samedi 30 avril 2011

Lettres d'amour à Staline de Juan Mayorca, mis en scène par Jorge Lavelli à la Tempête


Jorge Lavelli est en passe de devenir LE spécialiste de Juan Mayorca dont il vient de mettre en scène la troisième pièce (et il a l'intention de ne pas s'arrêter en si bon chemin). Pour ce qui me concerne je découvre le dramaturge espagnol à travers ces Lettres d'amour à Staline qui font écho au Journal d'une autre porté par Isabelle Lafon. (et dont je rendrai bientôt compte)

Sous Staline, beaucoup d'intellectuels vivaient dans la terreur. Certains ont été déportés. D'autres ont perdu un membre de leur famille dans une exécution, comme ce fut le cas pour Lydia Tchoukovskaïa et Anna Akhmatova, auxquelles Isabelle Lafon rend hommage.

Elles en sont en quelque sorte le double masculin de Mikhaïl Boulgakov qui a effectivement écrit à Staline suite à l'interdiction de l'intégralité de son œuvre prononcée par le Comité Central pour les Répertoires. Cette sanction signifiait non seulement une mort artistique mais plus directement à l'inexistence. De 1929 à 1932, l'écrivain russe a adressé plusieurs lettres sollicitant l'autorisation de quitter la Russie ou y obtenir un emploi même subalterne dans un théâtre (puisqu'il comprend qu'il n'a plus le droit d'écrire).

Son désir est aussi fort de rester que de quitter la Russie. Cette contradiction est le carburant de la tragédie.

Le fait historique est réel. Il n'est que prétexte pour interroger le rapport que les artistes entretiennent avec le pouvoir. Le sujet n'est pas nouveau. Molière lui-même attendait la reconnaissance de Louis XIV tout en sachant que la Cour entière le détestait.

Pour Boulgakov ne pas être aimé de Staline revient à ne pas être aimé du tout. Fragile et narcissique, comme la plupart des artistes, il est entièrement habité de ses angoisses, parfois atténuées de (faux) espoirs qui font place à de vertigineuses désillusions.

C'est Luc-Antoine Diquero qui interprète Boulgakov. La pièce se déroule sur une dizaine d'années et on le voit successivement s'enflammer, se consumer et s'éteindre, victime d'une folie paranoïaque et schizophrénique alimentée par des visions démoniaques d'un Staline, Gérard Lartigau, excellent lui aussi, qui lui apparait régulièrement sous la forme d'un clown blanc surgissant d'une armoire comme un diable hors de sa boite.

D'autres seraient tentés de surjouer la folie. Luc Antoine Diquéro l'incarne avec mesure, rendant son personnage plus sympathique que pathétique. On se surprend même à entrer dans sa logique ...

Le plateau est surchargé de meubles et d'éléments qui furent plus ou moins décoratifs au siècle dernier. On se croirait dans un hangar des Compagnons d'Emmaüs qui a probablement été pensé ainsi pour illustrer le niveau de perturbation mentale du personnage principal, encombré par des contradictions inconciliables. Nous assistons, impuissants, à la descente aux enfers que son épouse tente de ralentir. Pour rendre notre position inconfortable le dispositif scénique se compose aussi de miroirs qui renvoient le spectateur à sa propre incapacité à changer le monde.

Marie-Christine Letort déploie une belle énergie pour convaincre son époux d'être raisonnable. Elle estime d'abord que partir serait déraisonnable : nous ne pourrons pas vivre dans un autre pays. la Russie est notre ciel, notre peuple, notre langue.

Elle va tenter d'exorciser les démons de son mari. D'abord en raisonnant froidement. Boulgakov avait en quelque sorte la chance de n'être pas directement persécuté. Certes ses œuvres n'étaient plus jouées, mais sa personne n'était pas en danger. Ses textes déplaisent au pouvoir qui a les moyens de les interdire. La comédienne devient jubilatoire dans les scènes où elle lui donne la réplique en interprétant le rôle de Staline, mettant tout en œuvre pour lutter pied à pied contre ce qui représente un rival. Mais que faire contre un être qui n'est ni de chair ni de sang ? Elle pourrait renoncer à sa patrie pour sauver l'homme qu'elle aime. Mais elle ne peut pas détruire une illusion chimérique. Le désir absolu de reconnaissance et le besoin existentiel d'être aimé du pouvoir mènera Boulgakov à une solitude absolue et lui fera perdre jusqu'à l'amour de sa femme.

Le maigre espoir engendré par le coup de téléphone de Staline est intense. La répétition de l'épisode renforce l'effet. Elle met aussi en évidence la folie dans laquelle ses utopies le poussent. Son esprit en est gravement perturbé : ne plus pouvoir écrire, c'est être enterré vivant.

Jorge Lavelli et ses comédiens nous donnent à voir une expérience poétique où le passé entre en scène comme un tigre furieux. On en sort en se disant que, malgré toutes les protestations actuelles nous vivons dans un monde de liberté d'expression qui n'est pas universellement "naturel".

Lettres d'amour à Staline de Juan Mayorga,
Texte français Jorge Lavelli & Dominique Poulange, mise en scène de Jorge Lavelli , avec Luc-Antoine Diquéro, Marie-Christine Letort et Gérard Lartigau
du 27 avril au 29 mai 2011
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, route du Champ-de-Manoeuvre, 75012 Paris
01 43 28 36 36

vendredi 29 avril 2011

L’Orangerie du Plessis (92) expose des chefs d’œuvre sauvés de l’oubli

Il s’agit de quatre tableaux de chevalet, tous déchirés, percés de clous, poussiéreux, ayant subi des ravages immenses.

Ces œuvres d’art, datant du XVII° au XIX°, n'étaient d'ailleurs plus visibles par le public depuis l’agrandissement de la chapelle Saint-Jean-Baptiste et de la fermeture du chœur, transformé en sacristie ... il y a soixante ans.

Les tableaux étaient en train de périr dans une arrière-salle de l’église quand on décida de les sauver des outrages du temps.

On peut raisonnablement annoncer qu'ils regagneront bientôt les murs où ils étaient autrefois accrochés. Cette opération pourra s'envisager à la fin des travaux de restauration de la chapelle.

Il est probable qu’ils y seront pour les Journées du Patrimoine de la mi-septembre 2012, car il faut bien se fixer des échéances.

D'ici là ils sont exposés dans l’Orangerie du Plessis Robinson, en quelque sorte en avant-première, jusqu’au 25 mai. Il faut venir à différentes heure de la journée pour bénéficier d'éclairages différents.Il n’est pas nécessaire d’être pratiquant d’une religion ou d’une autre pour apprécier, d’une part le coté sublime des deux Marie-Madeleine, de Saint Jérôme et de la Vierge Marie, et d’autre part la qualité du travail de restauration (qui est conjointement fort pédagogiquement expliquée).
L’ensemble demeure modeste au regard de ce qu’on peut admirer à Paris, à la Sainte Chapelle, ou dans des monuments plus prestigieux, mais il faut se réjouir quand une commune s’engage dans la conservation de son patrimoine pour les générations futures.
L’exposition a été inaugurée le 29 avril en présence des artistes de la restauration qui ont fait un travail prodigieux (il suffit de comparer avant/après), dans une ambiance musicale grâce aux musiciens de l’association la Lyre du Plessis Robinson
... et dans une atmosphère classique et romantique très XVIII° avec de volumineux bouquets de fleurs, quelques bougies et des fauteuils bergères qui sont parfaitement à leur place dans un tel cadre.
Orangerie – rue de la Mairie, entrée face à l’Hôtel de ville du Plessis Robinson, tel 01 46 01 43 21
Exposition ouverte au public tous les jours de 15 à 19 heures, sauf le lundi. Entrée libre.

jeudi 28 avril 2011

Longtemps, j'ai rêvé d'elle, de Thierry Cohen

Le livre est arrivé dans ma boite aux lettres sans que j’en exprime la demande. J’ai failli protester. Une PAL déjà trop haute qu’un ouvrage de plus risquait de faire chavirer (dans le jardon des bloggeurs littéraires la PAL est le terme désignant la pile de livres en instance de lecture, en général en équilibre instable au pied du lit).

Le titre m’a intriguée. J’étais tentée. J’ai commencé à lire. Les premiers chapitres m’ont agacée avec leur air de vouloir me convaincre que j’avais LE livre du siècle entre les mains alors que je trouvais le style fade et sans surprise.

L’écriture est chaotique. La narration rétrograde un chapitre sur deux, reprenant les faits pour les raconter une seconde fois du point de vue de l’autre protagoniste.
On retrouve des thèmes chers à Marc Lévy ou à Muso. Mais Thierry Cohen ne leur arrive pas à la cheville.

Cette histoire d’amour a tout du marivaudage. On a le jeune premier qui ne comprend pas qu’il est amoureux. La jeune première qui ne sait quel cœur choisir, ignorant que les deux ne font qu’un. La sœur, tendre amie. Les figures parentales qui tirent les ficelles. Le tout au XXI° siècle, avec d’autres techniques que la seule voie épistolaire.

Cela se lit jusqu’au bout, sans peine et sans fortes émotions.
Il parait qu’on a tous un roman qui nous est destiné, dont la lecture nous révèlera à nous-mêmes. Thierry Cohen le désigne sous le nom de « roman-lumière ». Longtemps j'ai rêvé d’elle ne m’a pas éblouie.

J’ai appris que l'auteur communique beaucoup avec ses lectrices (tiens, pas de lecteurs) via facebook … comme David Foenkinos … mais avec moins de délicatesse. L'écrivain est un homme de communication. Il a travaillé en agence de pub. C'est peut-être par déformation professionnelle, même inconsciente qu'il a choisi un titre qui fait penser au livre de Patrick Poivre d'Arvor, écrit avec son frère Olivier sous le titre "J'ai tant rêvé de toi", aux éditions Albin Michel, en 2007. Un livre loin d'être passé inaperçu puisqu'il fut retenu en première sélection pour le prix Goncourt cette même année. Thierry Cohen ne peut l'ignorer, pas plus que le titre du poème de Robert Desnos.

Rien d'étonnant non plus à ce qu'il ait songé à demander (pardon, à proposer) à ses lectrices de se filmer afin de confier les émotions qu'elles espéraient trouver à la lecture de ce roman, en prenant appui sur leur connaissance de l'auteur mais également sur ce que leur inspiraient le titre et la couverture. Ces clips réalisés avec leurs propres moyens (webcam, mobile, caméscope, etc.) seront diffusés sur le site de Thierry Cohen, et sur son profil Facebook.

Longtemps, j'ai rêvé d'elle, de Thierry Cohen, chez Flammarion, 2011

mercredi 27 avril 2011

La ménagerie de verre mise en scène par Jacques Nichet

Cette fois ce n'est pas d'une avant-première que je vais vous parler, mais l'intérêt d'un blog n'est pas de courir après les nouveautés. Il est surtout de pointer ce qui est beau, rare et qu'il faut savourer, peu importe le moment où l'objet passe à votre portée.

Ce soir c'était la Ménagerie de verre, un titre énigmatique pour une mise en scène remarquable (et remarquée l'année dernière, ce qui lui valut notamment une nomination au titre de Molière des compagnies). J'étais d'autant plus motivée que j'avais vu la pièce de Benoit Solès, Appellez-moi Tennessee. Enfin une traduction signée Jean-Michel Desprats était l'assurance d'entendre un texte fluide.

J'ai été comblée et les spectateurs ont partagé la même émotion, applaudissant longuement les quatre comédiens.

Le dispositif scénique a été pensé pour servir d'écrin aux personnages. Un rideau de fils noirs en arc de cercle sépare la scène de la coulisse. La jeune Laura (Agathe Molière) s'y débat et tourne en rond an claudiquant comme une danseuse de boite à musique qui serait en déséquilibre.

La mère (Luce Mouchel) va et vient avec énergie, motivée par la volonté d'épargner à sa fille "le pain dur de l'humilité", habitée par l'espoir de la marier à un galant comme elle dit. Et le galant, ce pourrait être Jim (Dan Arus) puisqu'il trouve la jeune fille unique et jolie. Mais il n'a accepté l'invitation à dîner que par camaraderie, pour Tom qui est son collègue à l'usine. Hélas, il est déjà amoureux.

Tom (Stéphane Facco) est le récitant. C'est à travers son regard que l'on décrypte les espoirs et les chagrins des autres. Il convoque ses souvenirs qu'il inscrit sur un arrière-plan historique, illustré par des porjections d'images sur un écran qui occupe tout le fond de scène, derrière le rideau de fils.

Il tisse le vrai et le faux et joue avec les mots. Jacques Nichet double leur effet en les illustrant visuellement.
Ainsi la présence récurrente du grand écran illustre, au pied de la lettre, l'étonnement mêlé d'angoisse de la mère à propos des départs intempestifs du fils : tu vas vraiment au cinéma beaucoup trop souvent, lui reproche-t-elle en soupçonnant quelque embrouille.

Tom joue avec ses souvenirs tout en jouant avec les mots. Jacques Nichet a dirigé ses acteurs de manière à nous les faire entendre et à témoigner combien chacun vit enfermé dans son monde et dans ses rêves. Ainsi pour la mère, ce sont les mouvements de la lune qui rythment sa vie.

Le jeune homme invoque que tout le monde n'a pas l'instinct de l'aventure, prétexte la pénombre, l'alcool et le sexe en mimant un rodéo incroyablement réaliste avec sa redingote qui mérite de devenir une scène d'anthologie à l'instar des trémoussements de la mère boudinée dans sa robe de bal de jeune fille, ou encore la délicatesse éthérée avec laquelle Laura éteint les bougies en les pinçant une à une, comme si elle arrachait une écharde de rêve de chaque flamme.

C'est fort, sensible, saisissant.

mardi 26 avril 2011

Revue d’un monde en vrac de Stéphanie Tesson au Théâtre 13

Le Théâtre 13 clôture sa saison sur la question que pose Stéphanie Tesson en sous-titre de sa Revue d’un monde en vrac : Qu’est-ce qui va se passer ?

L’auteur qualifie la pièce qu’elle a écrite de « fresque prophétique » et le choix d’une bouteille de vin mousseux comme illustration est assez fidèle à l’esprit de l’œuvre : pétillante.

Stéphanie Tesson cumule des talents que je vais vous livrer dans le désordre : auteure, elle cisèle des dialogues fort savoureux, directrice d’acteurs, elle obtient de ses comédiens des performances comparables à ce que font des artistes de cirque, allant là où on ne s’y attend pas, réalisatrice, elle a su s’entourer de collaborateurs inventifs comme Marguerite Danguy des Déserts pour les accessoires, Corinne Pagé pour les costumes et Anne Caramagnol pour les maquillages.

Il faut dire –et cela ne diminue en rien ses mérites » que Stéphanie Tesson a été plongée très tôt dans la marmite du théâtre. A dix ans elle découvrait le Molière d’Ariane Mnouchkine qui a marqué plusieurs générations. Elle a aussi dû avoir des discussions passionnées et passionnantes avec son papa, critique renommé et spectateur attentif.

Le monde qu’elle nous donne à voir est effectivement en vrac et ses personnages en errance vont droit dans le mur. Un mur d'ocre rouge qui compose un décor d’une sobriété rare. Stéphanie la voulu statique pour témoigner que rien ne bouge. Mais si le monde n'évolue pas en bien on note que la vision que les deux personnages principaux ont de la vie évolue tout de même au fil de leurs pérégrinations.
Les costumes et les accessoires sont d’une créativité exceptionnelle, d’un niveau de ce qui n’existe d’habitude qu’au cinéma. L’écriture et la direction d’acteurs sont effervescents.

Vous raconter le sujet et les dialogues serait parcellaire et réducteur. On pense à la référence du carnaval. Ce qu’il faut souligner c’est la dimension plastique de l’œuvre. Un feu d’artifices. Une démonstration de beaucoup de facettes de jeux (le dialogue, le chant, la pantomime, le masque) au service d’une large palette d’émotions, sans aucune velléité moralisatrice, analytique ou pédagogique comme le souligne Stéphanie Tesson.

La pièce s’appuie sur un duo constitué par un SDF et une star - l'exclu et l'Égérie - (photo ci-contre), tandis que défile une galerie de personnages pittoresques, ce qui implique de confier ces rôles à des comédiens rompus à l’exercice de la composition, capables de changer de registre en quelques secondes et qui soient, de surcroit autant capables de jouer que de chanter a capella.

Mention spéciale à Brock et à Fabienne Fiette (mais ils sont tous excellents) qui incarne la Mort au-delà de la représentation en offrant dans le hall à la spectatrice le cornet de glace qu’elle lui a promis une demi-heure auparavant.

L'inspiration historique est fantaisiste, poétique et humoristique. La performance est bluffante, loufoque et carrément réjouissante.

Revue d’un monde en vrac (qu'est ce qui va se passer ?) de Stéphanie Tesson, du 26 avril au 5 juin
mise en scène de l'auteur (création) 1h50 sans entracte
au Théâtre 13, Accès par le mail au 103 A boulevard Auguste Blanqui ou par la dalle piétonne face au 100 rue de la Glacière, 75013 Paris. Tel 01 45 88 62 22

Avec Brock, Emilie Chevrillon, Julie Debazac, Fabienne Fiette, Pierre-Olivier Mornas et Pablo Peñamaria
Assistant à la mise en scène François-Xavier Rouyer, Musique Pablo Peñamaria, Décor et accessoires Marguerite Danguy des Déserts, Costumes Corinne Pagé, Lumière Philippe Mathieu, Maquillages Anne Caramagnol
Production Phénomène et Cie, Co-production Théâtre 13 et Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison, avec le soutien de la Ville de Paris et de l’Adami. Texte écrit aux Athévains (dans le cadre de la Résidence d’Ecrivains, subventionnée par le Conseil Régional d’Ile de France – Service du Livre) et édité aux Éditions Les Cygnes – Collection Les Inédits du 13.

lundi 25 avril 2011

Pardonnez-moi, le premier film de Maïwen, pas le dernier

( article mis à jour en novembre 2011)
J'ai découvert ce long métrage récemment au cinéma dans le cadre d'un cycle sur les secrets de famille. L'actrice a fait un excellent travail qu'il ne faut pas oublier. Je remets sans cesse l'écriture d'une critique en me disant que ce n'est pas tant que çà d'actualité. Du coup je fais passer d'autres urgences sans cesse avant.

Mais voilà maintenant que c'en est devenu une, d'urgence. Parce que je viens d'apprendre que Maiwen va présenter un film au Festival de Cannes. Et je suis ravie pour cette talentueuse actrice, scénariste, réalisatrice et de surcroit productrice ... à 34 ans.

Et puis parce que ce film restera une des dernières apparitions au cinéma de Marie-France Pisier et qu'elle y était exceptionnelle bien sûr en mère égocentrique et manipulatrice.

Pardonnez-moi sur Comme Au Cinema
On commence à entendre des choses troublantes sur les circonstances du décès de l'actrice. Quelle que soit la vérité cela nous renvoie à la fragilité de l'existence et à l'absolue nécessité de ne pas s'éloigner des êtres aimés, quitte à risquer la maladresse.

Maïwen montera les marches de Cannes pour présenter Polisse, son troisième long métrage (elle avait tourné le Bal des actrices en 2009) où elle joue avec Joey Starr, Riccardo Scarmarcio, Karin Viard, et Marina Foïs. On dit qu'elle est restée dans le même type de réalisation, avec des moyens techniques ultra discrets, des petites caméras et un plan de tournage léger.

C'était ce dispositif qui faisait de Pardonnez-moi un film choc, que les spectateurs ingéraient souvent au premier degré, buvant toutes les paroles comme s'il s'agissait d'une autobiographie à l'allure d'une confession. C'était du cinéma, certes inspiré par des faits réels, mais une fiction tout de même.

Pardonnez-moi pourrait être le dernier cri de Marie-France Pisier. L'expertise de son téléphone portable révèlera peut-être un message de cet ordre.

Maïwen signe son film de son seul prénom, parce qu'elle s'en ait fait un nom. Elle y interprète le rôle de Violette, ce qui signifie clairement que Violette est un personnage. C'est Violette qui déclare vouloir faire un documentaire. Maïwen, elle, ne tourne pas un docu mais un vrai film.

Tout réalisateur met un peu de lui dans ses œuvres. Maïwen ne fait pas mystère en interview de son passé d'enfant battu. La resemblance s'arrête là. Elle n'a pas deux sœurs (comme Violette) et sa sœur n'a pas deux papas. Le tournage n'a duré que 17 jours, insuffisant pour mener une grossesse. Les prothèses de silicone sont très réalistes, n'est-ce pas ? (Claude Perron, alias Suzanne, épouse de Michel Blanc, utilise le même artifice dans le film de Jennifer Devoldere, Et soudain, tout le monde me manque).

Et si le public s'y trompe c'est que la réalisatrice a magistralement réussi son coup. Car la fonction du cinéma est de rendre le scénario plus vrai que vrai. Maïwen est une formidable interprète puisqu'on la croit sur paroles, réalisatrice surdouée qui a provoqué les félicitations de Luc Besson avec Pardonnez-moi, excellente directrice d'acteurs. Sa méthode consiste à leur donner suffisamment peu d'indications pour qu'ils soient contraints à improviser (d'où un renforcement du ton confessionnel des dialogues). C'est aussi une productrice engagée qui a eu le cran d'investir ses fonds propres au mépris de toutes les mises en garde de la profession.

La marque de fabrique de Maïwen c'est la mise en abime. Elle juxtapose les flash-backs et les points de vue avec une grande maitrise, faisant varier le cadre, jouant avec la caméra, interpelant l'œil du spectateur qui ne peut rien louper d'essentiel. Le comble est atteint avec l'incise d'archives familiales (bien réelles), vidéos ou photos, provoquant une alternance entre la couleur et le noir et blanc.

Sans jamais tomber dans la sensiblerie, et avec un certain humour dans le choix des extraits (incroyable formule de la petite Maïwen répondant à la question du métier qu'elle souhaite faire plus tard : " je crois que comédienne, c'est ce que je fais déjà, non ? "

Elle pratique aussi la citation avec discernement. Elle emploie les trois petites notes de musique de la chanson d'Yves Montand pour dater la première séquence souvenir. On entrevoit l'affiche du film de Maurice Pialat Merci la vie et on entend la musique de la Boum sur la scène rêvée du mariage.

Certes il y aurait beaucoup à pointer sur la violence des échanges entre les personnages. Quand l'amour paternel entre dans le crane à grands coups de baffe les rapports aux autres sont faussés dès le départ. On peut alors trouver davantage de valeur à recevoir un pain fait main, que son père a mis deux heures à préparer, qu'à marcher sur le chemin de roses que son fiancé a tracé. Peu importe la symbolique de la main et du pain (prendre un pain), peu importe la question qui nous taraude de savoir s'il n'y aurait pas une forme de fierté à avoir été un enfant battu et être resté solide, à l'instar du soldat qui revient vivant de la guerre.

Maïwen témoigne que si on ne peut rien oublier il est néanmoins possible de "recycler" le passé. On peut attendre avec bonheur le film qui sera présenté à Cannes.

Pour lire la critique de Polisse, le film présenté au Festival, et que j'ai trouvé formidable, c'est .

dimanche 24 avril 2011

Des perruches à collier, belles en apparence

Depuis au moins 5 ans, le ciel résonne de piaillements aigus, surtout le soir à partir du mois de mai en région parisienne.

On aperçoit des groupes de plus en plus conséquents de grands oiseaux verts qui se déplacent en bande.

Ils se perchent au sommet des arbres et on les devine à peine sur le feuillage dont ils semblent avoir emprunté la couleur, surtout s'ils ne tournent pas la tête vers vous.

Leur vol saccadé rend difficile la prise de vue. On peut se consoler avec les fleurs qui ne sont jamais dérangées par l'objectif.Jusqu’à ce qu’un animal solitaire se pose sur un arbuste du jardin par curiosité ou par témérité. J’ai pu l’approcher et faire plusieurs clichés de près.

On a envie d’admirer la brillance du plumage vert qui contraste avec le bec rouge, bien crochu, et le cercle noir des yeux. L’oiseau a le maquillage d’un clown.
On dit que ce sont des perruches à collier (seul le mâle porte cet ornement) qui se seraient échappées d’une cage mal fermée sur l’aéroport de Roissy. C’est peut-être une légende urbaine parce que les tourterelles turques n’ont pas eu besoin de prendre l’avion pour coloniser le bassin méditerranéen puis toute l’Europe.

Ces perruches vivent habituellement en Inde, en Asie du Sud-est et en Afrique subsaharienne et elles sont arrivées en France semble-t-il il y a une vingtaine d’années. Elles sont maintenant visibles jusqu’en Belgique et en Angleterre.
On commence par les admirer, comme les enfants le font des pigeons. On ne prend conscience des inconvénients de leur prolifération que plus tard. D’abord en réalisant que leur taille, un peu supérieure à un merle, va rapidement compromettre l’équilibre écologique. Certes, il ne s’agit pas de dégâts comparables à ceux que subissent les agriculteurs indiens, sur leurs récoltes de riz et d'arbres fruitiers.

Ce sont les petits moineaux si familiers de nos grandes villes qui sont les plus en danger. Ils assisteront impuissants à la diminution de leurs ressources de nourriture. Il n’y aurait guère que la pie qui leur fasse peur. Même le pic-vert, qui lui aussi niche dans les cavités des grands arbres, recule devant leur bec puissant. Là aussi les conséquences ne sont pas minces. La perruche ne dispose pas d’un bec qui lui permettre de creuser elle-même sa loge dans l’arbre. Alors elle squatte les habitations des pics ou des trous qui sont utilisés par des étourneaux, des pigeons colombins et autres sittelles … qui n’ont plus qu’à se remettre au travail un peu plus loin. Si bien qu’on réfléchit sérieusement depuis déjà 3 ans à l'intérêt d'une éventuelle éradication et à ses modalités.

Pour le moment l’espèce est dite envahissante, pas encore invasive. La nuance est subtile.

Je n’avais pas spécialement d’avis sur la question cet après-midi, tout à mon bonheur d’avoir pu faire de jolies photos « exotiques ». Mon point de vue a changé en fin de journée quand j’ai récupéré ma voiture, garée dans la rue, bêtement sous un platane, méconnaissable, maculée de fientes comme jamais j’aurais imaginé que ce fut possible.

Je sais maintenant que le platane est un de leurs garde-mangers préférés car sa production de boules dure longtemps. Peut-être faudra-t-il réfléchir à des mesures comme celles que les grandes villes ont prises pour limiter la prolifération des pigeons, ce qui me fait penser qu’il faut que je recommence à savonner mes rebords de fenêtre si je ne veux pas devoir les nettoyer … comme ma voiture.

Si j’ajoute le désagrément des pollens voltigeant dans les parcs et jardins où l’on plante de plus en plus d’espèces allergisantes sans réfléchir plus loin que la beauté des fleurs et des feuilles, et si je considère les ravages que les moustiques font déjà sur ma peau (alors que ce n’est encore théoriquement pas la saison) il serait raisonnable d’envisager une mutation en rase campagne.

Pour en savoir davantage sur l’espèce vous pouvez consulter cet article, un peu ancien mais instructif.

samedi 23 avril 2011

Quand la banlieue aussi tient Salon ... du livre et de l'édition

(billet mis à jour le 10 mai 2011)
Samedi 30 avril, la ville du Plessis-Robinson (92) organise son premier Salon du livre Jeunesse. Les bibliothécaires ont misé sur une quinzaine de Petits Éditeurs, ces maisons d'édition totalement indépendantes, aux catalogues inventifs et variés. Des spectacles et des ateliers d'écriture et d'illustration ponctueront la journée qui se déroulera dans les locaux de l'école Anatole France. L'esprit sera nourri et les corps pourront se rassasier ensuite car le programme prévoit aussi une restauration légère. A 17 heures 30 le résultat du Prix littéraire des Écoliers sera annoncé publiquement.






La ville voisine de Chatenay-Malabry organise le même Prix littéraire auprès des enfants des écoles primaire, à partir de la même sélection d'ouvrages. Mais les votes sont indépendants et les lauréats ne seront donc pas forcément les mêmes. C'est le week-end du 27 au 29 mai qui a été retenu pour un Salon du Livre d'une envergure importante puisqu'il n'est pas orienté que vers la jeunesse.

Le samedi on connaitra les lauréats d'un Concours interculturel d'Écriture. Les écoles primaires bénéficieront d'ateliers philosophiques autour de Paul Ricoeur, proposés par les éditions "Les petits Platons".

Le Prix littéraire des Écoles sera révélé le samedi 28 mai. Deux table ronde seront organisées, la première avec Aya Sissoko et Marie Desplechin pour débattre de « l’Art de reconstruire au féminin » . La seconde en présence de Fanny Chesnel, Claire Berest, Anne Berest et Emma Becker pour explorer le contexte particulier de l'édition d'un premier roman.

Autre concours encore le lendemain, de correspondance cette fois, intitulé "Lettre à un(e) ami(e) inconnu(e)". Trois table-rondes sont également au programme, concernant particulièrement les relations d'amour et de haine au sein des familles, avec la présence (sous réserve) d' Eric Fottorino, à qui les lectrices de ELLE ont décerné un Grand Prix en 2010 ( compte-rendu de la soirée ici) pour son livre, l'homme qui m'aimait tout bas.

D'autres temps forts ponctueront les trois jours sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir.

Comme par exemple cette exposition de Hamid Tibouchi, intitulée "Désécritures et autres traces", organisée dans le cadre de ce Salon et qui est un voyage associant l'art contemporain à l'écriture contemporaine.

Hamid Tibouchi est poète, plasticien et illustrateur et cette nouvelle exposition montre son évolution à travers l'utilisation du papier, les formes calligraphiques et géométriques et sa créativité en regard de l'écrit. Cet artiste sera également présent au "Voyages en Livres" le samedi 28 mai et le dimanche 29 mai.

Pour plus de renseignements sur le Salon du Plessis : 01 46 01 44 70

Sur le Salon de Chatenay : 01 46 83 45 48 ou sur le site de la ville pour télécharger le programme complet

vendredi 22 avril 2011

Des clics et du goût, première édition et bilan positif

J'avais annoncé la manifestation et je suis revenue avec un panier plein de kifs (ne perdons pas de vue la méthode de Florence Servan-Schreiber pour faire fructifier le bonheur). C'est dans cet esprit que je ferai un compte-rendu succinct qui se résumera à cette liste de provisions heureuses :

Kif n°1 : Mercotte, la reine du macaron, avait quitté sa très chère Savoie dont elle est descendue avec quelques centaines de pièces, toutes plus délicieuses les unes que les autres, dont elle nous a régalé à longueur de journée.

Kif n°2 : Toujours Mercotte qui nous a révélé (presque) tous ses secrets pour réussir les friandises au cours d'une démonstration d'un pas à pas très explicatif. J'ai franchi un pas de plus dans l'après-midi en achetant son livre et à l'heure où j'écris j'ai déjà des blancs d'œufs qui attendent dans le frigo pour être utilisés dans une semaine (car il ne faut pas prendre des blancs frais)
Kif n° 3 : La découverte des futures pâtisseries que Jeffrey Cagnes, chef du restaurant de la table d'Hédiard (à droite sur la photo), est en train de concocter pour la célèbre maison à qui l'on doit d'avoir découvert les premiers ananas en France métropolitaine. Je devrais bientôt pouvoir en dire davantage à propos de ses (re)créations qui font penser au lancement d'une collection de prêt-à-porter.

Kif n°4 : Le défi auquel Anne nous a soumis. Il s'agissait de réaliser un plat sucré avec tous les ingrédients (sauf un intrus à deviner) qu'elle avait disposé devant nous : rhubarbe puisque c'est la saison (et c'est la spécialité d'Anne de travailler les produits de saison), crème fraiche, beurre, œufs, amandes , amandin ...
Kif n° 5 : Le résultat avec ces verrines de compotée de rhubarbe, chantilly d'amandin et tuile.
Kif n° 6 : Les saltimboccas d'Edda, typiques de ses déjeuners de soleil, découverts le matin, et les gnochcis de cresson à la ricotta, un autre plat italien gouté l'après-midi, de Silvia qui a l'art de les concocter en conjuguant Savoir et saveurs.













Kif n°7 : Les Khao tang nah tang de Bernard, qui ont ravi les papilles de Mercotte. Il a ramené la recette d'un voyage à Bangkok et son blog nous fait voyager intensément. Ses croquants de Cordes sur Ciel ne sont pas moins intéressants.

Kif n° 8 : Le sourire d'autres blogueuses invitées comme Angélique (à qui je rendrai bientôt visite à la Librairie Gourmande) et Nawal avec qui je me suis tant régalée, même que c'était péché en ce jour de Vendredi saint, n'en déplaise aux ardents défenseurs de la laïcité.

Kif n° 9 : La gentillesse et la compétence des étudiants organisateurs de cette journée et des débats dont il ressort que quelque part l'amateur rejoint l'étoilé dans sa démarche. Tous deux sont dans l'exercice constant, goutent, modifient, refont et visent la perfection ou du moins l'amélioration. Et l'exercice du blog développe la création. Nous avons appris que les 15-25 ans font moitié moins la cuisine que ne le faisaient la génération précédente au même âge.

Il y aurait 20 000 blogs de cuisine (quelle profusion !) parmi lesquels une majorité serait des mamans confrontées à un souci (par exemple un enfant allergique comme ce fut le cas pour Anne de Papilles et pupilles) désireuses de faire partager les plats qu'elles ont inventés en réponse à ce problème. pour d'autres le blog est le moyen d'allier la cuisine avec une autre passion comme le design pour Elise. Plus elle avance en compétence, moins elle publie de billets et les ébauches s'amoncellent dans ce qu'elle appelle joliment son "cimetière de projets".

Kif n° 10 : Ce livre "Calissons maison sucrés et apéros " de José Maréchal qui vient de sortir chez Marabout, et qui m'attendait dans ma boite aux lettres. Me voici avec deux livres à potasser sérieusement.

jeudi 21 avril 2011

Et soudain, tout le monde me manque de Jennifer Devoldere

J'ai lu et entendu des avis partagés ... que je ne partage pas, mais alors pas du tout. Pour moi ce film est un chef- d'œuvre et je vous le recommande sans aucune réserve.

Il commence sur le ton de la comédie. On pourrait trouver Michel Blanc un peu plouc dans son interprétation d'un futur papa de plus de 60 ans qui se demande, une fois passée l'euphorie de la bonne nouvelle, s'il ne serait pas préférable que sa jeune femme se fasse avorter. Sauf que justement il joue et c'est l'oscillation régulière entre son coté exaspérant et une façon d'être touchante que j'ai appréciée. Et que jusqu'au bout on s'interrogera sur ses capacités à être un bon papa.

C'est un des bénéfices du scénario, que de poser la question sur la paternité, à la fois du point de vue des parents, que des enfants et même des frères et sœurs. Qu'est-ce qui fait que deux tempéraments vont -ou pas- se comprendre ? Est-il besoin de se comprendre pour s'aimer ?

Mélanie Laurent joue la fille, instable sur le plan émotionnel, en querelle constante avec son père, jusqu'au jour où ... mais je ne vais pas vous raconter le film, d'autant qu'il bascule brutalement dans la tragédie et que là, c'est encore plus fort que les Petits mouchoirs.

L'actrice explose littéralement dans ce rôle qui a été difficile à interpréter parce qu'il se situe aux antipodes de ce qu'elle est, même si la réalisatrice, qui lui ressemble physiquement comme une sœur, l'a écrit en pensant à elle.

Parce que si le film de Guillaume Canet dépeint une société qui a du mal à faire les bons choix, en amour comme en amitié, celui de Jennifer Devoldere est centré sur la famille. Elle scrute ce qui y est fondateur comme ce qui peut apparemment être destructeur. Quand on pense que ce film n'est que son second long-métrage on ne peut qu'être admiratif.

L'humour est toujours présent. Les seconds rôles sont puissants et parfaitement campés notamment par une Florence Loiret-Caille (la sœur, sur la photo à gauche, à coté de son mari dans le film, interprété par Manu Payet) toujours aussi juste. On l'a vue récemment en infirmière dans la Petite chambre.

Claude Perron interprète avec subtilité la belle-mère future maman loin des caricatures. Géraldine Nakache est la copine et collègue. Elle fait contre-poids avec la folie créatrice du personnage de Mélanie.On retrouve avec plaisir Guillaume Gouix, dans un rôle très différent de celui qu'il jouait dans Poupoupidou. La réalisatrice a écrit des rôles d'homme qui ne sont pas ridicules, tout en étant fantaisistes, ce qui fait que le film ne bascule pas dans le féminisme tout en montrant des rapports familiaux qui ne sont pas très classiques. Il y a un ton qui fait penser aux films de Woody Allen.

On comprend que le Festival de Cannes ait sollicité Mélanie Laurent pour en assurer la présidence cette année et on se dit qu'on n'a pas fini de la voir briller sur les écrans. Surtout que dans la vraie vie elle adopte un comportement écologiste qui fait plaisir (par exemple elle roulera en voiture électrique à cannes). On se dit aussi que le cinéma français se porte bien avec une relève décidément très talentueuse.

A signaler enfin que la réalisatrice Jennifer Devoldere sera présente au cinéma Rex de Chatenay-Malabry (92) vendredi 29 avril à 20 heures 30. Voilà une belle occasion de voir le film et d'en discuter avec elle.

mercredi 20 avril 2011

La 25 ème nuit des Molières et sa retransmission télévisée

J'ai publié essentiellement des photos dans les billets précédents, ici et . Cette fois je vais davantage donner mon avis personnel sur le déroulement de la soirée. Si j'en crois les commentaires des spectateurs au début de la nuit, on peut penser globalement qu'elle fut réussie même si, cette année encore, la retransmission n'a pas enregistré un audimat important.

Certes la grande chaine généraliste concurrente retransmettait un match de foot. Difficile dans de telles conditions de faire le plein de téléspectateurs. La cérémonie a été bien dépoussiérée, avec une excellente pièce en lever de rideau et un nombre de remettants moins important pour éviter le coté "défilé". Laurent Laffitte, l'animateur principal de la soirée, promettait une punition à ceux dont les discours dépasserait les 2 minutes 30 mais au bout du compte la cérémonie aura duré une heure de plus que l'an dernier, ce qui n'est pas sans conséquence pour les invités qui voulaient rentrer par le dernier métro.

Il n'empêche que la critique la plus récurrente demeure une évidence : le théâtre ne peut pas faire large audience parce que c'est une affaire de spécialistes. Peut-être faudrait-il que France 2 pousse la réflexion plus loin.

Le commun des mortels aura-t-il apprécié le ton de Laurent Laffitte ? Son ironie au sujet de Pascale Arbillot lui vaut une gifle (prévue) en direct qui provoque le rire de la salle ... mais quand il annonce la pièce de Victor Aien au lieu de Haïm, on se demande si c'est par défaut de prononciation, de préparation, ou de lecture du prompteur anti-sèche. L'engin accusera d'ailleurs une panne un peu plus tard. Panne réelle ou là encore prétexte à délirer avec Guillaume Gallienne ? Je pencherais pour de la négligence parce que je l'ai entendu aussi appeler l'actrice Zazou au lieu de Zabou, un bafouillage imputable au désordre (voulu) de la coiffure de la comédienne qui partageait la scène avec Léa Drucker.

Bref la soirée oscillait sans cesse entre dérision et déraison. Entendre vanter des pièces qu'on n'a pas été voir ne peut pas fédérer les téléspectateurs. Le présentateur, qui est aussi humoriste et comédien (on l'a vu récemment dans le film de Guillaume Canet, Les petits mouchoirs), a posé d'emblée la question qui tue : Comment faites-vous pour voter, vous qui n'avez pas le temps d'aller au théâtre puisque vous êtes sur scène tous les soirs ? Je ne suis pas sûre que tout le monde ait saisi l'humour de la réponse de Françoise Fabian, d'Evelyne Bouix et de Marie-Christine Barrault : on fait comme les autres ... En clair chacun vote en son âme et conscience ... et c'est là que le bât blesse.

L'association des Molières pourrait réfléchir à un prix du public ou à quelque chose qui y ressemble. Personnellement je fais l'effort de voir au moins 80% des nominés, aussi bien dans le théâtre privé que sur les scènes publiques, même si je ne parle pas de tous sur le blog. Cela suppose une organisation assez complexe tout au long de l'année parce qu'on ne connait pas les nominations longtemps à l'avance. Lorsque la liste est annoncée il ne reste plus que trois semaines pour d'ultimes séances de rattrapage, si les spectacles sont toujours à l'affiche. Mais je ne changerai pas ma façon de faire et j'aime cocher le bulletin de vote en connaissance de cause.

Le théâtre est vivant et les captations ne sont pas toujours d'excellente qualité. Néanmoins il serait imaginable de prévoir un DVD avec des extraits de tous les spectacles nominés et qui serait envoyé aux votants du second tour afin de s'assurer davantage d'information, un peu à l'instar de ce qui se fait pour les Césars.

Ce même DVD pourrait être accessible sur Facebook ou Dailymotion et permettre un vote du public. En tout état de cause ce serait aussi un moyen de promotion formidable pour le théâtre qui souffre un peu en ce moment. Car en dehors des soirs de première les salles ne sont pas toujours comble, loin de là. Même avec des têtes d'affiche. Il est de notoriété publique qu'un grand acteur du cinéma, dit "monstre sacré", a fait annuler plusieurs représentations au motif qu'il ne voulait pas jouer devant un parterre clairsemé, sans doute de crainte de loupe sa standing ovation quotidienne.

France 2 essaie chaque année de faire mieux mais les modifications n'ont pas systématiquement un effet positif. Ainsi faire remettre le trophée des nouveaux talents par ceux qui l'ont reçu l'an dernier est une idée astucieuse ... sauf si le grand public n'a précisément pas entendu parler de ces ex-lauréats depuis douze mois comme c'est très probablement le cas pour la néanmoins très talentueuse Alice Belaïdi, aussi étonnante cette année dans une robe blanche très courte et très glamour que dans la (trop) longue robe rouge qu'elle portait l'an dernier.

Et puis accorder cette fois-ci tant de temps d'intervention à Guillaume Gallienne alors qu'il était certain qu'il serait sur scène pour remettre le Molière de la révélation masculine et que la probabilité qu'il obtienne celui du second rôle était manifeste ... ne risquait-il pas de lasser le téléspectateur ?

Judith Magre, avec trois Molières précédemment gagnés était hors concours. Elle est venue avec sérénité à plusieurs reprises pour remettre quelques récompenses. Michel Galabru, déjà présent l'an dernier, assurait cette fois la présidence d'honneur, sans se départir de son humour, plutôt décapant. Jugez plutôt : il nous dit que les médailles, à son âge, c'est mauvais signe...

Était-ce d'ailleurs bien raisonnable de le faire intervenir quatre fois ? Il est reparti extrêmement fatigué en se dispensant du cocktail.
Il y a chaque année un moment d'humour. En 2010 ce fut Jean-Claude Dreyfus (là encore il était surprenant que ce soit un nominé qui fasse un numéro ... comme si on craignait à l'avance qu'il ne remporte pas de trophée). Cette fois ce fut Michel Fau qui se lança dans une interprétation kitchissime de la chanson-titre du premier album de Carla Bruni, "Quelqu'un m'a dit".

L'ironie de la situation était double. D'abord Michel Fau a mis en scène au théâtre de la Madeleine Nono, une pièce de Sacha Guitry, qui valait à Julie Depardieu une nomination pour le Molière de la comédienne et à Brigitte Catillon (absolument formidable) pour celui du second rôle féminin. Ni l'une ni l'autre n'obtinrent une récompense.

Ensuite étaient dans la salle la maman de Carla et sa sœur, Valéria Bruni-Tedeschi, nommée pour le Molière de la comédienne pour son rôle dans Rêve d'automne qui, amusées au début, n'ont guère apprécié d'être indirectement ridiculisées.

Ceux qui ont trouvé la situation franchement drôle ce sont Shirley et Dino, et surtout Jean-Michel Ribes, le patron du Théâtre du Rond-Point (venu cette année encore avec un chapeau original) où Michel Fau exécutait le fameux tour de chant intitulé "L'Impardonnable et Pathétique Revue dégradante de monsieur Fau" où figurait bien entendu la chanson en question. Programmer une telle séquence c'était s'assurer les "redif" en boucle sur you tube. N'y aurait-il tout de même mieux à prévoir ?

Les collusions entre les nominations et les apparitions devraient être évitées car elles provoquent de la confusion. De la même façon le fait d'avoir prévu un Molière d'honneur pour Peter Brook rendait très probable que sa flute enchantée reçoive le Molière du théâtre musical. Le metteur en scène était d'ailleurs visiblement gêné de toutes ces aller et venues. Il confie avec humilité n'avoir jamais su où ses créations le menaient ni par quel chemin. Désignant sa canne, il y vit une métaphore pour signifier que l'on peut toujours se dépasser.

Cassant la règle qu'il s'imposait de ne pas allonger son temps de discours en multipliant les remerciements il a tenu à rendre hommage à Sotigui Kouyaté, qui fut son acteur fétiche et qui nous a quitté il y a un an. Le comédien avait reçut l'Ours d'argent du meilleur acteur au 59e Festival international du film de Berlin, en février 2009.

Juliette Binoche affirma que son Ubu roi lui valut d'avoir ressenti une révélation pour le théâtre. Nous avons tant voyagé avec vous ! Un chiffon suffisait à nous faire croire ... lui dit-elle en souriant avant de se sauver en coulisses où elle posa en coup de vent devant la meute des photographes.

Meute est bien le terme idoine pour qualifier le comportement de ces professionnels de l'image hurlant sans cesse pour capter le regard des invités qui eux avaient la tête ailleurs. Je m'étonne toujours de la nécessité qu'ils ont à employer des flashs (par respect pour les personnes que j'ai en face de moi je ne l'utilise jamais) alors qu'ils ont des appareils bien plus sophistiqués que le mien. Mon Pentax suffit entièrement à mes besoins d'ailleurs. Quand je compare ce que j'obtenais avant de l'avoir, je n'arrive pas à comprendre l'indulgence des lecteurs. L'article sur les Molières 2010 est illustré de façon piteuse.

Je promets encore de m'améliorer en potassant le mode d'emploi car j'ai trop tendance à me reposer sur ses performances automatiques. Mais revenons à nos professionnels ... il y a même eu un esclandre au moment où, dans la bousculade, une photographe, la seule femme de l'assistance, hormis moi, s'est retrouvée sur le dos les quatre fers en l'air, moment que je n'ai pas immortalisé, par respect, tout simplement. Un cliché, intentionnellement flouté, retrace l'ambiance de la salle de presse où on se pressait effectivement beaucoup.
Vous pouvez parcourir la presse. Vous verrez partout des prises de vue semblables, comme si on avait dupliqué le même tirage alors qu'il était sans doute possible de faire preuve de caractère ou d'imagination, ce que je me suis amusée à tenter de temps en temps, au risque de louper la photo classique qui aujourd'hui manque pour illustrer la chronique. La belle affaire !
Je préfère vous montrer les plus beaux pieds du monde que Bulle Ogier serrant sa statuette. Un reporter de mode aurait sans nul doute été attiré par le sac de l'une, les hauts talons de l'autre, la cravate des politiques (beaucoup de rose, curieusement) et les rayures très jean-paulgaultiennes de Christian Hecq, Molière du meilleur comédien, assorti à la tenue marinière d'Arthur Jugnot.

Il était venu remettre le Molière du théâtre jeune public à Vy, une création de Michèle Nguyen dont quatre nouvelles représentations auront lieu à Paris en ouverture du festival Ô4vents, le festival Jeune Public du 4e arrondissement, les lundi 23 mai à 10h & 14h et Mardi 24 mai à 14h & 18h30, au Centre Wallonie-Bruxelles.

Parmi les photos que je regretterais presque de ne pas avoir prise il y aurait celle d'Édouard Baer, tout frais sorti du maquillage, venu plaisanter en salle de presse en ayant encore autour du cou la collerette de papier protégeant sa veste de la poudre.

Je suis ravie que le Repas des fauves (dont j'avais dit beaucoup de bien sur le blog avant la cérémonie) soit récompensé au bout de cinq ans d'effort pour convaincre des producteurs d'accepter la pièce. Sans l'aide de Dominique Paturel, qui jouait dans le film éponyme, nous n'aurions pas eu ce plaisir. Et comme le faisait remarquer Julien Sibre avec humour, le théâtre Michel (à deux pas du très connu théâtre des Mathurins) se fait un prénom ... Mais lui attribuer 3 Molières c'est beaucoup. Il serait opportun de distinguer donc mieux les trophées individuels des récompenses collectives. Il serait astucieux qu'un spectacle ne puisse pas concourir dans plusieurs catégories car on sait bien que lorsqu'on est excellent on l'est en tout. Alors on assiste au trust des nominations et au final le nombre de spectacles récompensé est faible. Il est dommageable pour l'ensemble de la profession de donner l'impression qu'il n'y a qu'une toute petite poignée de bonnes pièces, ce n'est pas vrai.

On a même entendu Muriel Mayette, l'administratrice de la Comédie française, conclure que les Molières avaient d'une certaine manière récompensé la grande maison en additionnant les trophées de tous ceux qui appartenaient à ce théâtre ... sauf tout de même celui de Catherine Hiégel dont on sait dans le milieu qu'elle en a été éjectée (c'est le mot juste) il y a quelques mois. Le satisfecit de l'administratrice, à propos de la complicité extraordinaire qui règne dans la troupe sonnait étrangement.

Catherine Hiégel, avec beaucoup d'émotion, a joliment dédié sa récompense à sa fille, Coline Berry, signifiant par là qu'il ne faut jamais baisser les bras, même si, en coulisses, elle refusait d'avancer sur le terrain de la revanche. C'est la reconnaissance du public qui la motive le plus, et elle a bien raison.

Et puis, au risque de fâcher certains, et même si le règlement le permet pour l'instant, il n'est pas logique non plus qu'un spectacle puisse être nominé deux années consécutives. Que penserait-on si Cannes ou Hollywood remettait une statuette à un long-métrage qui serait sorti l'année d'avant sous prétexte que le film vient d'être disponible en DVD ?

Quand on observe les photos des invités et qu'on remarque la longueur de la prestation sur scène de Valérie Bonneton on se dit que France 2 a perdu une belle occasion de promouvoir la saison 3 de Fais pas ci fais pas çà et qui du coup aurait pu jouer à fond sur ce tableau et se garantir une audience record.

On a vu en effet Valérie alias Fabienne Lepic depuis 2007, la femme de Guillaume ... Guillaume de Tonquédec alias Renaud Lepic, Eva Darlan, alias Marie Françoise, la mère de Valérie (ci-contre en robe manteau noire), Pascal Légitimus et Mathilda May, invités de la saison 2, qui tous étaient dans le public ce soir.
France 2 avait renouvelé l'option "lever de rideau" avec peu après 20h35 la pièce Jeux de Scène de Victor Haïm, (ci-contre avec sa fille Mathilda May), adaptée et mise en scène par Zabou Breitman et interprétée par elle-même et Léa Drucker, revenues en fin de soirée "en tenue de dames".

C'était drôle, excellent, alerte ... mais si est-ce que ce morceau est de nature à gagner des spectateurs ? Le souci est que cela retarde d'autant les remises des trophées. Ne vaudrait-il pas mieux la diffuser en différé, en "tomber de rideau", pour ceux qui voudront rester devant leur poste en fin de soirée, ou qui pourront l'enregistrer et la regarder ultérieurement ? Du coup les invités pourraient arriver à Créteil en milieu d'après-midi, assister en direct à la totalité de la cérémonie, et ne pas subir de problème d'horaires de transports pour leur retour.

Ou mieux encore, programmer la diffusion d'une pièce gagnante dans la foulée de la cérémonie, ce qui n'est pas si difficile puisque le Repas des fauves était retransmis la veille sur Paris première, et en direct !

Au moins n'a-ton pas entendu huer le ministre de la culture qui écouta et applaudi l'intervention rituelle sur les intermittents du spectacle qui, malheureusement, finissent par se fondre dans les décors.

Rendez-vous l'année prochaine ... et d'ici là éteignez votre télévision et allez au théâtre qui le vaut bien.

Vous retrouverez la liste des nominés et des récompenses dans ce billet.

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