lundi 3 décembre 2018

Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony 2019

Il a été lancé samedi dernier. C’est devenu un vrai rendez vous pour les lecteurs de la ville d’Antony (92)... mais il ne leur est pas limité.

Je vous donne ci-dessous la liste des livres sélectionnés et rien ne vous empêche de les découvrir, bien au contraire, parce que cette sélection est vraiment intéressante.

Elle est représentative de la vitalité de la rentrée littéraire, respecte la parité homme/femme, et associe beaucoup de petites maisons d'édition. 

Ce qui change cette année par rapport aux années précédentes c’est qu’il n’y a plus qu’un seul prix donc une sélection unique de 10 romans parmi lesquels choisir votre préféré. Ce ne sont pas moins de 70 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses, pour 9 romans parmi les 10 de la sélection.

Plusieurs ouvrages ont déjà été distingués mais aucun n'a été couronné d'une récompense médiatique.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France. Nous irons au Québec, en Guadeloupe, en Amazonie, en Argentine, aux Etats-Unis, au Japon et ... un peu en France

Tous révèlent un très joli travail sur la langue. Je les ai classés ci-dessous par ordre alphabétique d'auteur. Les critiques apparaîtront régulièrement sur le blog dans les semaines qui viennent et les liens seront ajoutés à cet article.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2019 dans les deux médiathèque d'Antony. Des auteurs de la sélection viendront dans les deux médiathèques de la ville à des dates qui seront bientôt révélées. Une discussion gourmande autour de la sélection est programmée le samedi 6 avril à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 13 avril au 24 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le rendez-vous est pris pour le samedi 25 mai à 10h30 pour l’annonce du grand gagnant. Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 gagnants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d'Antony.

dimanche 2 décembre 2018

Saison de cirque, la nouvelle création du Cirque Aïtal

J'avais assisté au premier filage de Saison de cirque à la fin du mois de mai dernier. J'avais été séduite. Je pensais le spectacle abouti. Il le semblait.

Je suis malgré tout revenue pour assister à la création à l'Espace cirque d'Antony (92) et j'ai mesuré l'ampleur du travail complémentaire.

L'émotion fut encore plus forte hier et je vous invite d'autant plus à aller voir ce spectacle de cirque dit "contemporain".

Le rythme a gagné en puissance et en moments humoristiques sans rien concéder à la performance.

On se souviendra longtemps du jongleur qui lance les bouteilles d'une main tout en empêchant, avec l'autre main, son pantalon de tomber sur ses genoux. Matias Salmenaho est aussi acrobate et porteur, mais quand il jongle on dirait qu'il danse autant pour recevoir que lancer.

Quand il associe sa force à celle de Victor Cathala ils envoient tous les deux rouler en l'air la "légère" Kati Pikkarainen. Elle peut bien "faire le clown", elle reste une fabuleuse acrobate, capable d'enchainer les saltos dans tous les sens et de nous faire frémir. Quelle confiance il faut en son partenaire pour se jeter de si loin dans ses bras !

La tendresse fait bon ménage avec l'irrévérence. Kathi revisite le personnage du clown en lui insufflant quelque chose de sauvage ... Putain de clown, reste là ! faut la dompter ! se plaindra Viktor en Monsieur Loyal. Mais c'est elle qui aura la peau de l'ours ...

Le spectacle est un peu, souvent, irrévérencieux, à prendre délicieusement au second degré.

La pluie tombe en paillettes ou à grande eau. Çà sent parfois la terre, la corne brûlée. La palette des émotions s'est élargie, et la musique est en adéquation parfaite avec chaque numéro.

Le pari de rendre les coulisses perceptibles et vivantes est gagné et célèbre le collectif sans faire de concession au résultat final.

samedi 1 décembre 2018

L'amour en morceaux, par la Compagnie Tabola Rassa

Quel spectacle étonnant !

L'amour en morceaux tient autant du théâtre que de la magie... La mise en scène est très soignée, comme Olivier Benoit nous y a habitué, peut-être encore davantage parce que les effets spéciaux exigent une minutie "au millimètre" pour être réussis. Et ils l'étaient alors que j'ai découvert le spectacle le soir de la deuxième représentation, au Théâtre de Bagneux (92).

C'est la mésaventure d'un célibataire, environ 40 ans (Asier Saenz de Ugarte), qui espère combler le vide de sa vie affective avec une poupée moulée en silicone, vantée par les publicités, semblable aux mannequins que l'on voit dans les vitrines de boutiques de vêtements, qu'il commande sur le Net. Cette fiancée (Maria Cristina Paiva) pas comme les autres lui est livrée en morceaux, qu'il assemble jour après jour. Les jambes, le buste puis la tête, et enfin le sexe. Le cœur aussi lui parvient à son insu, et la créature, objet de sa curiosité et de ses désirs, devient de plus en plus indépendante.
Cette création inédite de la compagnie de marionnettes Tàbola rassa s'empare d'un phénomène que la littérature, la bande dessinée et le cinéma se sont largement approprié. Elle en offre la primeur au Festival Virtuel.Hom[me], qui, le pouce levé, s'interroge sur le devenir de notre vie perpétuellement connectée.

La programmation est cette année réduite, mais sans aucune concession à la qualité, et ce sera la seule soirée à laquelle j'aurais pu assister. Pensez dès à présent à cocher cette période dans votre agenda 2019 parce que ce festival offre toujours des surprises très particulières et fort à propos (voici un florilège des années précédentes pour vous en convaincre si nécessaire).

mercredi 28 novembre 2018

Giacometti au Musée Maillol

J'ai eu un vrai coup de coeur pour cette exposition de sculptures de Giacometti que j'ai visitée dès la rentrée pour la chroniquer sur Needradio (vous pouvez la retrouver sur la page replay de la radio parmi les chroniques MC'aime, à la date du 22 septembre).

Ouvert depuis 1995 le musée Maillol présente la plus importante collection d’œuvres du sculpteur Aristide Maillol dont on peut voir des statues dans les tout proches jardins des Tuileries. Ce sont des femmes qui semblent généreuses et si je puis dire bien en chair.

Rien à voir apparemment vécu les silhouettes longilignes que Giacometti a faites à partir de 1947. Et pourtant si. Comme le démontre l’évolution du travail de ce sculpteur au fil d’une exposition chronologique.

Il est tout à fait d'actualité de la présenter maintenant car elle est prolongée jusqu'au 3 février et que donc le public pourra la visiter pendant les vacances de fin d'année, adultes comme enfants parce qu'elle est plutôt facile d'accès, et ouverte sept jours sur sept, ce qui est rare.

L'exposition a été conçue en collaboration avec la Fondation Giacometti, Paris. L'enjeu consistait à mettre en regard plus de cinquante sculptures de l'artiste suisse Alberto Giacometti avec près de vingt-cinq œuvres d’autres artistes majeurs tels que Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, mais aussi Brancusi, Laurens, Lipchitz, Zadkine, Csaky ou encore Richier.

Le titre de l'exposition, entre tradition et avant-garde, se justifie par la relecture de l'œuvre du sculpteur en la confrontant avec les grands sculpteurs classiques et les modernes de son époque. Le parcours propose un éclairage nouveau sur la période méconnue d’avant-guerre : ses œuvres de jeunesse, encore empreintes de modernité classique (Despiau, Maillol) et sa rencontre avec les avant-gardes parisiennes après 1925 (Zadkine, Lipchitz, Csaky).

Alberto Giacometti est connu comme sculpteur mais il a aussi été peintre et créateur d’objets d’art  décoratif. C’est néanmoins en tant que sculpteur que l’on a traité l’exposition en considérant l’originalité de sa position entre modernité et tradition. Lui même disait qu’il avait été successivement exotique, surréaliste, abstrait ...

Sa formation et son éducation le placent dans la tradition mais il va vite entrer dans l’avant-garde et même dans les rangs du cubisme et du surréalisme, tout en continuant à s’interroger en tant que sculpteur.  Contrairement à d’autres comme Picasso il n’assemblera pas des objets trouvés mais des formes qu’il a lui-même crées. Ce qui ne l’empêchera pas d’apprécier Maillol en pleine période surréaliste (d'où la présence de cette Tête de femme, non daté, terre cuite d'Aristide Maillol, qui dialogue avec la Tête (grande tête de la mère) 1918-1925, plâtre d'Alberto Giacometti.

mardi 27 novembre 2018

Biscuit de Savoie Grand Ouest

J'avais très envie de tester un superbe moule Silikomart qui s'appelle Bolle après avoir longuement hésité, parce que l'entreprise propose un choix immense et très tentant.

Alors que les candidats des émissions de pâtisserie les emploient pour mouler des sortes de flans j'avais l'idée de faire un classique comme le biscuit de Savoie, estimant que le design des bulles correspondait à la légèreté de ce dessert.

Sauf que j'ai voulu multiplier les expériences en remplaçant le sucre par de la Stévia, et la farine de blé par la nouvelle farine Tipiak et en ajoutant un ingrédient chocolaté, parfumé, censé contenir un colorant (naturel) vert qui m'avait décidée à ajouter des pistaches.

lundi 26 novembre 2018

Les nouvelles vies de Flora et Max de Martin Page et Coline Pierré

On est heureux d’avoir des nouvelles de  Flora et Max. Et d'apprendre que la situation décrite dans leur Folle rencontre s’est améliorée pour elle comme pour lui. Chacun était enmuré. Elle était en prison et lui vivait reclus dans sa chambre. Leur seul moyen de communiquer était de s’écrire des lettres. Les voilà désormais libres de leurs allers et venues.

Quatre ans après la parution du précédent roman, leurs parents de papier, Martin Page et Coline Pierré, ont recommencé à s'écrire en reprenant la peau de l'adolescent ou de la jeune fille. Ils ont travaillé selon la même méthode, en pensant et construisant l'histoire ensemble avant de s'emparer chacun d'un personnage.

Ils ont en commun avec Max et Flora le goût pour les mots qui sont comme une maison pour le garçon (p. 250), ce à quoi la jeune fille dira qu’ils constituent son atmosphère.

Les soucis se sont éloignés par rapport à la situation installée dans le premier roman mais les vieux démons se manifestent encore. C’est peut-être parce que les jeunes gens et leurs amis  vont devoir allier leurs forces pour défendre une cause commune qu’ils auront le courage d’affronter définitivement leurs phobies. Ce ne sera pas pour autant facile et les auteurs expriment les craintes des deux jeunes adultes avec pudeur, et sensibilité.

Flora commence des études d'anthropologie et Max démarre un CAP de cuisinier et s’emploiera à défendre les légumes mal aimés et mal connus, ce qui le pousse à regarder le monde différemment.

Elle s'installe dans un modeste appartement qu'elle financera par un petit boulot dans une maison de retraite qu'un projet de centre commercial menace de démolition. Les deux amis se sont pris d'amitié avec les 25 personnes âgées qui vivent en communauté et ils se battront bec et ongles pour tenter de sauver l'établissement.

Le roman est tout à fait actuel et plausible malgré le cadre fantaisiste de cette maison de retraite comme on aimerait davantage en voir dans la réalité. Flora et Max sont aussi singuliers que les pensionnaires, des sortes de personnages en voie d'extinction (même si on espère que non) qui justifient que Flora s'intéresse à l'anthropologie ... J’ai parfois l’impression d’être une extraterrestre des rapports humains, je ne sais jamais quoi faire au bon moment (dit la jeune fille au début du roman, p. 15).

Max partage apparemment son point de vue : Le monde reste un endroit mystérieux (...) Nous ignorons qui sont vraiment les personnes que nous croisons tous les jours. Nous sommes des incultes de notre propre milieu (p. 204).

samedi 24 novembre 2018

Lettres à Nour, au Théâtre Antoine

Lettres à Nour est un spectacle peu ordinaire. Le décor est minimaliste à l'excès, d'abord surprenant, puis légitime au fil du spectacle.

Le décorateur a imaginé une immense table, longue comme un jour sans fin, dont le bord brille à l'instar de la bande blanche qui sépare deux voies d'une même route, parfaite métaphore de la distance et de la frontière qui séparent le pays où vit Nour de celui où son père est resté.

Le père, veuf et philosophe, c'est Eric Cantona et il entrera le premier, à cour, alors que la salle demeure allumée plein feux. Cette situation inhabituelle pour le public instaure étonnamment une égalité et une intimité avec le personnage puisqu'il nous voit autant que nous.

Et surtout qui nous rappelle que nous pourrions être à sa place. Il est habillé comme n'importe quel homme pourrait l'être. Chacun de nous est en effet potentiellement concerné à partir du moment où il a un enfant qui aborde l'âge adulte. Et ça fait frissonner.

Le silence est presque de plomb. La salle ce soir sera d'ailleurs extrêmement attentive, jusqu'au bout.

On ne voit que lui, à cour donc, le bord de la table qui étincelle, et on entend geindre une trompette.
Mon cher Papa ... la première lettre datée du 13 février 2014 est joyeuse. On découvre la comédienne à jardin. La jeune femme se veut rassurante. Elle explique ce qui a motivé son choix de partir en Irak pour rejoindre l’homme qu’elle a épousé en secret, lieutenant de Daech. Elle invoque l'enseignement des valeurs de liberté, de justice et d'égalité que son père lui a transmises.

Il répond le 4 mars, et l'inquiétude est immédiatement palpable : la haine et l'exclusion ne sont pas des chemins qui mènent vers Allah mais dans une impasse.

Il est musulman, mais convaincu par un Islam progressiste et tolérant. Elle a basculé dans un intégrisme comme dans un puits sans fond. Chacun cherche à convaincre l'autre, sans entendre tout à fait les arguments qui ne sont pas les leurs mais je n'irai pas jusqu'à dire que leurs échanges sont un dialogue de sourds parce qu'on sent un grand amour, et du respect.

vendredi 23 novembre 2018

Camille contre Claudel au Théâtre du Roi René

Quelle soirée qu'une soirée en la compagnie d'Hélène et Lola Zidi !

Elles font revivre Camille Claudel dans tout ce qu'elle a eu de vivant et de flamboyant, mais aussi dans tout ce qu'elle a connu de sombre. Le spectateur perçoit autant sa joie que sa détresse.

Et parce que ces états psychologiques correspondent à des moments différents de la vie de l'artiste, Hélène Zidi a eu cette idée très juste, non seulement de montrer les deux âges de Camille, mais surtout de la faire dialoguer avec elle-même, en s'appuyant sur la ressemblance physique qu'elle a avec sa propre fille, elle aussi comédienne.

On découvre, très différentes, Camille âgée, à presque 80 ans, internée en asile psychiatrique, assise à cour (on a envie de dire "effondrée") tandis que Camille à vingt ans, jeune et fringante apparait à jardin. Tout semble les opposer. Au fil du spectacle la première rajeunira alors que la seconde vieillira, jusqu'à atteindre un âge d'équilibre où elles apparaitront comme des jumelles.

L'essentiel de ce qu'on sait déjà de la biographie de la sculpteuse est bien entendu repris dans la pièce. L'abandon de sa famille, alors qu'elle manifeste encore de l'affection pour son frère, se plaignant à voix basse : La vie est mal faite mon p'tit Paul. C'est horrible (...) Ton dieu laisse mourir une innocente au sein d'un asile. La violence et l'égoïsme de Rodin. L'enthousiasme de la jeune femme dont on savait qu'elle était surdouée.

Nous sommes sans doute encore nombreux à avoir encore en mémoire le film que Bruno Nuytten a tourné en 1988, et qui fut nominé au Oscar. Gérard Depardieu y interprétait Auguste Rodin. Sa voix lui reste associée et Hélène a eu raison de lui demander d'intervenir dans son spectacle, et c'est une chance qu'il ait accepté généreusement de le faire.

La ressemblance entre la mère et la fille est un atout. Mais plus encore le niveau de leur interprétation. Elles sont chacune Camille et ce qui est le plus touchant c'est de constater l'influence de l'une sur l'autre, si bien qu'à la fin on peut croire assister à un certain apaisement. Camille se serait réconciliée avec elle-même. Elle prend sa revanche et existe à part entière alors que jusque là elle était (trop) sous influence de son maître.

Sa vie est une épopée. Une tragédie. Il est rassurant de l'entendre douter de refaire les choses de la même manière s'il lui était possible de recommencer sa vie. Comme il est juste d'avoir confirmation de notre intuition, que Rodin, qualifié d'odieux personnage, n'aura jamais aimé qu'elle.

jeudi 22 novembre 2018

Avez-vous lu les classiques de la littérature ? de Pascale Frey et Soledad Bravi


Avez-vous lu les classiques de la littérature ? La réponse est de toute évidence, non, ... pas tous.

Rue de Sèvres a pensé aux collégiens, mais aussi aux parents qui voudraient rattraper leur retard sans y passer des siècles.

J'avais été très séduite par le concept que Soledad Bravo avait expliqué le soir de la présentation de la rentrée organisée par l'éditeur.

Je l'ai, depuis, testé et j'approuve totalement. Le pari est tenu avec rigueur. Vingt ouvrages "classiques" en un seul volume il fallait l'inventer !

Vous avez désormais à disposition, facile à comprendre, et pour un investissement très raisonnable, toute la littérature indispensable, parue en trois siècles, entre 1673 et 1984, du Malade imaginaire de Molière à L'Amant de Marguerite Duras.
Tous les auteurs sont croqués en médaillon dans les pages de couverture intérieure.

Chaque roman est "résumé" en 4 pages minimum. Ce nombre aura suffit pour la plupart. Il fallu un peu plus pour Autant en emporte le vent et Les misérables, et vraiment beaucoup plus pour La recherche du temps perdu comme on pouvait s'en douter. L'oeuvre de Marcel Proust aura demandé 28 pages.  Cela semble énorme mais très peu si on pense que l'orignal compte 800 pages.

Pascale Frey et Soledad Bravi ont réalisé une vraie prouesse. Et rien n'empêchera personne de lire ensuite quelques originaux, pourquoi pas ...

Le coup de stylo de Soledad est plein de tendresse et les dialogues de chaque bande dessinée sont très humoristiques. J'ai aimé aussi la présentation de chaque ouvrage, en deux parties. La première donne les clés explicative du contexte entourant la publication et permet d'apprendre des détails très intéressants. La seconde est une biographie express de l'auteur.

On se demande pourquoi personne n'a pensé à le faire avant ! Sans doute parce que derrière l'apparente simplicité se cache un énorme travail ...

Avez-vous lu les classiques de la littérature ? de Pascale Frey et Soledad Bravi, illustré par Soledad Bravi, Tout public, chez Rue de Sèvres, en librairie depuis le 7 novembre 2018

mercredi 21 novembre 2018

Un Picasso de Jeffrey Hatcher

C'est un formidable duo que Sylvia Roux et Jean-Pierre Bouvier nous offrent sur la scène du Studio Hébertot transformée en une sorte de sous-sol où sont entassés des oeuvres d'art d'une valeur inestimable ... pour nous qui les apprécions.

Mais pour les nazis, à l'époque de la seconde guerre mondiale,  beaucoup d'entre elles étaient qualifiées d'art dégénéré et devaient être purement et simplement détruites.

Pas question évidemment de brûler des reproductions. Il est donc important de s'assurer que ce qu'on va détruire sont des oeuvres originales. Et qui mieux que l'artiste qui les a réalisées pour les authentifier ?

Telle est la mission de Mlle Fischer, adjointe au ministère de la culture, d'obtenir de Picasso de déterminer si les trois tableaux (confisqués à des fuyards) destinés à un autodafé sont bel et bien de sa main.

On se doute que ce ne sera pas une simple formalité. D'abord parce que le peintre a un caractère très fort et qu'il n'est pas disposé à obéir. Ensuite parce que la jeune femme n'est pas insensible au charisme de l'artiste et que, même si elle veut rester loyale envers son gouvernement, elle est une amatrice d'art.

On assiste à la rencontre qui par moments prend des allures de corrida. Sans avoir chorégraphié les déplacements, on a souvent cette image qui s'impose, de Picasso en toréador quand il courbe la main pour mimer comment il tracerait les traits du visage de son interlocutrice s'il en faisait le portrait.
Jean-Pierre Bouvier est un Pablo Picasso fascinant qui, sans chercher à le copier le suggère très précisément. Il suffit d'avoir en mémoire un film, une interview, pour être frappé par la puissance de l'évocation. Parfois un léger accent espagnol surgit et renforce l'impression.

mardi 20 novembre 2018

La blessure de Jean-Baptiste Naudet

Si La blessure appartient à la dernière sélection des 68 premières fois c'est à la présentation de la rentrée littéraire de l'Iconoclaste que j'ai rencontré cet auteur. Sa manière de présenter son ouvrage était très émouvante.

Jean Baptiste Naudet est grand reporter en politique internationale au Nouvel Observateur depuis dix-sept ans après avoir été journaliste au Service étranger du Monde pendant dix ans. Il a couvert beaucoup d’événements terribles dans le monde entier dont une bonne demi-douzaine de guerres.

Comme le dit la sagesse populaire il y a de quoi tomber fou et, sans juger le moins du monde une telle vocation, il est inconcevable pour moi de la vivre en toute sérénité. J'ai été très surprise de l'entendre affirmer qu'il aime la guerre dont il parle en affirmant que la beauté se niche (aussi) à côté de l’horreur.

Je n’ai pas ressenti la beauté en question dans le livre qu’il a écrit pour se libérer d’un stress post traumatique. Par contre j’ai mesuré une autre beauté ... qui n’est pas liée à la guerre mais à la puissance des sentiments amoureux qui animent le couple dont l’auteur nous fait partager le quotidien, celui que formait Robert, tué au combat en Algérie, avec sa mère, Danielle, que dans son enfance effarée il avait vue sombrer dans la folie. Cette femme était hantée par le chagrin et la culpabilité à l’égard du peuple algérien.

Ce livre est magnifique à l’instar du chardon qui éclôt sur une terre aride. Il n’occulte pas les atrocités vécues en ex-Yougoslavie, en Tchétchénie ou pire encore au Rwanda et il est légitime de revivre ces épisodes la nuit en cauchemars. Quel médicament serait assez puissant pour effacer de telles scènes de guerre ? Après les molécules chimiques et la psychothérapie, Jean Baptiste Naudet essaye l’écriture pour conjurer une idée fixe, celle de croire que son destin serait de mourir à la guerre, comme le premier fiancé de sa maman mort en juin 1960 en Algérie, précisément dans les montagnes de Kabylie.

On se croit libre et on découvre qu’on agit en opposition ou en miroir de nos parents. Tout va bien quand père et mère partagent le même point de vue. Mais quand un gouffre les sépare, aucun enfant ne peut se construire en maintenant longtemps le grand écart pour réconcilier l’un et l’autre. Surtout quand le poids d’un secret familial étouffe. C’est ce que comprend l'auteur après la mort de sa mère.

Il réalise alors qu’il s’était inconsciemment identifié à Robert. Commence alors une enquête qui le conduira sur sa tombe, et auprès de sa famille. Son propre père lui confiera ensuite la correspondance échangée entre les deux amoureux, et qu'il avait respectueusement conservée.

Il lui faudra du temps pour apprivoiser l’émotion qui, étonnamment, est plus forte que toutes celles qu’il a ressenties dans les scènes de conflit. Il a modelé ce matériau en érigeant un monument à la mémoire de sa mère et de son fiancé, tout en respectant son père. On devine que le traumatisme n’est pas effacé mais chacun en sort grandi.

La blessure n’est pas une leçon d’histoire mais ce livre tient à la fois du roman et du témoignage. Il lève un peu le voile sur cette guerre d’Algérie dont on parle très peu comparativement aux deux grandes guerres mondiales. Celles-là n’ont pas été glorieuses, en ce sens que la mort d’un seul homme ne sera jamais un acte dont on peut être fier, mais l’odeur du soufre n’est pas au même endroit. La mauvaise guerre, au mauvais endroit, au mauvais moment contre le mauvais ennemi, selon la formule du général américain Bradley (p. 42). Les soldats français s’y sont trouvés en position offensive et non défensive, cela change beaucoup de choses.

C’est un livre très émouvant parce qu’on mesure toute la sincérité du propos et parce qu'il est écrit dans une langue très belle et très riche. Il s'en dégage aussi une grande tendresse.

La blessure de Jean-Baptiste Naudet, L'Iconoclaste, en librairie depuis le 29 août 2018

lundi 19 novembre 2018

La porcelaine Kamachi au Grand restaurant

Mondialement implantée dans l'univers de la gastronomie avec ses assiettes en porcelaine d'Arita, la maison Kamachi est présente sur les grandes tables parisiennes. Celles d'Alain Ducasse, d'Akrame Benallal, de Michel Troigros ou de la Tour d'argent, et puis, depuis déjà longtemps chez Jean-François Piège, notamment au Grand Restaurant.

Le chef doublement étoilé et plusieurs fois élu meilleur chef de l’année par de nombreux magazines et guides culinaires est connu pour son penchant pour les lignes épurées de la vaisselle japonaise qu'il a découverte au cours de ses voyages. Il utilise déjà une douzaine d'assiettes de présentation de la maison Kamachi depuis quatre ans.

On peut voir celles-ci disposées sur le passe-plat à l'entrée du restaurant qui a aussi pour spécificité d'avoir une cuisine immense et ouverte totalement à la vue des convives.

Deux exemplaires et un bol à fond turquoise sont dressés sur la petite table d'hôte blottie entre la cuisine et la salle du restaurant. L'assiette bleue est présente sur les tables depuis l'ouverture du restaurant et en toutes saisons. L'assiette dorée rayonne sur les nappes en hiver.
La région d’Arita, située sur l’île de Kyushu au sud du Japon, a fêté en 2016 ses 400 ans d’histoire de fabrication de porcelaine. C’est ici qu’est née la maison familiale Kamachi  qui, dans le respect des techniques traditionnelles régionales, a toujours innové pour créer un art de la table moderne et visionnaire depuis 130 ans.

Peintes autrefois sur fond blanc, elle affichent désormais toutes les couleurs, le bleu, le noir, l’ocre et même le rouge. La porcelaine est pure et souple, si bien que les pièces se modifient en cours de cuisson, donnant naissance à des formes très élégantes.
Les assiettes, conçues pour la plupart sur mesure, se déclinent sous de nombreuses formes, couleurs, motifs et textures, tous aussi variés qu’uniques pour stimuler, telle une palette d’artiste, l’inspiration des chefs. Leur diamètre étonne par la taille. C'est une des caractéristiques qui convient à Jean-François Piège qui apprécie le "bol" de 29 cm de diamètre pour servir le homard.
C'est donc spontanément que le chef a ouvert les portes de son restaurant, pensé comme un laboratoire de pensées et de créations culinaires, à Masaru et Kazuhiro Kamachi pour accueillir la présentation de leur nouvelle création, exclusivement conçue pour le restaurant.

dimanche 18 novembre 2018

Hotel Chopin ... pour passer un moment hors du temps

Connaissez-vous l'Hôtel Chopin ? Il est hors du temps, blotti dans un passage privé parisien, sur les Grands Boulevards, à deux pas du musée Grévin qui s’y installa en 1882.

Ce n'était pas original en 1850 âcre que les passages couverts étaient alors très nombreux à Paris. On en comptait jusqu’à 150 à cette époque et il parait qu'en zigzagant un peu on pouvait alors traverser presque toute la capitale en restant à l’abri des intempéries grâce à ces voies couvertes et privées.

L'hôtel Chopin a plusieurs particularités. La première est l'ampleur du calme qui entoure ses 36 chambres. Les fenêtres donnent toutes sur les toits ou une courette(aucune sur rue). C'est en longeant la galerie commerçante du passage Jouffroy qu'on accède à l'entrée de l'hôtel.

Ce passage a été inauguré en 1846 par le comte Felix de Jouffroy-Gonsans, qui est l’ancêtre des propriétaires actuels du passage. Il était particulièrement à la pointe du progrès puisqu'il disposait d’un système de chauffage par le sol, pour permettre aux promeneurs de faire du lèche-vitrines au chaud, ... aussi confortablement que nous aujourd'hui dans un centre commercial.

Le commerce le plus ancien est le marchand de cannes qui, jusqu'à il y a trois ans appartenant toujours à un descendant de Jouffroy. Beaucoup de vitrines sont remarquables.

L’hôtel date de la même époque, ce qui en fait l’un des plus vieux hôtels parisiens. La troisième spécificité est que sa porte n’a jamais été fermée depuis 1846. Elle n’a d’ailleurs pas de serrure. Un hôtel où quelqu'un est présent à la réception 24 heures sur 24 à longueur d'année, c'est assez rare quand on n'est pas classé parmi les palaces parisiens.

samedi 17 novembre 2018

Chacun pour tous de Vianney Lebasque

Sydney, octobre 2000. L’Espagne cartonne aux Jeux Paralympiques, signant la plus belle performance de son histoire. Un mois plus tard, l’exploit sportif est terni par un scandale qui va vite l’éclipser. L’équipe de basket de déficients mentaux ne comptait en réalité que deux handicapés dans ses rangs, les autres étant des athlètes ne souffrant en réalité d’aucun mal. L’affaire avait fait grand bruit dans les médias lorsque la supercherie fut révélée et en avril dernier, la comédie ibérique Champions basée sur l’affaire avait connu un succès phénoménal au box office espagnol.

Quelques mois plus tard, le réalisateur français Vianney Lebasque signe un film inspiré de ces mêmes faits réels. Chacun pour tous autour, entre autres, d'Ahmed Sylla, Camélia Jordana, Estéban, Jean-Pierre Darroussin, et Olivier Barthelemy.

Voici le scénario : Martin (Jean-Pierre Darroussin), coach de l’équipe française de basketteurs déficients mentaux, est au pied du mur. En pleine préparation des Jeux Paralympiques, ses meilleurs joueurs viennent de le laisser tomber. Refusant de perdre la subvention qui est vitale pour sa fédération, il décide de tricher pour participer coûte que coûte à la compétition. Il complète son effectif par des joueurs valides, dont Stan (Ahmed Sylla) et Pippo (Olivier Barthelemy), deux trentenaires désœuvrés. Même Julia (Camélia Jordana), la psychologue de la fédération, ne s’aperçoit pas de la supercherie. En s’envolant pour Sydney, Martin est loin d’imaginer le mélange explosif qu’il vient de créer.
Le sujet était risqué. Faire une comédie qui soit crédible et surtout pas ridicule, n'était pas une mince affaire. Pour cela le scénariste a eu l'idée d'ajouter un personnage très touchant en la personne de la fille du coach, elle-même handicapée, rendant ainsi en quelque sorte doublement "légitime" la motivation du coach. D'abord ne pas perdre la subvention de son club, et ensuite prouver à sa fille qu'être handicapé n'empêche pas de devenir champion olympique.

Quant au handicap mental on entend cette jolie phrase : c'est pas le QI qui mesure l'intelligence. Il y a tant de formes d'intelligence !

Ce film constitue, malgré l'issue finale négative (puis que le scénario, inspiré de faits réels, ne pouvait pas modifier le cours des choses) un grand message d'espoir. Il est formidablement interprété, très humoristique et témoignant que la solidarité est une valeur à cultiver.

vendredi 16 novembre 2018

Trancher d'Amélie Cordonnier

En lisant Trancher, je pensais qu'au-delà de prendre une décision, ce titre signifiait la nécessité à couper le lien qui attache la narratrice à Aurélien, sorte de cordon ombilical nourricier (c'est l'amour de sa vie) et destructeur (il va l'étouffer, cela ne fait plus de doute).i

Son habitude des listes fait penser à un roman sélectionné l'an dernier par les 68 premières fois, Eparse, où Lisa Balavoine faisait, elle aussi, état de violences conjugales.

Mais la particularité d'Amélie Cordonnier est de glisser des hommages dans son texte, paroles de chanson (souvent de Barbara mais pas que d'elle) ou de poème, sans astérisque, italiques ou notes de bas de page pour les signaler. Ce sont autant de touches d'épices pour rehausser le sens, et installer la connivence avec le lecteur, et c'est très agréable.

C'est comme si elle disait à son personnage -puisqu'elle lui parle à la seconde personne du singulier, en la tutoyant- tu vois tu n'es pas toute seule à vivre ce que tu vis. D'autres avant toi ont suivi le chemin, et il n'est pas sans issue.

Même la première phrase du roman (p.13) "C'est arrivé sans prévenir" ... est une citation masquéee. On pense au Mal de vivre de Barbara mais c'est plus exactement encore la superbe chanson de Grand Corps Malade Midi 20 qui s'achève sur des paroles d'espoir :  je vais faire ce qu'il faut pour que mes espoirs ne restent pas vains.

C'est presque sur des vers de Baudelaire que s'achèvera le roman (p. 134) : Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, des divans profonds comme des tombeaux, et d’étranges fleurs sur des étagères (extrait de La mort des amants).

Il faut avoir (malheureusement) vécu un enfer comparable pour mesurer ce qu'il faut de courage pour prendre son élan, comme pour sauter de l'autre coté d'un gouffre, en espérant n'y pas tomber, pour "juste" interroger (p. 18) tu te rends compte de ce que tu m'as dit ? ... sans même avoir un quelconque espoir de réponse, juste poser la question, comme on poserait un petit caillou sur une tombe.

Et puis décider de les noter, ces insanités, pour ne rien oublier, et surtout déplacer la honte de soi sur le papier. Ecrire comme une bataille, dis-tu. Voilà que moi aussi, lectrice, je te tutoie.

Ta mère t'a toujours interdit de geindre (p. 58). Elle est incapable de recevoir un cadeau (p. 91). Je n'avais pas pensé au rôle de la mère dans l'acceptation de la violence conjugale. Cela m'ouvre des perspectives.

Tu vis sur le qui-vive, mais tu as appris à apprivoiser la peur. Alors avoir le courage de recoller les morceaux ... ça ne peut pas te manquer.

On dit (p. 102) que la honte ne tue pas mais elle reste tue (...) des mots comme des rasoirs (...) que tu vas endormir en récitant comme un mantra un texte, lui aussi écrit à la seconde personne, Un homme qui dort de Perec.

Avec quelle jolie stratégie de détournement tu transformes en insultes les noms des stations de métro (p. 133). Quelle jouissance de lecture !

Et ça surgit encore en regardant les amoureux (...) qui se bécotent (...) et qui n'ont pas une p'tite gueule particulièrement sympathique. Vas-y donc, fais ce clin d'oeil au poète qui n'a jamais voulu demander son amoureuse en mariage, parce qu'il la respectait trop pour l'aliéner. Sais-tu qu'ils sont ensemble pour éternité là où sont gravés leurs noms, en bas ... de la pierre tombale ? Dix-huit ans après Georges, Joha Heiman, la Püppchen, est désormais blottie pour l'éternité à coté de son éternel fiancé, Dans ce cimetière de Sète qui n'est pas marin mais qui est celui du Ly.

C'est beau tout ça mais tu te l'es promis, il faut trancher au plus tard le jour de ton anniversaire, et c'est demain, le 3 janvier.

Cela fait des années que tu le croyais guéri de sa violence, Mais depuis que ce matin de septembre, devant vos enfants ahuris, il t'a de nouveau insultée, rien n'est redevenu "comme avant". Malgré lui, plaide-t-il. Pourras-tu encore supporter tout ça ? Tu es plus que jamais dans la tourmente et tu nous livres le roman d’un amour ravagé par les mots.

T'es qu'une conne, ma fille, dirait-tu à la fin. C'est toi qui le dis en te parlant comme une mère ...

Trancher d'Amélie Cordonnier, chez Flammarion, en librairie depuis le 29 août 2018

jeudi 15 novembre 2018

8 avenue Lénine, un documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

8, avenue Lénine est un documentaire de société, tourné par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun démontrant que la France et l’Europe ont la capacité d'accueillir dignement des Roms.

Les réalisatrices sont suivi pendant 15 ans Salcuta Filan, une femme rom et ses deux enfants, Denisa et Gabi, à Achères en région parisienne, depuis leur arrivée et leur quotidien en caravane dans un bidonville, jusqu'à leur premier logement en appartement.

On est très vite absorbé par l'actualité qui se construit sous nos yeux.

Plusieurs séquences sont d'une grande émotion, notamment celle qui filme l'intervention de 150 policiers, suivie de l'impressionnante opération de démolition des caravanes où vivent tant bien que mal des populations d'origine roumaine. C'est d'une cruauté terrible. Surtout que plus la précarisation augmente, plus la reconduite à la frontière devient inéluctable.

mercredi 14 novembre 2018

Le Beaujolais nouveau est tiré ...

Il me semble que je n'ai jamais abordé le sujet du Beaujolais, nouveau ou pas d'ailleurs. C'est pourtant une jolie (pas si nouvelle) coutume, à vivre en toute modération comme il se doit.

Un dicton veut qu'à la Saint Martin, le 11 novembre, on dise, jeune ou vieux, bois le vin. Et de fait, on buvait, chantait et fêtait le vin nouveau dans les vignobles.

Dans les années 50, et d'abord dans les bistrots des Halles parisiennes, et sous l'impulsion de quelques négociants visionnaires, Georges Duboeuf en tête, les parisiens se sont mis à suivre. Les anglais les ont imité et le phénomène s'amplifia jusqu'à se codifier le même jour, à la même heure, dans le monde entier dans les années 70, le troisième jeudi de novembre.

Une saison est alors terminée, et demain matin, les vignerons commenceront une nouvelle année, en commençant les travaux des vignes pour la récolte 2019. La journée est une sorte de "happy day" mondial... avec des milliers d’événements simultanément dans le monde.

Voilà comment nous fêtons ce soir le Beaujolais Nouveau 2018 aux Bains Douches qui est un lieu sympathique, très parisien, et presqu’historique, mythique en tous cas. En haut du porche principal, Bacchus préside et supervise l’entrée depuis 1885, chassant les mauvais esprits et les trouble fêtes.

Construits en 1885 les Bains ont été les plus célèbres thermes de la capitale. En 1978, l’endroit inédit devient salle de concert et temple nocturne du clubbing parisien. Il a vu passer des personnalités comme Claudia Schiffer, Bono, Prince, David Bowie, Mick Jagger...

La couleur rouge sang des murs et le carrelage gris et blanc, pailleté, offre un cadre idéal.

Après un discours très enthousiaste de Dominique Piron, le Président Inter Beaujolais, nous avons applaudi l'entrée cérémoniale des bouteilles de quelques entreprises du Beaujolais : Le Château de Corcelles, La Maison Mommessin, La maison Jean Loron, la coopérative de la Cave du Château des Loges, le producteur du Domaine des Nugues et celui du Château de l’Eclair et la Maison de vins Georges Duboeuf. La dégustation pouvait commencer, avec un carnet pour noter nos impressions et avis.

mardi 13 novembre 2018

Le radeau de Géricault 1818-2018 à la Maison des arts d'Antony (92) et photos

La très célèbre oeuvre de Théodore Géricault (1791-1824), le Radeau de la Méduse, a fêté récemment son bicentenaire et la Maison des Arts d'Antony (92) a décidé de l'honorer d'une manière assez originale à travers une exposition intitulée Le radeau de Géricault 1818-2018.

Une reproduction du tableau est exposée dans la salle du premier étage, prêtée par le musée des Beaux-arts de Bordeaux, et permet de revoir la scène que l'on pense connue de tout le monde, même si le tableau prêté est de dimensions réduites par rapport à l'original qui reste au Louvre.

A-t-on remarqué, car il faut de bons yeux pour la deviner, la voilure de l'Argus qui ne voit pas encore les naufragés qui malgré tout ont encore la force d’agiter des tissus dans le vent avec l’espoir de se faire repérer ? L’Argus ne les trouvera que deux heures plus tard.

La véritable histoire de la Méduse :
C'est de l'île d'Aix que La Méduse a appareillé, le 17 juin 1816, vers Saint-Louis, au Sénégal, afin d'y acheminer le nouveau gouverneur et les fonctionnaires nécessaires à la colonie, que l'Angleterre venait de restituer à la France après la restauration de la monarchie. La Méduse est accompagnée de trois autres bâtiments français, commandés par Hugues Duroy de Chaumareys, noble émigré à la Révolution, qui n'a pas navigué depuis 28 ans et qui doit sa nomination au retour de la monarchie. Six jours après le départ, Chaumareys décide de prendre les autres navires de vitesse et vraisemblablement à cause d'une erreur de navigation, la frégate s'échoue le 2 juillet sur un banc de sable, au large des côtes de l'actuelle Mauritanie.

lundi 12 novembre 2018

La gloire de mon père, spectacle interprété par Antoine Séguin

Je suis allée voir Antoine Séguin jouer la Gloire de mon père au Théâtre Essaion et si je mets son nom en valeur c'est parce que son interprétation est remarquable.

On peut croire qu'entendre des cigales cymbaliser sur un air de flutiau compte dans la mise en condition du spectateur. Certes. On peut penser que le texte de Marcel Pagnol y est pour beaucoup. Certes aussi. Que l'efficacité de la mise en scène de Stéphanie Tesson  est déterminante. Bien sûr.

Mais très franchement la prestation d'Antoine Séguin est indissociable du succès du spectacle.

Je suis née à Aubagne, sous le Garlaban, qui n'est pas une montagne mais une colline qui monte très haut dans le ciel de Provence.

Voilà, nous y sommes. Les modulations de la voix du comédien nous transportent dans cette région si typique, au sein de cette famille aimante, où grandit un petit garçon surdoué qui a appris à lire tout seul, pendant que sa mère allait au marché. Son père, instituteur écrivait les leçons au tableau noir et provoqua une révélation fracassante le jour où il rédigea une phrase apparemment anodine : la maman a puni son petit garçon qui n'est pas sage.

Le môme s'offusqua et réfuta cette affirmation, à la grande stupéfaction de son père.
On le suivra pendant toute son enfance, dans la petite ville d'Aubagne comme dans la campagne sur la charrette bleue des vacances tirée par un mulet, et pendant chaque partie de chasse. On tremblera  pour lui quand il sera au bord des larmes, craignant d'être perdu dans les collines, quand les chemins qu'il a laissé derrière lui en ont profité pour changer de visage, et qu'il n'a pas pensé à remplir ses poches de petits cailloux blancs comme le Petit Poucet, 

dimanche 11 novembre 2018

Illusions au Palais de la découverte

Chacun de nous a été surpris par des illusions d'optique et s'est amusé à comparer ce qu'il croit voir avec la perception de ses proches. Une des plus connues consiste à vérifier si on voit une vieille femme ou une jeune fille. C'est la Figure ambigüe de Böring et je pense que vous la connaissez.

Vous en verrez d'autres au Palais de la Découverte dans le cadre d'une exposition passionnante intitulée précisément Illusions, et que j'ai eu la chance de visiter accompagnée de Baptiste Bureau, chef de projet.

Elle révèle les phénomènes qui trompent nos sens, jusqu’aux secrets des magiciens. Et selon l'habitude de la maison le public est invité à manipuler des dispositifs pour vivre l'expérience et comprendre comment fonctionne son cerveau.

Dès l’entrée, l’exposition interpelle et fait la part belle à un terrain de jeu cérébral. Le titre de l’exposition est traité en anamorphose, imprimée sur de larges kakémonos structurant l’espace. Une quarantaine d'expériences aussi ludiques qu'étonnantes (et instructives) vous sont proposées, sollicitant différemment le cerveau pour sa capacité à être sensible, interprétatif, sélectif ou expert.

On croit que notre cerveau sait identifier des visages. Il est facilement trompé par les vêtements que porte un personnage. Habillez une personne en robe de mariée, une autre en costume trois pièces et vous identifierez une femme à coté d'un homme alors que leurs visages sont rigoureusement identiques.

Mon père qui avait tout compris du principe répétait : il faut flatter l'oeil. Ce conseil m'est souvent utile quand je pose par exemple du papier peint sur un mur dont l'angle n'est pas droit. Je me fie davantage à mon oeil qu'au centimètre, car rien ne sert d'être "juste" si tout le monde perçoit l'inverse.

Ce que j'ai particulièrement aimé c'est que ce ne sont pas que des illusions d'optique qui sont "démontées". Je me suis donc attardée sur quatre phénomènes qui concernent la perception kinesthésique et qui sont moins connus.

samedi 10 novembre 2018

Wrap Buffalo aux légumes racines

Je souhaitais depuis longtemps me lancer dans le wraping, si je puis dire, et l’occasion m’en a été donnée à l’issue du festival des influenceurs culinaires où j’ai découvert la version française de cette spécialité mexicaine que j’ai naturellement eu envie d’associer à ... des insectes, parce qu’on en consomme très naturellement au Mexique.

J’ai bien entendu respecté les fondamentaux de ce type de recette, à savoir plusieurs légumes, quelques feuilles de salade, une sauce à base de fromage blanc. C’est très facile et assez rapide à faire.

Comme légumes, j’ai pioché parmi ceux dits de saison en privilégiant les légumes racines (carottes, panais et radis noir) en leur ajoutant un gros oignon et quelques sommités de chou romanesco. L’astuce consiste à les trancher très fins, certains en bâtonnets, d’autres en lamelles. Pour cela rien ne vaut la mandoline de Microplane.

Les Buffalo sont des insectes de Jimini's et la tortilla de la marque Mission.
On les fait revenir quelques instants dans un peu d’huile d’olive pour les attendrir et parce que je voulais servir ces wraps en plat chaud mais on pourrait aussi préparer ce type de recette avec uniquement des crudités.
Au moment de servir on tartine la tortilla de fromage blanc assaisonné de sel fumé.

vendredi 9 novembre 2018

Un amour impossible, le film de Catherine Corsini

J’ai beaucoup apprécié Un amour impossible, que Catherine Corsini a adapté et réalisé d’après le livre éponyme de Christine Angot, est dont j'avais fait une critique très positive.

J'ai retrouvé l'esprit du roman. L'essentiel y est, intact, et pourtant la réalisatrice a opéré quelques changements, particulièrement pour la fin mais sans trahir l'esprit. Il fallait quitter le registre de l'émotion, parce que le cinéma est un autre média que l'écriture.

Le casting est remarquable car la ressemblance entre Christine Angot et la chanteuse Jehnny Beth qui l’incarne à l’âge adulte est très troublante dans cette scène finale.

Catherine Corsini tenait à sa liberté, mais elle aurait accepté que l'écrivaine refuse que son nom apparaisse au générique si le scénario ou le film ne lui convenait pas. Elle a lu le script et l’a trouvé formidable, puis elle a vu le film et a dit l’avoir aimée. La mère de Christine l’a vue quant à elle deux fois.

À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d'une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c'est pourquoi elle se bat pour qu'à défaut de l'élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille.

Le travail de reconstitution a été minutieux, et subtil de manière à ne pas souligner trop nettement le temps qui passe d'un plan à l'autre. Le spectateur ne sent aucune rupture. L'histoire se déroule dans une continuité historique remarquable.

jeudi 8 novembre 2018

Le Dress Code va devenir un hôtel à la mode

J'ai découvert il y a quelques jours le Dress Code, un nouvel hôtel parisien, quatre étoiles, enchâssé entre l’Opéra, la Madeleine, la Place Vendôme et les Grands Magasins.

Il présente l'originalité d'avoir été conçu sur le thème de la mode. Ce qui aurait pu être une idée gadget s'avère extrêmement bien pensé autour d'une décoration élégante.

L'immeuble abritait le siège de la Fédération française de Prêt-à-porter féminin, ce qui a inspiré la décoratrice Stéphanie Coutas a décliné le thème de la mode et du shopping parisien.

Une accumulation de chemises compose un tableau mural. Une majestueuse suspension de cristal de Baccarat s'épanouit au plafond du lobby qui se déploie dans une minéralisé apaisante, autour de larges fauteuils confortables.

Au sous-sol le spa offre, de 7 à 22 heures, un espace bien-être à la carte adapté aux plus exigeants, pour rebooster toutes les énergies dans une ambiance d’épure en blanc et filigrane grisé. Son accès est exclusivement sur rendez-vous, de manière à ce que l'utilisateur jouisse de l’impression d’être seul au monde pour une quiétude absolue.

Le hammam est tamisé de lumières douces. Des partenaires peuvent intervenir pour des massages  ou la pratique de lifting manuel japonais.
Dans le lobby la couleur dominante y est le grège, s'accordant à un camaïeu de marbres clairs et tout en twist discret de moulures intemporelles.
On y propose le matin un buffet sucré-salé pour un petit-déjeuner continental. C'est ensuite ce qu'on appelle l’honesty-bar de 13h00 à 2h00 pour accompagner la convivialité. Presque chaque après-midi un gâteau maison embaume et tente la clientèle à profiter d'une pause avec thé chose dans une vaste collection.

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