dimanche 13 mai 2018

Une tarte à l'abricot et au romarin

J'adore les abricots, et la tarte faite avec ce fruit, quand elle est réussie. Par chance j'ai trouvé une technique que je vais vous donner.

Le secret réside dans l'emploi de la préparation pour pâte brisée sans gluten de Mon fournil que j'ai convertie en version pâte sablée.

Il suffit de mélanger un sachet avec 80g de beurre tempéré coupé en dés, 1 oeuf entier, 60g de sucre et 40 d'eau.

J'utilise toujours des gants en silicone pour malaxer les ingrédients. Je trouve que la chaleur de la main accélère la confection d'une boule qu'ensuite je filme et laisse reposer une demi-heure au réfrigérateur.

J'étale ensuite au rouleau entre deux feuilles de papier sulfurisé. Puis je la place dans un moule rectangulaire à hauts bords spécialement adapté à un mini-four (ultra pratique parce qu'il chauffe très vite et est économique).

Je pique la pâte à la fourchette et dépose les oreillons d'abricots, peau en dessous. Puis je saupoudre généreusement de graines de tournesol (elles sont délicieuses) et de graines de lin (dont le goût est complémentaire aux précédentes), elles aussi Mon Fournil.
Quelques brins de romarin et je cuis une trentaine de minutes à 210°.
Ce dessert a vraiment été apprécié parce que la pâte est friable sans être trop sucrée. Elle a absorbé l'excès de jus des abricots sans se détremper. J'utiliserai donc plutôt cette préparation de Mon Fournil de cette manière plutôt qu'en pâte dite brisée, avec une garniture salée.

L'association entre les abricots et les graines fonctionne à la perfection, de manière plus rapide et plus saine que la frangipane que l'on associe souvent à ce type de fruit.

Couteau Pradel et fourchette à dessert Jean Dubost

samedi 12 mai 2018

L’homme de Grand Soleil de Jacques Gaubil

L’homme de Grand Soleil est un livre très dialogué où rocaille l'accent québécois. Est-ce un roman pour autant ? Sa forme ressemble davantage à un journal de bord et au moment de le refermer j'ai le sentiment d'avoir eu un conte entre les mains, ce qui est loin d'être un reproche.

Sans doute parce que la lecture est scandée par l'hymne grégorienne la plus célèbre qui découpe le texte en trois époques. Veni, creator Spiritus est la première. C'est le titre de l'oeuvre et elle signifie Viens Saint Esprit Créateur, ce qui est tout à fait d'actualité à quelques jours de la commémoration de la Pentecôte. Quiconque a un fond de culture catholique la reconnaitra dès les premières notes.

La deuxième partie, Mentes tuorum visita, est aussi la deuxième ligne de l'hymne et Imple superna gratia, la troisième et dernière.

On remarque souvent des locutions latines, par exemple In cauda venenum. L'allusion à Adam et Eve est nette page 102. Les propos à connotation religieuse, catholique mais pas que, ponctuent le récit. Le respect du Shabbat par son voisin est une sévère contrainte (p. 26) et il a bien de la chance que le médecin ne se soit pas converti car sinon qui effectuerait les tâches qu'il s'interdit de faire ce jour-là ? Les fanatiques ne sont jamais à une contradiction près, et tout est prétexte à Jacques Gaubil pour le souligner.

L'auteur a un sens de l'humour très fin. Il en faut pour donner à son personnage principal la profession de médecin et l'affubler du patronyme de Leboucher. Le village où il se rend régulièrement se situe au nord du Québec, à l'endroit exact où l'immense forêt boréale canadienne a capitulé. La communauté est composée d'une quarantaine de maisons en bois, rouges ou blanches dans un sol gruyère avec des trous remplis d'eau. Nous sommes à Grand Soleil qui, comme son nom ne l'indique pas, est une région de grand froid et qui n'existe sur aucune carte (une de mes amies, québécoise, m'assure qu'il a été inventé pour l'occasion). Personnellement cela me réjouit que tout ait pu avoir été construit parce que l'histoire serait trop troublante si elle était authentique.

vendredi 11 mai 2018

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce dans la mise en scène Jean-Charles Mouveaux

Nous restons au Studio Hébertot où la programmation présente des pièces très différentes. Après l'humour de 2 Mètres 74 voici l'émotion de Juste la fin du monde.

Je suis venue avec une grande réticence parce que j’avais tellement aimé le film de que je redoutais la déception.

En fait la mise en scène de Jean-Charles Mouveaux m’a emportée sans doute parce qu’il a réussi à restituer la musicalité de la si particulière syntaxe de Jean-Luc Lagarce. Les deux œuvres sont différemment intéressantes.

Je comprends que le spectacle ait été un des grands succès du festival off d'Avignon l'été dernier. En sortant d’Hébertot je n’avais qu’une envie, lire le texte original.

Première bonne idée de mise en scène : avoir utilisé l'escalier coté jardin, et d'où les comédiens descendent un à un et pour s’assoir à cour alors que les spectateurs eux aussi s'installent.
S'il faut en rappeler le contexte je dirais que c'est l’histoire de Louis, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui se rend dans sa famille, après de longues années d’absence, pour "annoncer moi même - seulement dire ma mort prochaine et irrémédiable".

Juste la fin du monde résonne comme une expression de l’impossible : Si je fais ça, ce sera la fin du monde ! ? Le public le sait d'emblée, le personnage raconte en prévenant que Plus tard l’année d’après j’allais mourir à mon tour (...) mais il a tenu malgré tout à faire le voyage. Et même si on peut penser que Jean-Luc Lagarce s'est inspiré de sa propre vie pour écrire la pièce (en 1990) elle n'est pas la dernière qu'il ait publiée. Il donne dans celle-ci une parole entière à ce qui reste d'habitude en l'état de non-dits et le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont très bruyants.

jeudi 10 mai 2018

2 Mètres 74 de Martine Paillot

2 Mètres 74 est une vraie comédie, et c'est agréable d'assister à un spectacle drôle et si bien écrit. Je ne suis pas sûre que ce soit légion.

Vladimir (Frédéric Jacquotet Pierre (Nicolas Georges) se connaissent depuis vingt-cinq ans. Ils sont devenus des amis et entretiennent chacun des passions diamétralement opposées. Le premier ne vit que pour les courses hippiques, le second vibre pour la musique.

La vie est apparemment mal faite puisque c'est Vladimir qui hérite d'une célèbre pianiste récemment disparue, un objet inattendu, d'exactement 2,74 mètres, matérialisé sur le sol par un contour de chatterton, un peu à la manière d'une scène de crime.

On reconnait la silhouette d’un Steinway de concert, le pur-sang de la musique, très beau mais encombrant. Quand il apprend sa valeur, autour de 100 000 € il le regardera d’un autre œil parce que le vendre pourrait lui permettre de concrétiser son rêve, à savoir déposer ses couleurs. Même si une telle somme ne suffit pas pour acquérir un cheval entier. Il se contentera volontiers d'une part car un cheval de courses se vend en parts de société à plusieurs propriétaires actionnaires.
Pierre est directeur d’agence bancaire. Il est prêt à débourser la somme pour réaliser son propre objectif et quitter un métier qui ne le satisfait pas du tout.

La pièce ferait long feu si la vie était aussi simple. Les deux potes ne se sont jamais livrés à des confidences et le public apprend que l'un comme l'autre ignorait avoir eu un challenger dans le coeur de Jeanne Donati ... que Vladimir consent avoir à peine connue. Le ton monte vite entre eux.

Personne n'est au bout de ses surprises car arrive Alma (comme l'épouse de Gustav Mahler), la fille unique de la disparue. C'est une jeune fille plutôt désorientée mais aucunement triste, qui s’étonne que chacun ait connu sa mère et dont on ne comprend pas que sa mère l'ait déshéritée. Résultat des courses : deux vrais cons.

Une autre partie va se jouer ensuite qui redistribuera les cartes. Impossible d'en dire davantage mais vous pouvez aisément deviner qu'entre rêve et filiation il va falloir faire un choix. Si on peut jouer du piano à quatre mains, on pourra peut-être conjuguer la paternité de la même manière ...

J'ai beaucoup aimé cette pièce en raison du jeu des acteurs, toujours juste, sans verser dans ce qui aurait pu être un mélo. L'écriture de Martine Paillot est finement documentée. Elle connait autant le monde hippique que la scène musicale. Elle a donné au cheval le nom de Peintre célèbre qui a vraiment gagné le prix de l’Arc de triomphe. Des extraits du Concerto numéro 14 de Mozart ponctuent chaque nouvelle scène. L'humour est constant, sans jamais verser dans la facilité. On va de surprise en rebondissement.

2 Mètres 74 a été un succès au festival d'Avignon trois ans de suite et a déjà beaucoup tourné. Mais c'est la première fois que le public parisien peut la découvrir parce que le studio Hébertot a eu la bonne idée de lui ouvrir ses portes.

L'auteure a déjà deux romans à son actif, notamment Le manoir (co-écrit avec Dominique Marny, publié en 1983 chez Olivier Orban), quelques chansons, et de la poésie. Elle a repris le piano il y a dix ans mais s’ennuyait et a décidé alors de s’inscrire à un cours de théâtre près de son domicile. C’est ainsi qu’elle a découvert Frédéric Jacquot2 Mètres 74 est sa première pièce. On espère que ce ne sera pas la dernière.
2 Mètres 74 
De Martine Paillot
Mise en scène de Frédéric Jacquot
Avec Elisa Birsel en alternance avec Leïla Tabaï, Nicolas Georges, Frédéric Jacquot
Du 3 mai au 23 juin 2018
Du jeudi au samedi à 19h
Au Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème
01.42.93.13.04

mercredi 9 mai 2018

Au petit bonheur la chance ! d'Aurélie Valognes

Aurélie Valognes a toujours voulu devenir romancière mais elle ne se sentait pas du tout prédestinée à être écrivain. Elle dit elle-même, et c'est à son honneur, venir d'un milieu populaire, où on lisait davantage des livres de poche que des éditions originales, et s'avouait un peu complexée à l'idée d'entrer dans une librairie.

Ses études commerciales l'éloignaient de la littérature. Sa vocation s'est concrétisée à la faveur d'une mutation de son mari à l'étranger (en Italie, à Milan), la contraignant à démissionner de son travail alors qu'un baby-blues l'incitait à se remettre en question, en s'interrogeant sur ce qu'elle allait faire pour elle-même. La perte, du jour au lendemain, d'une cousine, acheva de la décider à vivre son rêve : C’était le grand saut dans le vide. Mais, loin de son pays, c’est aussi plus simple de repartir d’une page blanche, de se réinventer, sans avoir peur d’être jugée.

La jeune femme a pris une sage décision en suivant enfin son instinct. Elle compte aujourd'hui un nombre impressionnant de lecteurs qui se chiffre en millions, presque à égalité avec des plumes célèbres comme Guillaume Musso ou Marc Lévy. Et, si elle est une femme, elle a réussi à conquérir un lectorat masculin important qui représente la moitié de ses lecteurs.

Elle ne craint plus d'entrer dans une librairie. C'est à l'occasion du trentième anniversaire de la Griffe noire que je l'ai rencontrée à Montreuil où elle est accueillie à juste titre comme une star, d'autant que Jean-Edgar Casel et Gérard Collard, les deux responsables de cet endroit devenu mythique, ont créé depuis 2009 le Salon international du livre de poche. Il aura lieu cette année, du 23 au 24 juin 2018, toujours Place des Marronniers à St-Maur-des-Fossés (94100).

mardi 8 mai 2018

La dernière fabrique de pains d'épices de Dijon Mulot & Petitjean

La maison Mulot & Petitjean, fondée en 1796, est la plus ancienne fabrique et boutiques de pain d'épices de Dijon installée en Côte-d'Or (Bourgogne-Franche-Comté).

Sa longue et prestigieuse histoire est l’héritière d’un voyage entrepris par le Mi-kong chinois et le boichet de Marguerite de Flandres, avant d'inscrire le pain d'épices dans le patrimoine gourmand dijonnais.

Rares sont les entreprises françaises comptant comme elle plus de deux siècles d’existence,  comme le groupe Revol Porcelaine drômois (qui a inventé l'aspect  "froissés" de gobelets pour boire le café) ou Peugeot (1810) qui fabriquait alors des moulins à café. Il manque une vingtaine d'année à la moutarderie Fallot pour rejoindre ce groupe.

Etant bourguignonne de naissance j'avais envie depuis très longtemps de visiter cet endroit et d'en comprendre les spécificités. Car il existe autant de recettes de pain d'épices que de ville qui en font. J'apprendrai que celui de Dijon n'a rien à voir avec celui de mon enfance, provenant de chez Dosnon, apiculteur à Villeneuve-sur-Yonne.
C'est le parfum du pain d'épices qui prend d'assaut nos papilles dès l'entrée dans le bâtiment (sauf le week-end parce qu'il n'y a pas de cuisson à ce moment là). On est accueilli dans l'espace dégustation-boutique où un couple d'angelot veille sur l'histoire, le savoir-faire et les produits de la maison.
La visite commence par le bureau où cette fois l'émotion est visuelle et affective. Cette première pièce est sobre, fonctionnelle et a été restaurée dans l'esprit qui régnait dans les années 1910. Elle n'est pas encombrée. Les objets d'époque sont mis en valeur, une vieille malle, d'anciens moules et instruments de découpe dans quelques vitrines...

lundi 7 mai 2018

Les Fourberies de Scapin par la Cie de L’Illustre Théâtre

La Cie de L’Illustre Théâtre dirigée par Tigran Mekhitarian a choisi Molière pour montrer ce dont elle est capable. Elle s'est emparée des Fourberies de Scapin pour en faire une adaptation qu'elle revendique moderne et déjantée, généreuse aussi. 

L’histoire se situe aujourd’hui : un groupe de jeunes se retrouve confronté à un drame qui transformera chacun d’eux en la personne qu’il rêve de devenir. Parmi eux, un Scapin facétieux aidera ses compagnons à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses, tout en réglant ses propres comptes avec les pères et les maîtres tyranniques.

Le texte classique est néanmoins là, à peine a-t-il subi quelques petites coupes.

C'est toujours une comédie menée au pas de course par un Scapin (Sébastien Gorki) facétieux qui aide ses amis à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses tout en réglant les comptes avec les pères et maîtres tyranniques.

Mais ce sont aussi des dialogues enrichis par l'expérience que la jeunesse d'aujourd'hui a acquise dans les cités où le drame n'est jamais très loin.

Il faut aller les voir sans tarder parce que dans 10-15 ans ils n'auront plus le même âge. Ils feront encore du théâtre, mais ils le feront autrement. Pour l'heure le message le plus essentiel est de faire un théâtre qui ne soit pas élitiste et qui parle aux gens efficacement, cultivés ou non, immigrés ou français de souche, libres ou détenus ... Surtout tous ceux qui ne vont pas (ou plus) au théâtre.

Le spectacle a remporté un vrai succès en Avignon l'été dernier. La bande était portée par l'envie de faire rire, même si personne n'était prêt à faire des concessions par rapport au fil blanc tracé par Molière.
Depuis, ils ont terminé une première tournée et abordent ces six représentations programmées à l'Epée de bois avec le souhait de se recentrer sur l'histoire et le drame qui est sous-jacent à la comédie. Ils ont déjà plus de maturité et les filles ont davantage de place sur la scène.

La salle de pierre, vaste et imposante, semble conçue pour eux. Quelques dates y sont programmées pour que le public parisien puisse découvrir à quel point Molière demeure contemporain et susceptible de booster le potentiel créatif d'une bande de jeunes nourris par le rap et le rythme.
Il faut se laisser vaincre
Et avoir de l'humanité.

Le metteur en scène ne cache pas son amour pour Molière dont l'intention est claire et évidente, faisant de ce théâtre là une valeur sure. Cela ne l'empêchera pas de commencer à réfléchir bientôt à son futur spectacle, l'Avare.
Pour l'heure il se consacre entièrement aux Fourberies. Le spectacle a bougé depuis Avignon et il y a fort à parier que beaucoup de choses seront différentes l'an prochain quand la troupe prendra ses quartiers de printemps au Théâtre 13. Ils y resteront quatre semaines. Que cela ne vous empêche pas d'aller les voir sans délai, ... pour mieux les revoir ensuite. Leur énergie est communicative et vous apprécierez pour sûr les moments décalés, ... pour peu que vous ayez au moins 7 ans.

dimanche 6 mai 2018

Fugitive parce que reine de Violaine Huisman

Fugitive parce que reine a été modelé dans le terreau ô combien fertile de la vie de Catherine, qui fut la mère de Violaine Huisman

L’auteure se rapproche, au fil de la narration, du bord de la ligne séparant le roman du récit, laquelle m’a semblé nettement franchie dans la troisième partie.

Le début du livre m’avait enthousiasmée. La liberté de ton, la fantaisie allant jusqu’à l’exubérance m’avaient emportée comme une chevauchée fantastique. Quel culot avait cette jeune femme d’avoir osé inventer des personnages aussi barges, la mère surtout, quoique le mari ne soit pas loin derrière, et que le grand-père soit quasiment inénarrable. Bien que.

La réalité dépasse la fiction, je le sais, mais une réalité si fantasque, c'est à peine imaginable, et il est miraculeux d’en sortir... indemne (?). On comprend pourquoi Violaine est rapidement allée poursuivre la construction de sa vie 10000 km plus loin, même si elle s'est ainsi, d’une certaine manière, conformée au vœu maternel puisque parler anglais fut une injonction ressassée par Catherine.

samedi 5 mai 2018

Saltimbanque de Pierre Douglas

Aucun décor dans le studio Hébertot pour accueillir le nouveau spectacle de Pierre Douglas, Saltimbanque, qu'il interprète accompagné par Mathieu Chocat et ses musiciens, Ludwig Bahia à la batterie et le guitariste Pierre Schmitt.

S'il utilise un micro lorsqu'il chante il n'est par contre pas sonorisé quand il raconte son parcours. On sort de la salle avec l'impression d'avoir passé plus d'une heure au coin du feu, en compagnie d'un ami.

Pierre est ce qu'on appelle un show man mais ce moment le montre capable de douceur, voire même de tendresse à l'égard de toutes les personnalités qu'il a imitées depuis 40 ans. Sylvia Roux, la directrice du studio, a eu la formidable idée de lui demander, non pas de faire un récital de plus mais de raconter sa vie. 

Il commence avec la cavalcade entrainante de la bande originale que Michel Polnareff a composée pour le film de Gérard Oury la Folie des grandeurs. C'est que la musique, nous allons l'entendre, joue un rôle déterminant dans la vie de l'humoriste.

C'est à l'âge de 7 ans qu'il a déclaré à ses parents que plus grand il ferait rire. Ses ascendants ne l'ont guère pris au sérieux et ont tenu à lui faire suivre des études malgré des résultats médiocres (c'est lui qui nous le dit) quel que soit le nom (prestigieux ou pas) de l'établissement où ils réussissaient à le caser.

L'option musique qu'il choisit au Bac Technique ne lui permet pas d'obtenir le diplôme malgré un 20 sur 20, lequel ne compensera pas la note catastrophique qui lui est attribuée en physique.

Il entreprend alors malgré tout des études de marketing qu'il achèvera en 1964. La soirée de promotion est dirigée par José Artur qui est déjà le grand animateur que nous avons connu sur France inter. Je veux devenir Tintin lui déclare Pierre.

Il attendra mars 66 pour démarrer dans le journalisme, à Limoges où il fait ses débuts au premier journal télévisé régional de 19 h 40.

Il a rencontré celle qui sera la femme de sa vie, qui pour le moment n'a pas terminé ses études de médecine. Il lui incombe donc de faire bouillir la marmite. Pierre acceptera un poste de représentant (c'était le terme usité à l'époque) chez Primagaz pour se rapprocher de la région parisienne. Il parcourt 200 km par jour en 4 L pour sillonner l'Oise afin de vendre des chauffe-eaux ... y compris à une vielle dame qui n'avait pas l'eau courante (ce n'était pas si fréquent dans ces années là) lui promettant que le jour où ses voisines auront l'eau froide au-dessus de leur évier elle aurait, elle, l'eau chaude.

vendredi 4 mai 2018

Les inséparables mis en scène par Ladislas Chollat

Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie disent écrire en pensant à un décor.

Il est indéniable que celui qui a été imaginé par Emmanuelle Roy (ainsi d'ailleurs que les costumes d'une folle élégance de Jean-Daniel Vuillermoz) contribuent à installer l'atmosphère de la pièce qui se déroule sur deux époques, dans un atelier de peintre en duplex, situé à Montparnasse.

Je ne comprends d'ailleurs pourquoi il n'est pas nominé cette année aux Molières dans la catégorie création visuelle. Il apparait certes, mais pour saluer le travail de mise en scène de Ladislas Chollat qui, s'il obtient la statuette, ne saura jamais à quelle pièce il la doit puisqu'il est tout autant cité pour Le fils.

L'intrigue est assez complexe. Gabriel Orsini (Didier Bourdon) est un peintre renommé en pleine crise existentielle. Dans sa vie, tout fout le camp : faute d’inspiration, il ne peint plus depuis des lustres, malgré le soutien sans faille de Maxime (Thierry Frémont), son fidèle galeriste. Il ne supporte plus sa compagne Célia. Il en veut aussi terriblement à Abel (Pierre-Yves Bon), son fils unique né d’un premier mariage désastreux, d’être devenu trader à New-York… suivant ainsi la voie de Samuel Orsini, le grand-père banquier de Gabriel.

Né de père inconnu, et orphelin de mère (Elise Diamant), Gabriel a été élevé par Samuel, un grand-père austère et implacable, à qui il a toujours voué une haine sans limite. Or, à la veille de ses 50 ans, qu’il s’apprête à ne surtout pas fêter, Gabriel reçoit un cadeau inattendu de la part d’une mystérieuse artiste peintre, d'origine russe, Sacha Khlebnikov (Valérie Karsenti) qui était en vogue dans les années 60 : ce magnifique duplex en bordure de Saint-Germain des Prés.

jeudi 3 mai 2018

Hu Po, cuisine chinoise gastronomique à Dijon

Hu Po signifie ambre en chinois et de fait l'adresse de ce restaurant est précieuse, d'autant que le restaurant n'est pas très remarquable depuis la très belle place de la République.

Cette situation ne l'empêche pas d'afficher complet régulièrement parce que les habitués sont fidèles au déjeuner et reviennent volontiers le soir pour une ambiance plus gastro. Le restaurant qui a ouvert en 2014 s'est taillé une jolie réputation.
Que la capitale dijonnaise ait un restaurant chinois gastronomique m'avait quelque peu surprise. On a tellement l'habitude de ce qu'il faut bien reconnaitre comme étant au pire des bouisbouis, au mieux des cantines exotiques, que la recommandation valait d'être suivie.

Surtout avec une formule déjeuner annoncée aux alentours de 12€ pour entrée-plat-dessert.

La serveuse m'apporta l'ardoise sans chercher à me convaincre de choisir à la carte. C'est rare. Je décidais donc de lui faire confiance pour décider du plat. Par contre je savais que je prendrai la Salade d'émincé de filet mignon parce que j'adore les baies de Sichuan et qu'elle m'avait prévenue de l'assaisonnement du plat.
J'apprécie aussi que les couverts soient complétés par une paire de baguettes que j'ai utilisées par respect pour le cuisinier et par plaisir aussi. L'assiette arrive assez vite. Appétissante.

mercredi 2 mai 2018

Stéphanie Jarroux, Bio et barge ...

Stéphanie Jarroux commence dos au public, une pierre entre ses mains, se plaignant  d'être alignée par Jupiter.

A peine retournée, elle part à la recherche d'un homme qui s'appellerait Pierre. Rassurez-vous elle en trouve toujours. Ce soir c'est même mieux puisque l'heureux élu se nomme Peter et qu'elle pourra tout au long de la soirée l'apostropher en néerlandais, qu'elle parle à la perfection.

Je crois que le jour où elle débusquera sur les gradins un québécois portant ce patronyme Stéphanie sera aux anges.

L'humoriste enchaine les sketchs avec énergie. Elle revendique une bio attitude parfois jusqueboutiste, n'hésitant pas à parler de coupe menstruelle, ce qui est, je pense, totalement inédit. Son propos est militant et drôle, impliquant le public, et même l'ingé-son qui ne parvient pas à retenir son rire.

Elle pratique l'art du détour pour transmettre un message. Sans se laisser arrêter par le moindre tabou. S'il n'en avait tenu qu'à elle c'est un spectacle entier qu'elle aurait pu écrire sur les règles.

L'écologie est un de ses chevaux de bataille et là aussi elle y va franchement. Sans craindre d'avouer que parfois c'est fatiguant d'être bio. Qu'on ne se régale pas vraiment à grignoter des galettes de riz qui ont une saveur de polystyrène.

Qu'il est difficile de mémoriser tous ces (excellents) produits au nom compliqué évoquant des Pokémon comme agar-agar, alfalfa (j'ai vérifié, on devrait dire luzerne mais ce serait moins chic), spiruline, tofu, kamut.

mardi 1 mai 2018

Les blessures du silence de Natacha Calestremé

Il y a des romans qui changent une vie. Les blessures du silence ont ce potentiel.

Natacha Calestremé est une femme qui ne traite que des sujets qui lui tiennent à coeur, quel qu'en soit le mode (cinématographique ou littéraire). Elle aurait pu faire un documentaire sur la perversion narcissique. Elle a choisi de construire une intrigue qui ait autant la vocation de distraire que de faire réfléchir.

En ce sens ce livre est un roman, un vrai, et il est important de le souligner. J'ai éprouvé un grand plaisir de lecture. L'intrigue est très bien construite, irréprochable sur le fond (l'auteur a effectué un travail de recherche plutôt colossal) et captivante.

Les blessures du silence peut donc se lire comme un (très bon) roman policier mais il a aussi pour vocation d'ouvrir les yeux sur un fléau qui touche 1 femme sur 5, et dont les hommes ne sont évidemment pas épargnés.

Natacha connait parfaitement le phénomène d'emprise et la manipulation qui en découle. Elle a pour ambition de déciller les yeux de celles et ceux qui n'ont encore pas compris qu'elles ou ils vont se faire broyer ... tout simplement.

Car dans ce type de situation le sujet a perdu sa lucidité, alors qu'il saurait très bien analyser le contexte pour un de ses proches et lui recommander la (bonne) décision à prendre. Il n'y en a d'ailleurs qu'une seule, la fuite. Mais pour cela il faut d'abord arrêter de se considérer comme plus fort (e) que tout.

Avant cela, et personne ne prétendra que c'est facile, il importe de prendre conscience du phénomène. Il n'y a qu'un évènement extérieur à sa propre vie qui ait cette puissance. La mort de Marie Trintignant a fait réfléchir beaucoup de femmes sur les risques qu'elles encourraient à rester auprès d'un compagnon violent. Dans le roman, c'est une conférence à laquelle la chef de service d'Amandine l'entraîne, après avoir pu se libérer d'une emprise semblable, quoique moins fatale.

L'efficacité de cet élément extérieur est subordonnée à l'état psychologique de l'individu qui ne changera que s'il est prêt à évoluer. Cette conjonction est fragile. C'est bien pourquoi des drames ont lieu tous les jours, et sans qu'on les attribue à la perversion narcissique ... parce qu'elle ne laisse pas de trace et que le (vrai) coupable n'a même pas besoin d'alibi. Il est insoupçonnable.
Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide. Ses parents affirment qu'elle a été tuée. Ses collègues pensent qu'elle s'est enfuie avec un amant. Qui croire ? Qui manipule qui ? Connaît-on vraiment la personne qui vit à nos côtés ?
L'intrigue est poignante et déroutante, Natacha Calestremé le reconnait elle-même en employant ce mot sur la quatrième de couverture (où pour la première fois elle assume aussi de revendiquer le sujet traité). De fait le lecteur pataugera un peu dans les premiers chapitres.

La construction, intercalant présent et passé, n'est pas chronologique. Elle est perturbante, sans doute intentionnellement, pour témoigner que dans ce genre de situation personne ne comprend la victime. Ça finit par marcher et on se surprend à ne plus vouloir lâcher le livre, impatient d'en savoir plus.

J'étais assaillie de questions à la fin du premier tiers. Les témoignages sont contradictoires et ne correspondent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Puis-je faire confiance à sa détresse ? Son odieux mari est-il coupable comme tout me le porte à croire ? Yoann Clivel se fait-il balader par son supérieur, Filipo, qui ne serait alors pas le bon samaritain qu'il prétend être ? Quel rôle a pu jouer auprès d'Amandine son soit disant ami Roland Beys ?

J'ai mis longtemps aussi à comprendre le sens profond du titre, énigmatique de prime abord. Et ce n'est pas la couverture qui pouvait me renseigner. Si les victimes ne partent pas, reviennent, répètent une vie sentimentale chaotique, et si elles-mêmes ne savent pas pourquoi elles subissent ainsi l'insupportable c'est en raison de ces blessures, qui constituent l'élément fondateur de leur destin. 

lundi 30 avril 2018

Mobile Homes, rencontre avec le réalisateur Vladimir de Fontenay

Vladimir de Fontenay avait écrit un court-métrage alors qu’il était en école de cinéma. Il l’a repris pour en faire un long.

Il est  devenu Mobile Homes qui fut présenté à Cannes l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs puis dans le cadre de Paysages de cinéastes en septembre 2017 et remporta à la fois le Prix du Jury de la Jeunesse et celui du Jury des femmes.

Sa sortie en salle a commencé au début du mois d'avril.

L'idée de départ du film lui était venue alors qu'il conduisait sur les routes de l'État de New York et qu'il était en repérage sur le film d’un ami : J’ai été dépassé par un immense mobile home remorqué par un camion. C’était une vision incroyable. Vu d’en haut, cela avait l’apparence d’une maison, mais en-dessous, rien ne la reliait au sol. Ayant pas mal voyagé de la France à l’Italie, puis aux États-Unis, où j’ai vécu et étudié, cette image a immédiatement résonné en moi : elle symbolisait ma peur d’être déraciné, à la fois libre, mais pris au piège dans le mouvement permanent, sans attaches et fragile.

Il a gardé en mémoire l'appel d'air provoqué par l'engin et en a parlé aussitôt ce soir, avant la projection du film au Rex de Châtenay-Malabry (92) comme d'une image belle, poétique et très contradictoire. Ce n’est pas une maison stable, pérenne où on "fait" famille.

Cette évocation se croise avec celle des équipes de tournage logées en motel pendant un mois avec une autre consommation des hôtels. Et probablement aussi avec des souvenirs d'enfance, quand ses parents l'emmenaient assister à des corridas.

Il a transposé le tout, dans une Amérique marginale, avec des personnages atypiques, fragiles ... à l'instar d'un mobile home. Il a écrit un scénario autour de personnages bataillant avec la nécessité de fuir et malgré tout l'envie de s’enraciner quelque part. Même avec un simple mobile home.

Le court-métrage s'achevait avec le départ d'une mère et de son fils, libérés de l’emprise d'un homme qui avait instauré une relation abusive. La femme était sauvée à son insu par son gamin. Mobile homes est en quelque sorte le développement et la suite de l'aventure.

dimanche 29 avril 2018

Tristesses de Anne-Cécile Vandalem

J'ai vu Tristesses au théâtre Firmin Gémier la Piscine (92)  sans me douter qu'il était programmé quelque temps plus tard sur la scène de l'Odéon.

C'est bien la preuve que les scènes de la banlieue parisienne offrent à leur public des spectacles qui n'ont rien à envier à ce qu'on peut voir dans la capitale.

Le décor est très surprenant, occupant l'entièreté du plateau, lequel est lui-même très vaste. On reconnait des maisons, un petit port de pêche qui doit se trouver quelque part dans un pays scandinave.

Un bourdonnement monte dans le silence. On s'interroge sur ce qui va se produire. La réponse s’affiche sous forme d'un télex sur l’écran qui est tendu en fond de scène, prévenant que l’histoire qui va suivre est entièrement vraie. Elle a commencé les 17 et 18 novembre 2016 sur l’île de Jutland au Danemark. 811 habitants y vivaient de l’élevage en 2005. Deux éleveurs se donnent la mort en 2008 quand ferment les abattoirs.

Mon esprit s’évade aussitôt quelques secondes vers la silhouette de Stéphane Audran drapée sous la grande cape de Karl Lagerfeld traversant la lande avec son panier. J’imagine les rustres qui bientôt seront sur scène. Au fond cette vision n’est pas si fausse.

Tristesses, ce nom s'écrit au pluriel, car il est à la fois celui d’une île scandinave, d’un suspense policier, et d’un symptôme politique. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé n'est donc pas fortuite.

samedi 28 avril 2018

Voyage dans l'univers d’Anne Bugel LMZ chez George Cannon, L’Essence du Thé

Les expositions qui sont programmées par Olivier et Augustin Scala dans leur boutique George Cannon, l’Essence du Thé, sont toujours de qualité.

En ce moment c'est à un voyage dans l'univers d'Anne Bugel qu'ils nous convient à travers des collages qu'elle a réalisés.

Les pays étrangers sont une de ses sources d'inspiration. Nous la voyons ci-contre devant une série évoquant la Chine.

Ce n'est pas apparent sur une photo prise avec un certain recul mais si chaque cadre peut se regarder indépendamment des autres la totalité compose un ensemble cohérent.

La nature est aussi un de ses thèmes de prédilection comme en témoignent ces papillons que j'ai eu beaucoup de mal à photographier en évitant au maximum les reflets, même sous vitre anti-reflet qui donne à la photo un effet mat plutôt peu engageant.

vendredi 27 avril 2018

Lancement du Wine & Spirits Business Lab à Dijon au sein de la SWSB

Créée en 2013, la School of Wine & Spirits Business (SWSB) regroupe les activités de formation et de recherche en management du vin et des spiritueux de Burgundy School of Business (BSB).

Elle a inauguré hier un bâtiment dédié de plus de 1.000 m2 au cœur du campus BSB dijonnais. Ce lieu unique est le premier au monde entièrement consacré à l’enseignement et la recherche en management des vins et spiritueux.

Dans le même temps est lancé le Wine & Spirits Business Lab, qui est le premier laboratoire de recherche entièrement consacré aux études comportementales dans ce secteur.
Nous avons d'abord été accueillis dans le Business Lounge, qui est un espace de réception raffiné ayant aussi une vocation d'animation pédagogique. Il sera très vite un endroit idéal pour mener des études de comportement in situ. C'est la réplique, à échelle réduite, de celui du mythique 4 étoiles Hôtel de la Cloche, même bar de marbre blanc, même tapis, mêmes sièges, mêmes luminaires, même peinture murale reproduisant Les hasards heureux de l’escarpolette peint par Fragonard.

jeudi 26 avril 2018

La moutarde de Dijon ... chez Fallot

Etant née en Bourgogne, je suis une grande amatrice de moutarde, friande de toutes. Aller à Dijon et faire l'impasse sur cette spécialité était impensable. C'est tout de même le troisième condiment le plus consommé au monde après le sel et le poivre.

J'aurais aimé pouvoir visiter la Moutarderie Fallotdans ses bâtiments d’origine, à quelques pas des Hospices de Beaune.

J'ai dû me satisfaire, pour des raisons pratiques, de leur Boutique-Atelier dijonnaise de la rue de la Chouette qui est un lieu très bien conçu surtout en terme de dégustation, ce qui est un des aspects essentiels en gastronomie. Parce qu'on n'utilise que ce qui a d'abord réjoui nos papilles.

Fallot est la dernière moutarderie familiale artisanale et indépendante de la région alors qu'au XIX° elle faisait partie de la douzaine de moutardiers que comptait Beaune. Elle est labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Elle est dirigée depuis 1994 par Marc Désarménien, qui est le petit fils d'Edmond Fallot et qui avait rejoint son père dans l’entreprise en 1987.

On lui doit d'avoir contribué très significativement à la relance de la culture de la plante dont les graines servent à fabriquer le condiment. Elle avait disparu dans les années 50 au profit du colza. Depuis 98 des agriculteurs ont recommencé à semer les graines sur une surface qu'on estime aujourd'hui à 6000 hectares et qui devrait continuer à progresser.

De toute évidence cela ne suffit pas à fournir le matériau nécessaire aux moutarderies bourguignonnes qui toutes s'approvisionnent aussi au Canada, dont la Saskatchewan est la région la plus grosse productrice au monde.

Comme souvent dans le domaine des appellations, la confusion est largement entretenue autour de l'expression "moutarde de Dijon" qui se trouve être simplement une "recette de process". Cela signifie qu'elle peut être produite n'importe où en France, et dans le monde pourvu qu'on respecte la recette.

Par contre la "moutarde de Bourgogne" bénéficie depuis 2009 d'une IGP (Indication géographique Protégée). Elle est obligatoirement fabriquée sur le territoire bourguignon avec des graines produites en Bourgogne et du vin Blanc Aligoté de Bourgogne sous Appellation d’Origine Contrôlée.

mercredi 25 avril 2018

Derniers jours à Alep de Guillaume Ramezi, chez French Pulp

Comment parler de Derniers jours à Alep sans trop en dire ? L'intrigue est tellement bien conçue que j'ai peur de laisser échapper dans cet article un indice essentiel qui ruinerait le suspense. Je ne raconterai donc rien d'autre que ce que vous pourriez lire sur la quatrième de couverture.

Mathias est un jeune cancérologue émérite qui a choisi cette spécialité à la suite de la maladie de son père, disparu lorsqu’il était enfant. Imaginez le choc que représente, 25 ans plus tard, la publication d'un visage qui pourrait être le sien sur une chaîne info. D’autant que l’homme est recherché pour terrorisme… Mathias se lance alors dans une traque hasardeuse pour tenter de retrouver son géniteur. Sans se douter des dangers qui l’attendent et qui pourraient mettre ses proches en péril.

L'action se déroule dans le domaine du terrorisme (et de l'anti-terrorisme), qui sont des secteurs en constant remaniement. La moindre approximation aurait des conséquences en terme de crédibilité. L'écriture s'appuie sur un travail de recherche et de documentation que j'imagine très précis.

Guillaume Ramezi place le lecteur au centre de l'action ... qui souvent est palpitante à souhait. Je pense qu'une des difficultés majeures que l'auteur a dû résoudre a été de ne jamais trop en dire tout en autorisant le lecteur à échafauder des hypothèses.

Les personnages sont de forts caractères et il est difficile de se prononcer d'emblée sur les bons et les méchants, à moins d'avoir une compétence en profilage, ce qui est peu courant. Débusquer la part d'ombre tapie en creux de chaque belle âme est un exercice peu commun. Un lecteur averti (il se trouve que j'ai travaillé quelques années dans un secteur proche) parviendra néanmoins comme moi à deviner 80% du scénario dès le début. Mais ce qui est très fort, c'est que si mes intuitions furent justes, elles n'ont absolument pas entaché mon plaisir de lecture. Et les 20% auxquels je ne m'attendais pas me firent l'effet d'une déflagration.

La guerre bactériologique est la grande crainte des puissances occidentales. Certaines scènes peuvent choquer et heurter les consciences. Il n'y a cependant pas de violence gratuite dans ce roman très puissant et que l'on referme à regret.

Après un cursus scientifique et un diplôme d’ingénieur, une entrée dans le monde littéraire n’était pas forcément une évidence pour ce père de deux enfants, cadre dans l'industrie depuis une dizaine d’années. Pour un premier roman c'est un coup de maître. Il ne fait aucun doute que Guillaume Ramezi est ce qu'on appelle un auteur à suivre. D'ailleurs un second roman paraitra prochainement.
Derniers jours à Alep, de Guillaume Ramezi, chez French Pulp, en librairie depuis janvier 2018

mardi 24 avril 2018

Des tapas avec de la Fourme d'Ambert et voyager de par le monde ...

Des tapas avec de la Fourme d'Ambert ... pourquoi pas ? Ce serait en phase avec cette si jolie boite et surtout il me semble qu'on "cantonne" encore trop le fromage à une consommation classique.

Avec pour le moment de l'apéritif soit des petits carrés soit des plateaux achetés "tout fait" alors qu'on peut en deux temps trois mouvements préparer bien plus savoureux.

Le goût et la texture de ce fromage, relativement peu salé, permettent d'oser des combinaisons audacieuses dans l'esprit de la promesse de douceur créative que vous pourrez découvrir sur le site.

Je vous proposerai en premier lieu des tapas de Fourme à la japonaise. Suivront des tapas de Fourme mode tartare puis une version revisitée du croque-monsieur en mode scandinave.

Les tapas de Fourme à la japonaise se composent de crevette-avocat-pistache et canneberge que je vous suggère d'accompagner d'un saké, japonais (pas chinois) pour surprendre les papilles de vos invités, avec modération comme il se doit.

S'ils ne connaissent rien de cette boisson préférez un Myo, dont l'effervescence étonnera malgré un degré d'alcool bien inférieur à un champagne.

S'ils sont déjà amateurs un Nigori, qui est un saké est non filtré, fera grand effet. Outre la couleur blanche, c'est la saveur lactique de cette boisson dont on sait qu'elle est faite avec du riz qui aiguisera leurs sensations. Ce vin est suave, à peine sucré, avec une amertume très discrète qui s'accordera avec ces tapas sucré-salé et la fourme.
Mais je recommanderais un choix plus consensuel avec un Taru Saké (comme le Takara Shuzo) qui aura été stocké dans un baril de cèdre pour sa senteur fraîche, végétale et boisée. C’est un saké qui révèle toutes ses qualités s'il est servi chambré.

lundi 23 avril 2018

Pays provisoire de Fanny Tonnelier

Pays provisoire est un premier roman dont la lecture est facile et agréable.

Fanny Tonnelier a choisi pour son premier roman de nous faire voyager dans le temps et dans l'espace en retraçant le parcours peu banal d'Amélie Servoz, une jeune modiste d’origine savoyarde, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n’a pas froid aux yeux.

En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…

Fanny Tonnelier s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu. J'ignorais qu'au début du XX° siècle de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie. Comme il y a quelques années j'avais découvert l'émigration japonaise aux Etats-Unis (mais cette fois dans le contexte de la seconde guerre mondiale) dans un émouvant et fort réussi roman de Julie Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer.

L'auteure a une belle plume, c'est le minimum en l'occurrence pour nous raconter aussi bien les techniques de fabrication en matière de chapeaux et de plumasserie (p. 108). Et j'ai d'autant plus apprécié que je connais cet univers pour avoir fait des reportages dans la région de Caussade qui reste  le premier foyer producteur en France.

dimanche 22 avril 2018

World man bio, le premier spectacle de Jay

Jay a voyagé dans 64 pays dont il est revenu avec moult histoires à partager. Il sera tous les mercredis à 20 heures au Bo Saint Martin jusque fin juin. La salle n’est pas immense ( 60-70 places) mais l’humoriste est heureux d’être accueilli ici alors que les Feux de la rampe fermaient. Ce soir on rajoute des chaises et la joie d’annoncer complet fait plaisir à voir.

Karim Bouziouane l'a aidé à illustrer le propos qui compose son World man bio. L'humoriste a depuis un moment fait l'expérience de l'écriture, notamment pour Fluide G (la version féminine du magazine Fluide Glacial).

Le metteur en scène est davantage habitué aux plateaux de 20 comédiens qu’à un one man show. Il a vu en Jay un voyageur dans l’âme, une spécificité qu’il a voulu révéler au public : tu as dix ans de baroud, fais nous voyager !

Le spectacle se termine sur une évocation du chamanisme dont malheureusement je ne peux rien dire parce que j’ai du partir exceptionnellement avant la fin.

La première partie est la plus légère mais on sent malgré tout que l’artiste pose sur le monde un regard grave, particulièrement sur les modes de consommation. La première musique, hi ha hi ha ho, fait penser à une danse indienne alors que les derniers spectateurs se faufilent sur le côté.

Son entrée en scène est décalée puisque l'artiste fait comme s'il venait nous prévenir que son spectacle allait nous emmener loin du monde moderne et du matérialisme et il nous promet des jolis messages une heure durant : Ouvrez vos cœurs. Et surtout pensez à rire.

Ça marche, le public part au quart de tour. Jay peut filer en coulisses pour revenir en fanfare et sous les applaudissements.

L'environnement est une de ses préoccupations majeures. Il s'inquiète que la banquise fonde. Que l’air pue. Que les animaux meurent. Il se déclare paniqué. On se dit que la soirée va être morose. Mais il annonce son coming out : je suis végétarien !

Il ponctue sa révélation en brandissant la carotte qui pend à son cou en guise de collier. L’humoriste argumente sa position en nous rappelant que l’homme le plus fort du monde ne se nourrit que d’épinards, ... Popeye.

Jay se dit sélectif. Il ne mange pas tous les fruits. Vous savez les fruits de mer ... c'est pas vraiment des fruits (dit-il sur le ton de la confidence-connivence).

Par honnêteté il convient qu’être végétarien n’est pas synonyme de bonté d’âme puisque tous les végétariens ne sont pas fréquentables, à commencer par ... Hitler. Gandhi serait le contre exemple mais il est moins connu.

Le vegan c’est un peu la ceinture noire du végétarisme. Il interroge la salle. Combien de végétariens ? Et de vegans ? Les mains se lèvent timidement. Je vous déclare rôtis et frites !

Jay a un rapport de proximité avec le public. Il ambitionne de distraire mais aussi de convaincre. Alors il explique, en nous faisant rire, mais avec sérieux, pourquoi un vegan ne consomme pas de lait  ... parce que ça implique de tuer le veau. Il ne mange pas d'oeufs parce que pour avoir des œufs il faut exterminer tous les poussins mâles.
Il a raison de nous le reprocher : on ne connait pas si bien que ça le monde animal. Et quand on applaudit, ouf, on apprend que ce qu'on vient de faire est une activité vegane.

L'artiste sème la graine du doute dans nos conscience en nous rassurant : Il faut 21 jours à un humain pour changer une habitude. Ne disons pas "plus tard" parce que ça signifie "jamais". Il est un bon exemple de dynamisme. Le jour où il s'est posé la vraie première question, pourquoi je vis ? il a décidé de faire le tour du monde à bicyclette.

Il est allé jusqu'au bout et même au-delà du bout du monde : dans le royaume shamanique des esprits dont il est revenu avec quelques réponses et autant de nouvelles questions. Son one-man-show  est drôlement initiatique, garanti sans moralisation.
World man bio
Ecrit et interprété par Jay
Mis en scène par Karim Bouziouane
Du 25 avril 2018 au 27 juin 2018
Le mercredi à 20 heures
Théâtre BO Saint-Martin 
19 Boulevard Saint-Martin
75003 Paris

samedi 21 avril 2018

Mon loup,114 rue de la Condamine à Paris

Il y a des plats dont on se souvient très longtemps. S'il ne fallait en retenir qu'un chez Mon loup ce serait ce poireau rôti ... mais commençons par le commencement.

Le restaurant, ouvert il y a quelques semaines dans ce quartier très vivant des Batignolles est le petit frère, en plus grand, de Ma biche, située dans le "cul de Montmartre" au 12 rue Véron. Une légende voudrait que les deux animaux se soient rencontrés à une période de grande disette et aient élevé un certain Médard qui serait à l'origine de la permaculture.

Ce sont deux copains (un mot que j'aime beaucoup car il signifie qui partagent leur pain), Pascal et Serge, qui les ont choisis pour appeler leurs restaurants, avec pour objectif un approvisionnement le plus bio possible et 100% direct producteur qu'ils ont décliné en promesse : un paysan dans ton assiette, te voilà bien dans tes baskets.

C'est écrit en toutes lettres sur la devanture mais le plus important est tout de même justement ce qui arrive sur la table.
David est le nouveau chef depuis trois semaines et il a commencé à modifier la carte. Les Couteaux au beurre de Maracuja sont pour le moment abandonnés. Le soir il prépare des tapas, qui sont servis au bar comme quelques bulots, dégorgés au gros sel avant d'être ébouillantés avec un jus de citron pour leur apporter de la fraicheur. Ils se dégustent avec une mayonnaise maison aillée et relevée de piment d'Espelette. On l'accompagnera d'un Ventoux 2017 Les Cardelines. Mais on pourrait tout autant se désaltérer d'un extraordinaire (et le mot est faible) jus de pomme du Domaine de la Beaudrière qui a un goût de pommes confites, et qu'on espère pouvoir acheter dans l'épicerie adjacente, la Tanière, dès que les travaux consécutifs à un malencontreux dégât des eaux auront été terminés. 


Une formule express permet de déjeuner pour 12,5€ entrée/plat ou plat/dessert. Le soir le choix est plus large et les photos qui vont suivre ont été indifféremment prises à l'un ou l'autre service.

vendredi 20 avril 2018

Dépendances, écrit et mis en scène par Charif Ghattas

Vous n'avez pas besoin de savoir ce qui va suivre pour apprécier ce spectacle, intense, bâti comme un huis-clos familial où l'on pénètre comme sur un ring, mais si cela peut vous décider à franchir la grille du 78 bis boulevard des Batignolles pour aller jusqu'au bout de la cour pavée, cela vaut le coup que je vous dise que Dépendances est le résultat d'un partenariat (et on espère qu'il sera suivi d'autres) entre le Studio Hébertot et le grand Théâtre Hébertot qui a façade sur le boulevard, dont le directeur est Francis Lombrail.

Ni que j'ajoute que l'affiche réunit deux comédiens d'envergure : Francis Lombrail, qui vient de recevoir, avec  l’équipe de 12 Hommes en Colère, le Globe de Cristal 2018 de la meilleure pièce de théâtre, et Thibault de Montalembert, connu notamment pour son rôle dans la série Dix pour cent, Globe de Cristal 2018 de la meilleure série télévisée.

N'y allez-y pas pour voir des célébrités mais parce que le texte et l'interprétation vont vous embarquer. Charif Ghattas a imaginé des personnages qui sont en perpétuelle tentative avortée de dire leur amour, et en perpétuel échec et repli dans des zones de contrôle de soi par le rire, le masochisme, la boulimie, l’aquoibonisme comme on peut en connaitre dans sa propre famille, surtout quand il y a un héritage à concrétiser.

Le terme est équivoque parce que la plupart du temps une succession ne se limite pas à décider ce qu'on fera de biens matériels. La situation réactive des blessures d'enfance, des jalousies jusque là contenues et réveille des secrets engloutis.

C'est assez rare pour qu'on le souligne : le metteur en scène est aussi l'auteur. Il est donc très bien placé pour avoir une vision nette de ce qu'il veut faire vivre au spectateur. Il a eu la très bonne idée de dégager l'espace scénique en l'affranchissant des coulisses. Il réussit l'exploit de nous faire croire à un triplex avec pour accessoires une table et quelques chaises ... , et un (vrai) escalier menant aux étages.

La bande son est elle aussi condensée sur l'essentiel : un grondement qui peut être celui d'une déferlante marine. Celle qui ouvre le spectacle et qui, de mon point de vue, est un indice important sur ce qui va suivre. Elle reviendra plus tard, comme un rêve inversé.

L'ombre d'Henri (Thibault de Montalembert) précède l'homme. Les deux frères ne se disent pas bonjour. Leur allure parle pour eux, la posture, les vêtements, surtout les chaussures. On a compris qu'ils n'ont pas le même caractère et que l'affrontement sera inévitable, qu'il sera même salutaire peut-être.

Ce serait des animaux on dirait qu'ils se reniflent. Les regards d'évitement fendent l'atmosphère comme des flèches. Chaque réponse devient une question, prenant aussitôt un autre sens. T'es chiant quand tu t'y mets se plaint le premier ... et le second (Francis Lombrail) s'y met vraiment. La violence n'est pas toujours contenue. Quand elle se matérialise sur le plateau le spectateur croit à une erreur, mais non, ce sera comme ça tous les soirs. Les comédiens sont bons, on n'en doutait pas, mais avec une bonne "direction d'acteurs" ils sont excellents.

C'est le genre de spectacle qu'on ne peut pas raconter davantage, au risque de dévoiler ce qui participe à maintenir le spectateur en haleine. On est entièrement absorbé par ce qui se joue sous nos yeux. C'est ce qu'on aime dans ce théâtre qui a quelque chose de ce que des auteurs comme Nathalie Sarraute ou Samuel Beckett nous ont fait partager.
Dépendances, écrit et mis en scène par Charif Ghattas
Avec Francis Lombrail et ‎Thibault de Montalembert
Pour 10 représentations exceptionnelles
Du 19 au 29 avril 2018
Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Au Studio Hébertot - 78 bis boulevard des Batignolles - 75017 Paris
01.42.93.13.04

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