samedi 30 décembre 2017

Douleur de Zeruya Shalev

Le nom de l'auteur est écrit en si grosses lettres, Shalev, que j'ai cru qu'il s'agissait du titre du livre. C'est en fait une accroche imaginée par l'éditeur en raison de sa notoriété et il figure toujours ainsi sur tous les romans publiés par Gallimard.

J'ai beau lire beaucoup, je ne connaissais pas Zeruya Shalev. J'apprécie donc que son dernier ouvrage figure dans la sélection du Prix des Lecteurs d'Antony (92) même s'il est déjà jugé par Olivia de Lamberterie (Le Masque et la Plume) comme "Un livre d’une densité, d’une finesse, d’un humour absolument exceptionnels".

On a le sentiment qu'on ne pourra pas avoir un avis différent à propos de l'écrivaine israélienne qui a déjà reçu un prix (le Femina étranger en 2014) pour Ce qui reste de nos vies et qui lui vaut une (certaine) célébrité.

Douleur traite des séquelles que le passé peut laisser sur les corps et les esprits, tout en interrogeant notre capacité à faire des choix, au moment même où la vie nous renvoie à l’essentiel.
Dix ans après avoir été blessée dans un attentat, Iris semble avoir surmonté le traumatisme. Malgré des douleurs persistantes, des problèmes avec ses enfants et un mariage de plus en plus fragile, la directrice d’école ambitieuse et la mère de famille engagée qu’elle est s’efforce de prouver qu’elle contrôle la situation

Tout bascule cependant le jour où elle reconnaît, sous les traits d’un médecin qu'elle consulte, Ethan, son premier amour, qui l’avait brutalement quittée lorsqu’elle avait dix-sept ans. Dans un vertige sensuel et existentiel, Iris éprouve alors la tentation de faire revivre cette passion qu’elle croyait éteinte : et si une seconde chance se présentait à elle ?
Le roman est dense de 416 pages qui ne se dévorent pas immédiatement. Les phrases s'étirent, souvent à la limite de la digression. J'en ai compté qui s'allongeaient sur une quinzaine de lignes. La lecture est essoufflante. L'auteure semble ne pas pouvoir ordonner des pensées qui se déversent par flots.

Ceci posé je respecte forcément immensément Zeruya Shalev qui a elle-même été blessée dans un attentat et qui a conçu ce cinquième roman pendant son immobilisation forcée, alors qu'elle était alitée, ne pouvant alors que "penser". Quand elle y décrit une femme âgée qui va mourir, c'est un peu d'elle dont elle nous parle.

Ce roman est, à sa manière, un travail sur le deuil et on retrouve les étapes que l'on connait bien (déni, colère, révolte ...) mais il raconte une trajectoire qui n'a rien à voir avec celle que Sophie Forte a choisi pour Chagrin pour soi. La perception que nous avons des livres (c'est également vrai pour les films et le théâtre) est dépendante de ce que nous avons vu et lu avant... et je regrette de ne pas pouvoir lire l'hébreu, mon ressenti aurait peut-être été différent.

jeudi 28 décembre 2017

La Daronne de Hannelore Cayre

Quand on me propose de lire dans le cadre d'un Prix des Lecteurs un ouvrage déjà doublement récompensé (Grand Prix de littérature policière et Prix Le Point du polar européen en 2017) je me demande en quoi mon opinion pourrait avoir de l'intérêt ... Ce que j'aime c'est débusquer des petits bijoux d'écriture et les partager sur le blog, et surtout pas encenser des auteurs qui n'en ont pas besoin.

Mais, après tout, une médiathèque peut (aussi) présenter des livres vers lesquels on ne penserait pas se tourner malgré leurs qualités.

La daronne en a beaucoup. Je ne sais pas si le roman est représentatif du polar, pour moi c'est plutôt un roman noir, mais il m'a enchantée.

Hannelore Cayre est avocate pénaliste, née en 1963 et vivant à Paris. Elle a déjà publié, entre autres, Commis d’office, Toiles de maître et Comme au cinéma. Elle a réalisé plusieurs courts métrages, et l’adaptation de Commis d’office fut son premier long métrage.

On remarque Hannelore sur la couverture où elle s'est elle-même mise en scène dans la tenue de blédarde chic qu'elle s'est inventée pour l'occasion  : fausses lunettes Chanel griffées noires et dorées, hijab imprimé léopard, khol et tailleur pantalon avec tunique longue, bracelets dorés (p. 103).

En langage des cités, la daronne c'est la mère, mais c'est aussi la patronne, celle à qui on doit le respect et qui fait plier. L'auteure connait le sujet et le roman, quoique très fantaisiste est totalement plausible. Il est très bien écrit, souvent très drôle malgré des faits qui ne sont pas du tout comiques (les visites à la maison de retraite sont de vrais cauchemars pour qui doit les vivre au quotidien). Le propos est féministe, insolent, immoral, mais si représentatif d'une société qui dysfonctionne que c'est un régal de la lire.

mercredi 27 décembre 2017

Kedi, des chats et des hommes de Ceyda Torun

Les chats d’Istambul sont les témoins muets de milliers d’années, incarnant l’indescriptible chaos qui fait le charme de la capitale turque, telle est la promesse que nous fait la réalisatrice Ceyda Torun alors qu'on découvre des plans des toits de la ville et du détroit du Bosphore, capturés par un drone.
Sans eux, on dit que la ville perdrait son charme. Et c'est vrai que les images de Kedi, des chats et des hommes, sont autant touchantes que les propos qui ont été recueillis.

Les confidences sont parfois poignantes. Ce que dit cet homme sauvé du suicide parce qu'il a fallait bien s'occuper de nourrir les chats est véritablement troublant.

On sait parfaitement que caresser leur fourrure est apaisant. Beaucoup de maisons de retraite ont adopté cet auxiliaire de soins. De là à prétendre qu'Istambul est une ville spéciale, où les chats seraient dotés de super pouvoirs, c'est me semble-t-il, franchir un énorme pas que le scénario ne démontre pas.

Le charme qui nous est dévoilé tient davantage à la bouille des félins qu'au décor. Disons, à son corps défendant, que la réalisatrice s'est concentrée sur son sujet et n'a pas cédé à la facilité en nous montrant des monuments historiques, mosquées ou bazar. Peu de choses témoignent que le tournage a bien eu lieu à Istanbul même si on ne met pas sa parole en doute. Sans verser dans le catalogue touristique n'aurait-elle pas pu insérer quelques plans qui permettent de situer mieux l'action ?
Justement, parlons d'action. L'essentiel est immobile. Les chats sont plus observateurs qu'acteurs. Quant aux humains il leur laissent choir un morceau que l'animal avale délicatement ou tendent la main pour les caresser. Rien de bien étonnant.

mardi 26 décembre 2017

L’invention des corps de Pierre Ducrozet

J'ai voulu lire L’invention des corps parce qu'il était dans la sélection du Prix des lecteurs d'Antony  (92) mais aussi parce que l'action se déroule au Mexique où je suis allée cet été et où vit ma fille.

Il faut rappeler le point de départ du livre, qui se base sur des faits réels et tragiques qui se sont déroulés à Iguala de la Indepedencía, une ville de 118 462 habitants située dans l’État de Guerrero à 170 km au Sud-Ouest de Mexico.

Le 26 septembre 2014, des élèves-enseignants de l’école normale d’Ayotzinapa, réputée être un foyer de contestation, se rendent à Iguala afin de manifester pour réclamer des subventions. Ces jeunes, âgés de 17 à 21 ans s’emparent ensuite de trois autobus publics pour rentrer chez eux. Des policiers et des hommes armés, non identifiés, tirent alors sur les autobus. Bilan immédiat : six morts et 25 blessés. 43 autres étudiants sont emmenés dans des voitures de police dans un lieu inconnu. Ils n’ont plus été revus depuis. Le personnage d'Alvaro est l'un d'entre eux.

lundi 25 décembre 2017

Des sablés pour Noël

C'est la coutume à Noël de préparer des petits gâteaux. Les pains d'épices et les fameux bredele sont très populaires en Alsace et je les adore.

Cette année je me suis décidée pour quelque chose d'ultra classique, des sablés, mais qui ne sont pas des sablés "ordinaires". Ce sont les sablés Diamant de Laurent Jeannin, que vous pourrez refaire en toute saison.

Vous verrez que la technique est bien pratique.

Je les ai préparés en ayant une pensée très particulière pour cet homme, ancien chef pâtissier du Bristol (Paris), qui est décédé si prématurément cette année, le 7 juillet, à l'âge de 49 ans.

Il avait publié ses meilleures recettes, certaines complexes, d'autres simplissimes dans un superbe livre que j'avais chroniqué il y a cinq ans.

dimanche 24 décembre 2017

Chien pourri de Colas Gutman ... version pop-up

Je défends souvent la littérature jeunesse et ce roman me tient à coeur parce qu'il est d'un genre particulier à plus d'un titre. Chien pourri aura tout à fait sa place sous le sapin, et sa lecture réjouira les enfants comme les adultes.

Je suggère d'ailleurs de le lire à quatre yeux (et à quatre mains) parce que le niveau de langue est recherché. Colas Gutman (ci-dessous à gauche) tord des mots, des expressions et même des noms propres pour les faire entrer dans un lexique qui n'appartient qu'à lui.

Ce sont sans doute des expressions comme avoir un caractère de chien, un mal de chien, un temps de chien, être traité comme un chien, être un chien dans un jeu de quilles, ou un cri de colère comme nom d'un chien qui lui ont inspiré les aventures d'un canidé qui subit, c'est le moins qu'on puisse dire, une chienne de vie.

Une très vieille expression, chien pourri est couvert plein de puces, signifie bien que la misère attire les soucis et l'auteur exploite à merveille toutes les situations qu'il revisite (le terme est tendance). Il a créé le personnage en 2013 et plusieurs tomes constituent une mini-collection dont le héros est un chien.

samedi 23 décembre 2017

Ostwald de Thomas Flahaut, aux éditions de l'Olivier

J'ai fait la connaissance de Thomas Flahaut le soir où il a résumé son roman devant les lecteurs des 68 premières fois (une communautés de lecteurs passionnés ayant choisi de se focaliser sur des premiers romans) et ce qu'il a dit le soir là m'a convaincue de le lire d'urgence.

Ostwald est le récit d'une fuite, mais aussi du délitement des liens sociaux, et peut-être la fin d’une certaine culture ouvrière. C’est la mort d’un modèle qui n’ayant plus de raison d’être ne peut être transmis. Les deux frères du roman sont confrontés aux fantômes du passé, et doivent s’inventer un avenir.

Une usine ferme. La ville qu'elle faisait vivre agonise. La ville meurt. L'auteur donne tout de suite la réponse (p. 9) à la question qui ouvre le livre. La perte du travail du père, employé des usines belfortaises d'Alstom à la fabrication des motrices de TGV, a pour conséquence le divorce des parents. Le père quitte le noyau familial et s'installe à Ostwald.

A cet épisode tragique se superpose une autre catastrophe, l'explosion de la centrale de Fessenheim alors que Noël se trouve avec son frère chez sa mère. Tout le monde s'enfuit. La région est vidée comme le siphon d'un évier, écrit Thomas Flahaut. Évacués de Belfort avec le reste de la population, Noël et son frère, Félix, se retrouvent dans un camp improvisé en pleine forêt, celle-là même où ils se promenaient, enfants, avec leur père, et dont ils vont s'enfuir après avoir été témoins d’une agression.

Les deux évènements sont (malheureusement) vraisemblables, et on espère que le livre n'est pas un roman d'anticipation mais de simple avertissement. Cela semble tellement plausible ... que je n'ai pas mis en doute la fermeture de l'usine et j'ai cru que seule la seconde tragédie avait été inventée.

L'errance des deux frères dans un paysage dévasté m'a rappelé La route de Cormac Mc Carthy (publié d'ailleurs chez le même éditeur, l'Olivier). Ils traversent l’Alsace déserte dans laquelle subsistent de rares présences, des clochards égarés, une horde de singes échappés d’un zoo ... On tourne autour dans la France des aires d'autoroute et des centres commerciaux ...

Tout ce qu'il nous reste à faire, c'est prendre la Golf et rouler dans le silence. Jusqu'à ce que quelque chose arrive, une rencontre, un accident, une panne d'essence. Jusqu'à échouer quelque part (p. 149).
La famille n'existe plus vraiment, mais nous avançons ensemble (p. 151).

J'analyse la nécessité des deux fils de retrouver le père comme la quête du passé, et celle de se retrouver, d'effacer en quelque sorte ces deux catastrophes qui marquent l'explosion de leur monde. L'auteur a 26 ans. L'avenir lui semble peu enthousiasmant au regard d'un présent qui est déjà apocalyptique et qui, du coup, phagocyte son imaginaire et sa vision du monde.

Seule la famille résiste à ses yeux, mais ne finira-t-elle pas, elle aussi par céder ? A l'instar des vitres du Parlement européen, devenu camp retranché d'un bivouaque de fortune, avant d'exploser dans un incendie. Peut-être est-ce la morale de ce roman en forme de fable.

Thomas Flahaut est né en 1991 à Montbéliard (Doubs). Après avoir étudié le théâtre à Strasbourg, il s’installe en Suisse pour suivre un cursus en écriture littéraire à la Haute école des arts de Berne. Aujourd’hui diplômé, il vit, étudie et travaille à Lausanne, où il a cofondé le collectif littéraire franco-suisse Hétérotrophes.

Ostwald de Thomas Flahaut, aux éditions de l'Olivier, en librairie depuis le 24 août 2017

vendredi 22 décembre 2017

Les fantômes de la rue Papillon

Le rideau s'ouvre sur un banc et son réverbère... Un homme (Michel Jonaz) est assis sur ce banc. On a l'impression qu'il s'y cramponne, impuissant. Mais ses yeux demeurent pétillants.

Une étoile jaune est cousue sur son veston, signalant son appartenance religieuse. Tout à l'heure on verra les deux trous noirs dans son veston. Quelle date sommes-nous ? Ce bout de tissu est  terriblement évocateur d'un passé que l'on ne voudrait plus revoir. Le vieux juif commente des images que lui seul peut voir. On dirait des sous-titres de clichés que Robert Doisneau aurait pu légender. La routine du présent de la rue Papillon.

Tout le monde vieillit. C’est calme, soupire t-il alors qu'une brume impalpable s'évapore derrière lui.
Soudain, des halos de gyrophare... Police nationale !  "Tes mains sur la  voiture et tu sors tes papiers !", "Mais j'ai rien fait, M'sieur. C'est la quatrième fois ..."... Joseph s'est dressé. Ça dégénère, un malentendu, une bousculade, un coup de feu... "On est en train de le perdre, ça s'appelle une bavure".

Une porte s'ouvre lourdement... Haïssa entre en scène et tombe sur Joseph. Donc tu me vois, c’est sûr ? Et tu m’entends ? Joseph n'en croit pas ses yeux. La porte se referme. Ils vont devoir cohabiter. Le face-à-face du (jeune) rebeu face au (vieux) juif aurait pu s'intituler Quand un fantôme rencontre un autre fantôme.

Le spectacle n'est pas nouveau. Il a été créé au printemps au Gymnase mais je ne l'ai vu que maintenant au Théâtre La Bruyère. Et je vais vous faire une confidence, je ne regrette pas d'avoir attendu. J'ignore comment était l'interprétation d'Haissa par le comédien qui a créé le rôle (sans doute excellente, je n'ai entendu que des louanges à propos de Samy Seghir) mais ce que fait Eddy Moniot est tout à fait remarquable de spontanéité et de générosité.
Il fait ses débuts en tant que comédien mais ce n'est pas un inconnu dans le monde artistique. Il a été l'un des personnages principaux du documentaire "A voix haute, la force de la parole" après avoir gagné le concours Eloquentia. Il a fait des chroniques sur Europe 1 sous le nom de monsieur Eddy. Ne soyons donc pas étonnés par la justesse de ton de sa performance.

Michel Jonasz est un comédien hors pair. Il faut rappeler qu'il a démarré sa carrière d'artiste en suivant des cours de théâtre Porte de Vanves. Les dialogues ne donnent pas l'impression qu'ils ont été écrits. Chaque mot sonne juste dans la bouche de l'un et de l'autre. C'est ainsi quand on a la chance que deux grands acteurs se retrouvent face à face (j'en dirai autant dans quelques jours du Souper qui réunit les Mesguich père et fils).

jeudi 21 décembre 2017

Etre ou paraitre, mise en scène et chorégraphie de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault

Pour qui s'intéresse un minimum à la danse contemporaine les deux noms de Pietragalla et Derouault suffisent à provoquer l'intérêt. Ces deux là sont synonymes du meilleur. Les sachant complices depuis près de 20 ans, sur la scène comme à la ville, il est évident qu'un spectacle cosigné par eux ne peut que promettre un moment exceptionnel. Sylvia Roux a vu juste en programmant la reprise d'Etre ou paraître au Studio Hébertot.

Elle aime proposer à son public des destinées singulières comme celle-ci. Créé en 2014 en Avignon par une Compagnie qui justifie totalement son nom de Théâtre du corps, le spectacle compte déjà plus de 600 représentations. Il est joué ici depuis septembre et restera à l'affiche jusqu'au 4 février 2018, avec l'assurance de danser devant une salle comble et enthousiaste.

Comment ne pas succomber face au double talent de Julien Derouault ? Personne ne songerait à le mettre en cause en tant que danseur. C'est une évidence, mais comme comédien on peut s'interroger ... et j'ai été conquise, comme tout le monde, encore qu'on puisse dire qu'il ne "joue" pas mais qu'il incarne. Sa prestation est prodigieuse.

mercredi 20 décembre 2017

Chagrin pour soi de Sophie Forte et Virginie Lemoine

Chagrin pour soi est un spectacle dont je vais longtemps me souvenir, et pas seulement parce que je l'ai vu deux fois (il y a deux distributions alors pas question de faire un jaloux), mais parce qu'il est tout simplement écrit aux petits oignons, drôle comme une chute sur le verglas et terriblement juste sur un thème ingrat.

Je suppose que vous n'avez pas envie qu'on vous parle de chagrin d'amour inconsolable pendant une heure trente ... Vous changerez d'avis en sortant du théâtre. Et vous m'imiterez en y retournant.

L’annonce est brutale. Le mari a besoin de liberté au nom de l’amour. Grand seigneur il promet de rester jusqu’à Noël (vous remarquerez que la pièce est de circonstance). La femme a de la fierté. Elle ne supplie pas, ne quémande pas un amour réchauffé (d'autant qu'il n'est pas sûr qu'il soit réchauffable).

Pauline (extraordinaire Sophie Forte) le vire comme un saligot, ce qu’il est. Il est cinq heures du matin. On est la veille de Noël, précisément le 23 décembre (parce que chez ces gens là on considère que la fête a lieu le 24).

Vous imaginez la tête de déterrée de cette femme quand on sonne à la porte qu’elle se précipite pour ouvrir persuadée que son mari revient (déjà !) penaud et avec excuses. Ce n’est pas un fantôme qui s'impose alors mais le Chagrin, un professionnel de catégorie 4 (donc très très sérieux), personnage collant au possible qui va s’incruster des mois à ses côtés.

La chanceuse a hérité d’un gros chagrin de longue durée qui déroule un CV impressionnant, affirmant avoir inspiré Rimbaud, Barbara, Léo Ferré et autres célébrités. Si ça se trouve je vais vous inspirer un spectacle, se permet-il de suggérer. Prémonitoire ...

mardi 19 décembre 2017

Aux livres exquis de Fanny Vandermeersch

Si vous aimez la comédie romantique, et la littérature feel-good (qui fait du bien) Aux livres exquis est pour vous.

Je salue ce premier roman bien ficelé par Fanny Vandermeersch. Trop ... diront peut-être certains lecteurs exigeants parce qu’on ne s’attarde pas suffisamment sur les personnages secondaires ni sur les descriptions, et que le café dit littéraire ne l'est pas tant que ça.

L’écriture avance très vite, les mots s’enchaînent tambour battant comme la vie de Chloé. Capable en quelques lignes de se remettre du départ de son mari (à l’inverse de ce qui se passe dans la pièce Chagrin pour soi) et de prendre un nouvel envol en l’espace d’un petit mois.

On aimerait demander pareil ticket au Père Noël mais on se satisfera de revoir le film Love Actually comme Fanny le conseille d’ailleurs (p. 60). Et coup de chance, la télévision l’a prévu ces jours-ci sur M6.

L'auteure a l’art de fair rêver ses lecteurs et elle semble traversée par toutes ces influences qui appartiennent à la comédie romantique. Son livre dégage une atmosphère comparable à ce qui caractérise les ouvrages de Nicolas Barreau.

Elle prétend (page 52) qu'une femme a cinquante pour cent de chance de plus qu'un homme de retrouver un partenaire après une rupture. On pourrait aussi lui tenir rigueur de garder secrète sa recette de chocolat chaud consolateur anti-chagrin et des muffins aux myrtilles qu’elle prétend "à tomber". Plus facile à écrire qu’à démontrer et j'aurais bien aimé vérifier.
Chloé n’aime pas la routine. Maman d'un adorable petit garçon Rudy qui voudrait bien ne plus arriver en retard à l'école, elle est mariée à un homme qu’elle ne voit jamais, mais refuse de rester la gentille femme au foyer qui attend son mari – infidèle depuis la naissance de la petite dernière. Son amie Lucy la soutient mais Chloé voudrait conquérir son indépendance. Quand elle lit dans le journal qu’un café littéraire, “Aux livres exquis” cherche une serveuse, c’est le rêve.

Ce n'est pourtant qu'un CDD, pour remplacer Morgane pendant son congé de maternité. Et puis, si elle s’entend à merveille avec le comptable, les débuts sont difficiles avec le patron, David, qui s'avère en être le frère.

Une intrigue supplémentaire se trame en parallèle à propos d'un portrait dessiné à plusieurs reprises dans le carnet d’une cliente mystérieuse qui s’est volatilisée. Et si c'était le sien ? Chloé va comprendre qu’elle doit se pencher sur son passé pour construire un avenir plus serein.

Entre muffins brûlés, énigme, crises de larmes, de rire, voyage au Maroc, révélations sur le décès de sa mère et découverte de ses origines, la vie de notre héroïne ne sera plus la même.
Fanny Vandermeersch est née dans le Nord de la France. Aux Livres Exquis, qui est son premier roman pour adultes, fut un best-seller d’autoédition, ce qui a décidé les éditions Charleston à le publier en version papier. Il existe toujours en version numérique et un scénariste pourrait y trouver matière à une adaptation cinématographique pour sa modernité et son coté positif.

On se surprend à imaginer la distribution : le père indécis, l'amie fidèle, le patron ronchon ... qui doivent résoudre des situations très contemporaines : résister à la pression des horaires, concilier la vie de famille avec la vie professionnelle, résoudre un secret de famille, réussir sa quête identitaire.

Fanny a été deux fois finaliste du concours d’écriture E-crire auféminin. Elle est également l’auteur de Phobie, un roman jeunesse paru aux éditions Le Muscadier. Elle n'a sans aucun doute pas fini de nous faire voyager.

Aux livres exquis de Fanny Vandermeersch, éditions Charleston, octobre 2017

lundi 18 décembre 2017

La Plume de Virginie Roels

La plume est très largement inspiré du milieu dans lequel Virginie Roels (aujourd'hui directrice de la publication de Causette) a nagé pendant des années. Elle a longtemps été journaliste pour la télévision et la presse écrite, enquêtrice en politique et société.

Mais on dira que toute ressemblance avec des situations ayant réellement existé est totalement fortuite ... tout comme on recommande de consommer avec modération dès qu'on emploie le mot vin dans un article.

Le livre est annoncé comme une enquête pour faire la lumière sur ce qui est un naufrage politique : Le Président était à moins d’un mètre quand il se mit à dévisager lui aussi le public. Il s’arrêta net sur un jeune homme assis au deuxième rang. Ce dernier le fixa également d’un sourire de Joconde. Le Président baissa les yeux, puis se tourna désespéré vers son ministre de l’Intérieur. La suite, nous le connaissons tous, les images ont fait le tour du monde : à 22h30, devant cinquante millions de téléspectateurs, le président de la République française a littéralement perdu les pédales. Quelques secondes qui brisèrent sa carrière. De mémoire de journaliste, jamais humiliation ne fut si foudroyante. Dès cet instant, nous fûmes sans aucun doute des centaines cherchant à savoir ce qui s’était passé. La chance voulut que je sois la seule à avoir identifié l’objet de son effroi : le jeune au sourire de Joconde. (p. 11)

Le suspense viendra de ce qu'on aura envie de savoir qui est à l'origine de la catastrophe et surtout quelles sont les motivations des protagonistes à enrayer ou accélérer le processus.

Le livre est sorti il y a quelques mois et j'avoue l'avoir quasiment dévoré à l'époque sans pouvoir écrire sur le sujet ... parce que je le connais trop bien pour avoir travaillé dans ce milieu. Des kyrielles d'anecdotes et de scènes (réelles quoique surréalistes) me revenaient sans cesse et interféraient avec l'objet que j'avais entre les mains. Je voulais prendre le temps de peser chaque mot, oubliant qu'il s'agit d'abord d'un roman et non d'une investigation politique ... même si, et c'est une des forces du texte, il y évidemment de cela aussi.
La plume a le défaut que peuvent avoir les premiers romans : la densité. Il n'en demeure pas moins intéressant et c'est une oeuvre qui mérite un prolongement cinématographique. Il y a largement matière à un scénario. Les personnages sont si bien campés qu'il m'a été difficile de me décentrer d'un casting à mesure que j'avançais dans la lecture.

Et puis j'ai rencontré Virginie, à l'occasion des 68 premières fois. Nous avons discuté et je n'ai eu qu'une envie, reprendre son livre que j'ai relu depuis le début, et cette fois jusqu'au bout, sans me laisser distraire.

J'ai retrouvé la vivacité des descriptions et la force des personnages. J'ai peut-être par contre été plus sensible au message politique sous-jacent à propos de la génération qui reste à la porte puisque l'ascenseur social est en panne de longue durée.

On a beau porter un nom à particule (Julien Le Dantec), être un étudiant brillant, et se faire repérer par son prof (David Joli) ce ne sont pas des raisons pour réussir à progresser socialement. Le lecteur sait tout de suite que ses rêves sont pliés : dans un monde juste, il (son prof) lui aurait décroché un stage (p. 40). 

Et pourtant lui, le prof, parvient à ses fins après 7 ans de bons et loyaux services à un député qui vient d'être nommé ministre. Il sera propulsé au ministère. Virginie Roels va plus loin que le constat de sclérose de notre société. Elle nous donne les clés pour le décoder en montrant que la promotion existe, mais à l'intérieur d'un microcosme où on se serre les coudes.

Tous les archétypes du pouvoir sont réunis comme le faisait précédemment Hadrien Klent, qui est le nom de plume (que Virginie connait peut-être) dans La grande panne. Et la grande question est précisément de savoir si le grain de sable qui est décrit au début du livre est de nature à changer les choses ou pas.

dimanche 17 décembre 2017

ADN ou la pensée d’Alexandra David Néel décryptée par Mariane Zahar

La création d'ADN a été présentée pour la première fois en juillet 2014 lors du festival "Le moulin à paroles" à Orléans, pour enchaîner avec une tournée d’été dans les Hautes-Alpes et les Alpes de Hautes Provence.

Il a provoqué une forte émotion et depuis suit son petit bonhomme de chemin sans production, ni publicité, par le bouche à oreilles, et avec le soutien de thérapeutes, de professeurs de yoga, de personnes pratiquant la méditation, bref de tous ceux qui sont en train d'adopter un nouveau courant de pensée que l'on pourrait résumer par une phrase : Si nos pensées créent notre réalité alors éduquons nos pensées.

Le spectacle peut se produire sous l'égide de la  Compagnie des Saïs dans des endroits  qui ne sont pas des salles de théâtre : église, grange, plein air ... Mais vous pouvez le voir actuellement  à Paris au Petit Gymnase, tous les samedis à 16h 00.
Mariane Zahar n'est pas bouddhiste, mais comme bon nombre d’entre nous, elle perçoit que l'hyper rationalisme et le cynisme de bon ton si typique à l’Occident ne sont pas une fin en soi.

Elle découvre à l'âge de 20 ans Alexandra David Neel, une femme extraordinaire dont la quête de spiritualité et les aventures sont propres à nourrir toutes les audaces des femmes. Cette exploratrice est connue comme orientaliste, tibétologue, chanteuse d'opéra, journaliste, écrivaine franc-maçonne et bouddhiste. Elle fut, en 1924 la première femme d'origine européenne à séjourner à Lassa au Tibet. Elle est aussi celle qui a importé le bouddhisme en Europe et par sa vie extraordinaire a certainement contribué à ouvrir la voie pour la libération de la femme. Elle est morte à près de 101 ans, le 8 septembre 1969, à Dignes-les-Bains.

Mariane Zahar se glisse sous le châle d'Alexandra dont elle reprend les principes pour nous offrir un portrait sans concession ni fioritures. Elle le fait avec sa propre personnalité puisqu'elle s'est enrichi des travaux de Max Planck et Albert Einstein pour argumenter et éclairer les propos défendus par l'ethnologue.

C'est audacieux puisque dans la réalité le courant n'est pas passé entre Alexandra David Néel et Albert Einstein qui l’appelait "Madame je sais tout". Ils auraient eu tant de choses à se dire et à échanger, l’une sur la doctrine secrète du bouddhisme, l’autre sur la physique quantique pour enfin réaliser qu’ils avaient découvert le même secret en prenant des voies apparemment opposées. C'est ce que cette auteure-interprète démontre.

Le titre du spectacle, par ses simples initiales, évoque évidemment l'ADN, cet acide désoxyribonucléique, qui est une macromolécule biologique présente dans toutes les cellules ainsi que chez de nombreux virus, contenant toute l'information génétique, appelée génome, permettant le développement, le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants. Alexandra David Néel avait en quelque sorte un nom prédestiné pour être associée à la physique quantique.

samedi 16 décembre 2017

Rendez-vous place Gandhi

Rendez-vous place Gandhi est un spectacle d'imitation qui est théâtralisé que j'ai énormément apprécié parce que Xavier Fagnon est un artiste complet qui a écrit les textes et conçu les imitations d'une cinquantaine de personnages. Le spectateur n'a pas un instant pour rêver alors j'imagine la concentration que l'exercice demande à cet artiste.

De plus, il ne fait pas qu'un seul personnage à la fois. La plupart du temps ce sont des duos qu'il interprète. Il n'a évidemment pas le temps de changer de costume ou d'accessoire et c'est son seul talent qui lui permet de passer instantanément de l'un à l'autre.

Quatre binômes de personnalités se retrouvent en Inde pour repousser leurs limites dans une aventure télévisée inspirée du programme "Pékin Express", au profit d’associations écologiques. Nous sommes le jour de la finale. Les concurrents doivent arriver les premiers sur les lieux du prime diffusé le soir même en direct, Place Gandhi, au bord du Gange, fleuve réputé pour ses taux de pollution records.

Les pérégrinations de ces duos insolites révèleront un Alain Souchon baroudeur et sans tabou, une Chantal Ladesou pleine d’audace envers la population locale avec un coéquipier Patrick Bruel uniquement préoccupé de lui-même, un Alain Juppé transcendé par la compétition, Jane Birkin désorientée avec Arnaud Montebourg et bien d’autres…. Edouard Baer, chargé au débotté de l’organisation et des répétitions du prime time, s’évertuera à faire respecter la charte écologique imposée par la production à ces candidats indisciplinés. Le rythme s’accélère crescendo au fil des situations. D'autres célébrités se manifestent et le spectacle se termine en une apothéose vocale et musicale.

En toute logique les participants ne sont pas très bien préparés et pestent joliment contre les désagréments du périple. Xavier Fagnon imite chacun tout en suivant le fil du scénario du spectacle. 

Chantal Ladesou tient les propos d'une cougar. Raphaël se plaint que le technicien ne monte pas suffisamment le micro. La voix (de la chambre des secrets) coupe parfois la parole et le pauvre Edouard Baer s'inquiète pour son direct, surtout lorsque son téléphone a un problème de roseau (pour réseau).

jeudi 14 décembre 2017

Le Noir de Bigorre devient une AOP et JGO a fêté l'évènement

On sait qu'il existe des produits d'exception mais nous avons finalement peu d'occasion de les savourer, et qui plus est en compagnies des hommes dont la passion et la volonté ont permis de maintenir ... et je pèse mes mots parce que le terme de restaurer conviendrait peut-être davantage.

Car on parle de renaissance pour qualifier le phénomène. La race pure gasconne était promise à s'éteindre dans les années 1980 puisqu'il ne restait plus que 34 truies et 2 verrats. C'était une question d'années. Le Noir de Bigorre si emblématique de ce terroir allait disparaitre en raison de ses soit-disant défauts : trop lent, trop gras et pas assez productif comparativement à l'élevage en batterie.
Pourtant quelques éleveurs, charcutiers, salaisonniers ont fait le pari d'inverser la tendance. Il faut les entendre raconter cette aventure qui aujourd'hui est un succès puisque le Porc Noir de Bigorre et le Jambon Noir de Bigorre deviennent des produits protégés en Europe. Ils bénéficiaient déjà de l’AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) depuis 2015. L'AOP est une protection accrue pour garantir l’excellence des produits avec lesquels la filière pourra séduire de nouveaux ambassadeurs.

Il y a de quoi faire la fête et je vous garantis que ceux qui ont oeuvré à cette réussite ont le sens du partage, de la bonne humeur et un solide appétit. J'ai eu l'honneur d'être invitée à une soirée célébrant la bonne nouvelle et je m'en souviendrai longtemps.

C'était Réveillon avec un bon mois d'avance chez J Go, un restaurant dont le premier établissement a ouvert à Toulouse sous l'impulsion de Fabien Galthié et qui conserve toujours les producteurs de qualité, en viande comme en légumes. Tout le monde ici est passionné et défend les valeurs de la Gascogne, chaque serveur pour commencer, tous en tablier rouge et très impliqués, et bien entendu aussi le patron, Denis Meliet qui a beau avoir l'habitude que quelques jambons soient accrochés au-dessus du bar, est ému en nous confiant que voir un tel alignement de cochons pendus lui fait battre le cœur. C’est le lien avec les générations d’avant, avec la petite quinzaine de producteurs qui avaient conservé la race et qui, à l’envers de tous, ont cru à l’impossible et qui en vivent. Ils sont aujourd’hui 60, ce qui est très satisfaisant quand on voit toutes les spécialités régresser. Le Noir lui se déploie. C’aurait été une catastrophe de le perdre.
Un des intérêts de l’histoire c’est l’aventure humaine qui est derrière et que relate Armand Touzanne, président de la confrérie du Noir de Bigorre (et ancien directeur du Consortium) avant de conclure que l'animal est le fruit du relief, du climat, aimable comme les gens, pas sauvage car il viendra vous saluer si vous vous aventurez sur leurs pâturages.
Comment voulez-vous qu'on n'ait pas envie de se rendre sur place ? Le désir est renforcé avec la dégustation de jambon d'âges différents, 20, 24 et 36 mois d’affinage, et de saucisson tranché avec célérité.

Marie-Claire Uchan, Directrice du Consortium a conclu que ce produit est le résultat d’un tryptique magique, un territoire, des hommes, un savoir-faire pour obtenir un jambon d’exception et une viande extraordinaire au menu ce soir.

Et je peux témoigner que nous nous sommes régalés. J'ai découvert des recettes que je ne soupçonnais même pas et en attendant d'aller en Gascogne je vous recommande le J Go où rien n'est surgelé et tout travaillé dans les règles de l'art, et dans une ambiance chaleureuse.

mercredi 13 décembre 2017

Krooner on the rocks

(mise à jour le 31 mars 2018)
Cela fait trois ans que Krooner on the rocks fait salle comble au Petit Gymnase. Et le succès est mérité. Le public est dans l'ambiance dès son installation dans la salle. On peut reconnaitre la voix chaude de Lucy Harrison Besame mucho accompagnée au piano par Raphaël Bancou, caché derrière un pan de mur.

On comprend que le spectacle qu'elle a conçu et mis en scène sera très musical. C'est à une sorte de guerre que vont se livrer une femme, Lucy et un homme (Fabrice Banderra) sur tous les plans. Car tout les oppose, le look, leurs choix musicaux et leurs idoles. Elle, tendance bikeuse, est fan d'ACDC, lui, admiratif d'Ava Gardner, ne jure que par Sinatra.

Ils sont voisins de palier et ne se supportent pas, estimant que la musique que chacun écoute n'est que du bruit à leurs oreilles. Tous deux célibataires se sont inscrits sur un site de rencontres et nous les découvrons en train de se préparer pour une soirée mémorable, ignorant qu'ils ont rendez-vous ensemble. Le choc sera terrible mais qui sait, peut-être arriveront-ils à s'entendre, ... et plus si affinités.

Tout est plaisant dans ce spectacle. Les dialogues (aux petits oignons) comme les reprises de grands standard, du rock par Lucy et du jazz par Fabrice. Le pianiste passe d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante. Il a beau être en retrait il joue lui aussi à la moindre occasion, opinant de la tête ou levant un sourcil désapprobateur autant que nécessaire. Et quand il se lance dans un numéro de beat boxing on applaudit, ... forcément. Il aura bien raison de venir saluer plus tard avec des ailes dans le dos.

La scénographie est habilement conçue en nous permettant de partager l'intimité de chacun des personnages. On la découvre en turban. Il est en chaussettes.
Well I heard there was a secret chord ... Dès que Lucy entonne les premières paroles de Hallelujah (une chanson créée par Leonard Cohen et tant de fois reprise) on sait qu'on va passer un moment mémorable. Sa voix est superbe. Francis est en alerte et rebondira sur le mot heaven en chantant à sa chaussure. Tous deux sont également à l'aise en anglais.

Elle parle avec son cher papa. Il converse avec sa chère maman. Il lui confie que no way la voisine, pas son style. Aucun doute pour nous que le site des Célibataires Anonymes sera un site de rencontres qui va les ranimer. Il s'imagine qu'il a rendez-vous avec Audrey Hepburn. Elle sait qu'on peut pas toutes rivaliser avec Kate Moss. Lucy raille en prétendant résister là la tentation de la salle de gym et en faisant l'apologie de la rondeur. On attend le choc même si la musique de Satie semble les mettre d'accord.

mardi 12 décembre 2017

Mon Bourguignon d'hiver

C'est peut-être abusif de revendiquer la recette qui est un grand classique mais puisque je l'exécute d'une façon un peu particulière je peux bien vous donner mes petits trucs.

Comme il est long à cuire (la préparation elle est rapide) j'en fais pour plusieurs fois. Une fois le premier repas servi je portionne ce qui reste dans des bocaux de verre de 500 grammes, ce qui prend moins de place dans le frigo et permet de faciliter le réchauffage ultérieur.
Cela fait longtemps que je n'emploie plus de contenant en plastique pour cela depuis que je sais qu'ils sont nocifs pour la santé.

Avant de vous dire mes petits secrets, je vais tout de même indiquer ce que tout le monde fait pour réaliser un Boeuf bourguignon : on fait mariner la viande une journée ou une nuit, selon le temps dont on dispose.

Classiquement c'est carotte, oignon, échalotes et bien entendu un Bourgogne, sinon il faudra débaptiser le plat, qui doit recouvrir la viande. J'ajoute un peu d'huile olive au basilic, du fenouil et c'est plutôt un oignon rouge que je choisis.

lundi 11 décembre 2017

YOUPI c'est reparti ! à la Nouvelle Ève


Ce ne sera joué que trois lundis. Il ne fallait pas louper ces représentations exceptionnelles à plus d'un titre.

YOUPI c'est reparti ! est formidable. J'ai adoré ce spectacle parce que c'est du vrai music-hall, qui tout en respectant les codes du genre, n'est pas surchargé en strass, plumes et escarpins.

Il y en a mais ce sont des accessoires au service de vrais numéros, menés par des artistes hors pairs, sachant chanter, danser et jouer la comédie.

On n'est pas sur la scène du Moulin-Rouge, (un quasi voisin) mais dans l'ambiance feutrée d'un cabaret, comme je l'ai décrite à propos du billet consacré à Une journée chez ma mère.

L'endroit est propice à la nostalgie : tu te souviens quand on venait danser ici ? interroge ma voisine à ses amis, heureux d'évoquer le passé dans une salle qui est en pleine effervescence.

L'ambiance est décalée et on aime ça. Aucun des artistes ne se prend au sérieux. Et pourtant leurs numéros sont aux petits oignons. Avant de les applaudir c'est dans la salle que ça se passe, où l'ouvreuse vend des pâtés avec un naturel confondant. Elle jure qu'elle le fait depuis 40 ans, 18 mois et 2 jours; on la croit bien sur.

On croit à tout ce soir. Caroline Roëlands lance la soirée avec un savoir-faire qui rappelle Liza Minelli. Quel bonheur ! C'est elle qui signe la mise en scène. Bravo !
Charlène Duval est une spectaculaire meneuse de revue. Elle commence par une réinterprétation de la Sainte Vierge entourée de boys en guise de Rois Mages qui est un pur bonheur de dérision. On la retrouvera chaque fois avec un immense plaisir. En robe longue comme en tutu et plumes, elle est tout bonnement formidable.
On s'amuse de réécouter l'Amérique de Sheila, Adio amor ... Et que dire de Madame Raymonde (Denis d'Arcangelo) en étoile du Berger ? Sa gouaille est inénarrable.

Les numéros s'enchainent. Difficile de dire lequel on préfère. Ils sont tous différents. Tous réussis. Même Gwyneth, la poule connait son rôle par coeur.

J'accorde une mention spéciale tout de même à la prestation de l'extraordinaire Patrick Laviosa qui yodelle à qui mieux mieux.

Il faut tous les citer : Jacques Verzier, Benoît Romain, Sébastien Mesnil, Alexandre Bonstein, Christine Bonnard, Pascal Mary, François Beretta, Fred Jean-Baptiste, Mathieu Morel, Tiago Do Nascimento, Régina de Chatonville et Monaline Gilloux.

Ne croyez pas que j'ai oublié Nicole Croisille. Elle ne fait pas de la figuration et descend le fameux escalier. On rêve d'avoir d'aussi belles jambes que celles qu'elle croise encore sur l'air de Fever. Cette chanson créée en 1956 a été chantée par Little Willie John, qui en vendit plus d'un million d'exemplaires. La version la plus célèbre date de 1958, interprétée par Peggy Lee, mais Nicole l'interprète tout de même avec talent et passion depuis au moins 1987 avec l'album Jazzille.

Elle interprète trois chansons dont Enough is Enough (Assez c'est assez) digne de Donna Summer et un Youpi c'est reparti ! fort joyeux. Je l'avais beaucoup appréciée cet été dans Night with Satie. On est toujours heureux de la retrouver dans ce type de spectacle.
La soirée se poursuit avec des jeux de plume, et des numéros chorégraphiés avec souplesse, tour de force et musicalité jusqu'au final évidemment offenbachien.

La soirée se termine en nous laissant un goût de fêtes (de fin d'année) avant l'heure et ça fait du bien. Vive le music-hall ! Surveiller les programmes. Il partira mais il reviendra c'est certain.
YOUPI c'est reparti !
Les lundis 4, 11 et 18 décembre 2017 à 20 h 30
A la Nouvelle Ève
25 rue fontaine 75009 Paris M° Blanche
Réservation : 01 48 65 97 90

dimanche 10 décembre 2017

Concert de mariaFausta pour son premier album solo Million Faces

Etre invité(e) à un concert de "lancement" d'un disque, c'est toujours l'assurance de vivre un moment exceptionnel. Je l'ai maintes fois constaté. Celui que mariaFausta a préparé en est la preuve.

Son premier album solo, Million Faces est disponible sur tous les magasins de musique en ligne, par exemple Itunes. C'est un voyage à la recherche d’un langage qui explore la Pop dans ses nuances Jazz, Rock, Blues.

Violoniste classique diplômée avec mention auprès du Conservatoire National de Musique Corelli de Messine, Maria Fausta Rizzo, de son vrai nom, a collaboré 12 ans avec les frères Melo et Pippo Mafali. Elle a poursuivi sa formation en France au Centre des Musiques de Didier Lockwood, d'où elle est sortie avec un diplôme de musique jazz.

Je l'avais découverte dans cette même salle du Théâtre de Nesle où elle interprétait en live la musique de la pièce Doll is mine. C'était une révélation. J'avais hâte de la revoir sur scène et cette soirée a comblé les attentes de tout le public ... jusqu'à une petite fille (sa nièce) de moins de trois ans qui a joué les choristes impromptues avec un à propos déroutant et spontané. C'est sans doute comme cela que naissent les vocations.

L'acoustique de la salle correspond parfaitement à ce qu'on peut espérer. Et quand on a la chance de voir en duo cette excellente violoniste avec l'extraordinaire Didier Lockwood vous pensez bien qu'on est proche des dieux. No picture about me est un pur moment de bonheur. Ils ne sont que tous les deux et la présence d'autres musiciens n'est alors pas nécessaire.

vendredi 8 décembre 2017

Kastoori, délicieux restaurant indien et pakistanais

Il n'y a pas que le passage Brady pour manger indien. Kastoori est un restaurant qui propose une délicieuse cuisine réalisée par des cuisiniers indiens et pakistanais. Il existe depuis presque vingt ans et je l'ai découvert à la faveur d'une relâche du théâtre La Bruyère qui a brutalement creusé un trou dans mon emploi du temps. Et je ne le regrette pas.

C'est à quelques mètres du théâtre, sur la place Gustave Toudouze.

S'il y a une chose que vous ne trouverez pas à la carte c'est l'alcool parce que le personnel respecte ses convictions religieuses. Mais il ne les impose pas. Vous pouvez très bien, si cette boisson vous est indispensable, venir avec votre bouteille que vous pourrez déguster à loisir. On vous la débouchera sans vous faire la leçon. C'est ce qu'on appelle un restaurant BYO (Bring Your Own ... bouteille de vin). Et comme c'est souvent ce qui pèse sur la note, c'est un point favorable.

Franchement ce serait tout de même dommage de vous priver d'un lassi ou de leurs cocktails de fruits frais comme le Goa qui est un mélange d'ananas, mangue, papaye et kiwi.

Autre spécialité, le Thali qui est un grand plateau composant un repas complet pour 17 € (le soir, mais il est à 10 € le midi). Sa composition peut varier. A titre indicatif il était ce soir composé d'un poulet Korma au lait de coco et cannelle, de concombre au yaourt, d'une galette de pomme de terre, d'épinards au curry et fromage, d'un riz basmati au safran…

jeudi 7 décembre 2017

Retour d'Islande, exposition du peintre et graveur Bernard Alligand à Chatenay-Malabry (92)

Le Pavillon des Arts de la ville de Chatenay-Malabry (92) invite le public à découvrir une terre de glace et de feu auréolée de mystère que Bernard Alligand a explorée au cours de plusieurs voyages pendant plus de quinze ans.

Il est revenu d'Islande avec de précieuses récoltes de terres,  de sables volcaniques noirs et nacrés, d’ocres et de boues sulfuriques qu’il associe selon l’inspiration que ce pays suscite en lui.

Ses œuvres qui ne sont ni abstraites ni figuratives, tiennent de la peinture et de la sculpture. Elles nous questionnent. On pourra y voir des paysages, des plages imaginaires, des ciels tourmentés, des aurores boréales, l’évocation du cosmos ou d’une puissance surgie de la féerie.
Elles dégagent une force qui déploie une énergie étonnante. Pour nous qui vivons dans un espace verdoyant, ces tableaux essentiellement en nuances de noirs, de blancs et d’ocres laissent entrevoir des paysages sans cesse remodelés dans des contrastes inhabituels à nos yeux.

mercredi 6 décembre 2017

La brasserie Bofinger honore Saint Nicolas

Cela va devenir le premier rendez-vous annonçant les fêtes de fin d'année. Pour la deuxième fois la Brasserie Bofinger y célèbre la Saint-Nicolas qui est si essentielle en Alsace-Lorraine.

On commencera par une flute de Crémant d'Alsace sur un sirop de mirabelle Laroppe (54200 Bruley) dans lequel une mirabelle (dénoyautée s'il vous plait) roulera sous l'effet des bulles.

Si nous étions plusieurs siècles en arrière, nous aurions comme le faisaient les Alsaciens venus s’installer dans le quartier Saint-Antoine afin de travailler dans la menuiserie et l’ébénisterie, apporté notre choppe pour consommer de la bière, comme le voulait la tradition à l’époque.

Fondée en 1864 par l’Alsacien Frédéric Bofinger la brasserie a marqué l’histoire de la capitale. C’est en effet dans cet établissement qu'a été installée la première pompe à pression de la ville. La boisson titre alors entre 18 et 25°. La bière de Noël est servie ce 6 décembre, évidemment à la pression, dans les verres adéquats et proposée avec des bretzels.

Selon une histoire locale, le bretzel serait né en 1477 d'un ultimatum imposé par le roi à un boulanger de Bouxwiller d'inventer un pain "au travers duquel le soleil brillerait trois fois". Sa femme priant les bras posés sur sa poitrine en forme de croix lui donna l'idée de croiser les deux extrémités d'un ruban de pâte, formant ainsi trois trous, à travers lesquels le soleil pouvait briller trois fois.
Selon une autre histoire alsacienne locale, la forme spécifique du bretzel tiendrait de ses origines étymologique car en alsacien le mot signifie "le temps de repos". La forme du bretzel représente en effet la position des bras croisés lorsque sonne l'heure de la pause.
Il est naturel que l’enseigne représente une petite Alsacienne avec un kouglof et un petit Alsacien avec sa chope de bière et un bretzel courant à la brasserie.

mardi 5 décembre 2017

Smoke Rings, expérience de théâtre immersif au Cine XIII

J'avais reçu un mail étrange de la Cie du Libre Acteur m'invitant à partager avec d'autres Camille une expérience de théâtre immersif : SMOKE RINGS. On m'indiquait que l’immersion débuterait précisément à 20h30 au ciné XIII, 1 avenue Junot - 75018 où on me donnait rendez-vous seulement à partir de 20h15.

Il était précisé que le dress code était noir et/ou blanc et qu'il était préférable que je porte des chaussures relativement confortables.

Je savais que le spectacle avait été conçu d'après Ring de Léonore Confino, que j'avais vu et apprécié au Théâtre du Petit Saint Martin il y a quatre ans, dans une mise en scène de l'auteure, avec Audrey Dana et Sami Bouajila. Il lui avait valu une nomination aux Molières en tant qu'auteur francophone.

Je connais le principe du théâtre immersif où les spectateurs  se trouvent au cœur de l’action scénique, avec une grande proximité avec les comédiens, étant parfois quasiment acteurs eux-mêmes.

J'aime beaucoup l'ambiance qui se dégage du Cine XII, totalement propice à ce type d'expérience avec son décor 1930, ses escaliers, son bar, la salle aux canapés profonds et sans doute des loges et un espace de répétition.

J'avais respecté le dress code sans prendre garde à m'équiper d'un petit sac pour y conserver appareil photo et carnet de notes. Je n'avais pas prévu qu'un vestiaire nous débarrasserait de tout le superflu. C'était bien la peine d'acquérir un manteau blanc (le noir le semblait triste) spécialement pour l'occasion !

J'ai donc vécu l'expérience en simple spectatrice, et au-delà puisque je me suis aperçue qu'il valait mieux venir à ce spectacle en petit groupe. La pièce interroge l’impermanence du sentiment amoureux, les soubresauts de la passion et parfois l’absurdité d’être à deux. Je déconseille de s'y rendre seul. L'expérience dure près de deux heures et on a envie de la partager avec des proches.

Chaque spectateur est considéré comme un invité à un mariage ou un baptême et reçoit une rose dont la couleur déterminera son parcours plonger dans les coins et recoins du Ciné XIII. Il y rencontrera des amants, des parents, des couples qui s’aiment à la folie, se maudissent, s’humilient, s’effleurent, se désirent, se lassent et se racontent.

L’immersion est tantôt contemplative tantôt participative avec une implication qui peut devenir sensorielle. Difficile d'en dire plus si on veut préserver le suspense indispensable dans ce genre d'expérience.

Sébastien Bonnabel a bâti une mise en scène qui tient compte des différents espace. Il a exigé des acteurs un jeu ultra-réaliste pour souligner l’absurdité de situations dramatiques, ce qui est très réussi.

Le spectateur va de surprise en surprise. Les comédiens ont une palette d'interprétations surprenantes au service des émotions. Le promesse de proposer au public une expérience de vie au-delà d’un spectacle sur le couple est tout à fait tenue.

Léonore Confino a écrit une trilogie : Ring, Building et Les Uns sur les autres, respectivement sur les thèmes du couple, du travail et de la famille entre 2009 et 2012. Les trois pièces sont publiées aux éditions l’Oeil du Prince.

La Cie du Libre Acteur a été fondée en 2012 sur une approche du jeu développée par Sébastien Bonnabel. La première création de la troupe a été "Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit" de Fabrice Melquiot au Vingtième Théâtre, puis au Ciné XIII en 2015. La connaissance des lieux était une raison de plus pour y créer Smoke Rings qui est le troisième spectacle de la Cie.

Elle rassemble des comédiens issus du théâtre mais ayant développé une expérience parallèle dans le cinéma, la danse, le crique ou la musique. je citerais particulièrement Marie Combeau qui est aussi chanteuse, violoniste et contrebassiste. La musique, vous le constaterez, tient une place importante dans le spectacle et il faut saluer le travail de conception sonore de Camille Lockhart.

Smoke Rings
d’après Ring de Léonore Confino en collaboration avec l’auteure
Mise en scène de Sébastien Bonnabel
Avec Marie Combeau, Marine Dusehu, Marie Hennerez, Alexia Saurat, Eric Chantelauze, Philippe de Monts et Stéphane Giletta
Tous les dimanches à 20h30 du 1er octobre au 17 décembre 2017
Puis tous les lundis à 20h du 22 janvier au 7 mai 2018 (relâche le 1er avril)
Puis au festival d'Avignon
Au CINÉ XIII
1 avenue Junot 75018 Paris - 01 42 54 15 12 - www.cine13-theatre.com
En raison des déplacements par les escaliers le spectacle est déconseillé aux personnes à mobilité réduite.

lundi 4 décembre 2017

Cuisiner le potimarron

Il appartient à la famille des courges, nous tente souvent sur les marchés mais, ne sachant pas comment le préparer autrement qu’en (banale) soupe je renonce régulièrement à cet achat.

C’est parce que je suis allée dans une ferme que je me suis lancée. Et j’ai totalement changé d’avis. Le cuisiner n'est pas sorcier. Ce légume n’a qu’un défaut, il est difficile à trancher. Il faut un bon couteau et ne pas chercher à le couper sur plus de deux-trois centimètres d’épaisseur. Soyez prudents !

Une fois ce problème réglé (comme celui de parvenir à retirer l’épaisse peau qui, je crois est comestible mais pas agréable en bouche si on le mange cru) plusieurs possibilités très pratiques s’offrent à vous.

Il est très agréable cru, mais oui. On peut donc le râper, et l’associer à des carottes (qui sont plus juteuses donc qui apportent de la fraicheur) ou du céleri, ou les trois ensemble pour le consommer en vinaigrette. Ou faire une sauce jus d’orange-échalote-persil-huile d’olive. On peut aussi le trancher  à la mandoline … tout dépend de l’effet recherché.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)