samedi 29 décembre 2018

Double fond d'Elsa Osorio


J'ai découvert Double fond parce qu'il figurait dans la sélection d'un prix ... qui au final me semble rassembler plusieurs ouvrages du même type : des romans d'aventure qui combinent la réalité historique avec la fiction.

Je n'aurais pas dû l'ouvrir après Le roi chocolat (qui lui-même succédait à un autre livre dont l'action était déjà ancrée dans le même continent), et alors que j'étais moi-même dans cette région du monde. Je n'ai pas vraiment eu le sentiment de "voyager" mais d'autres lecteurs ne seront pas dans le même état d'esprit.

Elsa Osorio raconte, dans ce quasi-documentaire à fort suspense, une des périodes les plus sombres de l’histoire argentine. Certains passages sont d'une violence insoutenable et pourtant nécessaire pour que le lecteur n'oublie pas que ça a bel et bien existé.

Passé et présent sont imbriqués habilement. On est surpris de réaliser combien la dictature était bien présente aussi en France. Ça fait froid dans le dos.

Le roman est truffé d'extraits du journal intime de Juana (qui hélas ne sont pas nettement différenciés dans la version numérique que j'ai lue mais qui doivent être plus identifiables dans la version papier).

Le procédé narratif est original car le lecteur connait la vérité avec une longueur d'avance sur le trio d'enquêteurs (Muriel une journaliste, Marcel un traducteur et ami de la jeune femme et Geneviève, la voisine de la défunte) qui s'associent pour les besoins de la cause. Chacun est animé de ses propres motivations mais qui vont toutes dans le même sens : faire la lumière sur l'étonnant soit-disant suicide de Marie Le Boullec, médecin apparemment sans histoire, retrouvée noyée près de Saint-Nazaire en 2004.

Est-elle une victime supplémentaire d'un de ces vols de la mort qui consistaient à balancer des prisonniers vivants, conscients mais anesthésiés, du haut d’avions pendant des vols de nuit tous feux éteints au-dessus de la mer. Leur délit était d'être membres des FAR, des Monteneros, ou seulement simples militants politiques, syndicalistes, artistes, ou autres soi-disant subversifs. Ils furent des milliers à ainsi disparaitre.

On tremble à chaque nouvel épisode parce qu'on ne connait pas le contexte de la mort de cette femme, qui a plusieurs identités, et on se demande quel rôle joue son fils (lequel communique par email avec sa mère puis avec la journaliste qui se fait passer pour elle) et s'il se trouve lui-même encore en danger.

Personne ne croit à la thèse du suicide mais le mystère est entier. La maison de Geneviève devient le QG de l'enquête parce que c'est sur son ordinateur que Marie consultait ses mails pour correspondre avec un jeune homme sous un troisième nom, Soledad Durand.

Qui dit vrai ? Quelle est la véritable identité de la naufragée ? Comment en est-elle venue à troquer sa liberté contre la vie de son enfant et accepté de collaborer avec la dictature, en particulier au Centre pilote de Paris. A-t-elle trahi ou est-elle restée fidèle à ses convictions ? Comment réagira son fils quand il connaitra la vérité ... si celle-ci parvient à être reconstituée par le trio, à moins que chacun ne parte dans une direction différente.

Elsa Osorio est née à Buenos Aires en 1952 où elle réside actuellement, après avoir vécu à Paris et à Madrid. Elle est romancière, biographe, nouvelliste et scénariste pour le cinéma et la télévision. Sa connaissance de la situation politique de son pays rend son roman encore plus poignant.

Double fond d'Elsa Osorio, traduit par François Gaudry, Editions Metaillé, en librairie depuis le 18 janvier 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92)

jeudi 27 décembre 2018

Le roi chocolat de Thierry Montoriol

J'aurais logiquement dû aimer ce livre que j'ai lu alors que j'étais moi-même au Mexique. Thierry Montoriol l'a écrit pour lever le voile sur la vie tumultueuse de son arrière grand-père, qu’il désigne sous le nom du Roi chocolat, et qu'il a retracée à partir des carnets de reportage de l'inventeur de la célèbre boisson, le Banania.

Inventeur ... pas tout à fait car la recette est aztèque. Mais Pierre Victor Lardet a  le mérite de l'avoir diffusée et commercialisée en Europe. L'ouvrage est présenté comme une histoire vraie d’une aventure à peine croyable qui nous emmène à travers trois continents, deux civilisations et le Paris des Années folles.

C'est cela qui m'a dérangée, cet "à peine croyable" auquel souvent je n'ai pas pu souscrire, m'interrogeant sur les ajouts (éventuels) romanesques.

Je n'ai pas tout à fait retrouvé ce que je ressentais dans les paysages mexicains même si je conviens que les légendes sont fidèlement retracées et que la présence du surnaturel est tout à fait encore perceptible quand on voyage au Mexique aujourd'hui.

Je comprends que cet homme soit horrifié par les sauterelles grillées ou les iguanes farcis qu'on lui offre pour l’honorer, mais j'ai cru percevoir parfois un fond d'ironie qui me semblait peu respectueux des populations indigènes, auxquelles il doit tout de même sa fortune. Il n'aurait pas tout seul inventé la recette du breuvage miraculeux hérité du dieu Quetzacoatl bien qu'elle soit relativement simple : du sucre (mais de canne), de la banane et ... surtout ... du cacao.

Enfin je n'aurais pas du le lire après Là où les chiens aboient par la queue parce qu'on restait dans la même région du monde...

Il n'empêche que ce roman réjouira les amateurs de romans d'aventure, comme on en écrit rarement depuis le XIX° siècle, et de saga tout en leur apportant des informations sur la genèse du banania, né au coeur de la forêt amazonienne.

Cette boisson, ancêtre des préparations énergisantes, dopera (façon de parler) les troupes françaises  de la première Guerre mondiale, une fois que notre héros aura traversé les révolutions mexicaines ... et des milliers de kilomètres avec tous les moyens de transport imaginables.

Thierry Montoriol ose raconter ces aventures à la manière de Jules Verne. Il y a sans doute là matière à un grand film d'aventure. 

Le roi chocolat de Thierry Montoriol, chez Gaia, Littérature générale, en librairie depuis Août 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92)

dimanche 23 décembre 2018

Là où les chiens aboient par la queue d'Estelle-Sarah Bulle

Estelle-Sarah Bulle fait revivre la famille Ezechiel dans un livre au titre curieux, Là où les chiens aboient par la queuequi combine le plaisir littéraire et la recherche documentaire en nous faisant une chronique douce-amère de la Guadeloupe au XX°siècle, passant en revue les étapes que tant d'habitants ont suivies : l’enfance au fin fond d'une campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’inéluctable exil vers la métropole, une vie de labeur et les espoirs déçus d'une génération d’Antillais pris entre deux mondes.

Ce premier roman dégage une force romanesque remarquable. Il a été couronné de nombreuses récompenses. En choisissant de faire alterner les voix d’Antoine, de sa soeur Lucinde et de Petit Frère, ainsi que sa jeune nièce, de 1947 à 2006, l'auteure parvient à donner au lecteur des points de vue différents sur l'histoire familiale qui subit l'évolution chaotique de ce département d'Outre-mer.

Encore aujourd’hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant (p.6) : Cé la chyen ka japé pa ké, ce qui se traduit par C’est là où les chiens aboient par la queue, voilà pour l'explication du titre. D'autres expressions sont amusantes, par exemple l'insulte banania dont Antoine qualifie sa sœur Lucinde parce qu’elle se plaint que son désordre lui donnait mal à la tête (p.128).

Antoine est le personnage central. Encore une curiosité, elle porte un prénom habituellement masculin. Elle sera celle qui relie le passé au présent, la Guadeloupe à Paris, comme une racine souterraine et pleine de vie (p.12). On la suivra depuis son île jusqu’au XVIII° arrondissement où elle transposa sa boutique et son capharnaüm.

Antoine est une femme libre dont l’auteure adopte la philosophie de sa tante : je comprenais que je devais être aussi libre qu’elle ; me souvenir sans me retourner sans cesse. (...) J’apprenais à aimer mon histoire et la matière dont elle était faite ; une succession de violences, de destins liés de force entre eux, de soumissions et de révoltes ( p.144).

Elle n'a pas eu d'enfant mais adore sa nièce, qui le lui rend bien. Sa vie est marquée par une forte passion avec Armand, un ancien forçat qu'elle a rencontré à Caracas et avec qui elle fera commerce. Elle relate cette relation amoureuse discontinue avec beaucoup de pudeur.

J'ignore si toutes les expressions sont authentiques mais l'auteure a l'art de nous rendre le créole accessible, et savoureux. Elle a un grand talent de conteuse, sachant mêler l'histoire avec les songes en restaurant les croyances ancestrales. Quand Antoine a la vision d’un "Blanc poudré", elle l’interprète comme un avertissement que lui envoie la Vierge. Elle me prévenait d’un danger qui allait s’abattre sur moi, et je l’en ai remerciée. Il fallait que je prenne garde et j’ai décidé de me tenir bien éveillée (p.154).

La sorcellerie, c’est une bougresse de la campagne ramenée en ville, comme moi, dit-elle plus loin (p.158). Son frère dira d'elle que le passé et le présent dansent dans une même bulle dorée (p.236). 

Ce livre est passionnant en raison de ses nombreux niveaux de lecture. La saga familiale est prenante mais on apprécie aussi de suivre l'évolution socio économique de l'île. Enfin l'auteure donne des clés pour comprendre le caractère antillais, marqué selon elle par une absence de solidarité, qu'elle analyse à sa manière : la Guadeloupe, c’est comme une salle d’attente où on a fourré des Nègres qui n’avaient rien à faire ensemble. Ces Nègres ne savent pas trop où se mettre, ils attendent l’arrivée du Blanc où ils cherchent la sortie (p. 9).

Plus loin elle revient sur la question d'une forme de racisme, ou du moins d'ostracisme : On dit "Nèg kont’ Nèg", ça signifie qu’un Nègre malheureux ne supportera jamais qu’un autre Nègre aille mieux que lui. Il admettra la réussite des Blancs, mais n’avalera jamais celle de ses frères d’infortune. Et les femmes, qui sont les plus maltraitées de toute la Création dans cette petite île où prospère la mauvaiseté, sont les plus chamailleuses, comme des coqs de combat (p.159).

La jeune nièce analyse l'évolution des mentalités depuis son grand-père : En comparant mes souvenirs aux paroles d’Antoine, de Lucinde et Petit-Frère, je comprends qu’Hilaire représentait une Guadeloupe rurale  frappée de disparition. Aucun de ses enfants n’appartenait au même monde que lui. Ils étaient de l’âge de la modernité, éloignés de la canne, plongés dans l’en-ville (p.149).

Les problèmes d'écologie ne datent pas d'hier. On le constate avec horreur à propos des bananeraies : tout appartenait à des mains puissantes, qui pouvaient payer les douzaines d’hommes cassés en deux dans les sillons, et les machines à ensacher les régimes pour les protéger des rats, et les bidons d’insecticides qui douchent la terre jusqu’au tréfonds, s’infiltrent dans le moindre cours d’eau jusque dans les légumes, les poissons de mer et de rivière, jusque dans le lait des femmes tété par les nourrissons (p.189).

Ce que certains considèrent comme le développement urbain fait davantage pitié qu'envie (p.103). Le béton n’était fait pour notre île à feu, mais ça ne s’est pas vu tout de suite. C’était ce qu’on utilisait à Paris donc ça flattait les élus et ça impressionnait les ababas. Pour les bêtes qui y dormaient avec nous, on nous vendait des insecticides puissants venus d’Allemagne, à vaporiser toute force matin et soir. Les intérieurs se sont mis à sentir le pétrole exterminateur. (...) Les pauvres ont voulu imiter les riches. Au nom de la modernité, l’île a fini par être cimentée, au grand bonheur de Lafarge. (...) Dans les années 70, toutes les maisons se mirent à arborer des piliers avec des barres de fer griffant le ciel comme des promesses : c’était l’étage à venir pour les enfants. Et comme ce n’était jamais fini, on attendait pour peindre. Le béton grisaillait partout.


Un grand programme de construction a été dessiné par les autorités après la première visite du général de Gaulle, en 1960 (p.151). Ça avait commencé avec la cité Henri IV, un endroit bizarre ou de grands cubes de béton sortaient de terre, pour loger cent familles à la fois. (..) plus de cuisine à l’air libre. Plus de terre sous les pieds ... plus de bidonvilles aussi.

Il est évidemment question d'émigration, depuis les Antilles vers la métropole. Mais la situation dans la capitale parisienne est loin d’être un eldorado. Dans les usines de là-bas, ce n’était guère mieux qu’à Darboussier. Les hommes partageaient le sort des Algériens et des Africains sur les chaînes de montage automobile ; ils étaient maltraités et humiliés. Pour éviter les échecs des premiers exilés, la plupart des nouveaux sont entrés dans l’administration ; les hôpitaux, les PTT, la RATP etc où on les aidait à obtenir un logement (p.177).

Le livre est politique à de nombreux égards. l'auteure met les points sur les "i" à de nombreuses reprises. Par exemple à propos de l'Algérie, où, pour des raisons éminemment politiques, la France décida de faire des opérations de "maintien de l’ordre", envoyant les appelés plutôt que les soldats de métier, histoire de minorer les statistiques de pertes humaines dans l’armée. Des familles guadeloupéennes avaient découvert le conflit algérien sous la forme de cercueils débarqués au port de Pointe-à-Pitre avec les honneurs militaires. De jeunes Antillais avaient péri sous un autre soleil, à des milliers de kilomètres de l’île, pour une France coloniale où les indigènes étaient traités comme des esclaves (p. 187).

Le frère d'Antoine fait le choix de partir en Allemagne, où il est militaire, et y découvre que l’injustice existait hors de la Guadeloupe. Il s’en déclare soulagé et endurci (p. 207). Cependant une fois arrivé à Paris, en 1967, il se réjouira d’une vie plus facile que dans son île. Comme quoi l'expérience des uns n'est pas tout à fait comparable à celle des autres.

A moins que ce soit une question d'époque. C'est l'analyse de cet homme : Ça s’est gâté après les Trente Glorieuses. Je dirais qu’en métropole, avoir du boulot n’est plus allé de soi. Avant ça, le plein-emploi et la jeunesse soudaient les gens, ceux qui n’avaient pas grand-chose, dans une même vigueur et des rêves communs. Bien sûr que le racisme existait, mais pas suffisamment pour gâcher la fête.(...) A paris nous n’étions que des provinciaux parmi d’autres (p.209).

Antoine arrive à Orly à la fin de l’automne 68 et découvre la particularité de cette saison par la même occasion ... et la lointaine banlieue des villes nouvelles. Elle fait à son frère (p.223) l’effet d’un "poisson frais épinglé sur un mur". C’était étrange de la voir en dehors du décor où je l’avais fixée, loin des réunions bibliques de Pointe-à-Pitre et du marché Saint-Antoine. Néanmoins elle se tenait droite et j’ai vite été rassuré sur sa capacité à tordre à nouveau le réel à sa volonté.

Elle est en effet bien décidée à organiser la réouverture de sa boutique de Pointe-à-Pitre, où elle vendra de tout, jusqu'à la musculine, un élixir vendu par les Sénégalais, .... en conseillant de vérifier l’étiquette. Cette femme est fascinée par l’abondance des marchés parisiens et évoque (elle aussi, comme Carole Fives dans un autre livre du Prix) le mythe de la chèvre de monsieur Seguin (p.226).

Antoine connaitra à Paris des hauts et des bas mais prétendra n'avoir jamais voulu retourner en Guadeloupe, à l'inverse de son frère qui y a fait bâtir une petite maison, malgré les embûches et la distance, reconnaissant par là qu’il doit bien lui en rester quelque chose au fond du cœur (p.238) même s'il prétend le contraire : Nous avons fait ce que nous avons pu pour nos enfants. Nous avons quitté notre île et nos parents. Rapidement, il n’a plus été question de revenir. Cette banlieue que tu hésites à aimer ou détester à été notre place, l’endroit de l’oubli et de l’indifférence. Une indifférence libératrice. Nous étions d’accord pour venir ici. Tu peux bien dire que j’ai quitté un nulle part pour un autre nulle part, mais je m’y suis fait (p. 226).

Le lecteur se fera sa propre opinion mais il sera ébranlé par ce roman qui parlera à tous les déracinés.

Là où les chiens aboient par la queue d'Estelle-Sarah Bulle, paru chez Liana Lévi, en librairie depuis le 23 août 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92) dans une version numérique de 248 pages.

vendredi 21 décembre 2018

Mamie Luger de Benoît Philippon

Voilà un roman qui va vous secouer ... de rire d'abord et ça vous fera du bien. Benoît Philippon écrit dans un style qui n'a pas grand chose à envier à Michel Audiard ... ou à des auteurs plus contemporains comme Nadine Monfils.

Sa Mamie Luger est délurée. Elle a une (longue) vie "incroyable" que l'on va découvrir de confidence en confidence tout au long du roman qu'on peut résumer en quelques mots : 93 ans d'enmerdes.

Elle aurait pu continuer à passer à travers les mailles du filet encore longtemps si elle ne s'était pas prise d’affection pour deux cinglés, des Bonnie and Clyde du Cantal (p.27), allant jusqu’à leur donner son bas de laine, vu qu’il ne ferait pas office de passeport pour le Mexique.

Berthe a un sens très particulier de l’injustice. Son opinion n'est pas banale, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle est hypersensible et capable de démarrer au quart de tour, chaude bouillante par exemple si (p. 40) on l’accuse d’empiéter sur les prérogatives familiales alors qu’elle vient de sauver une gamine des griffes d’un boche. C'est qu'elle ne mâche pas ses mots pour enjoliver la réalité. Son langage est plus que fleuri, ce qui n'exclut pas la précision.

Et comme elle est convaincu de son "bon" droit, elle n'exprimera pas de regret sur ses actes pour lesquels elle peut même revendiquer une certaine fierté, comme celle d’avoir dérobé un Luger à un nazi, d’où son surnom.

Toujours est-il que ses derniers méfaits (la défense des cinglés, ... faut suivre!) se solde par le cafardage de policiers, ce qui la conduit face à Ventura, un flic brutal, mais honnête (p.53), qui au fil de l’interrogatoire, finit par l’aimer et avoir envie de connaître la suite de l’histoire. Une mémé qui a enquillé 7 meurtres, même avec des excuses quasi légitimes ... cela impose quasiment le respect.

Le mariage ne lui a guère réussi mais la vieille a su trouver une solution à chaque problème, grâce à  sa conception toute spéciale de la justice ... que le lecteur n'est pas loin de trouver au final plutôt logique.

La pilule est un peu plus difficile à avaler pour l’inspecteur Ventura qui vivra en sa compagnie la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière.

Berthe est prête à tout déballer, mais dans l'ordre qui lui conviendra,et il va falloir accepter ses conditions. Elles ne sont pas insolentes. Elle troquera ses confidences (car il s'agit davantage de cela que d'aveux) avec humour contre un café, un verre d'alcool (c'est qu'elle a encore une bonne descente !), une viennoiserie, un repas ... au self du commissariat. On ne peut pas dire qu'elle soit très exigeante. C'est surtout d'une oreille compatissante qu'elle a besoin pour partager ses déboires et ses bonheurs. Car il y bien longtemps qu'il y a prescription et quelle que soit l'horreur de certaines séquences on se doute qu'elle fera long feu en prison.

Elle a cent deux ans. Faites le compte : elle n'a connu que 9 ans de bonheur. C'est peu mais ce fut intense. Avec Myrtille, et avec le grand amour de sa vie. et avant sans doute aussi avec sa grand-mère Nana qui l'éleva selon des principes féministes. Quand Berthe découvre le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir elle n'y voit que pure logique. Cela fait longtemps qu'elle est déjà convaincue (p. 185).

J'avouerai pas sans t'expliquer (p.183) promet-elle à un inspecteur qui aura bien du mal à reprendre les rênes de la corrida (p.200). Parce qu'elle veut bien se livrer, mais pas être jugée.

L'auteur la fait parler dans un langage populaire ponctué de digressions et d'humour car les scènes de crime se suivent et ne se ressemblent pas :
- Des histoires, j'ai de quoi t'en raconter sur des décennies. Ça dure combien de t'temps ta garde à vue ?
- Ben d'habitude 23 heures mais avec vous je sens qu'on va devoir prolonger. (p. 84)

Ce qui est très fort dans ce roman c'est qu'il n'occulte pas la tendresse. On éprouve de la compassion pour cette femme qui ne parvenait pas à donner la vie, mais qui excellait à donner la mort (p.134) et qui estime que s'il y a un monstre c'est l'autre et sûrement pas elle. De fait si on la suit dans son raisonnement on lui accordera les circonstances atténuantes. Et je peux reconnaitre que parfois son récit m'a tiré quelques larmes. Quelques sourires aussi parce que lorsqu'elle se moque de Ventura en lui faisant remarquer qu'elle ne risque pas de s'évader en allant au Mexique (p.277), ce qui m'a fait franchement rire. Je me trouvais précisément dans ce pays là ...

Né en 1976, Benoît Philippon grandit en Côte d’Ivoire, aux Antilles, puis entre la France et le Canada. Il devient scénariste puis réalisateur pour le cinéma. Après Cabossé, publié dans la Série Noire, Mamie Luger est son deuxième roman noir, déjanté, drôle, émouvant et finalement plein de bon sens.

Mamie Luger de Benoît Philippon, édition Les arènes, en librairie depuis le 9 mai 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92)

mercredi 19 décembre 2018

La péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba, traduction d'Elisabeth Suetsugu, aux éditions Picquier

Comme j'aimerais connaitre le Japon aussi bien que Mayumi Inaba semble connaitre la France. La lecture de La péninsule aux 24 saisons m'a en tout cas appris beaucoup sur une région qui me semble maintenant familière même si, très souvent j'ignorais jusqu'au nom beaucoup de fruits et de plantes qui y poussent, comme les biwas (p.48), le clérodendron kusagi, couvert de fleurs violettes (p.105), les miscanthes et les les pédèzes (p.118), les holoturies, qu’elle préfère rouges (p.110).

Chacun est décrit à la manière d'un aquarelliste, par petites touches, avec une infinie précision et malgré tout un onirisme très marqué.

Tout est raconté avec la même attention. Chaque objet, même une valise, et a fortiori chaque endroit est décrit comme indispensable, à commencer par le pont Yukio, cependant si fragile, qui ne supporterait pas le passage de plusieurs personnes. Une colline, ou le marais d’où émerge une proue de bateau font l'objet d'extrêmes attentions. L'auteure imagine des scénarios (p.53) justifiant leur présence, puis confronte ses hypothèses avec ses voisins dont l’un d’entre eux a de la famille à Nara, une ville que j'ai récemment découverte.

La péninsule de Shima ressemble (p.16) à un oiseau au long cou en train de se lisser le plumage. Le lieu semble magique. Elle a cependant longtemps pensé que le seul endroit qui lui était nécessaire était Tokyo (p.19) où d’ailleurs elle travaillait. Il aura fallu quinze ans de réflexion avant que la femme se décide à y faire construire une maison, cédant en quelque sorte au sentiment d’y être appelée... par la végétation qui y pousse comme par les sols du Crétacé ou du Jurassique (p.18).

D'autres auraient été effrayés, mais pas elle qui croit entendre des voix lui disant : Ne crains rien, car c’est ici un endroit fait pour nous ! (p. 41). Il est vrai qu'au Moyen-Age les femmes affrontaient la solitude quand les hommes partaient des mois et des mois. Alors pourquoi s'inquiéter des présences invisibles qu'elle devine en permanence dans la forêt ? (p.37) Sa prédilection pour l'univers des Contes de Grimm ... (elle cite le Petit Chaperon Rouge, Raiponce ...) est sans doute ce qui la connecte à ces éléments surnaturels. Elle reconnaît être envoûtée (p.56). Néanmoins elle reste lucide (p.81), reconnaissant qu’il s’agit là d’une retraite provisoire... pour un court moment, et surtout pas un lieu où attendre la vieillesse.

lundi 17 décembre 2018

Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives

Dans ce livre, dédié à son fils Odilon, Carole Fives aborde la question un peu tabou des mères célibataires qui voudraient pouvoir vivre aussi leur vie de femme.

Ça n’a l’air de rien, Tenir jusqu’à l’aube, juste une nuit, ou même quelques heures ... mais si on est une maman célibataire il n’est pas question, me direz vous, de s’absenter, ne serait-ce que quelque minutes alors que l’enfant chérubin dort d’un sommeil qui semble paisible.

Ça n’a l’air de rien et c’est beaucoup. La privation de liberté (essentiellement de mouvement) des mamans qu’on dit "solo" (on pourrait en dire autant des papas solo d’ailleurs) est décryptée dans ce roman haletant qui fait passer le lecteur par de multiples états.

L’auteure ébranle nos jugements à l’emporte-pièce. Bien sûr qu’il n’est pas "raisonnable" de laisser un enfant sans surveillance, mais ... quand on s'occupe de son fils de deux ans, du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans papa (bien sûr) et sans budget pour une baby-sitter, il est logique qu'on aspire à prendre l'air.

Bien sûr qu’il faut tout concilier mais le mythe de "wonder mom" a fait long feu. Surtout quand on vit avec lui une relation fusionnelle. Il s'agit "juste" d'échapper à l'étouffement pendant que l'enfant dort (que pourrait-il faire d'autre ?). Alors la mère va s'autoriser à fuguer ... d'abord à quelques mètres de l'appartement, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d'un semblant de légèreté. Au risque de courir un danger comparable à cette petite chèvre de monsieur Seguin, dont elle raconte si souvent l'histoire à son fils, captivé par l'aventure.

Le roman respire le vrai et pose de bonnes questions. Il faut savoir qu'une famille sur cinq est monoparentale et qu'un tiers vit sous le seuil de pauvreté. Le sujet est donc loin d'être anecdotique.

Rien d'étonnant à ce que le personnage de Carole Fives surfe sur des forums spécialisés pour les mamans solo pour chercher des réponses à ses interrogations. Mais rien ne remplace les vrais contacts, quitte à se mettre en danger.

Le coup de théâtre final laisse sans voix. Un roman court, nécessaire, à lire absolument.

Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives, Collection L'arbalète/Gallimard, Gallimard, en librairie depuis le 16 août 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92)

samedi 15 décembre 2018

Ce que disent les auteurs de premier roman

Hier soir avait lieu une rencontre entre fidèles lecteurs, membres du groupe des 68 premières fois et une vingtaines d'auteurs de premier roman.

Ce sont des expériences de lecture très fortes qui sont proposées par un groupe de passionnées (je crois que le comité de sélection est exclusivement féminin) car sélectionner une quinzaine d'ouvrages à chaque session (soit trente pour l'année) parmi la presque centaine qui est parue chaque semestre est toujours difficile.

On ne peut pas dire que ce sont les "meilleurs",  ce n'est pas l'objet. Il s'agit plus, de mon point de vue, de faire découvrir des pépites vers lesquelles nous ne nous serions peut-être pas tournés spontanément.

Les chroniques de ces livres ont publiées sur le blog sous le tag "premier roman", avec quelques "intrus" puisqu'il a été décidé de poursuivre avec quelques seconds romans, lesquels ont peut-être plus de mal que les autres encore à faire leur chemin. Songez qu'il sort environ 200 nouveaux livres par jour et que le nombre moyen des ventes est de 300 (France entière). C'est dire l'ampleur des déceptions pour beaucoup d'auteurs dont plus de la moitié ne gagnent pas le SMIC.
Les présents en début de soirée  (quelques-uns sont arrivés plus tard) ont été soumis à la question par Charlotte Milandri, pour notre grand bonheur. Voici un florilège de leurs réponses :

L'Iliade et l'Odyssée d'Homère est le premier souvenir littéraire d'Hector Mathis. Cet auteur dit avoir peu de doute en écrivant, se laissant emporter par le récit. Par contre, une fois arrivé à l'étape de la publication il était effrayé à l'idée de peut-être regretter d’avoir écrit son livre, K.O.

Jérome Chantreau, Les enfants de ma mère, Les escales, déteste qu’on parle de la "langue" d’un auteur alors qu’il aimerait qu’on s’arrête sur son style. Il a vécu son premier émoi littéraire avec San-Antonio qui lui prouva avec En avant la moujik que lire et se marrer ne sont pas incompatibles.

Lisa Balavoine, Eparse, Lattès, a lu et relu Jane Eyre de Charlotte Brontë, qu’elle a découvert dans la bibliothèque de ses grand-parents où s’alignaient des romans de Simenon on ou d'Agatha Christie. Lisa aime l’idée de cette vie très dure, menée par cette fille qui apparaît si triste sur la couverture, mais qui trouve la lumière au bout de son chemin. Elle attribue son premier fou rire littéraire sans conteste à Fabrice Caro pour Le discours.

Catherine Faye, L’attrape souci, Mazarine, attribue son premier coup de foudre littéraire à Mon bel oranger, un roman de José Mauro de Vasconcelos publié en 1968, partiellement autobiographique, souvent relu, toujours bouleversant et très présent dans ses pensées.
Quant à son meilleur compagnon d'écriture... c’est son histoire.

Guillaume Para, Ta vie ou la mienne, Anne Carrière a pour auteur de référence Ernest Hemingway. Il a tout lu de celui qu’il appelle tonton et qui correspond à l’image archétypale de l’écrivain, aventurier, mais d’une grande profondeur. Le soleil se lève aussi est le souvenir d’une énorme claque littéraire.
Le premier lecteur de son manuscrit est une lectrice, sa femme. Par contre il se méfie de ses proches et ne fait plus lire un manuscrit à ses parents qui interprètent beaucoup trop. C’est à cause de leurs critiques que son premier texte n’a pas été publié.

Gabrielle Tuloup, La nuit introuvable, Philippe Rey, est enseignante. Elle aime le mot "partir" parce qu'elle aimerait tant que ses élèves reviennent ... après être allé quelque part. Elle se souviendra toujours de la première critique publiée sur son livre, écrite par Nicole.

Laurent Seyer, Les poteaux étaient carrés, Finitude,vit à Londres. Il aime prendre pour modèles des gens qu’il rencontre mais dont il change plusieurs paramètres. Il n’a rien vécu de comparable aux héros de son livre qu'il a porté pendant des années. Il est d'autant plus surpris qu’on lui parle des personnages comme s’ils étaient vrais. Son héros de fiction préféré est naturellement le prochain qu’il aura inventé.
Son meilleur compagnon d’écriture c’est Apple avec un MacBook air, des écouteurs pour se couper du monde et un IPhone.

Camille Brunel, La guérilla des animaux, Alma, a déjà entendu ce qu’il rêvait qu’on lui dise à propos de son roman. Y compris quand des lecteurs lui reprochaient qu’il les avait fait sortir de leur zone de confort et qu’il les avait secoués. Pour le prochain dans lequel il fera vivre des animaux,  il adorerait qu’on le commente par exemple en lui disant c’est exactement ainsi que fonctionnent les éléphants.
C'est sans surprise qu'on entend qu'il aurait aimé avoir écrit Anima, de Wajdi Mouawad.

Vincent Villeminot, Fais de moi la colère, Les escales, écrit beaucoup, tout le temps. Il dit laisser les phrases s’user, se polir, jusqu’à ce qu’elles sonnent justes, même si cela doit prendre des mois. Il aime bien être déçu. Il a observé qu’il y a, chez chaque auteur, un livre "raté" parce que pour une fois l'écrivain aura été, dit-il, fainéant. Le meilleur exemple est Le ravissement de Britney Spears, écrit par Jean Rolin en 2011. Il ajoute que pour être belle une écriture doit être rigoureuse et tenue.

Nathalie Yot, Le Nord du Monde, La Contre Allée, a versé ses premières larmes littéraires avec Marguerite Duras mais elle confie qu’elle rit davantage qu’elle ne pleure. Venant de la poésie son tic d’écriture est sans doute celui de la répétition.

Catherine Bardon, Les déracinés, Les escales, n’a pas fermé l’œil après la lecture des Rivières pourpres. Elle a en revanche été déçue par le film.
Elle s’interroge sur le droit laisse à un auteur de laisser la fin en suspens. Comme là fait Pauline Delabroy-Allard, avec Ça raconte Sarah, éditions de Minuit qui a provoqué une grosse frustration.

La fin idéale pour Caroline Boudet, Juste un peu de temps, Stock, c’est lorsque les personnages lui manquent après avoir terminé le roman.
Elle se souvient de la première réponse d’un éditeur à propos de son manuscrit : ouais, c’est pas mal, mais pas vraiment un roman, faut le retravailler.

Sophie de Baere, La dérobée, Anne Carrière, a connu sa première envie d’écriture à 7-8 ans. Elle écrivit alors un texte qui fut joué en pièce de théâtre à l’école.
Elle accorde la palme du plus beau titre à Odile d’Oultremont avec Les déraisons.

Amélie Cordonnier, Trancher, Flammarion ,détestent les mots en asse, même si elle en a mis beaucoup dans son roman. C’est une lectrice qui adore pleurer en lisant, pour la vertu cathartique des larmes. Elle se souvient avoir pleuré tout au long Le Petit Lord Fauntleroy dans sa chambre d’enfant, pelotonnée sous un édredon jaune.

Jean Baptiste Naudet, La blessure, L’iconoclaste, aurait aimé bâtir un roman à partir de la phrase un jour je me suis couché de bonne heure. Quant au classique impossible, c’est bien évidemment Proust auquel il pense.

Le mot préféré de Blandine Fauré, Faune et flore du dedans, Arléa, est iridescence. Interrogée sur la première réponse d’un éditeur elle pense à l'accord du sien, inattendu, juste une semaine après l’envoi de son manuscrit.

Bertille Dutheil, Le Fou de Hind, Belfond estime que le mot "transport "définit parfaitement l’écriture. Si elle pouvait passer une journée avec un écrivain elle choisirait António Lobo Antunes, écrivain et psychiatre portugais, pour savoir comment fonctionne son cerveau.

Olivier Liron, Einstein, le sexe et moi, Alma, et Peire Aussane, Deux stations avant concorde, Michalon, arrivés plus tard ont été dispensé de l'exercice en public mais nous les avons interrogés en privé sur leurs motivations et leurs goûts ensuite.

jeudi 13 décembre 2018

Des crêpes sans gluten

Je ne suis pas fan des recettes "sans" ... parce que souvent les produits utilisés sont "avec" (des additifs le plus souvent, et je vous conseille de lire très soigneusement les étiquettes).

Après l'expérience pas complètement concluante avec la farine sans gluten de Tipiak dans un biscuit de Savoie je m'étai promis de récidiver avec quelque chose de théoriquement inratable, les crêpes, en suivant scrupuleusement les indications de la marque que je recopie in extinso, enfin presque parce que je n'ai pas mis de rhum et que j'ai pris un beurre normal, c'est-à-dire doux.

Ingrédients

200 g de Mélange Fécules & Farines Sans Gluten Tipiak
60 g de sucre
1 pincée de sel
3 oeufs
50 cl de lait
80 g de beurre demi-sel
1 c. à soupe de rhum

Préparation de la recette

Dans un saladier, mélangez le Mélange Fécules & Farines Sans Gluten Tipiak avec le sucre et le sel. En parallèle, battez les œufs et délayez avec le lait. Incorporez au mélange précédent. Enfin, ajoutez le beurre fondu et le rhum (si vous le souhaitez).

Le fabricant indique qu'il n'est pas nécessaire de faire reposer la pâte. L’utiliser immédiatement est un vrai avantage pour les gourmands pressés. A condition d'avoir réussi à la mélanger de manière satisfaisante parce que la tendance eaux grumeaux (déjà notée dans la précédente expérience) est plutôt forte.

mercredi 12 décembre 2018

Le choix de Gabrielle, écrit et mis en scène par Danièle Mathieu-Bouillon

Danielle Mathieu-Bouillon a écrit Le choix de Gabrielle spécialement pour les deux comédiennes Bérengère Dautun et Sylvia Roux que l'on commence à s'habituer à voir sur scène ensemble et qui composent à chaque fois d'excellents duos, toujours différents bien sûr.

C’est l'auteure qui assure aussi la mise en scène. Elle est donc grandement responsable du résultat, ce qui est agréable à formuler pour moi ainsi parce que j'ai beaucoup aimé cette pièce alors que le sujet n'est pas facile à traiter.

Le plateau est nu, sans fioriture, et c’est bien. Le seul luxe aura été de repeindre le mur du fond, noir uni. L’acte I se déroule au cimetière de Bagnolet, dans le nord est de Paris.

Je te promets, j’ai pas pleuré aujourd’hui, Laure (Bérengère Dautun) campe sur son pliant, comptant sans doute y passer un bon moment. Le spectateur n’a pas le sentiment d’un monologue mais davantage d’un dialogue ... avec son mari, disparu depuis un moment mais l'ambiance n'est pas triste. On perçoit la puissance des sentiments qui les unissait, ... qui les unit encore. Mais l’humour est tout de suite présent à une cohorte de petits détails que je vous laisse découvrir.

Une jeune femme (Sylvia Roux) surgit comme un fauve, à cran, tout en se contenant, semblant être énervée d'entendre parler cette visiteuse toute seule. Assez vite les deux femmes s'accordent, malgré une différence d'âge qui pourrait les opposer. Rien ne laisse entendre pourquoi. Léa est ethnologue et s'intéresse de près aux rituels funéraires, ce qui légitime sa présence. Laure semble si attentive qu'on se demande un instant, pensée fugitive, si Léa ne lui rappellerait pas quelqu'un ?

Danielle Mathieu-Bouillon a écrit des dialogues aux petits oignons qui font mouche grâce aussi à l'interprétation très fine des deux comédiennes.

lundi 10 décembre 2018

Le pamplemousse de Floride, l’anti morosité qui réveille les sens !

J'ai appris que le pamplemousse de Floride avait fait son apparition au début du XIX° siècle lorsque le comte Philippe Odet a planté la première graine près de Tampa Bay. Le pamplemousse ou grapefruit en anglais, a hérité de ce nom dû à son étrange façon de pousser, en grappe comme une grappe de raisin.

Sa période de consommation s’étend de décembre à avril. On entre donc dans ce qu'on appelle la pleine saison et je suis heureuse de pouvoir vous donner plusieurs recettes pour le sublimer. Je les ai toutes goutées et j'ai un faible pour celle des Huîtres pochées  d'Alexis et Maxime, le Ceviche de truite du chef John Lewis et la tarte de Caroline Gérardin. Mais vous trouverez la totalité des recettes des plats et des boissons que j'ai dégustés ce soir.

Il n'empêche que j'adore ce fruit épluché dans les règles de l'art, en retirant toutes les peaux. C'est beaucoup plus facile et plus rapide qu'on ne le croit. Pas de doute : Le pamplemousse de Floride, c'est l’anti morosité qui réveille les sens !
Voici les recettes imaginées en exclusivité par quatre spécialistes de l’art culinaire :

dimanche 9 décembre 2018

Edmond ou une autre BD pour (se) faire plaisir

Triple chance pour nous : Edmond se joue toujours au Théâtre du Palais-Royal jusqu'au 31 mars 2019.

C'est aussi un film qui sortira sur les écrans le 9 janvier et c'est un film très réussi.

C'est enfin une bande dessinée, parue chez Rue de Sèvres, qui plaira à tous et qui fera patienter ceux qui vivent loin du Palais-Royal ou d'un cinéma.

Les trois ne sont pas incompatibles, loin de là.

Revenons à la genèse de Cyrano, de la pièce écrite et montée par Alexis Michalik et de sa transposition cinématographique et en BD. Vous allez voir, c'est assez simple.

Cyrano de Bergerac est une pièce très longue, faisant intervenir beaucoup de personnages et plusieurs décors. Et pourtant c’est de très loin la pièce la plus jouée au monde. Ce plus grand succès du théâtre français a été joué 20 000 fois, et ce n'est pas fini !

Alexis Michalik s’est intéressé à ce succès sous l’angle de la création. Il souhaité il y a déjà 15 ans de faire un film qui expliquerait comment Edmond Rostand a eu toutes les (bonnes) idées de scénario de cet immense succès, pour en quelque sorte révéler l'envers du décor de ce succès international.

Seulement voilà, personne ne voulait financer le projet. Alors il l’a imaginé, plus modestement sur une scène de théâtre et ce fut le Théâtre du Palais Royal qui accepta de l’accueillir. Je ne connais pas le nombre exact de spectateurs qui se sont déplacés mais sachant que la salle compte 750 places et que la pièce y a été jouée plus de 500 fois, je vous laisse faire le calcul.

Vous comprendrez que ce succès populaire, auréolé du succès de ses deux précédentes pièces, "Le Porteur d’histoire" et "Le Cercle des illusionnistes", renforcé aussi par les 5 Molières qui ont été décernés à Edmond, a "un peu" aidé les investisseurs à accepter de courir le risque de la transposition cinématographique. Le film s’appelle lui aussi Edmond. Alexis Michalik a changé la distribution originelle, avec notamment Thomas Solivérès dans le rôle-titre. Il sera sur les écrans le 9 janvier.
J'ai eu la chance de le voir en avant-première. Ce qu’il a de formidable c’est que ce n’est pas une adaptation supplémentaire de Cyrano de Bergerac, ni Ce n’est pas l’adaptation de la pièce écrite par Alexis Michalik, mais la révélation des coulisses de la création de la pièce en décembre 1897, alors qu’Edmond Rostand, qui n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup de dettes, se trouve en quelque sorte "condammné" à écrire un succès, précisément pour les fêtes de fin d’année, donc en un temps record de trois semaines. Comment ce poète, qui jusque là n’a écrit que des fours (aujourd’hui on dirait des bides), pourra-t-il y arriver ?

samedi 8 décembre 2018

Le fou de Hind de Bertille Dutheil

J’ai eu un peu de mal à lire Le fou de Hind, devant régulièrement revenir en arrière dans cette histoire dans laquelle j’avais des difficultés à trouver le fil directeur. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai remarqué les arbres généalogiques qui m’auraient bien aidée à suivre l'intrigue s’ils avaient été placés au début. Ne faites pas cette erreur et allez régulièrement les consulter pour comprendre plus facilement l'architecture familiale de la communauté décrite dans ce roman.

Bertille Dutheil restitue l’ambiance de la cité des Choux de Créteil, un grand ensemble à l'architecture improbable, que l'on découvre en un gros plan intrigant sur la couverture. La forme de ces trous, avec leurs grands balcons blancs et arrondis, a donné son nom, ou plutôt son surnom à ce quartier (...) ces balcons, dans l'idée de l'architecte, étaient destinés à être végétalisme. Mais ils ne le furent jamais (p. 69).

Elle parle d'un temps situé les années 60, sans doute révolu, celui d’une immigration qui tente l’intégration, des rêves socialistes et de la difficulté déjà perceptible des parents à éduquer leurs enfants. Ce livre fait pour moi complètement écho à un autre premier roman, Les déracinés, peut-être parce que j'ai enchainé leur lecture.

vendredi 7 décembre 2018

Les déracinés de Catherine Bardon, aux Escales

Je sais que Les déracinés est un livre qui a enthousiasmé beaucoup de lecteurs. Je lui reconnais énormément de qualités, à tous points de vue, historique, comme littéraire.

Il ne m’a cependant pas procuré de réel plaisir de lecture. Chaque cinquantaine de pages je me disais que l’action allait "décoller" et qu'il fallait attendre encore un peu pour le voir, mais non ... J’ai donc patienté plus de 600 pages, à l’instar des personnages contraints d’attendre le bon vouloir des autorités pour réussir leur émigration. Patience et longueur de temps semble avoir été leur devise pendant 40 ans.

C’est probablement le tempérament de Wilhelm qui m’a tenue à distance du roman. Je ne lui ai pas trouvé de grandes qualités, comparativement à celles d’Almah, sa femme, et la fin du roman a confirmé mes réticences à le trouver exceptionnel.

J'ai sans doute trop pris parti pour elle, déterminée très jeune (p. 90) à conquérir le bonheur immédiat et absolu, sans jamais néanmoins faire de concession à ses valeurs morales. Il faut retenir sa leçon de vie consistant à imaginer une foule de petits plaisir quotidiens à moissonner d'urgence pour emmagasiner des souvenirs heureux, comme un écureuil qui stocke ses noisettes en prévision d'un rude hiver. Plus tard elle constatera avec philosophie la perte du h final de son prénom (p. 298), mais elle ne perdra jamais son âme ... ni l'observance des rituels les plus fondamentaux comme celui de la shiv'ah (p. 593) à la mort d'un être cher.

Catherine Bardon a du talent pour décrire avec autant de détail le parcours de ce couple qui a eu un destin hors du commun, des cafés viennois aux plages des Caraïbes, entre 1921 et 1961, en se basant (et c'est un des grands intérêts du roman) sur des faits réels, plutôt méconnus car ce n'est pas ce versant de l'exil que l'on a traité jusqu'à présent.

jeudi 6 décembre 2018

Les pépites d'Agnès Varda, infatigable glaneuse d'images

Agnès Varda est la seule femme réalisatrice du mouvement qu’on a appelé La Nouvelle Vague dans les années 70.

Elle a reçu en 2018 un Oscar d’honneur, (un Oscar, et pas un César), pour l’ensemble de sa carrière qui est riche d’une cinquantaine de films.

Elle a réalisé des courts métrages, des longs métrages, des documentaires d’une sensibilité et d’une intelligence prodigieuses. Arte a eu la belle idée de rassembler les principaux (la cinquantaine, c’était impossible) au sein d’un gros coffret contenant 6 DVD.

Il y a des courts métrages, qui ne vous prendront pas beaucoup de votre temps : L'Opéra Mouffe (1958 – 17’) qui a obéit à une pulsion de femme enceinte,  Ulysse (1982 – 22’), Les Dites Cariatides (1984 – 13’), 7 p., cuis., s. de b. (1984 – 27’), Ydessa, les ours et etc... (2004 – 44’).

Les titres sont souvent des jeux de mots car Agnès les considèrent comme des images. A l’intérieur de chacune des boites renfermant un DVD vous trouverez d’ailleurs une carte postale … que vous pourrez envoyer ou dédicacer à l’ami auquel vous destinez le DVD. Vous pourrez tout aussi bien, puisque nous sommes proches des fêtes de fin d'année, répartir le coffret parmi 1, 2, 3, 4, 5, 6 personnes … à moins de vouloir tout garder pour vous.

mercredi 5 décembre 2018

Taqawan d'Eric Plamondon, chez Quidam Editeur

Taqawan est une oeuvre de fiction, mais qui s’appuie sur des faits historiques, les évènements du 11 juin 1981, quand la police a fait le siège le siège d'un territoire amérindien de la communauté mig’maq, et bien entendu aussi la conférence de presse que donna le Premier ministre du Québec, René Lévesque le 25 juin 1981.

300 policiers de la sûreté du Québec ont débarqué ce jour là sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens, entrainant des émeutes, une répression inhumaine et une crise politique de grande d’ampleur : le pouvoir veut en découdre. Ça s'appelle une démonstration de force (p. 28).

Eric Plamondon n'épargne pas la violence au lecteur. Elle surgit régulièrement dans le roman. Si cette violence se traduit en actes, elle a commencé par une expression (p. 36) : il faut se méfier des mots. Quel monde pour un peuple qu'on traite de sauvages durant quatre siècles ? 

Le problème des Amérindiens (écrit-il p. 53) du Québec c'est qu'ils ont jamais eu de chevaux. Des Indiens sans chevaux, c'est un peu comme des pirates sans bateau ou des cow-boys sans chapeaux, ça fait moins sérieux, moins glamour.

L'auteur remontera le cours d'événements antérieurs quand cela sera nécessaire, et cherchera à restaurer la spécificité de cette communauté mig’maq que le gouvernement voulait faire disparaitre comme auparavant on l’avait fait au milieu du XIX° siècle dans l’Ouest américain en exterminant les bisons, afin de causer l'extinction des Indiens puisqu'ils vivaient en symbiose avec cet animal.

Ici c’est le saumon qui constitue le gagne-pain des Amérindiens, et qu’ils pêchent au moment où il remonte le cours des rivières pour se reproduire. En langue mig’maq (p. 74) on nomme taqawan un saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois, après avoir passé de une à trois années en mer. En anglais on parle d'un grill, en français un madeleineau ... s'il a réussi à échapper à tous les prédateurs sans compter les pêcheurs.

mardi 4 décembre 2018

Microbiote, une exposition de la Cité des sciences et de l’industrie

Microbiote est une exposition absolument passionnante. Il y a beaucoup à lire mais rassurez-vous les textes sont courts et il y a beaucoup à entendre aussi.

La Cité des sciences et de l’industrie s’est lancé le défi de “mettre  en exposition”, un best-seller paru en France en 2015, publié par deux soeurs, Giulia qui est médecin gastro-entérologue et Jill Enders, qui est graphiste, Le charme discret de l’intestin qui a été un énorme succès de librairie puisqu’il a été vendu à 1 200 000 exemplaires et traduit dans plus de 40 langues.

Il s'agissait de raconter sur 600 m² l’incroyable vie du microbiote appelé autrefois flore intestinale.

C’est avec le concours des deux auteures (Giulia est photographiée ci-dessous)et l’appui de l’INRA que nous cette exposition a été conçue selon une  scénographie  très expressive.  Comme  un  voyage  au  cœur  de  notre  corps,  pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, le système digestif dont on sait maintenant qu’il se comporte comme un “second cerveau” avec une  importance capitale pour notre santé.
Cet univers microscopique est aussi complexe que méconnu et n’en finit pas de nous étonner. A l’instar des empreintes digitales, chacun d’entre nous possède en effet son propre microbiote, véritable marqueur personnel qui par contre se trouve en constante évolution.

On entre dans l’exposition par une sorte de bouche immense et grande ouverte qui permet d’accéder à une présentation extrêmement didactique de notre appareil digestif mais l’exposition va bien au-delà.
Vous trouverez notamment une table avec un gisant électronique sur lequel, avec le doigt et en pointant chaque organe, vous aurez les réponses à toutes les questions que vous vous posez. J’ai appris beaucoup de choses à commencer par la salive dont notre bouche produit un volume d'un litre par 24 heures et j’ignorais que ce liquide était en quelque sorte du sang filtré.

lundi 3 décembre 2018

Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony 2019

Il a été lancé samedi dernier. C’est devenu un vrai rendez vous pour les lecteurs de la ville d’Antony (92)... mais il ne leur est pas limité.

Je vous donne ci-dessous la liste des livres sélectionnés et rien ne vous empêche de les découvrir, bien au contraire, parce que cette sélection est vraiment intéressante.

Elle est représentative de la vitalité de la rentrée littéraire, respecte la parité homme/femme, et associe beaucoup de petites maisons d'édition. 

Ce qui change cette année par rapport aux années précédentes c’est qu’il n’y a plus qu’un seul prix donc une sélection unique de 10 romans parmi lesquels choisir votre préféré. Ce ne sont pas moins de 70 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses, pour 9 romans parmi les 10 de la sélection.

Plusieurs ouvrages ont déjà été distingués mais aucun n'a été couronné d'une récompense médiatique.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France. Nous irons au Québec, en Guadeloupe, en Amazonie, en Argentine, aux Etats-Unis, au Japon et ... un peu en France

Tous révèlent un très joli travail sur la langue. Je les ai classés ci-dessous par ordre alphabétique d'auteur. Les critiques apparaîtront régulièrement sur le blog dans les semaines qui viennent et les liens seront ajoutés à cet article.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2019 dans les deux médiathèque d'Antony. Des auteurs de la sélection viendront dans les deux médiathèques de la ville à des dates qui seront bientôt révélées. Une discussion gourmande autour de la sélection est programmée le samedi 6 avril à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 13 avril au 24 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le rendez-vous est pris pour le samedi 25 mai à 10h30 pour l’annonce du grand gagnant. Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 gagnants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d'Antony.

dimanche 2 décembre 2018

Saison de cirque, la nouvelle création du Cirque Aïtal

J'avais assisté au premier filage de Saison de cirque à la fin du mois de mai dernier. J'avais été séduite. Je pensais le spectacle abouti. Il le semblait.

Je suis malgré tout revenue pour assister à la création à l'Espace cirque d'Antony (92) et j'ai mesuré l'ampleur du travail complémentaire.

L'émotion fut encore plus forte hier et je vous invite d'autant plus à aller voir ce spectacle de cirque dit "contemporain".

Le rythme a gagné en puissance et en moments humoristiques sans rien concéder à la performance.

On se souviendra longtemps du jongleur qui lance les bouteilles d'une main tout en empêchant, avec l'autre main, son pantalon de tomber sur ses genoux. Matias Salmenaho est aussi acrobate et porteur, mais quand il jongle on dirait qu'il danse autant pour recevoir que lancer.

Quand il associe sa force à celle de Victor Cathala ils envoient tous les deux rouler en l'air la "légère" Kati Pikkarainen. Elle peut bien "faire le clown", elle reste une fabuleuse acrobate, capable d'enchainer les saltos dans tous les sens et de nous faire frémir. Quelle confiance il faut en son partenaire pour se jeter de si loin dans ses bras !

La tendresse fait bon ménage avec l'irrévérence. Kathi revisite le personnage du clown en lui insufflant quelque chose de sauvage ... Putain de clown, reste là ! faut la dompter ! se plaindra Viktor en Monsieur Loyal. Mais c'est elle qui aura la peau de l'ours ...

Le spectacle est un peu, souvent, irrévérencieux, à prendre délicieusement au second degré.

La pluie tombe en paillettes ou à grande eau. Çà sent parfois la terre, la corne brûlée. La palette des émotions s'est élargie, et la musique est en adéquation parfaite avec chaque numéro.

Le pari de rendre les coulisses perceptibles et vivantes est gagné et célèbre le collectif sans faire de concession au résultat final.

samedi 1 décembre 2018

L'amour en morceaux, par la Compagnie Tabola Rassa

Quel spectacle étonnant !

L'amour en morceaux tient autant du théâtre que de la magie... La mise en scène est très soignée, comme Olivier Benoit nous y a habitué, peut-être encore davantage parce que les effets spéciaux exigent une minutie "au millimètre" pour être réussis. Et ils l'étaient alors que j'ai découvert le spectacle le soir de la deuxième représentation, au Théâtre de Bagneux (92).

C'est la mésaventure d'un célibataire, environ 40 ans (Asier Saenz de Ugarte), qui espère combler le vide de sa vie affective avec une poupée moulée en silicone, vantée par les publicités, semblable aux mannequins que l'on voit dans les vitrines de boutiques de vêtements, qu'il commande sur le Net. Cette fiancée (Maria Cristina Paiva) pas comme les autres lui est livrée en morceaux, qu'il assemble jour après jour. Les jambes, le buste puis la tête, et enfin le sexe. Le cœur aussi lui parvient à son insu, et la créature, objet de sa curiosité et de ses désirs, devient de plus en plus indépendante.
Cette création inédite de la compagnie de marionnettes Tàbola rassa s'empare d'un phénomène que la littérature, la bande dessinée et le cinéma se sont largement approprié. Elle en offre la primeur au Festival Virtuel.Hom[me], qui, le pouce levé, s'interroge sur le devenir de notre vie perpétuellement connectée.

La programmation est cette année réduite, mais sans aucune concession à la qualité, et ce sera la seule soirée à laquelle j'aurais pu assister. Pensez dès à présent à cocher cette période dans votre agenda 2019 parce que ce festival offre toujours des surprises très particulières et fort à propos (voici un florilège des années précédentes pour vous en convaincre si nécessaire).

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)