lundi 11 juin 2018

Une mère modèle de Pierre Linhart

Encore un premier roman, et j'ai envie d'écrire qu'il décoiffe. L'histoire de cette mère modèle est bouleversante pour qui la lit au pied de la lettre. Seul l'humour permet de ne pas oublier que c'est une fiction.

L'éditeur le présente comme un roman d’émancipation dont l'héroïne, assoiffée de liberté, y emprunte un chemin inattendu pour redéfinir sa place dans le monde. J'y ai lu le récit d'une femme victime d'une sorte de burn-out sentimental.

Au début de l'histoire que nous conte Pierre Linhart, cette femme a (p. 49) un mari qu'elle aime follement, un fils qu'elle adore, une vie dévouée à la musique ... et semble immensément heureuse. Le lecteur accède à ses moindres pensées et entend ce qu'elle souhaite : Que je sache garder cet état de plénitude en moi. A jamais.

Juste là Florence avait tout maitrisé, depuis la mort de sa petite soeur Sandra, la dépression de sa mère, une série de fausses couches, le départ de son mari pour New-York ... Bref la wonder woman réussit à donner l'illusion que tout va bien dans un présent forcément provisoire, le temps de décider si oui ou non toute la famille va se déplacer aux Etats-Unis.

L'expatriation est un choix difficile, qui s'accompagnera forcément de renoncements. Florence a été fragilisée par des pertes et ne peut pas en assumer une nouvelle. Elle le sait intuitivement et tout ce qu'elle réussit à faire, c'est temporiser. Parce que, c'est dans sa nature, elle déteste promettre des choses qu'elle n'est pas sure d'honorer (p. 120).

Elle se met à douter de tout, de sa relation maternelle avec Joachim, son fils de dix ans, enfant roi souvent capricieux, comparativement à la docilité de Moussa, un de ses camarades d'école pour lequel Florence se prend soudainement d'attachement, d'autant que le gamin est très doué pour la musique, contrairement (apparemment) à son fils. Lequel des deux serait l'enfant idéal d'une femme qui voudrait être la meilleure des mères possibles ?

Elle compromet son couple en cédant au désir que lui inspire Michel, un collègue qu'elle sait volage. Mais la responsabilité est partagée car il (William, son mari) savait que vivre séparément mettait leur couple en péril, tout simplement parce que c'était la preuve qu'ils arrivaient à vivre l'un sans l'autre (p. 98).

Chaque évènement remet en cause ses certitudes, son mode de vie, et fait voler en éclats ses résolutions. On pourra estimer comme William que Florence surréagit et que sa vie pourrait être plus facile si elle ne se la compliquait pas. L'auteur nous fait partager le fil de ses pensées les plus intimes, qu'il nous livre en italiques. Alors on adopte le point de vue de cette femme parce qu'on sait combien elle cherche systématiquement à trouver une solution en réponse à chaque question.

Il nous permet parfois d'accéder au ressenti des autres protagonistes, ce qui nous donnerait envie d'intervenir pour les aider à surmonter leurs difficultés. On comprend que tout est question de point de vue.

Personne n'est Superman pour avoir le pouvoir de remonter le temps ( p. 151). Il en résulte un portrait très sensible, qui démontre l'impuissance de l'entourage, des psy et des médicaments à aider durablement quelqu'un qui traverse une crise existentielle.

Diplômé de la Fémis, Pierre Linhart est réalisateur, et scénariste. Une mère modèle est son premier roman.
Une mère modèle de Pierre Linhart, chez Anne Carrière

dimanche 10 juin 2018

Une journée à Thoiry, premier épisode : la traversée en camion brousse

J'ai passé en famille une journée entière à Thoiry et c'est une expérience que je recommande amplement quel que soit l'âge de votre tribu.

Le parc entre dignement dans sa cinquantième année. Les lieux ont bien changé depuis quelques mois, mais sans perdre du tout la philosophie du projet originel, né en 1968 quand Monsieur de la Panouse a imaginé "sa" révolution, en décidant de présenter les animaux en inversant le processus, les laissant en semi-liberté et enfermant en quelque sorte les visiteurs (dans leur véhicule).

J'avais déjà suivi plusieurs fois le parcours Safari avec mon propre véhicule mais cette fois c'est en camion brousse que j'ai pu pleinement profiter de la visite.

Un autre article sera consacré à un moment privilégié auprès des lémuriens, en compagnie de leur soigneur. Un troisième retracera une visite plus classique et un dernier présentera d'autres nouveautés et perspectives de développement du parc.
Pour le moment nous partons rejoindre le camion brousse stationné près de l’enclos des hyènes qui ressemblent à de gros nounours bien repus. Il est conseillé d'être à l’heure. Le véhicule est équipé de vitres (pour la sécurité des visiteurs) surmontées de grillage, ce qui permet de percevoir toutes les odeurs et d'entendre ce qui se passe. Un marchepied est prévu pour faciliter l'accès. On peut dire qu'on se trouve dans un quasi grand confort.
Nous allons traverser le continent africain, puis américain. On reviendra ensuite dans la partie africaine et on fera une incursion dans le territoire des lions. Cet espace est ultra sécurisé avec un sas fermé par deux portes électriques. Les autres sont ouverts mais les animaux ne risquent pas d'en sortir soit parce qu'un passage canadien (une série de tubes) dissuade les animaux à sabots de s'y aventurer en raison de leur instabilité, soit, pour les autres, par des plaques métalliques électriques posées sur le sol.

On entend parfaitement la voix de notre chauffeur-guide, Philippe, qui va nous donner des renseignements rigoureux sur chaque espèce rencontrée, à commencer par les antilopes presque cachées dans le sous-bois.

vendredi 8 juin 2018

La nuit introuvable de Gabrielle Tuloup

J'ai eu la chance de découvrir ce premier roman de Gabrielle Tuloup parce qu'il a rejoint la sélection du premier semestre 2018 des 68 premières fois ... 

Le sujet n'est pas en soi très original : un fils qui se plaint de n'avoir pas été suffisamment aimé est confronté à une mère qui glisse dans la maladie d'Alzheimer.

La nuit introuvable est un livre qui se lit vite et qui est pourtant intense.

Nathan a quarante ans. Il a perdu son père il y a quatre ans et s'est depuis expatrié en Slovénie, ce qui lui permettait d'oublier le naufrage de son couple et de ne plus voir une mère qui n'a jamais été affectueuse avec lui.

Deborah me quittait parce qu'elle voulait un enfant que je ne lui donnais pas. Ma mère revenait vers un enfant qu'elle n'avait jamais vraiment voulu (p. 31).

Le roman commence quand sa mère exprime le souhait de le revoir d'urgence. Marthe a confié huit lettres à sa voisine Jeanne, avec pour instruction de les remettre à son fils selon un calendrier de visites précis, très ritualisées qui vont s'étaler sur dix-huit mois. Nathan voudrait refuser mais la curiosité l'emporte et bientôt il se prend au jeu.

Le lecteur découvre en même temps que lui la teneur de ces courriers qui ont le poids de la confidence. Ce n'est qu'à la fin que nous comprenons l'ampleur du non-dit qui est à l'origine de la difficulté de la mère à témoigner de l'amour à son fils.

Nathan en ressortira bouleversé mais grandi. Jeanne avait bien raison de l'en prévenir : On ne sauve sa vie qu'en accompagnant celle des autres. Autrement la maison s'écroule (p. 92).

Ceux qui baignent dans une atmosphère familiale chaleureuse trouveront l'intrigue cousue de fil blanc. J'ai trouvé pour ma part que la situation est parfaitement crédible. L'amour maternel n'est hélas pas automatique, loin de là et les dernières pages sont très émouvantes.
La nuit introuvable de Gabrielle Tuloup, Éditions Philippe Rey, en librairie depuis le 1er février 2018

jeudi 7 juin 2018

Yomo, des yaourts italiens


J'ai eu l'occasion de découvrir les yaourts de la marque YOMO que j'ignorais totalement et qui pourtant sont arrivés en France il y a deux ans.

Cette marque appartient au groupe coopératif Granarola qui est le premier groupe laitier italien, auquel appartient aussi Casa Azzurro dont j'apprécie beaucoup les produits.

YOMO est une marque très ancienne puisqu'elle a été créée en 1947 à Milan autour de l'idée de proposer un yaourt au lait entier à la texture plus crémeuse que le yaourt standard (dit bulgare, que l'on connait particulièrement en France).

Le plus crémeux revendique "recette crémeuse" sur l'emballage. Composé de yaourt, crème, fruits et sucre, il ne contient pas d'additifs. Il existe en duo de deux pots de 125 grammes, en trois parfums : cacao, noisette et pistache, qui est celui que j'ai testé.

La douceur du parfum est étonnante. La pistache est discrète et la texture est soyeuse, comme promis.

mercredi 6 juin 2018

Cinq ami(e)s au soleil de Emma Sternberg

Surpendre son fiancé adoré à califourchon sur sa meilleure amie a de quoi vous désespérer de l'amitié (et de l'amour).

Linn n'a guère le temps de pleurer parce qu'une nouvelle incroyable l'oblige l'instant d'après à s'envoler pour la péninsule des Hamptons qui est sans doute un des spots préférés par les new-yorkais les plus riches. La jeune femme a hérité de sa lointaine tante Dorothy d'une immense maison dans ce paradis où la nature y est incroyablement belle et apaisante.

La maison est un rien délabrée, mais pleine de charme, et sera remise au goût du jour par Linn qui est adepte du style shabby chic (romantique féminin et vintage).

Elle va découvrir au Sea Whisper Inn cinq colocataires, tous amis de sa tante, et tous seniors, qui ont pour point commun d'aimer la vie et de la savourer.

Adoptée par cette communauté atypique, Linn se laisse charmer par leur philosophie et leur humour. Elle reprend doucement goût à l’existence et se laisserait bien charmer par le fils d'une de ses nouvelles amies, Ted, s'il n'était pas marié et père d'un petit garçon.

Ce sera difficile pour elle d'avoir le coeur de vendre la propriété. Il serait urgent de trouver une idée pour la conserver et régler les droits de succession. Voilà qu'un (très séduisant) journaliste en quête de sensationnel frappe à la porte.

Emma Sternberg, née à Hambourg en 1979, a étudié la communication avant de travailler à la radio.

Ce premier roman est plutôt réussi. Cinq ami(e)s au soleil est un livre plaisant à lire. L'intrigue est solide et l'attention du lecteur est toujours maintenue. Tout ne va pas toujours pour le mieux si bien que le suspense est entier jusqu'à la fin. On découvre un mode de vie, un paysage, la douceur de vivre devient communicative. L'auteure est habile pour nous envoûter. On croirait presque que le personnage du peintre Paul Byron a réellement existé.

Ce qui est amusant c'est que, bien qu'écrit en langue allemande, on découvre des expressions italiennes (Ornella est un personnage originaire de ce pays) et d'autres très américaines, comme there's life in the old dog yet, que l'auteure ne traduit pas vraiment mais dont on devine le sens, à savoir il y a toujours quelque chose de bon à tirer d'une vieillerie;

Alors que Linn estime miraculeux qu'un auteur réussisse à nous entrainer dans un  long voyage alors que lui-même se trouve dans une simple chambre d'hôtel (p. 119), Patty, une des colocataires, lui donne la réponse : tout cela est dans nos têtes! Il est tout aussi miraculeux qu'il suffise, pour nous donner faim, que quelqu'un parle avec passion de crêpes au sirop, ou qu'on puisse être amoureux de quelqu'un vivant à l'autre bout du monde.

Voici un livre en compagnie duquel on a un avant-goût de nos futures vacances.

Cinq ami(e)s au soleil de Emma Sternberg, traduit de l'allemand par Jean-Marie Argelès et Laurence Richard, éditions de l'Archipel, en librairie depuis le 6 juin 2018

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