J'anticipe mon départ pour le Mexique qui m'éloignera du blog. Je resterai présente par l'intermédiaire de "nouvelles" écrites auparavant et dont certaines ont déjà été publiées sur un autre média. Elles devraient apparaitre chaque mercredi.

mercredi 25 décembre 2019

Avoir pris le dernier train ?

Vous voulez rire ? Une cinquantaine de personnes piétinaient en gare de Châlon-sur-Marne sur le quai numéro 1. Il était 17 heures et nous avions une marge de quelques minutes sur l'horaire de 17 h 13, le temps de souffler, mais pas suffisamment pour aller prendre une boisson au café de la gare.

Une annonce au micro provoqua des réactions de colère parmi les passagers. Nous informons notre aimable clientèle que le TGV 2784 en provenance de Bar-le-Duc et à destination de Paris ne s’arrêtera pas en gare de Châlon-sur-Marne pour des raisons techniques. Nous vous remercions de votre compréhension et nous vous informons que le prochain train à destination de Paris est le TER 839162 qui partira demain à 7h 14 quai numéro 2.

Cette annonce était ahurissante. Comment pouvait-on oser faire ça ? Partant du principe qu’il n’y a pas de problème mais seulement des solutions qu’on ignore, je décidai de me mener l’enquête. Après tout, c’était un peu mon métier. J'étais alors directrice d'études en marketing et revenais d'une visite d'usine d'une grande entreprise chimiste française dans le cadre d'une étude sur les avantages et inconvénients des colles amylacées (à base d'amidon) ou cellulosiques (à base d'éthers de cellulose) versus les colles vinyliques ou acryliques auprès des peintres en bâtiment.

Etant donné l’enjeu financier de cette étude nationale et les spécificités techniques il avait été essentiel que la collègue qui serait chargée de la phase dite quantitative et moi-même soyons parfaitement au courant du vocabulaire utilisé par les professionnels et nous avions -si je puis dire- passé une journée en immersion dans l’usine de fabrication.

Nous avions toute la journée collé et recollé des lés de papier peint de différentes épaisseurs en intégrant le geste de la polonaise, cette brosse censée chasser les les bulles d’air. Nous étions fatiguées. Les muscles de nos épaules étaient contractés. Je rêve d’un bain à l’essence de lavande. Marie-Hélène était pressée de rentrer chez elle pour fêter l'anniversaire de sa fille.

J’avise le chef de gare qui se trouvait au téléphone dans son bureau : Pardon monsieur, bonjour, pouvez-vous me dire combien de trains vont circuler sur la ligne d’ici ce soir ?

Il me semble chère madame que vous n’avez pas bien écouté l’annonce qui vient d’être faite : aucun ne s'arrêtera d'ici demain.

Et moi, cher monsieur, il me semble que vous n’avez pas compris ma question : je vous demande combien de trains vont circuler sur la ligne d’ici ce soir ? Qu'il soit prévu ou non qu'ils s'arrêtent.

Le chef de gare repoussa sa casquette en fronçant les sourcils tout en scrutant l’écran de son ordinateur. A part l’Orient-Express, c’est simple, y en a pas.

mercredi 18 décembre 2019

Avoir inventé le covoiturage ?

Vous voulez rire ?

Vous n'en pouvez sans doute plus des grèves des transport, de la promiscuité, des retards et de l'heure tardive à laquelle vous rentrez. Je ne suis pas en France mais je compatis.

Je me souviens d'une fois où le RER B s'est arrêté un soir d'hiver  aux alentours de 19 heures.

Je ne sais plus s'il s'agissait d'un débrayage surprise ou d'un accident de personne (une collision entre un être humain et une voiture, autrement dit un suicide), ou un autre motif. Toujours est-il qu'on nous a annoncé que nous avions eu la chance de voyager dans le dernier train de la journée, que la station d'Arcueil-Cachan serait son terminus mais que nous pouvions bien entendu (la voix ne précisait pas si nous pouvions utiliser le même ticket) poursuivre notre trajet en prenant un bus sur la nationale 20.

Sachant que la capacité maximale de ce type de train était alors de 1684 passagers et qu'il était bondé on pouvait supposer raisonnablement qu'au moins 1500 personnes allaient vouloir monter dans un bus en direction du Sud. Sachant que les plus grands autobus parisiens peuvent accueillir 90 personnes il fallait compter sur 17 autobus (vides) pour absorber le flot.

Comme vous pouvez le deviner, l'énervement gagna très vite les banlieusards qui tentaient de grimper dans des véhicules qui arrivaient déjà saturés. Beaucoup s'assirent de dépit sur le bord du trottoir. D'autres avaient déjà commencé à poursuivre leur trajet en marchant.

Rallier Antony depuis Arcueil représentait un peu moins de 7 kilomètres. Il était réaliste d'y parvenir en une heure 15. Mais, souvenez-vous qu'il faisait froid. Et surtout, je n'était pas chaussée en conséquence.

Je me répétais comme un mantra : il n'y a pas de problème, que des solutions qu'on ignore. Je remarquai que la plupart des automobiles circulaient avec une seule personne à bord. On pouvait donc relativement facilement y monter à 4, ne serait-ce que pour être déposé un peu plus loin et avoir moins à marcher.

Mais comment les arrêter ? L'auto-stop classique, pouce en l'air, était sans effet. Il faisait nuit. Cela devenait périlleux.

Je proposai à une trentaine de personnes de nous donner la main et de nous engager sur la très large nationale pour la barrer (tout simplement). Les conducteurs n'allaient pas nous écraser et seraient bien forcés de s'arrêter. Je pariais qu'ils allaient baisser leur vitre. A nous d'être convaincants. Il suffirait ensuite que d'autres personnes prennent la suite de la chaine.

Ainsi fut tenté .... et réussi. J'ai rallié mon domicile plus vite qu'avec le RER car, par chance "mon" convoyeur habitait à proximité. L'ambiance était joyeuse dans sa voiture.

C'est fait. Je peux cocher la case : J'ai inventé le covoiturage.

Photographie d'un bus prise en juillet 2017 à Guanajuato-Mexique.

samedi 14 décembre 2019

Isabelle Georges interprète Oh La la ! au Théâtre des Champs Elysées

J'étais très déçue de ne pouvoir me rendre au concert programmé de longue date par Isabelle Georges au Théâtre des Champs-Elysées le 11 décembre dernier.

C'est une artiste que j'aime beaucoup et dont je suis le parcours depuis très longtemps.  Mais il fallu se rendre à l'évidence les grèves de transport étaient un handicap insurmontable pour moi ce soir-là.

Je suis sûre qu'elle aura été parfaite, comme toujours. comme elle le fut cet été en Avignon dans Isadora.

Il n'empêche que j'aurais adoré la voir dans le véritable "Personality Show" qu'elle s'est enfin décidée à créer. Je dis "enfin" parce que les prémices étaient palpables dans les précédents.

En effet Isabelle sait tout faire : chanter, danser et jouer, qui sont les trois talents fondamentaux.

Elle avait créé ce spectacle, baptisé Oh la la ! au Fringe Festival d’Édimbourg 2015. Il lui avait permis de faire ses débuts sur la scène anglaise au London Cabaret Festival 2016 avec, à la clef, quatre étoiles dans The Herald. Ensuite, après une résidence au Bal Blomet (où je n'avais pas pu aller ...), Isabelle avait été en concert au 54 Below de New York le 15 novembre où elle a fait un triomphe. Ce 11 décembre 2019 était une date exceptionnelle dans sa carrière.

Je me suis consolée en écoutant en boucle le merveilleux album éponyme Oh la la ! qui vient tout juste de sortir mais dont j'ai eu la chance de disposer en avant-première et bien avant la venue de cette artiste dans mon émission Entre Voix sur Needradio, diffusée à l'antenne le jeudi 14 novembre et que je vous encourage à écouter si vous ne l'avez pas encore fait.

Isabelle y interprétait quatre titres
  • La vie en rose, paroles Edith Piaf, musique Louigny, dans la version qu’elle a interprétée pour le concert évènement des 130 ans de la Tour Eiffel
  • Au suivant, paroles et musique de Jacques Brel
  • Fais-moi mal Johnny, paroles de Boris Vian, musique de A. Goraguer
  • Entre nous, paroles et musique Isabelle Georges

Ce nouvel album est un hymne aux rencontres. Elle continue de nous proposer des reprises et c'est un genre dans lequel elle excelle. L’arrangement de La vie en rose a été fait par Sebastiaan Kolhooven et cette version donne envie de danser, d’être soi-même sans concession !

Elle chante aussi bien en français, en anglais ou en yiddish. C'est la langue qu'elle a choisi pour Ne me quitte pas. La musique et la littérature yiddish l’accompagnent depuis longtemps, elles font partie de ses origines même si deux générations l’en séparent. Elle chante depuis quinze ans avec le groupe Sirba Octet qui mélange la musique classique et la musique Yiddish. C'est Dorothée Vienney qui lui a enseigné le yiddish et qui l'a aidée à se procurer la magnifique adaptation Yiddish de Ne me quitte pas par Mendi Cahan. Cette femme est décédée, alors qu'elle se trouvait à Prague en train d’enregistrer les cordes pour cet album. Voilà pourquoi, en plus du fait que cette langue soit trop belle pour disparaître, Isabelle Georges devait être particulièrement émue mercredi.

Je lui avais demandé d'interpréter Au suivant parce qu'elle l'a enregistrée en anglais et que la langue anglaise laisse le doute sur le genre, il n’y a pas de il ou d'elle… Et puis cette chanson évoque pour elle des souvenirs de l’hôpital Necker qu'elle a beaucoup fréquenté avec cette sensation de ne pas compter, d’être un corps de plus, qu’on malmène pour le soigner, parfois dans l’indifférence la plus totale.

Sachant qu'elle s'était décidée pour la première fois à enregistrer deux oeuvres dont elle a écrit les paroles et pour l’une d’elle composé aussi la musique j'avais choisi Entre nous dédié à son ami pilote de mirage décédé alors qu’il exécutait dans les airs une figure qu’il avait maitrisée des milliers de fois. Il n’avait que 31 ans.

Le tout petit avion n'est pas moins émouvant après ce qui précède. Cette chanson nous rappelle la chance que nous avons d’être en vie et d’avoir tant de belles choses à accomplir. La musique est signée Roland Romanelli, un musicien formidable que j'ai eu la joie de voir en récital. C’est une des mélodies que Roland avait écrit pour Barbara avant leur séparation.

Tout l'album est un bijou. Ecoutez le ! Et soyez heureux !

Isabelle Georges continue de tourner avec Lumières sur Broadway qui sera notamment à l’affiche du Théâtre Firmin Gémier La Piscine le mardi 9 juin 2020 à Châtenay-Malabry (92). Et je me promets d'y être !

mercredi 11 décembre 2019

Avoir perdu sa carte d'identité ?

Vous voulez rire ?

Je suis rentrée de Berlin en juillet 2015 et j'ai dû présenter ma carte d'identité au retour pour justifier que j'étais bien la propriétaire du billet d'avion que j'avais entre les mains. Jusque là rien d'anormal.

De retour chez moi, j'ai défait la valise, lavé le linge sale, rangé au fur et à mesure et poursuivi une vie normale. Jusqu'à ce qu'on me demande mes papiers pour je ne sais plus quelle raison. Plus de carte, ni dans le portefeuille, ni dans le sac, ni dans la valise que j'étais retournée investiguer. Plus de carte nulle part.

Je n'ai vu qu'une explication : je l'aurais laissé tomber à l'aéroport et là, le film se construisit vite dans ma tête, elle ne sera pas perdue pour tout le monde. Je dispose d'un passeport et je peux facilement me passer de cet objet mais je ne souhaite pas qu'on puisse en faire une utilisation frauduleuse et m'imputer une mauvaise action. J'imaginais qu'elle était déjà entre les mains d'une terroriste. Je décidai donc de déclarer la perte au commissariat.

Ce fut long et ardu. Mes craintes ne motivaient pas l'agent de sécurité, une femme persuadée que j'allais la retrouver dans les jours qui suivraient et que je lui faisais donc perdre son temps. Il me fallut drôlement insister. J'avais raison. Le document est resté introuvable.

Un an passa. J'entrepris avant-hier, pour des motifs que je ne vais pas raconter, une opération de grand ménage. Elle consista notamment à déplacer des dizaines de livres d'étagères vers d'autres étagères. Me voilà perchée sur un escabeau pour placer en hauteur ceux que j'avais déjà lus (et chroniqués) en veillant à isoler ceux qui restaient à découvrir. Cette fameuse PAL (Pile A Lire) que chacun voudrait voir baisser se mit à grandir furieusement et se trouva en équilibre précaire.

samedi 7 décembre 2019

Mi bello abeto

J'ai recyclé en prévision des réveillons à venir une idée que j'avais eue il y a quelques années pour les fêtes. Le gâteau en forme de sapin grand format avait eu un franc succès et il était très facile à faire. Le voici ici si vous voulez vous en inspirer.

Cette fois ce sont des moules individuels que j'ai employés, de chez Silikomart.

Bien entendu vous y mettez la pâte de votre choix, biscuit de Savoie aérien, ou gâteau au chocolat, ou banal gâteau au yaourt, selon les goûts de vos enfants, car c'est surtout à eux que cela va s'adresser.
Arrive ensuite l'instant crucial de la décoration. Je n'avais pas de pâte d'amande. Je me suis mis en tête de la faire, c'est fastoche.

125 grammes de poudre d'amande
Autant de sucre glace
1 blanc d'oeuf
Quelques gouttes d'extrait d'amande amère
On colore ensuite au colorant alimentaire

La pâte s'avéra un peu trop liquide. Il était illusoire de modeler des guirlandes et boules. Elle était à la rigueur utilisable pour remplir la cavité du gâteau. J'avais été déçue de la découvrir au démoulage mais j'avoue qu'elle m'a sauvé la mise.

Sinon j'ai refait une préparation avec juste du sucre glace et de l'eau (et un colorant, rose en l'occurence) pour tester le pouvoir couvrant du glaçage .... mais pas moyen de faire les guirlandes que j'avais imaginées. J'ai complété avec des petites boules de sucre givré et des pépites de chocolat.
Heureusement que je n'ambitionne pas de faire le casting du Meilleur pâtissier !

mercredi 4 décembre 2019

Avoir quitté l'appartement en ayant oublié d'éteindre le gaz ?

Vous voulez rire ? J'étais en communication par messagerie avec ma fille hier soir quand elle m'annonce que son train arrivera finalement à 21 h 50 au lieu des 22 heures annoncés.

Traverser Paris en voiture au mois d'août se fait vite mais elle me reproche toujours d'être en retard. Je réponds donc : ah zut, je viens juste de mettre le riz en route. J'éteins le gaz et j'arrive. Je serai devant la gare de l'Est au même endroit que l'autre fois.
- Trop cool ! merciiii

Mon intention était de poser un couvercle sur le wok, car pour une fois je n'ai pas utilisé mon cuiseur de riz, qui lui est automatique. Non, je voulais tester un autre mode de cuisson, dans beaucoup d'eau avec des oignons et de l'ail, à mi-chemin entre mode créole et version pilaf. Théoriquement il ne faut pas plus de 15 minutes à découvert. Ayant démarré il y a 5 minutes je me disais qu'en coupant le feu et posant un couvercle cela finirait gentiment et tant pis s'il était un peu collant, ma fille n'allait pas se plaindre, c'était déjà gentil que je prépare un dîner si tardif et que je fasse plus de deux heures de route pour aller la chercher.

Il est 21 heures, j'attrape les clés de la voiture et je trace. Je teste sur le chemin le bon fonctionnement du kit mains libres car je la sais stressée à cette heure et je parie qu'elle ne va pas cesser d'envoyer des messages. Tout va bien.

Que des feux verts. Trajet record. 21 heures 40, je suis en place. Elle m'informe par SMS que "le train se gare". Je souris du jeu de mots. J'allume le plafonnier et je replonge dans le livre que je suis en train de chroniquer. Enfin une soirée où tout se passe bien.

Un flash : j'ai oublié d'éteindre le gaz. Non, je crois que j'ai oublié d'éteindre le gaz. Je suis devenue comme ce personnage, dans je sais plus quel roman, qui vérifie sans cesse ce qu'il vient de faire. Quelques minutes plus tard j'en ai la certitude : je n'ai pas éteint "puisque" je n'ai pas mis le couvercle.

A cette heure les dégâts doivent déjà être conséquents. Aucun voisin à prévenir, et je n'ai pas le téléphone du gardien. De toute façon il n'a pas le double de mes clés. Il n'hésiterait pas à faire défoncer la porte pour garantir la sécurité du bâtiment.

lundi 2 décembre 2019

Opus 77 d'Alexis Ragougneau

Opus 77 est un roman qui m'a enthousiasmée au point d'en perdre le boire et le manger pour le terminer goulument.

Sa couverture est étonnante comme celle d'un roman policier, laissant deviner une partie du visage d'un jeune homme dont le O pourrait être de loin une boucle d'oreille. Quelle personnalité se cache-t-elle derrière son instrument ? Telle est la question principale à laquelle répondra Alexis Ragougneau en faisant vivre au lecteur des aventures dignes d'un thriller.

Le terme d'instrument est tout à fait pertinent pour désigner ces objets qui deviennent sous sa plume des 

Ce livre raconte l'histoire d'une famille de musiciens où la musique est une passion qui domine la vie mentale de tous les protagonistes, les conduisant (j'aurais presque envie d'écrire "à la baguette") dans des tourments de supplices dont on se demande si l'un ou l'une d'entre eux en réchappera.

On commence par un enterrement, celui de Claessens, le père, chef de famille et d'orchestre qui exerce aussi au sein de son foyer le pouvoir qu'il a sur la scène musicale de faire ou défaire la carrière d'un soliste.

Alexis Ragougneau nous fait vivre cette cérémonie au tempo de l'Opus 77 qui est le nom donné au Concerto pour orchestre et violon de Dimitri Chostakovitch dont les mouvements, Nocturne, Scherzo, Passacaille, Cadence et Burlesque seront les têtes de chapitre.

Il faut d'abord rassurer le lecteur : point n'est besoin d'avoir des connaissances musicales pour apprécier cet ouvrage, ni même d'avoir entendu le morceau (même si on peut le conseiller) qui dure un peu plus d'une demi-heure. J'ai cependant appris énormément de termes techniques et j'ai beaucoup apprécié le regard de coulisses. L'auteur réussit à nous transmettre en mots le bouleversement qu'il a ressenti en l'écoutant en nous donnant le contexte de sa création, dans le plus grand secret, par un musicien interdit d'exercice par Staline, et qui risquait sa vie, tout simplement.

Chostakovitch était coupable d'un crime artistique parce qu'il avait un jour défié le djanovisme qui régentait le formalisme culturel du Parti, lequel était aussi intransigeant que le furent les nazis à propos d'art dit dégénéré. Il ne put d'ailleurs bien évidemment diriger ce concerto pour la première fois que le 29 octobre 1955, bien après la mort du tyran.

En toute logique le livre raconte la lutte de l'individu face à la pression totalitaire. Le romancier, qui a l'expérience du genre policier à travers l'écriture de deux romans précédents, construit chaque scène en utilisant le même registre que celui du musicien. C'est la fille Ariane, qui déroule le chemin de vie de chaque membre de cette famille sous emprise. Le père, qu'elle désigne sous son patronyme, Claessens. La mère, une chanteuse lyrique plus jeune que lui d'une vingtaine d'années qui a sombré dans l'aphonie et dans une forme de folie, mais au moins elle n'aura pas, comme les autres membres de cette famille, été atteinte d’alexithymie (page 102), c'est-à-dire d'une absence totale de sentiments. Le fils ainé, David, violoniste, enfant prodige promis à un avenir grandiose qui, après avoir un moment endossé le rôle de fils prodigue, s'enfermera dans le silence, derrière l'épaisse porte d'un bunker, désespérant alors sa famille d'être le wunderkind qu'on attend.

Ariane a environ 25 ans au moment du décès de Claessens. Elle est pianiste, comme son père, et on apprendra au fur et à mesure des flash-backs pourquoi et comment il se fait qu'il ne joue plus son instrument. Elle nous fera vivre chaque épisode -terrible- d'une vie de famille dirigée par la folie. Nous suivrons les répétitions à l’OSR, Orchestre de la Suisse romande et Orchestre national de Belgique où se dérouleront les épreuves du prestigieux concours de La Reine Elisabeth.

Nous rencontrerons son imprésario, impresario Miroslav, personnage truculent, prétexte à nous camper les coulisses de la célébrité. Ariane nous révèle les coulisses. Dans le monde de la musique classique il y a ceux qu’on appelle "les connaisseurs" à caresser dans le sens du poil si on veut faire carrière  (...) la pire des punitions n’est jamais la critique, même acerbe, mais l’oubli (...). Au niveau où nous sommes la différence ne se fait plus tant au niveau du talent, mais dans notre capacité d’attirer l’attention en faisant preuve d’une originalité bien calculée (page 98).

Elle nous présentera Krikorian, un vieil arménien né en 1957 à Budapest, juste après la création d'Opus 77 qui régulièrement, invite David à laisser maturer l'oeuvre en lui à la faveur d'un Prenons un moment pour y réfléchir qui est bien autre chose que le silence. Cet homme, surgi dont ne sait où, pourrait être un personnage de conte, ce qui ajoute une dimension surréaliste à cette histoire qui nous fait comprendre combien la vie d'artiste est un gouffre pour qui ne se maintient pas sur le podium.

Comme le dit Krikorian : ce n’est pas le temps qu’on met pour arriver au sommet qui compte, mais le temps qu’on est capable d’y rester.

Ariane est elle aussi surdouée, forcément, puisqu'ils le sont tous, arrogante, mais hypersensible aussi. Elle nous exprime la peur qui la broie avant chaque prestation, bien supérieure au trac, et qu'elle désigne sous le nom de chien noir, pas systématiquement calmé avant le concert (page 140).

David préférerait ne pas (page 194), avant de glisser dans le silence. Le roman fait alors écho à la nouvelle de Herman Melville, Bartleby, publiée en 1853 et qui est un éloge de la fuite et de la résistance contre le pouvoir. Il résonne aussi en référence au Terrier, écrit par Franz Kafka fin 1923, six mois avant sa mort. Ce texte inachevé traite en effet des démarches désespérées qu’entreprend un narrateur mi-animal mi-humain pour se construire une demeure parfaite, qui l’aiderait à se protéger de ses ennemis invisibles.
Ce roman est brillant, lumineux et étourdissant. Arrivée à la fin j'ai eu envie de le rejouer ... en en réitérant la lecture. je l'ai découvert dans le cadre du Prix des lecteurs d'Antony.

Opus 77 d'Alexis Ragougneau, chez Viviane Hamy, en librairie depuis le 5 septembre 19
En lice pour le prix des Libraires 2019
En lice pour le prix Femina des Lycéens 2019
Finaliste du prix Femina 2019

dimanche 1 décembre 2019

Patidou farci en oeuf cocotte

Ayant "hérité" comme disait ma grand-mère d'un Patidou je me suis décidée pour le cuisiner de manière différente que les traditionnelles soupes auxquelles on pense pour accommoder les courges.

Celui-ci sera farci en oeuf cocotte.

Mais avant toute chose, il faut le savonner, en insistant sur les rainures avant de rincer. En effet, même si on ne consommera pas la peau il n'est pas envisageable de cuire un légume sale.

Théoriquement on décapite ensuite le patidou pour obtenir un chapeau, comme on le ferait d'une tomate qu'on voudrait farcir. On retire ensuite les pépins en creusant à la cuillère et on fait cuire 20 minutes à l'eau bouillante puis on l'égoutte.

J'ai procédé différemment par distraction mais c'est au final bien plus pratique. J'ai en effet fait cuire le légume entier, ce qui a permis de conserver la chair très ferme sans qu'elle ait été en contact avec de l'eau bouillante.

Ce n'est qu'ensuite que j'ai coupé le chapeau et retiré les graines à la cuillère avce pour seul inconvénient l'impossibilité de les conserver pour les planter. Ayant déjà un stock plutôt imposant je n'allais pas regretter ma méthode.

J'ai ensuite déposé dans la courge une cuillère à soupe de crème fraiche, autant de lamelles de jambon (mais vous pouvez préférer des lardons poélés), un oeuf de poule, de l'emmental râpé (du parmesan, si vous aimez mieux), du poivre (de la muscade si on aime) et une autre cuillère de crème fraiche. je n'ai pas jugé utile de saler.

J'ai déposé dans le plat ancien en aluminium que ma grand-mère utilisait, et cuit à four chaud 180° pendant 15 minute.

Surprise en soulevant le chapeau de déguster un légume dont la chair est si gouteuse.
Merci à Ma P'tite échoppe pour la suggestion de recette, que j'ai un peu aménagée.

samedi 30 novembre 2019

Le Prix 2020 des Lecteurs d'Antony (92) est lancé

Le Prix des Lecteurs est devenu un rendez vous très attendu par les abonnés des médiathèques de la ville d’Antony (92). Et quand on sait qu’ils sont à peu près 5000 adultes à avoir leur carte cela représente beaucoup de lecteurs.

La formule inaugurée l’an dernier ne change pas. Il n’y a plus désormais qu’un seul Prix donc une sélection unique, qui encore cette fois comprend 10 romans parmi lesquels vous choisirez votre préféré.

La sélection est représentative de la production littéraire de toute l’année 2019, pas uniquement française puisque 4 sur 10 ont été écrit dans une autre langue. Trois ont déjà remporté un Prix, mais que cela ne vous influence surtout pas !

Il y en a pour tous les goûts. Deux appartiennent franchement au genre policier et 4 autres peuvent se découvrir comme des romans à fort suspense. Plusieurs sont des chroniques familiales ou questionnent sur des choix de vie. Beaucoup sont des romans historiques ou de fiction, osant revisiter l’histoire ou même la modifier.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France et vous partirez au Bengale, en Israël, en Angleterre, au Vietnam, en Amérique du Nord et du Sud.

Je vais maintenant brièvement vous les présenter, en adoptant l’ordre alphabétique.

Natacha Appanah, avec Le ciel par-dessus le toit, qui est un titre qui fait référence à un poème de Verlaine, dénoue les fils d’une histoire familiale un peu triste avec une écriture puissante et poétique.

On a déjà beaucoup parlé de Laurent Binet qui, avec Civilizations, nous offre une uchronie où les Amérindiens n’auraient pas été conquis par les espagnols. Avec lui les Incas ont le pouvoir d’envahir l’Europe et j’avoue que je me précipite sur ce livre avant de partir pour le Mexique.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse a séduit les lecture du Grand Prix ELLE, avec ce roman très fort, très dur, très bien écrit mais très violent dont on peut prédire qu’il fera débat.

Autre débat, très différent avec Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe dont on espère qu’il nous éclairera sur les tenants et les aboutissants du Brexit à propos duquel il n’a pas une opinion tranchée.

Un autre tambour de William Melvin Kelley n’a été traduit que cette année et nous arrive donc 50 ans après sa publication aux USA, en plein mouvement en faveur des droits civiques. Lui aussi inverse le mouvement puisque sous sa plume les Noirs quittent le Sud des EtatsUnis.

L’attaque du Calcuta Darjeeling de Abir Mukherjee remonte à l’époque de la colonisation britannique pour dénouer une affaire de meurtre en Inde.

Line Papin, avec Les os des filles, raconte une enfance marquée par l’exil de son Vietnam natal de manière très simple mais très touchante.

Joseph Ponthus nous livre dans A la ligne un matériau brut de décoffrage, d'une beauté extrême, comme seuls les grands architectes de la langue sont capables de le faire. Il raconte son quotidien comme intérimaire de nuit dans un abattoir et c’est un hommage magnifique à la condition ouvrière de nos temps modernes. Et c’est un premier roman !

Alexis Ragougneau met la musique en mots dans Opus 77 au rythme des mouvements du concerto de Chostalkovitch. (lire ma chronique ici)

Enfin Schlomo Sand mène une enquête sur La mort du Khazar rouge, prétexte à aborder l’invention du peuple juif et vous pouvez le deviner, il est controversé en israël.

Ce ne sont pas moins de 130 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2020 dans les deux médiathèques d'Antony. Un auteur de la sélection viendra à la rencontre des lecteurs à une date qui sera bientôt révélée. Une discussion gourmande est programmée le samedi 28 mars à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 4 avril au 15 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le lauréat sera annoncé le samedi 216 mai à 10h30 . Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 votants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d’Antony.

Je vous encourage à participer à ce Prix Si vous n’êtes pas encore abonné aux médiathèques d’Antony il est temps de prendre votre carte. Elle sera valable un an, de date à date.

Vous pouvez aussi le suivre, en suivant les chroniques que je publierai au fur et à mesure de mes lectures. Si vous me permettez le jeu de mots celle de A la ligne est déjà en ligne … depuis le 2 juin dernier.
Bonnes lectures ! Bonnes découvertes !

vendredi 29 novembre 2019

Hurt me tender du Cirque VOST à l'Espace Cirque d'Antony (92)

J'ai quitté Hurt me tender que je suis allée voir à l'Espace Cirque d'Antony (92) surprise, je l'avoue, d'avoir à ce point été captivée par la voltige sans que je n'ai cherché à analyser ce qu'on pouvait faire aux cadres russes, comparativement aux trapèzes ballants.

Mais le spectacle séduira tout autant les amateurs de rock, de cirque, de théâtre, ... et même de danse.

En voyant les musiciens prendre place sous l'immense chapiteau au bonnet pointu, j’avais aussitôt pensé au film Itinéraire d’un enfant gâté non pas tant parce qu’il allait s’agir d’acrobatie et qu'une jeune femme pouvait décrocher des cintres mais parce qu’on sentait combien le cirque est toute la vie de la troupe du Cirk VOST.

Il y avait tant de nationalités différentes parmi eux qu’il avait fallu au début constamment traduire aux uns ce que disaient les autres, d’où leur nom de Cie VOST, comme Version Originale Sous Titrée.

Leur promesse de jouer comme au théâtre est assumée pleinement. Le spectacle commence parmi les spectateurs où une jeune femme sème la discorde, bouscule ses camarades et, une fois satisfaite de son coup, lance à l’adresse des trois musiciens un OK c’est bon, on peut y aller.

Eux, ils sont déjà "partis" depuis un moment, dans un halo de fumée, comme des rockeurs. Les circassiens nous enjambent et investissent le plateau. Aucun doute qu’ils sont capables de faire l’acteur. Ils se jaugent d’un regard lourd d’interrogation. Et si par hasard l’un d’entre eux comptait se la couler douce parmi les spectateurs il va être prestement cueilli, et cela nous fera rire.

Ils se défient en poussant le bouchon toujours plus loin. Ils installent la foire d’empoigne. C’est un spectacle où il y a beaucoup à voir, toujours, tout le temps, dans toutes les directions. La musique est jouée en direct et ajoute une part de sensualité en ponctuant le risque. On est au cirque, mais autant au théâtre que sur un plateau de cinéma où l’on réglerait des cascades.
Ils sont heureux de se retrouver, comme de se disputer. Il y a de la tendresse autant que de la brutalité. Hurt me tender, ils ont annoncé la couleur. Blesse-moi tendrement.

Une autre femme se dégage du lot, et prend de la hauteur. Elle joue avec ses deux ombres et compose un trio avec ses propres silhouettes. C’est impressionnant. Elle est attachée, dit un enfant à son frère. Oui mais quand même, rétorque le plus jeune. Son agilité est extrême. Elle danse avec ses ombres et se laisse tomber comme pour dire, regardez, ce n’est pas si grave ...

Tout est question d’équilibre, tout là-haut comme au sol.

Un guitariste peut lui aussi se lancer dans les airs, avec sa mini cape dorée qui n’est même pas un ersatz de parachute. Un acrobate peut s’essayer au micro, qu’il fera tournoyer comme un lasso. En parallèle la troupe aura entrepris d’occuper le terrain pour y danser un ballet après qu'une patineuse à roulettes aura lancé son défi.
Ils jouent l’ivresse. On les somme de se réveiller. Ils nous offrent alors, comme on le fait en pyrotechnie, un bouquet final où tous les dix rivalisent d’audace, de puissance et de voltige, avant de se laisser tomber du ciel comme de grands oiseaux.

Les chutes sont intégrées dans le scénario, incluant aussi des plongeons involontaires, toujours maitrisés, mais pouvant être violents, et de toute façon toujours risqués.

Leur générosité s'exprime jusqu'au bout en invitant le public à danser sur le parquet pendant qu’ils rangent. Le choix de Marc Jeancourt est encore une fois à saluer.

Hurt me tender du Cirque VOST
Du 29 novembre au 15 décembre 2019
A l'Espace Cirque d'Antony (92)
Puis tournée en cours
Mise en scène de Florent Bergal assisté de François Juliot
Regard acrobatique de Germain Guillemot
Avec Tiziana Prota, Océane Peillet, Cécile Yvinec, Jean Pellegrini, Arnaud Cabochette, Elie Rauzier, Sébastien Lepine, Benoit Belleville, Jef Naets et Théo Dubray
Musiciens Johann Candoré, Kévin Laval et Lionel Malric
Création lumière Simon Delescluse et Christophe Schaeffer

jeudi 28 novembre 2019

Les Jeunes Femmes de 50 ans vues par Mylène Desclaux

Mylène Desclaux a fondé et dirigé pendant vingt ans une agence de publicité avant de se consacrer à l'écriture du blog Happy Q(uinqua).

Elle est auteure du livre Les Jeunes Femmes de 50 ans, chez JC Lattès, déjà traduit en 5 langues et sorti en version Poche. Cet ouvrage m'a réjouie tant il est drôle mais juste.

A partir de ses déconvenues en matière de travail, de coeur, de santé et de bien d'autres insatisfactions cette femme résolument optimiste a tiré un récit autobiographique ponctué de conseils "décroissants" qui permet aux femmes de mettre de la sérénité dans leur vie avec légèreté et humour et sans faire de compromis.

Mylène Desclaux suggère de se réjouir du présent, malgré les soucis amicaux ou amoureux, de travail ou de santé. Elle est drôle, porteuse d'énergie et lisible ... bien avant 50 ans.

Figurez-vous que ce livre est très acheté par des hommes. Je me demande si c'est en vue de s'améliorer ou de consoler leurs compagnes.

J'ai pris beaucoup de plaisir à la lire. J'ai souri souvent, ri à de multiples reprises. C'est si rare dans le domaine du développement personnel, trop souvent donneur de leçons qu'il faut le souligner.

Vous pouvez en être convaincus en l'écoutant le jeudi 12 décembre dans l'émission Entre Voix où elle sera mon invitée sur Needradio.

mercredi 27 novembre 2019

Chanson douce de Lucie Borleteau avec Karin Viard

Je n'avais pas lu Chanson douce le roman de Leïla Slimani et qui a obtenu le prix Goncourt en 2016. Cela fait longtemps que je ne me précipite plus sur certains prix et je m'aperçois que je peux avoir tort. J'y pallierai bientôt. Cela étant, à la réflexion, je conseillerai de me suivre et de commencer par le film parce qu'il ne spolie pas la fin dans les premières images.

Une chance parce que je ne soupçonnais pas la fin, espérant un sursaut de la part des parents avant que la situation ne dégénère. D'ailleurs, malgré le dernier plan, et l'avant-dernier, quasi gore, je n'avais pas imaginé que cela se terminait comme démarre le livre. Bref, je n'en raconterai pas plus.

Il est d'ailleurs très difficile de parler de ce film sans en dire trop. Il est réalisé par Lucie Borleteau (réalisatrice de Fidélio, l'odyssée d'Alice et la série Cannabis).

Je vais d'abord saluer le travail d'adaptation, entrepris par Lucie Borleteau avec Jérémie Elkaïm, qui avait écrit le si formidable La Guerre est déclarée avec Valérie Donzelli.

Je vais surtout me limiter à justifier le choix de Karin Viard qui, à l'inverse de moi, avait lu le roman et décidé d'acquérir les droits de manière à interpréter ce rôle qui la tenait tant. C'est courageux de sa part après sa performance dans la peau d'un personnage toxique dans Les chatouilles.
Elle est plus qu'excellente dans ce personnage dont la folie est admirablement tapie sous le masque de la perfection. Qui ne rêverait pas d'une nounou aussi attentionnée ? Paul et Myriam l'ont engagée pour que Myriam puisse reprendre son travail d'avocate. Louise ne les déçoit pas, se montrant dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille et des enfants en particulier la petite fille, Mila, (Assya Da Silva), qui poursuivra sans doute une carrière au cinéma tant elle est précise.
Ce qui est passionnant, outre le jeu des comédiens (tous excellents) c'est de tenter de démêler l'écheveau des culpabilités. Entre la mère (Leïla Bekhti, vue dans Le Grand Bain, Un homme pressé, La Lutte des classes, et tout récemment J'irai où tu iras) qui se reprochera d'avoir sacrifié sa vie de famille au profit de son développement personnel, qui s'avère plus positif dans le monde du travail qu'à la maison. Le père (Antoine Reinartz, vu dans La Vie scolaire, et Alice et le maire) qui ne s'émeut pas de grand chose. Les amis, les voisins, le reste de la famille ... inexistants.
J'emploie à dessein le terme de culpabilité plutôt que celui de responsabilité car rien ne permet dans le film de condamner davantage Louise que les parents (pas davantage dans le livre m'a-t-on  dit). Il parait que le désordre que l'on voit dans l’appartement de Louise a été inspiré à la réalisatrice par le documentaire À la recherche de Vivian Maier (2013) qui était elle aussi nounou avant d'être photographe et qui d'une certaine manière était un peu double et est demeurée un mystère, Une femme à contre-jour comme l'a si bien évoquée Gaëlle Josse. Son intérieur contraste avec l’image si lisse qu’elle donne d’elle.

Louise est effrayante mais elle est d'abord fascinante et Karin Viard est incroyablement juste pour exprimer toute la complexité du personnage. Nominée à de multiples reprises aux César, et récompensée déjà trois fois, il est probable qu'elle emporte de nouveau la plus haute récompense française à la prochaine cérémonie, vingt ans après son César de la meilleure actrice pour Haut les cœurs ! en 2000.

Reste à espérer que de tels faits divers sont rares.
Photos Copyright Studio Canal

mardi 26 novembre 2019

Traces du végétal à la Maison des Arts d'Antony (92)


Le vernissage a eu lieu ce soir en présence des artistes Marinette Cueco, Marie Denis (toutes deux en grande conversation ci contre), Marie-Noëlle Fontan et Duy Anh Nhan Duc.

Traces du végétal est présenté à l’heure où la question environnementale est au cœur des préoccupations des Français, ce qui n'a pas échappé à la Ville d’Antony qui a décidé de prendre part à ces réflexions d'un point de vue artistique.

Les artistes ont toujours observé la nature et s’en sont inspiré. Depuis l’émergence du land art, ils n’ont cessé d’insérer leurs œuvres dans la nature et d’intégrer des matériaux naturels dans leurs réalisations. Au-delà de son potentiel formel évident, ils nous invitent ainsi à regarder autrement une nature que l’on a perdu l’habitude de voir.

La Maison des Arts présente le travail de quatre artistes contemporains témoignant de ces recherches tant plastiques que sociétales. Marinette Cueco, est la pionnière de l’art végétal, revisitant notamment la tradition des herbiers botaniques. Dans son sillage, de nombreux artistes ont développé des propositions artistiques originales. Marie Denis propose un cabinet de curiosités végétales en écho à ses prédilections. Marie-Noëlle Fontan mêle habilement art textile et art végétal avec des tissages de végétaux glanés dans la nature. Enfin, Duy Anh Nhan Duc se sert plus particulièrement des pissenlits pour développer un univers poétique et onirique qui a (aussi) investi les vitrines parisiennes de la prestigieuse maison Hermès. Il aura carte blanche au musée Guimet en 2021 et réalisera une œuvre monumentale pour une gare du Grand Paris. 

lundi 25 novembre 2019

Marc Fichel, Encore Un Instant... en concert à l'Européen, et en album chez Faubourg du Monde

Marc Fichel est un artiste que j'ai découvert à l'occasion d'un reportage que je faisais sur Rungis. Cet homme directeur export, spécialisé dans le commerce des pommes de terre a, c'est le moins qu'on puisse dire, une patate d'enfer. Et, qui plus est, une énergie positive, communicative et qui fait du bien.

Il cumule les talents puisqu'il est aussi auteur, compositeur, interprète (et co-producteur) de ses albums.

Le dernier, Encore un instant..., disponible chez Faubourg du Monde, sera le fil conducteur du concert qu'il donnera le 2 décembre à l'Européen.

Je ne pourrai pas m'y rendre mais j'ai déjà vu Marc en public et je l'ai reçu pour un Entre Voix spécial sur Needradio. Je le connais donc suffisamment pour penser qu'il va s'imposer parmi les talents de la chanson française.

Le déclic s'est fait en 2015 quand on lui propose de participer aux rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel. La scène est une révélation pour Marc qui rêve depuis le début de sa jeune carrière artistique, de se produire "chez lui" au cœur des Halles de Rungis.

La confirmation arrive en 2017 avec "C’est ma vie dans les Halles", un premier single qui a rencontré un joli succès avec plus d’1 million de vues sur le Web et attisé la curiosité des médias. C'est d'ailleurs par ce titre que je l'ai découvert, en cherchant une musique approprié pour illustrer l'émission Une journée à ... Rungis.

Le "chanteur des Halles" aime toujours autant son cadre de travail. Il a été à l'initiative de la fête de la musique "la plus tôt de France" le 21 juin 2018 aux alentours de 5-6 heures du matin au cœur du Marché de Rungis. Il a renouvelé l'aventure en février dernier. J'y étais et je peux vous dire que l'ambiance était au beau fixe. Avec une émotion particulière puisque le fondateur de la Fête de la musique, Jack Lang était présent lui aussi.

Marc ne cesse d'écrire et de composer. Il a lancé un EP #il ou #elle avec tous autres morceaux que l'on retrouve sur l'album Encore un instant ... qu'il définit avant tout comme un melting potes musical. Et figurez-vous que cet hyperactif trouve (aussi) le temps de composer pour différents artistes.

Amour de passage, grain de folie, nostalgie, Marc dissèque nos vies avec tendresse et les fait vibrer un peu plus haut, un peu plus fort, avec élégance au coeur de mélodies qui s'incrustent vite dans nos cerveaux. Alors nous aussi nous lui tirons notre révérence.

dimanche 24 novembre 2019

L'Ombre d'Alma Brami avec Dédeine Volk-Leonovitch

Je connais Alma Brami comme romancière depuis quelques années. J'ai été étonnée qu'elle écrive pour le théâtre mais cette surprise est très heureuse.

Alma Brami avait été révélée lors de la rentrée littéraire 2008 avec son premier roman Sans elle, couronné par de nombreux prix. Son talent s'était confirmé avec Ils l'ont laissée là en 2009, Tant que tu es heureuse en 2010. C'est pour ton bien en 2012 (Mercure de France), puis avec Lolo en 2013, dans la collection "Miroir" dirigée par Amanda Sthers (Plon). Salué par la critique, son sixième roman J'aurais dû apporter des fleurs sorti en folio Gallimard en août 2016, a reçu le prix talent de la Forêt des Livres. L'année suivante c'était Qui ne dit mot consent, toujours au Mercure de France. L'Ombre est sa première pièce de théâtre.

Quelle bonne idée d'avoir repris un texte qu'elle avait conçu dans une version adaptée au festival Le Paris des Femmes pour le faire évoluer en un seule en scène qui soit un spectacle à lui tout seul.

Elle a écrit un monologue aux petits oignons pour Dédeine Volk-Leinovitch et comme je regrette de n'avoir pas remarqué la pièce cet été pendant que j'étais en Avignon où elle fut jouée au Théâtre de l'Observance !

J'ai retrouvé l'écriture de par exemple Qui ne dit mot consent ... en plus incisif. Car après avoir serré le veston du mari contre elle en riant, après avoir annoncé qu'on était mardi, jour de fête, célébré depuis 37 ans par un poulet, toujours identique, mais farci différemment pour respecter le rituel sans pour autant lasser, après nous avoir relaté la vie incroyablement heureuse que Georges lui a fait vivre, cette femme s'enflamme et finit par nous confier tout ce qu'elle a sur le coeur.

samedi 23 novembre 2019

Les misérables, le film choc de Ladj Ly

J'emploie ce qualificatif de "film choc" pour le premier long métrage de Ladj Ly, Les misérables parce qu'il est difficile de le considérer comme un film ordinaire.

C'est l'adaptation sur grand écran du court-métrage déjà intitulé Les Misérables, et nommé au César du Meilleur court métrage en 2018.

Chaque plan est pensé avec intelligence et il est porteur d'un message particulier. Le réalisateur connaît de toute évidence parfaitement l'univers de la banlieue, et ses codes. Alors on oublie parfois qu'il s'agit d'une fiction, ayant le sentiment que personne ne joue et que tout est vrai.

C'est un peu ça. Il a tellement observé, il s'est tant nourri de scènes réelles qu'il n'a pas eu besoin d'inventer un scénario, ce qui ne signifie pas que la tâche était facile. L'essentiel aura été de les orchestrer de manière plausible : Pendant cinq ans, avec ma caméra, je filmais tout ce qui se passait dans le quartier, et surtout les flics, je faisais du copwatch. Dès qu’ils débarquaient, je prenais ma caméra et je les filmais, jusqu’au jour où j’ai capté une vraie bavure. Dans le film, l’histoire du vol du lionceau déclenchant la colère des Gitans propriétaires du cirque est également vécue... J’ai voulu montrer toute la diversité incroyable qui fait la vie des quartiers. J’habite toujours ces quartiers, ils sont ma vie et j’aime y tourner. C’est mon plateau de tournage !

Le pari est réussi. Mais il est également effrayant car j'imagine que beaucoup de spectateurs ne la voyait pas comme ça ... la banlieue. Vous remarquerez d'ailleurs qu'on emploie désormais le pluriel, alors que ce terme de "les banlieues" n'en concernent qu'une, celle que filme Ladj Ly.

La formule qu'il reprend de Victor Hugo, qui a situé le domicile des Thénardier de son célèbre roman dans cette commune de Montfermeil, dans le 93, à savoir, il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, que des mauvais cultivateurs, devrait faire trembler les politiques, car cela pointe bien leur responsabilité.

Ladj Ly raconte comment une bavure policière va faire dégénérer une situation dans un quartier dit sensible et regardé à travers les yeux de Stéphane (Damien Bonnard), un policier fraîchement débarqué de Cherbourg. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers de la Brigade anti-criminalité, Chris et Gwada (Alexis Manenti et Djebril Didier Zonga), et découvrir les tensions entre les différents groupes.

Un drone filme leurs moindres faits et gestes alors qu'ils se trouvent débordés lors d'une interpellation.

Ladj Ly est à l'origine un membre du collectif Kourtrajmé créé en 1994 par Kim Chapiron, Toumani Sangaré et Romain Gavras. Il a par le passé réalisé des web-documentaires qui ont été remarqués, comme 365 jours à Clichy-Montfermeil, tourné pendant les émeutes de 2005, et 365 jours au Mali, où il s'est immergé dans ce pays pendant un an. Ladj Ly a aussi mis en scène le docu-fiction sur la banlieue Go Fast Connexion et le documentaire sur l'éloquence A voix haute - La force de la parole (co-réalisé avec Stéphane De Freitas).

S'agissant des films sur la banlieue, on pensera à La Haine (1995), Dheepan (2015), Divines (2016) ... avec plus de poésie et curieusement davantage de réalisme car il ne repose pas la démonstration sur un trafic d'armes ou de drogues mais sur ce qui au départ est un problème de communication, inexcusable au demeurant.

Ce qui est très réussi c'est que personne n'est totalement bon ou mauvais mais les rôles dans lesquelles les clans enferment les uns et les autres accélèrent le moindre dérapage. Le vivre ensemble est souvent proche du point de rupture. Et pourtant la France était sur son petit nuage tricolore le soir de la victoire de la Coupe du monde de football et quelle était belle la joie des gosses chantant la Marseillaise sous la Tour Eiffel et sur les Champs Elysées.

Les Misérables représenteront la France aux Oscars 2020, au détriment de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui semblait jusque là favori.

Les misérables, de Ladj Ly, en salle depuis le 20 novembre 2019
A déjà reçu 7 Prix dont le Prix du jury du Festival de Cannes et 9 nominations

vendredi 22 novembre 2019

Esturgeon en deux façons avec caviar

L’esturgeon est un poisson très particulier, que l'on peut qualifier de préhistorique puisque l'espèce existe depuis 100 millions d’années.

Son allure est particulière. Il a une tête étonnante, avec un petit rostre, une bouche dépourvue de dents. Il avale ses proies entières, et ça pouvait être un saumon dans l’estuaire de la Gironde. Sous son menton, 4 barbillons de près de 10 cm de long pendent et lui permettent de repérer sa nourriture. C’est un animal placide, très calme. Sa peau n’est pas recouverte d’écailles, mais d'os. Elle demeurera un mystère pour moi car il n'était pas possible (pour raison sanitaire) de toucher un animal. Sa chair est blanche est assez dense, parfois gélatineuse, sans arête.

J'ai fait l'expérience de le cuisiner à mon retour de la visite de l'Esturgeonnière, la ferme d'aquaculture fondée par Michel Berthommier au Teich et que je remercie de m'y avoir accueillie. Il y produit du caviar et je vous renvoie à cet article très complet sur le sujet, publié il y a quelques jours. Pour le moment concentrons-nous sur l'esturgeon.
Le filet m'a étonnée par sa couleur grise et rosée d'un coté, blanc de l'autre.
Je l’ai cuisiné en deux façons, d'une part en papillote sur une fondue de légumes, d'autre part poêlé et servi avec une purée de pommes de terre et des carottes cuites en cocotte.

jeudi 21 novembre 2019

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé

Emmanuelle Grangé avait publié un premier livre, Son absence, en 2017 chez le même éditeur, Arléa. Je n'appartenais alors pas encore au groupe des 68 premières fois et je suis comme on dit "passée à coté".

Pourtant je ne saurais dire à quand remonte ma rencontre avec Emmanuelle, peut-être au temps où elle était élève à l’Ecole Supérieure d’Art dramatique du Théâtre national de Strasbourg. Le souvenir le plus précis que j'ai d'elle est de l'avoir croisée quelques années plus tard, dans la rue où je venais d'emménager dans le XIV° arrondissement ... où elle habitait alors.

J'ai cherché à retrouver la personnalité que j'avais connue. Je me doutais que ce n'était guère possible mais c'est je crois ... humain.

J'ai apprécié en tout cas cette plume qui s'empare si intelligemment et si finement d'une situation familiale complexe pour composer un hommage à ses parents, sous les auspices de "Jane Eyre", de Charlotte Brontë, dont une citation introduit chaque chapitre.

Elle raconte son enfance, dans un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d’un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l’accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate, ne peut s’empêcher de fuguer.

Cette mère, qu'elle désigne sous son prénom, Gabrielle, sans compte bancaire, sans notion du temps, que l'on dirait "swag" aujourd'hui.

Un père probablement alcoolique, ne voulant rien savoir et fermant les yeux pourvu qu'à son retour rien du désordre éventuel de la journée ne soit apparent.

Est-ce parce qu'il trouve sa femme "remarquable" (p. 43) que la petite fille reprend l'expression dans le titre ? En tout cas il n'a pas vu venir le jour où elle annonce dans une lettre qu'elle ne rentre pas à la maison et part, quittant l’appartement familial, le laissant avec les enfants.

Mais elle reviendra parce que la famille c'est plus important que tout (p. 75) et on fera "comme si".

Pourtant la petite fille ne comprend pas ce qui reste d'ailleurs inexpliqué. Les années passent, avec plus ou moins de hauts et de bas. Jusqu'à ce que les bas l'emportent car les parents vieillissent mal, comme souvent dans la vie et le handicap est terrorisant.

Ce qui est admirable dans ce roman qu'on pressent autobiographique c'est de voir comment la petite fille parvient à se construire et à trouver des repères (amers en langage maritime) alors que tout est confus et que l'abandon est une éventualité constante. Elle réussit à tel point qu'elle finira par endosser le rôle de parent à l'égard des siens.

Les Amers remarquables, d’Emmanuelle Grangé, Arléa

mercredi 20 novembre 2019

Le Centre Culturel Coréen emménage au 20 rue de la Boétie et présente l'exposition Tekkal

Le Centre Culturel Coréen a emménagé dans un espace à la mesure de toutes les actions qu'il envisage de conduire, au 20 rue de la Boétie, dans le 8ème arrondissement, dans un bâtiment ayant appartenu à une compagnie d'assurances.

Il était jusque là installé depuis 1980, avenue de Iéna dans un lieu qui ne permettait plus d'offrir toutes les activités et les événements que les responsables voulaient programmer. Il y aura dorénavant un auditorium, deux espaces d'exposition, une bibliothèque, des salles pour des ateliers d'art ou de cuisine, et des cours de coréen.

Il faut souligner que jusqu'en 1986 il n'y avait pas un seul film coréen dans les salles de cinéma françaises. Les Jeux Olympiques de Séoul ont changé la donne et contribué à faire connaître les produits coréens.

Bong Joon-Ho, qui a étudié la sociologie à la prestigieuse université Yonsei de Séoul, et qui reçu la Palme d'or à Cannes pour son dernier film Parasite, figurait naguère avec des milliers d'autres artistes sud-coréens sur une liste noire dans son pays. Il est devenu depuis le chouchou des critiques et des cinéphiles. Il avait fait ses débuts de réalisateur en 2000 avec Barking Dogs Never Bite qui va être projeté le 22 novembre.
Ce soir un concert de K-Music y est programmé. Ce courant musical inventé après la guerre pour aider la crise financière que traversait la Corée du Sud, est devenu un vrai phénomène auprès des jeunes de 14-24 ans et s'est fait connaitre uniquement par les réseaux sociaux à partir des années 2010. Le prochain festival, le dixième, aura lieu début juillet 2020.
Une légende, racontée dans toutes les écoles primaires, voudrait que l'origine de la Corée remonte à 5000 ans. Un tigre et un ours vivaient ensemble dans une grotte et prièrent le roi divin Hwanung de faire d'eux des hommes. Le roi entendit leurs prières et leur donna 20 gousses d'ail, un faisceau d'armoise et leur ordonna de rester hors de la lumière du soleil et de ne manger que cette nourriture pendant 100 jours. Tenaillé par la faim, le tigre sortit de la grotte après environ 20 jours, mais l'ours resta à l'intérieur, ce qui lui valut de se transformer en femme. Plus tard, ne trouvant pas de mari elle épousa le roi et lui donna un fils, Tangun, fondateur de la nation de Corée.
Le bâtiment a conservé les plus belles traces de son passé comme en témoignent ces photos prises pendant la visite de l'exposition qui l'inaugure : Tekkal, couleurs de Corée et qui lance le signal d'un nouveau départ.
En Corée cinq couleurs suffisent à expliquer le monde entier. Ce sont le noir et le blanc du yin et du yang, le jaune, le rouge, et le bleu. Ce sont les couleurs cardinales.
Le blanc est la couleur de l'ouest, de la pureté, du divin, et aussi celle des vêtements usuels quotidiens et plusieurs robes d'hommes sont exposées. L'exposition présente des objets vieux de 800 ans mais aussi une céramique contemporaine dite de lune (ci-dessous).

mardi 19 novembre 2019

Le caviar d'Aquitaine, or noir de la France

J'ai découvert le caviar il y a quelques années et au fil des rencontres j'ai fini par m'intéresser sérieusement au sujet, en particulier quand j'ai appris que quelques producteurs français s'étaient unis pour faire reconnaitre une IGP sous le nom de Caviar d'Aquitaine.

Depuis, j'ai eu l'opportunité de faire quelques dégustations et de comprendre le chemin entre l'oeuf (d'alevin) et l'oeuf (de caviar), et qui est plutôt long puisqu'il ne peut pas se situer en-dessous de 7 ans.

C'est un produit de luxe certes, mais on peut le consommer toute l'année. Cependant il est très tentant de l'associer au Champagne en période de fêtes. C'est ce que j'ai fait dans l'émission Une journée à ... qui sera diffusée sur Needradio dimanche 8 décembre de 16 heures à 17 heures où je mets ce produit à l'honneur avec la Maison de Champagne Le Brun de Neuville qui est une coopérative.

Cet article est complémentaire en permettant une illustration par l'image.

Faire le choix de mettre du caviar au menu de Noël ou de la Saint-Sylvestre sera toujours moins onéreux qu'un repas au restaurant car il n'a pas besoin d'accompagnement sophistiqué. De bonnes petites pommes de terre en robe des champs peuvent suffire.

On peut en être fier. Le caviar français est désormais reconnu comme un des meilleurs au monde. On était loin de le penser en 1988 quand les premières femelles ont commencé à produire l'or noir au Moulin de la Cassadotte qui fut le premier à en élever.

Caviar girondin depuis 1776
Des traces très anciennes attestent de cette réalité historique. Cependant il faut admettre qu'il était peu récolté. Jusqu'en 1920 les pêcheurs d'esturgeons (qui étaient abondant à l'état sauvage dans la région) capturaient le poisson pour sa chair et se débarrassaient de la poche des oeufs en la jetant à l'eau ou aux poules. On ne savait pas comment les préparer et il faut bien reconnaitre qu'à l'état naturel ils n'ont quasiment pas de goût. On raconte qu'une princesse russe expliqua qu’on pouvait faire quelque chose de ces oeufs. Les bars à caviar se sont épanouis au bord de la Garonne, notamment près de Saint-Seurin-d'Uzet, et on raconte que Jean Gabin, Mistinguett et Danielle Darrieux en étaient de fidèles clients. Les sandwichs au caviar étaient proposés comme une alternative au jambon ou au pâté.

C'est sans doute surtout l'arrivée d'Emile Prunier dans la région qui fut décisive. Il était déjà importateur de caviar russe et il vit tout de suite le profit qu'il pouvait tirer de cette spécialité locale. En 1921, il installait neuf pêcheries d'esturgeon sur les bords de la Garonne, de la Gironde et de la Dordogne.

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