lundi 31 octobre 2011

Des Saucisses chips and crisps qui plairaient à Jamie Oliver

C'est venu d'un coup de cœur pour ces petites choses délicieuses que je me suis mise à dévorer en potassant le bouquin de Jamie Oliver. Les trois quarts des ingrédients qu'il emploie sont anglais et je n'en ai aucun dans mes placards : mélasse, pâte de vanille, lemon curd, moutarde anglaise et puis beaucoup de piments, raifort. Je ne voyais pas quelle recette j'allais pouvoir réaliser sans devoir passer par la case épicerie fine.

Par contre il me restait deux saucisses peu ragoutantes, genre cervelas qui auraient du être coupées en rondelles pour agrémenter une salade verte.
Et puis ces "crisps" que nous appelons chips en français et qui m'ont vite inspiré. J'ai gardé les plus belles et ai trié les petites ou les cassées (il y en a toujours, c'est inévitable)
On remarque au passage que les pommes de terre n'ont pas été épluchées avant séchage.J'ai décidé de les pilonner pour obtenir une chapelure originale (au goût de Worchester sauce et de tomate) pour paner cette charcuterie. Là, après en avoir retiré la peau, j'ai coupé en bâtonnets, comme des frites, les grosses du traditionnel plat anglais "fish and chips" qui s'est trouvé revisité totalement puisque sans poisson et sans frite pour n'en garder que l'allure.

Les bâtonnets ont été successivement enrobés, classiquement je dirais, de farine ( comme une caresse), d'œuf battu en omelette, et de la panure. Et hop passage à la poêle dans un soupçon d'huile chaude. Et re-hop servies à l'assiette avec une belle salade et une poignée de crisps.On était en dessous des trente minutes chrono (création incluse) et il restait deux minutes pour improviser une petite sauce où tremper les "frites" de saucisses. Ce fut égale proportion de fromage blanc et de moutarde Fallot cèpe-thé fumé. Qu'est-ce que c'était bon ! Cela aurait plu à l'ami Oliver.

On aurait aussi bien pu enrouler les frites dans une feuille de salade avant de les plonger dans la sauce un peu à la manière de nems.

Vous avez compris qu'en Angleterre les "chips" sont des frites, que nos voisins britanniques appellent "french fries".

Et comment appellent-ils les chips me direz vous ? Des crisps bien sur !

Nous ne valons guère mieux à désigner la custard cream par le terme de crème anglaise ... Et dans le domaine du bricolage la réciproque est encore plus belle puisque la clé à molette, qu'on appelle clé anglaise est chez eux une french key.

Chips Tyrrells

dimanche 30 octobre 2011

Ces messieurs-dames de la famille, nouvelles de Jean-Pierre Coffe, chez Plon

Jean-Pierre Coffe est connu pour ses talents culinaires. Il fait preuve ici d'une autre facette de ses compétences, littéraires, en nous servant une dizaine de textes qui sont autant de nouvelles teintées d'un humanisme automnal.

Si le livre est sorti au printemps il révèle, me semble-t-il, un tempérament sensible aux épreuves et aux tourments de la vie qui masque difficilement une sombre mélancolie sous le costume de l'épouvantail, avec humour parfois, dérision toujours.

L'éditeur présente l'ouvrage comme un désenchantement pour ce qui concerne l'homme dans son absolue médiocrité que contrebalancerait un incommensurable amour de la vie. Je partage cette analyse et il est vrai que Jean-Pierre tente ainsi l'impossible qui est de vouloir greffer un peu de bonheur sur beaucoup de misère quotidienne.

Jean-Pierre Coffe en connait un rayon sur tous les sujets abordés, qu'il s'agisse de légumes, de vins ... ou du monde de la nuit, ce qui fait que l'intérêt du livre va bien au-delà de la distraction. J'ai été surprise du niveau de technicité (en particulier sur la profession de charcutier) qui charpente le texte et qui ne nuit en rien à la lecture.

Moins surprenants sont les détails qui renvoient aux célèbres coups de gueule de l'auteur qui en osant citer nommément Bridoux (p. 82) laisse deviner en contrepoint la tonitruante diatribe contre le jambon polyphosphaté qui a participé à fonder sa célébrité.

Monsieur Robert, charcutier de son état, a la tête de l'emploi. Presqu'une hure de cochon bien entendu qui fait de lui un authentique Benjamin Rabier (p.72). L'allusion aurait mérité une note de bas de page parce que le lecteur, et moi la première, ne partage pas forcément toutes les références de l'auteur.

Benjamin Rabier est un des plus grands dessinateurs animaliers, dont on connait les œuvres sans nécessairement savoir qu'on les lui doit, comme Gédéon le canard, la tête de la Vache qui rit, ou encore la baleine des Salins du Midi. Sans compter ses illustrations des Fables de la Fontaine et du Roman de Renard.

Vous apprendrez aussi beaucoup sur le pain ... et le vin, ce qui là n'étonnera personne. Prétexte à vous rappeler le conseil du sommelier du Plaza : carafer un vin de cinquante ans d'âge est une trahison (p.46)

Bien que les nouvelles de cette famille ne soient pas très optimistes il ne faudrait tout de même pas croire que cette lecture va plomber les vacances de la Toussaint. A l'instar d' Halloween qui sera célébré demain pour conjurer l'angoisse de la mort, ce livre est à consommer sans arrière-pensée, en jouissant de la saveur du vocabulaire, ponctué de néologismes potagers et vinicoles. Les automobilistes pourront s'inspirer des dialogues de la page 12 pour pêcher quelque insulte bien sentie. Au prochain embouteillage j'essaierai peut-être de placer "enconcombré".

Ces messieurs-dames de la famille, nouvelles de Jean-Pierre Coffe, chez Plon, 2011

samedi 29 octobre 2011

Cheesecake salé-sucré au potiron d'automne

C'est en croquant des chips le soir du vernissage de l'exposition du Festival de la photographie culinaire à l'espace Mobalpa que j'ai eu l'idée de les utiliser comme base pour un cheesecake au lieu des spéculoos qu'on emploie d'habitude. Parce que celles-là ne sont pas ordinaires.

J'ai choisi la variété panais au poivre noir et au sel marin dont j'ai mis une grosse poignée dans le mortier. Évidemment il est plus astucieux de faire un tri préalable et de garder les plus belles pour les croquer comme on déguste ces petites gourmandises. mais vous conviendrez que le meilleur emballage ne les préserve pas totalement de la casse et que ma méthode permet de valoriser les brisures.
On aura mis un bon morceau de beurre dans le fond d'un moule, fait fondre. On aura tourné le beurre de manière à bien recouvrir la totalité de l'intérieur du moule puis on aura mélangé ce qui reste avec ces brisures.

Ensuite on déposera une couche de potiron cuit à la vapeur (car moins gorgé d'eau). Je l'ai cuit 15 minutes dans le panier de ma cocotte-minute au-dessus d'un bouillon aromatisé d'un quart de fève tonka, d'un quart d'anis étoilé, d'un demi centimètre de cannelle en tuyau, de trois grains de poivre des cimes et d'un clou de girofle (mais on fait à son goût). Un poireau, une pomme de terre, un oignon et trois carottes ont cuits dans cette eau et m'ont donné un bouillon savoureux.L'appareil est composé de 200 grammes de fromage blanc , enrichi de 30 grammes de lait en poudre (et c'est là le deuxième secret cooking de l'histoire). J'ai ajouté 30 gammes de maizena, 1 cuillerée à soupe de miel d'acacia et deux jaunes d'œufs.

Puis les blancs en neige avec une cuillère à soupe de poudre de mahaleb parce que j'aime son léger arôme d'amande amère, mais on peut s'en passer.J'ai fait cuire 40 minutes à 170 °

Là encore vous adapterez à votre appareil et diminuerez le temps si vous employez la chaleur pulsée.
Pour la sauce, j'ai imaginé un mélange tant pour tant de concentré de tomates et de fromage blanc avec deux cuillères à soupe de lait en poudre pour un verre de sauce. Cette adjonction va magiquement épaissir la préparation qu'on pourra servir en quenelle presque aussi facilement que s'il s'agissait d'une chantilly.

Recette réalisée avec Régilait mon lait en poudre demi-écrémé. Vous trouverez toutes informations sur le produit et une large palette de recettes sur le site de la marque.
Epices Épicerie de bruno (vente possible par Internet)
Chips Tyrrells
Espace Mobalpa, 15 bd Diderot, dans le 12ème à Paris (métro station Gare de Lyon, lignes 14 & 1), ouvert du lundi au samedi de 10 à 19 heures.

vendredi 28 octobre 2011

Philippe Adrien met en scène les Chaises à la Tempête

Après Avignon cet été où le spectacle a été créé, les Chaises ont été disposées dans la salle Copi du Théâtre de la Tempête. C’est important d’avoir donné un nom, et quel nom, à cette scène qui ne sera plus la « numéro 2 » ou « la petite » comme le disait si joliment Philippe Adrien en juin dernier au cours de la soirée de présentation de la saison 2011-2012.

Un spectacle sur deux sera dorénavant donné dans la salle qui rend hommage au romancier, dramaturge et dessinateur argentin, et francophone, qui a tant marqué l’aventure de ce Théâtre de la Tempête.
Philippe Adrien retrouve la Compagnie du 3ème Œil avec laquelle il a déjà monté le Malade imaginaire. Son amitié avec Bruno Netter remonte à 25 ans. C’est dire qu’ils ont appris à se comprendre. On ne travaille pas indifféremment avec des comédiens porteurs de handicap et des « valides » mais on y parvient, et sans exhiber le handicap.

Beaucoup de spectateurs ignoraient ce soir que la vieille est sourde, et que l’orateur n’est pas muet mais aveugle. Le théâtre n’est qu’illusion mais il est aussi la vie.

Les spectateurs sont entrés dans une obscurité profonde alors que le couple est déjà là. On pourrait croire qu’ils habitent depuis la nuit des temps dans cette tour, dans ce moulin sans âge, encombré de chaises hors d’usage, ceint de hautes parois métalliques, un cylindre devenu une île qui s’enfonce dans l’eau croupie qui, bientôt, les absorbera. Le soleil a fui depuis longtemps mais il en reste l’ombre.

Il est en haut de l’échelle comme une grenouille qui guetterait une météo favorable. Elle est prostrée au centre de leur monde qui se décompose. Ionesco a écrit la pièce en 1951. Le vieux est le vieux, mon chou, c’est tout. La vieille est Sémiramis, fondatrice légendaire de Babylone, capable de détourner l’Euphrate pour irriguer ses jardins suspendus.

Ici elle soutient le dialogue avec son compagnon. Avec un amour infini. C’est tout ce qu’elle fait. C’est tout ce qu’elle peut faire. Depuis 75 ans, c’est toujours la même histoire, c’est ta vie et elle me passionne. Pour toi, mon chou, je redeviens neuve tous les soirs.

Absurde ? Certes ! La vieillesse est un fardeau bien lourd. Le temps est passé aussi vite que le train. Il a tracé des rails sur la peau. Il est trop tard pour devenir Isolde et Tristan, pour cueillir les dernières roses de la vie, brandir du muguet en suppliant de n’être pas oubliée.

Ces deux là ne s’entendent plus, ne se voient plus. Un brouillard envahit l’espace. Ils voudraient vivre encore, lutter pour un message, le délivrer aux invités qui vont venir ce soir, ou le confier à l’Orateur qui ne pourra qu’esquisser une gesticulation de chef d’orchestre puisque c’est toujours la même musique. Logique !

Bruno Netter a bien raison de répéter que le théâtre ne connait pas la nuit. Philippe Adrien le démontre en triomphant de l’impossible. Initialement Bruno devait interpréter le vieux mais il a fallu trouver un nouvel équilibre et c’est finalement Alexis Rangheard qui a endossé le rôle tandis qu’il lui donnait celui de l’orateur.

Monica Companys a beaucoup travaillé, s’appuyant en répétition sur les lèvres de son partenaire pour lui donner la réplique ou sur des signaux visuels. Elle s’est libérée peu à peu de ces béquilles et leur dialogue est devenu naturel. Subsiste un phrasé qui lui est particulier et qui participe à la dimension insolite du spectacle mais ô combien poétique.

Les Chaises
, d’Eugène Ionesco, mise en scène de Philippe Adrien. Depuis le 15 octobre et jusqu'au 5 novembre 2011. Du mardi au samedi à 20h30 ; le dimanche à 16h30.


Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Tél : 01 43 28 36 36.

Une représentation supplémentaire a été ajoutée le 5 novembre en raison du succès de la pièce.

Contact: 01 43 28 36 36 billetterie@la-tempete.fr

jeudi 27 octobre 2011

Festival International de la photographie culinaire

Le vernissage avait lieu ce soir à l'Espace Mobalpa.

Pour sa troisième édition, le Festival International de la Photographie Culinaire prend cette année la forme d’une balade urbaine autour du thème Street Food. La manifestation est parrainée par le chef Thierry Marx, fervent défenseur de la cuisine nomade.
De superbes clichés qui montrent divers aspects de la cuisine de rue. L’espace Mobalpa se prête parfaitement à la mise en valeur des photos. Les angles de vue ont mis en appétit les invités en cette soirée d’ouverture dont les papilles ont été réjouies en même temps que les pupilles.
Les amateurs de chips pouvaient soulager leur conscience en découvrant les dernières variétés de Tyrrells, à la betterave et aux légumes oubliés. On pouvait gouter les Betteraves au sel de mer, les Panais au poivre noir et au sel de mer, ou encore un mélange de Betteraves, panais et carottes avec une pincée de sel de mer.

Puis s’empresser de croquer une pomme (délicieuse) Juliet, aussi belle que bonne que bio, ou se régaler d’une barquette de fruits et légumes préparées par le Fruitier de Montmartre venu avec son triporteur de fruits et légumes frais.Plusieurs photographes avaient joué la carte légumière, comme celui-ci qui détourne une mise en garde célèbre en proposant une version positivement injonctive : L'espace est si vaste que chaque type de photo y trouvait sa place. Y compris en surimpression sur un immense mur blanc où s'enchainaient tous les clichés.
C’est le désormais célèbre Eric Kayser qui fournissait les pains. Un pain au curcuma, moelleux, odorant, absolument pas amer, un autre aux raisins et aux noisettes … aussi bon qu’une brioche.

Le terroir de Valençay était bien représenté, avec ses fromages, fabriqués et affinés par P. Jacquin, bénéficiant d’une AOP depuis 1998 et, ce qui fut pour moi une surprise, le vin, jeune AOC depuis 2004. S’il est généralement préférable d’accompagner le fromage par un vin blanc force est de reconnaître que les Valençay que nous avons dégustés convenaient tout autant. Et le vin de la maison Gibault m'a inspiré d'autres associations ultérieurement.

Alors que Carré de bœuf poêlait une viande exceptionnellement fondante, Weber faisait dans le patio la démonstration de leur matériel en cuisant de petites brochettes sur d'immenses barbecues.
Le groupement Sweet Bordeaux témoignait de la variété des blancs doux produits sur els rives d ela Garonne.
Amorino garantissait un dessert rafraichissant avec le mascarpone à la figue caramélisée qui fut l’énorme succès du mois d’octobre. Bientôt arriveront en boutique une grande spécialité italienne en coffrets noirs de 93 cm, les giandigotti, qui composeront toute une gamme de chocolats.

Certains clichés sont nostalgiques comme ceux ci, en noir et blancD'autres sont d'une construction géométrique qui ne fait pas oublier leur poésie comme ces prises de vue à la verticale des petits vendeurs de rue.
Les œuvres sont à consommer avec les yeux à Paris du 28 octobre au 13 novembre prochain et au fil des galeries, des restaurants, des librairies, de lieux insolites … que vous trouverez sur le site du festival comme la boulangerie Kayser de la rue Danielle Casanova ou le Purgatoire du 54 rue de Paradis.

L’année prochaine, pour sa quatrième édition, le Festival International de la Photographie Culinaire aura pour thème officiel : « L’œuf » et sera parrainé par le chef de cuisine triplement étoilé Pierre Gagnaire. Vous voilà prévenus !

Espace Mobalpa, 15 bd Diderot, dans le 12ème à Paris (métro station Gare de Lyon, lignes 14 & 1), ouvert du lundi au samedi de 10 à 19 heures.

mercredi 26 octobre 2011

30 minutes chrono avec Jamie oliver

C'est la référence, THE BEST, the only one en matière de livre de cuisine. Les compliments pleuvent et j'étais très heureuse de recevoir le dernier opus du célébrissime Jamie dont j'avais entendu parler cet été jusque dans le lot.

Je ne l'ai pas ouvert la première, laissant à une amie le soin de choisir le menu que je me ferais un plaisir d'exécuter pour une tablée de 4 invités en une demi-heure chrono.

Vous auriez vu sa tête ! Elle a eu beau tout feuilleter, scruter consciencieusement les ingrédients et les process page après page, elle n'a rien trouvé qui soit d'après elle "faisable" en l'état.

Si rire vaut un bifteck c'est un bœuf entier que j'ai avalé ce soir là. Ses commentaires étaient d'une drôlerie presque inénarrable mais j'ai pris des notes et promis, si vous me laissez quelques jours, je reviens ici avec un billet qui vous amusera.

Le facteur a sonné et j'ai quelques produits qui arrivent et que je vais devoir transformer sans attendre ... et en m'inspirant peut-être du génie de Jamie, allez savoir. La créativité est ce que je connais de plus contagieux.

(à suivre)

mardi 25 octobre 2011

Les souvenirs de David Foenkinos

J'aime beaucoup le style Foenkinos mais je ne dirais pas que les Souvenirs sont le livre que je préfère.

Il y met probablement davantage de lui que dans ses précédents ouvrages mais ce ne sont pas des confessions que l'on attend d'un écrivains, plutôt des voyages. Et ceux vers lesquels il nous entraine ne sont pas réjouissants.

Ce ne sont autour de lui que disparitions, fuites, et séparations. Être frappé par la mort donne l'obligation d'aimer (souvenir de Yasunari Kawabata p.102). Sans garantie. En tout cas cela donne une énergie qui permet de se mettre en mouvement.

Posséder comme sa grand-mère la carapace de la souffrance (p.28) ne donne pas toujours le courage de continuer. Mais elle vaccine contre la résignation.

D'enterrement en cimetière David nous parle de la mort mais aussi de la vie, et de l'amour qui peut surgir n'importe où, surtout si on ne le cherche pas. Sauf qu'il démontre précisément le contraire sans qu'on puisse lui en tenir rigueur.

Parce que c'est dans cette maladresse que le roman (puisque c'en est un) puise sa force. On ne connait jamais vraiment personne, à commencer par sa famille et la mythologie familiale des Foenkinos est assez romanesque. Entre son père qui se jette aux pieds d'une femme en lui déclamant : vous êtes si belle que je préfère jamais vous revoir (lire le dénouement p. 262), le gérant d'une station-service qui philosophe que le silence d'une femme est sa plus grande preuve d'amour, sa mère que la retraite fait dérailler, son grand-père qui glisse sur une savonnette, sa grand-mère qui a oublié la recette de la mayonnaise, le jeune homme a le tournis.

C'est qu'il lui tarde de vivre sa vie, la sienne et pas celle des autres qu'il est bien obligé de prendre en mains. Il a le sentiment que tant qu'il n'aura pas compris les raisons de l'étroitesse affective de ses parents (p.13) il sera comme empêché d'avancer. Alors tout est bon pour tenter d'y voir clair. Les digressions deviennent une marque de fabrique. Les notes de bas de page abondent. Les souvenirs des uns et des autres ponctuent les chapitres comme autant de fenêtres ouvertes sur un paradis perdu ou à venir.

On entrevoit le scénario derrière de jolies pages (la visite de l'école et la classe de CE2, la station-service la nuit) et des personnages intéressants (la directrice débordée de la maison de retraite, le directeur d'hôtel, les policiers).

Il y a quelque chose de proustien dans cette écriture et c'est peut-être ce qui plait tant aux jurys qui hésitent entre certains et certaines ...

Les souvenirs de David Foenkinos, Éditions Gallimard, 272 pages, août 2011

Les autres livres de la rentrée littéraire déjà chroniqués sur A bride abattue depuis la mi-août :
Eléctrico W d'Hervé le Tellier
La femme au miroir d'Eric-Emmanuel Schmitt
Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel
Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé
Rouler de Christian Oster

Et de David Foenkinos, la Délicatesse et la biographie de Lennon

lundi 24 octobre 2011

J'accuse ! au théâtre du Petit Hébertot

L'histoire est connue de tous les écoliers. les grands ne peuvent l'oublier. La France a été coupée en deux à la fin du XIX°, les uns persuadés de la culpabilité du capitaine Dreyfus, condamné pour traitrise envers la patrie, les autres convaincus de son innocence.

On se souvient du rôle déterminant joué par Émile Zola à faire basculer l'opinion et permettre à la justice d'être rendue.

Ce qu'on sait moins, c'est qu'Alexandrine, l'épouse de l'écrivain et journaliste, poussait son mari à prendre cause pour laver cette tache de boue à la veille de l'Exposition universelle.

Xavier Jaillard a travaillé l'écriture de la pièce avec Bérengère Dautun (avec qui il codirige le Petit Hébertot) pour porter à la scène le combat qu'ils ont engagé cote à cote, contre l'intolérance et qu'ils ont en quelque sorte à la fois gagné et perdu.

La mise en scène instaure un eu d'introspections et de réponses qui fait oublier les monologues au profit d'un dialogue entre les deux acteurs.

Bérengère est cette femme admirable, longtemps dans l'ombre, qui puise sans désemparer ses arguments dans les grands textes fondateurs sur la tolérance pris dans la littérature française : Montaigne, Montesquieu, Voltaire et Olympe de Gouges.

Yvan Varco est cet écrivain qui d'abord refuse : je ne me mêle pas de politique ! et qui pourtant va écrire l'admirable J’Accuse! qu'il publiera en tant que journaliste dans L’Aurore.

La pièce commence alors qu'il part va au journal dicter son manifeste pour défendre le capitaine Dreyfus tandis qu'Alexandrine, restée chez eux, découvre le brouillon. Elle commente, encourage, suggère ...

La raison d'impossibilité n'a pas de valeur à nos yeux car elle n'a pas de légitimité disait Victor Schoelcher.

Le prétexte de la raison d'État qui n'a pas empêché Olympe de Gouges d'être guillotinée n'est pas davantage recevable.

La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera. Zola accuse d'une protestation enflammée qui est le cri de son âme.
Dreyfus sera sauvé mais on ne pardonnera pas à Zola qui mourra curieusement d'un feu "inexpliqué" et sans doute criminel le 29 septembre 1902, trente trois ans avant le capitaine qu'il a fait innocenter.

Il y avait ce soir dans la salle des descendants de Dreyfus comme de Zola qui ont été touchés par le spectacle et son interprétation. Parmi eux, une "petite fille" de l'écrivain encore aujourd'hui reconnaissante à Alexandrine d'avoir, après la mort de Zola, fait reconnaître les deux enfants naturels qu'il avait eus avec Jeanne Rozerot, alors même qu'il était marié avec elle. Elle a longuement échangé avec Bérengère puis avec avec Yvan Varco. Une belle émotion.

J'accuse !, au théâtre du Petit Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles 75017 Paris
Adaptation Xavier Jaillard et Bérengère Dautun
Avec Bérengère Dautun, Sociétaire de La Comédie Française, et Yvan Varco
Depuis le 20 octobre, du mardi au samedi à 19 heures 30, le dimanche à 17 heures

dimanche 23 octobre 2011

Intouchables en avant-première dans la salle fétiche de Meudon (92) pour Olivier Nakache et Eric Toledano

Hier Olivier Nakache est venu présenter à Meudon le film qu'il a réalisé avec son ami et complice Eric Toledano dans une salle qui a toujours porté chance aux deux réalisateurs depuis leur premier court-métrage, les Petits souliers en 1999.

Ils font tout à deux depuis vingt ans parce qu'à deux on a deux fois plus d'idées et aussi deux fois plus de garde-fous.

Cette fois ils étaient là (le premier avant la projection, le second à la fin) plus par fidélité à un public qu'ils considèrent comme leur famille que par nécessité parce que leur film est déjà assuré du succès. Il est annoncé comme film de l'année avant même sa sortie officielle. Et même si j'ai vu beaucoup d'excellents longs métrages depuis plusieurs semaines il est vrai que celui là réunit toutes les qualités.

Le synopsis est connu mais il n'est peut-être pas inutile de rappeler en tout cas que le point de départ est une histoire vraie, celle du comte Philippe Pozzo Di Borgo, découverte par les cinéastes à travers un reportage de Mireille Dumas.
Synopsis : A la suite d’un accident de parapente dont il ressort vivant mais tétraplégique, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.
La force du projet c'est qu'il ne s'agit pas d'un coup médiatique. Les acteurs ont rencontré les personnages réels pour s'imprégner de leur vraie vie et la restituer sans faire du pathos mais avec beaucoup de rires et de l'émotion. Olivier et Eric ont déjà travaillé trois fois avant de confier le rôle de Driss à Omar Sy, dont j'ai complètement oublié qu'il est quotidiennement l'amuseur Omar, donnant la réplique à Fred sur Canal +

François Cluzet a eu cette modestie de lui laisser occuper l'espace qui va permettre à cet homme de devenir un acteur qui va compter et qui très franchement n'en fait pas des tonnes alors qu'il en a le potentiel. la position était d'autant plus méritoire pour François Cluzet qu'interpréter un rôle sans marge de manoeuvre n'a pas été accepté par d'autres acteurs. A peine assis sur le fauteuil François s'est laissé enfermer dans le personnage, acceptant d'être réduit à une voix (travaillée avec un conseiller médulaire parce que les tétras n'ont une capacité pulmonaire limitée) et à un regard. C'est à peine s'il s'autorise un infime rictus nerveux au dernier plan.

Quant à la scène du parapente il a été exemplaire de courage et de volonté puisqu'il n'a jamais bronché.

On a envie de raconter tant il est rare de combiner aussi intimement l'émotion et le rire. Cela commence, enfin le film, parce qu'on comprendra vite que l'histoire est engagée depuis longtemps entre ces deux-là ... cela commence donc la nuit, dans une voiture coincée dans les inévitables embouteillages parisiens. Elégante métaphore du handicap que cette Maserati dont les chevaux vapeur sont muselés. Ludovico Enaudi égrène tranquillement les notes de Fly au piano et le miracle opère. Adrénaline à fond. Course poursuite sur les quais avec la police pour partenaire captif.
De François Cluzet on ne reconnait que la voix, étrange dans son corps robotisé. Le générique remet les pendules de l'histoire à l'heure et on reprend tout depuis le début, enfin leur début à ces deux là, qu'on pourrait dire faits pour se rencontrer si la tragédie ne contraignait pas à plus de pudeur.

Que de différences néanmoins entre l'aristocrate de naissance, ex patron d'industrie, toujours richissime mais désormais sanglé sur une machine, et le jeune banlieusard, ex tolard, dont le manque de culture est un autre handicap (ce n'est pas un bon mot, le handicap culturel est reconnu par la MDPH, ou Maison départementale des personnes handicapées, chargée de l’accueil et de l’accompagnement des personnes handicapées et de leurs proches, crée dans chaque département par la loi 11 février 2005 ).

Faut être pragmatique ! Driss a deux bras, deux jambes, un cerveau (et qui pense bien et juste) . Il est sans pitié et c'est ce qui décide Philippe à l'engager parce que la compassion le dégoute.

De fait l'un va compenser le handicap de l'autre, et réciproquement, et bien au-delà de l'amitié. C'est là quele film est particulièrement réussi en démontrant que les valides peuvent vivre au cœur du même monde que celui des handicapés. Le sujet est grandement d'actualité, sur scène et à l'écran après la Ligne droite de Régis Wargnier ou Sur la Route des Colporteurs.

La grande différence c'est que le film est d'une drôlerie incroyable et qu'avoir des occasions de se marrer, le mot n'est pas trop fort, est plutôt rare dans le domaine. Il n'y a aucune dérision, aucune moquerie. S'il y a un message à retenir c'est que si cette histoire a été possible alors beaucoup d'autres le sont.

On aurait envie de mémoriser toutes les répliques qui font rire la salle sans retenue. Les quiproquos sont drôlissimes pour nous qui comprenons les deux mondes. Leçon de musique : Berlioz, une vanne ? Bach le Barry White de l'époque ? Le vol du bourdon de Rimsy-Korsakov la musique de Tom et Jerry. Et si on fait une incursion dans la peinture Goya ne décollera pas l'étiquette de Pandi panda.L'équipe a présenté le film à Philippe, le vrai, qui vit désormais au Maroc où il a refait sa vie (comme dans le film ...) qui l'a jugé aussi drôle que ce qu'il a vécu avec Abdel. Parce que le personnage de Driss a été en quelque sorte écrit pour lui tout de même pour le rendre tout simplement plus crédible.

Cet homme qui ne se regarde plus dans un miroir a été bouleversé. Cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé mon regard, une petite phrase qui résonne comme un compliment. Il s'est réjoui que ses aventures soient portées à l'écran, et de cette manière là, même si les scénaristes ont considérablement édulcoré leurs péripéties. En dix ans passés avec Abdel il dit en avoir fait beaucoup plus et de plus intrépides que ce qui nous est montré. La réalité dépasse toujours la fiction, c'est connu.

Omar danse et peint mieux qu'Abdel. Les personnages secondaires sont "fictionnisés" mais l'essentiel y est. Il fallait que l'histoire fasse vrai et que les plans sur la banlieues soient crédibles même pour quelqu'un qui ne la connait pas. Ils ont été tournés à Bondy où vit une forte population malienne et sénégalaise.

C'est Philippe qui a soufflé le titre Intouchables. Le mot toucher était essentiel parce que Abdel a été un e des rares eprsonnes à savoir le manipuler très vite. Les sujets étaient eux-mêmes intouchables. Et c'est le terme qui désigne la cinquième caste indienne au vit au ban des villes.

Rendez-vous est déjà pris pour le prochain film, puisqu'il est maintenant acquis que Meudon est un passage obligé pour Eric et Olivier. Rien n'est encore écrit mais il y a tout de même une esquisse de projet. François Cluzet est déjà sur un autre tournage. Omar Sy également. Véronique Lamia, la coordinatrice du festival du court-métrage d'humour de Meudon a presque réussi à obtenir d'un des réalisateurs de lui "griffer son 06" pour suivre le conseil de son fils : laissez un message à mon papa, cela lui fera plaisir.

samedi 22 octobre 2011

Tchernobyl, et après ... à l'Espace Baudouin d'Antony (92)

L’Espace d’art contemporain Eugène Beaudouin a choisi de traiter un sujet lié à l’actualité, à savoir les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, dont c’est le 25ème anniversaire cette année.

Programmée dans le cadre de la 4ème édition du cycle « L’émoi de la photo », cette exposition fait aussi écho à l’accident nucléaire de la centrale japonaise de Fukushima dont, curieusement, nous n'entendons plus parler, alors que rien n'est réglé.

On pouvait visionner dans une toute petite pièce le documentaire que Gilles Le Cardinal et Jacques Lochard ont réalisés dans le cadre du projet ETHOS, consistant à accompagner les habitants d’une zone rurale contaminée de Biélorussie en leur apprenant à contrôler la quantité des radiations, pour choisir les pâturages les moins contaminés et pouvoir consommer le lait de leurs vaches. D'invisible l’ennemi devient repérable et presque apprivoisé puisqu'ils n'ont pas d'autre solution que de rester sur place.

Gilles Le Cardinal et Jacques Lochard ne sont pas photographes professionnels, mais leurs images pleines d’humanité nous font éprouver une forte empathie pour les villageois d’Olmany. Ils montrent une réalité qui dérange parce qu'elle n'est pas conforme à l'idée qu'on se fait de la zone. Au lieu d'arbres calcinés, de détritus et de visages ravagés on découvre d'accueillantes isbas bleu azur, un troupeau d'oies au bord de l'eau, une herbe d'un vert profond et lumineux, des bouilles aux joues rebondies qu'on a envie d'embrasser. Du coup on s'approche sans crainte et sans frémir pour réaliser que c'est l'absence de trace qui est émouvante.

Dans une autre pièce un grand nombre de clichés, signés par le photographe documentaire Guillaume Herbaut, sont classiquement révélatrices de la catastrophe et, me semble-t-il moins parlantes pour cette même raison que l'être humain a ceci de puéril qu'il prend ses distances avec ce qui le dérange.

J'ai malgré tout décelé une touche de poésie, croyant apercevoir un petit chaperon à la chaussette rouge s'enfoncer dans les bois.

J'entendais cet après-midi les visiteurs dire qu'il fallait faire les bons choix en matière de production énergétique, et que le nucléaire devait être impérativement arrêté, comme s'il s'agissait d'un simple choix politique. Pourtant ils étaient venus en voiture, sans penser une seconde que leur comportement était en discordance avec leur attitude.
J'avais une folle envie d'éteindre les lumières, inutiles au demeurant puisque l'espace d'exposition était inondé de soleil. L'homme est ainsi fait mais je ne m'habitue pas.

TCHERNOBYL ET APRÈS ?....

Espace d'art contemporain Eugène Beaudouin, Résidence Universitaire Jean Zay bât. F, Rue Lafontaine, 92160 Antony

Du 22 octobre au 27 novembre 2011 du vendredi au dimanche de 14 h 30 à 19 h
Autres jours sur rendez vous

Contact : 06 72 84 81 12 / 09 65 29 30 23

vendredi 21 octobre 2011

Polisse, de Maiwen, à voir absolument

La sortie officielle de Polisse remonte à quelques jours et le bouche à oreille est déjà intensément positif. C'est que Maïwenn signe une réalisation qui fera date dans le cinéma. L'équipe est revenue de Cannes avec un Prix du Jury amplement mérité.

L’actrice, qui annonce qu’elle souhaite se consacrer désormais exclusivement à la réalisation (et elle en a toutes les capacités) ne s’est pas donné le meilleur rôle dans cette reconstitution du quotidien d’une Brigade des Mineurs comme il y en a tant et dont on parle si peu. Elle y joue une photographe timorée mandatée par le ministère de l'Intérieur pour faire un reportage.

Les films dits policiers se focalisent sur la pègre, le meurtre, le trafic de drogue ou, à la rigueur les délits financiers, bref les grosses affaires. Maïwen est allée fouiller cette vie qu’on dit « privée » et qui protège davantage les adultes que les enfants. En sortant de Polisse on ne va plus ignorer la réalité de ce « pire » qui existe bel et bien et dont on imagine que ce ne sont que des statistiques de salles de rédaction pour faire couler de l’encre. Le chiffre est quasiment officiel. Il y a en France 2 millions de victimes d’inceste. Avec un tel nombre la probabilité que vous en connaissiez est énorme. Et c’est peut-être votre voisin, votre ami, votre cousin qui demain se fera coffrer pour viol sur mineur par ascendant, taxable de 20 ans de réclusion.

Il faut ouvrir les yeux. La peur n’évite pas le danger. L’information, oui. Les dialogues, exactes répliques du travail de fourmi que la réalisatrice et scénariste (avec Emmanuelle Bercot) sont percutants. On pourrait en pleurer. Et pourtant on rit beaucoup.

Toute la gamme de la dérision est exploitée. Depuis l’évocation des Bisounours avec la chanson de l’Ile aux enfants qui contraste avec des confessions accablantes. Comme le dit Fred, magnifiquement interprété par Joey Starr (à qui j'aurais donné le prix de l'interprétation masculine à Cannes) çà me tord, je peux pas.

Comment supporter le pire autrement qu’en le plaçant un peu à distance ? L’humour est la meilleure arme et il y a des scènes d’anthologie que l’on pourrait se passer en boucle. L’explication de textes sur la place de la femme dans le Coran, par Nora (Naidra Ayadi) en version originale s’il-vous-plait, est inoubliable. Il ne faut pas confondre Hôtel de Police avec Hôtel de la plage mais on y discute tout de même beaucoup de ses petites et grandes misères amoureuses, s’interrogeant sur la graduation dans la tromperie. Est-ce qu’une pulsion de bites serait plus pardonnable qu’une pulsion de sentiments ?

L’appréciation relève souvent de la sémantique. Un homme qui se partage entre deux foyers n’accepte pas d’être étiqueté polygame mais bigame lui conviendra. Et le mot Polisse devient attendrissant quand c'est un enfant qui l'orthographie comme il l'entend.

La hiérarchie entre les services (les Stup prennent toujours l’ascendant) est insupportable quand la vie des enfants est en jeu, jeu de vilains bien sur. Les affaires s’enquillent. Le psychisme encaisse les coups. Un de plus, un de moins, ils ne sont pas payés à l’aveu et affichent un blindage de fortune. Les pause-déjeuners et les soirées en boite sont des occasions de se défouler. Mais ce sont des parents comme les autres, que rien n’épargne.

Il n’y a pas que les œdipes qui tournent mal. Et si dans son film l’enfant s’en sort, presque toujours, l’adulte non.

Si le sujet continue de vous effrayer allez voir Polisse pour les acteurs. Dirigés par une main de fer dans un gant de velours, cadrés par des caméras discrètes, chacun donne le meilleur de lui-même : Karole Rocher (Chrys), Marina Foïs (Iris) et son binôme Karin Viard (Nadine), Nicolas Duvauchelle (Mathieu) et Jérémie Elkaim (Gabriel), sans oublier Frédéric Pierrot (l'inspecteur Balloo) en lutte pour la bonne cause avec Wladimir Yordanoff (le commissaire Beauchard). Sandrine Kiberlain campe une Mme de la Faublaise qui peine à faire face à l'écroulement du monde idéal.

Jérémie Elkaim est aussi à l'affiche dans le superbe film réalisé par Valérie Donzelli, la Guerre est déclarée.
Sandrine Kiberlain offrait une facette différente de ce type de personnage dans les Femmes du 6ème étage
Pour relire le précédent billet consacré à Maïwwen à propos de Pardonnez-moi, cliquer ici.

jeudi 20 octobre 2011

Au bal d'Obaldia, avec Brock, mise en scène de Stéphanie Tesson

Le théâtre du Ranelagh poursuit le festival qu'il consacre à René de Obaldia. Pendant que le Vent continue de souffler dans les branches de sassafras, c'est une musique plus légère que Stéphanie Tesson nous offre en nous conviant à entendre un florilège de textes du poète.

Au Bal d'Obaldia appartient à la catégorie des spectacles délicats dont on se demande pourquoi ils sont boudés par le public. Les têtes d'affiche ne sont pas en haut par hasard. Mais beaucoup d'autres pourraient les rejoindre dans les étoiles. Brock est de ceux-là et je pensais, naïvement, que le public qui l'a applaudi la saison dernière au Théâtre 13 dans la mise en scène si inventive de Stéphanie serait fidèle à ce rendez-vous.

La programmation en alternance a sans doute joué défavorablement et on ne peut que souhaiter une reprise car c'est une "petite forme" qui devrait intéresser les programmateurs. Il pourrait se jouer partout, y compris bien sur dans les salles des fêtes municipales. Suffit d'une table, une chaise, un perroquet et une guirlande d'ampoules colorées.

Brock déboule, valise à la main, plumes au chapeau, poèmes au vent. C'est que l'écriture d'Obaldia est fantasque à souhait. Tout est bon chez elle, y'a rien à jeter, comme le chantait Georges Brassens en pensant à une laitue.

Le comédien nous régale en interprétant avec tout son art une galerie de personnages savoureux, changeant d'accent ou de rythmes quasi à volonté. Il faut le voir interpréter la bataille des nababs contre les nabis, laisser place aux nabots, jouer de la trompette sans instrument et donner de la voix en évoquant la Méditerranée.

C'est de la prose, c'est de la poésie qui flirte parfois avec le slam. Nougaro n'est pas loin. L'équipe mérite tous nos compliments mais je vais tout de même m'arrêter là, chocolat, chocolat ...

On en ressort léger, avec l'envie de dévorer les œuvres complètes avec appétit. Cela tombe bien, un grand choix de livres est présenté dans le lobby où quelques pensées bien senties continuent de donner le ton :

Un seul hêtre vous manque et tout est peuplier.

Alors dépêchons, c'est jusqu'au 23 octobre
Au bal d'obaldia de René de Obaldia
Mise en scène : Stéphanie Tesson
Interprété par Brock
A 19 heures du mercredi au samedi - Dimanche à 15h
Théâtre Le Ranelagh - 5 rue des vignes - 75016 Paris - 01 42 88 64 44

mercredi 19 octobre 2011

Inauguration du Salon du Chocolat ce soir à 19 heures

J'avais passé une journée passionnante l'an dernier au Salon du chocolat. Je n'ai pu y rester que quelques heures cette année, mais dans le cadre un peu différent de la soirée d'inauguration de cette 17ème édition.

Le Japon était à l'honneur. C'est donc par les exposants japonais que je commencerai.

Sylvie Douce et François Jeantet, Créateurs et Commissaires Généraux du Salon ont rendu un hommage particulier à nos amis japonais.

Une boutique dite "de charité" avait été dressée rassemblant tous les exposants nippons.

Jean-Paul Hévin apporte son soutien aux victimes du séisme qui a touché le Japon en mars dernier. Le chocolatier-pâtissier parisien a créé pour cela une tablette de chocolat "solidaire" qui sera mise en vente durant toute la durée du Salon du chocolat, du 20 au 24 octobre prochains. L'intégralité des fonds récoltés sera reversée aux sinistrés du tremblement de terre japonais, par le biais de Labo Love Japon, une association créée à la suite de la catastrophe naturelle.Disponibles uniquement pendant le Salon, les chocolats de ce fabricant sont d'une exquise douceur. Un travail qualifié de joailler par le club de croqueurs de chocolat. A ne pas manquer.
Yoku Moku est le spécialiste du cigare, ce gâteau qu'on appelle cigarette "russe" en France et que l'on offre au japon traditionnellement en juin, pour dire merci, et en décembre.
La recette est toujours la même depuis 40 ans et la dégustation obéit à un rituel très codifié.
Sadaharu Aoki est sans doute le plus parisien de japonais présents sur le salon. Il a créé son premier atelier à Paris en 1998. L’année d’après il est nommé responsable de l’office parisien de la fédération des pâtissiers japonais. Il devient également consultant en pâtisserie pour des grandes sociétés d’alimentation japonaises.

En 2001, il ouvre sa première boutique dans le 6ème arrondissement, puis une seconde deux ans plus tard dans le 5ème arrondissement. Il a aussi un stand au Lafayette Gourmet et possède en toute logique 2 boutiques au Japon.
Cette pâtisserie a beaucoup surpris : une sorte de financier au thé matcha emprisonnant un macaron au chocolat.

Le Japon semblait avoir inspiré nombre de créations. Même les Praslines Mazet s'y mettaient avec une fondue parfumée au yuzu que l'on découvrira dans le coffret de Noël.

On inaugura aussi le Salon côté artisans en admirant cet Arc de Triomphe en chocolat imaginé par Jean-Luc Decluzeau pour Léonidas.
Il y avait foule de toques venus rendre hommage à Robert Linxe, Maître Chocolatier et créateur de « La Maison du Chocolat » sous la houlette de Pierre Troisgros, Cuisinier et restaurateur à Roanne, avec 43 années sans interruption de 3*** Michelin.

C'est en toute amitié qu'il a rappelé qu'il s'était installé en face de la salle Pleyel parce qu'il était mélomane et que lui-même employait le chocolat pour donner du velours à des plats au vin rouge comme le lièvre à la royale ou un Boeuf bourguignon.
Robert Linxe, touché de cet hommage, n'avait qu'un seul conseil à donner à toute cette jeunesse, mais il était triple : travaillez vos recettes, choisissez vos origines, soignez la justesse de vos équilibres.

Le maitre a raison quand il dit que le vrai talent est de créer du simple (on croirait entendre Alain Ducasse). L'exigence de son père le guida toute sa vie : Dis-toi que si ce n'est pas très bon, c'est mauvais ...

A 20 heures démarrait le fameux défilé intitulé cette année « Pâtisserie Burlesque et Baroque », sous le parrainage de Chantal Thomass et organisé en faveur de "Labo Love japon", en partenariat avec le Festival International des jeunes créateurs de mode de Dinard.

On nous avait promis un spectacle inédit, baroque, burlesque et gourmand sur le thème du chocolat et de la pâtisserie. Il fut bien ainsi, associant macarons, gaufrettes et autres petits gâteaux à une déclinaison infinie de chocolats en vingt tableaux d’exception, que je me suis efforcée de photographier tant que faire se peut. Mes clichés n'ont pas bénéficié de la bonne lumière et le cadrage fut souvent hasardeux tant la foule était compacte mais il y en a quelques-uns qui sont assez représentatifs de la soirée. Le nom du photographe est mentionné si la photo provient du service de presse du Salon.

Il y eut donc en premier lieu Miss Chantilly, suivie de Mistinguette , dans une robe créé par Eva Rachnline et Vincent Lechevallier pour Monbana et portée par Malika Ménard (non photographiées)

En 3 une Burlesque Cupcake -Violette la Magnifique imaginée par Alexandra Gerbault et Philippe Pascoet, portée par Elsa Fayer (non photographiée)

Puis Délices au pays des merveilles, d'Amandine Zerbib et Arnaud Lahrer, porté par MaYa BarsonY
Karine Feri défila en 5ème position. Elle fut Dietrich de choc, habillée par Christian Courcelles et Vincent Guerlais (photo A bride abattue puis ©julienmillet)

En 6 Gourmande Valentine (©julienmillet) de Virginie Marcerou et Frédéric Cassel, combinant chocolat et patisserie, porté par Valentine Féau

Suivirent Dans la Forêt noire, portée par Blandine Ballavoir, un travail de Juliette Zakowetz, Aela Lehman et Des lis Chocolat (non photographiée)

Puis une Religieuse au chocolat et décadence Aya par Caroline Chhu et Jean-Paul Hévin, portée par Tiga (non photographiée)
9/ Madame la Marquise, de Christian Courcelles et Maison Bonat, portée par Dorothée Kristy (©julienmillet)

Suivi l' Opéra Barock de Ben Brass et la chocolaterie Puyricard, porté par Cindy Fabre (non photographiée)
Laurence Roustandjee portait la Queen Gourmandise de manon Bresson-Cancel et Jean-Marc Rue pour Monsieur Chocolat
Black Swan apparut alors avec Mes Colombes (©julienmillet). Le premier, porté par Satya Oblette était imaginé par Manix Wong pour Laclos et Sadaharu Aoki.

La seconde par par Anca Radici, modèle conçu par Jean-Claude Jeanson

Juliette Katz fit sensation avec ses plumes en Conquistadore, une tenue de Willy G., designer-plasticien et Cacao Barry
15/ Mister Chocolat, un modèle signé Christophe Roussel, porté par Jean-Philippe Doux dont l'allure évoque Charlie Chaplin
Surprise ! Sous l'énorme tête qu'il soulève comme un couvercle se cache le facétieux Philippe Candeloro
16/ Candel'in Ice de Jean-Luc Decluzzeau et de la Confédération nationale des Glaciers de France, porté bien entendu par Philippe Candeloro

17/ Madame Barock'n'roll signée Abiwild par Audrey Biarnais et les Chocolats Jacques Bellanger, portée par Cécile Siméone (non photographiée)
Arriva Confettis, de Nicolas Fafiotte et Sébastien Bouillet, porté par Delphine Mc Carty

Puis Bumpy Boop, de Maxime Wattam, créatrice de lingerie et François Pralus, porté par Clara Morgane

Touche pas à ma pearl ! de Léon Ropse Magma et Patrice Chapon a clôturé le show avant la photo finale, avec l’ensemble des personnalités.
Il était temps de partager le gâteau d’Anniversaire de « A la Mère de Famille », créé par Julien Merceron pour la célébration de ses 250 ans.Ce fut aussi l'occasion de saluer, parfois brièvement, quelques personnes que je rencontre au fil des manifestations culinaires, comme Deborah Dupont, de la Librairie Gourmande, partenaire incontournable du Salon. Est-il utile de rappeler qu'elle est spécialiste des livre anciens et modernes en gastronomie et œnologie ?

De nombreuses dédicaces ponctueront les quatre jours avec ,otamment Pierre Hermé, Christophe Michalak, William Ledeuil et Trish Deseine.

Lauranie Nonotte, créatrice d'Esprit Chocolat, spécialiste de parcours gustatif dans la capitale, à la compétence entrainante et toujours renouvelée. La balade dans laquelle elle m'avait entrainée l'an dernier demeure un vif souvenir.

La promenade passait par les boutiques de Patrick Roger, mon voisin de Sceaux, et de Jean-Charles Rochoux.
J'ai revu aussi Frank Kestener dont j'avais parlé l'an dernier.

Et découvert de nouvelles personnalités, à commencer par Aline Géhant, une ancienne de la Maison du Chocolat, installée en Avignon. Son coté minimaliste mais haut en couleur a visiblement séduit visuellement et gustativement. Son travail est essentiellement centré sur les ganaches, mais elle fait quelques pralines parce qu'elle vit dans le pays de l'amande.
Elles ne sont que 6 ou 7 chocolatières en France et la jeune femme est déjà distinguée d'un quatre tablettes par le Club des Croqueurs de chocolat et elle recevra un "award" spécial alors que c'est sa première venue au Salon.
Ce club a été fondé en 1981 par 5 fondus de chocolat autour d'Alain Blanchon. Il compte aujourd'hui 150 membres, et pas un de plus. Il faut une sortie pour valider une nouvelle entrée. C'est dire combien il est devenu difficile d'en faire partie. Depuis 1985 le Club édite un guide qui recense les chocolatiers selon leur mérite. Il est sans concession, n'hésitant pas à retirer une tablettes à la moindre déception.

Il y eut aussi Sébastien Bouillet, un lyonnais installé à Tokyo depuis quatre ans. Il a du s'adapter aux gouts de la clientèle japonaise. Inversement il travaille maintenant des saveurs qu'il ne connaissait pas comme le thé matcha et le yuzu. Sur le salon il propose un bar de chocolat froid avec une mousse minute.
Sa spécialité est le macaly, un macaron caramel beurre salé enrobé de chocolat noir. Il aime particulièrement le caramel qu'il associe à un praliné et au beurre salé dans ces bouches bées rose vif.
Encore un ancien de la Maison du Chocolat avec Pascal Legac qui fut 27 ans directeur de création de Robert Linxe. Être son propre patron catalyse sa spontanéité. Il peut avoir davantage de réactivité en réponse aux retours que lui font ses clients, soit directement, soit par la voix de sa fille qui travaille avec lui, à Saint-Germain-en-Laye. Et son site est très élégant.
On peut aussi se laisser surprendre par des confiseries qui sont présentées sous un autre jour, en bouquets ou en arbres miniatures par exemple conçus par les Caprices de Manon.
Ou qui s'inspirent de cet univers pour en faire des boutons, des bijoux et autre breloques gourmandes comme Sweet Factory qui promet à sa clientèle de ne pas grossir ...

Il y a aussi les incontournables de la manifestation, d'autant qu'elle fait la part belle à la pâtisserie cette année. C'est la maison Kambly, dont l'odeur des Bretzeli (fines crêpes en français) confectionnés sur place dans un poêle ancestral nous tente dès l'entrée. Attention de ne pas vous brûler : ils sont tout de même cuits à cent nonante degrés !

Beaucoup de chocolat au lait aussi chez eux parce que, c'est bien connu, c'est dans ce domaine que les Suisses excelle.

De Neuville étonne avec sa nouvelle identité rose vif, au lieu et place du bleu. Il prôné des chocolats au lait affichant un minimum de 35% de cacao.
L'an dernier l'ours Cémoi occupait le hall dans une taille démesurée. Il est revenu cette année à taille normale mais c'est une quantité d'environ une tonne qui sera consommée en quatre jours.

La marque fera aussi découvrir sa nouvelle gamme Cémoinature de 5 tablettes différentes, doux et onctueux pour le dessert, ou plus typé en bouche avec des notes florales pour ceux qui recherchent l'amertume, bio certifié Rain Forest alliance ou parfumée à l'orange, enrichie de quinoa.

Le site de la marque, j'aime le chocolat, publie un large choix de recettes.
, la petite marque anglaise de desserts au chocolat … qui conjugue le savoir-faire d’un chef français avec un chocolat belge de qualité avait encore innové cette année. une horde d'hôtesses prenait d'assaut les visiteurs avec un discours très rodé. On se serait cru dans la rue et je ne suis pas certaine que ce soit la manière dont on a envie qu'on nous parle.

Installés à l'entrée plusieurs chef d'œuvres figuraient les sept péchés capitaux.
Jean-Paul Hévin avait choisi la paresse, avec la complicité de l'architecte d'intérieur Jean Oddes
Et voici l'envie
Puis l'orgueil, réalisé par le chocolatier et pâtissier Frédéric Cassel et l'artiste peintre sculpteur Didier Chamizo. Et enfin la colère (ci-dessous) :
Christophe Roussel et Norent Saray-Delabar illustraient la gourmandise avec une immense baguette fourrée au chocolat posée sur une tablette de chocolat démesurée.

Le Salon du chocolat est ouvert du jeudi 20 octobre au lundi 24 octobre 2011

Tous les jours à 10h à 19h, à Viparis, Porte de Versailles
Pavillons 5/2 & 5/3

Prix d'entrée Adultes : 12,50 euros
Enfants (de 3 à 12 ans) : 6 euros
Gratuit pour les moins de 3 ans

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