'étais à peine adolescente.

Sa détermination est exemplaire et j'emploie toujours un ballon en pensant à elle pour faire comprendre à un enfant la notion de longueur d'ondes, en démontrant que le son se propage dans l'air. Il tient le ballon entre ses mains alors que je parle à voix haute et il sent les ondes lui chatouiller la paume de la main. C'est toujours source d'émotion.

Autant vous dire que je suis arrivée pour voir Miracle en Alabama en pensant que je n'aurai aucune surprise ... si ce n'est celle d'assister à un excellent spectacle qui, en somme toute peu de temps, retrace l'essentiel l'histoire vraie du parcours de la jeune femme et de son éducatrice.

lundi 12 mars 2018

En attendant Bojangles ... au théâtre

J'avais tant aimé le livre d'Olivier Bourdeaut que je craignais la déception en allant à la Pépinière voir En attendant Bojangles. Et bien non, pas du tout. J'ai retrouvé tout ce que ce livre a de fantasque, de poésie, de tendresse, et de folie bien évidemment dans ce qu'elle a de merveilleux et de créatif.

Le pari était osé même si la matière y était pour nourrir un autre succès que littéraire. Paru aux Editions Finitude en janvier 2016 il s'est vendu à plus de 300.000 exemplaires à ce jour, rien que pour la France. Il a été traduit en 22 langues et vendu dans 40 pays. Plusieurs prix l'ont couronné, et notamment RTL / Lire et France Télévisions.

Je l'avais imaginé arrivant très vite sur grand écran. Je n'avais pas songé à la scène mais Victoire Berger-Perrin a eu bien raison de le tenter et le succès remporté au festival d'Avignon l'été dernier est amplement mérité. C'est parfait. Je n'ai pas cherché à comparer et je ne jugerai rien. J'ai aimé, il suffit. Et preuve à l'appui, regardez la bande-annonce :
Victoire Berger-Perrin a choisi une distribution qui tient la route pour une pièce qui déraille (et n'y voyez pas une critique). Anne Charrier incarne cette femme qui est autant mère qu'épouse, absolument charmante et néanmoins imprévisible. Le monde tourne autour d'elle comme le bras de ce disque que l'on entend en boucle.

dimanche 11 mars 2018

Mademoiselle Julie dans la mise en scène Nils Öhlund

Le public est installé de part et d'autre d'une longue table gris anthracite qui occupe le centre de la salle, sous la voute du Théâtre de Poche qui devient tout à fait crédible en cuisine de château. A ceci près que le mobilier n'est qu'une esquisse où officie Kristin (Carolina Pecheny), parfaite domestique qui ne se risquerait pas à sortir de son rang.

Elle prend son repas, solitaire, et fait la vaisselle alors qu'on entend au loin les musiques de la fête de Midsommar, célébrant le solstice d’été.

Toute la première scène est mimée (la comédienne s'est formée au Conservatoire national d’art dramatique à Buenos Aires et à l’École Argentine du Mime), instaurant une seconde distance à celle que le décor avait installé. Plus tard ce sera elle -méconnaissable- qui fera une apparition surréaliste en interprétant un de ces trolls qui peuplent les contes et légendes scandinaves.

samedi 10 mars 2018

Rare birds de la Compagnie Un loup pour l'homme

Rare Birds est la nouvelle création de la compagnie Un loup pour l’homme dont j'avais apprécié Face Nord en 2015, créé avec Frédéric Arsenault qui, depuis, a quitté la compagnie.

Alexandre Fray a conservé l'esprit de l’acte fondateur posé il y a dix ans avec  Appris par corps sur leur recherche autour des portés acrobatiques. Mais avec une équipe renouvelée et rajeunie. Le titre du spectacle donné en anglais, permet une certaine distance avec l'animal. Si les acrobates cherchent constamment à s'affranchir de la pesanteur ils ne revisitent pour autant pas le mythe d'Icare. Ils ne portent pas d'ailes et ne risquent pas de les brûler.

Ce sont tout de même ce qu'on appelle de drôles d'oiseaux tant leurs postures sont étonnantes, si simples et si complexes à la fois. La piste du chapiteau de l'Espace Cirque d'Antony semble recouverte d’un disque de neige ... à moins que ce ne soit une moquette de laine bouclée.

vendredi 9 mars 2018

Reprise de Monsieur Motobécane

J'ai vu Monsieur Motobécane au Lucernaire il y a ... très longtemps. C'était en avril 2009 et je m'en souviens parfaitement, tant l'interprétation de Bernard Crombey m'avait touchée.

Apprenant qu'une représentation exceptionnelle (qui sera je l'espère suivie par d'autres) est programmée au théâtre Antoine le lundi 26 mars à 20 heures, j'ai jugé utile de republier la chronique que j'avais écrite à l'époque. 

On devrait savoir qu’il ne faut pas sortir une phrase de son contexte. Les hommes (et les femmes) politiques paient très cher de telles bévues. Le dossier de presse promettait Un texte magnifique de drôlerie et de poésie. On rit avec des larmes au bout des cils. Ne le manquez pas c’est tellement rare un si beau spectacle (Lise Facchin, Les Trois Coups), avec un renchérissement de Pariscope, invoquant un partage entre le rire et l’émotion. La tronche de l’acteur posant sur l’affiche avait confirmé l’impression que c’était un spectacle comique.

Erreur totale, mais non fatale. Parce que la pièce est une œuvre majeure, formidablement bien écrite et subtilement interprétée. Sans aucune fausse note, Bernard Crombey, le comédien, qui est aussi l’auteur de l'adaptation, nous propulse dans la France profonde qui, il y a plus de trente ans, n’accordait aucune foi à la parole d’un enfant. Il était alors impossible de dénoncer la maltraitance maternelle, et tout autant inimaginable d’entendre le témoignage d’un enfant à un procès. Résultat : une erreur judiciaire criante, au moins deux vies gâchées, et un suicide au final … même si la pièce s’arrête juste avant qu’on ne puisse le deviner. 

Oublions cet épilogue atroce quelques instants et concentrons nous sur le principal protagoniste. Victor est un homme fruste mais intelligent. S’il est pauvre du point de vue de ses finances, il est riche du côté affectif. Il exprime avec une pudeur remarquable combien il est difficile d’exister quand on n’a rien. Ou presque. Sa mob tombe en panne d’essence, bêtement, parce que le réservoir n’a pas de témoin. Ce ridicule petit incident va causer de graves préjudices en série. 

C’est aux pieds d’une « piote de 8 ans au cartable rouge » que l’engin refuse d’aller plus loin. A une heure où elle est censée être à l’école, bloquée par la perspective de devoir réciter la fable du Corbeau et du Renard à laquelle elle ne comprend rien. Victor mesure toute l’importance de l’école. Lui qui est un « quitte-à-quatorze » aurait bien aimé pouvoir y rester et faire plus tard le « métier des mots ». Il ne s’exprime pas dans un langage châtié mais il a le goût de l’orthographe. Il propose naturellement son aide à l’enfant qui, tel un Petit chaperon rouge moderne, « n’a pas la crainte » et préfère faire sa « buissonnière » et même cueillir des fleurs dans le parc de la propriété de la Reine Blanche.


Victor sait que l’enfant est battu par sa mère. Il n’a pas le pouvoir de l’en protéger, sauf à prendre le risque de la recueillir, juste le temps qu’elle se sèche de l’orage qui vient de s’abattre.  La fillette s’incruste et la perspective de dire la vérité devient de plus en plus impossible. Aucun allié ne comprendrait. Victor est du mauvais côté et interprète à ses dépens le personnage principal des Animaux malades de la peste, du même La Fontaine.  Monsieur Motobécane est-il coupable d’avoir voulu protéger une enfant de huit ans, confrontée à la maltraitance de sa famille ? Pour la justice des hommes la réponse est oui. La sentence est tombée comme dans la fable : 
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Le décor minimaliste avait jeté le premier doute dès l’entrée des spectateurs sur les gradins rouges vif. Côté jardin, la Motobécane pendait des cintres comme une pièce à conviction. Cet engin apparu en 1959 est resté mythique jusqu’à la fin du siècle. Grâce à sa robustesse et à sa ligne élégante (le bleu gitane était alors bien sûr de rigueur) ce fut le cyclomoteur le plus vendu dans le monde. Côté cour, un casier à bouteilles (de vin–vides) faiblement éclairé et un casque suggéraient quelque chose de l’ordre de l’accident.


A intervalles réguliers on entend le bruit du moteur de la mobylette, rappelant ainsi que la vie s’écoule, apparemment tranquillement. Victor continuait à récolter les bouteilles vides consignées qu’il revendait pour « payer le pain et deux biftecks hachés » en ayant soin de décoller auparavant les étiquettes dont il fait collection. Surtout celles des châteaux des grands crus. Leur évocation lui fait venir en bouche une pointe d’accent méditerranéen. Car l’homme est poète et il ne lui faut pas grand-chose pour voyager au-delà de sa Picardie natale et de « tout son quotidien à d’vie ».  Aujourd’hui il est coincé dans une « chambre à barreaux » (prison). Il a demandé un cahier pour écrire « la vérité à l’exacte », devant se contenter d’un bic à couleur parce qu’un crayon mine, pointu, c’est interdit par le règlement. Décidément, la vie ne lui fait pas de cadeau.

Personne ne lui avait jamais cueilli de fleurs. Personne ne l’avait trouvé généreux. Personne n’avait refermé sur lui « ses bras en anneau ». Jusqu'à Amandine…
Qu’il n’ait aucune mauvaise intention, le « docteur a spécial » (le psy) ne peut pas le croire. Et ce n’est pas son pochard de beau-père, sa furie de mère, ni son frère « qu’a réussi à sauver sa vie comme boulanger » qui viendront le défendre à la barre. L’enfant non plus ne sera pas écoutée.

Des faits réels, qu’on appelle stupidement « fait divers », alors que c’est de toute une vie qu’il s’agit, Jacques Doillon en avait fait un film en 1979, la Drôlesse. Le héros se faisait serrer par la police pour une histoire de défaut de paiement d’assurance. Bernard Crombey a choisi le non paiement de la redevance télévisuelle, ce qui est encore plus symbolique : Victor ne regarde pas la télé et celle-ci est le théâtre des nouveaux jeux du cirque avec ses programmes de télé-réalité.

Difficile de juger si c’est l’auteur qui supplante l’acteur ou l’inverse. La performance est double. Même quand on a l’habitude de la scène on se demande si Bernard Crombey joue totalement un rôle de composition et si dans la vraie vie il s’exprime sans accent. Question que je ne suis pas la seule à me poser puisque aux saluts il prend la parole pour rassurer le public.

Le texte est bouleversant, porté par un immense acteur, qui nous sert une ode pure et poétique, où l'émotion parvient à céder le pas à l'humour. C'est un spectacle que l'on n'oublie pas.  

Bernard Crombey
 a été formé au cours Simon où il a obtenu le premier prix en 1971. Il a rejoint le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris où il a remporté le prix de Comédie Moderne et Classique. Depuis il n’a jamais démérité. Ni au théâtre, ni au cinéma. (le père de Françoise Sagan, en 2008, c’était lui).
Bravo et vive le théâtre contemporain ! 
Longue vie à Motobécane à qui on souhaite une belle tournée après son succès parisien !

Monsieur Motobécane
Écrit par Bernard Crombey
Mise en scène de Catherine Maignan et Bernard Crombey
D’après l’oeuvre de Paul Savatier, Le Ravisseur (Éditions Gallimard)
Le spectacle a été créé au Théâtre du Rond-Point, puis joué jusque fin juin 2009 au Lucernaire. Il sera donné en représentation exceptionnelle le 26 mars à 20 heures au Théâtre Antoine 14, Boulevard de Strasbourg, 75010 Paris - 01 42 08 77 71

jeudi 8 mars 2018

Pourquoi y-a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ?

On estime que la femme est l'égale de l'homme. On a bien raison ... sauf que l'Histoire avec un grand H n'a pas toujours été d'accord avec ce principe. Dorothée Werner s'est penchée sur la question et a trouvé des éléments de réponse qui font réfléchir.

Elle les a partagés avec Soledad Bravi qui les a traduit en images avec son féroce stylo. Les éditions Rue de Sèvres nous les livrent presque pour le 8 mars, qui est, non pas la Journée de la femme, comme on le dit un peu abusivement, mais la journée internationale de lutte des femmes, pour l'égalité des droits.

Toutes deux proposent de repartir sur de bonnes bases, et pour cela remontent à la nuit des temps. l'ouvrage, conçu pour de jeunes adolescents, nous en apprend aussi à nous adultes qui pensons tout savoir.

Selon elles, la première cause à cette inégalité est liée à la procréation. On a cru jusqu'en 1875 que le ventre de la femme n'était que le réceptacle du futur bébé, engendré par le mâle, uniquement, ce qui en quelque sorte l'autorisait à se croire supérieur. De l’incapacité à comprendre ce processus étonnant, va, au fil des siècles s’élaborer une division du travail entre les deux sexes, avec la domination de l’un sur l’autre.

mercredi 7 mars 2018

Les bijoux de pacotille de Céline Milliat Baumgartner, mise en scène de Pauline Bureau

Comment ai-je pu rater Les bijoux de pacotille quand le spectacle s'est joué en janvier au théâtre de Paris Villette?

Je suis pourtant une inconditionnelle du travail de Pauline Bureau aussi bien dans ce qu'elle fait pour un public d'adultes (je garde de La meilleure part des hommes, et ensuite de Mon coeur un souvenir bouleversant) que d'enfants (je conserve de Dormir cent ans un pur éblouissement).

Toujours est-il que j'ai eu la chance de voir la pièce au théâtre du Rond-Point ce soir et que j'en suis sortie totalement saisie par l'intelligence du propos, la justesse de la mise en scène et de la direction d'acteur et l'interprétation de Céline Milliat Baumgartner.

Mes critiques sont reprises par le site Au balcon qui me demandent d'ajouter une note sur 10. Ce spectacle mérite 12 sur 10 parce que 10 ce n'est pas suffisant. Pauline Bureau m'amène systématiquement à mettre en cause les notations !

J'ai découvert la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont je n'ai pas trouvé d'autre exemple jusqu'à présent sur une scène de théâtre.

mardi 6 mars 2018

Tesnota de Kantemir Balagov

Je suis allée voir Tesnota en projection à l’ARP, qui se trouve dans une maison d’un autre siècle, au fond d’une cour pavée derrière les bouillonnants Champs-Elysées. Le voyage avait commencé.

Le film (dont la sortie en salles est programmée pour demain) est le premier long-métrage russe du jeune Kantemir Balagov, né en 1991 à Naltchik, ­capitale de la République caucasienne de Kabardino-Balkarie.

Le réalisateur nous offre une plongée dans des univers éloignés de notre quotidien à de multiples points de vue, sans gommer la violence qui s’exerce à l'encontre les femmes, ou entre les communautés qui vivaient dans sa ville natale avant l'an 2000.

Son film a une allure de documentaire, aussi bien dans la façon de cadrer les personnages que par le choix du sujet. Il inclue d'ailleurs des images d'archives pour étayer son propos et lui donner plus de poids. Il n'a pas trente ans et Tesnota et un film choc salué à Cannes en 2017 et dans plusieurs festivals où il a été 8 fois nominé et 2 fois primé.

Cependant les lumières sont magnifiques et subliment les plans sans atténuer leur portée dramatique.

Ça commence dans le garage paternel où Ilana (extraordinaire Darya Zhovner), 24 ans, termine une réparation délicate en écoutant de la musique ... kabarde en toute connivence avec un papa qui déraille un peu, dépassé par le modernisme. On s’étonne du réflexe de verrouiller la porte après le passage du client comme s’il y avait un risque à ne pas se cadenasser. On comprendra plus tard que ce n'est pas un fantasme.

L’action se situe en 1998, il y a donc vingt ans, et la première surprise est de découvrir des rues défoncées, et une maison rafistolée. Le portail ne s'ouvre pas avec une télécommande, mais le téléphone portable existe déjà. La vie est difficile mais la dignité est préservée.

L'aide d'Ilana est indispensable pour cette famille qui a du mal à joindre les deux bouts. La jeune femme aux allures de garçon manqué est proche de son père et le soutient dans ses petites défaillances. Elle adore aussi son frère David avec qui elle a une très forte connivence, plutôt joyeuse, qui pourrait suggérer quelque chose de l’ordre de l’incestuel. Elle partage avec lui une cigarette, à l’extérieur de la maison, malgré un froid glacial, pas seulement par respect pour les autres occupants mais surtout parce que fumer, pour une femme, cela ne se fait pas. On la voit mâcher un chewing-gum avant de rentrer pour passer inaperçue au nez fin de sa mère. C’est le premier mensonge.

lundi 5 mars 2018

Défilé PAP Automne-Hiver 2018-19 de Kristina Fidelskaya

Kristina Fidelskaya avait choisi le cadre du Musée de l'Armée pour présenter sa nouvelle collection Prêt-à-Porter Automne-Hiver 2018-19. Si les créations, aussi bien Haute-couture que PAP, sont généralement attirantes il est rare qu'elles donnent aussi immédiatement envie de se les approprier.
J'ai été conquise par de multiples détails et j'ai reçu avec bonheur une leçon de mode que je m'efforcerai d'appliquer. Je vous en livrerai les fondamentaux en images au fur et à mesure.
La designer ukrainienne, basée à Dubaï, a déjà dix ans de métier même si on ne la connait que depuis peu à Paris. Ce défilé était son second dans la capitale et si je n'ai pas assisté au premier (en septembre dernier pour la collection PAP Printemps-Eté) j'ai pu constater à la fois des constantes et des évolutions en visionnant les photos.

samedi 3 mars 2018

Nuit d'ivresse, en coulisses et sur la scène de la Michodière

Il m’arrive de rencontrer les comédiens après le spectacle. Une fois passé le cap (essentiel, je le dis toujours) des félicitations il arrive qu’on aborde des sujets très sérieux, qu’on se lance dans une conversation pointue à propos de l’adaptation, des parti-pris de mise en scène.

La matière ne manque pas et on entend parfois de jolies confidences que je ne partage pas systématiquement sur les réseaux sociaux.

Jean-Luc Reichmann avait voulu ce soir voir une poignée de blogueurs, à jeun si je puis dire, puisque c’est une heure avant le lever du rideau que nous avons discuté avec les comédiens dans le foyer François Perrier du Théâtre de la Michodière.

Nuit d’ivresse parlait à chacun de nous, pour l’avoir vu au théâtre ou au cinéma. Les plus jeunes d’entre nous avaient pu facilement mettre à jour leurs connaissances avant la rencontre. Il suffisait d’interroger le célèbre moteur de recherches. On avait tous des questions à poser et on aurait pu faire louper la montée sur scène tant il fut passionnant d'écouter les comédiens.

Jean-Luc avait connu un grand succès avec Hibernatus et rêvait une performance semblable. Il avait déjà contacté plusieurs grands auteurs de théâtre comme Eric Assous et Jean-Luc Moreau. Et puis il a pensé à Nuit d'ivresse, pour jouer le rôle d'un animateur de télé, lui qui le fait au naturel dans sa vie de tous les jours, en ayant le souhait insensé de passer derrière les monstres de scène que furent Michel Blanc, Thierry Lhermitte et Josiane Balasko. Comme si le défi était encore trop faible il a voulu décaler le propos en reprenant la pièce avec uniquement des hommes.

Richard Caillat, un des directeurs associés de la Michodière lui a dit banco. Restait à convaincre Josiane Balasko qui fut, parait-il, sonnée 5 secondes, provoquant un silence dont Jean-Luc garde un souvenir d'éternité. Faut voir ... a-t-elle consenti. Toujours est-il que 48 heures plus tard elle terminé l'adaptation qu'elle lui remettait en le mettant en garde : Attention ! Belin il est plus ras du bonnet que toi.

Jean-Luc n'a pas eu peur de la comparaison et a rajouté des choses "téeffunuesques" de temps en temps. Je mets une louche en pensant à ce que je vis sur TF1 ...
Ce qui est formidable c'est que la pièce n'est pas une suite, voilà pourquoi le chiffre 2 n'apparait pas.  Le titre est une belle marque, alors effectivement pourquoi le modifier ? C'est simplement une autre version de l’histoire et nous sommes tous ressortis enchantés.

Le début de la soirée démarre dans l’ivresse absolue avant de poursuivre sur la rencontre de deux humanités en dehors de l’influence de toute mondanité. Thierry Lopez est Charlie (Simone dans la version d'origine), qu'il joue avec une élégance assurée, et une sensibilité subtile sans tomber dans le cliché. Le troisième compère est Stéphane Boucher qui interprète le barman Henri dans toute sa splendeur.

On forme une espèce de triumvirat même si on se tchopine toute la soirée, promet Jean-Luc qui est très heureux de constater que des grands parents osent amener pour la première fois leurs petits enfants à un spectacle vivant tout autant que d'entendre rire des ados pendant la soirée.

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