dimanche 20 mars 2016

Barbie s'installe au Musée des Arts décoratifs

Derrière la porte rose ... il y a  ... tout l'univers de Barbie et bien plus encore.

C’est la première fois que cette poupée iconique fait l’objet d’une véritable invitation dans un musée français, le musée des arts décoratifs, en l’inscrivant pleinement dans l'histoire culturelle et sociale du jouet aux XXe et XXIe siècles.

Barbie, star, est blonde, mais on verra qu'elle adopte tous les visages du monde. Elle est toujours "à la page", dispose évidemment d'un compte Instagram, destiné d'ailleurs à un public adulte.

Elle est prise en photo dans des situations réelles et glamour avec des vêtements et accessoires uniques spécialement créés pour l'occasion. Elle se rend à un défilé de mode avec son petit chien posé sur un sac Chanel.
Elle fait ses courses rue Saint Honoré (photos du compte Instagram 2015). Après avoir incarné la "fameuse" american way of lifeBarbie est devenue aussi le reflet des moeurs d'une époque. L'exposition retrace son évolution et pointe comment elle est devenue un symbole d'autonomie et d'indépendance alors qu'on la regardait essentiellement comme une femme-objet qui suscitait selon les circonstances, enthousiasme ou dédain.
Mais s'il y a une contrainte dont elle ne s'affranchira jamais c'est bien de celle de la mode, ... marketing oblige !

Le musée a choisi, et c’est fort à propos, de rappeler d’abord de quoi il s’agissait quand il était question de poupée dans les siècles précédents.




A l'origine les couturiers français inondaient les cours étrangères au XVIII° siècle de poupées de mode -en bois ou en tissu rembourré- conçues pour faire voyager la mode féminine parisienne à travers l’Europe.

Les rares poupées pour enfants du XVIIIe siècle, ainsi que celles du début du XIXe siècle, représentaient des femmes très richement parées. À cette époque, la mode pour enfant n’existait pas et les enfants portaient, comme leurs poupées, des vêtements d’adulte en miniature. Les corps des poupées n’étaient pas réalistes, mais s’adaptaient à la forme des vêtements à la mode dont la poupée était habillée.

Une fois "démodées" elles étaient données aux petites filles pour jouer. Mais trop précieuse, trop fragile, trop sophistiquée et trop éloignée du monde de l’enfance, elles n'étaient pas adaptées aux mains des petites filles. La plupart du temps elles devenaient un objet inanimé sur une étagère, comme l'est devenue celle-ci, en porcelaine, de fabrication française, 1875.

Charles Worth révolutionnera les pratiques en faisant appel à de vraies femmes pour présenter ses modèles. C'est d'ailleurs lui le premier grand couturier ... français même s'il était anglais comme l'a démontré l'exposition Fashion Mix au musée de l'immigration.

Ce sont désormais les couturières qui emploient des mannequins, comme celui-là, en palissandre, rehaussé de polychromie appliquée à la main, tête pivotante, bras, mains, jambes articulées recouverts de tissu, monture à support en fer sur un socle en bois (1912).

Mais au début du XIXe siècle, la frontière était fine entre la poupée mannequin, la poupée jouet très bien habillée et la poupée de mode destinée aux femmes adultes comme ces poupées, ci-dessous, datant de 1917, pour celles de gauche, et de 1943 pour la troisième, à droite.
En 1935 c'est une petite fille de chair et d'os, âgée de 6 ans, Shirley Temple qui inspirera un créateur de poupées.

Elle servira aussi de modèle pour des personnages de carton vêtus d'habits de papier découpé et lié. le musée en présente une planche, sur fond rose.

Le poupon en celluloïd aura son heure de gloire jusqu'aux années 50. Il s'agit, ne l'oublions pas, d'apprendre aux petites filles à jouer plus tard leur rôle de mère. L'inconvénient est qu'il faut leur détacher les jambes pour les laver. Les "baigneurs" seront accueillis comme un progrès car on peut les mouiller entièrement.

Coté magazine, la semaine de Suzette a un rôle important. Arrive Bleuette, poupée fillette et son trousseau, française, environ 1920, en porcelaine peinte, vêtements en soie et velours, fourrure, feutre ...
C'est toujours un poupon joufflu et rose et son prix n'est pas démocratique. Les familles modestes se contentent d'un poupard ou d'une poupée en tissu imprimé bourré de sciure de bois, ou de crin de cheval comme celle-ci (milieu XX° siècle), souvent cousue par une grand-mère, dont la réalisation était très éloignée des considérations sur la mode de l’époque.
En Allemagne, le journal Bild-Zeitung demande à  Reinhard Beuthien  de combler l'espace d'une case avec une bande dessinée autour d'un personnage impertinent. Ce sera Bild Lili, une femme indépendante qui adore le sexe et mène les hommes à la baguette. Elle apparait pour la première fois le 12 août 1955. Visage de bébé, corps d'une femme pulpeuse et queue de cheval, elle interroge le lecteur :  "Pourrais tu me donner le nom et l'adresse de cet homme riche et beau?". La caricature est un succès immédiat et le dessinateur dû en imaginer de nouvelles chaque jour. Lili occupera le terrain jusqu'au 5 janvier 1961.

Une de ses meilleures réparties est adressée à un policier qui lui reproche que le maillot de bain deux-pièces est interdit : "Quel morceau voulez-vous m'enlever ?"

En août 1955, le journal lance la poupée avec l'aide de la société Hausser Co. Ce sera la première poupée à silhouette adulte, en plastique dur, articulée et maquillée. Elle s'appelle évidemment elle aussi Lilli et possède un trousseau. Ruth Handler la découvre alors qu'elle est en vacances en Suisse. par chance pour elle, le modèle n'est pas brevetée.

La jeune maman avait créé avec son mari, Eliott, et Harold Matson la société Mattel en 1945. La marque, qui fabriquait de petits jouets en plastique, boîtes à musique, pistolets factices, etc., connaissait un certain succès.

C’est en regardant sa fille Barbara jouer avec des poupées de papier, lointaines descendantes des gravures de mode de la fin du XVIIIe siècle et des premières poupées en papier pour adultes du XIXe siècle, que Ruth se met à rêver d’une poupée de mode en trois dimensions, véritable poupée mannequin. Ruth eut beaucoup de mal à convaincre l’équipe (masculine) alors même que Mattel cherchait un créneau novateur et original pour entrer sur le marché de la poupée. Réaliser une poupée ressemblant à une adulte et dotée de seins était alors "trop" révolutionnaire.
 
Sa présentation à la Foire du jouet de New York le 9 mars 1959, ne rencontre pas le succès escompté. En revanche, une fois Barbie en magasin, le succès est immédiat, sans même l’appui de la campagne publicitaire qui avait été prévue. Il faut tripler la production. Depuis elle a perdu ses frisottis, gagné un petit copain Ben (du prénom de son fils) en 1961 et n'a cessé d'évoluer.
Le musée a puisé dans les archives de la maison Mattel (avec par exemple ce cliché de Ruth et Eliott Handler, datant des années 1960) pour décrypter toutes ses vies en les replaçant dans une perspective sociologique et en pointant le lien très fort entre ces objets et Barbie, son ancrage dans le monde de la mode.
Elle ne porte d'abord qu'un maillot de bains noir et blanc car la télévision n'est pas encore en couleurs. Et surtout parce qu'il faudra lui acheter des vêtements ... le but est de l'habiller et de la déshabiller autant que possible. Voilà pourquoi ses jambes sont si fuselées.

Très vite les créateurs ont souhaité ajouter du mobilier. Inspirés d'abord des cadres photos pour fabriquer des meubles peu chers en plastique et bois.
Rapidement, Mattel mit en place un secrétariat pour Barbie, qui recevait autant de courrier qu’une star hollywoodienne. La création du fan club rassembla 100 000 personnes dès la première année et qui mobilise aujourd'hui 15 personnes à temps plein pour répondre au courrier. Les spots publicitaires ont mis en scène tout ce que la poupée pouvait faire, comme bouger ses ailes de papillon articulées, croiser les jambes. Cela semble sans limites. Une poupée noire, Black Francie en 1967 (donc bien avant les droits accordés aux noirs par Johnson), une autre hispanique ou asiatique, et même Becky, handicapée, en 1997, qui fut offerte gratuitement aux hôpitaux.
Elle trahira son petit ami en 2004, éblouie par Blaine, un surfeur américain sans cerveau mais tout en muscle.
CNN et Newsweek la soutiennent. On la retrouve un peu plus tard, portant une robe de princesse toute dorée pour son 50 ème anniversaire.
Ken se remet en cause et revient dans sa vie, plus moderne à partir de 2011. Un énorme drapeau est hissé au-dessus de Time Square pour fêter leurs retrouvailles. Ils partent tous les deux en Irak en 2012.
La même année elle se porte candidate aux élections présidentielles.
Près de 700 modèles sont exposés, retraçant toute l'histoire et toutes les ethnies. La Barbie noire en pull rouge succède à la précédente, très critiquée parce qu'elle n'avait pas le type afroaméricain.
Une vitrine témoigne de la fabrication, regroupant les esquisses, les prototypes peints à la main, les échantillons, les 18 couleurs de têtes miniatures, les vêtements en toile ... comme exactement dans la haute couture.
Au second étage, les poupées sont représentées à travers leur profession. Son âge reste volontairement flou afin de pouvoir incarner aussi bien une adolescente qu’une jeune femme. Elle est tout à la fois lycéenne, étudiante, nurse ou jeune hôtesse de l’air avant d’embrasser plus de 155 métiers, des plus classiques aux plus avant-gardistes.

Barbie a été vétérinaire à plusieurs reprises, mais aussi paléontologue, ballerine, chirurgien, skieuse et informaticienne, pilote de course, professeur, médecin, danseuse étoile, officier de police… et on l’oublie peut-être mais elle a été 4 fois candidate aux élections présidentielles, et astronaute (quatre ans avant que Neil Armstrong puisse marcher sur la lune en 1969).

Elle a exercé plus de 155 métiers. Elle fut physicienne et institutrice ...
.. Lisa Minelli dans Cabaret, ou artiste parisienne.
Elle évolue dans un ancien atelier de couture situé aux Etats-Unis, fait une escapade italienne en choisissant la vie profane en quittant un couvent (non photographié) ou défile pour Yves saint Laurent devant Catherine Deneuve et des clientes, dont l'une d'elle porte un camel coat qui est le summum du chic parisien (selon les américains), à droite, à coté de la Barbie en tailleur rose.
Il est difficile de miniaturiser à l'échelle mais ces trois maquettes immenses sont très réussies.

Après les métiers, ce sont les Barbies haute couture qui sont présentées, dans leur emballage d'origine. Seule Barbie Lagerfeld ne sourit pas, par fidélité avec son modèle original. En 2009 elle eut un parrain prestigieux, Louboutin qui créa le personnage de Catwoman.
Les grands couturiers ont inspiré les vêtements depuis l'origine. Avec ces ensemble Christian Dior, 1953-1954.

Barbie a inspiré aussi les artistes. Comme Chloé Ruchon, avec son Barbiefoot en 2009 voulu résolument féministe, en 2009 ou Cristina Guadalupe Galván pour One day my prince will come.
Inspirée par Cendrillon et Un jour mon prince viendra (la chanson du film Blanche Neige et les sept nains) qui fut un des plus beaux standards de jazz, repris par Miles Davis... l'artiste a aligné 7 chaussures de verre de 7 couleurs différentes, une pour chaque jour de la semaine, pour composer un exorcisme des souvenirs d'enfance de Barbie et du sentiment de solitude. La lourdeur du verre et sa surface rugueuse révèlent les traumatismes de l'enfance.
Alors qu’Andy Warhol voulait faire le portrait de son ami le styliste BillyBoy, grand collectionneur (il possède 11000 Barbie et 300 Ken), celui-ci lui aurait répondu : "Don't paint me, paint Barbie, because Barbie is me". A-t-il voulu plagier Flaubert disant Emma Bovary c'st moi ?  Andy fit ce qu'on lui demandait et cette œuvre, l’une des dernières de l’artiste, en 1985, a été vendue plus d'un million de dollars et a fait de Barbie une icône absolue.
On retrouve Barbie et Ken en Catherine et William et en Mad men ou en Star TrekD'autres éditions limitées présentent Barbie Marilyn Monroe dans 7 ans de réflexion en 1997, Barbie Sandy de Grease en 2004, la série de poupées sur le thème du Magicien d’Oz en 2009. Elle est Ma sorcière bien aimée, Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany, Tippy dans Les oiseaux d'Hitchcock.
Mais aussi en princesses, Marie Antoinette comme Elisabeth.
L'exposition s'achève avec un immense mur de vêtements miniatures provenant autant des archives de Mattel que des réserves du musée. L'intention est de témoigner de la finesse et du sens des détails.
Enfin il a été proposé un concours "Habille Barbie" aux élèves et étudiants mode / art / design, sous l’égide de leur établissement. Marie Truffier, avec son E-Barbie, fait partie des 5 lauréats de l'Ecole Estienne.
Barbie, Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli, 75001 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Du 10 mars au 18 septembre 2016
Du mardi au dimanche de 11h à 18h - dernier billet vendu à 17h30 
Le jeudi : nocturne jusqu’à 21h (excepté le 31 mars)
Fermé le lundi, ainsi que le 1er mai
Des activités sont proposées aussi bien pour un public d'enfants que pour des adultes.

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