vendredi 31 mars 2017

Le Portrait de Dorian Gray adapté et mis en scène par Thomas Le Douarec

Je ne peux pas dire que je viens de découvrir Le Portrait de Dorian Gray. La pièce est à l'affiche depuis sans doute plus d'un an. Elle a conquis le public du festival off d'Avignon en 2016, et se déplace de théâtre en théâtre (... la Comédie des Champs-Elysées, le Lucernaire, le Vingtième Théâtre puis maintenant l'Artistic Théâtre).

Sa "carrière", si on peut employer ce terme, est sans doute loin d'être finie parce que l'ensemble est très réussi, qu'il s'agisse de la scénographie (on ne peut pas parler de "décor") même si la date du 17 juin est tout de même avancée pour cette session.

Pourquoi ai-je tant attendu ? Je vais vous le dire parce que vous êtes peut-être plusieurs à avoir les mêmes freins. Je ne me doutais pas du potentiel de la pièce dont je pensais très bien connaitre les ressorts. On a tort de la résumer au narcissisme d'un homme qui, par la magie d'un voeu, conserve la beauté de sa jeunesse alors que son portrait vieillira.

Or la mise en scène fait apparaitre d'autres subtilités que la démonstration prouvant que l'éternelle jeunesse est un leurre. J'ai été conquise par l'interprétation. La distribution a l'habitude de l'alternance et c'est judicieusement que le spectateur est prévenu du nom des comédiens qui jouent le soir de sa venue. Voici d'ailleurs les interprètes dont je salue le jeu.

Dans les premières secondes le plateau est nimbé de lumière bleue, envahi de fumée, et le clavecin résonne, cristallin. On tape les trois coups, trois seulement parce qu'on n'est pas au Théâtre Français (il y en avait six à l'origine).

Il va être question de théâtre, de celui de la vie. Pour le moment la comédie se joue au cabaret des âmes perdues.

Un peintre vient d'achever un portrait dont il est si fier qu'il ne veut l'exposer nulle part.

Le modèle, Dorian Gray, est en fait manipulé par son ami Henry, personnage "faustien" s'il en est, lequel ne lui veut pas que du bien, et dont le cynisme n'a d'égal que la misogynie. Dorian troque son âme contre la jeunesse éternelle.

La pièce, écrite par un anglais, baigne dans un humour très british. Sa qualité essentielle est de faire entendre le texte. On reconnait les aphorismes chers à Oscar Wilde, et qui l'ont rendu si célèbre dans la bouche de Lord Henry ce qui laisse croire que l'auteur s'est davantage caché derrière ce personnage que derrière celui de Dorian. Il disait pourtant : " Basil est ce que je pense être, Henry ce que les gens pensent que je suis et Dorian ce que j'aurais aimé être en d'autres temps. "

Beaucoup de répliques sont connues : L'unique charme du mariage c'est le mensonge (...) Les femmes se marient par fatigue. Les hommes par curiosité. Tous sont déçus. (...) Le génie dure plus longtemps que la beauté (sous-entendu la laideur n'est pas un handicap, le manque d'intelligence oui).

Le théâtre est singulièrement plus réel que la vie.

La comédie tourne au drame. La comédienne qui interprète tous les rôles féminins est formidable.Elle danse et chante à la perfection. Ce n'est qu'aux saluts qu'on réalise qu'elle s'est détriplée. Au-delà sans doute d'une nécessité pratique il est intéressant que la femme soit en quelque sorte unique.

J'aurais aimé voir jouer Arnaud Denis dont je me souvenais de la performance dans Autour de la folie, mais Valentin de Carbonnières est juste parfait. Je regrette bien entendu aussi de n'avoir pas vu jouer Thomas Le Douarec qui, depuis dix ans, reprend sans cesse cette oeuvre, dont il retouche la mise en scène à l'instar d'un peintre qui peaufinerait un portrait ... mais j'ai passé un excellent moment. Je n'ai pas idée de ce que pouvait être la première adaptation de Thomas Le Douarec (celle-ci est la cinquième) mais j'approuve les murmures que j'entendais dans la salle aux saluts : ce portrait est un chef d'oeuvre.
Le Portrait de Dorian Gray d'après le roman éponyme de Oscar Wilde
Mis en scène par Thomas Le Douarec
Avec Arnaud Denis (ou Valentin de Carbonnières), Caroline Devismes (ou Lucile Marquis), Fabrice Scott et Thomas Le Douarec.
Artistic Théâtre 45 bis, rue Richard Lenoir 75011 Paris
Selon les jours : 17h00 18h00 20h30 21h00
Tél. location : 01 43 56 38 32
Prolongé jusqu'au 17 juin 2017

jeudi 30 mars 2017

C'est Noël tant pis de Pierre Notte

La fête est passée depuis perpète mais je me réjouis que le spectacle joue les prolongations. Depuis la création en novembre 2014 au Centre culturel Athanor de Guérande, en passant par  le Prisme d'Elancourt er le théâtre du Rond-point il a trouvé refuge à la Comédie des Champs-Elysées.

J'ai donc pu aller voir, hors saison, C'est Noël tant pis, écrit et mis en scène par Pierre Notte et je vous le dis, il n'y a pas de mauvais moment pour faire le point sur la famille, même si, on le sait bien, c'est au moment des célébrations de toutes sortes que les tensions sont au maximum.

S'agissant de Noël on avait dégusté la Buche, le film réalisé par Danièle Thompson en 1999. La pièce de Pierre Notte reste sur le registre de la comédie mais les grincements sont à leur paroxysme. Certains spectateurs ne supportent pas, tant pis.

De texte en texte cet auteur ne cesse de réinventer une manière de parler, pour dire ses cicatrices en les sublimant et surtout en révélant, car les dialogues ont une vertu photographique, les fêlures universelles.

Le programme promet que ça ne finira pas mieux que ça aura commencé. Etoiler un sapin n'est pas un exercice facile. L'équilibre est précaire dès le début. C'est vrai. Pierre Notte déséquilibre les rituels judéo-chrétiens bien au-delà du 1er janvier (la scène de la galette des rois est désopilante). Le couple en prend pour son grade, comme dans Parle-moi d'amour qui a été donné en février à la Pépinière. Mais Pierre Notte pousse le bouchon plus loin que Philippe Claudel en invitant tous les enfants, le frère Nathan (Renaud Triffault) la jolie pièce rapportée, et même la grand-mère.

Le 25 décembre, qui devrait être le 14 juillet de notre vie de famille se termine chaque année en 11 septembre. Il est amplement justifié qu'avec une telle plume l'auteur soit nominé comme Auteur francophone vivant aux Molières 2017. Il l'a déjà été à trois reprises ...
Le spectacle ne se réduit pas à des formules, et à des vacheries bien envoyées, même si on s'amuse que la belle-fille Geneviève (Chloé Olivères) puisse en avoir sa claque de ce cloaque.

C'est un cri d'amour, que le chanteur Charles Aznavour implore à juste titre. Dis moi que tu m'aimes ... fort. Plusieurs chansons apportent une respiration nostalgique. Comme aussi le Temps du muguet, cette chanson écrite par Francis Lemarque, que la mère (Silvie Laguna) entonne, en hommage peut-être à Danièle Darrieux qui l'interprétait elle-même en 1960 en manteau de fourrure dans un décor de chalets.

Pierre Notte n'a pas écrit un réquisitoire uniquement à charge contre la famille. La tendresse est souvent sous-jacente : Les enfants, quelquefois on comprend tout de travers de leur manière d'aimer
La scénographie est intelligente, avec un décor évolutif qu'une grande chaine de distribution de meubles pourrait bien copier. Ce sapin-table de réception-voiture et plus encore est très malin. Les costumes sont pensés en terme de forme comme de couleurs. Le turquoise des premiers instants se dégrade en marron au fil des répliques.

Le fils (Brice Hillairet) est sans surprise prodigieux comme il l'était dans Ma folle otarie l'an dernier. Ils sont tous excellents. Le père (Bernard Alane) n'a pas des répliques faciles et il parvient à tirer lui aussi son épingle du jeu.

Noël est la fête de la nativité. Pierre Notte ne l'oublie pas, faisant se réjouir sa famille éclatée : Nous aurons quand même fait de beaux enfants, ... et lui un beau spectacle. Tant mieux !

C'est Noël tant pis
Texte, mise en scène et chansons : Pierre Notte
Avec : Bernard Alane, Brice Hillairet, Silvie Laguna, Chloé Olivères, Renaud Triffault
En alternance avec Romain Apelbaum
Scénographie : Natacha Le Guen de Kerneizon
Costumes : Colombe Lauriot-Prévost
Lumières : Marc Torrente, Aron Olah
Comédie des Champs-Élysées
15 Avenue Montaigne, 75008 Paris - 01.53.23.99.19
Jusqu'au 29 juillet 2017
Du mardi au samedi à 21h
Relâches les 16, 17, 18 mars et 22, 25 et 28 avril
La pièce sera cet été au festival de Figeac

mercredi 29 mars 2017

Hashtag bonnet d'Eliane Girard chez Buchet Chastel

C'est un petit bijou récréatif que cet Hashtag bonnet qui se lit avec délectation dans le métro. C'est bien plus malin que de pianoter sur son portable avec voyeurisme la vie de nos concitoyens (que le terme est juste) étalée comme de la confiture dégoulinante depuis Facebook (regardez le cadeau que j'ai reçu ce matin. Merci ... et suivent sous une photo en général mal cadrée les noms des généreux donateurs ... Quelle belle jambe !).

J'avais l'intention de consacrer un billet au sujet et j'ai mis de coté quelques (vraies et authentiques hélas) publications. Le comble était atteint selon moi avec celui où je dénombre sous une photo pas moins de 22 hashtags dont aucun n'est explicatif du message. Je peux bien vous le copier. Il y a très peu de chances que l'intelligent rédacteur de cette grande agence de communication ne se reconnaisse (je ne l'imagine pas lire autre chose que ses propres posts mais j'ai malgré tout censuré le nom du client orthographié sur le net à l'endroit comme à l'envers) :

#recette #gratin #pommesdeterre #confitdecanard #supreme #preparation #20min #cuisson #40min #foodphotography #foodporn #foodie #miam 😋 #tropbon #sogood

Promesse de foodporn ... aucun doute, nous sommes dans de la grande littérature. Petite perle (encore authentique) lue ce matin : Je selfie donc je suis.

Alors autant vous dire que cet Hastag bonnet m'a comme lavée de toutes les imbécilités que je ne lis d'ailleurs pas très souvent sur les réseaux sociaux. Je les délaisse et ils me le rendent bien.

Quand Tristan se rend au travail, vers six heures du matin, il croise souvent Lina qui fume devant le siège de la radio où elle présente la matinale. Ce jour-là, il l’aborde pour lui demander une cigarette. Le soir même, Clotilde, qui est sa compagne depuis quelques années déjà, branchée en permanence sur les réseaux sociaux, tombe sur une photo qui l’intrigue : un garçon, de dos, embrasse la journaliste dans le cou, avec ce commentaire "Qui est le petit ami de Lina Darius ?". Elle reconnaît immédiatement Tristan à son bonnet ridicule.
Le lendemain, le post a fait boule de neige et c’est un tsunami qui s’abat sur l’existence de ces trois personnages... Lina Darius, nouvelle star des médias, ne pourra plus maitriser sa vie privée qui cesse brutalement d'être un mystère.
J'ai envie d'écrire que plus que jamais on vit une époque épique, mais il ne faudrait pas y voir un lien avec le brutal licenciement en 2001 de Yolaine de la Bigne, célèbre pour sa chronique Quelle époque épique emblématique de France Info. La journaliste est d'ailleurs depuis passée à l'éthique, en créant le webmedia Neoplanète mais je m'égare et loin de moi de suggérer qu'il puisse y avoir un quelconque rapport entre elle et le sujet du livre.

Ce qui met le feu aux réseaux sociaux (p. 32) ce n'est pas le lancement d'une alerte de type scandale sanitaire mais que Lina Darius ait un amant et que, sous-entendu, elle ait osé le cacher à son auditoire. Tout ce qui fait le buzz échappe vite au contrôle et impossible alors de driver l'affaire.

Pas sur (p. 98) que la tactique consistant à ne rien dire et attendre que ça retombe comme un soufflé puisse être efficace. Ça l'était autrefois mais la force des outils de communication a changé la donne.

Roman d'anticipation ? Pas vraiment car tous les jours des célébrités comme des anonymes sont la cible de cyber harcèlement, y compris dans les établissements scolaires où on commence de prendre la mesure de cette plaie. Impossible de répondre par le rire comme si tout cela n'avait aucune importance, et bien que, effectivement cela n'ait aucune importance (p. 50).

Ce qu'on reproche (p. 78) à la jeune femme c'est d'être sexy et pro (professionnelle). Impardonnable en effet ! Quand on ne sait rien on invente ... et la rumeur court, virale.

Sous couvert de comédie Eliane Girard a produit un livre de mise en garde. Peu d'auteures s'étaient jusque là penchées sur la situation particulière des femmes femmes médiatiques dont le succès est l'objet de convoitise et qui professionnellement paient le prix fort pour leur liberté.

Eliane Girard est réalisatrice à France Inter et collabore à un magazine féminin. Elle s'est si bien inspirée de personnages réels que l'on reconnait au fil des pages les (mauvais) caractères de quelques vedettes du PAF (p. 151 en particulier). Toute ressemblance avec des personnages existant réellement n'est pas fortuite mais la problématique est plus aiguë, ce qui donne au livre une portée plus large.

Hashtag bonnet d'Eliane Girard chez Buchet Chastel, en librairie depuis le 2 mars 2017

mardi 28 mars 2017

Hippo ne fait plus mystère de sa nouvelle carte

Convier des bloggeuses (je ne crois pas que le masculin puisse grammaticalement s'imposer) à une soirée mystère est un exercice risqué. Si j'avais su quel restaurant célébrait sa nouvelle carte j'aurais sans doute posé les questions adéquates.

Je me suis focalisée sur les techniques des professionnels, chefs ou mixologue, ce qui ne présente pas de véritable intérêt pour la chaine Hippo, puisque c'est d'elle qu'il s'agit.

Aucune photo d'ailleurs ne montrera la célèbre mascotte, de congé ce soir-là.

Nous étions dans le quartier du Marais, dans l'atelier printanièrement cosy, doucement vintage de Mademoiselle M, absente elle aussi.

J'imagine quand même que l'objectif est de vous influencer à vous rendre dans un des établissements de la chaine plutôt que de vous dévoiler les recettes de leurs derniers cocktails et tartines au risque de n'avoir rien à raconter et d'écrire un billet creux.

On m'avait dit que nous saurions tout à la fin, recettes incluses, alors je n'ai pas pris de notes au cours de la soirée ... mais les photos parleront d'elles-mêmes.

Le principe de revoir la carte de début de soirée est intelligent. on pourra opter pour une limonade pamplemousse rose, et une Pina Colada sans alcool ou pour deux autres cocktails, cette fois alcoolisés, un Passion Mojito ou le "signature" de la marque, dont je ne me souviens plus des ingrédients, mais juste de sa couleur tango.

lundi 27 mars 2017

Ce que je fais avec du bicarbonate

Le bicarbonate (de soude) est en passe de devenir tendance. Ce n'est pourtant pas un produit nouveau. J'en ai toujours vu dans le placard de la cuisine de ma mère, et de ma grand-mère avant elle.

Maman faisait des gaufrettes au bicarbonate dont je suis définitivement nostalgique. Il faudra que je ressorte le gaufrier d'antan et que j'en refasse. Promis vous aurez la recette.

Si ce produit-miracle ne peut pas remplacer la levure de boulangerie il fait office de levure dite alsacienne dans tous les gâteaux. On le dose à une cuillère à café pour 500g de farine dans la pâte à gâteaux. Elle lève à coup sûr et elle est plus légère.

Je sais aussi depuis longtemps qu'au lieu de mettre une pincée de sel dans les blancs d'œufs avant de les battre en neige, le bicarbonate favorise leur montée et permet en plus d'alléger la mousse tout en la raffermissant.

Toujours en pâtisserie, on peut remplacer un oeuf par 1 demi-cuillère à café de bicarbonate et 2 cuillères à soupe d’eau. Mais le truc ne fonctionne qu'à condition de ne pas remplacer plus de la moitié des oeufs exigés par la recette.

Il attendrit les légumes secsEn pratique : mettez une cuillère à soupe de bicarbonate dans le litre d'eau que vous utilisez pour faire tremper vos légumes secs. Laissez-les tremper pendant une nuit et rincez-les avant de les cuire. Ajoutez ensuite une demi-cuillère à café de bicarbonate (par litre) et faire cuire les légumes.

Je n'ai pas encore le réflexe mais je compte l'acquérir : ajouter une cuillère à café de bicarbonate alimentaire par litre dans l'eau de lavage des légumes pour éliminer les résidus de produits de traitements chimiques présents sur leur peau. Il permet aussi de réduire le temps de cuisson des légumes secs et en plus de les attendrir.

Par contre j'y pense au moment de cuire les légumes verts.

J'ai appris récemment de nouveaux trucs et astuces sur le site de la Baleine et sur celui-ci. Les pâtes cuiraient plus vite, dans une eau enrichie en bicarbonate, ce qui permettrait même une économie d'énergie.

Il fait merveille pour attendrir la viande. J'en ai saupoudré un Bourguignon pour un résultat moelleux et fondant.

On le verse dans un récipient que l'on laisse ouvert et que l'on place au milieu du réfrigérateur pour éliminer les mauvaises odeurs.

Quand frotter une poêle est sans résultat, je saupoudre de bicarbonate sur les endroits les plus sales et j'ajoute de l'eau chaude. Je frotte (un peu) au bout d'un quart d'heure et je rince. Effet magique. Cette poudre désincruste les dépôts difficiles au fond des casseroles, pourvu de laissez tremper dans un litre d’eau mélangée à 2 cuillères à soupe de bicarbonate au moins 2 heures.

Le bicarbonate de soude est une poudre magique naturelle et puissante au-delà de la cuisine. Il est utile pour tout notre quotidien : entretien de la maison et aussi comme produit de beauté.

On l'emploie sur une brosse à dents pour blanchir l'émail, ou dissous dans un demi-verre d'eau pour assainir les gencives.

Si on laisse ses pieds reposer dans un bain à base de bicarbonate à raison de 2 cuillerées à soupe pour 2 litres d’eau chaude on pourra dire adieu aux peaux mortes et avoir la peau toute douce.

Ce produit économique a toute sa raison d'être dans la salle d'eau : il fait office d'assouplissant pour le linge en versant 1verre de bicarbonate (environ 200g) dans le compartiment pour assouplissant du lave- linge. Le linge ressortira plus doux. Soyez prudent néanmoins avec les textiles sensibles tels que la laine ou la soie en faisant un essai préalable.

Avec l'arrivée du printemps et des premiers violents rayons de soleil on peut s'effrayer que les rideaux aient jauni. Il faut les secouer puis les plonger 2 heures dans une bassine d’eau tiède additionnée de 2 cuillères à soupe de bicarbonate avant de les laver ensuite en machine. Ils auront retrouvé l'éclat du neuf.

dimanche 26 mars 2017

Pourquoi il fallait aller au Salon Livre Paris en mars 2017

J'y suis allée, et plus d'une fois, tout au long du week-end. Je ne sais pas si cette 37ème édition confirme sa position de rendez-vous littéraire incontournable. J'ai remarqué en grandes lettre ou affiches des succès littéraires (et cinématographiques comme celui de Courgette) qui étaient pour moi sans surprise.

Il a eu lieu du vendredi 24 au lundi 27 mars, comme chaque année à la Porte de Versailles, ponctué de temps forts, rencontres, dédicaces, débats, conférences et autres ateliers.

Chaque fois les chiffres de fréquentation font polémique. Toujours est-il que les allées furent comme on dit noires de monde (même si la surface  du Salon fut plus restreinte) et le jeune public était très visible, ce qui est de bonne augure pour l'avenir de la lecture.

3 000 auteurs, 1 200 exposants dont 10 régions et plus de 50 pays ... impossible de prétendre avoir tout vu. Je m'étais promis de débusquer des tendances, mais je n'ai pas eu le temps de suivre les rencontres en parallèles de ce travail d'investigation. J'ai tout de même remarqué ce livre, paru chez First, dont le thème est très actuel.

samedi 25 mars 2017

Hôtel des deux mondes au Rive Gauche

Si j'osais je comparerais Eric Emmanuel Schmitt à Claude Lelouch. Deux artistes prolixes capables du meilleur, comme du moins bon et tous deux fascinés par l'au-delà.

Après quelques déceptions j'hésite à lire ou aller voir une pièce signée de cet auteur et cet Hôtel des deux mondes me prouve que j'ai raison de persister. La pièce a de l'intérêt, est mise en scène intelligemment (le talent d'Anne Bourgeois a encore une fois fait mouche) et les comédiens sont tous excellents. 

J'aurais quelques réserves sur le décor qui ne séduira pas les phobiques des ascenseurs (j'en connais beaucoup) mais il fonctionne plutôt bien pour instaurer une ambiance étrange convenant au lieu.

Un brutal éclair évoque quelque chose qui relèverait d'un voyage galactique. Julien Portal (Davy Sardou) sort de l'ascenseur, arrivant d'un sous-sol. Notre œil est intrigué par les lettres V et A dont la signification nous échappe encore. Il aimerait savoir où il se trouve et ce qu'il est venu faire là mais personne ne lui répondra. Une clé lui sera tendue silencieusement par un des deux personnages muets (Günther Vanserveren et Roxane Le Texierqui sont probablement des anges. Leur rôle n'est pas facile, puisque sans paroles et pourtant leur présence est bien réelle.
Est-il un client ordinaire ? Sans doute non, et pas davantage que les autres dont on ne sait pas comment il sont arrivés là ni s'ils en repartiront. Ses voisins d'infortune sont des caractériels. En particulier le président Delbec (Jean-Jacques Moreau), et Marie (Michèle Garcia) dont les répliques sont savoureuses. Julien parvient malgré tout à apprendre qu'il n'est ni dans un hôpital, ni aux urgences. Il a beau se sentir "un mort en bonne santé" le doute arrive : aurait-il eu malgré tout un accident, une crise cardiaque, serait-il dans le coma ?

Les dialogues écrits par Eric Emmanuel Schmitt alternent entre points de vue philosophiques et paroles poétiques sans tomber sans deux écueils, la pure comédie, ou la sévère leçon de morale. On suit le parcours de chaque protagoniste qui, comme dans la "vraie" vie, ne sont pas tous disposé à changer.

Dire que la pièce est menée avec suspense serait exagéré mais on passe un bon moment de théâtre et on en sort en se disant qu'il ne faudrait pas oublier quelques aphorismes. Un grand bonheur n'est composé que de toutes petites choses qu'on ne songe pas assez à gouter.
Le mage Radjapour est judicieusement là pour nous le rappeler, témoignant qu'il se délecte de chaque moment (supplémentaire) comme d'un bonbon en le décortiquant avant de le savourer. Jean-Paul Farré est bien entendu parfait dans ce rôle (comme il l'est quelques heures plus tôt dans celui de Voltaire au tout voisin Théâtre de Poche). 

Laura (Noémie Elbazest en attente d'une greffe mais elle se sent salie par la pitié. La situation est difficile à supporter puisqu'il faut que quelqu'un meurt pour qu'elle puisse continuer à vivre. Cette situation donne un prix particulier à ce que peuvent être des derniers instants.

On s'interroge alors nous aussi sur ce qui nous empêche d'apprécier la valeur de la vie quand "tout va bien" en suivant le questionnement du docteur S (Odile Cohen). On retrouve un thème de prédilection de l'auteur, spécialiste des religions. Si la vie est un don, à qui le doit-on ? A Dieu ou à la vie elle-même ?
Mourir c'est accepter l'inéluctable. Mais l'homme est un incorrigible optimiste qui veut croire que les miracles existent. Je ne peux pas vous dire la fin mais sachez qu'un des personnages réussira à insérer dans le dispositif le grain de sable humain qui permettra d'en finir avec le hasard.

Emotion et rire se bousculent jusqu'au dénouement final.

Hôtel des deux mondes de Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène Anne Bourgeois
Avec Davy Sardou, Jean-Paul Farré, Jean-Jacques Moreau , Michèle Garcia , Odile Cohen, Noémie Elbaz et avec Günther Vanserveren et Roxane Le Texier.
Depuis janvier 2017
Au Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté 75014 Paris - Tél : 01 43 35 32 31
Du mardi au samedi à 21h
Matinée le dimanche à 15h

vendredi 24 mars 2017

Voir peut-il rendre fou ? Aurélie Dubois répond à la question

Le 24Beaubourg présente la première rétrospective parisienne des œuvres anciennes et récentes d'Aurélie Dubois, rassemblant un grand ensemble de dessins ainsi que des vidéos.

Ce ne sont pas moins de 16 années de création qui ont été réunies par Paul Ardenne, écrivain et historien d’art, qui en a assuré le commissariat.

L’accent est mis sur le dessin, un étage entier de l’exposition lui est consacré. Photographies et installations complètent ce parcours.

L’exposition est aussi l’occasion de découvrir ses vidéos, telles que The Corridors, court métrage sélectionné pour le festival Côté Court en 2015, Traverse Vidéo en 2016, ainsi que son dernier court-métrage expérimental Amour écrit en fer.

L'artiste produit des corps humains, le sien et ceux des autres. Ses dessins sont d'une hyperintensité proche de l'animation, toujours là où on ne l'attendrait pas, soit dans un point de vue girly au final éloigné de sa personnalité, soit sous un angle assumé comme relevant de la pornographie. C'est par eux qu'elle s'est fait connaitre. Elle en a réalisé des centaines. J'ai eu la chance de la voir en action et c'est passionnant de suivre son trait de crayon, illustrant concrètement son credo, vivre c'est muter.
L’œuvre protéiforme d’Aurélie Dubois, alimente un appel à la résistance et à la vigilance, face aux diktats de notre société contemporaine et à ses tabous, justifiant qu'on la qualifie d'artiste de garde, selon une idée définie par le psychanalyste et écrivain Daniel Androvski en 2008. Il a constaté combien cette résistance habite ses créations, contrairement au principe qu’une œuvre d’art serait faite pour décorer plutôt que pour donner du sens ou révéler la nature des choses.
Une table ronde, intitulée "Corps intenses" a été programmée aujourd'hui avec ce psychanalyste dont la présence s'imposait tout comme celle de Paul Ardenne, Historien et Critique d’Art, et à laquelle participaient aussi le Docteur Jacques Ohana (Chirurgien Plasticien) et Orly Rezlan (Avocate).

L'artiste ne craint pas de se mettre elle-même en scène, nue, au naturel ou grimée, vivante ou comme morte. Le sexe est devenu la principale thématique d'Aurélie Dubois, dans toutes ses dimensions, y compris la transformation. Ce n'est pas un hasard si Julie Pomme, activiste trans a évoqué à la fin son histoire personnelle. Etait également présent l'acteur septuagénaire qu'elle affectionne, Huu Nghia Tran.

Outre les dessins, on pouvait voir Family Hammers qui a servi de support à l'affiche, trois marteaux qui m'évoquent les trois ours, Papa, Maman et Petit, ce qui d'une certaine façon me parait bien étrangement conformiste et au final misogyne puisque la mère est de taille inférieure au père.

Quoiqu'il en soit le marteau est un double symbole selon qu'il sert le maitre ou ceux qui n'ont pas l'heur d'être des maitres, explique-t-elle. Plusieurs photographies sont marquées du sceau de cet objet.
Situé près du Centre Pompidou, 24Beaubourg expose des artistes de tout horizon dans un espace de plus 280m². Il a pour vocation de devenir un tremplin pour la nouvelle génération, un lieu d’exposition pour des artistes confirmés ou encore une vitrine parisienne pour des galeries étrangères. La programmation, assurée aujourd’hui par Mijo Roussel, repose avant tout sur des rencontres  et des coups de cœur.

Voir peut-il rendre fou ? 
24Beaubourg
24, rue Beaubourg, 75003 Paris
Du 16 mars 2017 au 26 mars 2017

jeudi 23 mars 2017

Gâteau au chocolat... mais sans gluten et au chocolat mais pas noir

Mes enfants a-do-rent le gâteau d'anniversaire au chocolat (noir) qui n'a rien de spécial si ce n'est qu'ils l'aiment de façon inconditionnelle. J'en ai publié la recette il y a presque dix ans.

Un de mes défauts est de ne pas aimer répéter les mêmes choses, même si elles sont appréciées. Si bien qu'au bout d'une vingtaine d'anniversaire, fois deux, j'ai voulu innover.

Je l'ai préparé en version chocolat au lait, ce qui donne une pâte moins foncée, qui les a intrigués. Force a été tout de même de reconnaitre que c'était plutôt réussi, bon, voire même très bon, parce que sans amertume.

Comme un changement, un seul, ne me suffisait pas, j'ai voulu que les intolérants au gluten puissent se régaler et j'ai pris de la farine de riz, provoquant une nouvelle vague de protestation familiale. Là encore le verdict tomba en ma faveur. Le gâteau gagne en légèreté.

La formule est donc approuvée. La voici
 
4 œufs, jaunes et blancs séparés
100 grammes de sucre
140 grammes de chocolat au lait (ici le Jivara)
125 grammes de beurre
100 grammes de farine de riz
th 5 pour 30 minutes

On bat les jaunes avec le sucre (qu’on verse en pluie, pas trop vite, sinon les jaunes vont cuire, disait ma grand-mère).

On met le chocolat à fondre au micro-ondes avec le beurre.

On mélange les deux préparations. On ajoute la farine qu'il est inutile de tamiser.

Puis, instant délicat, on incorpore les blancs battus en neige (vous remarquerez qu’on vous conseille toujours d’avoir une neige ferme … C’est elle qui fera "monter" le gâteau parce qu’il y a de l’air dedans). Pour cela j'ai une astuce, en ajoutant une pincée de bicarbonate de soude, ce qui permet d'atteindre vite la consistance idéale dite de bec d'oiseau.
Et on enfourne à 165° pour une trentaine de minutes. J'avais versé la pâte dans le traditionnel moule en forme de coeur (je ne pouvais pas tout changer tout de même). Par contre j'avais prévu quelques étoiles à titre de test, pou pouvoir gouter avant d'amener à la fête ... par précaution, et gourmandise anticipé.
 

mercredi 22 mars 2017

Le songe d'une nuit d'été dans la mise en scène Lisa Wurmser

Encore un songe, mais la dramaturgie de Lisa Wurmser est si différente de ce que j'ai vu jusque là que je ne peux pas regretter un instant d'être venue la découvrir au Théâtre de la Tempête. Le traitement n'est pas conformiste et c'est heureux.

Elle a imaginé avec la complicité de la décoratrice Sophie Jacob une ambiance de cabaret qui est déclinée sans faille d'un bout à l'autre de la représentation, reprenant chaque code de l'art forain et du cirque en s'inspirant pour cela du petit cirque de Calder, peuplé d’automates et de petites marionnettes. Tout y est : la piste, les étoiles, les paillettes, le chapeau claque, la canne et le boa, les couleurs vives ... Ça roule, ça scintille, ça chante, ça "se produit".

Faut-il vous résumer l'histoire ? Hermia aime Lysandre, et refuse d’épouser le prétendant que son père lui destine, Démétrius, lui-même courtisé par Héléna. Les amants fuient dans la forêt. Parallèlement, des artisans répètent une pièce qu’ils joueront pour le mariage du duc d’Athènes avec la Reine des Amazones. Arrive le clair de lune, et tout ce petit monde se retrouve sous l'influence des fées et de leurs souverains, Titania et Obéron dont la querelle trouble la nature. 

Obéron demande à son génie, Puck - qui a le pouvoir de commander aux phénomènes naturels - de déposer un philtre d’amour sur les yeux des personnages. S’ensuit une série de méprises… jusqu'à ce qu'au petit matin, après 4 jours et 4 nuits de folie, Puck rétablisse la concorde entre les couples respectifs.
Le Songe d’une nuit d’été est la première grande comédie de Shakespeare. Son succès est sans doute lié au théâtre-dans-le-théâtre que Lise Wurmser a la bonne idée de faire se dérouler en miroir devant un castellet, avec la complicité du magicien Abdul Alafrez et de la marionnettiste Pascale Blaison. On se réjouit de voir combien Shakespeare est un illusionniste épris de merveilleux. S'il y a rêve c'est à travers la confusion des genres. La fin sera heureuse, à l'instar d'un carnaval, en clôturant un moment de folie dans une ambiance joyeuse.
Quel cirque ! Et le voilà qui se déploie sous nos yeux, avec des effets légitimes puisque Puck (Laurent Petitgand, qui composa pour Wim Wenders) interprète un magicien bien que Lisa l'ait voulu musicien.
Les acteurs sont funambules, acrobates, chanteurs, magiciens, slameurs, marionnettistes, mais qu'on ne s'y trompe pas, la légèreté apparente camoufle la profondeur et la réflexion.

Chaque scène est pensée comme un tableau, provoquant à chaque fois un étonnement nouveau. Les effets sont multiples, osés, mais sans qu'il n'y ait jamais surcharge ou vulgarité. On entend les jeux de mots voulus par l'auteur.
La mise en scène est périlleuse. Il fallait oser demander à Flore Lefebvre des Noëttes de se risquer à danser avec quelques plumes. L'actrice est aussi prodigieuse dans le rôle de la première fée que dans celui de Quince, d'habitude interprété par un homme, et elle fait très bien le mur aussi.

Chacun interprète plusieurs rôles et c'est une vraie surprise aux saluts de se rendre compte, par exemple, que le lion est aussi Démétrius (Adil Laboudi), sans compter quelques figurations par ci par là. Les dix comédiens jouent vingt-cinq rôles sans qu'on ne remarque beaucoup la supercherie.

Heureuse idée aussi d'avoir conservé les chansons en anglais. Ce songe est une réjouissance !

Le songe d'une nuit d'été de William Shakespeare
mise en scène Lisa Wurmser
texte français : Jean-Michel Deprats (éditions Folio Théâtre)
scénographie : Sophie Jacob
musique : Laurent Petitgand
magie : Abdul Alafrez
costumes : Marie Pawlotsky
chorégraphie : Gilles Nicolas
avec  John Arnold, Jade Fortineau, Léo Grange, Adil Laboudi, Flore Lefebvre des Noëttes, Christian Lucas, Marie Micla, Yoanna Marilleaud, Gilles Nicolas, et Laurent Petitgand.
Du 3 Mars au 2 Avril 2017
au Théâtre de la Tempête - salle Copi
du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30
Route du Champ de Manoeuvre 75012 Paris

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Laurencine Lot ou de Agathe Poupeney

mardi 21 mars 2017

Un atelier d'écriture dans un grand hôtel ...

C'est probablement parce que la décoration de l’Hôtel Square Louvois s’inspire directement de la Bibliothèque Nationale voisine et des ouvrages des grands auteurs, que l'idée a émergé de proposer à ses clients de participer gracieusement aux Ateliers d’écriture Elisabeth Bing.

Le thème de chaque soirée, regroupées sous l'appellation "Un jour un auteur", sera construit à partir de l’univers des écrivains français qui ont marqué la littérature, dont on retrouve les portraits sur les murs des chambres de ce quatre étoiles et les ouvrages à portée de main dans le cadre élégant et raffiné des différents espaces de cet hôtel ambassadeur du chic parisien, et qui a ouvert ses portes il y a un peu moins d'un an, en juillet 2016.

Chaque cession sera, pour une huitaine de personnes, une invitation à la créativité et à la découverte des auteurs qui ont imprégné les siècles. Il se tiendra dans un lieu propice à la concentration, dans le salon-bibliothèque cosy de l’hôtel, et sera encadré par des professionnels.

Le premier sera Ecrire avec Marcel Proust, animé par Véronique Petetin, le vendredi 14 avril de 19h à 22h. Puis, aux mêmes heures, Ecrire avec J. M. G. Le Clézio, animé par Sophie David le lundi 22 mai, Ecrire avec Jean Genet, animé par Laurent Biscarrat le vendredi 28 avril, Ecrire avec Jean Giono, animé par Alice Bsereni, le mardi 13 juin, et enfin Ecrire avec Simone de Beauvoir, animé par Geneviève Motard le mercredi 10 mai.

lundi 20 mars 2017

Rencontre littéraire avec Emmanuel Dongala

Je connaissais Emmanuel Dongala parce qu'il avait publié un livre que j'avais beaucoup apprécié, Photo de groupe au bord du fleuve, dont je me suis d'ailleurs réjouie qu'il reçoive plusieurs prix. Cette fiction s'appuyait sur la révolte de femmes vendeuses de cailloux pour obtenir des conditions de vie plus décentes, pour dénoncer, non sans humour, une Afrique contemporaine misogyne et corrompue. 

C'est que cet auteur emploie l'art du détour pour faire passer des messages d'engagement, souvent très forts, mais rares. Quand je n'ai rien à dire, je me tais, précisa-t-il avec humour à l'assemblée venue l'écouter dans la salle de conférences du musée Dapper le samedi 18 février dernier.

La lecture de son nouveau livre, La Sonate à Bridgetower, justifie qu'il fallut 7 ans pour l'écrire. Alors qu'il s'était jusque là attelé à des histoires totalement imaginaires il a choisi pour celui-ci de raconter une histoire vraie, quoique tombée dans l'oubli. Il nous introduit dans les milieux artistiques du XVIII° siècle, et qui nous fait voyager à travers l'Europe. Et le résultat est absolument fascinant.

N’en déplaise à l’ingrate postérité, la célèbre Sonate à Kreutzer n’a pas été composée pour le violoniste Rodolphe Kreutzer, qui d’ailleurs ne l’a jamais interprétée, mais pour un jeune violoniste dont le nom n'est pas resté dans les mémoires, pourtant grand virtuose, ami de Beethoven qui écrivit la sonate pour la jouer avec lui.

Il s'agit de George Bridgetower, qui débarqua au début de l’année 1789 à Paris, alors âgé de neuf ans,  avec son père, un Noir de la Barbade qui se faisait passer pour un prince d’Abyssinie. Arrivant d’Autriche, où George avait suivi l’enseignement de Haydn, ils étaient venus chercher l’or et la gloire que devait leur assurer le talent du garçon… De Paris à Londres, puis Vienne, ce récit d’apprentissage aussi vivant qu’érudit confronte aux bouleversements politiques et sociaux – notamment la mise en cause de l’esclavage aux colonies et l’évolution de la condition des Noirs en Europe – les transformations majeures que vit le monde des idées, de la musique et des sciences, pour éclairer les paradoxes et les accomplissements du Siècle des lumières.

dimanche 19 mars 2017

Mon coeur, mise en scène de Pauline Bureau, encore un scandale pharmaceutique

Il y a eu le film La fille de Brest, d'Emmanuelle Bercot que je n'ai pas eu le temps d'aller voir sur les écrans.

Pauline Bureau, dont je suis le travail depuis plusieurs années, a écrit Mon coeur, pour le théâtre, sur ce même sujet, le scandale du Mediator,  qui fut prescrit comme coupe-faim par des médecins peu scrupuleux. On dit que de 1976 à 2009, il a fait entre 1000 et 2000 victimes en toute connaissance du laboratoire Servier, fabricant de la molécule incriminée.

Cela étant, la responsabilité des médecins qui ont noté sur des ordonnances ce médicament en le détournant de son indication principale (le diabète de type 2) me semble extrêmement grave. Et j'irai même jusqu'aux pharmaciens qui, on ne le sait pas assez, sont soumis à des obligations de prudence. Ils doivent par exemple vérifier l'authenticité des ordonnances, leur régularité technique et conseiller l'utilisateur des médicaments.

C'est leur rôle de déceler le cas échéant des erreurs du médecin comme par exemple une contre-indication ou des posologies inadéquates. Ceci pour éviter de tragiques conséquences comme celles provoquées par la confusion entre deux abréviations. En cas de doute ou d'erreur le pharmacien doit dialoguer avec le médecin.

Je ne peux pas croire que la dangerosité du Mediator était ignorée à ce point. Il y a donc une énorme responsabilité collective et c'est important de la pointer. Pour que l'usager prenne conscience qu'une prescription, quelle qu'elle soit, n'est pas à suivre les yeux fermés, surtout quand on promet un produit soit-disant miracle. Mais tel n'est pas le sujet de mon article et revenons au théâtre.

Pauline Bureau a entrepris un travail magistral, de recherches, d'écriture, de mise en scène et le résultat est à la hauteur. C'est un spectacle engagé et engageant. On qualifiera cette forme de "théâtre citoyen" mais c'est d'abord et avant tout du "vrai" théâtre, qui résulte d'une réflexion dramaturgique et d'une direction d'acteurs exemplaire, empreinte de beaucoup d'humanité. On peut dire aussi sans faire de mauvais jeu de mots que la soirée est palpitante parce que le spectateur se trouve projeté par un savant dispositif d'ombres et de lumières au sein même de la machine judiciaire, sans manichéisme pour pointer les bons et les méchants. Car la réalité est plus complexe. Il est si important, quand un système déraille, que quelqu'un se lève et s'oppose. Le théâtre a la capacité d'être la caisse de résonance de ces personnes.

samedi 18 mars 2017

Le serment d'Hippocrate

Le Serment d'Hippocrate est une comédie grinçante, intelligente, dont on ressort galvanisé malgré l'acidité des propos, et leur pertinence aigüe.

Il ne fait pas de doute que chacune des répliques a été entendue par Louis Calaferte, dont je ne savais pas qu'il pouvait écrire dans ce registre.

Et voilà un des mérites, et non des moindres du metteur en scène, Patrick Pelloquet, que d'avoir modifié l'image que l'on a de cet auteur, resté dans les mémoires pour son coté sulfureux qui lui valut d'être censuré.

On ignore que, dans sa vie quotidienne, il a souffert mille martyres, imputables autant à la maladie qu'à l'incompétence des médecins entre les mains desquels il a transité. Il a réussi à passer outre ses états d'âme et à les transcender en nous offrant ce petit bijou que l'on suce avec délice comme un de ces bonbons acides qui pourtant abîment l'émail de nos dents.

La bande-son nous propulse dans les années 80 avec un extrait d'émission de Danièle Gilbert, et l'esthétique retenu nous renvoie dans cette même période, au moment de l'écriture de la pièce, avec un décor typique aux tapisseries surchargées de motifs, aux murs ornés d'assiettes peintes et de tableaux "home made" au point de croix.
Lampadaire, divan convertible, chaises et petite table semblent avoir été chinés le matin même juste à deux rues du théâtre, aux puces de Vanves.

Sandrine Pelloquet a eu une idée formidable en composant un décor évoquant une page de magazine, posée sur la scène, qui peut se monter en trente minutes sur n'importe quel plateau de théâtre. S'y débattent des personnages échappés d'une maison de poupée ... ou de fous, que l'on regarde à la loupe. La reconstitution est parfaite ... jusqu'aux ombres et lumières sur le papier peint. Cela donne visuellement une profondeur de champ inhabituelle au théâtre et souligne l'aspect documentaire du propos même si on est incontestablement dans le registre de la tragi-comédie. Pour peu qu'on l'écoute, le discours tend à éveiller les consciences.
Lucien et Madeleine hébergent chez eux "Papa", père de Lucien, qui ne se sent pas très bien, et "Bon Maman" 77 ans, mère de Madeleine. Nous pénétrons dans leur intimité le jour ou "Bon Maman" fait une syncope pendant le déjeuner. Le médecin de famille étant absent, on fait appel au docteur Blondeau choisi au hasard sur l’annuaire… Commence alors pour la patiente et sa famille une confrontation d’une justesse et d’une drôlerie irrésistible avec le monde médical…

Le spectateur est au bord de l'image et assiste impuissant aux chamailleries familiales qui, forcément, lui rappelleront des scènes vécues, fort heureusement peut-être pas en totalité. La mécanique du texte  masque des propos graves que le rire ne doit pas faire oublier. Ces petites gens sont en proie avec des choses qui les dépassent.
Oui les cimetières sont pleins de gens qui avaient une santé de fer.

On pensera plus tard aux romans de Martin Winckler. (dont le Choeur des femmes devrait figurer dans les programmes de médecine). Pour ce qui est du théâtre ce seront Molière, Labiche et Feydeau. Mais Calaferte était visionnaire en écrivant que le médecin d'aujourd'hui est avant tout un homme de recherche. Il est probable qu'à plus ou moins long terme on n'aura plus besoin de voir le malade. Plus de temps perdu en visites et à se laisser influencer par les états d'âme de la clientèle. (sic)

La chose est vraie désormais avec la percée de la e-santé, qui est tout à fait au point pour permettre d'établir des diagnostics ou d'affiner des prescriptions à distance. Et c'est un réel progrès dans le traitement de lourdes pathologies comme Parkinson ou la Sclérose en plaques.

Mais quand on a affaire à un "simple" malaise il semble que la médecine patine dans les grandes largeurs. Le proverbe qui peut le plus peut le moins n'est pas adéquat et on n'aimerait pas se trouver entre les mains d'aucun des deux toubibs de la pièce. Il n'y en a pas un pour racheter l'autre.

Le serment d'Hippocrate mérite d'être (re)lu. Qui en connait les termes ? Par exemple cette promesse d'informer les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences; ou encore de s'interdire d'être volontairement une cause de tort ou de corruption.

On est dans le registre de la médecine "ordinaire", loin des scandales sanitaires qui secouent notre société.  On peut penser à l'affaire du Mediator qui a donné lieu à un film et à une pièce écrite par Pauline Bureau, Mon coeur, dont je parlerai bientôt. C'est presque pire car aucun des deux médecins ne cherche à s'enrichir sur le dos des patients. Aucun ne facture ses soins d'ailleurs. Et le patient est encore plus redevable de la charité qu'on lui consent.

Il n'empêche aussi que le discours du second, mettant tout sur le compte de l'intestin, s'inscrit aussi dans l'air du temps, le notre, quand on pense au succès en librairie du livre de Giulia Enders, Le charme discret de l'intestin : Tout sur un organe mal aimé, publié en 2015 chez Actes Sud.

Les situations sont cocasses, mais donc plausibles. La mise en scène de Patrick Pelloquet est aux petits oignons pour éviter les pièges de cette écriture dont le pouvoir comique est immédiat et qui pourrait verser dans le grotesque. Il a tenu à ce que le jeu des acteurs (ils sont tous excellents) permette d'entendre le dérisoire, le vide, le rien, la solitude et c'est très réussi. Tous les comédiens ont déjà travaillé avec lui et sur une pièce de Calaferte. Lui-même en est à la huitième et ce n'est pas fini puisqu'il va remonter les Mandibules en Belgique l'année prochaine.

Ce serment est un bijou. Dommage que sa programmation en intersaison l'ait écarté de l'éligibilité aux Molières.

Le Serment d'Hippocrate de Louis Calaferte
Mise en scène Patrick Pelloquet
Assistante à la mise en scène : Hélène Gay
Scénographie : Sandrine Pelloquet
Costumes : Anne-Claire Ricordeau
Lumière : Emmanuel Drouot
Maquillage : Carole Anquetil
Avec Gérard Darman, Pierre Gondard, Patrick Pelloquet, Christine Peyssens, Yvette Poirier, Georges Richardeau
Du 7 mars au 22 avril 2017
Les mardi,  vendredi et samedi à 20h 30
Mercredi et jeudi à 19h - matinée samedi à 16h
Au théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier - 75014 Paris
01 45 45 49 77

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Laurencine Lot ou de Etienne Lizambard

vendredi 17 mars 2017

Hamburger Mère Poulard

Ce n'est pas forcément incompatible d'avoir envie de hamburger et de diététique. Il suffit de modifier quelques-uns des ingrédients systématiques de cette recette.

C'est ce que j'ai fait en forçant sur les légumes et en remplaçant la viande par des poissons riches en oméga 3.

Au lieu du classique pain de mie j'ai préféré un pain rond (et croustillant) au maïs. Une fois n'est pas coutume, je l'ai coupé en trois.

Pas de mayonnaise pour en tartiner le talon mais un caviar d'aubergines, Mère Poulard, parce que la marque ne fait pas que du sucré, loin de là. J'ai d'ailleurs hésité avec une tapenade.

jeudi 16 mars 2017

Gaspard Proust propose un nouveau spectacle

Pas de titre particulier au spectacle si ce n'est qu'il est nouveau, comme le mentionne l'affiche. La salle est comble et c'est sur un effet spécial très particulier que la soirée démarre : des bruits d'ovation laissant supposer l'arrivée d'un artiste rock, une volée de cloches et un rai de lumière rouge filtrant sous un rideau de scène noir.

Cette manière de commencer est très originale. Mais très vite le "ton" Gaspard Proust, pour ceux qui le connaissent, ne fait aucun doute. C'est bien lui qui nous parle depuis les coulisses. Rien que sa question : elle est rentrée la clientèle ? nous prévient à qui on a affaire.

Nous allons rester longtemps dans le noir, comme si on l'écoutait à la radio en fait. On sera soulagé lorsque la lumière reviendra mais ne vous figurez pas que quelques autres effets de scénographie s'enchaineront. L'humoriste ne sort jamais de scène, n'a aucun élément de décor (on ne peut pas dire que la table sur laquelle repose une bouteille d'eau en soit un), aucune musique, aucun effet, aucun changement de lumière, ou alors imperceptible.

On aura finalement une double prouesse : coté artiste, en ne s'accordant qu'à peine une seconde de répit ici ou là, coté public en ne lui laissant pas le temps de souffler non plus.

Le débit de Gaspard Proust est plus qu'impressionnant. Non seulement il parle vite, mais il cause riche, avec un lexique extrêmement travaillé. Les phrases sont longues, presque autant que celles de l'écrivain homonyme dont il a pris le nom, par simplicité énonciatrice, pour ne pas courir le risque que son nom, Gašper Pust, soit écorché, avec un sens de la formule qui fait mouche à tous les coup parce que les réflexions sont argumentées.

Aucun sujet ne semble tabou, ni la politique (les ultimes développements du Pénélope Gate émailleront sans aucun doute les prochaines représentations), ni l'argent, la religion, le sexe, le mariage pour tous. Il ne rit de rien mais le public s'amuse de tout. La moindre hypocrisie est pour lui pain béni. Même le terrorisme en prend pour son grade. L'artiste s'appuie sur les derniers faits d'actualité pour conclure que le but des militaires est tout de même de faire peur aux barbus ... lesquels pourraient bien débarquer ce soir, ici et maintenant, évidemment puisque c'est la guerre.

On se dit alors qu'il vaut peut-être mieux qu'on reste tous dans le noir. Il fait peur parfois parce que ce qu'il dit est si juste qu'on en a froid dans le dos. On est souvent au-delà de l'humour. Je n'étonnerai personne en disant qu'on l'adore autant qu'on peut détester cet homme qui lorsqu'il se prétend féministe, nous rassure qu'il vient de lâcher la meilleure blague du spectacle.

Surtout quand il se moque de ce qui n'est pas drôle, en faisant ressurgir du passé des séquences qu'on préférerait oublier. C'est que l'artiste est sans limites et que son talent nous oblige à tout lui pardonner.

Le rideau est toujours baissé. L'acidité de Gaspard Proust inonde tour à tour Alex Lutz, que plus personne ne regarderait sur Canal+, Guillaume Gallienne, dont l'exhibitionnisme de la libido est salué de 5 Césars, de Dany Boon célèbre pour son sketch sur le kway, avant de s'égoutter sur les lecteurs de Libé ou de Télérama, sans doute cachés quelque part dans la salle en les prévenant de ne pas chercher de signification particulière à la ligne rouge, si ce n'est qu'elle est franchie.

Le seul a avoir grâce à ses yeux est Laurent Ruquier, qui est toujours mon producteur, glisse-t-il, mais qui pourrait le menacer de le déplacer aux Grosses têtes, ce qui serait la punition suprême.

Vous avez besoin de rire, moi d'argent. Marché conclu.

Et le public s'en donne à coeur joie. Il faut dire que sa description des végétariens ou "liens", abstinents du gluten, du lactose et autres bonnes choses, est bien sentie. Ces dévoreurs de graines et de topinambours se seraient régalés pendant la guerre.

On pardonne forcément à ce petit-fils de rescapée de Ravensbrück de gratter sur toutes les plaies. Etre né et avoir grandi en République socialiste de Slovénie, et avoir passé douze ans en Algérie ont du lui forger le caractère autant que d'avoir été banquier en Suisse.

Savourons notre chance que la gestion des fortunes ne l'ait pas fait davantage rêver que d'escalader les sommets. Il a tant de fois changé de vie qu'on pourrait craindre que le virus ne le reprenne. Mais alors comment rirons-nous et de quoi ?

A l'heure où retourner sa veste est un euphémisme on ne souhaite qu'une chose, qu'il ne change pas.

Après 4 mois à guichets fermés à la Comédie des Champs-Élysées en 2016, Gaspard Proust est actuellement en tournée. Je l'avais vu la première fois il y a 4 ans à Chatenay-Malabry, et ce soir à Fontenay-aux-Roses (92). Il sera de retour à Paris au Théâtre Antoine à partir du 21 septembre 2017.

Il est nominé pour le Molière 2017 de l'humour, avec Dany Boon, François-Xavier Demaison et Vincent Dedienne (dont il partage le même producteur).

mercredi 15 mars 2017

Darius au Théâtre des Mathurins

Darius a été créé au Théâtre du Chêne Noir dans le festival d'Avignon Off en juillet 2016 avec Clémentine Célarié et Pierre Cassignard. Il est maintenant à l'affiche au Théâtre des Mathurins.

Ce texte, lauréat du prix Durance-Beaumarchais SACD 2014, est une correspondance entre un grand parfumeur déchu et une mère qui cherche à faire vivre à son fils une vie exaltante, malgré son handicap et une fin de vie qui s'annonce proche.

Au commencement, Claire écrit à ce cher Monsieur Lagarce, comme elle l'appelle, une lettre lui demandant de concevoir un parfum pour que son fils Darius, pluri-handicapé, à qui il ne reste que le toucher et l'odorat pour voyager, puisse encore vibrer. On craint alors l'artifice puisqu'on entend un air de piano alors que l'actrice se trouve elle-même devant un orgue à parfums où manifestement elle ne peut être. Mais scène après scène, le spectateur sera touché par la sincérité qui émane de cette correspondance insolite, ce qui ne l'empêchera pas de sourire souvent, de rire parfois.

Mis en scène par Anne Bouvier, le spectacle réussit à nous toucher sans verser dans le pathologique. C'est que Darius a le moral robuste, dira sa mère et que celle-ci est d'une détermination sans faille, prête à forcer la main du parfumeur. Son refus sera de courte durée et on comprendra plus tard quel malheur l'a coupé de la création. Il acceptera de faire revivre au jeune homme des moments précieux à travers les odeurs d'une maison, d'une ville qu'il a traversée quand il était encore vaillant comme Rochefort sous la pluie et bien plus encore.

Le texte de Jean-Benoît Patricot est très juste : l'odeur et la saveur restent encore longtemps quand d'un passé ancien rien ne subsiste.

On en ressort en ayant réactivé nos propres madeleines proustiennes. Je me suis précipitée en rentrant sur un vieux fond de Magie noire dont l'effluve orientale, boisée et chyprée me propulse toujours instantanément à Washington en 1979. Mais j'aurais adoré pouvoir humer deux des créations commandées par Claire, le marché de L'Isle-sur-la-Sorgue et surtout celui de la rue Daguerre où j'ai longtemps habité et qui ne me semble pas être demeurée dans son jus, comme on dit.
Le jeu de séduction entre l'homme et la femme est subtile. Les demandes de Claire semblent sans bornes, tout comme les réponses du créateur qui restitue jusqu'au soleil sur la Villa Médicis, provoquant chez Claire des accélérations du rythme cardiaque et des hallucinations. Après Proust, c'est Stendhal qui est invoqué à travers ce syndrome psychosomatique.
Nous sommes prêts à suivre leurs échanges, émouvants, parfois sensuels, jamais tristes malgré une issue qu'on s'apprête à fatalement accepter ... après plusieurs rebondissements.

Clémentine Célarié joue en finesse, ce qui lui vaut d'être nominée pour le Molière 2017 de la comédienne dans un spectacle du théâtre privé. Son partenaire, Pierre Cassignard ne démérite pas pour autant.

Darius de Jean-Benoît Patricot
Mise en scène Anne Bouvier
Avec Clémentine Célarié et Pierre Cassignard
Scénographe-plasticienne Emmanuelle Roy
Musique Raphaël Sanchez
Lumières Denis Koransky
Du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 18h
Jusqu'au 30 avril 2017
Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris - 01 42 65 90 0

Photos Richebé

mardi 14 mars 2017

Ben Hur La Parodie

(mise à jour le 17 septembre 2017)

Fort justement, le spectacle est toujours sous-titré la parodie et pour en être une c'en est une. Mais le titre a changé depuis avril dernier. C'est dorénavant Arrête ton char Ben Hur. On viendra donc au Théâtre de Dix Heures pour rire et sans parti pris sur les religions. Parce qu'elles sont toutes égratignées.

Je ne peux pas vous dire comment puisqu'on m'a fait jurer de ne rien révéler, je ne comprends pas bien pourquoi, mais après tout "c'est eux qui voient" comme disait cet autre humoriste.

Les actions s'enchaînent à un rythme d'enfer avec une distribution qui peut changer d'un jour sur l'autre. Le jour de ma venue, en mars dernier, David Migeot portait la toge de Ben Hur, Olivier Mag la croix de Jésus, Jo Brami l'armure de Messala et Benjamin Tranié était le Caméléon, c'est-à-dire tous les personnages secondaires.

Ce dernier a été, comme Jo Brami, auteur et comédien dans la Grosse Emission sur Comédie +. David Migeot a fait partie sur France Inter de l’équipe du canular "A Votre Ecoute Coute que Coute" dirigé par Laurent Lafitte et Zabou Breitman. Olivier Mag est connu pour interpréter Jean-Pierre Escourou, coach de rugby dans la série comique "En Famille " diffusée sur M6. 

Metteur en scène de Jamel Debbouze à ses débuts, Luc Sonzogni a travaillé notamment avec Dany Boon, pour le Montreux Comedy Festival, ainsi que sur plusieurs programmes courts pour Canal + et durant 3 ans pour l’émission "On n’Demande qu’à en Rire". Autant dire que Ben-Hur a été monté par une équipe de choc.
Dans la Grèce antique, on employait le terme de péplum pour désigner un rectangle de tissu de laine enveloppant le corps et dont la partie supérieure est repliée sur le buste. Cette tunique portée par les femmes est devenue synonyme des films à grand spectacle reconstituant des épisodes de l'histoire ou de la mythologie.

Le plus célèbre a reçu onze Oscars. Adapté du roman de Lewis Wallace paru en 1880, Ben-Hur est un monument de l'histoire du cinéma par l'ampleur de sa mise en scène et des séquences à très grand spectacle comme la bataille navale, la course de chars et la crucifixion du Christ filmés par William Wyler en 1959.

Il fallait donc beaucoup d'audace à Hugues Duquesne, Olivier Mag et Luc Sonzogni pour s'atteler à une adaptation contenue en un peu plus d'une heure, jouable avec seulement 4 comédiens et qui, tout en respectant les faits historiques les plus essentiels, saurait intégrer des éléments contemporains, politiques, mais pas que.
On remarque des allusions culturelles plus ou moins décodables. La référence à Oncle Vania, mort dans la Cerisaie ne concerne pas tous les spectateurs. Ils n'étaient pas tous nés quand Nino Ferrer appelait Mirza en 1965 ... et l'allusion ne touche pas toute l'assemblée. Inversement l'évocation de Michael Jackson laisse les plus âgés de marbre.

On rit néanmoins beaucoup car le spectacle mêle astucieusement tous les registres possibles de comique. Le pari de l'adaptation est tenu tambour battant pour le meilleur et pour le rire. Alors c'est volontiers qu'on se prête au jeu en levant la main, comme on nous en prie, non pas pour crier Ave César mais Je like !
Ben Hur "La Parodie"
De Hugues Duquesne, Olivier Mag et Luc Sonzogni
Mise en scène : Luc Sonzogni
Avec : Hugues Duquesne (ou David Migeot) dans le rôle de Ben Hur, Olivier Mag (ou Cyril Ledoublee ou Emmanuel Gasne) dans le rôle de Jésus, Jo Brami dans le rôle de Messala, Benjamin Tranié (ou Sébastien Chartier) dans le rôle du Caméléon
Au Théâtre de Dix Heures
36 boulevard de Clichy 75018 Paris (métro Pigalle)
Du jeudi au samedi à 20h00 et tous les dimanches à 16h30
Reprise le 21 septembre 2017, jusqu'à fin décembre après un grand succès jusqu'à fin avril 2017

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Denis Tribhou (Jo Brami) et Marie Dicharry (Olivier Mag)

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