samedi 29 décembre 2018

Double fond d'Elsa Osorio


J'ai découvert Double fond parce qu'il figurait dans la sélection d'un prix ... qui au final me semble rassembler plusieurs ouvrages du même type : des romans d'aventure qui combinent la réalité historique avec la fiction.

Je n'aurais pas dû l'ouvrir après Le roi chocolat (qui lui-même succédait à un autre livre dont l'action était déjà ancrée dans le même continent), et alors que j'étais moi-même dans cette région du monde. Je n'ai pas vraiment eu le sentiment de "voyager" mais d'autres lecteurs ne seront pas dans le même état d'esprit.

Elsa Osorio raconte, dans ce quasi-documentaire à fort suspense, une des périodes les plus sombres de l’histoire argentine. Certains passages sont d'une violence insoutenable et pourtant nécessaire pour que le lecteur n'oublie pas que ça a bel et bien existé.

Passé et présent sont imbriqués habilement. On est surpris de réaliser combien la dictature était bien présente aussi en France. Ça fait froid dans le dos.

Le roman est truffé d'extraits du journal intime de Juana (qui hélas ne sont pas nettement différenciés dans la version numérique que j'ai lue mais qui doivent être plus identifiables dans la version papier).

Le procédé narratif est original car le lecteur connait la vérité avec une longueur d'avance sur le trio d'enquêteurs (Muriel une journaliste, Marcel un traducteur et ami de la jeune femme et Geneviève, la voisine de la défunte) qui s'associent pour les besoins de la cause. Chacun est animé de ses propres motivations mais qui vont toutes dans le même sens : faire la lumière sur l'étonnant soit-disant suicide de Marie Le Boullec, médecin apparemment sans histoire, retrouvée noyée près de Saint-Nazaire en 2004.

Est-elle une victime supplémentaire d'un de ces vols de la mort qui consistaient à balancer des prisonniers vivants, conscients mais anesthésiés, du haut d’avions pendant des vols de nuit tous feux éteints au-dessus de la mer. Leur délit était d'être membres des FAR, des Monteneros, ou seulement simples militants politiques, syndicalistes, artistes, ou autres soi-disant subversifs. Ils furent des milliers à ainsi disparaitre.

On tremble à chaque nouvel épisode parce qu'on ne connait pas le contexte de la mort de cette femme, qui a plusieurs identités, et on se demande quel rôle joue son fils (lequel communique par email avec sa mère puis avec la journaliste qui se fait passer pour elle) et s'il se trouve lui-même encore en danger.

Personne ne croit à la thèse du suicide mais le mystère est entier. La maison de Geneviève devient le QG de l'enquête parce que c'est sur son ordinateur que Marie consultait ses mails pour correspondre avec un jeune homme sous un troisième nom, Soledad Durand.

Qui dit vrai ? Quelle est la véritable identité de la naufragée ? Comment en est-elle venue à troquer sa liberté contre la vie de son enfant et accepté de collaborer avec la dictature, en particulier au Centre pilote de Paris. A-t-elle trahi ou est-elle restée fidèle à ses convictions ? Comment réagira son fils quand il connaitra la vérité ... si celle-ci parvient à être reconstituée par le trio, à moins que chacun ne parte dans une direction différente.

Elsa Osorio est née à Buenos Aires en 1952 où elle réside actuellement, après avoir vécu à Paris et à Madrid. Elle est romancière, biographe, nouvelliste et scénariste pour le cinéma et la télévision. Sa connaissance de la situation politique de son pays rend son roman encore plus poignant.

Double fond d'Elsa Osorio, traduit par François Gaudry, Editions Metaillé, en librairie depuis le 18 janvier 2018
Lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de la Ville d'Antony (92)

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)