L'aventure a été présentée, après plus d’un an de préparation, au public pour la première fois les 19 et 20 avril 2025, lors du Festival des Arts de la Rue de Huy (Wallonie, Belgique) qui est entièrement gratuit. Le système est désormais bien rodé.
La bande (de joyeux drilles) jouera cet été la formule "Centre culturel", c’est à dire trois fois une heure pour 30 spectateurs chaque fois (sur réservation). Au-dessus de la cabine, une série de chiffres indique si le public aura droit à 3, 4, 5, 7 ou plus d'épisodes.
Si vous vouliez en vivre tous les épisodes (un par siège), et qu’il n’y ait que 3 sièges vous auriez 6 combinaisons différentes. Avec 5 histoires on passe à 120. Avec 10 le compteur monte à 3 628 800. Avec 30! (Factorielle 30) on dépasse le milliard de milliard. Autant dire que la probabilité que 2 spectateurs suivent le même parcours est proche de zéro. Et pourtant nous allons partager une expérience à propos de laquelle nous pourrons échanger notre ressenti en nous comprenant.
Nous sommes accueillis, un par un, très chaleureusement par Vincent Zabus, Nicolas Turon et Valentin Demarcin (le jour de ma venue).
Nicolas, en pull marin, multiplie les blagues, interpelant le public qu'il fait patienter sur le long tapis rouge. Impossible de s'y ennuyer ! Valentin mémorise le prénom de chacun, ce qui lui permettra de faciliter nos déplacements entre les scénettes. Il nous enseigne le fonctionnement du casque bien que le sien ne soit pas relié. C’est simple prenez le casque en dessous de votre assise. Vous avez ici (il mime l'endroit sur son casque -non relié je le répète-) une molette pour en régler le son. Mon voisin ne la trouve pas. Elle est à mi-chemin du cordon, c'est l'amie-molette (ou mimolette). Les belges sont champions en surenchère de jeux de mots.
Le gradin de trois rangées de dix places est installé face à un coin de rue. Toutes les sept minutes, un personnage (Simon Wauters le jour de ma venue) traversera l‘espace public qui compose le décor grandeur nature, devant les spectateurs. Si l’individu effectuera une unique et identique suite de gestes ordinaires, toujours les mêmes, chaque spectateur, muni d’un casque, entendra une histoire différente. Chaque "histoire sonore" éclairera le personnage d’une lumière différente.
A chaque place correspond donc un récit unique, un univers sensible, profond ou léger. Vais-je choisir Solo, le Petit Chaperon Rouge, Mourir demain, La Forêt de l'Esprit ? Valentin conseille une jeune femme : Commence pas sur Instrumental. Elle est super mais … Il me suggère Relaxatif. Je triche un peu en me dirigeant vers le disque rouge correspondant au Maladroit Sentimental, parce que je me souviens très bien de la BD correspondante, découverte dans Spirou (ainsi que deux autres, mais dont j'ai oublié le titre). Je vais pouvoir vérifier la puissance du concept.
Chacun entend la même introduction musicale, The Girl from Ipanema, et ce qui est drôle c’est que cette chanson a été inspirée par Heloísa Eneida Menezes Paes Pinto, âgée de 17 ans à l'époque, qui avait pour habitude de passer à côté du bar de plage Veloso pour profiter de la mer et du sable chaud. Elle vivait à Ipanema (Rio de Janeiro), mais j’ignore si, comme le personnage principal du spectacle, elle arrivait de la droite.
Le voilà déjà qui surgit … mais ce n'est qu'une illusion, on le comprend vite. C'est que la rue est plutôt passante et elle n'est pas fermée aux parisiens qui vaquent à leurs occupations, à pied, en poussette, à vélo, seul ou en famille. Certains nous ignorent, ou font semblant de ne pas nous voir. D'autres ont le sentiment de gaffer et se pressent soudain. Mais, concentrons-nous, ça commence vraiment.
Je connais l'histoire. Je sais qu'elle est humoristique mais pas franchement drôle. Je remarque un spectateur au second rang faire des gestes bizarres. Mais, dans mon casque, l'histoire est tellement raccord avec ce que je vois que j’oublie que nous n’entendons pas tous la même chose.
Le voilà qui s'en va. C'est déjà fini. Les spectateurs sont invités à changer de place pour écouter une nouvelle histoire. Je voudrais essayer autre chose de différent. T’aimes bien les trucs gore ? Prends Le dépeceur de Mons, c'est très drôle. Saisie d'un doute j'échoue sur L'instrumental pendant que la rondelle rouge est libre.
Des rires éclatent à côté de moi. Je suis un peu jalouse. Un vélo passe. Deux. Il pleuviote. Je ne me souvenais pas du quidam assis sur le banc. Ai-je été distraite la première fois ?