Souffrante depuis mardi 25 février, j’ai été empêchée de publier sur le blog. Je reprends alors que, comme vous, je suis confinée. Parce que je veux croire que ces coups de cœur que je présente ici vous seront de nouveau bientôt accessibles dans les théâtres, les cinémas, les restaurants et autres lieux de vie. D’ici là protégez vous... et lisez !

mercredi 25 décembre 2019

Avoir pris le dernier train ?

Vous voulez rire ? Une cinquantaine de personnes piétinaient en gare de Châlon-sur-Marne sur le quai numéro 1. Il était 17 heures et nous avions une marge de quelques minutes sur l'horaire de 17 h 13, le temps de souffler, mais pas suffisamment pour aller prendre une boisson au café de la gare.

Une annonce au micro provoqua des réactions de colère parmi les passagers. Nous informons notre aimable clientèle que le TGV 2784 en provenance de Bar-le-Duc et à destination de Paris ne s’arrêtera pas en gare de Châlon-sur-Marne pour des raisons techniques. Nous vous remercions de votre compréhension et nous vous informons que le prochain train à destination de Paris est le TER 839162 qui partira demain à 7h 14 quai numéro 2.

Cette annonce était ahurissante. Comment pouvait-on oser faire ça ? Partant du principe qu’il n’y a pas de problème mais seulement des solutions qu’on ignore, je décidai de me mener l’enquête. Après tout, c’était un peu mon métier. J'étais alors directrice d'études en marketing et revenais d'une visite d'usine d'une grande entreprise chimiste française dans le cadre d'une étude sur les avantages et inconvénients des colles amylacées (à base d'amidon) ou cellulosiques (à base d'éthers de cellulose) versus les colles vinyliques ou acryliques auprès des peintres en bâtiment.

Etant donné l’enjeu financier de cette étude nationale et les spécificités techniques il avait été essentiel que la collègue qui serait chargée de la phase dite quantitative et moi-même soyons parfaitement au courant du vocabulaire utilisé par les professionnels et nous avions -si je puis dire- passé une journée en immersion dans l’usine de fabrication.

Nous avions toute la journée collé et recollé des lés de papier peint de différentes épaisseurs en intégrant le geste de la polonaise, cette brosse censée chasser les les bulles d’air. Nous étions fatiguées. Les muscles de nos épaules étaient contractés. Je rêve d’un bain à l’essence de lavande. Marie-Hélène était pressée de rentrer chez elle pour fêter l'anniversaire de sa fille.

J’avise le chef de gare qui se trouvait au téléphone dans son bureau : Pardon monsieur, bonjour, pouvez-vous me dire combien de trains vont circuler sur la ligne d’ici ce soir ?

Il me semble chère madame que vous n’avez pas bien écouté l’annonce qui vient d’être faite : aucun ne s'arrêtera d'ici demain.

Et moi, cher monsieur, il me semble que vous n’avez pas compris ma question : je vous demande combien de trains vont circuler sur la ligne d’ici ce soir ? Qu'il soit prévu ou non qu'ils s'arrêtent.

Le chef de gare repoussa sa casquette en fronçant les sourcils tout en scrutant l’écran de son ordinateur. A part l’Orient-Express, c’est simple, y en a pas.

mercredi 18 décembre 2019

Avoir inventé le covoiturage ?

Vous voulez rire ?

Vous n'en pouvez sans doute plus des grèves des transport, de la promiscuité, des retards et de l'heure tardive à laquelle vous rentrez. Je ne suis pas en France mais je compatis.

Je me souviens d'une fois où le RER B s'est arrêté un soir d'hiver  aux alentours de 19 heures.

Je ne sais plus s'il s'agissait d'un débrayage surprise ou d'un accident de personne (une collision entre un être humain et une voiture, autrement dit un suicide), ou un autre motif. Toujours est-il qu'on nous a annoncé que nous avions eu la chance de voyager dans le dernier train de la journée, que la station d'Arcueil-Cachan serait son terminus mais que nous pouvions bien entendu (la voix ne précisait pas si nous pouvions utiliser le même ticket) poursuivre notre trajet en prenant un bus sur la nationale 20.

Sachant que la capacité maximale de ce type de train était alors de 1684 passagers et qu'il était bondé on pouvait supposer raisonnablement qu'au moins 1500 personnes allaient vouloir monter dans un bus en direction du Sud. Sachant que les plus grands autobus parisiens peuvent accueillir 90 personnes il fallait compter sur 17 autobus (vides) pour absorber le flot.

Comme vous pouvez le deviner, l'énervement gagna très vite les banlieusards qui tentaient de grimper dans des véhicules qui arrivaient déjà saturés. Beaucoup s'assirent de dépit sur le bord du trottoir. D'autres avaient déjà commencé à poursuivre leur trajet en marchant.

Rallier Antony depuis Arcueil représentait un peu moins de 7 kilomètres. Il était réaliste d'y parvenir en une heure 15. Mais, souvenez-vous qu'il faisait froid. Et surtout, je n'était pas chaussée en conséquence.

Je me répétais comme un mantra : il n'y a pas de problème, que des solutions qu'on ignore. Je remarquai que la plupart des automobiles circulaient avec une seule personne à bord. On pouvait donc relativement facilement y monter à 4, ne serait-ce que pour être déposé un peu plus loin et avoir moins à marcher.

Mais comment les arrêter ? L'auto-stop classique, pouce en l'air, était sans effet. Il faisait nuit. Cela devenait périlleux.

Je proposai à une trentaine de personnes de nous donner la main et de nous engager sur la très large nationale pour la barrer (tout simplement). Les conducteurs n'allaient pas nous écraser et seraient bien forcés de s'arrêter. Je pariais qu'ils allaient baisser leur vitre. A nous d'être convaincants. Il suffirait ensuite que d'autres personnes prennent la suite de la chaine.

Ainsi fut tenté .... et réussi. J'ai rallié mon domicile plus vite qu'avec le RER car, par chance "mon" convoyeur habitait à proximité. L'ambiance était joyeuse dans sa voiture.

C'est fait. Je peux cocher la case : J'ai inventé le covoiturage.

Photographie d'un bus prise en juillet 2017 à Guanajuato-Mexique.

samedi 14 décembre 2019

Isabelle Georges interprète Oh La la ! au Théâtre des Champs Elysées

J'étais très déçue de ne pouvoir me rendre au concert programmé de longue date par Isabelle Georges au Théâtre des Champs-Elysées le 11 décembre dernier.

C'est une artiste que j'aime beaucoup et dont je suis le parcours depuis très longtemps.  Mais il fallu se rendre à l'évidence les grèves de transport étaient un handicap insurmontable pour moi ce soir-là.

Je suis sûre qu'elle aura été parfaite, comme toujours. comme elle le fut cet été en Avignon dans Isadora.

Il n'empêche que j'aurais adoré la voir dans le véritable "Personality Show" qu'elle s'est enfin décidée à créer. Je dis "enfin" parce que les prémices étaient palpables dans les précédents.

En effet Isabelle sait tout faire : chanter, danser et jouer, qui sont les trois talents fondamentaux.

Elle avait créé ce spectacle, baptisé Oh la la ! au Fringe Festival d’Édimbourg 2015. Il lui avait permis de faire ses débuts sur la scène anglaise au London Cabaret Festival 2016 avec, à la clef, quatre étoiles dans The Herald. Ensuite, après une résidence au Bal Blomet (où je n'avais pas pu aller ...), Isabelle avait été en concert au 54 Below de New York le 15 novembre où elle a fait un triomphe. Ce 11 décembre 2019 était une date exceptionnelle dans sa carrière.

Je me suis consolée en écoutant en boucle le merveilleux album éponyme Oh la la ! qui vient tout juste de sortir mais dont j'ai eu la chance de disposer en avant-première et bien avant la venue de cette artiste dans mon émission Entre Voix sur Needradio, diffusée à l'antenne le jeudi 14 novembre et que je vous encourage à écouter si vous ne l'avez pas encore fait.

Isabelle y interprétait quatre titres
  • La vie en rose, paroles Edith Piaf, musique Louigny, dans la version qu’elle a interprétée pour le concert évènement des 130 ans de la Tour Eiffel
  • Au suivant, paroles et musique de Jacques Brel
  • Fais-moi mal Johnny, paroles de Boris Vian, musique de A. Goraguer
  • Entre nous, paroles et musique Isabelle Georges

Ce nouvel album est un hymne aux rencontres. Elle continue de nous proposer des reprises et c'est un genre dans lequel elle excelle. L’arrangement de La vie en rose a été fait par Sebastiaan Kolhooven et cette version donne envie de danser, d’être soi-même sans concession !

Elle chante aussi bien en français, en anglais ou en yiddish. C'est la langue qu'elle a choisi pour Ne me quitte pas. La musique et la littérature yiddish l’accompagnent depuis longtemps, elles font partie de ses origines même si deux générations l’en séparent. Elle chante depuis quinze ans avec le groupe Sirba Octet qui mélange la musique classique et la musique Yiddish. C'est Dorothée Vienney qui lui a enseigné le yiddish et qui l'a aidée à se procurer la magnifique adaptation Yiddish de Ne me quitte pas par Mendi Cahan. Cette femme est décédée, alors qu'elle se trouvait à Prague en train d’enregistrer les cordes pour cet album. Voilà pourquoi, en plus du fait que cette langue soit trop belle pour disparaître, Isabelle Georges devait être particulièrement émue mercredi.

Je lui avais demandé d'interpréter Au suivant parce qu'elle l'a enregistrée en anglais et que la langue anglaise laisse le doute sur le genre, il n’y a pas de il ou d'elle… Et puis cette chanson évoque pour elle des souvenirs de l’hôpital Necker qu'elle a beaucoup fréquenté avec cette sensation de ne pas compter, d’être un corps de plus, qu’on malmène pour le soigner, parfois dans l’indifférence la plus totale.

Sachant qu'elle s'était décidée pour la première fois à enregistrer deux oeuvres dont elle a écrit les paroles et pour l’une d’elle composé aussi la musique j'avais choisi Entre nous dédié à son ami pilote de mirage décédé alors qu’il exécutait dans les airs une figure qu’il avait maitrisée des milliers de fois. Il n’avait que 31 ans.

Le tout petit avion n'est pas moins émouvant après ce qui précède. Cette chanson nous rappelle la chance que nous avons d’être en vie et d’avoir tant de belles choses à accomplir. La musique est signée Roland Romanelli, un musicien formidable que j'ai eu la joie de voir en récital. C’est une des mélodies que Roland avait écrit pour Barbara avant leur séparation.

Tout l'album est un bijou. Ecoutez le ! Et soyez heureux !

Isabelle Georges continue de tourner avec Lumières sur Broadway qui sera notamment à l’affiche du Théâtre Firmin Gémier La Piscine le mardi 9 juin 2020 à Châtenay-Malabry (92). Et je me promets d'y être !

mercredi 11 décembre 2019

Avoir perdu sa carte d'identité ?

Vous voulez rire ?

Je suis rentrée de Berlin en juillet 2015 et j'ai dû présenter ma carte d'identité au retour pour justifier que j'étais bien la propriétaire du billet d'avion que j'avais entre les mains. Jusque là rien d'anormal.

De retour chez moi, j'ai défait la valise, lavé le linge sale, rangé au fur et à mesure et poursuivi une vie normale. Jusqu'à ce qu'on me demande mes papiers pour je ne sais plus quelle raison. Plus de carte, ni dans le portefeuille, ni dans le sac, ni dans la valise que j'étais retournée investiguer. Plus de carte nulle part.

Je n'ai vu qu'une explication : je l'aurais laissé tomber à l'aéroport et là, le film se construisit vite dans ma tête, elle ne sera pas perdue pour tout le monde. Je dispose d'un passeport et je peux facilement me passer de cet objet mais je ne souhaite pas qu'on puisse en faire une utilisation frauduleuse et m'imputer une mauvaise action. J'imaginais qu'elle était déjà entre les mains d'une terroriste. Je décidai donc de déclarer la perte au commissariat.

Ce fut long et ardu. Mes craintes ne motivaient pas l'agent de sécurité, une femme persuadée que j'allais la retrouver dans les jours qui suivraient et que je lui faisais donc perdre son temps. Il me fallut drôlement insister. J'avais raison. Le document est resté introuvable.

Un an passa. J'entrepris avant-hier, pour des motifs que je ne vais pas raconter, une opération de grand ménage. Elle consista notamment à déplacer des dizaines de livres d'étagères vers d'autres étagères. Me voilà perchée sur un escabeau pour placer en hauteur ceux que j'avais déjà lus (et chroniqués) en veillant à isoler ceux qui restaient à découvrir. Cette fameuse PAL (Pile A Lire) que chacun voudrait voir baisser se mit à grandir furieusement et se trouva en équilibre précaire.

samedi 7 décembre 2019

Mi bello abeto

J'ai recyclé en prévision des réveillons à venir une idée que j'avais eue il y a quelques années pour les fêtes. Le gâteau en forme de sapin grand format avait eu un franc succès et il était très facile à faire. Le voici ici si vous voulez vous en inspirer.

Cette fois ce sont des moules individuels que j'ai employés, de chez Silikomart.

Bien entendu vous y mettez la pâte de votre choix, biscuit de Savoie aérien, ou gâteau au chocolat, ou banal gâteau au yaourt, selon les goûts de vos enfants, car c'est surtout à eux que cela va s'adresser.
Arrive ensuite l'instant crucial de la décoration. Je n'avais pas de pâte d'amande. Je me suis mis en tête de la faire, c'est fastoche.

125 grammes de poudre d'amande
Autant de sucre glace
1 blanc d'oeuf
Quelques gouttes d'extrait d'amande amère
On colore ensuite au colorant alimentaire

La pâte s'avéra un peu trop liquide. Il était illusoire de modeler des guirlandes et boules. Elle était à la rigueur utilisable pour remplir la cavité du gâteau. J'avais été déçue de la découvrir au démoulage mais j'avoue qu'elle m'a sauvé la mise.

Sinon j'ai refait une préparation avec juste du sucre glace et de l'eau (et un colorant, rose en l'occurence) pour tester le pouvoir couvrant du glaçage .... mais pas moyen de faire les guirlandes que j'avais imaginées. J'ai complété avec des petites boules de sucre givré et des pépites de chocolat.
Heureusement que je n'ambitionne pas de faire le casting du Meilleur pâtissier !

mercredi 4 décembre 2019

Avoir quitté l'appartement en ayant oublié d'éteindre le gaz ?

Vous voulez rire ? J'étais en communication par messagerie avec ma fille hier soir quand elle m'annonce que son train arrivera finalement à 21 h 50 au lieu des 22 heures annoncés.

Traverser Paris en voiture au mois d'août se fait vite mais elle me reproche toujours d'être en retard. Je réponds donc : ah zut, je viens juste de mettre le riz en route. J'éteins le gaz et j'arrive. Je serai devant la gare de l'Est au même endroit que l'autre fois.
- Trop cool ! merciiii

Mon intention était de poser un couvercle sur le wok, car pour une fois je n'ai pas utilisé mon cuiseur de riz, qui lui est automatique. Non, je voulais tester un autre mode de cuisson, dans beaucoup d'eau avec des oignons et de l'ail, à mi-chemin entre mode créole et version pilaf. Théoriquement il ne faut pas plus de 15 minutes à découvert. Ayant démarré il y a 5 minutes je me disais qu'en coupant le feu et posant un couvercle cela finirait gentiment et tant pis s'il était un peu collant, ma fille n'allait pas se plaindre, c'était déjà gentil que je prépare un dîner si tardif et que je fasse plus de deux heures de route pour aller la chercher.

Il est 21 heures, j'attrape les clés de la voiture et je trace. Je teste sur le chemin le bon fonctionnement du kit mains libres car je la sais stressée à cette heure et je parie qu'elle ne va pas cesser d'envoyer des messages. Tout va bien.

Que des feux verts. Trajet record. 21 heures 40, je suis en place. Elle m'informe par SMS que "le train se gare". Je souris du jeu de mots. J'allume le plafonnier et je replonge dans le livre que je suis en train de chroniquer. Enfin une soirée où tout se passe bien.

Un flash : j'ai oublié d'éteindre le gaz. Non, je crois que j'ai oublié d'éteindre le gaz. Je suis devenue comme ce personnage, dans je sais plus quel roman, qui vérifie sans cesse ce qu'il vient de faire. Quelques minutes plus tard j'en ai la certitude : je n'ai pas éteint "puisque" je n'ai pas mis le couvercle.

A cette heure les dégâts doivent déjà être conséquents. Aucun voisin à prévenir, et je n'ai pas le téléphone du gardien. De toute façon il n'a pas le double de mes clés. Il n'hésiterait pas à faire défoncer la porte pour garantir la sécurité du bâtiment.

lundi 2 décembre 2019

Opus 77 d'Alexis Ragougneau

Opus 77 est un roman qui m'a enthousiasmée au point d'en perdre le boire et le manger pour le terminer goulument.

Sa couverture est étonnante comme celle d'un roman policier, laissant deviner une partie du visage d'un jeune homme dont le O pourrait être de loin une boucle d'oreille. Quelle personnalité se cache-t-elle derrière son instrument ? Telle est la question principale à laquelle répondra Alexis Ragougneau en faisant vivre au lecteur des aventures dignes d'un thriller.

Le terme d'instrument est tout à fait pertinent pour désigner ces objets qui deviennent sous sa plume des 

Ce livre raconte l'histoire d'une famille de musiciens où la musique est une passion qui domine la vie mentale de tous les protagonistes, les conduisant (j'aurais presque envie d'écrire "à la baguette") dans des tourments de supplices dont on se demande si l'un ou l'une d'entre eux en réchappera.

On commence par un enterrement, celui de Claessens, le père, chef de famille et d'orchestre qui exerce aussi au sein de son foyer le pouvoir qu'il a sur la scène musicale de faire ou défaire la carrière d'un soliste.

Alexis Ragougneau nous fait vivre cette cérémonie au tempo de l'Opus 77 qui est le nom donné au Concerto pour orchestre et violon de Dimitri Chostakovitch dont les mouvements, Nocturne, Scherzo, Passacaille, Cadence et Burlesque seront les têtes de chapitre.

Il faut d'abord rassurer le lecteur : point n'est besoin d'avoir des connaissances musicales pour apprécier cet ouvrage, ni même d'avoir entendu le morceau (même si on peut le conseiller) qui dure un peu plus d'une demi-heure. J'ai cependant appris énormément de termes techniques et j'ai beaucoup apprécié le regard de coulisses. L'auteur réussit à nous transmettre en mots le bouleversement qu'il a ressenti en l'écoutant en nous donnant le contexte de sa création, dans le plus grand secret, par un musicien interdit d'exercice par Staline, et qui risquait sa vie, tout simplement.

Chostakovitch était coupable d'un crime artistique parce qu'il avait un jour défié le djanovisme qui régentait le formalisme culturel du Parti, lequel était aussi intransigeant que le furent les nazis à propos d'art dit dégénéré. Il ne put d'ailleurs bien évidemment diriger ce concerto pour la première fois que le 29 octobre 1955, bien après la mort du tyran.

En toute logique le livre raconte la lutte de l'individu face à la pression totalitaire. Le romancier, qui a l'expérience du genre policier à travers l'écriture de deux romans précédents, construit chaque scène en utilisant le même registre que celui du musicien. C'est la fille Ariane, qui déroule le chemin de vie de chaque membre de cette famille sous emprise. Le père, qu'elle désigne sous son patronyme, Claessens. La mère, une chanteuse lyrique plus jeune que lui d'une vingtaine d'années qui a sombré dans l'aphonie et dans une forme de folie, mais au moins elle n'aura pas, comme les autres membres de cette famille, été atteinte d’alexithymie (page 102), c'est-à-dire d'une absence totale de sentiments. Le fils ainé, David, violoniste, enfant prodige promis à un avenir grandiose qui, après avoir un moment endossé le rôle de fils prodigue, s'enfermera dans le silence, derrière l'épaisse porte d'un bunker, désespérant alors sa famille d'être le wunderkind qu'on attend.

Ariane a environ 25 ans au moment du décès de Claessens. Elle est pianiste, comme son père, et on apprendra au fur et à mesure des flash-backs pourquoi et comment il se fait qu'il ne joue plus son instrument. Elle nous fera vivre chaque épisode -terrible- d'une vie de famille dirigée par la folie. Nous suivrons les répétitions à l’OSR, Orchestre de la Suisse romande et Orchestre national de Belgique où se dérouleront les épreuves du prestigieux concours de La Reine Elisabeth.

Nous rencontrerons son imprésario, impresario Miroslav, personnage truculent, prétexte à nous camper les coulisses de la célébrité. Ariane nous révèle les coulisses. Dans le monde de la musique classique il y a ceux qu’on appelle "les connaisseurs" à caresser dans le sens du poil si on veut faire carrière  (...) la pire des punitions n’est jamais la critique, même acerbe, mais l’oubli (...). Au niveau où nous sommes la différence ne se fait plus tant au niveau du talent, mais dans notre capacité d’attirer l’attention en faisant preuve d’une originalité bien calculée (page 98).

Elle nous présentera Krikorian, un vieil arménien né en 1957 à Budapest, juste après la création d'Opus 77 qui régulièrement, invite David à laisser maturer l'oeuvre en lui à la faveur d'un Prenons un moment pour y réfléchir qui est bien autre chose que le silence. Cet homme, surgi dont ne sait où, pourrait être un personnage de conte, ce qui ajoute une dimension surréaliste à cette histoire qui nous fait comprendre combien la vie d'artiste est un gouffre pour qui ne se maintient pas sur le podium.

Comme le dit Krikorian : ce n’est pas le temps qu’on met pour arriver au sommet qui compte, mais le temps qu’on est capable d’y rester.

Ariane est elle aussi surdouée, forcément, puisqu'ils le sont tous, arrogante, mais hypersensible aussi. Elle nous exprime la peur qui la broie avant chaque prestation, bien supérieure au trac, et qu'elle désigne sous le nom de chien noir, pas systématiquement calmé avant le concert (page 140).

David préférerait ne pas (page 194), avant de glisser dans le silence. Le roman fait alors écho à la nouvelle de Herman Melville, Bartleby, publiée en 1853 et qui est un éloge de la fuite et de la résistance contre le pouvoir. Il résonne aussi en référence au Terrier, écrit par Franz Kafka fin 1923, six mois avant sa mort. Ce texte inachevé traite en effet des démarches désespérées qu’entreprend un narrateur mi-animal mi-humain pour se construire une demeure parfaite, qui l’aiderait à se protéger de ses ennemis invisibles.
Ce roman est brillant, lumineux et étourdissant. Arrivée à la fin j'ai eu envie de le rejouer ... en en réitérant la lecture. je l'ai découvert dans le cadre du Prix des lecteurs d'Antony.

Opus 77 d'Alexis Ragougneau, chez Viviane Hamy, en librairie depuis le 5 septembre 19
En lice pour le prix des Libraires 2019
En lice pour le prix Femina des Lycéens 2019
Finaliste du prix Femina 2019

dimanche 1 décembre 2019

Patidou farci en oeuf cocotte

Ayant "hérité" comme disait ma grand-mère d'un Patidou je me suis décidée pour le cuisiner de manière différente que les traditionnelles soupes auxquelles on pense pour accommoder les courges.

Celui-ci sera farci en oeuf cocotte.

Mais avant toute chose, il faut le savonner, en insistant sur les rainures avant de rincer. En effet, même si on ne consommera pas la peau il n'est pas envisageable de cuire un légume sale.

Théoriquement on décapite ensuite le patidou pour obtenir un chapeau, comme on le ferait d'une tomate qu'on voudrait farcir. On retire ensuite les pépins en creusant à la cuillère et on fait cuire 20 minutes à l'eau bouillante puis on l'égoutte.

J'ai procédé différemment par distraction mais c'est au final bien plus pratique. J'ai en effet fait cuire le légume entier, ce qui a permis de conserver la chair très ferme sans qu'elle ait été en contact avec de l'eau bouillante.

Ce n'est qu'ensuite que j'ai coupé le chapeau et retiré les graines à la cuillère avce pour seul inconvénient l'impossibilité de les conserver pour les planter. Ayant déjà un stock plutôt imposant je n'allais pas regretter ma méthode.

J'ai ensuite déposé dans la courge une cuillère à soupe de crème fraiche, autant de lamelles de jambon (mais vous pouvez préférer des lardons poélés), un oeuf de poule, de l'emmental râpé (du parmesan, si vous aimez mieux), du poivre (de la muscade si on aime) et une autre cuillère de crème fraiche. je n'ai pas jugé utile de saler.

J'ai déposé dans le plat ancien en aluminium que ma grand-mère utilisait, et cuit à four chaud 180° pendant 15 minute.

Surprise en soulevant le chapeau de déguster un légume dont la chair est si gouteuse.
Merci à Ma P'tite échoppe pour la suggestion de recette, que j'ai un peu aménagée.

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