jeudi 31 mai 2018

Saison de cirque, d'une répétition au premier filage ... le spectacle se construit

Si la troupe ou la compagnie a voulu rendu compte d’Une saison de cirque jusqu’à donner ce titre à son prochain spectacle elle n’a toutefois pas décidé de tout montrer. On épargnera au public la poussière. On lui taira aussi (je pense) les accidents.

Viktor s’adresse à la nouvelle équipe en alternant le français et l’anglais. On entend dehors des aboiements et des hennissements. L'atmosphère est étouffante sous la toile. La poussière dessèche. Les voix résonnent. Michel Cerda est venu pour insuffler de la dramaturgie. Il échange beaucoup avec Kathi. Je suis trop loin pour saisir le sens de leurs paroles mais ils semblent d’accord.

Est-ce que vous avez besoin qu’on le refasse une dernière fois ? Oui dit-elle et avec la musique, chacun prend sa place et soudain tout s’éclaire et la scène prend sens. C'est le cheval qui assigne sa place à chacun.

L'animal est malheureusement effrayé par la hauteur de la colonne. Viktor porte deux personnes sur ses épaules et il prend peur. Cela devient complexe pour lui de tourner autour. Michel doit changer la chorégraphie. Dick (le dresseur) approuve et récompense le cheval qui vient d'accepter de se coucher par terre. Pour le moment une longe permet de lui indiquer ses déplacements mais l'objectif est de s'en passer, quand le mouvement sera devenu naturel.

L'atmosphère de la répétition dégage une forte concentration mais dans une ambiance empreinte d'une certaine sérénité. tel était alors mon ressenti alors que j'avais la chance de me trouver parmi eux, alors en répétition du final ... qui n’aura pas lieu comme tel précisément parce que le dresseur de cheval a été quelques jours plus tard victime d’un coup de sabot qui aurait pu lui coûter la vie. Pourtant il ne m’avait pas semblé qu’on exigeait beaucoup de l’animal.

Je suis revenue ce soir pour assister à un filage en public.

mercredi 30 mai 2018

Bonjour tristesse publié chez Rue de Sèvres en version BD, par Frédéric Rébéna

On connait le roman culte de Françoise Sagan. Voilà que désormais Bonjour tristesse est accessible pour la première fois en BD avec l'adaptation de Frédéric Rébéna, à l'initiative des éditions Rue de Sèvres.

J'ai eu le plaisir d'être invitée à une rencontre avec Frédéric Rébéna et Denis Westhoff (fils de Françoise Sagan) animée par Maya Michalon, à l’occasion de la parution de cet album à la Médiathèque Françoise Sagan (ce ne pouvait pas être un hasard), 8 rue Léon Schwartzenberg, Paris 10e.

Pour ceux qui ne l'ont pas lu dans sa version "roman" on peut rappeler que l'histoire se situe en 1954. Cécile, lycéenne parisienne passe l’été de ses dix-sept ans dans une villa avec son père Raymond, veuf, et Elsa, la maîtresse de ce dernier. Cécile et son père ont une relation fusionnelle, faite de plaisirs et d’insouciance. Cécile connaitra ses premières étreintes avec Cyril. L’ambiance change quand Raymond annonce l’arrivée d’Anne, une amie. Différente d’Elsa et Cécile, Anne est une femme stricte et moralisatrice, qui apprécie la culture, les bonnes manières et l’intelligence. Dès son arrivée, un combat subtil commence entre les trois femmes. Elsa tente de maintenir la relation avec Raymond, qui est aussi attiré par Anne. Quant à Cécile, elle craint de perdre la complicité qui la lie à son père, ainsi que leurs libertés. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare…

Denis Westhoff a été mannequin, patineur sur glace et sculpteur. il a créé en 2010 le prix Françoise Sagan, qui récompensa cette année un livre que j'ai beaucoup apprécié, Fugitive parce que reine. Il a bien entendu été conseiller artistique sur le biopic Sagan, et est aussi écrivain. C'est à la fois surprenant et familier de le voir s'exprimer en raison de sa manière de poser ses doigts tendus sur la tempe comme on se souvient avoir vu sa mère faire le même geste.

Frédéric Rébana est bédéiste depuis 2009. Sa première publication Rue de Sèvres a été Mitterrand un jeune homme de droite, scénario de Philippe Richelle, en 2015.

L'édition originale de Bonjour Tristesse remonte à 1954. Cet immense succès repose un peu sur un échec scolaire. Françoise Sagan, qui a le Bac à 16 ans est déroutée par sa première année universitaire à la Sorbonne au milieu d'élèves agités, dans des salles pleines, où les profs sont toujours en retard. Elle décroche très vite et passe son temps avec des amis. Et comme elle dit à tout le monde qu'elle écrit elle finit par être acculée à le faire.

dimanche 27 mai 2018

Roméo à la folie de Christine Sagnier

J'avais entendu parler de Roméo à la folie au Salon du Livre Paris au moment de la présentation de quelques-uns des romans retenus dans le cadre du troisième Prix Hors Concours. L'envie de lire davantage qu'un extrait était très forte.

C'est un roman qui s'est avéré à la fois facile et difficile à lire.

L'auteure traite deux sujets complexes, l'adoption d'un enfant qui se révèle différent de ce qu'on avait annoncé aux futurs parents et les troubles psychiatriques d'un adolescent.

On découvre au fil du récit combien les médecins sont arqueboutés dans la théorie avec conformisme sans considérer les parents, perçus comme des bourreaux, forcément, puisque ce sont les seuls à exprimer une angoisse. Comme il est commode de les désigner coupables, surtout la mère qui est l'os que les psys rongent quand ils n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent. Elle est abusive, fusionnelle, castratrice ... trop ... toujours trop (p. 83).

Forcément ils vont se remettre en cause, s'interrogeant sur le moment où ils ont pu fauter (p. 57).

Le garçon porte un prénom de séducteur. Roméo est beau comme un ange, mais ses agissements sont diaboliques.

Que d'espoirs ruinés depuis ce jour où les adoptants ont croisé le regard de ce gosse originaire d'Abyssinie, de soit-disant 4 ans et demi. Premier mensonge : on le dit orphelin alors que sa maman biologique est toujours en vie. Seconde tromperie : le môme avait déjà au moins huit ans, et quand on sait qu'une psychanalyste de renom avait dit que tout se joue avant six ans ...

L'enfant a eu de formidables capacités d'adaptation (au climat européen, à la différence de mode de vie, à des codes culturels et éducatifs très différents ...). Il aura été très aimé. Très vite il révélera une tolérance zéro à la moindre frustration.

Christine Sagnier raconte le bad trip de Klara, une maman contrainte à supplier que son cher petit (devenu grand) monstre ait accès à des soins. Mais comment convaincre les psychiatres quand ceux-ci ne voient que le sourire qui charme tout le monde ? 

Comme il leur est facile de ne voir qu'un conflit familial (alors que le garçon a tout de même cassé le poignet de son père) sermonner des parents qui ne peuvent qu'avoir tort, prônant qu'un enfant, il faut le prendre comme il est (p. 28), au mépris de la règle fondamentale que les adultes doivent être garants d'un cadre. Etre conciliant avec un tyran ne pourra conduire qu'au désastre ... à la folie pour tous, dans une sorte de mimétisme infernal.

Le lecteur découvre, médusé, les a priori négatifs des professionnels et leurs propos surréalistes, que l'auteure n'a pas eu besoin d'inventer. Ils sont très largement inspirés de la réalité. Dans un tel contexte, on peut facilement confondre les propos d'une patiente égarée avec la conversation d'un médecin psychiatre. La frontière est ténue.

Faire soigner son enfant, lorsqu'il est atteint de troubles psychiatriques, exige un maximum de disponibilité car les rendez-vous sont donnés sans tenir compte de leur emploi du temps professionnel. Tout ça pour entendre : Vous êtes forts, continuez ! (p. 34)

Leur force se nourrit d'un humour décapant et cette politesse, que l'on dit être du désespoir, ne fait pas recette en psychiatrie. Cette maman en a à revendre. Certaines scènes sont d'une immense drôlerie comme l'arrivée à l'hôpital de leur voiture repeinte de fientes d'oiseaux quasi indécollables (ayant connu un tel épisode j'imagine très bien la catastrophe).

Pleurer, boire (trop) et puis courir pour s'abrutir (p. 74) ... on ne peut leur jeter la pierre quand tout fout le camp.

On est heureux d'apprendre qu'aujourd'hui tout va désormais bien. L'écriture est décidément plus vertueuse qu'un anxiolytique.

Le roman s'adresse à tous les parents d'enfants qui ont, ont eu ou auront des ados.

Roméo à la folie de Christine Sagnier, éditions Zinedi, en librairie depuis le 15 juin 2017

samedi 26 mai 2018

Change me mis en scène par Camille Bernon et Simon Bourgade

Axel n'a que vingt-et-un ans, un âge qu'on présente comme celui de tous les possibles. Son voeu le plus cher est de changer de sexe et Change me pourrait être son invocation. Pour le moment la jeune fille se débrouille seule et on la découvre dans la salle d'eau, affairée à sa transformation, incomprise d'une mère à la sensualité provocante (Pauline Bolcatto, qui interprète aussi le rôle de Stéphanie).

On la verra ensuite très à l'aise parmi ses copains. Rien ne laisse supposer qu'un drame couve et que les amis avec qui elle s'éclate seront ses bourreaux ... au moment où Axel s'apprêtera à vivre son premier rapport sexuel avec la jeune fille qui a gagné son coeur (Pauline Briand).

Camille Bernon et Simon Bourgade se sont inspirés d’un fait divers qui s'est déroulé aux Etats-Unis il y a déjà 25 ans et qui pourrait hélas s'inscrire dans une actualité récente tant que l'homophobie demeurera un fléau. Brandon Teena, jeune transgenre, a été violée puis assassinée par ses amis quand ils ont découvert sa véritable identité. Les deux metteurs en scène auraient pu s'arrêter là. Ils ont fort intelligemment relié cette tragédie au mythe d’Iphis (puisé dans les Métamorphoses d’Ovide au premier siècle de notre ère) et à la reprise de ce mythe par Isaac de Benserade au XVII° siècle.
Nous voulons écrire un mythe contemporain qui réponde aux enjeux de cette figure, et comme en établir la généalogie : montrer comment – parce qu'on a toujours censuré, nié ou marginalisé cette partie de la population –, l'histoire n'a cessé de se répéter ; comment –parce qu'elle a été occultée –, elle est toujours au travail à travers le temps, depuis les mythes d'Ovide jusqu'à nos faits divers contemporains ; et comment elle a été, à chaque époque, source de violence.

jeudi 24 mai 2018

Tabarnak du Cirque Alfonse

Après avoir retourné la France avec Timberle Cirque Alfonse, qui est le plus québécois des cirques québécois revient à Paris à Bobino du 16 mai au 09 juin 2018 avec ce nouveau spectacle plus déjanté que jamais et à la folie contagieuse. 

Tabarnak démonte fougueusement les rites traditionnels au profit de numéros sensationnels qui laissent bouche bée. On assiste à une fresque musicale aux allures de show rock, une célébration exubérante qui mêle cirque et musique façon Alfonse…

Au tout début quelques artistes sont déjà sur scène quand le public commence à s’installer.

Deux d'entre eux lisent et trois autres tricotent, ce qui en soi est déjà inhabituel, d’autant plus quand vous saurez que ce sont des hommes. Ils ne se débrouillent pas si mal. Leurs doigts sont habiles et nous aurons bientôt d’autres preuves de leur agilité.

Ils finiront par être neuf. Notre œil tente de décoder la signification des accessoires. Beaucoup d’objets auraient leur place dans un cabinet de curiosités ou sur un marché aux puces. Un soldat de plomb de la taille d’un enfant de six ans, une paire de skis de randonnée datant du siècle dernier, un masque d’oiseau.
La radio grésille. Un bonimenteur fait office de commissaire priseur pour faire monter les enchères à propos d’un bonnet rouge, qu’il attribuera pour 130 euros à une spectatrice ahurie de le recevoir sur ses genoux, lancé par une jolie blonde.

La troupe connaîtra une ovation debout à la fin du spectacle. Mais pour l’heure rien n’est gagné et le public est sur la réserve. Le chauffage de salle est laborieux.
Alors, fémurs et tibias protégés par d’épaisses couches, la blonde hockeyeuse donne les règles. De un on se lève pour l’hymne. De deux on tape des pieds. Se lever c’est facile, les spectateurs obtempèrent. Taper des pieds c’est une autre affaire. On la laisse chanter et se déhancher pour mener une incantation peau-rouge.

On se rassoit rassurés. Nous allons passer un chouette moment.

mardi 22 mai 2018

Un peu plus que parfait... de Louise Pentland

Louise Pentland est journaliste à Londres. Elle anime aussi une chaîne YouTube qui affiche près de 4 millions de followers. Nommée ambassadrice des Nations Unies pour l’égalité des sexes, elle signe son premier roman, Un peu plus que parfait...  qui est déjà un best-seller traduit dans une dizaine de langues.

Robin est une mère célibataire qui jongle avec plus ou moins de succès entre les différentes facettes de sa vie. Entre sa profession, sa fille, et les obligations qu'elle s'impose pour ressembler à la femme parfaite aux yeux des autres mamans, la jeune femme subit une pression qui menace son équilibre psychique.

Pas le temps dans un tel contexte de songer à trouver un compagnon. C'est pourtant un de ses voeux et Robin va mettre tout en oeuvre pour y parvenir en ayant recours à un site de rencontres.

L'auteure a écrit une comédie très actuelle dans un ton plutôt humoristique. La scène où la fille de Robin envoie des flashs aux profils inscrits sur le site à partir du téléphone de sa maman (p. 116) ne manque pas de piquant.

La jeune femme et ses acolytes gloussent et jurent à qui mieux mieux. Chacune trouve toujours matière à s'extasier sur quelque chose de "fun" à longueur de journée.

Même si le roman se lit facilement, il aurait gagné à une écriture plus soutenue. C'est une lecture "parfaite" pour les vacances.

Un peu plus que parfait... de Louise Pentland, traduit de l'anglais par Ariane Maksioutine, City éditions, en librairie depuis avril 2018

samedi 19 mai 2018

Taste of Paris, rencontre avec quelques Producteurs-Artisans de Qualité du Collège Culinaire de France, Episode 1


Ils s'appellent Monsieur Appert, Caviar de Neuvic, Doumbea, Bayard, Honly ... et ont en commun avec une trentaine d'autres producteurs présents sur la manifestation d'être labellisés Artisans de Qualité par le Collège Culinaire de France, une appellation qui existe depuis 2014.

Taste of Paris qui vient d'avoir lieu du 18 au 21 mai, sous la nef du Grand Palais, était une occasion d'aller à leur rencontre. Voilà une manifestation très gourmande que je vous recommande d'inscrire à l'avance dans votre agenda. On peut grosso modo s'y livrer à trois types d'activités : des leçons de cuisine, dîner ou déjeuner à prix modeste des repas conçus par de grands chefs, et rencontrer les producteurs d'un marché gourmand.

Je n'ai eu le temps, l'espace d'une soirée que de suivre une recette dans l'espace Electrolux et de parcourir disons la moitié du marché, riche d'une trentaine de producteurs-artisans.

Beaucoup d'exposants viennent régulièrement d'année en année et ont une clientèle fidèle qui profite du salon pour goûter les nouveautés, en acheter ou les commander en connaissance de cause ultérieurement sur les sites dédiés parce que, pour la majorité d’entre eux, leurs produits ne sont vendus qu’aux professionnels.

C’est donc une occasion unique d’avoir accès à ces produits d'exception que l’on ne retrouve habituellement que sur les plus grandes Tables de France.

J'ai retrouvé des visages connus. Par exemple Gilles Tessierqui produit les jus de pommes et pétillants sans alcool des Vergers de la Silve (Pays-de-la-Loire), Yves le Guel, le dernier à faire le véritable jambon de Paris dans son atelier de la rue de Charonne, chez DoumbeaFrançoise Bayard, qui produit avec son mari et ses enfants des variétés spéciales de pommes de terre (Hauts-de-France).
Parmi eux, Monsieur Appert auprès de qui une halte est toujours la promesse de réjouir son palais. Je n'avais pas pu déguster une de ses dernières créations, le Mille-Feuilles d'Agrumes par Sonia Ezgulian, qui a toujours des idées créatives gourmandes et au delà.

La cuisinière en achète des cagettes entières et les cuisine en version salée ou sucrée. "Rien n’est jeté, tout est conservé, comme les feuilles pour parfumer des bouillons. Je coupe les fruits en lamelles pour les mettre sous vide et les congeler ", confie Sonia qui présente son savoir-faire dès 2015, dans son livre "Cuisiner, tout simplement" paru aux éditions de la Martinière. Sauf que sa méthode n'est valable que pour une consommation somme toute familiale. Sonia ne pasteurise pas. Et avisez-vous de stériliser le bocal (indispensable pour sa vente) et la mise au point sera longue avant d'obtenir autre chose que de la marmelade.

Le résultat est beau, élégant, on le voit bien en cadeau, mais n’allez pas croire que ce soit un petit truc facile à préparer. C'est parce que Patrick (Elzière, alias Monsieur Appert) connaissait déjà Jean-Philippe (le créateur de O Mà! gourmandises) que la réussite fut au rendez-vous depuis mai 2018, après avoir retravaillé et adapté la recette pour une mise en pot et conservation longue durée.

vendredi 18 mai 2018

Les Déraisons d'Odile d’Oultremont

Voilà bien un titre particulier, Les Déraisons, (vous remarquerez d'ailleurs le D majuscule) et une couverture déroutante, évoquant l'art pictural des années 50-60.

L'histoire est surréaliste. Pourquoi pas, ce n'est pas cela qui m'a dérangée. L'ennui est qu'elle fait immédiatement penser à L'écume des jours de Boris Vian. Trop pour moi. Cela a gâché ma lecture.

La folie du premier roman d'Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, m'avait enthousiasmée, lequel avait déjà quelque chose de "vianesque". Mais il était écrit à la première personne, et en adoptant le point de vue d'un enfant. Je m'étais laissée porter par la musique.

Cette fois non. L'artifice ne prit pas malgré d'évidentes qualités stylistiques. L'idée (un homme déserte son travail pour s'occuper de sa femme, gravement malade) n'est pas assez neuve pour me séduire.

Béatrice Giraud avait traité une situation semblable dans Pas d'inquiétude où un père bénéficiait des journées de RTT de ses collègues pour soigner son fils.

Appeler un chien Le-Chat ne m'amuse pas longtemps. Ce que Boris Vian a réussi à la perfection (même si son roman ne rencontra le succès qu'après sa mort) n'est pas réitérable. Chloé et Colin sont uniques. Les réflexions de l'écrivain sur le monde du travail étaient déjà profondes. Il n'était aps indispensable de recommencer et il ne suffit pas de transformer un nénuphar en honey pops pour ébaudir le lecteur. Le cancer est un sujet trop grave pour qu'on puisse le situer en Absurdie (p. 104) comme le fait Odile d’Oultremont.

jeudi 17 mai 2018

Talking about a revolution! au 22 Visconti

L’exposition "Talking about a revolution!" emprunte son titre à une chanson de Tracy Chapman. Parler de la révolution, donc, à défaut de la faire !

Les artistes conviés par Paul Ardenne à exposer au 22 Visconti en ce mois de mai 2018, cinquante ans exactement après Mai 68, ne sont pas tant des révolutionnaires, des activistes, que des "irréconciliés".

Impossible de tout commenter. Je voudrais d'abord pointer trois des oeuvres que l'on découvre sur la vue d'ensemble de la salle d'exposition. Et d'abord "I'm not on Facebook", 2009, une peinture acrylique sur bâche de 105 x 204 cm de Gianni Motti
Né en 1958,  Gianni Motti vit et travaille à Genève. Il s'intéresse en particulier à la société contemporaine et à ses enjeux politiques. A l'époque des "social media",  l'artiste expose ici son refus de ces nouveaux moyens de communication d'essence totalitaire en utilisant la technique la plus ancienne : la lettre et la peinture.

mercredi 16 mai 2018

Le maitre et Marguerite dans la mise en scène d'Igor Mendjisky

Igor Mendjisky a adapté Le maitre et Marguerite. Il en a imaginé une mise en scène très foisonnante que le public parisien découvrira à la Tempête jusqu'au 10 juin.

La pièce migrera au festival d'Avignon (à 19h40 au 11 Gilgamesh Belleville). Elle sera en tournée à la rentrée et vous pourrez par exemple le retrouver les 12 et 13 mars 2019 au Théâtre Firmin Gémier La Piscine de Chatenay-Malabry (92).

Igor est jeune (35 ans), est comédien et metteur en scène, d'origine polonaise ... et ce qu'il aime le plus c'est raconter une histoire. Le chef d'oeuvre de Boulgakov était une mine pour réfléchir à une scénographie qui relève (positivement) de la performance (les puristes diront qu'il s'agit d'un théâtre de tréteaux), avec parfois l'accent de l'improvisation.

Certaines scènes sont d'ailleurs réinventées chaque soir en fonction des interactions avec le public, invité à monter sur scène. La disposition trifrontale facilite la proximité entre les comédiens et les spectateurs dès leur entrée dans la salle. On remarque notamment Ivan (Igor Mendjisky) qui scrute silencieusement l'assemblée, assis sur une simple chaise, dans un des coins.

L'intrigue est complexe parce que trois histoires se croisent et que de nombreux passages sont dans une autre langue que le français (parfois en araméen, mais toujours surtitrés) comme la rencontre entre Ponce Pilate et Yeshoua Ha-Nozri (Jésus). On suivra tant bien que mal l’histoire d’amour entre le Maître et Marguerite. Et Moscou des année trente ressuscitera par moments.

Du coup je ne décrirai pas l'enchainement des scènes.

Je me limiterai à dire combien certaines sont belles, poétiques, à la limite du surréalisme, par exemple quand le magicien Woland (Romain Cottard) suggère à Marguerite de devenir une sorcière et qu'on la voit chevaucher un balai et s'envoler. Il a auparavant multiplié des tours de magie noire, avec pour conséquence de nous montrer un oeil à l'envers et d'envoyer Ivan dans un asile psychiatrique et Berlioz à Yalta. Et juste avant il aura secoué nos consciences en posant un billet de 5 euros sur une chaise et annoncé que le spectacle ne reprendrait qu'une fois que quelqu'un aura osé monter le prendre.

Comme ça marche il récidive avec 20 euros ... et même 100. Vous voilà informés. Entrainez-vous à courir et à sauter.

Certains moments sont carrément loufoques. J'ai été surprise d'entendre l'énorme succès de la star portoricaine Luis Fonsi de l'année dernière sur les ondes, Despacito (et non pas El Pasito comme j'ai pu le lire ...) avec l'invitation au public de danser si le coeur lui en dit.

La musique est d'ailleurs étonnamment utilisée au cours du spectacle : chaque tableau est introduit par une musique. Avec beaucoup d'éclectisme entre la Marche hongroise de la Damnation de Faust de Berlioz, Sympathy For The Devil des Rolling Stones (dont les paroles sont "raccord" avec la pièce puisqu'il y est question de Jesus-Christ et de Pilate), Ameno qu'Era a créé en 1996, et puis à la fin Just a perfect day, entendu pour la troisième fois au théâtre en quelques semaines (dans Papa va bientôt rentrer et dans le Lauréat), entonné par un mystérieux gros chat (Alexandre Soulié) et qui fait écho à Une si belle journée dont il est question au début du spectacle.

C'est sur cette chanson, interprétée avec originalité, mais qui ne plaira pas aux puristes qui ont en tête la voix de Lou Reed, que la soirée prend fin alors qu'un ciel de feu irradie sur le cyclo en fond de scène. J'ai retenu la réflexion d'une spectatrice en sortant de la salle : c'est particulier.

Le qualificatif résume bien ce théâtre parfois déroutant, toujours créatif, élégant et souvent onirique, servi tambour battant par des comédiens excellents qui nous interrogent sans répit sur le bien et le mal. le metteur en scène souhaitait que le spectateur soit placé au cœur de la folie de Boulgakov. On dira que c'est réussi.
Le maitre et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov
Adaptation et mise en scène d'Igor Mendjisky
Texte publié à L'Avant-scène Théâtre
Scénographie Claire Massard et Igor Mendjisky
Avec : Marc Arnaud, en alternance avec Adrien Melin, Romain Cottard, Pierre Hiessler, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche, en alternance avec Marion Déjardin, Yuriy Zavalnyouk
Lumières Stéphane Deschamps
Costumes May Katrem
Vidéo Yannick Donet
Du 10 mai au 10 juin 2018
Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Théâtre de la Tempête
La Cartoucherie, route du champs de Manoeuvre 75012 Paris
Réservations : 01 48 08 39 74

lundi 14 mai 2018

Celui qui disait non de Adeline Baldacchino

Celui qui disait non est un livre étonnant, inclassable, qui provoque une forte émotion.

Adeline Baldacchino y raconte une histoire d'amour et de rébellion. Celle d'August qui, tout simplement, ne fit pas le salut hitlérien le 13 juin 1936 sur le quai d’un chantier naval de Hambourg, alors que tous ses confrères le faisaient machinalement et sans sourciller.

"Tout simplement" parce que seule une photo révèle cet acte, et qu'il aurait pu passer inaperçu si elle n'avait pas été largement diffusée.

Ces bras qui restent croisés scellent une décision brave, sincère, mais lourde de conséquences puisqu'elle précipitera sa mort et celle de sa femme Irma par voie de conséquences.

La couverture du livre place l'homme en noir et blanc au centre de la page, comme s'il était mis en lumière par un projecteur. Sans cet artifice j'avoue que je n'aurais pas remarqué sa posture, du moins pas au premier coup d'oeil. On peut se demander s'il s'agissait d'un moment d'égarement ou d'un choix mûrement réfléchi et qui, quoiqu'il arrive, aurait été suivi d'autres actes du même ordre.

dimanche 13 mai 2018

Une tarte à l'abricot et au romarin

J'adore les abricots, et la tarte faite avec ce fruit, quand elle est réussie. Par chance j'ai trouvé une technique que je vais vous donner.

Le secret réside dans l'emploi de la préparation pour pâte brisée sans gluten de Mon fournil que j'ai convertie en version pâte sablée.

Il suffit de mélanger un sachet avec 80g de beurre tempéré coupé en dés, 1 oeuf entier, 60g de sucre et 40 d'eau.

J'utilise toujours des gants en silicone pour malaxer les ingrédients. Je trouve que la chaleur de la main accélère la confection d'une boule qu'ensuite je filme et laisse reposer une demi-heure au réfrigérateur.

J'étale ensuite au rouleau entre deux feuilles de papier sulfurisé. Puis je la place dans un moule rectangulaire à hauts bords spécialement adapté à un mini-four (ultra pratique parce qu'il chauffe très vite et est économique).

Je pique la pâte à la fourchette et dépose les oreillons d'abricots, peau en dessous. Puis je saupoudre généreusement de graines de tournesol (elles sont délicieuses) et de graines de lin (dont le goût est complémentaire aux précédentes), elles aussi Mon Fournil.
Quelques brins de romarin et je cuis une trentaine de minutes à 210°.
Ce dessert a vraiment été apprécié parce que la pâte est friable sans être trop sucrée. Elle a absorbé l'excès de jus des abricots sans se détremper. J'utiliserai donc plutôt cette préparation de Mon Fournil de cette manière plutôt qu'en pâte dite brisée, avec une garniture salée.

L'association entre les abricots et les graines fonctionne à la perfection, de manière plus rapide et plus saine que la frangipane que l'on associe souvent à ce type de fruit.

Couteau Pradel et fourchette à dessert Jean Dubost

samedi 12 mai 2018

L’homme de Grand Soleil de Jacques Gaubil

L’homme de Grand Soleil est un livre très dialogué où rocaille l'accent québécois. Est-ce un roman pour autant ? Sa forme ressemble davantage à un journal de bord et au moment de le refermer j'ai le sentiment d'avoir eu un conte entre les mains, ce qui est loin d'être un reproche.

Sans doute parce que la lecture est scandée par l'hymne grégorienne la plus célèbre qui découpe le texte en trois époques. Veni, creator Spiritus est la première. C'est le titre de l'oeuvre et elle signifie Viens Saint Esprit Créateur, ce qui est tout à fait d'actualité à quelques jours de la commémoration de la Pentecôte. Quiconque a un fond de culture catholique la reconnaitra dès les premières notes.

La deuxième partie, Mentes tuorum visita, est aussi la deuxième ligne de l'hymne et Imple superna gratia, la troisième et dernière.

On remarque souvent des locutions latines, par exemple In cauda venenum. L'allusion à Adam et Eve est nette page 102. Les propos à connotation religieuse, catholique mais pas que, ponctuent le récit. Le respect du Shabbat par son voisin est une sévère contrainte (p. 26) et il a bien de la chance que le médecin ne se soit pas converti car sinon qui effectuerait les tâches qu'il s'interdit de faire ce jour-là ? Les fanatiques ne sont jamais à une contradiction près, et tout est prétexte à Jacques Gaubil pour le souligner.

L'auteur a un sens de l'humour très fin. Il en faut pour donner à son personnage principal la profession de médecin et l'affubler du patronyme de Leboucher. Le village où il se rend régulièrement se situe au nord du Québec, à l'endroit exact où l'immense forêt boréale canadienne a capitulé. La communauté est composée d'une quarantaine de maisons en bois, rouges ou blanches dans un sol gruyère avec des trous remplis d'eau. Nous sommes à Grand Soleil qui, comme son nom ne l'indique pas, est une région de grand froid et qui n'existe sur aucune carte (une de mes amies, québécoise, m'assure qu'il a été inventé pour l'occasion). Personnellement cela me réjouit que tout ait pu avoir été construit parce que l'histoire serait trop troublante si elle était authentique.

vendredi 11 mai 2018

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce dans la mise en scène Jean-Charles Mouveaux

Nous restons au Studio Hébertot où la programmation présente des pièces très différentes. Après l'humour de 2 Mètres 74 voici l'émotion de Juste la fin du monde.

Je suis venue avec une grande réticence parce que j’avais tellement aimé le film de que je redoutais la déception.

En fait la mise en scène de Jean-Charles Mouveaux m’a emportée sans doute parce qu’il a réussi à restituer la musicalité de la si particulière syntaxe de Jean-Luc Lagarce. Les deux œuvres sont différemment intéressantes.

Je comprends que le spectacle ait été un des grands succès du festival off d'Avignon l'été dernier (et il le sera encore cet été, au Petit Louvre, à 18 h 20, c'est une évidence). En sortant d’Hébertot je n’avais qu’une envie, lire le texte original.

Première bonne idée de mise en scène : avoir utilisé l'escalier coté jardin, et d'où les comédiens descendent un à un et pour s’assoir à cour alors que les spectateurs eux aussi s'installent.
S'il faut en rappeler le contexte je dirais que c'est l’histoire de Louis, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui se rend dans sa famille, après de longues années d’absence, pour "annoncer moi même - seulement dire ma mort prochaine et irrémédiable".

Juste la fin du monde résonne comme une expression de l’impossible : Si je fais ça, ce sera la fin du monde ! ? Le public le sait d'emblée, le personnage raconte en prévenant que Plus tard l’année d’après j’allais mourir à mon tour (...) mais il a tenu malgré tout à faire le voyage. Et même si on peut penser que Jean-Luc Lagarce s'est inspiré de sa propre vie pour écrire la pièce (en 1990) elle n'est pas la dernière qu'il ait publiée. Il donne dans celle-ci une parole entière à ce qui reste d'habitude en l'état de non-dits et le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont très bruyants.

jeudi 10 mai 2018

2 Mètres 74 de Martine Paillot

2 Mètres 74 est une vraie comédie, et c'est agréable d'assister à un spectacle drôle et si bien écrit. Je ne suis pas sûre que ce soit légion.

Vladimir (Frédéric Jacquotet Pierre (Nicolas Georges) se connaissent depuis vingt-cinq ans. Ils sont devenus des amis et entretiennent chacun des passions diamétralement opposées. Le premier ne vit que pour les courses hippiques, le second vibre pour la musique.

La vie est apparemment mal faite puisque c'est Vladimir qui hérite d'une célèbre pianiste récemment disparue, un objet inattendu, d'exactement 2,74 mètres, matérialisé sur le sol par un contour de chatterton, un peu à la manière d'une scène de crime.

On reconnait la silhouette d’un Steinway de concert, le pur-sang de la musique, très beau mais encombrant. Quand il apprend sa valeur, autour de 100 000 € il le regardera d’un autre œil parce que le vendre pourrait lui permettre de concrétiser son rêve, à savoir déposer ses couleurs. Même si une telle somme ne suffit pas pour acquérir un cheval entier. Il se contentera volontiers d'une part car un cheval de courses se vend en parts de société à plusieurs propriétaires actionnaires.
Pierre est directeur d’agence bancaire. Il est prêt à débourser la somme pour réaliser son propre objectif et quitter un métier qui ne le satisfait pas du tout.

La pièce ferait long feu si la vie était aussi simple. Les deux potes ne se sont jamais livrés à des confidences et le public apprend que l'un comme l'autre ignorait avoir eu un challenger dans le coeur de Jeanne Donati ... que Vladimir consent avoir à peine connue. Le ton monte vite entre eux.

Personne n'est au bout de ses surprises car arrive Alma (comme l'épouse de Gustav Mahler), la fille unique de la disparue. C'est une jeune fille plutôt désorientée mais aucunement triste, qui s’étonne que chacun ait connu sa mère et dont on ne comprend pas que sa mère l'ait déshéritée. Résultat des courses : deux vrais cons.

Une autre partie va se jouer ensuite qui redistribuera les cartes. Impossible d'en dire davantage mais vous pouvez aisément deviner qu'entre rêve et filiation il va falloir faire un choix. Si on peut jouer du piano à quatre mains, on pourra peut-être conjuguer la paternité de la même manière ...

J'ai beaucoup aimé cette pièce en raison du jeu des acteurs, toujours juste, sans verser dans ce qui aurait pu être un mélo. L'écriture de Martine Paillot est finement documentée. Elle connait autant le monde hippique que la scène musicale. Elle a donné au cheval le nom de Peintre célèbre qui a vraiment gagné le prix de l’Arc de triomphe. Des extraits du Concerto numéro 14 de Mozart ponctuent chaque nouvelle scène. L'humour est constant, sans jamais verser dans la facilité. On va de surprise en rebondissement.

2 Mètres 74 a été un succès au festival d'Avignon trois ans de suite et a déjà beaucoup tourné. Mais c'est la première fois que le public parisien peut la découvrir parce que le studio Hébertot a eu la bonne idée de lui ouvrir ses portes.

L'auteure a déjà deux romans à son actif, notamment Le manoir (co-écrit avec Dominique Marny, publié en 1983 chez Olivier Orban), quelques chansons, et de la poésie. Elle a repris le piano il y a dix ans mais s’ennuyait et a décidé alors de s’inscrire à un cours de théâtre près de son domicile. C’est ainsi qu’elle a découvert Frédéric Jacquot2 Mètres 74 est sa première pièce. On espère que ce ne sera pas la dernière.
2 Mètres 74 
De Martine Paillot
Mise en scène de Frédéric Jacquot
Avec Elisa Birsel en alternance avec Leïla Tabaï, Nicolas Georges, Frédéric Jacquot
Du 3 mai au 23 juin 2018
Du jeudi au samedi à 19h
Au Studio Hébertot
78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème
01.42.93.13.04

mercredi 9 mai 2018

Au petit bonheur la chance ! d'Aurélie Valognes

Aurélie Valognes a toujours voulu devenir romancière mais elle ne se sentait pas du tout prédestinée à être écrivain. Elle dit elle-même, et c'est à son honneur, venir d'un milieu populaire, où on lisait davantage des livres de poche que des éditions originales, et s'avouait un peu complexée à l'idée d'entrer dans une librairie.

Ses études commerciales l'éloignaient de la littérature. Sa vocation s'est concrétisée à la faveur d'une mutation de son mari à l'étranger (en Italie, à Milan), la contraignant à démissionner de son travail alors qu'un baby-blues l'incitait à se remettre en question, en s'interrogeant sur ce qu'elle allait faire pour elle-même. La perte, du jour au lendemain, d'une cousine, acheva de la décider à vivre son rêve : C’était le grand saut dans le vide. Mais, loin de son pays, c’est aussi plus simple de repartir d’une page blanche, de se réinventer, sans avoir peur d’être jugée.

La jeune femme a pris une sage décision en suivant enfin son instinct. Elle compte aujourd'hui un nombre impressionnant de lecteurs qui se chiffre en millions, presque à égalité avec des plumes célèbres comme Guillaume Musso ou Marc Lévy. Et, si elle est une femme, elle a réussi à conquérir un lectorat masculin important qui représente la moitié de ses lecteurs.

Elle ne craint plus d'entrer dans une librairie. C'est à l'occasion du trentième anniversaire de la Griffe noire que je l'ai rencontrée à Montreuil où elle est accueillie à juste titre comme une star, d'autant que Jean-Edgar Casel et Gérard Collard, les deux responsables de cet endroit devenu mythique, ont créé depuis 2009 le Salon international du livre de poche. Il aura lieu cette année, du 23 au 24 juin 2018, toujours Place des Marronniers à St-Maur-des-Fossés (94100).

mardi 8 mai 2018

La dernière fabrique de pains d'épices de Dijon Mulot & Petitjean

La maison Mulot & Petitjean, fondée en 1796, est la plus ancienne fabrique et boutiques de pain d'épices de Dijon installée en Côte-d'Or (Bourgogne-Franche-Comté).

Sa longue et prestigieuse histoire est l’héritière d’un voyage entrepris par le Mi-kong chinois et le boichet de Marguerite de Flandres, avant d'inscrire le pain d'épices dans le patrimoine gourmand dijonnais.

Rares sont les entreprises françaises comptant comme elle plus de deux siècles d’existence,  comme le groupe Revol Porcelaine drômois (qui a inventé l'aspect  "froissés" de gobelets pour boire le café) ou Peugeot (1810) qui fabriquait alors des moulins à café. Il manque une vingtaine d'année à la moutarderie Fallot pour rejoindre ce groupe.

Etant bourguignonne de naissance j'avais envie depuis très longtemps de visiter cet endroit et d'en comprendre les spécificités. Car il existe autant de recettes de pain d'épices que de ville qui en font. J'apprendrai que celui de Dijon n'a rien à voir avec celui de mon enfance, provenant de chez Dosnon, apiculteur à Villeneuve-sur-Yonne.
C'est le parfum du pain d'épices qui prend d'assaut nos papilles dès l'entrée dans le bâtiment (sauf le week-end parce qu'il n'y a pas de cuisson à ce moment là). On est accueilli dans l'espace dégustation-boutique où un couple d'angelot veille sur l'histoire, le savoir-faire et les produits de la maison.
La visite commence par le bureau où cette fois l'émotion est visuelle et affective. Cette première pièce est sobre, fonctionnelle et a été restaurée dans l'esprit qui régnait dans les années 1910. Elle n'est pas encombrée. Les objets d'époque sont mis en valeur, une vieille malle, d'anciens moules et instruments de découpe dans quelques vitrines...

lundi 7 mai 2018

Les Fourberies de Scapin par la Cie de L’Illustre Théâtre

La Cie de L’Illustre Théâtre dirigée par Tigran Mekhitarian a choisi Molière pour montrer ce dont elle est capable. Elle s'est emparée des Fourberies de Scapin pour en faire une adaptation qu'elle revendique moderne et déjantée, généreuse aussi. 

L’histoire se situe aujourd’hui : un groupe de jeunes se retrouve confronté à un drame qui transformera chacun d’eux en la personne qu’il rêve de devenir. Parmi eux, un Scapin facétieux aidera ses compagnons à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses, tout en réglant ses propres comptes avec les pères et les maîtres tyranniques.

Le texte classique est néanmoins là, à peine a-t-il subi quelques petites coupes.

C'est toujours une comédie menée au pas de course par un Scapin (Sébastien Gorki) facétieux qui aide ses amis à résoudre avec ruse et humour leurs intrigues amoureuses tout en réglant les comptes avec les pères et maîtres tyranniques.

Mais ce sont aussi des dialogues enrichis par l'expérience que la jeunesse d'aujourd'hui a acquise dans les cités où le drame n'est jamais très loin.

Il faut aller les voir sans tarder parce que dans 10-15 ans ils n'auront plus le même âge. Ils feront encore du théâtre, mais ils le feront autrement. Pour l'heure le message le plus essentiel est de faire un théâtre qui ne soit pas élitiste et qui parle aux gens efficacement, cultivés ou non, immigrés ou français de souche, libres ou détenus ... Surtout tous ceux qui ne vont pas (ou plus) au théâtre.

Le spectacle a remporté un vrai succès en Avignon l'été dernier. La bande était portée par l'envie de faire rire, même si personne n'était prêt à faire des concessions par rapport au fil blanc tracé par Molière.
Depuis, ils ont terminé une première tournée et abordent ces six représentations programmées à l'Epée de bois avec le souhait de se recentrer sur l'histoire et le drame qui est sous-jacent à la comédie. Ils ont déjà plus de maturité et les filles ont davantage de place sur la scène.

La salle de pierre, vaste et imposante, semble conçue pour eux. Quelques dates y sont programmées pour que le public parisien puisse découvrir à quel point Molière demeure contemporain et susceptible de booster le potentiel créatif d'une bande de jeunes nourris par le rap et le rythme.
Il faut se laisser vaincre
Et avoir de l'humanité.

Le metteur en scène ne cache pas son amour pour Molière dont l'intention est claire et évidente, faisant de ce théâtre là une valeur sure. Cela ne l'empêchera pas de commencer à réfléchir bientôt à son futur spectacle, l'Avare.
Pour l'heure il se consacre entièrement aux Fourberies. Le spectacle a bougé depuis Avignon et il y a fort à parier que beaucoup de choses seront différentes l'an prochain quand la troupe prendra ses quartiers de printemps au Théâtre 13. Ils y resteront quatre semaines. Que cela ne vous empêche pas d'aller les voir sans délai, ... pour mieux les revoir ensuite. Leur énergie est communicative et vous apprécierez pour sûr les moments décalés, ... pour peu que vous ayez au moins 7 ans.

dimanche 6 mai 2018

Fugitive parce que reine de Violaine Huisman

Fugitive parce que reine a été modelé dans le terreau ô combien fertile de la vie de Catherine, qui fut la mère de Violaine Huisman

L’auteure se rapproche, au fil de la narration, du bord de la ligne séparant le roman du récit, laquelle m’a semblé nettement franchie dans la troisième partie.

Le début du livre m’avait enthousiasmée. La liberté de ton, la fantaisie allant jusqu’à l’exubérance m’avaient emportée comme une chevauchée fantastique. Quel culot avait cette jeune femme d’avoir osé inventer des personnages aussi barges, la mère surtout, quoique le mari ne soit pas loin derrière, et que le grand-père soit quasiment inénarrable. Bien que.

La réalité dépasse la fiction, je le sais, mais une réalité si fantasque, c'est à peine imaginable, et il est miraculeux d’en sortir... indemne (?). On comprend pourquoi Violaine est rapidement allée poursuivre la construction de sa vie 10000 km plus loin, même si elle s'est ainsi, d’une certaine manière, conformée au vœu maternel puisque parler anglais fut une injonction ressassée par Catherine.

samedi 5 mai 2018

Saltimbanque de Pierre Douglas

Aucun décor dans le studio Hébertot pour accueillir le nouveau spectacle de Pierre Douglas, Saltimbanque, qu'il interprète accompagné par Mathieu Chocat et ses musiciens, Ludwig Bahia à la batterie et le guitariste Pierre Schmitt.

S'il utilise un micro lorsqu'il chante il n'est par contre pas sonorisé quand il raconte son parcours. On sort de la salle avec l'impression d'avoir passé plus d'une heure au coin du feu, en compagnie d'un ami.

Pierre est ce qu'on appelle un show man mais ce moment le montre capable de douceur, voire même de tendresse à l'égard de toutes les personnalités qu'il a imitées depuis 40 ans. Sylvia Roux, la directrice du studio, a eu la formidable idée de lui demander, non pas de faire un récital de plus mais de raconter sa vie. 

Il commence avec la cavalcade entrainante de la bande originale que Michel Polnareff a composée pour le film de Gérard Oury la Folie des grandeurs. C'est que la musique, nous allons l'entendre, joue un rôle déterminant dans la vie de l'humoriste.

C'est à l'âge de 7 ans qu'il a déclaré à ses parents que plus grand il ferait rire. Ses ascendants ne l'ont guère pris au sérieux et ont tenu à lui faire suivre des études malgré des résultats médiocres (c'est lui qui nous le dit) quel que soit le nom (prestigieux ou pas) de l'établissement où ils réussissaient à le caser.

L'option musique qu'il choisit au Bac Technique ne lui permet pas d'obtenir le diplôme malgré un 20 sur 20, lequel ne compensera pas la note catastrophique qui lui est attribuée en physique.

Il entreprend alors malgré tout des études de marketing qu'il achèvera en 1964. La soirée de promotion est dirigée par José Artur qui est déjà le grand animateur que nous avons connu sur France inter. Je veux devenir Tintin lui déclare Pierre.

Il attendra mars 66 pour démarrer dans le journalisme, à Limoges où il fait ses débuts au premier journal télévisé régional de 19 h 40.

Il a rencontré celle qui sera la femme de sa vie, qui pour le moment n'a pas terminé ses études de médecine. Il lui incombe donc de faire bouillir la marmite. Pierre acceptera un poste de représentant (c'était le terme usité à l'époque) chez Primagaz pour se rapprocher de la région parisienne. Il parcourt 200 km par jour en 4 L pour sillonner l'Oise afin de vendre des chauffe-eaux ... y compris à une vielle dame qui n'avait pas l'eau courante (ce n'était pas si fréquent dans ces années là) lui promettant que le jour où ses voisines auront l'eau froide au-dessus de leur évier elle aurait, elle, l'eau chaude.

vendredi 4 mai 2018

Les inséparables mis en scène par Ladislas Chollat

Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie disent écrire en pensant à un décor.

Il est indéniable que celui qui a été imaginé par Emmanuelle Roy (ainsi d'ailleurs que les costumes d'une folle élégance de Jean-Daniel Vuillermoz) contribuent à installer l'atmosphère de la pièce qui se déroule sur deux époques, dans un atelier de peintre en duplex, situé à Montparnasse.

Je ne comprends d'ailleurs pourquoi il n'est pas nominé cette année aux Molières dans la catégorie création visuelle. Il apparait certes, mais pour saluer le travail de mise en scène de Ladislas Chollat qui, s'il obtient la statuette, ne saura jamais à quelle pièce il la doit puisqu'il est tout autant cité pour Le fils.

L'intrigue est assez complexe. Gabriel Orsini (Didier Bourdon) est un peintre renommé en pleine crise existentielle. Dans sa vie, tout fout le camp : faute d’inspiration, il ne peint plus depuis des lustres, malgré le soutien sans faille de Maxime (Thierry Frémont), son fidèle galeriste. Il ne supporte plus sa compagne Célia. Il en veut aussi terriblement à Abel (Pierre-Yves Bon), son fils unique né d’un premier mariage désastreux, d’être devenu trader à New-York… suivant ainsi la voie de Samuel Orsini, le grand-père banquier de Gabriel.

Né de père inconnu, et orphelin de mère (Elise Diamant), Gabriel a été élevé par Samuel, un grand-père austère et implacable, à qui il a toujours voué une haine sans limite. Or, à la veille de ses 50 ans, qu’il s’apprête à ne surtout pas fêter, Gabriel reçoit un cadeau inattendu de la part d’une mystérieuse artiste peintre, d'origine russe, Sacha Khlebnikov (Valérie Karsenti) qui était en vogue dans les années 60 : ce magnifique duplex en bordure de Saint-Germain des Prés.

jeudi 3 mai 2018

Hu Po, cuisine chinoise gastronomique à Dijon

Hu Po signifie ambre en chinois et de fait l'adresse de ce restaurant est précieuse, d'autant que le restaurant n'est pas très remarquable depuis la très belle place de la République.

Cette situation ne l'empêche pas d'afficher complet régulièrement parce que les habitués sont fidèles au déjeuner et reviennent volontiers le soir pour une ambiance plus gastro. Le restaurant qui a ouvert en 2014 s'est taillé une jolie réputation.
Que la capitale dijonnaise ait un restaurant chinois gastronomique m'avait quelque peu surprise. On a tellement l'habitude de ce qu'il faut bien reconnaitre comme étant au pire des bouisbouis, au mieux des cantines exotiques, que la recommandation valait d'être suivie.

Surtout avec une formule déjeuner annoncée aux alentours de 12€ pour entrée-plat-dessert.

La serveuse m'apporta l'ardoise sans chercher à me convaincre de choisir à la carte. C'est rare. Je décidais donc de lui faire confiance pour décider du plat. Par contre je savais que je prendrai la Salade d'émincé de filet mignon parce que j'adore les baies de Sichuan et qu'elle m'avait prévenue de l'assaisonnement du plat.
J'apprécie aussi que les couverts soient complétés par une paire de baguettes que j'ai utilisées par respect pour le cuisinier et par plaisir aussi. L'assiette arrive assez vite. Appétissante.

mercredi 2 mai 2018

Stéphanie Jarroux, Bio et barge ...

Stéphanie Jarroux commence dos au public, une pierre entre ses mains, se plaignant  d'être alignée par Jupiter.

A peine retournée, elle part à la recherche d'un homme qui s'appellerait Pierre. Rassurez-vous elle en trouve toujours. Ce soir c'est même mieux puisque l'heureux élu se nomme Peter et qu'elle pourra tout au long de la soirée l'apostropher en néerlandais, qu'elle parle à la perfection.

Je crois que le jour où elle débusquera sur les gradins un québécois portant ce patronyme Stéphanie sera aux anges.

L'humoriste enchaine les sketchs avec énergie. Elle revendique une bio attitude parfois jusqueboutiste, n'hésitant pas à parler de coupe menstruelle, ce qui est, je pense, totalement inédit. Son propos est militant et drôle, impliquant le public, et même l'ingé-son qui ne parvient pas à retenir son rire.

Elle pratique l'art du détour pour transmettre un message. Sans se laisser arrêter par le moindre tabou. S'il n'en avait tenu qu'à elle c'est un spectacle entier qu'elle aurait pu écrire sur les règles.

L'écologie est un de ses chevaux de bataille et là aussi elle y va franchement. Sans craindre d'avouer que parfois c'est fatiguant d'être bio. Qu'on ne se régale pas vraiment à grignoter des galettes de riz qui ont une saveur de polystyrène.

Qu'il est difficile de mémoriser tous ces (excellents) produits au nom compliqué évoquant des Pokémon comme agar-agar, alfalfa (j'ai vérifié, on devrait dire luzerne mais ce serait moins chic), spiruline, tofu, kamut.

mardi 1 mai 2018

Les blessures du silence de Natacha Calestremé

Il y a des romans qui changent une vie. Les blessures du silence ont ce potentiel.

Natacha Calestremé est une femme qui ne traite que des sujets qui lui tiennent à coeur, quel qu'en soit le mode (cinématographique ou littéraire). Elle aurait pu faire un documentaire sur la perversion narcissique. Elle a choisi de construire une intrigue qui ait autant la vocation de distraire que de faire réfléchir.

En ce sens ce livre est un roman, un vrai, et il est important de le souligner. J'ai éprouvé un grand plaisir de lecture. L'intrigue est très bien construite, irréprochable sur le fond (l'auteur a effectué un travail de recherche plutôt colossal) et captivante.

Les blessures du silence peut donc se lire comme un (très bon) roman policier mais il a aussi pour vocation d'ouvrir les yeux sur un fléau qui touche 1 femme sur 5, et dont les hommes ne sont évidemment pas épargnés.

Natacha connait parfaitement le phénomène d'emprise et la manipulation qui en découle. Elle a pour ambition de déciller les yeux de celles et ceux qui n'ont encore pas compris qu'elles ou ils vont se faire broyer ... tout simplement.

Car dans ce type de situation le sujet a perdu sa lucidité, alors qu'il saurait très bien analyser le contexte pour un de ses proches et lui recommander la (bonne) décision à prendre. Il n'y en a d'ailleurs qu'une seule, la fuite. Mais pour cela il faut d'abord arrêter de se considérer comme plus fort (e) que tout.

Avant cela, et personne ne prétendra que c'est facile, il importe de prendre conscience du phénomène. Il n'y a qu'un évènement extérieur à sa propre vie qui ait cette puissance. La mort de Marie Trintignant a fait réfléchir beaucoup de femmes sur les risques qu'elles encourraient à rester auprès d'un compagnon violent. Dans le roman, c'est une conférence à laquelle la chef de service d'Amandine l'entraîne, après avoir pu se libérer d'une emprise semblable, quoique moins fatale.

L'efficacité de cet élément extérieur est subordonnée à l'état psychologique de l'individu qui ne changera que s'il est prêt à évoluer. Cette conjonction est fragile. C'est bien pourquoi des drames ont lieu tous les jours, et sans qu'on les attribue à la perversion narcissique ... parce qu'elle ne laisse pas de trace et que le (vrai) coupable n'a même pas besoin d'alibi. Il est insoupçonnable.
Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide. Ses parents affirment qu'elle a été tuée. Ses collègues pensent qu'elle s'est enfuie avec un amant. Qui croire ? Qui manipule qui ? Connaît-on vraiment la personne qui vit à nos côtés ?
L'intrigue est poignante et déroutante, Natacha Calestremé le reconnait elle-même en employant ce mot sur la quatrième de couverture (où pour la première fois elle assume aussi de revendiquer le sujet traité). De fait le lecteur pataugera un peu dans les premiers chapitres.

La construction, intercalant présent et passé, n'est pas chronologique. Elle est perturbante, sans doute intentionnellement, pour témoigner que dans ce genre de situation personne ne comprend la victime. Ça finit par marcher et on se surprend à ne plus vouloir lâcher le livre, impatient d'en savoir plus.

J'étais assaillie de questions à la fin du premier tiers. Les témoignages sont contradictoires et ne correspondent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Puis-je faire confiance à sa détresse ? Son odieux mari est-il coupable comme tout me le porte à croire ? Yoann Clivel se fait-il balader par son supérieur, Filipo, qui ne serait alors pas le bon samaritain qu'il prétend être ? Quel rôle a pu jouer auprès d'Amandine son soit disant ami Roland Beys ?

J'ai mis longtemps aussi à comprendre le sens profond du titre, énigmatique de prime abord. Et ce n'est pas la couverture qui pouvait me renseigner. Si les victimes ne partent pas, reviennent, répètent une vie sentimentale chaotique, et si elles-mêmes ne savent pas pourquoi elles subissent ainsi l'insupportable c'est en raison de ces blessures, qui constituent l'élément fondateur de leur destin. 

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