vendredi 21 octobre 2011

Polisse, de Maiwen, à voir absolument

La sortie officielle de Polisse remonte à quelques jours et le bouche à oreille est déjà intensément positif. C'est que Maïwenn signe une réalisation qui fera date dans le cinéma. L'équipe est revenue de Cannes avec un Prix du Jury amplement mérité.

L’actrice, qui annonce qu’elle souhaite se consacrer désormais exclusivement à la réalisation (et elle en a toutes les capacités) ne s’est pas donné le meilleur rôle dans cette reconstitution du quotidien d’une Brigade des Mineurs comme il y en a tant et dont on parle si peu. Elle y joue une photographe timorée mandatée par le ministère de l'Intérieur pour faire un reportage.

Les films dits policiers se focalisent sur la pègre, le meurtre, le trafic de drogue ou, à la rigueur les délits financiers, bref les grosses affaires. Maïwen est allée fouiller cette vie qu’on dit « privée » et qui protège davantage les adultes que les enfants. En sortant de Polisse on ne va plus ignorer la réalité de ce « pire » qui existe bel et bien et dont on imagine que ce ne sont que des statistiques de salles de rédaction pour faire couler de l’encre. Le chiffre est quasiment officiel. Il y a en France 2 millions de victimes d’inceste. Avec un tel nombre la probabilité que vous en connaissiez est énorme. Et c’est peut-être votre voisin, votre ami, votre cousin qui demain se fera coffrer pour viol sur mineur par ascendant, taxable de 20 ans de réclusion.

Il faut ouvrir les yeux. La peur n’évite pas le danger. L’information, oui. Les dialogues, exactes répliques du travail de fourmi que la réalisatrice et scénariste (avec Emmanuelle Bercot) sont percutants. On pourrait en pleurer. Et pourtant on rit beaucoup.

Toute la gamme de la dérision est exploitée. Depuis l’évocation des Bisounours avec la chanson de l’Ile aux enfants qui contraste avec des confessions accablantes. Comme le dit Fred, magnifiquement interprété par Joey Starr (à qui j'aurais donné le prix de l'interprétation masculine à Cannes) çà me tord, je peux pas.

Comment supporter le pire autrement qu’en le plaçant un peu à distance ? L’humour est la meilleure arme et il y a des scènes d’anthologie que l’on pourrait se passer en boucle. L’explication de textes sur la place de la femme dans le Coran, par Nora (Naidra Ayadi) en version originale s’il-vous-plait, est inoubliable. Il ne faut pas confondre Hôtel de Police avec Hôtel de la plage mais on y discute tout de même beaucoup de ses petites et grandes misères amoureuses, s’interrogeant sur la graduation dans la tromperie. Est-ce qu’une pulsion de bites serait plus pardonnable qu’une pulsion de sentiments ?

L’appréciation relève souvent de la sémantique. Un homme qui se partage entre deux foyers n’accepte pas d’être étiqueté polygame mais bigame lui conviendra. Et le mot Polisse devient attendrissant quand c'est un enfant qui l'orthographie comme il l'entend.

La hiérarchie entre les services (les Stup prennent toujours l’ascendant) est insupportable quand la vie des enfants est en jeu, jeu de vilains bien sur. Les affaires s’enquillent. Le psychisme encaisse les coups. Un de plus, un de moins, ils ne sont pas payés à l’aveu et affichent un blindage de fortune. Les pause-déjeuners et les soirées en boite sont des occasions de se défouler. Mais ce sont des parents comme les autres, que rien n’épargne.

Il n’y a pas que les œdipes qui tournent mal. Et si dans son film l’enfant s’en sort, presque toujours, l’adulte non.

Si le sujet continue de vous effrayer allez voir Polisse pour les acteurs. Dirigés par une main de fer dans un gant de velours, cadrés par des caméras discrètes, chacun donne le meilleur de lui-même : Karole Rocher (Chrys), Marina Foïs (Iris) et son binôme Karin Viard (Nadine), Nicolas Duvauchelle (Mathieu) et Jérémie Elkaim (Gabriel), sans oublier Frédéric Pierrot (l'inspecteur Balloo) en lutte pour la bonne cause avec Wladimir Yordanoff (le commissaire Beauchard). Sandrine Kiberlain campe une Mme de la Faublaise qui peine à faire face à l'écroulement du monde idéal.

Jérémie Elkaim est aussi à l'affiche dans le superbe film réalisé par Valérie Donzelli, la Guerre est déclarée.
Sandrine Kiberlain offrait une facette différente de ce type de personnage dans les Femmes du 6ème étage
Pour relire le précédent billet consacré à Maïwwen à propos de Pardonnez-moi, cliquer ici.

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