jeudi 31 mars 2016

L'appel du froid sur les grilles du Jardin du Luxembourg

Si malgré de très méchantes critiques, vous allez à l'Odéon voir la prodigieuse Isabelle Huppert dans Phèdre(s) vous longerez probablement les grilles du Jardin du Luxembourg et vous frissonerez devant les clichés de Michel Rawicki.

Une exposition de 80 photographies rassemblées sous le titre de L'Appel du froid y est accrochée depuis le 19 mars jusqu'à fin juillet 2016. L'astrophysicien, communicateur scientifique et écologiste franco- canadien Hubert Reeves en est le parrain et Evian le partenaire.

L'oeil du promeneur est attiré par une famille d'ours. L'animal figure au centre de plusieurs clichés.
Les oiseaux sont aussi les grandes vedettes de l'exposition. Comme ce Goëland argenté norvégien.
Le pygargue à tête blanche est le symbole national des USA. Ces aigles font un festin de saumons en novembre. D'une envergure de 2, 50 mètres pour la femelle, et d'1, 50 pour le mâle, le couple est fidèle tout au long de leur vie. Un exemple à suivre ...
Une chouette Harfang en plein vol dans la région de Barrie, en Ontario (Canada).
Mais l'être humain est présent lui aussi. Comme ce jeune nenet vivant à Yamal, en Oural Arctique (Russie). En effet, de l'Antarctique au Groenland, en passant par la Sibérie ou encore l’Alaska, Michel Rawicki a pendant plus de 20 ans et près de 35 voyages, sillonné et photographié les régions polaires en s'intéressant aux Hommes, aux bêtes et aux glaces. Cette cathédrale de glace a été photographiée dans la baie de Qaanaaq, au Groenland. D'autres icebergs gigantesques ont été suclpté par les vents et les marées en forme de poisson.
Dans un contexte de bouleversements climatiques, ce photographe témoin d'un monde qui change, nous offre un regard honnête et positif sur cet univers blanc sensible et fragile, qui fait écho aux préoccupations environnementales du moment.
Né en 1950, Michel Rawicki découvre la photographie en 1968. L’année suivante il effectue ses premiers reportages à Paris. Viendront ensuite de 1973 à 1988, les années studio : nature morte, décoration, personnages.

En 1993 la découverte des pôles a métamorphosé son parcours photographique. Ses photographies, habitées par une démarche esthétique et graphique, prennent naturellement une dimension éthique et contemplative, changeant peu à peu son regard et son approche de cette nature sensible qu'il arpente depuis 20 ans au cours de plus de 30 voyages dans cet univers blanc

A travers ces images, il ne s’agit pas de dénoncer, ni de stigmatiser une situation, mais d’apporter un regard passionné et positif à travers un message voulu positif et lumineux dans un XXIe siècle traversé de tensions.

L'appel du froid
80 photographies de Michel Rawicki
Grilles du Jardin du Luxembourg
Rue de Médicis - 75006 Paris - Accès libre au public

Un coffret collector grand format sera édité dans le prolongement de l’exposition.

mercredi 30 mars 2016

Brochettes d'agneau beurre persillé

Parce que le gigot est onéreux et qu'on n'est pas toujours une famille au complet le jour de Pâques, j'ai cherché un plat de substitution qui soit équivalent. C'est ainsi que je vous propose des brochettes de selle d'agneau beurre persillé.

Il vous faudra de la viande, autant que de brochettes à composer. Des légumes : carottes, pommes de terre, tomates et oignon piqué d'un clou de girofle, là encore de manière à satisfaire les appétits des convives.

Pour le beurre persillé un beau morceau de beurre et des fines herbes (persil ou cerfeuil, estragon, thym, ou si vous préférez basilic et coriandre) plus une échalote et une gousse d'ail.

Les légumes seront presque entièrement cuits dans une eau bouillante (sauf la tomate) puis placés joliment dans le fond du plat. On ajoute ensuite la tomate en quartiers et une feuille de laurier. La cuisson de la brochette est trop rapide pour que les légumes aient le temps de cuire dans le four. Par contre ils y prendront le bon goût du beurre persillé.
Vous commencerez alors à préchauffer le four th. 6/180°.
Piquez les tranches d'agneau sur les brochettes (compter deux piques par tranche de selle).

Mixez les herbes (si vous prenez du persil évitez les tiges trop dures). Ajoutez l'échalote, l'ail et le beurre jusqu'à obtenir une pommade, puis étalez celle-ci sur la viande en appuyant pour faire adhérer.

Posez les brochettes sur les légumes. Ajoutez un filet d'huile d'olive et enfournez.
Laissez cuire 12 à 15 minutes puis retournez les brochettes et poursuivez le même temps.
On peut laisser attendre le plat recouvert d'une feuille de papier aluminium, four éteint, ce qui reposera la viande qui sera plus tendre.
Plat de service Appolia
Manique en tissu matelassé Charles Viancin, modèle coquelicot, renforcée de silicone pour une protection maximale contre les brûlures que pourraient causer la chaleur du plat.

mardi 29 mars 2016

Cosmofolies de et par la Compagnie Imaginaire

Je suis allée un dimanche matin à Morangis (91) voir la dernière créations de la Compagnie Imaginaire dont j'avais déjà apprécié les premiers opus, Zboing et Zygotoons lors de représentations en milieu scolaire.

Cosmofolies, comme les précédents est un spectacle de marionnettes en lumière noire et sans paroles qui fait la part belle à l'imaginaire et au merveilleux. Destiné à ce qu'on appelle le jeune public, à partir de 3 ans (avant cet âge l'enfant ne goutera pas la séance à sa juste valeur), les trois quarts d'heure que l'on passe sont une succession de tableaux surprenants.

La salle est est quasi comble. On devine le décor comme s’il s’agissait d’une maquette de paysage dans une boite noire. Le plus jeune spectateur n’a pas un an. Ça va tout s’éteindre ? demande une voix sur ma droite.

De fait, la salle s’assombrit mais le décor est révélé comme par magie provoquant des oh et des ah dans le public. Je ne pense pas qu’il faut les réveiller, suppose encore mon jeune voisin.

lundi 28 mars 2016

La XIV° Nuit du Livre

La Nuit du Livre est une cérémonie de remise de prix annuelle, récompensant conjointement auteurs et fabricants en maison d’édition autour des plus beaux livres de l’année.

La remise des récompenses de la 14ème édition s'est déroulée lundi dernier au Théâtre de l'Odéon qui devient le temple du livre pour quelques heures.

Un peu plus de 400 livres, concourant dans 13 catégories, ont été examinés par un jury qui s'est réunit le 4 février.

Force est de constater que la profession a démontré encore une fois combien elle réussit à marier la forme et le fond, signifiant par là que le livre papier a encore un avenir prometteur malgré la progression du numérique.

dimanche 27 mars 2016

Voulez-vous partager ma maison ? de Janine Boissard

Line vient de perdre son mari et voudrait conserver sa belle maison. C'est surtout à son vaste jardin qu'elle est attachée. Dès qu'elle a un coup de blues la quinquagénaire court trouver refuge auprès de son arbre, Paul (oui je sais que c'est un prénom d'homme mais c'est que l'auteur est facétieuse).

Le hic est qu'elle ne dispose pas des fonds nécessaires pour régler les frais de succession et qu'il va falloir vendre.

Sa fille, Colomba, a la solution. Il suffit de poster une annonce de co-living sur Internet et de définir des critères sérieux pour sélectionner trois personnes de confiance avec qui partager cette grande maison, quitte à ce que Line doive se "rabattre" sur l'ancien bureau de son défunt mari.

Voilà comment Line se retrouve à demander Voulez-vous partager ma maison ?

Trois candidats seront sélectionnés. Priscille, une charmante jeune femme, illustratrice de livres pour enfants, Claudette, qui exerce le passionnant métier d'éthologue et s'est spécialisée dans le bien-être des animaux, et enfin maître Sushima, réflexologue chinois, expert en l'art de rétablir l'harmonie entre corps et esprit au moyen de savants messages de la plante des pieds. La cohabitation ne se déroulera pas tout à fait comme prévu. Certaines surprises seront bonnes, voire même excellentes. D'autres seront alarmantes.

Janine Boissard réussit, comme à son habitude à composer un roman très contemporain. Ses personnages pratiquent l'écologie. Ils ont déjà adopté les habitudes alimentaires qui sont à la une des magazines depuis quelques mois. Priscille est même victime d'une nouvelle maladie de l'alimentation, l'orthorexie qui est l'obsession de n'absorber que de la nourriture saine.

Elle pointe aussi l'attraction féminine pour les polars, dont elle nous dit se régaler elle-même.  Son écriture se trouve imprégnée de cet état d'esprit. Oserais-je lui conseiller alors le roman Pretty girls et la pièce de théâtre Annabella ?

L'auteur distille un secret de famille comme elle excelle à le faire. Le roman est écrit dans le plus pur style Boissard, avec énergie et optimisme. Avec humour aussi et c'est le type de livre dont la lecture fait du bien.

Elle a publié près de quarante romans parmi lesquels les plus récents sont Au plaisir d'aimerBelle arrière Grand-mère, Chuuut, et le succès se répète de livre en livre.

Voulez-vous partager ma maison ? de Janine Boissard, Editions Fayard, en librairie depuis le 2 mars 2016

samedi 26 mars 2016

L'Homme-Cirque de et avec David Dimitri

Ne pas monter bien haut peut-être mais tout seul! Tel était le credo de Cyrano de Bergerac. David Dimitri reprend la formule en marchant à 15 mètres au-dessus du vide. Tout seul, en parfait homme-orchestre, pardon homme-cirque.

La contrainte rend créatif. David Dimitri n'avait pas assez d'argent pour engager une troupe. C'est comme ça que l'idée de faire un cirque à lui tout seul a germé. Il s'en amuse : Je suis le directeur d'un cirque dont je suis le seul artiste.

Après plus de 1000 représentations il ne regrette rien et affirme au contraire qu'il est dans son élément, nullement gêné de conduire le semi-remorque de trente tonnes de matériel.

Inscrit résolument dans la mouvance de ce qu'on appelle le Nouveau Cirque, il a conçu pour le chapiteau qu'il a acheté il y a dix ans un spectacle où la poésie et l'humour sont les balanciers du danger.

Funambule, acrobate, musicien, régisseur, clown évidemment, dresseur, magicien, il sait tout faire. On se sent tout de suite invité chez lui. Il a le sens du dialogue sans pour autant prononcer un mot, ce qui doit être fort pratique quand il est en tournée dans un pays dont il ne parle pas la langue.
Sa spécialité, car il en a une, c'est le fil-de-fer. Cet homme qui pourrait se perdre dans les nuages en répondant à l'appel de ce grand bleu là, commence naturellement par se chausser correctement. Il ne s'y prend pas comme vous et moi. Il enfile et lace ses chaussures en courant sur un tapis roulant, histoire d'éprouver son sens de l'équilibre.

C'est que ça ? interroge un petit garçon, sans doute habitué à davantage de difficulté.

Le tapis passe à la vitesse supérieure et l'homme-cirque-régisseur lance le Tango Lunaire de Lalo Schifrin. Il mime la défaite, culbute, toujours sur la courte distance de son tapis et termine en marchant sur les mains. Faire cela sur un tapis roulant, personne ne croyait cela possible. Un lacet s'est détaché. Le renouer semble délicat.

La vitesse du tapis augmente, nous signifiant que ce qui nous a épaté n'était qu'une mise en jambes.
Au tour d'un cheval d'entrer en scène sur la musique de Sirba mit Harbster Bletlekh. L'animal reste de bois. Et pour cause. L'artiste n'a pas dit (mimé) son dernier mot. Il enchaine les figures équestres les plus connues sur le cheval d'arçon comme si c'était un étalon, en s'élançant depuis le tapis roulant. Il devient ballerine, dresseur aussi. La parodie est complète car il a un vrai sens du mime, acquis sans doute auprès de son père,  le clown Dimitri, qui a travaillé avec Marcel Marceau.

vendredi 25 mars 2016

Interactivité au Festival 100% de la Villette

J'avais présenté il y a dix jours le Festival 100% qui est proposé à la Villette jusqu'au 10 avril prochain. Le vernissage a eu lieu ce soir et ce fut l'occasion de voir les oeuvres de près.

Je voudrais bien vous montrer ce qu'il en est mais je ne suis pas très satisfaite des clichés que j'ai prises, même si tout le monde s'accordera sur la difficulté à photographier dans une obscurité aussi profonde.J'ai tout de même réussi à immortaliser la Light Machine de Xavier Veilhan et ses 1084 ampoules.

J'ai engagé une conversation passionnante avec Yasmina Benabderrahmane qui propose au travers d'une oeuvre appelée  Bain céleste sous forme de voyage participatif.

Elle nous invite à nous approcher des trois écrans, à les toucher pour sentir la vibration sonore, à coller notre oreille pour percevoir des sons infimes puis  à regarder les images projetées d'un autre oeil.
Grâce à un processus d’altération chimique, issu d’une pratique photographique traditionnelle, une masse inerte prend vie dans un bain de révélateur.

Un paysage anthropomorphe se dévoile, une chair pelliculaire apparait.

La surface épidermique est le théâtre d’une expérience sensorielle, visuelle et sonore.
J'aurais adoré vous présenter les créations des Two Dogs Company / Kris Verdonck. Cet artiste belge a conçu neuf boîtes découpées au sommet de manière à révéler des tranches de vie d'un couple qui évolue comme une sculpture en trois D. L'effet est très étonnant mais échappe à la pellicule photo. Il présente aussi une œuvre monumentale de 4 structures gonflables de 15 mètres de haut qui inlassablement se gonflent et se dégonflent.

Vous ne pourrez pas les manquer quand vous visiterez l'exposition.Impossible de parler de toutes les oeuvres présentées mais il y en a une que j'ai trouvé à proprement parler extraordinaire. J'ai adoré l'expérimenter (et je n'ai pas été un cas isolé) car elle prend vie grâce à l'interaction avec les spectateurs, sous l'oeil amusé de l'artiste Karina Smigla-Bobinski.
Ne la manquez pas, au premier étage de l'espace d'exposition, dans une sorte de pièce close toute blanche ... qui à la fin devrait devenir toute noire avec juste une bande blanche sur tout le pourtour, symbolisant une sorte de Marie-Louise en trois dimensions.

C'est Ada, une balle de plus de trois mètres de diamètre, équipée de fusains qui marquent chacun de ses frottements sur les murs. Sans spectateur l'oeuvre serait stérile et les médiateurs de la Villette incitent les spectateurs à devenir acteurs.

Une fois qu'on ose s'en saisir on ne voit plus le temps passer. On tourne et vire en tentant de domestiquer la balle qui, gonflée d'hélium, ne cesse de vouloir nous échapper. On ne s'inquiète pas de la proximité d l'artiste qui ne cesse de mitrailler nos mouvements avec son appareil photo.

Et cela donne quelque chose qui ressemble à ceci :
FESTIVAL 100%
Du 25 mars au 10 avril 2016 / La Villette
Grande Halle / Wip : Folie L5
les mardis et vendredis de 18 heures à minuit
les mercredis, jeudis et samedis de 14 heures à minuit
les dimanches de 14 à 20 heures. Fermé le lundi.
L'accès est gratuit ... pour toute personne munie d’un billet spectacle du festival, qu'il s'agisse d'une performance chorégraphique, une pièce de théâtre, ou d'un spectacle de cirque.

jeudi 24 mars 2016

L'art de la restauration au Spa Marin du Val André (22)

Je vous ai présenté, au début de mois en quelques lignes et quelques photos, le contenu d'un week-end passé au Spa Marin Val Andre en vous prévenant qu'il faudrait plusieurs billets pour restituer ses caractéristiques.

J'ai commencé par un sujet annexe, la pêche à la coquille Saint Jacques, qui est une des grandes spécialités locales. Je reviendrai plus tard sur le cadre hôtelier du Spa et sur les soins thermaux qui y sont dispensés. Je voudrais pour le moment vous mettre l'eau à la bouche en vous présentant le travail de son chef, Jérôme Barbançon.

Le petit-déjeuner donne le ton. Chaque table est pourvue d'un bulletin météo et des nouvelles fraiches indispensables pour passer une bonne journée. La diététicienne ou l'ostéopathe ajoutent un conseil et vous trouverez systématiquement plusieurs idées de sortie.

Si vous aimez les yaourts vous serez aux anges. Ils viennent de la maison Bordier. Ils sont préparés par un fermier du Morbihan à partir du lait entier de ses vaches. Ce lait donne de la douceur et de l’onctuosité aux yaourts qui sont présentés nature en deux façons, au lait entier ou maigre. Il y a aussi plusieurs versions aux fruits, notamment à la fraise de Plougastel. Il existe aussi de savoureuses versions myrtille ou pêche du Roussillon.
J'avais eu l'occasion de vous parler du savoir-faire de Jean-Yves Bordier dans ma chronique du livre de Jacques Ferrandez et Yves Camdeborde, Frères de Terroirs chez Rue de Sèvres. Il est le dernier à employer un malaxeur en teck pour réaliser un beurre incomparable qu'il sale encore à la volée et qui, bien sûr, est sur toutes les tables du restaurant.
Outre les classiques viennoiseries, et la brioche ce sont les recettes bretonnes qui sont mises à l'honneur.
Avec des crêpes (et au choix du miel ou un caramel beurre salé !), du far aux pruneaux, un Quatre Quart breton, ... Coté pain, au moins trois variétés, dont un pain au levain.

mercredi 23 mars 2016

Benoît Dorémus en concert

Je ne connaissais pas cette salle des Trois Baudets, très agréable, créée à la fin des années 40 par Jacques Canetti, pour combler l’absence de salles parisiennes où les jeunes artistes, le plus souvent inconnus, pourraient facilement se produire devant un public.

Le vieux dancing délabré devint une extraordinaire pépinière de talents, particulièrement des auteurs-compositeurs-interprètes. Georges Brassens, Jacques Brel, Boris Vian, Guy Béart, Juliette Gréco, Raymond Devos, Serge Gainsbourg, Boby Lapointe, Henri Salvador ou encore Pierre Perret doivent beaucoup à l'endroit.

Avec le départ de Jacques Canetti en 1967, la salle devient un sex-shop puis un cabaret érotique, et une salle de concert pop/rock du milieu des années 1990 (L’Erotika) avant d'être réhabilitée par la Ville de Paris. Depuis janvier 2013 une nouvelle formule est lancée, sous l'égide de la société 3 Anes Prod et la direction d'Olivier Poubelle et Alice Vivier.

La programmation est très large avec plusieurs formules permettant vraiment aux artistes en devenir ou un peu plus expérimentés de se constituer un public. La salle de concert a été entièrement refaite. Sa capacité de 200 places assises garantit une certaine forme d'intimité. La salle de restaurant est complémentaire pour une séance en acoustique avec 130 personnes.
Benoît Dorémus s'y était déjà produit et il a choisi cette fois de confier la première partie à Jérémie Bossone.

Le chanteur ne manque pas d'humour. Il en faut pour occuper la scène alors que le public est venu pour un autre. D'ailleurs il a taggué sa guitare d'un "J'y suis toujours". Il commence par Rien à dire, et il faut du culot pour démarrer avec un tel titre.

Avec la Tombe, on pense à Adamo. La chanson à texte bascule brutalement dans le rock. Puis Scarlett, une chanson qui figurait déjà sur son deuxième album, Notre Jeunesse, sorti en 2008. Il la chante et  la joue avec humour quand besoin est. ses chansons sont interprétées comme de petites scènes de théâtre. Interchangeable ne sera pas sur le prochain qui sera nettement plus rock prévient-il.

Il termine avec Décomplexe, qui envoie, même sans batterie, pourvu qu'un peu de réverb donne de l'ampleur. On retrouve ces chansons dans son dernier album Gloires, enregistré il y a un an enregistré par le réalisateur Ian Caple (Bashung, Emilie Simon, Simple Minds, Cocoon…) et qui a reçu le coup de coeur de l'Académie Charles Cros 2015. Beaucoup d'autres récompenses saluent sa rage et sa plume.

Interrogé sur sa rencontre avec Benoît Dorémus il m'a confié que ce n'était pas Francis Cabrel qui les avait réuni même si, lui aussi, est passé par Astaffort. Ils se sont croisés dans le milieu underground, et surtout à Chantappart. Ils se sont aperçus qu'ils aimaient tous les deux Bob Dylan comme Eminem et "ça l'a fait" ...
Arrive Benoît Dorémus qui lui aussi commence avec une chanson où il avoue qu'il n'est jamais à l'aise nulle part. Il revendique le droit d'être un Existentiel :

Je n'ai que le potentiel (...)
Moi je voulais être un vrai dur (...)
Avec la musculature (...)
Je voulais me poser moins de questions.
Faisant allusion aux événements de Bruxelles il remarque que s'il y a des gens chez qui le coeur prend la tête il y en a d'autres dont on ne sait pas où il se cache et il nous dit être très touché qu'on soit ici, avec lui.

mardi 22 mars 2016

Annabella d'après John Ford mise en scène Frédéric Jessua

Annabella (Dommage que ce soit une putain) est un spectacle déroutant. On aime ou on déteste ... quoique, on peut aussi ressortir de la salle Copi un peu sonné(e) et se dire le lendemain que l'on reviendrait bien la revoir.

Difficile de croire que la pièce a été écrite en 1626. Comme il est incroyable de penser que le Don Juan qui se joue en parallèle salle Serreau n'est plus jeune que de 40 ans. Il y a beaucoup de points communs entre ces deux histoires d'amour impossible, dont la seule issue est la mort puisque aucun des protagonistes ne consent à se rétracter.

Frédéric Jessua en a écrit (avec Vincent Thépaut) une nouvelle traduction et fait l'adaptation. Il signe aussi la mise en scène. Tous les deux jouent également. le moins qu'on puisse conclure est qu'ils se sont considérablement investis dans cette histoire d'amour impossible ... et consommée.

John Ford est un des derniers dramaturges élisabéthains. Shakespeare a déjà écrit son Roméo et Juliette. Il faut une intrigue plus forte encore pour provoquer un choc dans le public habitué à l'adultère, la folie, la vengeance et les affaires de famille compliquées.

Annabella pousse le principe à son comble : aucune promesse n’est honorée, aucune loi respectée, pas même l’interdit majeur, celui de l’inceste. Enceinte de son frère Giovanni qui est éperdument amoureux d’elle, Annabella épouse un de ses soupirants, Soranzo, lequel découvrant son infidélité se met à la recherche de l’amant. Averti d’un guet-apens, Giovanni médite sa vengeance…
La scénographie de Charles Chauvet place les acteurs dans une sorte de squat abondamment taggué, noir, rouge et blanc. Les costumes sont contemporains et apportent quelques notes de couleur vives.  le modernisme n'empêche pas du tout le metteur en scène de respecter chacun des codes du théâtre élisabéthain. Le public est assis sur des gradins disposés en U, autour du dispositif scénique, donc extrêmement proche des comédiens.

Des machineries sont utilisées pour provoquer des effets, souvent comiques puisque le spectateur doit régulièrement balancer entre le rire et la peur. Un étage domine la scène pour évoquer ce qui se passe en coulisses, hors la vue directe. Et bien entendu les scènes les plus terribles sont cachées, sans dispenser les spectateurs d'en vivre l'horreur.

Cette proximité est à double tranchant si je puis dire. On peut considérer théâtralement la pièce comme une parodie parce que ce sont des anglais protestants qui racontent les atermoiements d'italiens catholiques. On peut aussi l'estimer "trop" noire, sanglante, jusqu'à l'outrance, même si on mesure combien elle est fidèle à la volonté de John Ford.

A l'instar du Don Juan de Molière, nous étions prévenus d'emblée puisque avec le ciel on ne plaisante pas. Giovanni (vous remarquerez à propos la proximité de nom) ne cèdera pas : mon destin sera mon seul Dieu ! 

La musique est très présente et il faut saluer la compétence des comédiens à l'interpréter. La qualité de leur jeu est d'ailleurs aussi à souligner.

Le choix de la chanson des Moody Blues, Nights In White Satin, est parfait pour exprimer le désarroi des amants. Dommage ... que le contexte actuel et la montée des violences que nous subissons depuis quelques mois agisse comme un paravent. Je suis peut-être encore sous l'influence de ma dernière lecture, Pretty girls ... (chroniquée hier). La dernière scène, quand le frère arrache le coeur de sa soeur n'est pas simplement suggérée. Est-ce nécessaire de le brandir presque palpitant ?

Sur le moment c'est insoutenable. Mais le lendemain, on se souvient des dernières paroles : il est humain de vouloir se venger. Il est divin de pardonner.
Annabella (Dommage que ce soit une putain) d'après John Ford
Traduction et adaptation Frédéric Jessua et Vincent Thépaut
Du 18 mars au 17 avril 2016
Théâtre de la Tempête - salle Copi
Cartoucherie de Vincennes - Route du Camp de Manoeuvre- 75013 Paris
Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30
Mise en scène Frédéric Jessua
Avec Justine Bachelet, Elsa Grzeszczak, Tatiana Spivakova, Jean Claude Bonnifait, Baptiste Chabauty, Frédéric Jessua, Thomas Matalou, Vincent Thépaut et Harrison Arévalo

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © C. Chauvet

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