samedi 1 décembre 2018

L'amour en morceaux, par la Compagnie Tabola Rassa

Quel spectacle étonnant !

L'amour en morceaux tient autant du théâtre que de la magie... La mise en scène est très soignée, comme Olivier Benoit nous y a habitué, peut-être encore davantage parce que les effets spéciaux exigent une minutie "au millimètre" pour être réussis. Et ils l'étaient alors que j'ai découvert le spectacle le soir de la deuxième représentation, au Théâtre de Bagneux (92).

C'est la mésaventure d'un célibataire, environ 40 ans (Asier Saenz de Ugarte), qui espère combler le vide de sa vie affective avec une poupée moulée en silicone, vantée par les publicités, semblable aux mannequins que l'on voit dans les vitrines de boutiques de vêtements, qu'il commande sur le Net. Cette fiancée (Maria Cristina Paiva) pas comme les autres lui est livrée en morceaux, qu'il assemble jour après jour. Les jambes, le buste puis la tête, et enfin le sexe. Le cœur aussi lui parvient à son insu, et la créature, objet de sa curiosité et de ses désirs, devient de plus en plus indépendante.
Cette création inédite de la compagnie de marionnettes Tàbola rassa s'empare d'un phénomène que la littérature, la bande dessinée et le cinéma se sont largement approprié. Elle en offre la primeur au Festival Virtuel.Hom[me], qui, le pouce levé, s'interroge sur le devenir de notre vie perpétuellement connectée.

La programmation est cette année réduite, mais sans aucune concession à la qualité, et ce sera la seule soirée à laquelle j'aurais pu assister. Pensez dès à présent à cocher cette période dans votre agenda 2019 parce que ce festival offre toujours des surprises très particulières et fort à propos (voici un florilège des années précédentes pour vous en convaincre si nécessaire).
Le public est installé sur le plateau, gradiné pour l'occasion, ce qui assure une proximité indispensable pour se sentir au coeur du dispositif. Je vous recommande de vous asseoir un peu en hauteur, pour avoir l'oeil sur la partition du musicien ... lequel n'a pour indication qu'un livret recouvert d'un point d'interrogation, et composé de 4 pages, numérotées de 1 à 4, se terminant par une double page de couverture imprimée de signes évoquant une averse.

Vous aurez deviné, je l'espère, que le spectacle se déroule sans paroles, mais dans une grande évidence, soutenu par la musique, interprétée en direct, créée de toutes pièces pour l'occasion par Rémi Libéreau qui joue aussi à la toute fin un (petit, mais indispensable) rôle comme vous le constaterez.

On comprend vite que le spectacle sera sans paroles, dans la tradition d'un Charlie Chaplin ou d'un Jacques Tati. La musique a donc une importance capitale pour soutenir et ponctuer les émotions. Bien que la bande soit originale plusieurs phrases musicales installent vite une familiarité avec l'univers imaginé par la Compagnie Taboba Rassa, ce qui est très agréable. Et puis c'est une idée très astucieuse pour que le spectacle soit accessibles à tous les publics (à partir de 15 ans) dans le monde entier.
Le héros commence à recevoir son cadeau en pièces détachées dès le deuxième jour. Vous vous croirez, public, victime d'une hallucination quand le virtuel prendra vie. L'effet de surprise est excellent et je ne vais pas le dévoiler. Je dirai juste que la question de Lamartine n'aura jamais été aussi bien illustrée : Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

Notre célibataire devrait connaitre enfin le bonheur avec sa créature artificielle, ... et sans doute docile. Mais le troisième jour lui réserve une surprise. Elle a disparu et on pense soudain que tout cela ne fut qu'un rêve ... jusqu'à ce que la créature ne réapparaisse. Le bricoleur perdra le contrôle de ce qu’il considère comme son objet.

Je ne révélerai pas comment l'histoire se terminera ... ou pas. Sachez surtout que ce spectacle est imbibé de poésie, de tendresse et d'une dérision sans bornes. Magique, comme je l'ai qualifié en ouverture !

Fondée en 2003, à Barcelone, par Olivier Benoit et Miquel Gallardo, la compagnie Tàbola Rassa s’est faite connaître par le Théâtre d’objets, grâce à sa version de L’avare sur le thème de l’eau (2003, que j'ai découvert en 2014), qui est toujours jouée dans de nombreux pays, en plusieurs langues, et qui s’est peu à peu imposée comme une référence du genre. Dans le même esprit la compagnie avait créé en 2009, et d’après l’oeuvre de Jean de la Fontaine, Fables en élargissant son répertoire. Les détritus (cartons, sacs en plastique, bouteilles et papiers...) y prenaient une dimension inédite.

Depuis 2010, la compagnie a quitté la Catalogne. Elle est maintenant installée à Bellas, hameau de la commune de Séverac d’Aveyron (Aveyron).

L'amour en morceaux s'inscrit dans le prolongement des précédents spectacles. On remarque que les comédiens ont une place grandissante parmi les objets, à moins qu'ils n'en soient eux-mêmes devenus ... au sens second du terme, ... à savoir ce vers quoi tendent leurs désirs.

L'amour en Morceaux
Mise en scène d'Olivier Benoit pour la Cie Tabola Rassa
Avec Maria Cristina Paiva, Asier Saenz de Ugarte
Musique de Rémi Libéreau
Régie de Jorge Garcia
Du 30 novembre au 4 décembre 2018
Ven, sam, mar à 20h30 / Dim à 17h00 / Relâche le lundi
Au Théâtre Victor Hugo
14 avenue Victor Hugo, 92220 Bagneux
01 46 63 96 66 - reservationtvh@valleesud.fr

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