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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

vendredi 5 juin 2026

Au coin de ma rue, un spectacle qui interroge le point de vue

Je suis allée voir (et écouter) Au coin de ma rue, en avant-première du prochain Festival d’Avignon où il sera programmé par le Théâtre des Doms à Villeneuve en scène du 10 au 20 juillet 2026.

L'aventure a été présentée, après plus d’un an de préparation, au public pour la première fois les 19 et 20 avril 2025, lors du Festival des Arts de la Rue de Huy (Wallonie, Belgique) qui est entièrement gratuit. Le système est désormais bien rodé.

La bande (de joyeux drilles) jouera cet été la formule "Centre culturel", c’est à dire trois fois une heure pour 30 spectateurs chaque fois (sur réservation). Au-dessus de la cabine, une série de chiffres indique si le public aura droit à 3, 4, 5, 7 ou plus d'épisodes.

Voilà un spectacle pour lequel il est impératif que vous réserviez votre place au plus vite, parce que la jauge n’est que de 30 personnes et que cette expérience va, forcément, interroger le regard que vous portez à une scène apparemment banale.

Si vous vouliez en vivre tous les épisodes (un par siège), et qu’il n’y ait que 3 sièges vous auriez 6 combinaisons différentes. Avec 5 histoires on passe à 120. Avec 10 le compteur monte à 3 628 800. Avec 30! (Factorielle 30) on dépasse le milliard de milliard. Autant dire que la probabilité que 2 spectateurs suivent le même parcours est proche de zéro. Et pourtant nous allons partager une expérience à propos de laquelle nous pourrons échanger notre ressenti en nous comprenant.
Nous sommes accueillis, un par un, très chaleureusement par Vincent ZabusNicolas Turon et Valentin Demarcin (le jour de ma venue).

Nicolas, en pull marin, multiplie les blagues, interpelant le public qu'il fait patienter sur le long tapis rouge. Impossible de s'y ennuyer ! Valentin mémorise le prénom de chacun, ce qui lui permettra de faciliter nos déplacements entre les scénettes. Il nous enseigne le fonctionnement du casque bien que le sien ne soit pas relié. C’est simple prenez le casque en dessous de votre assise. Vous avez ici (il mime l'endroit sur son casque -non relié je le répète-) une molette pour en régler le son. Mon voisin ne la trouve pas. Elle est à mi-chemin du cordon, c'est l'amie-molette (ou mimolette). Les belges sont champions en surenchère de jeux de mots.
Le gradin de trois rangées de dix places est installé face à un coin de rue. Toutes les sept minutes, un personnage (Simon Wauters le jour de ma venue) traversera l‘espace public qui compose le décor grandeur nature, devant les spectateurs. Si l’individu effectuera une unique et identique suite de gestes ordinaires, toujours les mêmes, chaque spectateur, muni d’un casque, entendra une histoire différente. Chaque "histoire sonore" éclairera le personnage d’une lumière différente.

A chaque place correspond donc un récit unique, un univers sensible, profond ou léger. Vais-je choisir Solo, le Petit Chaperon Rouge, Mourir demain, La Forêt de l'Esprit ? Valentin conseille une jeune femme : Commence pas sur Instrumental. Elle est super mais … Il me suggère Relaxatif. Je triche un peu en me dirigeant vers le disque rouge correspondant au Maladroit Sentimental, parce que je me souviens très bien de la BD correspondante, découverte dans Spirou (ainsi que deux autres, mais dont j'ai oublié le titre). Je vais pouvoir vérifier la puissance du concept.
Chacun entend la même introduction musicale, The Girl from Ipanema, et  ce qui est drôle c’est que cette chanson a été inspirée par Heloísa Eneida Menezes Paes Pinto, âgée de 17 ans à l'époque, qui avait pour habitude de passer à côté du bar de plage Veloso pour profiter de la mer et du sable chaud. Elle vivait à Ipanema (Rio de Janeiro), mais j’ignore si, comme le personnage principal du spectacle, elle arrivait de la droite.
Le voilà déjà qui surgit … mais ce n'est qu'une illusion, on le comprend vite. C'est que la rue est plutôt passante et elle n'est pas fermée aux parisiens qui vaquent à leurs occupations, à pied, en poussette, à vélo, seul ou en famille. Certains nous ignorent, ou font semblant de ne pas nous voir. D'autres ont le sentiment de gaffer et se pressent soudain. Mais, concentrons-nous, ça commence vraiment.
Je connais l'histoire. Je sais qu'elle est humoristique mais pas franchement drôle. Je remarque un spectateur au second rang faire des gestes bizarres. Mais, dans mon casque, l'histoire est tellement raccord avec ce que je vois que j’oublie que nous n’entendons pas tous la même chose.

Le voilà qui s'en va. C'est déjà fini. Les spectateurs sont invités à changer de place pour écouter une nouvelle histoire. Je voudrais essayer autre chose de différent. T’aimes bien les trucs gore ? Prends Le dépeceur de Mons, c'est très drôle. Saisie d'un doute j'échoue sur L'instrumental pendant que la rondelle rouge est libre.

Des rires éclatent à côté de moi. Je suis un peu jalouse. Un vélo passe. Deux. Il pleuviote. Je ne me souvenais pas du quidam assis sur le banc. Ai-je été distraite la première fois ?

jeudi 4 juin 2026

Rencontre avec Amélie Nothomb, Juliette Nothomb et Laureline Amanieux

La médiathèque de Châtenay-Malabry était à l'origine d'une rencontre autour d'Amélie Nothomb qui eut lieu à la fin du mois de mai dernier en compagnie de sa soeur Juliette, également écrivaine et de  Laureline Amanieux, avec qui elle entretient une relation d'amitié depuis 25 ans.

La manifestation était organisée à l'initiative de Céline Chambon, Responsable du secteur adulte et de sa collègue Dominique, avec le concours de Michèle Lablache Combier, la libraire des Pêcheurs d'étoiles de Fontenay-aux-Roses, ouverte depuis l'été 2019 dans l'ancien Bureau de Poste, où Agnès Varda tourna une des scènes du film Le bonheur (que j'ai chroniqué ici).

Les trois invités furent très intéressantes. Amélie Nothomb est une personne très agréable, extrêmement souriante, s'exprimant avec une franchise exceptionnelle, et un humour singulier. Bien entendu, politesse des reines, elle était arrivée à l'heure, cheveux sobrement nattés, accompagnée de sa soeur Juliette et de Laureline Amanieux, une autrice journaliste qui la connait très bien. Elle a corédigé un livre avec Amélie sur le Japon et fait notamment un portrait d’elle pour France 5. Ce fut elle qui mena l'entretien.

Les deux soeurs ont une sensibilité littéraire affirmée, quoique singulières. Amélie est incisive, originale et son oeuvre est déjà très abondante. Juliette est vive, attentive, gourmande, y compris en cuisine. Je donne à la fin les titres de leurs derniers ouvrages.

Amélie Nothomb a pu surprendre quelques-uns d’entre nous en disant qu’elle était née dans la conviction qu’elle était japonaise, ne distinguant même pas une langue de l'autre. Cette certitude n’était pas unanimement partagée mais la petite fille y croyait totalement. Nous devinons combien son amour pour ce pays est grand lorsqu’elle affirme que le Japon ne ressemble à aucun autre pays. Ses souvenirs sont très précis. Notamment à propos des lieux où elle a vécu avec ses parents. Nous avons habité d'abord à Kobé dans une vraie maison citadine, très petite, avec pour tout jardin juste un pot de géranium. Je vais alors dans une école américaine, plutôt laxiste. Nous avons appris la nostalgie très tôt, par les déménagements successifs.

J'ai été arrachée à ce pays à l'âge de 5 ans et ce fut l'évènement fondateur de ma vie. Elle n’a de cesse d’y revenir. À 21 ans elle achète un aller simple pour Tokyo où elle retrouve toutes ses racines à ceci près qu’elle commence à prendre conscience de son erreur quant à son identité qui se révèle être fausse. Je me suis enfuie piteusement à 23 ans (de mon travail et de mes amours). Je reconquiers désormais cette identité, certes fracturée.

Elle a co-écrit avec Laureline Amanieux Le Japon éternel, voyage sous les fleurs du monde flottant (2024), un beau livre richement illustré d’archives en noir et blanc, où il est question de beauté, de paysages, de nature, On apprend dans le premier chapitre consacré au shintô, qu’il est le seul courant de pensée, né au Japon, avec pour précepte tout ce qui est beau est Dieu. Le sacré peut être partout, pourvu qu'on place au bon endroit le "tori", une porte rouge qui en marque l'entrée.

Sa maman est restée longtemps dans l'ombre de son père, auquel elle consacra un roman. Elle décède le 11 février 2024 et Amélie confie qu’elle est alors incapable de le dire parce que la souffrance la rend muette. Je ne connais qu'une solution : consacrer un livre au problème mais il m'est impossible d'écrire à la première personne du singulier. (…) Les neuf dixièmes relèvent du conte mais le reste a vraiment existé. Sa soeur dira qu’elle a compris que tout était vrai et qu’à la fin, comme chacun, elle a pleuré.

mercredi 3 juin 2026

Etre ou ne pas être de et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella

Il me semble que William Mesguich m'avait confié il y a trois ou quatre ans son intention d'écrire un spectacle sur son enfance, son lien avec le théâtre et ses relations avec son (célèbre) père. Je savais aussi qu'il voulait absolument que ce soit l'occasion de montrer son potentiel humoristique.

Je ne suis donc pas surprise par le contenu de Etre ou ne pas être que j'ai beaucoup aimé, tout en étant persuadée qu'il n'est pas nécessaire de connaitre la famille Mesguich pour l'apprécier.

On pourrait dire que c'est  l’histoire d’un petit garçon qui rêvait de devenir footballeur professionnel alors que son père ambitionnait de faire de lui un comédien.

L'enfant est soutenu par sa mère au-delà de ce qu'on peut imaginer. Son père, et c'est remarquable, ne cherche pas à le dissuader et à lui mettre des bâtons dans les roues de son rêve. Celui-ci se brise sans aucune intervention familiale. Un accident terrible ruine l'avenir sportif de l'adolescent. Son destin prend alors  "naturellement" un autre tournant. 

William a tout petit fait l'expérience du théâtre. La scène est un "terrain de jeu" qui lui est familier. Il a un atout formidable, une mémoire exceptionnelle qui lui facilite l'assimilation des textes. La personnalité des metteurs en scène pour qui tout le monde éprouve un immense respect ne l'effraie pas. Il les connait depuis sa plus tendre enfance, ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu'il n'éprouve pas de respect.

Chez les Mesguich, le père joue au théâtre, le fils joue au football. On peut dire que dans les deux cas c’est une affaire de troupe et d’exhibition devant un public. Daniel, le père, a une définition très ironique du sport  … que je partage volontiers parce que je n’ai jamais compris ce qui motivait à courir à perdre haleine d’un côté et de l’autre d’un terrain en essayant de chiper un ballon à ceux qui cavalent dans l’autre sens. Mais, tout comme lui, je respecte les gens que ça réjouit.

Il a sans doute appelé son fils (unique) William en référence au grand auteur anglais et en rêvant qu’il serait, comme lui, un artiste accompli. Il le pousse sur les planches dès son plus jeune âge. Mais l’enfant a d’autres rêves et ce qui est formidable c’est que la famille respecte sa volonté. On supporte que le long couloir de l’appartement de la rue de Flandres devienne un terrain d’entraînement tout comme on endure que le salon soit un espace de répétitions enfumé.

La prestation de William est jouissive pour qui connait la famille. On retrouve les traits de caractère que l’on a remarqués chez sa mère, qui ne passe pas inaperçue, elle non plus, et qui reste sa première supporter. On se représente tout à fait son père, qui le soutient sans faille alors que manifestement il n’a aucun goût pour l’exercice sportif, encore que marcher avec des santiags en soit un.

La surprise vient de l’humour qui nappe l’ensemble de ce seul-en-scène où William joue tous les rôles et joue (aussi) au football, nous prouvant par là qu’il aurait pu se placer dans la lignée de Platini si ce terrible accident ne l’avait pas amené à effectuer un revirement radical.

Je ne sais pas si le théâtre peut se révéler aussi dangereux qu’un stade mais ce qui est certain c’est qu’on peut avoir de multiples dons, plusieurs vocations et qu’aucune n’est "meilleure" que l’autre. Le destin a voulu que William devienne acteur. Il est certain que je ne l’aurais sans doute pas applaudi au Parc des Princes mais par contre quel bonheur de le voir sur toutes les scènes où il se produit, seul, avec son père (ils ont composé de merveilleux duos) ou avec d’autres comédiens. Quel plaisir aussi de suivre ses mises en scène, toujours éclairées avec un savant savoir-faire.

On connait tous la question, Etre ou ne pas être, et je comprends qu’il ait choisi la plus belle tirade pour titiller le public (et fort habilement illustrée sur l’affiche de Sarah Barzyk) mais William n’a pas de dilemme à résoudre. Il affronte la situation et renverse la tragédie en nous offrant une comédie (on rit beaucoup au cours de la soirée et je recommande la scène désopilante de la voiture) avec tout le sérieux qu’il met à ce qu’il entreprend.

William Mesguich est la démonstration évidente que nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil, comme l’écrivait Shakespeare dans La tempête.

Fichtre ! J’espère que le spectacle sera repris à la rentrée sur une scène parisienne parce que c’est une très belle leçon de vie, d’espoir, tout autant qu’une magnifique déclaration d’amour, de celle que tout parent, père comme mère, rêve de recevoir. D'ici là il sera joué au festival d'Avignon.

La mise en scène est co-assurée par une de ses soeurs, associée aussi à l'écriture, ultime preuve que chez les Mesguich le théâtre est une vraie histoire de famille.
Etre ou ne pas être
De et mis en scène par William Mesguich et Rebecca Stella
Vu au Théâtre des Gémeaux parisiens
A 13h25 au Théâtre des Corps Saints, du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 9, 16, 23 juillet

mardi 2 juin 2026

La compagnie Doudous

J’ai reçu La compagnie Doudous à l’occasion d’une masse critique organisée par Babelio. D’après le résumé il s’agissait du texte de deux spectacles pour marionnettes en peluches s’adressant à de jeunes enfants (de 6 à 9 ans).

Si les illustrations pourraient intéresser des maternelles, le texte par contre ne me semble pas du tout accessible à un large lectorat. D’abord parce que le niveau de lexique est très recherché, en toute logique d’ailleurs puisqu’on nous a promis abondance d’expressions choisies de la langue française et un travail poussé sur les assonances.

Ensuite parce qu’il faut un certain niveau de culture -certes populaire- pour savoir qu’une marque de piles a utilisé un lapin dans un spot publicitaire, qu’un chanteur possédait un chien du nom de Mirza, que Rossinante était la jument de Don Quichotte, que le Kong est un restaurant parisien (au-dessus de la Samaritaine) … Bref, personne ne goûtera toutes les subtilités de ces textes, au demeurant petits bijoux littéraires. Je pense que je suis moi-même passée à côté de 20% des références.

Peut-être qu’en spectacle les mimiques des marionnettes font oeuvre de compensation et que l’intonation des comédiens provoque les rires. Cela pose la question de l’objectif de ce petit livre : amuser ou cultiver ?

En tout cas je le recommande par contre aux enseignants de français des collèges et lycées, à condition de demander aux élèves d’entreprendre des travaux explicatifs. Dans un tel contexte l’ouvrage (qui compte tout de même 80 pages) sera le point de départ d’exposés passionnants sur des pans de notre culture.

La compagnie Doudous, par Erell, chez Posidonia jeunesse, en librairie depuis le 15 février 2026

lundi 1 juin 2026

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne

Je recommande Bollywood Boulevard, un spectacle très étonnant et pourtant inspiré d’une histoire vraie. Pauline Caupenne m’a convaincue à hauteur de Katia Ghanty avec Les frottements du coeur dans ce même festival SenS lancé l’an dernier par les Gémeaux parisiens. Et vous savez ce qui lui est arrivé ? Un Molière évidemment !

Vous ne pourrez qu'être conquis par la sensibilité, l’humour, la danse… Cette quête initiatique vaut une séance de méditation !

A 20 ans, Pauline décida de partir vivre en Inde pour donner du sens à sa vie. Arrivée là-bas, elle est devenue (par hasard) actrice à Bollywood ! Elle pensait saisir la chance de sa vie, mais… entre émerveillement, errances spirituelles et désillusions, elle a découvert que l’exil ne suffit pas pour  se réinventer. 

J'ignorais leurs motivations mais j'avais compris, dès la file d'attente qu'il y avait un certain nombre de spectateurs venus parce qu'ils avaient, eux aussi, fait l'expérience d'un voyage en Inde.  Le peu que je savais de ce pays c'était que parfois le touriste ne supportait pas le choc culturel et repartait sans avoir quitté l'aéroport.

La comédienne entre en scène, place des bracelet en offrande sur l'autel situé à Jardin. Inspirez, expirez ! Sa voix est à la fois douce et ferme. L'essentiel et le rien résonnent dans le silence. Sentez les bienfaits des vibrations. Je me surprends à y croire, oubliant que je suis venue voir un spectacle d'humour.

Me suis-je égarée à un cours de yoga ou perdue dans une réunion organisée par une secte ? Mais voilà Pauline Caupenne qui entreprend un dialogue téléphonique avec sa mère dont elle prend l'accent portugais plus vrai que nature.

Il faut savoir se perdre totalement pour se donner soi-même. Manifestement la jeune femme y croit à 100%. Elle veut donner du sens à sa vie et ce voyage n'est pas un caprice alors que sa mère, n'y croyant pas une seconde, lui demande quand elle compte rentrer.

Pauline reste en Inde. Nous la voyons danser et la scène est magnifique, parce que c'est une chorégraphie magnifique et que le travail des ombres est de grande beauté.

Elle est recrutée pour danser et très vite on réalise le hiatus entre la culture indienne et le mode de vie occidental. Par exemple le fait qu'aujourd'hui et demain se disent avec le même mot, provoquant immanquablement des quiproquos. On apprendra des éléments spécifiques, comme l'interdiction faite aux femmes de jouer un rôle au cinéma et le fait que la laïcité n'a aucun sens pour un indien : les dieux se bousculent au portillon.

Ce qui est très drôle c'est la manière de la comédienne de parler franglais : I do des pointes. Plus tard on assiste à une interview télévisée hallucinante parce qu'on devine bien que rien n'est inventé, sur une des musiques emblématiques des films de Chaplin. Pauuline se sent étrangère.

Elle interprète tous les personnages, jusqu'à un vieil homme. Plusieurs scènes sont très savoureuses, la chasseuse de cobra, l'astrologue, le psychologue. Elle salue comme il convient, modestement.

Le gros câlin est le seul réconfort à notre portée d'humain mais ce pays n'est pas idyllique, il suffit de porter attention aux visages des jeunes femmes attaquées à l'acide. On comprend qu'en Inde une vache a davantage de valeur qu'une femme et on apprécie que le spectacle n'occulte pas les sujets difficiles que n'adoucit pas un extrait de l'Impromptu de Schubert (Andante).

Elle joue dans un film qui connait un grand succès et dont on voit un extrait, et il est appréciable que ce soit de vrais scènes. Le succès est au rendez-vous. On lui propose un rôle dans une super production. Pourtant elle renonce : Pardon mais je ne vais pas revenir. je préfère être un diamant brut inconnu qu'une imposture dans un blockbuster.

Elle ajoute que les faits se sont déroulés il y a vingt ans et que depuis elle voit la vie en rose …
J'ai beaucoup aimé ce récit d’autofiction, drôle et insolite, qui célèbre les personnes en recherche d'identité, les anxieux en attente de réponse sur la quête de soi, la famille, le travail; Cie résultat est touchant, frais, dépaysant, exotique, culturel, un brin satirique, intelligemment féministe … et instructif.

Mais peut-être vous faut-il un extrait pour achever de vous convaincre :

Bollywood Boulevard de et avec Pauline Caupenne
Mise en scène : Grégoire Leprince-Ringuet
Spectacle né à La Flèche - Soutien : Adami
Dernière représentation parisienne le 3 juin 2026 à 21 h (avant une reprise probable)
Le spectacle sera repris à la Scala Provence pendant le festival d'Avignon 2026

dimanche 31 mai 2026

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet

Chez Lorraine Fouchet tout est bon, comme dans les salades que choisissait la mère de Georges Brassens. Il n’y a rien à jeter.

Si j’avais eu entre les mains Du goût pour le bonheur en version anonyme je lui en aurais sans hésiter attribué la maternité. Elle n’a pas sa pareille pour combiner le fond et la forme. On apprend énormément de choses dans ses romans où le moindre restaurant cité existe vraiment, tout autant que Chatou possède bien une librairie portant le nom d’un livre de Georges Pérec.

L’auteure est la précision incarnée et je la crois sur paroles. Elle n’aborde pas un sujet avant de l’avoir autopsié de la tête aux pieds. Je la lis munie d’un bloc-notes pour y inscrire ses bonnes adresses comme les mots nouveaux que je vais apprendre. Grégoire Delacourt m’a enseigné l’art de lire dans les nuages (la paréidolie). Sophie Prat, dans London 53, m'a appris ce qu'était l'adermatoglyphie qui ne concerne que 4 familles dans le monde entier. Elle m’a éclairé sur l'aphantasie (p. 139), une neuroatypie qui touche 2% de la population et qui n'a été découverte qu'en 2015 (p. 219). Sa méthode d’auto-hypnose (p. 215) pourrait être utile à appliquer  … Quant à la toque elle n’a rien de culinaire dans le lexique juridique (p. 208).

Au début du roman, je ne savais pas encore qui avait le goût du bonheur dans le trio d’enfants que l'on devine assis sur la plage de couverture, mais j’étais déjà saisie par leur vivacité et j’étais volontaire pour partir avec eux. Je me doutais bien que nous irions à Groix, l’île adorée de l’auteure, qui en est devenue la meilleure ambassadrice au monde. Mais c’était surtout le voyage de la vie que je m’apprêtais à entreprendre avec ses personnages.
Rose veut explorer le monde. Oscar souhaite devenir journaliste, Max psychiatre. Ils sont jeunes mais ils ont déjà des objectifs.
Pia, vingt ans, a grandi avec sa mère, Rose, à qui la vie n'a pas fait de cadeau, et son parrain, Max, qu'elle adore. Il est leur pilier et Groix leur port d'attache. Au cours d'un séjour sur l'île, Pia et Max, éternels complices, découvrent à l’occasion d’une fête des voisins qu'ils pourraient devenir fille et père. Cette révélation bouleverse toutes leurs certitudes. Parrain et filleule envisagent de se lancer alors dans une procédure d'adoption sans en parler à Rose, qui de son côté prépare une surprise que Pia n'appréciera guère. Le trio frise l'implosion sous le poids des non-dits lorsque Oscar, le père biologique de Pia, débarque dans l'équation.
Lorraine Fouchet a une autre qualité, celle de ciseler la formulation des expressions des sentiments. Ainsi le corps d’Oscar est secoué de larmes sèches avant de se vider des chagrins retenus (p. 21). Des hommes se posent chez Rose en oiseaux migrateurs (p. 49)

Je ne dirais pas que Lorraine Fouchet est moraliste mais je reçois volontiers ses conseils dont voici un exemple : oublier pour survivre (p. 23).

Elle n’a jamais quitté le stéthoscope et j’adore bénéficier de ses leçons. En matière de santé comme d’art de vivre. Il est utile d’avoir en tête de « se méfier d’une grossesse extra-utérine devant tout malaise d’une jeune fille ou femme non ménopausée. Et d’une rupture de rate devant tout malaise ou douleur abdominale de quelqu’un qui a eu un choc récent (p. 92). Qui sait si ce type de mise en garde ne sauvera pas une vie ? En ce sens je trouve que l’écriture de Lorraine Fouchet a quelque chose de militant. J’ignorais la tradition italienne du tradition du caffe suspeso. On commande un café en en payant un second qui sera plus tard offert à quelqu’un qui aura soif mais pas d’argent (p. 144).

Bien que Rose soit dotée d’une logique d’extraterrestre (p. 126) on distingue nettement la personnalité de Lorraine derrière elle, maternante sans excès. J’ai adoré la vengeance (double vengeance) des bandes plâtrées dont elle explique (p. 191) comment s’en dépêtrer sans appeler un spécialiste.

Dans ce roman, déjà le 27 ème, Lorraine Fouchet sonde les liens familiaux avec sensibilité et précision. La famille que l’on possède, celle qu’on se donne, celle qu’on gagne. Et en matière de droit c’est un roman sur la patience et la détermination. Elle a dû passer des heures à potasser le droit de la famille, qui est une branche du droit privé régissant les relations d'un ensemble d'individus unis par un lien de parenté ou d'alliance.

Elle nous amène à réfléchir sur cette forme de paternité particulière qui place l’adoption au-dessus au parrainage. Chacun des personnages va entreprendre une introspection afin d’en mesurer les enjeux et les changements que la relation risque de subir. Au final on a le sentiment d’assister, par l’enchaînement des témoignages, à la concrétisation d’un nouveau concept, celui de l’adoption réciproque.

Je ne pensais pas que l’obligation alimentaire régentée par l’article 205 du Code Civil était si "large" (p. 141). J’ignorais que la loi française autorisait d’avoir plusieurs pères (p. 55), et plusieurs mères d'ailleurs. Il est inutile de mentionner en note de bas de page l’article de loi correspondant. On peut accorder une confiance aveugle à tout ce qui est énoncé. Lorraine est incollable sur la reconnaissance et sur l’adoption, poussant le détail à nous expliquer la nuance entre gracieux et contentieux (p. 193). À la définition du parquet p. 212 j'aurais ajouté que c’est aussi le nom d’une latte de bois. Vous comprendrez pourquoi dès les premiers chapitres du roman.

Pneu est le mot fétiche d’Amélie Nothomb. Meunier est celui de Lorraine (qui a le goût du champagne en commun avec sa consoeur). On trouve depuis longtemps la playlist des oeuvres musicales citées à la fin de ses romans. Très franchement, elle pourrait aussi ajouter celle de ses recommandations gustatives (Mavrommatis que j’adore tout comme elle, Michocomigato qu’elle me donne envie de tester, Homer Lobster dont j’ai plusieurs fois hésité à franchir la porte …).

Lorraine reconnaît volontiers ne pas être une cuisinière aguerrie mais elle avoue aussi sa gourmandise. Il y a toujours quelque chose à déguster dans ses romans. On retrouve le tchumpot (p. 49) dont elle nous avait donné la recette de Lucette dans Entre ciel et Lou (p. 419). Aujourd'hui ce sera la salade d’Hélène Vanoni, la femme de Damien, le souffleur de verre (p. 245) qui sera partagée en bonus et dont je me suis inspirée pour composer cette assiette.

On prétend que Lorraine Fouchet publie dans la veine du Feel-good, ce qui est réducteur. Ce n’est pas parce que ça finira bien (on le suppose) que ce n’est pas intense et sérieux. Son ancien métier de médecin urgentiste lui a enseigné que la vie n’est pas juste (p. 129) et elle nous transmet cette philosophie, sans doute pour nous inciter à en apprécier le sel. Nous sommes bien d’accord : L’amour ne se découpe pas comme un gâteau, il se multiplie, il est inépuisable (p. 210).

Je me doutais bien que l’Oncle Maurice avait réellement existé et je le supposais membre de la famille de l’autrice. La postface me le confirma. Pour finir j'ajouterai que je ne savais rien des évènements personnels qui ont amené Lorraine à écrire sur le sujet de l'adoption et que, comble des hasards de la vie (que j'adore) j'ai commencé, et terminé, ce roman le jour de la fête des mères.

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson, en librairie depuis le 5 mars 2026

samedi 30 mai 2026

Le 6ème Festival du Chapeau s’est déroulé à Cheverny les 23-24 mai 2026

La première édition du Festival du Chapeau eut lieu au château de Cheverny en 2018. Avec la participation de modistes de grandes renommée et déjà la présence de Miss France.

Après trois belles éditions l’évènement fut suspendu, notamment en raison de la période de confinement qui bouleversa tous les projets.

Il reprit en mai 2024 sur le thème des Jeux, en 2025 autour des fleurs et cette année le défilé mit le Cinéma à l’honneur. Les créations furent de haut niveau et le défilé qui a été lancé à l’Orangerie à 14 h 30 a failli faire tourner les têtes des jurés, rassemblés autour de la comtesse Constance de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny, et d’un autre habitué, Cédric Bioche, costumier au Paradis Latin et au Lido, avec bien entendu Hinaupoko Devèze, Miss France 2026 et enfin Philomena d’Orléans, son Altesse Royale Madame la Comtesse de Paris, épouse de Jean d’Orléans, Comte de Paris et chef de la maison d’Orléans, accompagnée de quatre de ses (charmants) enfants dont le plus jeune, Alphonse, a 3 ans.
Prenant son rôle très au sérieux la Comtesse avait rendu visite le matin même aux modistes à qui elle accorda beaucoup d’attention. Elle choisit de porter l’après-midi le modèle Coquelicot, créé spécialement par Olga Lumière pour l’édition 2025 et qui fut primé. Le jury avait été sensible à l’émotion que symbolise cette fleur, symbole de passion et de renaissance au centre d’ondulations qui représentent des ondes lumineuses.
Constance de Vibraye fit bien entendu elle aussi honneur à la chapellerie.

Tout commence bien en amont avec la sélection des participantes (que des femmes pour le moment), le montage des partenariats, et une organisation au cordeau devant prévoir les mannequins (et je leur accorde une mention spéciale pour leurs sourires), une exposition-vente, une installation dans le château qui bien entendu reste ouvert aux visiteurs, et l’accueil des passionnés qui viennent spécialement pour assister au défilé traditionnel dans l’Orangerie. C’est Karine Tourmente-Leroux qui est la cheville ouvrière et sans qui rien ne se ferait aussi minutieusement mais tout se met en place avec les équipes du château qui sont mobilisées elles aussi.
Et je dois applaudir aussi Charles-Antoine de Vibraye qui fut un maître de cérémonie bienveillant, précise et toujours souriant.

Chaque année est particulière et enrichie d’autres évènements. En ce mois de mai c’était la présentation d’un spectacle équestre et l’inauguration d’un parcours olfactif à l’intérieur du château, tous deux à l’initiative de Maximilien de Vibraye et qui ont fait l’objet de publications spécifiques.

Les stands des modistes sélectionnées :
Samedi après-midi et dimanche matin les modistes présentaient leur travail dans les Écuries du château, libérées des chevaux qui profitent en ce moment d’une grande liberté de mouvement et de l’herbe des prés. Les créatrices s’étaient donc installées chacune dans un box, dans une relative intimité, ce qui facilitait les essayages et favorisait les conversations. Le travail de précision était mis en valeur mais pas question de dévoiler à ce stade le moindre bibi qui défilera plus tard. Le secret est de mise mais on sait déjà que quel que soit la taille du modèle il aura pour vocation de "grandir la femme (ou l’homme) en lui offrant de l’allure".

La sélection, d’un niveau devenu international, effectuée par des professionnels, rassemblait neuf modistes, et dont neuf sensibilités différentes, qui ont exposé leur travail le samedi 25 à partir de 14h et le dimanche matin jusqu’à midi :


Aliona Slobodeniuc, une créatrice d’origine moldave installée à Saint-Nauphary dans le Tarn-et-Garonne, après avoir passé trois ans à Caussade, la capitale française du chapeau. Chacune de ses créations est une manière de voir et d’interpréter le monde. Elle présenta L’Ame de velours, Brisé fragmentée, Éclat du jardin, Douceur du château (dans lequel j’ai vu un hommage à Napoléon, que j'ai photographié en backstage). Elle a obtenu l’an dernier un prix Coup de coeur aux Rencontres Internationales des Arts du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon en 2025 avec cette coiffe en feutre de poil taupé noir, à petit bord rabattu à l’avant, prolongée de 2 pointes relevées sur le côté. Elle est bordée d’un ruban de gros-grain noir, terminé en petite bride d’attache.
Un œil peint à l’acrylique est appliqué sur un côté : iris bleu, pupille en perles noires, cils faits main en cuir d’agneau imitant les pétales d’un tournesol. Les touches de jaune dans l’iris font référence à la possible perception altérée de cette couleur par Vincent Van Gogh. C’est à la période de création des Tournesols que l’artiste s’est tranché l’oreille gauche, incident rappelé par l’emplacement de l’œil. La modiste a ajouté une broche "tournesol" aimantée, en cuir d’agneau peint, pouvant aussi être portée en boucle d’oreille.

vendredi 29 mai 2026

Le Château du Rivau #2 le château et l'exposition Métamophoses

Je vous ai emmené en promenade dans les jardins du Château du Rivau, construit en 1442 par Pierre de Beauvau, alors grand Chambellan de Charles VII, classé désormais Monument Historique.

Revenons dans la cour des anciens communs et dirigeons-nous vers la fontaine, une des plus vieilles du Val de Loire.

Nous passons ensuite sur un vrai pont-levis pour pénétrer dans l'enceinte médiévale du château qui évoque déjà la Renaissance par ses fenêtres "empilées" les unes au-dessus des autres.

Mon intention était de me focaliser sur les oeuvres exposées dans le cadre de Métamorphoses mais fut-ce par goût personnel ou parce que Patricia Laigneau, propriétaire et curatrice de l'exposition, s'y attarda particulièrement (ce qui se comprend) je m'aperçois que je dispose surtout de photographies de celles qui composent la "Collection Château du Rivau". Cet article restera donc longtemps encore d'actualité. Et pour mieux apprécier les oeuvres je recommande de cliquer sur la première photo puis de les faire défiler une à une.

Mettre l’Histoire de l’art au présent est le credo de Patricia Laigneau, commissaire de l’exposition, qui invite les visiteurs à une traversée de l’histoire de l’art du passé grâce au regard créatif et espiègle des artistes de notre temps ! À partir de détournements et recyclages d’œuvres clés de l’histoire de l’art de la Renaissance, les secrets des grands peintres du XVI° et des merveilles des cabinets de curiosités se découvrent sous un angle inédit, entre humour et émerveillement.
Une grande sculpture d’une grenouille Xenopus laevis (une espèce largement utilisée dans la recherche scientifique) créée par Bryan Crocket en 2024 est accrochée sur le mur.
Xenomorph (Loire) fait partie d’une série de sculptures de grenouilles réalisées à partir de déchets provenant de grands fleuves urbains, tels que la Seine à Paris, l’East River à New York et maintenant la Loire. L’artiste américain est fasciné par le fait que ces batraciens n’ont aucune barrière entre leur corps et leur environnement. Ils respirent par la peau, ce qui les rend très sensibles à la pollution et aux changements environnementaux. En créant ces sculptures de grenouilles surdimensionnées, Crockett souhaite transmettre l’idée que, comme la grenouille, nous sommes également affectés par la contamination des eaux environnantes.

Nous commençons par la chapelle qui a longtemps servi d'espace de stockage pour le grain, si bien que n'ayant pas été habitée elle a conservé au sol un pavage de silex qui est désormais rare dans la région. On y célèbre aujourd'hui la tradition des portraits
Les représentations des anciens seigneurs du Rivau du XV° peints par Hyacinthe Rigaud (le portraitiste du Roi) dialoguent avec les portraits de notre époque à travers différents médiums comme la photographie (superbe photo de la famille actuelle prise en 2007 par Valérie Belin dont je signale l'entrée à l'académie des beaux-arts).
Il y a aussi la tapisserie, avec le détournement du célèbre portrait du roi François Ier par Clouet (le seigneur du Rivau était son grand écuyer à la Renaissance) enrubanné par l’artiste allemand Volker Hermes dans un esprit iconoclaste avec une œuvre textile intitulée François, appartenant à la série Portraits Cachés, 2025

L’artiste autrichien Arnulf Rainer a recouvert de peinture le portrait de Rembrandt. Enfin Jean-Baptiste Caron invite à effleurer de son souffle un miroir, pour y faire apparaître une phrase-rêve avant de la voir disparaître aussitôt.
Luke James Guardian propose un portrait en terre cuite inspiré du masque africain. Dans le cabinet de curiosités on remarquera sur la table notamment la vanité de Céline Cléron sur une palette à la forme d’un crâne.
Il ne faut pas manquer la superbe collection d’albarelli, des pots à pharmacie cylindriques en majolique. Face à notre surprise, Patricia Laigneau nous expliqua que les trophées présentés dans la salle sont d'origine espagnole et que dans ce pays on a pour habitude de les cirer. Enfin on s'amusera de voir (enfin!) un paon …
La salle du Grand Logis reflète la passion pour l’art cygénétique. De très nombreuses pièces de la collection du Rivau y questionnent l’art du trophée qui signifiait autrefois gloire et puissance alors que nous prônons aujourd’hui le respect de la vie animale.
On retrouve Marie Cécile Thijs (Black unicorn, 2013) qui expose deux tableaux dans l’exposition Licornes! au musée de Cluny, et à laquelle répond la licorne émaillée de céramique de Margaux Laurens Neel alors que la nature morte en céramique de François Chaillou reconstitue une scène de "massacre".
À côté de la licorne, est posée une sorte de vitrine dans laquelle sont disposés des daguets peints en blancs. On dirait une forêt miniature. La Châsse chasse sucrée de Karine Bonneval est un reliquaire, sa forêt d'un blancheur étincelante est en fait un ossuaires d'andouillers de chevreuils en sucre moulé

jeudi 28 mai 2026

Une soirée à Cheverny sous le signe du parfum

Quand le château inaugure un parcours olfactif, la création d’un bijou, célèbre les chevaux et annonce le 6ème festival du chapeau …

Quelle que soit la date de votre venue à Cheverny vous avez l’assurance de ne pas connaitre l’ennui. L’automne y est très agréable. Noël y est célébré avec faste. Pâques tout autant. Les jardins sont magnifiques en toutes saisons, avec un point d’orgue au printemps lorsque les tulipes colorent un ou plusieurs rubans traversant le parc. Le parc boisé est composé d’arbres remarquables dont un séquoia géant de 1870.  Bientôt les allées embaumeront la fragrance des tilleuls. Les 370 arbres fruitiers du Jardin Sucré, le 6ème du domaine, vont sans doute offrir de belles récoltes en cette sixième année de croissance.

J’aime particulièrement le Jardin des Apprentis, ainsi nommé en hommage aux dix jeunes qui ont participé il y a vingt ans déjà à sa création (avec parmi eux Sami, devenu depuis Chef jardinier) dans le cadre d’un chantier de réinsertion. Conduisant du château à l’Orangerie il est rafraîchi par une fontaine d’où s’échappent les coquelicots géants conçus par Alexis Boyer.
De l’autre côté, entre la Salle des Trophées et le chenil, s’étend le Jardin potager et bouquetier, indispensable pour nourrir la table du château et décorer les salles.
La rose Cheverny s'y épanouit en ce moment. Elle a été créée par les Jardineries Georges Delbard en 2017 et a remporté de nombreux prix.
Il ne faut pas manquer le Jardin de l’amour qui accueille six grandes oeuvres du sculpteur suédois Gudmar Olovson (1936-2017) pour célébrer la vie, la famille et bien sûr l’amour. C’était un ami proche des propriétaires et on peut voir son buste exposé dans la salle à manger du château. Enfin les enfants pourront jouer à s’égarer dans le layrinthe de lauriers du Caucase.

On peut aussi profiter de l’été pour une promenade en barque, visiter l’exposition sur les Secrets de Moulinsart puisque, faut-il le rappeler, le château a servi de modèle à Hergé pour dessiner celui de Tintin. Quant aux amateurs de Lego ils seront heureux d’admirer plusieurs productions grandeur nature dans le Chateau ou en salle des Trophées.

C’est déjà beaucoup (je l'ai abondamment détaillé dans de précédents articles) mais il y a aussi un spectacle équestre (auquel j'ai consacré une publication spécifique) et un parcours olfactif dans les salles du château, ceci à l’initiative de Maximilien de Vibraye.

La soirée avait commencé samedi 23 mai par un accueil charmant autour d’une citronnade et d’une gougère aux fines herbes avant qu’on ne s’installe dans le nouveau manège pour suivre une version spéciale de la "Rencontre entre l’homme et le cheval", protégés du soleil par les parapluies grand format du mariage d’Isaure et d'Henri, et rafraîchis par un petit vent coquin qui décoiffa plusieurs fois les cavalières.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le château où une haie d'honneur de trompes résonnaient dans la lumière déclinante du soir.
Le parcours olfactif est une réalisation ambitieuse, composée de neuf parfums uniques, présentée sous cloche, par la société Istòria, mêlant références historiques et créations conceptuelles pour raconter Cheverny par l’odeur, en respectant son histoire tout en lui donnant une expression contemporaine. Ce sont Inès Brulin et Olivier de Perthuis, designers olfactifs, qui ont élaborés ces parfums originaux à Grasse avec des matières premières de haute qualité.
Maximilien de Vibraye, futur repreneur du château de Cheverny, retraça la génèse de cette nouvelle aventure qui est née de son souhait d’intégrer une nouvelle facette à la visite du château. Passionné par le parfum et son pouvoir évocateur, il a porté la direction et la cohérence de ce parcours olfactif, après une première édition test à Noël et obtenu le feu vert de ses parents qu'il a vivement remerciés pour leur confiance.
Avant de nous engager à entreprendre ce voyage olfactif, un bijou exceptionnel réalisé en vermeil a été dévoilé par Charles Souchon, dit Ours, venu en voisin. C’est une pomme de senteur imaginée par la joaillière parisienne Marie Deambrosis en s’inspirant directement des poignées de porte de la salle d’armes, dont elle a repris la silhouette pour en faire un véritable astre miniature : le volume rayonnant évoque le cœur du soleil et les perforations diffusent le parfum tel une lumière invisible.

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