samedi 15 décembre 2018

Ce que disent les auteurs de premier roman

Hier soir avait lieu une rencontre entre fidèles lecteurs, membres du groupe des 68 premières fois et une vingtaines d'auteurs de premier roman.

Ce sont des expériences de lecture très fortes qui sont proposées par un groupe de passionnées (je crois que le comité de sélection est exclusivement féminin) car sélectionner une quinzaine d'ouvrages à chaque session (soit trente pour l'année) parmi la presque centaine qui est parue chaque semestre est toujours difficile.

On ne peut pas dire que ce sont les "meilleurs",  ce n'est pas l'objet. Il s'agit plus, de mon point de vue, de faire découvrir des pépites vers lesquelles nous ne nous serions peut-être pas tournés spontanément.

Les chroniques de ces livres ont publiées sur le blog sous le tag "premier roman", avec quelques "intrus" puisqu'il a été décidé de poursuivre avec quelques seconds romans, lesquels ont peut-être plus de mal que les autres encore à faire leur chemin. Songez qu'il sort environ 200 nouveaux livres par jour et que le nombre moyen des ventes est de 300 (France entière). C'est dire l'ampleur des déceptions pour beaucoup d'auteurs dont plus de la moitié ne gagnent pas le SMIC.
Les présents en début de soirée  (quelques-uns sont arrivés plus tard) ont été soumis à la question par Charlotte Milandri, pour notre grand bonheur. Voici un florilège de leurs réponses :

L'Iliade et l'Odyssée d'Homère est le premier souvenir littéraire d'Hector Mathis. Cet auteur dit avoir peu de doute en écrivant, se laissant emporter par le récit. Par contre, une fois arrivé à l'étape de la publication il était effrayé à l'idée de peut-être regretter d’avoir écrit son livre, K.O.

Jérome Chantreau, Les enfants de ma mère, Les escales, déteste qu’on parle de la "langue" d’un auteur alors qu’il aimerait qu’on s’arrête sur son style. Il a vécu son premier émoi littéraire avec San-Antonio qui lui prouva avec En avant la moujik que lire et se marrer ne sont pas incompatibles.

Lisa Balavoine, Eparse, Lattès, a lu et relu Jane Eyre de Charlotte Brontë, qu’elle a découvert dans la bibliothèque de ses grand-parents où s’alignaient des romans de Simenon on ou d'Agatha Christie. Lisa aime l’idée de cette vie très dure, menée par cette fille qui apparaît si triste sur la couverture, mais qui trouve la lumière au bout de son chemin. Elle attribue son premier fou rire littéraire sans conteste à Fabrice Caro pour Le discours.

Catherine Faye, L’attrape souci, Mazarine, attribue son premier coup de foudre littéraire à Mon bel oranger, un roman de José Mauro de Vasconcelos publié en 1968, partiellement autobiographique, souvent relu, toujours bouleversant et très présent dans ses pensées.
Quant à son meilleur compagnon d'écriture... c’est son histoire.

Guillaume Para, Ta vie ou la mienne, Anne Carrière a pour auteur de référence Ernest Hemingway. Il a tout lu de celui qu’il appelle tonton et qui correspond à l’image archétypale de l’écrivain, aventurier, mais d’une grande profondeur. Le soleil se lève aussi est le souvenir d’une énorme claque littéraire.
Le premier lecteur de son manuscrit est une lectrice, sa femme. Par contre il se méfie de ses proches et ne fait plus lire un manuscrit à ses parents qui interprètent beaucoup trop. C’est à cause de leurs critiques que son premier texte n’a pas été publié.

Gabrielle Tuloup, La nuit introuvable, Philippe Rey, est enseignante. Elle aime le mot "partir" parce qu'elle aimerait tant que ses élèves reviennent ... après être allé quelque part. Elle se souviendra toujours de la première critique publiée sur son livre, écrite par Nicole.

Laurent Seyer, Les poteaux étaient carrés, Finitude,vit à Londres. Il aime prendre pour modèles des gens qu’il rencontre mais dont il change plusieurs paramètres. Il n’a rien vécu de comparable aux héros de son livre qu'il a porté pendant des années. Il est d'autant plus surpris qu’on lui parle des personnages comme s’ils étaient vrais. Son héros de fiction préféré est naturellement le prochain qu’il aura inventé.
Son meilleur compagnon d’écriture c’est Apple avec un MacBook air, des écouteurs pour se couper du monde et un IPhone.

Camille Brunel, La guérilla des animaux, Alma, a déjà entendu ce qu’il rêvait qu’on lui dise à propos de son roman. Y compris quand des lecteurs lui reprochaient qu’il les avait fait sortir de leur zone de confort et qu’il les avait secoués. Pour le prochain dans lequel il fera vivre des animaux,  il adorerait qu’on le commente par exemple en lui disant c’est exactement ainsi que fonctionnent les éléphants.
C'est sans surprise qu'on entend qu'il aurait aimé avoir écrit Anima, de Wajdi Mouawad.

Vincent Villeminot, Fais de moi la colère, Les escales, écrit beaucoup, tout le temps. Il dit laisser les phrases s’user, se polir, jusqu’à ce qu’elles sonnent justes, même si cela doit prendre des mois. Il aime bien être déçu. Il a observé qu’il y a, chez chaque auteur, un livre "raté" parce que pour une fois l'écrivain aura été, dit-il, fainéant. Le meilleur exemple est Le ravissement de Britney Spears, écrit par Jean Rolin en 2011. Il ajoute que pour être belle une écriture doit être rigoureuse et tenue.

Nathalie Yot, Le Nord du Monde, La Contre Allée, a versé ses premières larmes littéraires avec Marguerite Duras mais elle confie qu’elle rit davantage qu’elle ne pleure. Venant de la poésie son tic d’écriture est sans doute celui de la répétition.

Catherine Bardon, Les déracinés, Les escales, n’a pas fermé l’œil après la lecture des Rivières pourpres. Elle a en revanche été déçue par le film.
Elle s’interroge sur le droit laisse à un auteur de laisser la fin en suspens. Comme là fait Pauline Delabroy-Allard, avec Ça raconte Sarah, éditions de Minuit qui a provoqué une grosse frustration.

La fin idéale pour Caroline Boudet, Juste un peu de temps, Stock, c’est lorsque les personnages lui manquent après avoir terminé le roman.
Elle se souvient de la première réponse d’un éditeur à propos de son manuscrit : ouais, c’est pas mal, mais pas vraiment un roman, faut le retravailler.

Sophie de Baere, La dérobée, Anne Carrière, a connu sa première envie d’écriture à 7-8 ans. Elle écrivit alors un texte qui fut joué en pièce de théâtre à l’école.
Elle accorde la palme du plus beau titre à Odile d’Oultremont avec Les déraisons.

Amélie Cordonnier, Trancher, Flammarion ,détestent les mots en asse, même si elle en a mis beaucoup dans son roman. C’est une lectrice qui adore pleurer en lisant, pour la vertu cathartique des larmes. Elle se souvient avoir pleuré tout au long Le Petit Lord Fauntleroy dans sa chambre d’enfant, pelotonnée sous un édredon jaune.

Jean Baptiste Naudet, La blessure, L’iconoclaste, aurait aimé bâtir un roman à partir de la phrase un jour je me suis couché de bonne heure. Quant au classique impossible, c’est bien évidemment Proust auquel il pense.

Le mot préféré de Blandine Fauré, Faune et flore du dedans, Arléa, est iridescence. Interrogée sur la première réponse d’un éditeur elle pense à l'accord du sien, inattendu, juste une semaine après l’envoi de son manuscrit.

Bertille Dutheil, Le Fou de Hind, Belfond estime que le mot "transport "définit parfaitement l’écriture. Si elle pouvait passer une journée avec un écrivain elle choisirait António Lobo Antunes, écrivain et psychiatre portugais, pour savoir comment fonctionne son cerveau.

Olivier Liron, Einstein, le sexe et moi, Alma, et Peire Aussane, Deux stations avant concorde, Michalon, arrivés plus tard ont été dispensé de l'exercice en public mais nous les avons interrogés en privé sur leurs motivations et leurs goûts ensuite.

jeudi 13 décembre 2018

Des crêpes sans gluten

Je ne suis pas fan des recettes "sans" ... parce que souvent les produits utilisés sont "avec" (des additifs le plus souvent, et je vous conseille de lire très soigneusement les étiquettes).

Après l'expérience pas complètement concluante avec la farine sans gluten de Tipiak dans un biscuit de Savoie je m'étai promis de récidiver avec quelque chose de théoriquement inratable, les crêpes, en suivant scrupuleusement les indications de la marque que je recopie in extinso, enfin presque parce que je n'ai pas mis de rhum et que j'ai pris un beurre normal, c'est-à-dire doux.

Ingrédients

200 g de Mélange Fécules & Farines Sans Gluten Tipiak
60 g de sucre
1 pincée de sel
3 oeufs
50 cl de lait
80 g de beurre demi-sel
1 c. à soupe de rhum

Préparation de la recette

Dans un saladier, mélangez le Mélange Fécules & Farines Sans Gluten Tipiak avec le sucre et le sel. En parallèle, battez les œufs et délayez avec le lait. Incorporez au mélange précédent. Enfin, ajoutez le beurre fondu et le rhum (si vous le souhaitez).

Le fabricant indique qu'il n'est pas nécessaire de faire reposer la pâte. L’utiliser immédiatement est un vrai avantage pour les gourmands pressés. A condition d'avoir réussi à la mélanger de manière satisfaisante parce que la tendance eaux grumeaux (déjà notée dans la précédente expérience) est plutôt forte.

mercredi 12 décembre 2018

Le choix de Gabrielle, écrit et mis en scène par Danièle Mathieu-Bouillon

Danielle Mathieu-Bouillon a écrit Le choix de Gabrielle spécialement pour les deux comédiennes Bérengère Dautun et Sylvia Roux que l'on commence à s'habituer à voir sur scène ensemble et qui composent à chaque fois d'excellents duos, toujours différents bien sûr.

C’est l'auteure qui assure aussi la mise en scène. Elle est donc grandement responsable du résultat, ce qui est agréable à formuler pour moi ainsi parce que j'ai beaucoup aimé cette pièce alors que le sujet n'est pas facile à traiter.

Le plateau est nu, sans fioriture, et c’est bien. Le seul luxe aura été de repeindre le mur du fond, noir uni. L’acte I se déroule au cimetière de Bagnolet, dans le nord est de Paris.

Je te promets, j’ai pas pleuré aujourd’hui, Laure (Bérengère Dautun) campe sur son pliant, comptant sans doute y passer un bon moment. Le spectateur n’a pas le sentiment d’un monologue mais davantage d’un dialogue ... avec son mari, disparu depuis un moment mais l'ambiance n'est pas triste. On perçoit la puissance des sentiments qui les unissait, ... qui les unit encore. Mais l’humour est tout de suite présent à une cohorte de petits détails que je vous laisse découvrir.

Une jeune femme (Sylvia Roux) surgit comme un fauve, à cran, tout en se contenant, semblant être énervée d'entendre parler cette visiteuse toute seule. Assez vite les deux femmes s'accordent, malgré une différence d'âge qui pourrait les opposer. Rien ne laisse entendre pourquoi. Léa est ethnologue et s'intéresse de près aux rituels funéraires, ce qui légitime sa présence. Laure semble si attentive qu'on se demande un instant, pensée fugitive, si Léa ne lui rappellerait pas quelqu'un ?

Danielle Mathieu-Bouillon a écrit des dialogues aux petits oignons qui font mouche grâce aussi à l'interprétation très fine des deux comédiennes.

lundi 10 décembre 2018

Le pamplemousse de Floride, l’anti morosité qui réveille les sens !

J'ai appris que le pamplemousse de Floride avait fait son apparition au début du XIX° siècle lorsque le comte Philippe Odet a planté la première graine près de Tampa Bay. Le pamplemousse ou grapefruit en anglais, a hérité de ce nom dû à son étrange façon de pousser, en grappe comme une grappe de raisin.

Sa période de consommation s’étend de décembre à avril. On entre donc dans ce qu'on appelle la pleine saison et je suis heureuse de pouvoir vous donner plusieurs recettes pour le sublimer. Je les ai toutes goutées et j'ai un faible pour celle des Huîtres pochées  d'Alexis et Maxime, le Ceviche de truite du chef John Lewis et la tarte de Caroline Gérardin. Mais vous trouverez la totalité des recettes des plats et des boissons que j'ai dégustés ce soir.

Il n'empêche que j'adore ce fruit épluché dans les règles de l'art, en retirant toutes les peaux. C'est beaucoup plus facile et plus rapide qu'on ne le croit. Pas de doute : Le pamplemousse de Floride, c'est l’anti morosité qui réveille les sens !
Voici les recettes imaginées en exclusivité par quatre spécialistes de l’art culinaire :

dimanche 9 décembre 2018

Edmond ou une autre BD pour (se) faire plaisir

Triple chance pour nous : Edmond se joue toujours au Théâtre du Palais-Royal jusqu'au 31 mars 2019.

C'est aussi un film qui sortira sur les écrans le 9 janvier et c'est un film très réussi.

C'est enfin une bande dessinée, parue chez Rue de Sèvres, qui plaira à tous et qui fera patienter ceux qui vivent loin du Palais-Royal ou d'un cinéma.

Les trois ne sont pas incompatibles, loin de là.

Revenons à la genèse de Cyrano, de la pièce écrite et montée par Alexis Michalik et de sa transposition cinématographique et en BD. Vous allez voir, c'est assez simple.

Cyrano de Bergerac est une pièce très longue, faisant intervenir beaucoup de personnages et plusieurs décors. Et pourtant c’est de très loin la pièce la plus jouée au monde. Ce plus grand succès du théâtre français a été joué 20 000 fois, et ce n'est pas fini !

Alexis Michalik s’est intéressé à ce succès sous l’angle de la création. Il souhaité il y a déjà 15 ans de faire un film qui expliquerait comment Edmond Rostand a eu toutes les (bonnes) idées de scénario de cet immense succès, pour en quelque sorte révéler l'envers du décor de ce succès international.

Seulement voilà, personne ne voulait financer le projet. Alors il l’a imaginé, plus modestement sur une scène de théâtre et ce fut le Théâtre du Palais Royal qui accepta de l’accueillir. Je ne connais pas le nombre exact de spectateurs qui se sont déplacés mais sachant que la salle compte 750 places et que la pièce y a été jouée plus de 500 fois, je vous laisse faire le calcul.

Vous comprendrez que ce succès populaire, auréolé du succès de ses deux précédentes pièces, "Le Porteur d’histoire" et "Le Cercle des illusionnistes", renforcé aussi par les 5 Molières qui ont été décernés à Edmond, a "un peu" aidé les investisseurs à accepter de courir le risque de la transposition cinématographique. Le film s’appelle lui aussi Edmond. Alexis Michalik a changé la distribution originelle, avec notamment Thomas Solivérès dans le rôle-titre. Il sera sur les écrans le 9 janvier.
J'ai eu la chance de le voir en avant-première. Ce qu’il a de formidable c’est que ce n’est pas une adaptation supplémentaire de Cyrano de Bergerac, ni Ce n’est pas l’adaptation de la pièce écrite par Alexis Michalik, mais la révélation des coulisses de la création de la pièce en décembre 1897, alors qu’Edmond Rostand, qui n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup de dettes, se trouve en quelque sorte "condammné" à écrire un succès, précisément pour les fêtes de fin d’année, donc en un temps record de trois semaines. Comment ce poète, qui jusque là n’a écrit que des fours (aujourd’hui on dirait des bides), pourra-t-il y arriver ?

samedi 8 décembre 2018

Le fou de Hind de Bertille Dutheil

J’ai eu un peu de mal à lire Le fou de Hind, devant régulièrement revenir en arrière dans cette histoire dans laquelle j’avais des difficultés à trouver le fil directeur. Ce n’est qu’à la fin du livre que j’ai remarqué les arbres généalogiques qui m’auraient bien aidée à suivre l'intrigue s’ils avaient été placés au début. Ne faites pas cette erreur et allez régulièrement les consulter pour comprendre plus facilement l'architecture familiale de la communauté décrite dans ce roman.

Bertille Dutheil restitue l’ambiance de la cité des Choux de Créteil, un grand ensemble à l'architecture improbable, que l'on découvre en un gros plan intrigant sur la couverture. La forme de ces trous, avec leurs grands balcons blancs et arrondis, a donné son nom, ou plutôt son surnom à ce quartier (...) ces balcons, dans l'idée de l'architecte, étaient destinés à être végétalisme. Mais ils ne le furent jamais (p. 69).

Elle parle d'un temps situé les années 60, sans doute révolu, celui d’une immigration qui tente l’intégration, des rêves socialistes et de la difficulté déjà perceptible des parents à éduquer leurs enfants. Ce livre fait pour moi complètement écho à un autre premier roman, Les déracinés, peut-être parce que j'ai enchainé leur lecture.

vendredi 7 décembre 2018

Les déracinés de Catherine Bardon, aux Escales

Je sais que Les déracinés est un livre qui a enthousiasmé beaucoup de lecteurs. Je lui reconnais énormément de qualités, à tous points de vue, historique, comme littéraire.

Il ne m’a cependant pas procuré de réel plaisir de lecture. Chaque cinquantaine de pages je me disais que l’action allait "décoller" et qu'il fallait attendre encore un peu pour le voir, mais non ... J’ai donc patienté plus de 600 pages, à l’instar des personnages contraints d’attendre le bon vouloir des autorités pour réussir leur émigration. Patience et longueur de temps semble avoir été leur devise pendant 40 ans.

C’est probablement le tempérament de Wilhelm qui m’a tenue à distance du roman. Je ne lui ai pas trouvé de grandes qualités, comparativement à celles d’Almah, sa femme, et la fin du roman a confirmé mes réticences à le trouver exceptionnel.

J'ai sans doute trop pris parti pour elle, déterminée très jeune (p. 90) à conquérir le bonheur immédiat et absolu, sans jamais néanmoins faire de concession à ses valeurs morales. Il faut retenir sa leçon de vie consistant à imaginer une foule de petits plaisir quotidiens à moissonner d'urgence pour emmagasiner des souvenirs heureux, comme un écureuil qui stocke ses noisettes en prévision d'un rude hiver. Plus tard elle constatera avec philosophie la perte du h final de son prénom (p. 298), mais elle ne perdra jamais son âme ... ni l'observance des rituels les plus fondamentaux comme celui de la shiv'ah (p. 593) à la mort d'un être cher.

Catherine Bardon a du talent pour décrire avec autant de détail le parcours de ce couple qui a eu un destin hors du commun, des cafés viennois aux plages des Caraïbes, entre 1921 et 1961, en se basant (et c'est un des grands intérêts du roman) sur des faits réels, plutôt méconnus car ce n'est pas ce versant de l'exil que l'on a traité jusqu'à présent.

jeudi 6 décembre 2018

Les pépites d'Agnès Varda, infatigable glaneuse d'images

Agnès Varda est la seule femme réalisatrice du mouvement qu’on a appelé La Nouvelle Vague dans les années 70.

Elle a reçu en 2018 un Oscar d’honneur, (un Oscar, et pas un César), pour l’ensemble de sa carrière qui est riche d’une cinquantaine de films.

Elle a réalisé des courts métrages, des longs métrages, des documentaires d’une sensibilité et d’une intelligence prodigieuses. Arte a eu la belle idée de rassembler les principaux (la cinquantaine, c’était impossible) au sein d’un gros coffret contenant 6 DVD.

Il y a des courts métrages, qui ne vous prendront pas beaucoup de votre temps : L'Opéra Mouffe (1958 – 17’) qui a obéit à une pulsion de femme enceinte,  Ulysse (1982 – 22’), Les Dites Cariatides (1984 – 13’), 7 p., cuis., s. de b. (1984 – 27’), Ydessa, les ours et etc... (2004 – 44’).

Les titres sont souvent des jeux de mots car Agnès les considèrent comme des images. A l’intérieur de chacune des boites renfermant un DVD vous trouverez d’ailleurs une carte postale … que vous pourrez envoyer ou dédicacer à l’ami auquel vous destinez le DVD. Vous pourrez tout aussi bien, puisque nous sommes proches des fêtes de fin d'année, répartir le coffret parmi 1, 2, 3, 4, 5, 6 personnes … à moins de vouloir tout garder pour vous.

mercredi 5 décembre 2018

Taqawan d'Eric Plamondon, chez Quidam Editeur

Taqawan est une oeuvre de fiction, mais qui s’appuie sur des faits historiques, les évènements du 11 juin 1981, quand la police a fait le siège le siège d'un territoire amérindien de la communauté mig’maq, et bien entendu aussi la conférence de presse que donna le Premier ministre du Québec, René Lévesque le 25 juin 1981.

300 policiers de la sûreté du Québec ont débarqué ce jour là sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens, entrainant des émeutes, une répression inhumaine et une crise politique de grande d’ampleur : le pouvoir veut en découdre. Ça s'appelle une démonstration de force (p. 28).

Eric Plamondon n'épargne pas la violence au lecteur. Elle surgit régulièrement dans le roman. Si cette violence se traduit en actes, elle a commencé par une expression (p. 36) : il faut se méfier des mots. Quel monde pour un peuple qu'on traite de sauvages durant quatre siècles ? 

Le problème des Amérindiens (écrit-il p. 53) du Québec c'est qu'ils ont jamais eu de chevaux. Des Indiens sans chevaux, c'est un peu comme des pirates sans bateau ou des cow-boys sans chapeaux, ça fait moins sérieux, moins glamour.

L'auteur remontera le cours d'événements antérieurs quand cela sera nécessaire, et cherchera à restaurer la spécificité de cette communauté mig’maq que le gouvernement voulait faire disparaitre comme auparavant on l’avait fait au milieu du XIX° siècle dans l’Ouest américain en exterminant les bisons, afin de causer l'extinction des Indiens puisqu'ils vivaient en symbiose avec cet animal.

Ici c’est le saumon qui constitue le gagne-pain des Amérindiens, et qu’ils pêchent au moment où il remonte le cours des rivières pour se reproduire. En langue mig’maq (p. 74) on nomme taqawan un saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois, après avoir passé de une à trois années en mer. En anglais on parle d'un grill, en français un madeleineau ... s'il a réussi à échapper à tous les prédateurs sans compter les pêcheurs.

mardi 4 décembre 2018

Microbiote, une exposition de la Cité des sciences et de l’industrie

Microbiote est une exposition absolument passionnante. Il y a beaucoup à lire mais rassurez-vous les textes sont courts et il y a beaucoup à entendre aussi.

La Cité des sciences et de l’industrie s’est lancé le défi de “mettre  en exposition”, un best-seller paru en France en 2015, publié par deux soeurs, Giulia qui est médecin gastro-entérologue et Jill Enders, qui est graphiste, Le charme discret de l’intestin qui a été un énorme succès de librairie puisqu’il a été vendu à 1 200 000 exemplaires et traduit dans plus de 40 langues.

Il s'agissait de raconter sur 600 m² l’incroyable vie du microbiote appelé autrefois flore intestinale.

C’est avec le concours des deux auteures (Giulia est photographiée ci-dessous)et l’appui de l’INRA que nous cette exposition a été conçue selon une  scénographie  très expressive.  Comme  un  voyage  au  cœur  de  notre  corps,  pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, le système digestif dont on sait maintenant qu’il se comporte comme un “second cerveau” avec une  importance capitale pour notre santé.
Cet univers microscopique est aussi complexe que méconnu et n’en finit pas de nous étonner. A l’instar des empreintes digitales, chacun d’entre nous possède en effet son propre microbiote, véritable marqueur personnel qui par contre se trouve en constante évolution.

On entre dans l’exposition par une sorte de bouche immense et grande ouverte qui permet d’accéder à une présentation extrêmement didactique de notre appareil digestif mais l’exposition va bien au-delà.
Vous trouverez notamment une table avec un gisant électronique sur lequel, avec le doigt et en pointant chaque organe, vous aurez les réponses à toutes les questions que vous vous posez. J’ai appris beaucoup de choses à commencer par la salive dont notre bouche produit un volume d'un litre par 24 heures et j’ignorais que ce liquide était en quelque sorte du sang filtré.

lundi 3 décembre 2018

Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony 2019

Il a été lancé samedi dernier. C’est devenu un vrai rendez vous pour les lecteurs de la ville d’Antony (92)... mais il ne leur est pas limité.

Je vous donne ci-dessous la liste des livres sélectionnés et rien ne vous empêche de les découvrir, bien au contraire, parce que cette sélection est vraiment intéressante.

Elle est représentative de la vitalité de la rentrée littéraire, respecte la parité homme/femme, et associe beaucoup de petites maisons d'édition. 

Ce qui change cette année par rapport aux années précédentes c’est qu’il n’y a plus qu’un seul prix donc une sélection unique de 10 romans parmi lesquels choisir votre préféré. Ce ne sont pas moins de 70 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses, pour 9 romans parmi les 10 de la sélection.

Plusieurs ouvrages ont déjà été distingués mais aucun n'a été couronné d'une récompense médiatique.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France. Nous irons au Québec, en Guadeloupe, en Amazonie, en Argentine, aux Etats-Unis, au Japon et ... un peu en France

Tous révèlent un très joli travail sur la langue. Je les ai classés ci-dessous par ordre alphabétique d'auteur. Les critiques apparaîtront régulièrement sur le blog dans les semaines qui viennent et les liens seront ajoutés à cet article.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2019 dans les deux médiathèque d'Antony. Des auteurs de la sélection viendront dans les deux médiathèques de la ville à des dates qui seront bientôt révélées. Une discussion gourmande autour de la sélection est programmée le samedi 6 avril à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 13 avril au 24 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le rendez-vous est pris pour le samedi 25 mai à 10h30 pour l’annonce du grand gagnant. Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 gagnants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d'Antony.

dimanche 2 décembre 2018

Saison de cirque, la nouvelle création du Cirque Aïtal

J'avais assisté au premier filage de Saison de cirque à la fin du mois de mai dernier. J'avais été séduite. Je pensais le spectacle abouti. Il le semblait.

Je suis malgré tout revenue pour assister à la création à l'Espace cirque d'Antony (92) et j'ai mesuré l'ampleur du travail complémentaire.

L'émotion fut encore plus forte hier et je vous invite d'autant plus à aller voir ce spectacle de cirque dit "contemporain".

Le rythme a gagné en puissance et en moments humoristiques sans rien concéder à la performance.

On se souviendra longtemps du jongleur qui lance les bouteilles d'une main tout en empêchant, avec l'autre main, son pantalon de tomber sur ses genoux. Matias Salmenaho est aussi acrobate et porteur, mais quand il jongle on dirait qu'il danse autant pour recevoir que lancer.

Quand il associe sa force à celle de Victor Cathala ils envoient tous les deux rouler en l'air la "légère" Kati Pikkarainen. Elle peut bien "faire le clown", elle reste une fabuleuse acrobate, capable d'enchainer les saltos dans tous les sens et de nous faire frémir. Quelle confiance il faut en son partenaire pour se jeter de si loin dans ses bras !

La tendresse fait bon ménage avec l'irrévérence. Kathi revisite le personnage du clown en lui insufflant quelque chose de sauvage ... Putain de clown, reste là ! faut la dompter ! se plaindra Viktor en Monsieur Loyal. Mais c'est elle qui aura la peau de l'ours ...

Le spectacle est un peu, souvent, irrévérencieux, à prendre délicieusement au second degré.

La pluie tombe en paillettes ou à grande eau. Çà sent parfois la terre, la corne brûlée. La palette des émotions s'est élargie, et la musique est en adéquation parfaite avec chaque numéro.

Le pari de rendre les coulisses perceptibles et vivantes est gagné et célèbre le collectif sans faire de concession au résultat final.

samedi 1 décembre 2018

L'amour en morceaux, par la Compagnie Tabola Rassa

Quel spectacle étonnant !

L'amour en morceaux tient autant du théâtre que de la magie... La mise en scène est très soignée, comme Olivier Benoit nous y a habitué, peut-être encore davantage parce que les effets spéciaux exigent une minutie "au millimètre" pour être réussis. Et ils l'étaient alors que j'ai découvert le spectacle le soir de la deuxième représentation, au Théâtre de Bagneux (92).

C'est la mésaventure d'un célibataire, environ 40 ans (Asier Saenz de Ugarte), qui espère combler le vide de sa vie affective avec une poupée moulée en silicone, vantée par les publicités, semblable aux mannequins que l'on voit dans les vitrines de boutiques de vêtements, qu'il commande sur le Net. Cette fiancée (Maria Cristina Paiva) pas comme les autres lui est livrée en morceaux, qu'il assemble jour après jour. Les jambes, le buste puis la tête, et enfin le sexe. Le cœur aussi lui parvient à son insu, et la créature, objet de sa curiosité et de ses désirs, devient de plus en plus indépendante.
Cette création inédite de la compagnie de marionnettes Tàbola rassa s'empare d'un phénomène que la littérature, la bande dessinée et le cinéma se sont largement approprié. Elle en offre la primeur au Festival Virtuel.Hom[me], qui, le pouce levé, s'interroge sur le devenir de notre vie perpétuellement connectée.

La programmation est cette année réduite, mais sans aucune concession à la qualité, et ce sera la seule soirée à laquelle j'aurais pu assister. Pensez dès à présent à cocher cette période dans votre agenda 2019 parce que ce festival offre toujours des surprises très particulières et fort à propos (voici un florilège des années précédentes pour vous en convaincre si nécessaire).

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