vendredi 3 août 2018

Légende d'une vie de Stephan Zweig, dans la mise en scène et avec Caroline Rainette et Lennie Coindeaux

Stephan Zweig est un auteur très souvent monté au théâtre. Je ne connaissais pas cette Légende d'une vie, que je vais voir à la rentrée dans un autre théâtre, dans une autre distribution. Comme quoi on n'est jamais seul à avoir une bonne idée.

Car cette pièce (traduite par Caroline Rainette qui a voulu en faire une version resserrée) est très subtile et mérite qu'on en suive avec attention les ressorts psychologiques.

Le décor est simple autour d'un bureau de fortune, installé sur des tréteaux à cour, presque sous le portrait de celui qui est inoubliable, ce père si écrasant dont le fils ne parvient pas à se libérer, du moins pour le moment.

Il est installé devant un voile blanc qui plus tard sera l'écran où les images du passé seront projetées pour éclairer le présent.

Le téléphone sonne que personne ne vienne décrocher. Des pas résonnent dans un escalier. On perçoit une musique que troublent à peine des petits bruits de marteau étouffés. Manifestement la maison est en pleine effervescence

Effectivement on s'apprête à y "donner" une soirée. Donner  façon de parler puisque des billets ont été vendus pour l'occasion.

Friedrich (Lennie Coindeaux) entre en scène, agité par une anxiété que l'exercice d'un bilboquet ne calmera pas. Clarissa (Caroline Rainette) masque son énervement par un activisme forcené mais on devine que ni l'un ni l'autre n'est à l'aise face à ce micmac, ce tourbillon de gens qui s'apprête à envahir la maisonnée.

Un évènement mondain est programmé. Alors qu'autrefois on venait écouter son père avec foi on se précipite maintenant avec curiosité pour entendre le fils et surtout vérifier qu'il a le même talent.

jeudi 2 août 2018

I love Piaf de Jacques Pessis avec Mtatiana

I love Piaf est un de ces charmants spectacles auxquels on aime aller l’été avec des amis. Et c’est une bonne idée supplémentaire de le rendre accessible aux non francophones avec un système de surtitrage. On aura tous remarqué d’ailleurs que l’intitulé du spectacle est en anglais.

Je mettrais un bémol aux traductions qui ne m’ont pas semblé aussi riches que le texte original mais c’est très secondaire.

Le décor évoque, inévitablement, la capitale du début du XX° siècle dans son imagerie traditionnelle, avec un banc public sous un réverbère. Le cliché correspond bien à ce Paris, ville lumière, surnommé ainsi par les anglais sous Louis XIV, l’expression ne date pas d’hier … La scène est divisée en trois espaces avec au centre une sorte de podium pour l’accordéoniste, qui le soir de ma venue était Marryl Abbas. Elle joue admirablement, à la fois musicienne et comédienne.

On apprend beaucoup de choses sur la vie d’Edith Piaf dont la richesse fut une voix portant loin. J’ai été dérangée par l’équipement de l’interprète principale d’un micro HF, comme si Mtatiana manquait de voix (dans une toute petite salle …) et puis je l’ai oublié en raison de son jeu de scène très réussi et de sa voix plutôt jolie qui jamais n’imite Piaf, ce qui est une bonne chose.

Après tout on peut comprendre que chanter dix-sept chansons réclame d’être soutenue, surtout lorsqu'on est accompagné par un accordéon parce que cet instrument est puissant.

Le récital n’est pas chronologique. Les chansons ont été choisies pour donner du sens à la reconstitution des principaux moments de la vie de celle qui fut surnommée la Môme.

Il commence avec la Goualante du pauvre Jean (1954) et installe immédiatement le contexte puisqu’en argot chanter se dit goualer. La chanteuse nous annonce qu’Edith est née sur les marches du 72 rue de Belleville le 19 décembre 1915. Son partenaire de scène, Michaël Msihid, rétablira une vérité moins misérabiliste. Sa mère n’a pas accouché dans la rue mais à l’hôpital Tenon.
Il n’empêche que l’enfant n’a pas eu de chance. Sa mère fut trop pauvre pour l’élever et la confia à son père, contorsionniste et antipodiste.

Mais pour l’heure nous entendons Plus bleu que tes yeux (que lui écrit et compose Charles Aznavour, son homme à tout faire, en 1951) alors que Michael tire le rideau qui découvre une vue de Belleville en noir et blanc.

mercredi 1 août 2018

Une journée à Thoiry, épisode 3

Le Zoo Parc de Thoiry est un espace qui offre énormément de possibilités. Impossible de tout faire en un jour. Nous avons dû renoncer à la tyrolienne qui nous aurait permis de glisser dans les airs au-dessus des lions. Egalement au labyrinthe comme à la visite du château.

Il faudrait une formule qui permette de passer une nuit sur place. Cela viendra peut-être.

Une fois effectué le parcours en camion brousse, raconté ici, nous avons flâné dans l'espace "zoo" plus classique, avant de nous restaurer près des yourtes. Avec grande satisfaction parce que l'espace est vaste, très propre et bien conçu, avec autant de grandes tables dehors que dedans. Il faut dire que c'est tout neuf. Et surtout c'est bon !

Nous avons passé un très long moment dans l'île habitée par les lémuriens, ce qui a sans doute pénalisé d'autres découvertes mais c'est un souvenir inoubliable. Il est raconté .
Thoiry offre la possibilité d'assister à des moments programmés par les soigneurs à propos du mode de vie de leurs pensionnaires. Là encore il faut choisir. Nous avons assisté au nourrissage des loutres d'Asie et des dholes. Je vous parlerai plus en détail de ces animaux plus bas.
Après cela nous avons traversé quasiment au pas de course l'arche des Petites bêtes où je voulais pourtant passer davantage de temps mais nous avions envie bien entendu de voir des méduses, et des animaux inhabituels ...
... comme la rainette Kunawalu, nocturne et arboricole, qui ne descend jamais de son arbre de toute sa vie et qui est considérée comme magique par les amérindiens ... et les très étonnants minuscules ouistitis pygmées ... qui pèsent à peine entre 85 et 150 grammes et  qui vivent dans les forêts du nord de l’Amazonie.


Nous avons eu aussi très envie de voir (ou revoir) d'autres animaux, et de les photographier comme ceux que je vous laisse maintenant découvrir. Le macaque de Tonkéan par exemple, surprenant puisque lorsqu'il découvre ses dents c'est pour  annoncer des intentions pacifiques. Un sourire en quelque sorte !

mardi 31 juillet 2018

LoDka, du théâtre clownesque russe

Les spectacles se suivent et ne se ressemblent pas. C'est ce qui fait le charme d'Avignon. Il y en a pour tous les goûts à toute heure. LoDka est une sorte d'ovni théâtral, un peu à l'instar de la Familie Flöz dont je suis une fan absolue.

Chacun a son registre comique bien particulier, même si les deux troupes se situent dans l'univers du mime, ce qui fait qu'elles ont en commun de pouvoir être accessibles par un public international sans nécessiter le moindre surtitrage.

Leur langage est universel, c’est la force de l’image et du mouvement, des dérapages, des cascades et des enchainements de situation comiques, avec juste ce qu'il faut de poésie pour apporter de la légèreté.

LoDka signifie petite barque en russe et c'est une façon de préserver la couleur de leur langue. On pourrait le deviner dès la première scène, du canotage sur une mer artificielle, une fois dissipée la fumée qui filtrait déjà sous le rideau de scène pendant l'installation du public.
Tout ira de guingois, tout le temps, avec des enchainements désopilants, plus rocambolesques les uns que les autres. Parce qu'on aura vite compris que le bateau en question est la métaphore du travail théâtral dans lequel ils sont tous les cinq embarqués. Et nous avec. Un vent de folie fera capoter leurs projets mais rien ne les arrêtera malgré tout, même pas l'effondrement des décors. Parce qu'ils maitrisent le secret de la longévité : faire équipe pour ne pas échouer.

LoDka parle donc de la vie, du bonheur, de l’amour, du chagrin, des sentiments, des souffrances et questionne la place de l’individu parmi les autres. Avec énergie et poésie aussi.

Les fêtards qui ne seraient pas encore complètement réveillés à l'heure matinale à laquelle Lodka est programmé (10 heures) seront vite secoués de rire comme tout le monde.

Les visages ont nécessairement peints en blanc, dans la plus pure de la tradition clownesque qu'ils revendiquent, passant par Charly Chaplin et naturellement James Thierrée.
Ces artistes originaires de Saint-Pétersbourg ont été formés à l’art du clown par les artistes du Teatr Licedei. Ils ont fondé en 2002 une troupe qui avait présenté un premier spectacle en 2005, devenu vite culte, dans ce même théâtre du Chêne noir, reprenant le nom de la troupe, La Famille Semianyki (qui fut joué longtemps joué à Paris au Rond-Point). Olga Eliseeva, Alexander Gusarov, Yulia Sergeeva et Marina Makhaeva sont de la nouvelle aventure, avec cette fois Natalia Parashkina.

lundi 30 juillet 2018

La Magie lente

La Magie lente commence comme une conférence. On va nous raconter la petite histoire de Monsieur Louvier qui, après avoir été diagnostiqué schizophrène par un psychiatre, découvrira une toute autre vérité à la faveur d'un changement de praticien.

Benoît Giros est bouleversant. Il incarne tous les personnages (sans utiliser le moindre accessoire) avec autant de naturel.

On ne perd pas une bribe des conversations. On le croit parce que le texte de Denis Lachaud est implacable mais on se demande pour quelle raison  une telle aberration est possible.

Certaines répliques tracent leur chemin longtemps dans notre esprit : nous ne sommes pas ce que nous semblons être. Personne.

Le dernier mot, merci, fait multiple sens. C'est celui du patient qui gratifie le thérapeute, celui du conférencier qui salue son auditoire mais aussi celui du comédien qui salue le public.

Comment on peut rester dix ans à ne pas dire ce qu'il faudrait entendre...

dimanche 29 juillet 2018

Le jour où j'ai appris que j'étais juif de et avec Jean-François Derec

Le jour où j'ai appris que j'étais juif était annoncé comme une pure création du festival off d'Avignon 2018. Qui plus est avec un comédien extraordinaire, Jean-François Derec, dont l'entrée en scène a été ponctuée immédiatement par des applaudissements nourris.

Il est dirigé par un de ces metteurs en scène qui ont fait les riches heures du festival, le in s'il vous plait, Georges Lavaudant. Et dans un de ces théâtres qui comptent dans la ville à longueur d'année, le Chêne noir.

Un tel générique inspire le respect mais impose aussi le succès qui, hélas n'est pas de mon point de vue au rendez-vous. Impossible de le cacher.  Je suis sortie très déçue par ce spectacle.

Le texte est plutôt bien écrit. Je ne remets pas en cause l'adaptation et je pense que la lecture des confidences du comédien, publiées en 2007 chez Denoël doit se lire avec plaisir.

Ce que je n'ai pas compris c'est pourquoi il était presque toujours statique au centre de la scène, devant quelques objets (dont on devine qu'ils ont un rapport avec la religion juive) qui sont de mon point de vue sous-utilisés. Je n'ai pas vu le travail de mise en scène et les lumières (signées aussi par Georges Lavaudant) ne m'ont pas subjuguées.

Il dit avoir essayé, avec son accord, de sortir Jean-François Derec de son personnage de one-man-show, de suivre son désir, de l’emmener ailleurs.  Peut-être sommes nous "trop" habitués à son jeu et le décalage a été trop fort. Le registre m'a semblé sombre, voire tragique alors qu'il n'y avait pas matière à être triste.

samedi 28 juillet 2018

Joueurs, le premier film (très réussi) de Marie Monge, avec Stacy Martin et Tahar Rahim

Joueurs est une très belle surprise de l'été. C'est le premier film de Marie Monge qui a été inspirée de confier le rôle principal de Ella à Stacy Martin qui était déjà remarquable de naturel dans la peau d'Anne Wiazemsky, la muse du célèbre réalisateur Jean-Luc Godard dans le biopic Le Redoutable réalisé par Michel Hazanavicius.

Son partenaire de jeu, dans tous les sens du terme, c'est Tahar Rahim, qui était le personnage principal du film culte de Jacques Audiard, Un Prophète, le délinquant Malik El Djebena, qui lui valut le César du Meilleur Espoir Masculin et celui du Meilleur Acteur, un doublon jamais vu dans l'histoire du cinéma.

Son père est Bruno Wolkowitch, un acteur bien connu des films policiers. On retrouve aussi Karim Leklou qui, après un petit rôle dans le Prophète, a enchainé avec La Source des femmes de Radu Mihaileanu aux côtés de Leila Bekhti et Hafsia Herzi et a été remarqué pour son interprétation d'Angel dans Les géants de Bouli Lanners.

Il est ici un très touchant amoureux platonique. On pourra le voir dans un registre plus comique dans le prochain film de Romain Gavras, Le monde est à toi. Il y sera François, un petit dealer qui a de grands rêves.

On le voit, Marie Monge a fait un casting de rêve et rien d'étonnant à ce qu'il ait été salué à Cannes par la Quinzaine des réalisateurs. Je ne lui reprocherais que l'affiche dont les couleurs ne correspondent pas à l'atmosphère du film. Ou alors juste aux couleurs ocres du générique et aux premières scènes, avant que la vie d'Ella ne bascule avec sa rencontre avec Abel.

La lumière est fondamentale dans ce film qui se déroule majoritairement la nuit. La réalisatrice a su rendre toutes les gammes de bleu, depuis le jour pointant au petit matin jusqu'au bleu indigo d'un crépuscule angoissant. Si bien que ce film noir est au fond très lumineux.

Abel surprend Ella à la fin du coup de feu alors qu'elle est épuisée. Il bluffe comme à son habitude. Il n'a pas de CV mais réussit à décrocher un essai dans le restaurant où tout le monde est débordé. On pourrait croire à un gentil garçon mais il n'est là que pour se "refaire", quitte à piquer dans la caisse.
Il sera dit que quelque chose d'important va se jouer entre les deux jeunes gens. Abel va initier Ella aux jeux d'argent comme on le ferait avec la drogue. Alors qu'il vient de la voler il renverse les rôles, prétend qu'il va lui faire confiance mais que c'est important qu'elle y croit (que gagner est dans ses cordes). On la voit basculer, sourire, se prendre au jeu, comme le dit l'expression.

vendredi 27 juillet 2018

Le C.V de Dieu de Jean-Louis Fournier, au théâtre actuel puis à la Pépinière

Ce fut une des heureuses surprises avignonnaises et je suis heureuse que le CV de Dieu soit accessible au public parisien pour éclairer une rentrée qui n'est jamais facile à supporter.

Ce spectacle est une franche comédie, autant intelligemment écrite que bien jouée. J'espère que le duo Bénureau/Balmer n'aura rien perdu de sa fraicheur, de sa connivence et de sa capacité à surprendre (je suis sûre que l'un comme l'autre pimentent chaque représentation avec juste ce qu'il faut d'improvisation pour maintenir l'attention de son partenaire).

L'évocation de Dieu commence sur le rideau de scène. On apprend d'emblée que lorsque furent finis le ciel, la terre, les animaux et l’homme, Dieu pensa qu’il était fini aussi, et sombra dans une profonde mélancolie.

Il ne savait à quoi se mettre. Il fit un peu de poterie, pétrit une boule de terre, mais le cœur n’y était plus. Il n’avait plus confiance en lui, il avait perdu la foi. Dieu ne croyait plus en Dieu. Il lui fallait d’urgence de l’activité, de nouveaux projets, de gros chantiers. Il décida alors de chercher du travail, et, comme tout un chacun, il rédigea son curriculum vitae, et une lettre de motivation qui devait être excellente puisqu'elle lui vaut d'être convoqué sur terre pour une semaine de tests et d'entretiens dans un grand groupe.

La confrontation entre Dieu (Jean-François Balmer) et le DRH (Didier Bénureau) peut commencer. Tout est évidemment surréaliste, oscillant entre le vraisemblable et le paralogique. Comme souvent dans l'écriture de Jean-Louis Fournier.
L'effet comique est renforcé par une multitude de détails, dits ou non-dits, comme le nom de Dieu mentionné sur le "diable" (c'est bien comme cela qu'on appelle ce chariot qui lui permet de trimbaler un CV très conséquent ...), la surcharge d'un costume immaculé rehaussé d'une écharpe de soie violette inspirée d'un signe de dignitaire ecclésiastique et alourdie de passementerie, ou encore la croix obtenue par la juxtaposition de deux outils scripteurs ... avec lesquels tout quidam pourrait écrire son CV.
On rit beaucoup et de bon coeur. Dieu s'exprime sans tabou, avouant s'emmerder là-haut depuis qu'il laisse les passions à son fils... unique, comme on le sait. Et jurer Nom de moi !

jeudi 26 juillet 2018

La Résidence de Refugee Food Festival à Ground Control

J'ai publié hier deux recettes très populaires en Afrique de l'Ouest le Gnamakoudji et l'Akpessi que j'ai appris à cuisiner au cours d'un atelier mené par la cheffe Afousatou Soro à la Résidence de Refugee Food Festival.

Cette résidence est située dans un espace immense qui s'appelle Ground Control sur lequel j'avais  promis de m'attarder car il en vaut vraiment la peine.

C'est un lieu de vie pluridisciplinaire et indépendant où l'on peut se restaurer mais aussi se cultiver. Il a pour objectif de promouvoir les initiatives citoyennes, écologiques et solidaires.

Je vous invite à en suivre ici la programmation. Beaucoup d'activités y sont gratuites.

Les éléments de décoration sont largement puisés dans l'univers de la récupération avec souvent un humour fou.
Tout en étant du point de vue décoratif proche d'un concept de friche industrielle (comme on en voit fleurir en plusieurs endroits dans la capitale) on est aux antipodes d'un endroit comme le plus grand restaurant européen de Station F.
C'est donc en toute légitimité que la Résidence prend racine dans ce lieu d’expérimentation et de découverte. C'est le premier restaurant et lieu de formation dédié aux chefs réfugiés, à Paris, en accueillant tous les deux mois un nouveau chef réfugié en France. Il/Elle prend les rênes du restaurant pour faire découvrir au grand public les saveurs originaires de son pays, et parfaire sa formation sous le parrainage des chefs Stéphane Jego et Mohammad Elkhaldy.

Après Nabil Attar, chef syrien c'est Magda Gegeneva dont on peut déguster en ce moment les spécialités géorgiennes, sans qu'il soit nécessaire de réserver, tant l'espace est vaste et convivial. Mais je vous conseille vivement d'arriver tôt.

mercredi 25 juillet 2018

Gnamakoudji et Akpessi,deux recettes ivoiriennes d'Afousatou Soro

Connaissez-vous Ground Control ? Je vous en dirai plus sur cet endroit réellement surprenant demain. Pour le moment je vais vous rendre compte d'un atelier de cuisine ivoirienne que j'ai suivi avec la cheffe Afousatou Soro à la Résidence de Refugee Food Festival qui se trouve au sein de cet immense espace.

La jeune femme est originaire d'un village qui a pour spécialité les beignets de mil. Ce soir elle nous a initiés à deux recettes très populaires en Afrique de l'Ouest le Gnamakoudji et l'Akpessi.

Vous connaissez probablement la première puisqu'il s'agit de jus de gingembre. Reste à vérifier s'il égale celui qui est servi tous les soir de représentation au Théâtre de la Tempête (dans la Cartoucherie de Vincennes) dont je suis une habituée.

Afousatou a commencé à cuisiner à l'âge de six ans, comme on le fait dans son pays, dès que l'on est capable d'observer, de mémoriser l'usage des principaux épices et de commencer à travailler comme commis.

Interrogée sur la différence entre les hommes et les femmes elle nous explique que les hommes font une cuisine simple, sans garniture, mais qui a beaucoup de goût.

Elle est en France depuis dix ans déjà, toujours attachée à sa culture, mais parfaitement intégrée parce que les français sont curieux de découvrir toutes les cuisines du monde.

On apprend que "mon/ma chérie" est réservé aux inconnus(es). Voilà pourquoi ce soir elle suggère qu'on s'appelle, comme au pays, frère-soeur, la famille quoi. 

Sous le nom de Cheffe Afood, elle est devenue traiteur, chef à domicile et anime des ateliers de cuisine. Elle a des projets de festival en novembre pour mieux faire connaitre la cuisine et l'artisanat de son pays d'origine. Ce serait une jolie occasion de faire un nouveau voyage à ses cotés.

Elle partage avec nous ce soir deux recettes, une boisson typique du sud de la Cote d'Ivoire, et un plat traditionnel de la région d'Abidjan qui est accompagné de pâte, comme on dit là-bas (caviar d'aubergine en français).
Nous commencerons en enfilant un tablier et une coiffe réalisées en wax (le tissus traditionnel africain) dont on apercevra le graphisme sur quelques photos.

mardi 24 juillet 2018

Dieu est mort de Régis Vlachos

Dieu fait recette en Avignon. Outre son CV (une comédie très réussie, créée au Théâtre actuel et dont je rendrai compte prochainement) voilà que Régis Vlachos nous rappelle à l'instar de Nieztsche que Dieu est mort et qu'accessoirement il ne se sent pas très bien non plus, paraphrasant ainsi une citation de Woody Allen.

Ce spectacle là ne date pas d'hier. Le texte écrit en hommage à Charlie Hebdo a été primé au Concours Léopold Bellan en Avril 2015 au théâtre Tristan Bernard à Paris. D’abord en solo, le spectacle est recréé en duo en juin 2016 aux Feux de la Rampe et a été un des succès du Festival Off Avignon 2016. Il s'est ensuite posé à Essaion, à la Contrescarpe et au Point Virgule. Il est pour la troisième année en Avignon. Seulement voilà, je ne l'avais pas encore vu.

Régis Vlachos est agrégé de philosophie. Autant dire qu'il en connait un rayon sur la dialectique ... sur les croyances et les fondements des religions, toutes !

Sous couvert de faire rire, il nous fait réfléchir à propos de l’idée de Dieu. A commencer par le déroulé d'une pensée absurde : à quoi pouvait-il s'occuper avant de créer la terre ? Jouait-il avec le vide ? Il faut voir le comédien mimer le vieillard ...

Plus sérieusement il nous raconte comment il s'y prend pour assurer l'enseignement de toutes les religions dans son établissement du 93. Le pari est difficile tant auprès des élèves, que face au proviseur qui ne partage pas la même vision de la fameuse liberté pédagogique. Bon prince, notre homme se plie au gage du pari perdu et portera un nez de clown.
Le duo qu'il a construit avec sa partenaire, Charlotte Zotto, est ponctué de beaux intermèdes musicaux qui insufflent de la poésie entre deux moments débordants d'énergie. L'idée de choisir de gratter une guitare électrique comme une acoustique est particulièrement réussie. Elle a une très jolie voix, et on a envie de chanter avec elle Comme on se lasse faire !

Les attentats sont en toile de fond quand l'artiste invoque tous les morts au nom de Dieu en haranguant une peluche censée le représenter, selon lui un pingouin, mais j'y ai vu un manchot, et un jeu de mots signifiant combien l'oeuvre n'est pas accomplie.

lundi 23 juillet 2018

Froid de Lars Norén

Le festival d'Avignon est une occasion de découvrir des spectacles qui enchantent. Il en est certains qui dérangent. Froid est de ceux-là. Lars Norén vient d'entrer au répertoire de la Comédie française et est en passe de devenir un "classique".

J'en suis sortie sonnée. Il aurait fallu me prévenir du niveau de violence que j'allais devoir absorber. J'aurais, je ne peux pas dire "apprécié", mais du moins accepté la forme qui est au service du fond.

J'ai appris, depuis, qu'en Suède on dit "déprimant comme du Lars Noren". C'est clair.

Ceci étant, la performance des comédiens est immense, même si je leur reproche quand même de n'avoir pas l'âge de leurs personnages, et cela se voit quand on est au second rang.

Ils ont choisi le parti-pris d'un jeu ultra réaliste qui, conjugué à une écriture sans concession, fait forcément mouche. Le collectif,  créé en 2014 entre onze camarades du Cours Florent, porte bien son nom de la Fièvre.

A peine est-on entré dans le théâtre que l'on craint qu'il y aura du grabuge. Trois jeunes baraqués sont assis devant le rideau de scène, face au public, le regard dans le vide. Ils n'ont pas l'air de "jouer" et on se demande si ce sont des spectateurs égarés ...

dimanche 22 juillet 2018

Ich bin Charlotte, interprété par Thierry Lopez en Avignon et bientôt au Poche Montparnasse

Ich bin Charlotte, le titre est en allemand, une évidence pour présenter la vie "incroyable" (mais vraie) de Charlotte von Mahlsdorf, (1928-2002), que retrace Doug Wright après une longue et minutieuse enquête.

Thierry Lopez est Charlotte, mais aussi une trentaine de personnages à qui il donne vie sans changer une seule fois de costume, démontrant son immense talent de comédien.

Il était très drôle dans la reprise de Nuit d'ivresse et j'avais hâte de le voir dans un registre qui ne serait pas comique. Il est juste époustouflant et le public parisien est bien chanceux que le spectacle soit déjà annoncé pour la rentrée au Poche Montparnasse.

J'ai placé une petite vidéo à la fin de l'article pour convaincre les sceptiques de ne pas le manquer. Parce que c'est peu descriptible. Décor, costume, musique, tout est pensé intelligemment pour rendre l'atmosphère d'un XX° siècle berlinois marqué par deux régimes très répressifs, les nazis comme les communistes, où néanmoins un personnage hors normes a pu rester soi-même, enfin on veut y croire malgré quelques doutes sur ses relations à la Stasi.

Il/Elle ... on ne sait quel pronom utiliser. Disons Charlotte puisque tel est le prénom qui l'a fait connaitre. Charlotte est, nous dit-on, une femme piégée dans un corps d’homme. Piégée sans doute, mais libre. C'est ce qui fascinait en son temps, et qui encore aujourd'hui demeure extraordinaire.

samedi 21 juillet 2018

Cent mètres papillon, prodigieusement interprété par Maxime Taffanel

J'ai terminé le marathon avignonnais de cet été avec Cent mètres papillon et je suis ressortie de la Manufacture avec des gouttes d'eau dans les yeux.

Je suis loin de sacraliser le sport, pour toutes les raisons qui sont d'ailleurs perceptibles dans le spectacle écrit par Maxime Taffanel. On inflige trop de violence, en premier lieu à soi-même, au cours des entrainements inhumains (de mon point de vue) pour que je cautionne que le sport soit excellent pour la santé.

Mais ne débattons pas de cela, et je respecte immensément l'ancien champion (ancien est un terme odieux, car il l'est toujours à mes yeux - champion). La pièce est un seul en scène où le comédien occupe tout l'espace.

Maxime Taffanel connait très bien le sujet puisqu'il a été pendant toute sa scolarité, nageur de haut niveau. Quand on est dans une telle position l'entrainement est quotidien, matin et soir. Chaque week-end était évidemment consacré aux compétitions. Si les sacrifices sont immenses ils sont acceptés dans l'espoir de remporter l'objectif que l'on s'est fixé et il est facile d'imaginer les déceptions de beaucoup de jeunes athlètes lorsque les marches des podium sont inaccessibles.

J'espère que le public parisien aura vite l'occasion d'admirer la performance ... qui mérite un Molière ! Nous sommes nombreux à l'avoir loupée à Vanves en mai dernier. La tournée passe par Jouy-le-Moutier (95) le vendredi 14 septembre 2018 mais c'est tout de même un peu éloigné de la capitale.
L'artiste a eu lui-même l'idée de ce spectacle dont il a écrit le texte et qu'il interprète.

Pour raconter l’histoire de Larie, jeune nageur, passionné par sa discipline. Il nage et questionne "la glisse". Il suit le courant en quête de sensations, d’intensité et de vertige. Au rythme de rudes entraînements, et de compétitions éprouvantes, il rêve d’être un grand champion. Son récit témoigne de ses joies et de ses doutes, "au fil de l’eau".

En devenant comédien il a décidé que son expérience du nageur de haut niveau nourrirait le texte. Avant de le voir je n'aurais pas cru possible qu'on m'explique de manière aussi onirique et néanmoins exacte ce que pouvait être apprentissage de la "culbute", la découverte de la glisse, son rapport avec l’eau, l’entraînement et ses violences, la compétition et l’étrangeté de ses rituels, les courses, les défaites, les remises en question, le chant des sirènes...

vendredi 20 juillet 2018

Vous reprendrez bien un peu de Brassens? Avec Mardjane Cheminari et René Brion

Le festival Off d'Avignon est bien entendu essentiellement théâtral mais il permet aussi de découvrir des artistes musiciens et d'avoir de jolis coups de coeur.

J'étais un peu dubitative d'aller à un récital de Brassens, l'après-midi, dans un lieu un peu excentré ... mais l'idée que ce serait une femme qui en était l'interprète en étant accompagnée au piano et non pas à la sempiternelle guitare, laissait augurer une redécouverte du répertoire du chanteur sétois.

Je peux vous dire que la réponse est oui à la question Vous reprendrez bien un peu de Brassens ?

Ce ne sont pas moins d'une vingtaine de chansons, certaines très connues, d'autres moins, dont Mardjane Cheminari nous a régalés.  A peine dix pour cent de l'immensité du répertoire mais quel régal !

Elle commença avec un classique, Brave Margot (1953), suivi de Jeanne (1962), qui nous rappellent combien Georges Brassens a aimé les femmes.

jeudi 19 juillet 2018

Les années d'Annie Ernaux dans la mise en scène de Jeanne Champagne

Autant il m'arrive de voir et revoir un film, autant je déteste aller deux fois de suite au théâtre. Sans doute parce que le spectacle vivant ne peut pas se répéter à l'identique et produire une seconde fois une émotion comparable à la première.

Il y a des exceptions et Les années en est une, magistrale. Je l'avais découvert en novembre 2016 au Théâtre 71 de Malakoff et je suis revenue en courant (arriver en retard au festival d'Avignon, cela ne pardonne pas) pour le revoir ce matin au Petit Louvre.

Il était annoncé comme une Première ici, alors que la création ne date pas d'hier mais c'est au final une bonne idée de pointer ces spectacles aux festivaliers habitués.

Il a été applaudi longuement avec une ovation debout amplement méritée, tant pour l'idée originale d'Annie Ernaux que pour le formidable travail d'adaptation et de mise en scène de Jeanne Champagne qui entrecroise textes, chansons, chorégraphies et images, que l'interprétation si juste d'Agathe Molière et de Denis Léger Milhau.

On nous oubliera, prévenait Tchekov dans les Trois soeurs. Annie Ernaux le cite en épigraphe de son livre mais Jeanne Champagne, tout en reprenant la formule, démontre tout le contraire avec ce spectacle qui est un hommage très féministe à la condition humaine.

L'écriture d'Annie Ernaux est énumérative, descriptive d'une multitude de détails qui isolément seraient désuets mais qui, bout à bout, sont tout à fait représentatifs d'une époque. Elle raconte des souvenirs personnels dans lesquels on se retrouve tous, ... si on a vécu ces mêmes années.

Le spectacle est facile à suivre alors que parallèlement à ce qui se déroule (comme on déviderait une bobine) sur scène notre cerveau mouline des souvenirs personnels, vécus ou racontés par nos parents. Si bien qu'on se reconnait dans le quotidien qui est reconstitué avec un naturel confondant, sans mélancolie, avec un naturalisme joyeux.

On est surpris que cela s'arrête, en 1971, sur les images d'archives d'une manifestation du MLF autour des 343 femmes ayant signé un manifeste réclamant la libéralisation de l'avortement. On écoute avec attention les paroles (magnifiques) de cet Hymne qui sont sur le fond cruellement toujours d'actualité.

J'ai vu plusieurs larmes essuyées furtivement dans le public à ce moment là alors que sur la scène notre regard se perd sur les objets accumulés pendant toutes ces années. On ne souhaite alors qu'une chose, faire mentir ces paroles assassines : Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui n'avons pas d'histoire ...

Jeanne Champagne a bien raison de nous encourager à questionner le passé et le présent pour envisager l'avenir quand pointe à l'horizon le retour d'une grande rigidité morale et d'une pensée réactionnaire.

mercredi 18 juillet 2018

Good night de Romain Poli

La création a eu lieu à Paris au Funambule (du 5 mars au 1er mai 2018) et je ne comprends pas que j'ai pu louper pareil bijou. C'est le miracle avignonnais de permettre des séances de rattrapage qu'en temps normal on ne parvient pas à caser dans un emploi du temps où le théâtre entre en concurrence avec tant d'autres urgences.

Tout est bon dans Good night, le texte, les comédiens, la mise en scène, le décor ... c'est 10 sur 10 sur toute la ligne et on en ressort tellement heureux d'avoir assisté à un moment de "vrai" théâtre que l'on est dopé pour poursuivre le marathon avignonnais.

J'entends par vrai le fait que le spectateur oublie qu'il est sur un fauteuil et pense qu'il assiste incognito à une scène qui se déroule sous ses yeux entre deux personnes qui ne jouent pas la comédie. L'action est captivante du début à la fin, sans qu'on en perde un souffle.

mardi 17 juillet 2018

Est-ce que j’ai une Gueule d’Arletty ? de Eric Bu & Elodie Menant

Alors que la chanson populaire veut que ce soit sur le Pont d'Avignon qu'on y chante et qu'on y danse c'est au Théâtre du Roi René que j'ai découvert une pépite comme on peut en débusquer dans cette ville qui est pour presque tout le mois de juillet la capitale mondiale de toutes les formes de théâtre.

Est-ce que j’ai une Gueule d’Arletty ? se joue et se chante tous les jours à 13 heures et je vous souhaite de le voir à la rentrée dans une salle parisienne. Ce ne serait que justice.

Le public entre par le plateau où deux comédiens sont déjà en place. Mais pour le moment mon regard croise celui d'une grande dame enturbannée assise au premier qui me dit bonjour. Serait-ce ... ?

Mais oui c'est Arletty elle-même qui est revenue de l'au-delà pour présenter le spectacle : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, soyez les bienvenus, ce soir, je passe ma vie en revue !

Elodie Menant entonne En douce de Mistinguett, avec la voix gouailleuse que l'on a tous dans l'oreille, pour expliquer qu'elle a mené sa vie sans objectif déterminé depuis sa naissance le 15 mai 1898.

Elle nous prévient : j'ai aimé, des hommes et des femmes, entre Dieu et moi il y a eu de l'eau dans le gaz. Alors j'ai coupé l'gaz. On devine qu'il ne faut pas tenter de la juger et qu'il convient d'apprécier pleinement la sincérité avec laquelle sa vie se déroulera sous nos yeux. Mais elle n'oublie pas d'interpeler notre conscience sur les machins (les téléphones portables) susceptibles de déranger le spectacle, et cette diatribe est fort originale. Si elle est la seule à ne jouer que son rôle, les trois autres comédiens en interprètent plusieurs, et avec grand talent.
Le biopic commence en amont de la naissance d'Arletty et nous permet de comprendre dans quel milieu elle a grandi. Céline Esperin, nostalgique à jardin, Cedric Revollon (que l'on peut applaudir à Avignon aussi dans Suite française), pensif à cour, ne sont pas encore intervenus. Ils vont bientôt tomber amoureux et former un couple. Ils se sont installés à Courbevoie où ils seront les premiers à s'éclairer à l'électricité, pour le plus grand bonheur de la petite Léonie qui aura une autre chance, celle de pouvoir aller à l'école.

On sent tout de suite le fort caractère : c'est pas parce que t'as raté ta vie que je dois rater la mienne dira-t-elle bravement à sa mère. La réussite se mesurera pour cet enfant rebelle à l'aune de la liberté.

Laisse personne te raboter ton bien le plus précieux, ta liberté, dira-t-elle plus tard. Liberté de parler, de penser, de s'habiller, de vivre, sans jamais plier sous la critique (tout en l'entendant et en en tenant compte autant que possible) ni céder aux illusions : j'ai bien compris que les contes de fées, ça n'existe pas.

lundi 16 juillet 2018

Léonie et Noélie, de Nathalie Papin, mise en scène de Karelle Prugnaud

Je démarre le marathon avignonnais par Léonie et Noélie, en milieu d'après-midi à la Chapelle des Pénitents blancs. Il se trouve que c'est une création dite du "in", autrement dit du festival officiel alors que je verrai tous les autres spectacles dans le "off" qui abonde en qualité à tel point qu'il est difficile de discerner l'un de l'autre, surtout quand on remarque que son programme recèle des trophées Molière ... et nous en sommes ravis.

Autre hasard, encore que ..., il s'agit d'un texte écrit par une femme, et monté par une femme, ce qui est rarissime dans le in, beaucoup plus fréquent dans le off (je ferai le calcul mais à première vue un dixième dans l'un contre un tiers dans l'autre).

Enfin il est annoncé tout public, à partir de 8 ans tout de même, je dirais même 12, mais on se réjouit que le "jeune" public ne soit pas écarté du théâtre, même si aujourd'hui je n'ai pas vu d'enfants dans la salle.

Autant le dire tout de go, Léonie et Noélie est un spectacle époustouflant, pour son texte, sa scénographie, l'interprétation, marqué positivement par une fabuleuse audace.
C'est au départ un livre de Nathalie Papin, publié en 2015 à L’Ecole des loisirs, qui obtint le Grand Prix de littérature dramatique jeunesse 2016 - Artcena. L'auteure se mit elle-même en quête de quelqu'un qui ait la sensibilité adéquate pour monter le texte et sa rencontre avec Karelle Prugnaud n'est pas fortuite.

Celle-ci est metteure en scène, comédienne, performeuse (elle a débuté comme acrobate et on verra qu'elle n'a rien oublié de cet art). Elle a notamment mis en scène en 2016-17, Ceci n’est pas un nez (pour un jeune public), d’Eugène Durif, sur la Scène Nationale de Dieppe dont elle est artiste associée. C'est cette création qui a motivé Nathalie Papin à la contacter. Elle a l'habitude de conjuguer théâtre, performance et cirque dans les spectacles qu'elle produit avec sa compagnie au nom évocateur, L'envers du décor.

Nathalie connait bien l'univers du théâtre car plusieurs de ses textes ont déjà été montés. Elle dit avoir recherché un double poétique pour sa mise en scène, et l'avoir trouvé en Karelle. Ce qu'elles nous ont montré le prouve amplement.
Léonie et Noélie ont 16 ans. Elles sont jumelles monozygotes. Des toits d’une ville, elles contemplent l’incendie qu’elles ont provoqué et jugent leurs défis presque atteints. Pour l’une, le contrôle parfait des mots. Pour l'autre, la stégophilie, le vide et l’action. Elles sont dans une performance limite où elles dépassent les humiliations de leur enfance.

Léonie et Noélie, texte de Nathalie Papin, est une méditation sur l'autre, son miroir, son tout mais aussi son rien, sa solitude et sa soif de distinction. En proposant à Karelle Prugnaud de se saisir de ce texte sur les pouvoirs et les ambiguïtés de la gémellité, l’auteure a senti un double possible chez la jeune performeuse habituée à l’instantanéité. L’absolu de l’enfance, le vertige de la piste, l’animalité des pulsions sont ici au service d’un public en devenir.
On a envie de décrire ce qui se passe dans cette chapelle parce que l'oeil y est constamment sollicité. L'entrée des spectateurs s'effectue en passant devant un ange, aussi bien coté cour que jardin, qui pellette des gerbes de neige. Trois écrans géants diffusent des images qu'on décode assez vite comme antérieures à l'histoire. On assiste en direct à la division cellulaire qui s'inscrit dans quelque chose de divin.

mercredi 11 juillet 2018

J'ai testé Too good to go, l'application écolo anti-gaspi

J'en ai entendu parler par une émission sur M6 (le dimanche 1er juillet). Le concept m'a immédiatement séduite et vous allez comprendre pourquoi je plébiscite après trois usages tout à fait différents que je vous raconte en détail.

La recherche par géolocalisation est extrêmement pratique. On voit tout de suite quels sont les points de retrait dans un périmètre raisonnable autour de soi ... Les photos sont très alléchantes mais, et c'est le premier constat, il y a beaucoup de points rouges, ce qui signifie que tout a été retenu, ou déjà enlevé.

Cependant on peut configurer l'application pour limiter les propositions aux disponibilités.

On constate d'ailleurs qu'il n'y a guère que 3 ou 4 paniers possibles par site, ce qui est une source d'étonnement : comment peuvent-ils prévoir leurs invendus ? J'avais imaginé une plus large fourchette. Je me rendrai compte au fils des jours que le nombre d'invendus ne bouge jamais, comme s'il correspondait à un "contrat".

Autre écueil, la fourchette horaire de retrait. Il faut s'y prendre à l'avance. Il est plus de vingt heures, j'ai peu d'opportunité à part Pomme de Pain qui est tout de même à plus d'un kilomètre d'où je me trouve (2 stations de métro mais soyons écolo jusqu'au bout, j'y vais à pied).

Le hasard fait que je passe à l'angle de la rue de la Boétie, où il y a précisément une boulangerie Eric Kayser qui est répertoriée par l'application. Rien n'y est disponible, tout aurait donc été vendu. Pourtant les vitrines regorgent encore de produits et nous sommes à moins de dix minutes de la fermeture. On jettera beaucoup de marchandise ce soir dans ce point de vente ...

Un sac m'attend chez Pomme de pain. J'avais lu qu'il était recommandé d'amener son contenant. Je sors mon matériel. Le vendeur n'hésite pas, et met son sac (tout beau, tout neuf) à la poubelle.
Ici aussi les rayonnages sont pleins. Brader quatre paniers n'a pas de sens ... sauf si le véritable objectif est de faire une opération de communication (c'est au fond de la publicité à moindre frais) et de véhiculer une image écologique et respectueuse des ressources.

En attendant, je bénéficie d'un menu à 12 euros, payé 4. Mais à ce tarif là je devrai me passer de couverts et de serviette. On s'essuiera la bouche d'un revers de main ... en se disant qu'à l'avenir outre le sac (on reste écolo) on prévoira d'avoir sur soi une fourchette, un couteau, une cuillère ... et une serviette en tissu pour se protéger des éclaboussures, même si on n'a pas davantage de sauce pour croquer la salade comme un lapin.

lundi 9 juillet 2018

Guy, écrit, réalisé et interprété par Axel Lutz

Alex Lutz vient de réaliser Guy et c'est la seconde fois qu'il entre dans la peau d'un personnage âgé. En toute logique puisqu'il est taraudé par la question du temps (il est pourtant  encore jeune).

Je l'avais vu en "vieux comédien" au cours de la cérémonie des Molières en 2016 et il était déjà bluffant. Cette fois la performance est encore plus saisissante parce qu'un film est forcément plus "sérieux" qu'un sketch. Il impose d'être crédible sur la longueur.

Guy a été présenté en clôture de la Semaine de la critique à Cannes il y a quelques semaines et il tourne depuis en avant-première dans les cinémas d'art et d'essai qui ont une programmation audacieuse, comme Le Sélect d'Antony (92) où je me trouvais ce soir. Parce qu'il en faut de l'audace pour parier sur un tel point de départ.

Pourtant, une fois que vous l'aurez vu, vous conviendrez que c'est une très grande réussite et il y a fort à parier qu'il connaitra un succès comparable à Intouchables.

Axel avait envie depuis un moment de raconter une belle histoire, et de le faire en musique. Il dédie son film "à nos pères" avec un pluriel qui sous-entend qu'on pourrait en avoir plusieurs. De fait l'écriture du scénario oscille constamment entre gravité et légèreté.

La prestation du comédien est exceptionnelle. On ne soupçonne jamais l'artifice alors qu'on sait pertinemment qu'il y a un énorme travail de maquillage, exigeant d'arriver très tôt au studio. Il y a 16 prothèses à poser (dont certaines, au ras des cils, ce qui ne s'était encore jamais fait) avant de reprendre les taches de vieillesse, une par une.

Il faut dire qu'il est comme un poisson dans l'eau avec ce qu'on appelle le HMC, habillage, maquillage, coiffure. On peut le croire quand il glisse dans le texte de Guy qu'Elnett (qui n'a pas besoin de publicité parce que c'est de notoriété publique) est la meilleure des laquesLe comédien parle avec simplicité de la contrainte, énorme, mais totalement prévue et acceptée de supporter chaque jour cinq heures de maquillage. Le reste n'est que champ libre dit-il avec humour, on n'est pas tributaire d'une grue qui n'arrive pas, de rails de travelling qui ne sont pas posées au bon endroit.

Cet artiste adore le travail de portraitiste et de composition parce qu'il lui permet d'exprimer des choses à travers une incarnation, un peu comme le faisait Noémie Lvovsky, interprète et réalisatrice de Camille redouble.
Il voulait faire une oeuvre hyperréaliste et c'est gagné. On le reconnait sous le masque, parce que c'est vraiment lui ... avec des années en plus et pas un personnage totalement imaginaire, certes âgé mais qui sortirait de nulle part.

C'est un très beau film sur la filiation, tant du point de vue du géniteur que de celui de l'enfant. Le père se trouve être un homme célèbre. Cette spécificité permet paradoxalement de l'approcher, avec le prétexte de réaliser son portrait à travers un film.

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