vendredi 28 février 2014

Second portrait d'Irena, le premier roman de Laura Berg chez Naïve

Premier roman, mais pas premier livre. Laura Berg (j'ai failli écrire Iréna) n'en est pas à son premier coup d'essai.

Et elle est loin d'en avoir terminé avec la littérature. Avant ce Second portrait d’Irena, elle a publié chez Actes Sud Junior Jeux de portraits, illustrations de Cécile Gambini, en mai 2012, et La photo à petits pas, illustrations de Vincent Bergier, en avril 2010.

L'année précédente Photo de portrait, était paru chez Eyrolles.

Elle cumule avec bonheur les deux activités : photographe et auteur. A lire Second portait d'Irena, on devine qu'elle a décidé d'emprunter cette voie pour gagner en liberté.

Elle raconte l'histoire d'un retour provoqué par un héritage (le règlement d'une succession est un thème que l'on trouve fréquemment en ce moment, dans presque chacun des livres qui me passent entre les mains). A l'occasion d'un voyage en Pologne, Darius, le narrateur, se confronte à sa famille, à ses anciens amis et surtout à Irena, une femme qu'il a aimée, et fuie. C'est le moment aussi de "revenir" sur ses choix antérieurs, la rupture avec cet amour de jeunesse et l'exil du pays natal.

Le doute n'est pas possible. Laura Berg connait la ville de Poznan en Pologne. Elle y est allée à plusieurs reprises. C’est même dans cette ville qu'elle a commencé à écrire ce premier roman il y a quatre ans alors qu'elle y séjournait quelques semaines.
J'ai remarqué sur son site des clichés pris au zoo parmi lesquels j'ai choisi celui-ci pour la douceur et la nostalgie qui s'en dégagent. Ce parc est un des endroits qu'elle décrit dans ce roman. J'ai retenu cette photo aussi pour les taches qui font écho aux coquelicots de la robe qui illustre la couverture du livre. Ayant critiqué ces derniers temps les couvertures je me dois de souligner combien celle-ci a été bien choisie.

Celle-ci est formidablement évocatrice de l'univers de Laura Berg. Ce n'est pas elle qui la signe mais elle aurait pu la prendre. J'ai remarqué cette autre photographie, toujours sur son site, dans sa collection "la banlieue d'un monde magique".

Elle emploie le stylo sans perdre son regard de photographe. Elle a la capacité de géolocaliser l'espace en mettant au point sur un focus intérieur.

Son écriture est un prolongement parfait de son regard artistique. Raconter l'histoire au masculin, du point de vue de Darius, est une manière de continuer à maintenir le sujet à distance ... juste un peu puisque le jeune homme est lui aussi photographe.

A coté de Darius et d'Irena gravitent un groupe de personnages secondaires mais essentiels, plus ou moins liés entre eux : l'oncle Mikolaj, la mère Malgorza, son ex-amour Zagraw dont la mort provoque le retour, la soeur Halina, Haruko, la locataire asiatique, et puis Piotr, Pawel. Chacun semble forgé d'un alliage de force de caractère et d'une certaine fragilité. 

L'auteur a l'art de provoquer une tension chez le lecteur qui n'a de cesse de comprendre ce qui a fait que Darius a quitté la Pologne, ce qui ferait qu'il y resterait de nouveau ... ou pas. Il faudrait qu'il abandonne sa posture d'idéaliste, qu'il accepte d'aimer sans avoir jamais rien à pardonner (p. 66).

Faut-il aimer donc le Grand Est, la Żubrówka, les hivers glacés, les barbecues insensés, le théâtre classique de Tchekov, Dostoïevski, ou la contemporanéité de Michèle Lesbre avec qui je lui trouve des points communs ? Il n'est pas nécessaire de connaitre cela pour saisir ce morceau d'âme slave que la romancière, nous met sous le nez avec des mots simples.

Le photographe est aveugle à l'instant où il déclenche (p. 137). C'est peut-être pour cela que l'écriture devient essentielle à Laura Berg.

Si elle ne déserte pas la photographie où elle exerce toujours en free-lance, elle n'abandonne pas l'écriture. Elle travaille en ce moment sur un projet très différent (encore un autre) qui consiste à écrire le texte d'une bande dessinée dans une collection de Grands Destins. Son projet de scénario est parait-il déjà très prometteur.

Second portrait d'Irena, le premier roman de Laura Berg aux éditions Naïve Livres, février 2014
Je précise que Laura Berg m'a autorisé à employer ses photos.

jeudi 27 février 2014

Ma recette de poivrons confits

On restera dans l'esprit "récupération" et anti gaspillage initié hier.

La peau des poivrons est plutôt indigeste. Les cuisiniers recommandent de les passer au four, puis de les envelopper dans une feuille de papier aluminium et ensuite de retirer la peau.

Outre le fait qu'on se brûle les doigts ce procédé est énergivore, et vraiment pas économique si on n'a qu'un ou deux poivrons à préparer. J'ai donc une méthode pour obtenir le résultat escompté (des poivrons digestes) en me simplifiant la vie.

Il suffit de les laver, de les couper en lanières après avoir retiré les graines et de les passer au micro-ondes quelques minutes sous cloche, dans un récipient en plastique.

On remuera et on recommencera l'opération si les légumes sont trop croquants.

On verse ensuite du vinaigre sur les légumes encore chaud. On ferme le récipient et on laisse confire doucement. A ce stade on peut saler (car le sel se dissout dans le vinaigre mais pas dans l'huile).
Ces poivrons se conserveront quelques jours au réfrigérateur. On peut les manger froids en entrée après avoir ajouté l'huile de son choix. Ou bien les employer pour apporter une touche de couleur à une salade verte, plutôt banale. Ou encore en disposer sur des poireaux (en l'occurrence des mini-poireaux sur la photo) ... Toutes les associations sont permises.

Depuis que j'ai testé ce façon de faire j'achète des poivrons,  de préférence jaunes ou rouges dès que j'en trouve à un prix intéressant. Mon fruitier en "solde" souvent. Il suffit qu'ils aient une petite trace de moisissure comme on peut voir sur la photo en haut de l'article pour qu'ils se retrouvent au moins 6 dans une corbeille au prix unique de 2  €.

Il m'en avait mis de coté dans la perspective des ateliers que j'animais aujourd'hui sur le stand du Ministère de l'agriculture et je vous garantis que ceux qui les ont goutés ainsi préparés se sont déclarés convaincus.
Ce soir c'est avec du blé Ebly que je les ai associés et consommés tièdes.

mercredi 26 février 2014

Faire un trait sur la raclette presque ordinaire

C'est à la demande du Ministère de l'agriculture que j'ai animé aujourd'hui (et d'autre séances sont programmées demain) des ateliers pour enfants au Salon de l'agriculture pour les sensibiliser au gaspillage alimentaire.

Ce sujet évoque surtout pour eux l'obligation de "finir son assiette à la cantine". On est loin du message que j'ai tenu à leur transmettre : en résumé être anti-gaspi est un mode de vie qui peut rimer avec gourmandise, plaisir et créativité

Je leur ai fait apprécier des fruits et des légumes qu'ils détestent habituellement. Je ne les avais pas choisis à cette intention. Il se trouve que c'est ce que j'avais sous la main depuis la veille. Car ne pas gaspiller amène à faire des économies pour peu qu'on soit astucieux et qu'on accepte de tirer parti des bonnes occasions.

Je reviendrai sur le sujet. Beaucoup d'adultes présents étaient à l'affut des bons plans. L'un d'entre eux consiste à faire ses achats le samedi en fin de journée au moment où certaines grandes surfaces bradent les légumes tout prêts (déjà épluchés, donc économiques en temps) pour cause de DLC courte.

En effet si la date limite tombe le lundi il y a peu de chance qu'un consommateur achète alors le produit qui partira à la poubelle. Autant le solder. Il faut savoir qu'une DLC n'est pas un couperet. Le plus souvent le produit est encore parfait 3 jours plus tard, à condition de l'avoir conservé dans de bonnes conditions. S'agissant des yaourts, au risque de vous faire hurler je vous dirai, de source officielle, que tant qu'il n'est pas moisi il est consommable.

Ce soir, en rentrant rompue du Salon de l'agriculture, je trouvai dans mon frigo une boite de presque 200 grammes de chou blanc émincé (40 centimes au lieu de 0,98) que j'ai jeté dans un wok, sans aucune matière grasse.

Quelques secondes plus tard j'ai ajouté une poignée de champignons émincés (valeur soldée 25 centimes) puis, juste avant que cela ne brûle, un demi verre d'eau. Ni sel, ni poivre.

J'ai posé 3 tranches de raclette fumée, aux épices (prélevées dans une barquette acquise moitié prix), dessus quelques secondes.
J'étais passée lundi sur le stand des Huiles végétales où j'avais pu déguster de l'huile de colza vierge. J'ignorais que cela existait. Depuis je ne jure que par les huiles vierges, plus parfumées. Elles sont certes un peu plus couteuses à l'achat mais, si on fait attention au reste, économiser sur ce poste ne serait pas judicieux.

Dans l'assiette j'ai fait couler sur la raclette un trait d'huile vierge de colza, très jaune, à la saveur très minérale. Le régal a pesé pour moins d'un euro sur le budget. Et surtout c'était un plat que je n'aurais pas songé expérimenter spontanément alors que l'association chou blanc-champignons-raclette est très réussie.

Preuve est fairt qu'on peut se régaler pour peu qu'on soit inventif, et confiant dans ses tentatives. 

mardi 25 février 2014

Carnet de voyage d'Alter Eco en Afrique du Sud sur la route du rooibos

Alter Eco n'est plus tout à fait le même entreprise depuis son rachat, il y a quelques semaines par Distriborg, le n°1 de la distribution biologique en France, avec les marques Bjorg et Bonneterre.

On comprend combien l’entreprise de commerce équitable pouvait intéresser un distributeur qui a toujours affirmé sa volonté de proposer de véritables alternatives alimentaires biologiques, en y développant un volet social et équitable.

Alter Eco n'est plus une petite entreprise. Elle intègre un groupe mais elle conserve ses valeurs, et pour le moment sa triple promesse de passion, plaisir et partage. En attendant qu'aboutisse le chantier de refonte de stratégies dans un objectif de cohérence le travail se poursuit à l'identique.

Une chose est certaine : les mêmes coopératives continueront d'approvisionner la marque en produits de qualité. Et le lien avec les petits producteurs ne sera jamais rompu. Alter Eco a l'habitude de pratiquer des audits réguliers qui conduisent ceux qu'on désigne en interne sous le terme de "Militants du Bonheur" aux 4 coins du monde à la rencontre des producteurs et des coopératives partenaires.

Le dernier a conduit une équipe sur la route du rooibos, avec parmi eux Malissa, responsable des relations publiques, que j'avais rencontrée au dernier Salon du Chocolat. Je l'ai revue à son retour d'Afrique du Sud. 

La première étape, après avoir atterri en Afrique du Sud, alors en deuil national (Nelson Mandela venait de décéder) fut de rallier, à 800 mètres d'altitude, le plateau de Bokkeveld à la sauvagerie étonnante pour des parisiens.

Aucun rapport avec les parcelles de céréales et de vignes cultivées de manière intensive et qui les avaient alertés en quittant Capetown. Il fallut tout de même parcourir plus de 400 kilomètres vers le nord pour commencer à percevoir une certaine biodiversité.

Le but du voyage était de découvrir les différentes étapes de production, le mode de vie des fermiers et leurs préoccupations. il s'agissait aussi d'aborder les questions de gouvernance, l'impact social et environnemental, et actualiser les informations nécessaires à l'élaboration du bilan carbone du rooibos.

Une quarantaine de coopératives produisent cette plante de manière équitable. mais deux seulement travaillent avec de petits producteurs. C'est la Coopérative Heiveld qui était le but du voyage.

Une de ses originalités est de rassembler des femmes à plus d’un tiers parmi ses 65 membres, tous propriétaires. C'est la réforme agraire de 1994 qui a permis la redistribution des terres. Tous les fermiers de cette coopérative ont choisi de cultiver bio. Ils ont obtenu en 2003 la certification Commerce Equitable.

Les participants ont pu recueillir les derniers chiffres essentiels à la mise à jour de l'audit : consommation d'énergie, volumes de production, évolution des ventes, investissements ... sans oublier l'évaluation de leur niveau de vie.
Le groupe a rencontré un homme au destin exceptionnel, Uncle Koos, 62 ans. Il exerçait le métier de décorateur au Cap où ses revenus étaient 10 fois supérieurs à ce qu'il gagne aujourd'hui. Il est revenu dans le bush pour prendre la suite de son père et sa fierté de cultiver du rooibos bio est incontestable.

Il est un peu abusivement appelé thé rouge en raison de sa couleur mais il ne contient pas de théine. Il est consommé en infusion par les amateurs de thé qui ne veulent pas en subir les effets négatifs. C'est une sorte de buisson poussant à l'état endémique exclusivement sur ce plateau du Bokkeveld surnommé aussi "plateau des antilopes".
Sachant se défendre contre la sécheresse, il contribue à repousser l'avancée du désert. Rien que pour cela sa préservation est indispensable. Il a la capacité de continuer à vivre même après un incendie car sa graine est très bien protégée. Il y a néanmoins aussi des plantations de rooibos car la production de rooibos sauvage ne suffirait  pas à satisfaire la demande.
Ses fines feuilles en forme d'aiguille sont récoltées entre janvier et mars. La fermentation et le séchage se font en plein air avec juste le concours du soleil. La plante prend alors sa couleur rouge ambrée caractéristique et qui est à l'origine de son nom. Les opérations s'effectuent dans une "cour à thé" regroupant un espace de stockage, une ligne de coupe, une aire de séchage, et une maison pour accueillir les fermiers en période de récolte.
Le rooibos possède de multiples vertus anti-oxydantes. On rapporte des vertus anti-allergiques, digestives et permettant de lutter contre l'insomnie. Sa richesse en flavonoïdes ralentirait le vieillissement de la peau. Pour autant que je m'en souvienne son goût est à la fois doux et suave et l'absence de théine autorise une consommation sans modération.

Au-delà de l'indépendance financière qu'elle procure à ses membres, la réussite de la coopérative tient à la qualité des relations entres ses adhérents. A cet égard la transmission entre les générations est un facteur de cohésion essentiel. Les discussions furent passionnées, on s'en doute, autour du rôle des 2 ONG présentes au coté des producteurs, l'une spécialisée dans le Commerce Equitable, l'autre sur les questions de réchauffement climatique. et sur le rôle éducatif auprès des enfants.

Alter Eco ne sera pas présent au Salon de l'agriculture qui bat son plein en ce moment mais on peut se réjouir que l'expertise et la traçabilité resteront des garanties essentielles de l'entreprise.

lundi 24 février 2014

Que ton règne vienne de Xavier de Moulins chez JC Lattès

Je connais Xavier de Moulins. Vous aussi d'ailleurs: il est journaliste à M6. Son visage public donne les news tous les soirs à 19 heures.

Je connais Xavier de Moulins. Quand je l'ai vu, je veux dire en chair et en os, son visage émergeait derrière une pile de livres. Je venais de terminer Ce parfait ciel bleu et, toute à ma surprise d'être nez à nez avec l'auteur, je voulais lui exprimer en direct tout le bien que j'en pensais.

Une conversation s'engagea, un peu surréaliste lorsqu'il me confia que l'écriture lui permettait de s'évader de son boulot quotidien. Je lui ai alors bêtement demandé ce qu'il faisait dans la "vraie" vie.

- Je présente le JT.

Suivit ce qu'on appelle "un blanc" dans le jargon télévisuel. Je n'étais pas sûre d'avoir gaffé. C'était l'auteur qui m'intéressait, pas le personnage médiatique. Par chance il a pris mon ignorance pour un compliment. Avec raison. Je le comprends de pratiquer le journalisme pour vivre, l'écriture pour exister. 

Je connais Xavier de Moulins. Oui et non. Que ton règne vienne, fatalité divine, est un long poème en prose que j'ai lu une première fois, pour en entendre le texte, et puis une seconde pour en entendre l'histoire. Comme ces films qu'on ne regrette jamais de visionner à plusieurs reprises.

Du coup, j'ai pris mon temps avant d'écrire cette chronique. J'ai sursauté quand j'ai entendu Natacha Polony cuisiner l'auteur sur le fauteuil d'On n'est pas couché. Voilà que cette journaliste, d'habitude finaude, nous assène une comparaison avec La Maison Atlantique de Philippe Besson au prétexte que tous les deux (que l'on rapproche aussi bêtement parce qu'ils ont été journalistes à Paris Dernière) ont en commun la capacité à construire le suspense, une façon comparable de décrire le rapport père-fils, à la première personne, caractéristiques qu'on retrouve, dit-elle, dans quasiment la totalité des romans aujourd'hui. Elle regrette l'absence de discours sur le monde, en estimant que ses propos sur l'embourgeoisement des homosexuels est un peu faible en terme de réflexion sur l'état de la société. Tout en saluant la sueur de l'écrivain, et l'effort de construction elle se plaint enfin qu'on nous accroche juste sur l'émotion.

Comparaison n'est pas raison. Xavier de Moulins a fort aimablement expliqué qu'un roman n'a pas pour vocation à être une thèse de sociologie. Invoquant la liberté du romancier il revendique le droit de raconter une histoire d'amour avant, bonne pâte, de concéder qu'il écrira peut-être son prochain roman à la troisième personne.

Si Natacha Polony désire des billes pour élever ses enfants, qu'elle lise donc Mon métier de père, de Gilles Verdiani, chez JC Lattès. Ecrit il y a deux ans, il restera longtemps d'actualité. Et je vous encourage à en faire autant parce que c'est juste, et drôle à la fois.

Je m'étonne que la belle dame ne lui ai pas reproché de situer un chapitre sur deux en 2015 en y pointant la preuve que cette histoire était une invention. N'oublions jamais qu'un roman est une fiction et arrêtons d'y chercher des éléments autobiographiques (ou des réflexions sociétales). Xavier de Moulins le rappelle : le je peut devenir il à travers les livres.

Au tour alors d'Aymeric Caron de charcuter l'oeuvre au motif que l'auteur surferait sur la vague trendy du mariage pour tous et de la GPA, dont, ô sacrilège, il ne fait pas l'apologie. Que le journaliste soit pour ou contre est une question hors sujet. Puisqu'il faut se justifier l'écrivain expliqua avec pédagogie qu'effectivement aucun couple ne tient réellement debout dans ce livre, mais que ce n'est pas de lui qu'il parle, ni de son couple (qui se porte bien, et tant que j'y suis je vous dirai aussi que son père est décédé une quinzaine de jours après l'achèvement du livre, et que son amour paternel l'a aidé à se construire, voilà c'est écrit).

Ce qui est précisément intéressant c'est que parallèlement à ce constat d'échec, que fait le personnage principal, il démontre que d'autres duos sont peut-être plus solides, en l'occurrence un "couple" d'amis.

J'espère que cette émission de fin de soirée n'aura pas dissuadé les lecteurs. Que ton règne vienne  est un ouvrage qui procure un vrai plaisir de lecture. Un peu polar, un poil d'anticipation pour qu'on se demande comment les choses vont tourner alors qu'elles ont déjà eu lieu. Une écriture vigoureuse qui tient en haleine, surprenante et touchante. Des images taillées dans la roche.

Jean-Paul n'est "que" le père de Paul ... dont on remarquera qu'il est réduit à n'être que sa moitié. Un père démoniaque qui adresse au fiston un message d'interdiction : la vie est mon domaine, la vie n'appartient qu'à moi (p. 69).

Rien d'étonnant à ce que Paul soit tout le temps dans la fuite, et pas seulement dans l'évitement (salutaire) des passions destructrices. Il renâcle quand sa femme parie sur une scène de ménage : j'ai trop peur des conflits pour ressentir la peine qu'elle exige de moi (p. 111).

Son épouse peut bien faire monter les enchères. Rien n'est grave aux yeux de Paul. L'influence du père sans doute sur un petit garçon qui était prêt à tout (...) pour une reconnaissance ou un signe (...) de la part d'un père devenu imprévisible, jamais là où mes pleurs l'attendent. J'apprends la violence du vocabulaire,l'impact d'une phrase anodine (...) Il parait qu'on aime toujours ses bourreaux. (...) La bête est coriace, mon désir sans fin. (p. 68)

Xavier de Moulins écrit fort bien. Je ne vous copierai pas les quelques lignes qu'il cisèle sur la jalousie (p. 155-156). Tout est dit avec une économie cinglante de mots.

Au tennis comme dans la vie, rien n'est jamais gagné ou perdu (p. 134). Le chemin sera long avant que son règne vienne mais sa volonté triomphera. A vous de lire le roman pour découvrir de quelle victoire il s'agit et qui l'emporte.

Que ton règne vienne de Xavier de Moulins chez JC Lattès, février 2014

dimanche 23 février 2014

La nuit n’oubliera pas de Pamela Hartshorne aux éditions l’Archipel

J'ai rencontré Pamela Hartshorne à Paris le 13 février alors que je n'avais pas encore lu son livre que j'avais tout juste commencé.

J'ai été surprise par la qualité de son expression française. Elle peut lire la traduction du roman "dans le texte. Elle complimente à cet égard la traductrice qui a fait une "really close translation".

C'était courageux pour une britannique (écossaise pour être précise) de venir aussi simplement au devant des bloggeurs pour leur parler dans leur langue. Inversement nous avons ensuite tous accepté de l'entendre "dans le texte" et par bonheur j'ai eu le sentiment d'être quasiment bilingue. Merci Pamela pour s'être ainsi mise à notre portée!

Les éditions l’Archipel avaient organisé la rencontre dans le cadre sympathique du Pain Quotidien, 18 rue des Archives dans le 4ème arrondissement, où nous avons dîné et partagé le pain. Il était donc naturel qu'on devienne copains-copines. 

Le nom de Pamela Hartshorne est peu connu. La nuit n’oubliera pas est son premier roman. En réalité elle n'en est pas à un coup d'essai (ce qui est un des éléments expliquant la qualité du livre). Elle a signé plus de 45 romances "Harlequin", sous la plume de Jessica Hart, et elle assume cette maternité avec charme. Elle en sourit en nous disant qu'il lui fut très "naturel" d'écrire les scènes d'amour du roman.

C'est sous l'influence de son agent qu'elle a démarré cette histoire avec comme premier objectif de financer son doctorat. On lui conseilla d'associer sorcellerie, surnaturel et amour, ce dernier ingrédient étant inévitablement évident.

Pamela avoue admirer des écrivains qui excellent dans le "romantic suspens " comme Barbara Erskine en premier lieu, Tana French, Lisa Gardner (que j'avais lue dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE), Juliet Marillier, Lee Child, Harlan Coben, Nora Roberts, Susan Elizabeth Phillips, Loretta Chase, Kate Morton, Nicci French, Sharon Penman et Philippa Gregory (elle ne cite que des écrivains qui publient dans sa langue). Et elle reconnait volontiers que les uns et les autres l'ont influencée d'une manière ou d'une autre.

Elle connait peu les auteurs français. La notoriété de Fred Vargas est malgré tout arrivée jusqu'à elle.

S'agissant de la littérature romantique, je ne peux pas revendiquer une quelconque compétence mais j'ai tout de même noté que Pamela est un auteur reconnu dans le domaine. Elle a même gagné le plus prestigieux des prix, un Rita Award en 2013. Cette récompense vise l'excellence dans treize catégories de la littérature romantique.  Ce n'est pas l'unique genre que je lis. On peut même dire que ce n'est pas celui que je recherche quand je me mets en quête de lecture. Je ne jugerais donc pas cette littérature en tant que spécialiste mais le fait que j'ai apprécié ce roman démontre qu'il est tout à fait lisible par "tout un chacun".
Après avoir survécu au tsunami de 2004, Grace se rend à York, au nord de l'Angleterre, pour régler la succession de sa marraine Lucy, dont elle vient d'hériter. Or, dès qu'elle pénètre dans la maison vide de sa marraine, elle est assaillie par d'étranges visions venues d'un lointain passé. Pire, elle croit entendre une voix angoissée appeler une fillette prénommée Bess. Qui est cette enfant ? D'où vient ce chuchotement désespéré ? York, 1577. Hawise, une jeune fille rêveuse éprise de liberté, rencontre le séduisant Francis. Mais ce dernier révélera vite sa vraie nature, et sa passion destructrice pour Hawise. Il la veut, vivante ou morte... Pour ces deux femmes, malgré les quatre siècles qui les séparent, un même destin et un seul but : sauver une enfant en danger.
La nuit n’oubliera pas, tel est le titre choisi par les éditions Archipel, avec une couverture plutôt étonnante alors que la version France Loisirs, l'Echo de ton souvenir, me semble beaucoup plus romantique et plus proche aussi de l'original, Time's Echo.
Sur les visuels de ces deux là on remarque une pomme. Il faut savoir que ce fruit joue un rôle très récurrent dans le roman. Le choix d'une couverture est toujours tumultueux dans les équipes de rédaction. Je reconnais par contre à la Nuit n'oubliera pas le mérite de situer l'héroïne au bord de l'eau.

L'élément liquide est fondamental et Pamela, la première, fut étonnée des remarques que nous lui avons faites à ce propos. C'est la déferlante du tsunami, le tourbillon qui entraine Grâce dans d'atroces cauchemars, la rivière qui attire Hawise ... Pamela estime que l'eau a pris une place aussi étrange que fondamentale de façon tout à fait inconsciente. Comme si elle avait été entrainée par ses personnages au fur et à mesure qu’elle écrivait...
Elle ne renie pas des points communs en particulier avec Grâce : Yes, she's quite like me ... Elle fut elle aussi architecte, aime cuisiner, ne se considère pas comme une intellectuelle, estime avoir le sens des réalités. Elle n’a pas vécu le tsunami mais elle a aussi enseigné l'anglais à Djakarta. Puis elle s'est installée à York où elle a trouvé "a place to belong"Il lui aurait été impensable de situer l'intrigue ailleurs que dans cette petite ville au passé riche dont elle se fait une ambassadrice passionnée et qui devient un personnage à part entière du récit.

L'histoire est double et semble se répéter à plusieurs siècles d'intervalle. Pamela a un doctorat en Histoire Médiévale et elle a mis ses connaissances au service de son écriture. Le moindre détail est authentique et c'est un des atouts de son roman, centré sur la vie quotidienne des "gens ordinaires" dans les années 1570 à l'époque des Tudors qu'elle reconnait être "son" XVI° siècle bien davantage que sur les "grands" évènements. N'allez pas croire pour autant qu'elle regrette de ne pas y avoir vécu à cette époque. La place de la femme, accusée de sorcellerie pour peu qu'elle soit différente a de quoi effrayer.

Hawise a vraiment existé. Ce prénom qui semble inventé est bien réel, un peu vieillot d'ailleurs au Moyen-Age. Les personnages de ses prochains romans porteront des prénoms moins étonnants (Neil, puis Jane nous dit-elle) dans un texte qui devrait être moins littéraire, et donc plus "populaire".

Pamela Harthorne ne croit pas en la réincarnation ni aux fantômes mais elle nous parle d'amis qui ont témoigné des faits étonnants. Elle reconnait les croire sans réserve. Elle préfère ne pas croire mais est troublée par ce qu'elle nomme le "pouvoir du passé" et toutes ces choses que l'on ne peut expliquer.

C'est peut-être la raison qui la conduite à trouver une conclusion somme toute rationnelle.

Une fois ouvert le lecteur est accroché et n'aura de cesse de connaitre la suite, comme dans le plus classique des "page-turner" qu’il est difficile de lâcher. Mais à l'inverse de ceux que l'on oublie assez vite je gage que ce roman restera en mémoire beaucoup plus longtemps. S'il y est question d'héritage (un thème que je trouve récurrent ces derniers temps) il est là traité d'une manière très large en dépassant le cadre des biens matériels.

Elle traite aussi de la liberté que l'on s'accorde à vivre son destin. J'ai aimé la manière que l'auteur a eue de nous faire glisser d'un siècle à l'autre, en m'attachant à chacune des deux héroïnes. 

Retenez son nom car elle n'est pas prête de s'arrêter à concocter ce genre de romans. Il se pourrait même qu'elle aille plus loin avec des thrillers historiques.
C'est dans une ambiance très détendue que nous avons pu converser avec cette femme si sympathique. Le temps est passé très vite. Il restait une dernière et agréable formalité dont elle s'est acquitté avec le sourire : la dédicace.

Si un doute subsiste avant de vous lancer dans cette lecture vous pouvez télécharger un extrait à cette adresse.

La nuit n’oubliera pas de Pamela Hartshorne, traduction de Philippine Voltarino
Editions de l'Archipel, février 2014

samedi 22 février 2014

Moi, Colette au Petit Théâtre de Maxim's

C'est un théâtre incongru, le Petit théâtre de chez Maxim's, parce qu'il n'est pas facile à exploiter même si sa situation en plein Paris est très avantageuse. C'est une comédienne, Véronique Fourcaud, que j'ai déjà vue sur scène et que j'apprécie. C'est un sujet qui m'intéressait. Les conditions étaient réunies pour que je vous fasse part de mon enthousiasme ... et puis non. Comme quoi je peux ne pas perdre mon esprit critique malgré de sympathiques intentions.

Il s'agit de s'appuyer sur un prétexte pour en faire un one-woman-show. Nous sommes en Juin 1935 dans une cabine première classe du paquebot Normandie, de retour de son voyage inaugural vers les States, en compagnie d'une "people" des années 30, Colette.

La pratique ne date pas d'hier. Parmi le millier de passagers, en tête desquels se trouve Marguerite Lebrun, épouse du Président de la République et marraine du navire, nombre de personnalités participent à la traversée. On y trouve ainsi l'actrice Valentine Tessier, la grande couturière Jeanne Lanvin, plusieurs nobles, un Maharajah, des ministres et sénateurs, des académiciens, beaucoup de journalistes qui expédieront leurs articles par TSF pendant les 5 jours de la traversée.

Un photographe professionnel sera habilité à "couvrir" l’événement : Roger Schall, alors très connu pour ses reportages et photos de mode. Il sera le seul à capter tous les instants de ce voyage, du dîner de gala formel aux accolades autour du bar de la piscine en passant par les promenades sur le pont supérieur. C'est un des clichés de la collection Schall qui illustre cet article.

Les grands journaux ont réservé des cabines pour leurs envoyés spéciaux. Certains "s’offrent" des plumes célèbres : Blaise Cendrars pour Paris-Soir (mais en classe touriste) et Colette, qui avait été en 1919 directrice littéraire du journal Le Matin,  embarque pour le quotidien Le Journal (en première classe).

Celle-ci nous est montrée, mettant la dernière touche à la causerie que lui aurait réclamé le commandant, histoire d'animer une soirée.

Pierre-André Hélène en est l'auteur. Historien d’art, écrivain et comédien, il est aussi le directeur du nouveau musée parisien "La collection 1900" chez le même Maxim’s. Il introduit le spectacle en nous jurant avoir découvert après coup qu'une causerie de la sorte aurait bel et bien eu lieu. Le souci est qu'on n'en retrouve pas la trace, ou du moins très fugace, évoquée comme ayant été fait à l'aller et non au retour. Le discours en question a été improvisé.

Les paroles attribuées à Colette (1873-1954) ne sont donc pas celles qu'elle aurait prononcées là-bas mais elles restent plausibles. Ses souvenirs sont dans le domaine de la notoriété publique et il n'est pas compliqué de puiser dans le vivier pour les donner à dire sur scène. On veut bien croire que Pierre-André Hélène ait réinventé, avec ses propres mots, le fil d’un discours qu’elle aurait pu dire.

Elle a collectionné les amants (le masculin pluriel inclue le féminin mais on comprendra qu'il n'en soit pas question ce soir). Il était sans doute impensable qu'elle évoque publiquement ses amours féminines. Quand on pense qu'il lui fallut épouser civilement sur le paquebot Maurice Goudeket, qui restera son plus proche ami jusqu'à la fin de sa vie, de manière à ce qu'ils puissent partager à New-York la même chambre d’hôtel !

On connait désormais surtout la femme en tant qu'écrivain. Elle démarra sa grande carrière comme nègre ... de son mari. On sait bien aujourd'hui qu'il s'est attribué ses premiers ouvrages. Et si on se replace dans la France des années trente il faut savoir que Colette était très appréciée en tant que journaliste.

Le point de départ du spectacle était donc judicieux. A condition qu'on ait vu et entendu la femme journaliste. L'action a lieu dans l'espace confiné de la chambre. L'espace est réduit mais le parti pris de mise en scène choisi par Théodora Mytakis ne fonctionne pas bien. L'actrice est comme bloquée derrière un bureau qui fait barrage entre elle et le public alors que c'est à lui qu'elle s'adresse à plusieurs reprises de manière intentionnelle, frôlant presque le dialogue à coups de Voulez-vous savoir ?

Il aurait été plus intéressant d'opter radicalement pour ce procédé, quitte à revoir le texte a minima. Ou alors demeurer dans une direction d'acteurs intimiste avec une Colette se parlant à elle-même ...

Cette voie aurait permis de mieux mettre en lumière les diverses facettes de cette femme qui un jour élevait des chats, des chiens, des chauve-souris, des écureuils, un autre ouvrait rue de Miromesnil un institut de beauté, bien forcée de gagner sa vie pour maintenir sa liberté, et d'enchainer ce qu'on appelle maintenant "les boulots alimentaires". Et qui aussi conseilla à Georges Simenon Écrivez des histoires simples, surtout pas de littérature. Il est vrai que ce fut après 1935 ...

Est-ce parce qu'on s'approche de la Journée de la Femme (le 8 mars) que j'attendais davantage de cette pièce ? Elle sera la première femme à laquelle la République accordera des obsèques nationales, en dépit de sa réputation sulfureuse et du refus par l'Église catholique de consentir à un enterrement religieux. Car enfin Colette avait un charisme hors du commun, alliant humour et causticité et il est dommage de nous la montrer surtout comme (je cite le texte) une emmerdeuse, ni comme quelqu'un (je cite encore) qui a horreur d'écrire, n'ayant jamais le bon stylo.

Le moins qu'on puisse dire est que cette aura ne saute pas aux yeux en entendant la musique du film Titanic, ou en la voyant attifée comme elle l'est dans cette pièce. Impossible de l'imaginer faire un discours dans cette tenue devant un parterre de personnalité ! Difficile aussi de concevoir qu'elle a encore devant elle une vingtaine d'années à vivre.

Ses traits (positifs) de caractère ressortent insuffisamment, de même que son talent d'écriture comme en témoignent quelques phrases qu'elle a écrite au sujet de cette traversée :
"Dans la salle à manger aux murailles translucides, un bataillon impeccable de stewarts a retrouvé la vie, sinon le mouvement, sous un plafond de basilique, au soleil d’une futaie de colonnes lumineuses. À perte de vue, des icebergs givrés et géants, orgues de cristal… Je suis seule et j’hésite à commander ce qui me paraît être, par contraste, le plus petit café au lait du monde."
Ou encore :
"Derrière une brume bleue, le groupe des géants se lève, grandit peu à peu, crève de la tête la brume, offre au soleil des fronts dont aucun édifice humain n’égale la hardiesse."
Ces paroles sont extraites du livre souvenir commandé à Blaise Cendrars, A bord de Normandie, hélas épuisé.
Dans le Journal de la Traversée, Colette exprime au retour (qui est le moment où l'auteur situe sa pièce) une vision romantique de la capitale américaine :
"A demi visible, New-York se pare de romantisme autant que les burgs qui sortirent hérissés, empennés, des songes de Gustave Doré, de Victor Hugo, et même de Robida. Dérivés tous du cube, fidèles au quadrilatère simple ou du quadrilatère gigogne, une loi mystérieuse d'opportunité et de proportion veut pourtant que l'un soit beau, contente l'oeil et l'esprit, tandis que l'autre se fait lourd, affligé de sa propre hauteur, montre et rétrécit par degrés massifs."
On est loin de ses remarques ironiques : Ah New York ! Les stylos y sont les mêmes qu'à Paris mais ici ils sont plus frais. Ou encore : Les seuls qui parlent français sont les chats ... quand ils miaulent.

Le spectacle a néanmoins plusieurs qualités, à commencer par donner envie de se replonger dans l'oeuvre de Colette. Comme par exemple le recueil Prisons et Paradis, où Colette nous offre mille et une de ses recettes (elle était très très gourmande).

Voici le secret de son élixir, le vin d’oranges : "... Au milieu des cris, je coupai, je noyai, quatre oranges coupées en lames, un citron qui pendait, le moment d’avant, au bout de sa branche, un bâton de vanille argenté comme un vieillard, six cents grammes de sucre de canne. Un bocal ventru, bouché de liège et de linge, se chargea de la macération, qui dura cinquante jours; je n’eus plus qu’à filtrer et mettre en bouteilles."

Colette autant culturelle que culinaire ...

Quelques mots à propos de Véronique Fourcaud, comédienne et chanteuse lyrique, qui à de trop brefs instants évoque Colette dès qu'elle prend appui sur son coude en nous regardant de trois quarts. Elle en a la carrure et il suffirait de peu pour quelle soit tout à fait le personnage.
Elle interprète aussi en ce moment le "monstre" de théâtre que fut Sarah Bernhardt au Théâtre du Ranelagh tous les mardis à 20 heures jusqu'au 18 mars. C'est un spectacle que j'ai déjà vu et qu'il ne faudrait pas bouder.

Moi, Colette avec Véronique Fourcaud
Une pièce de Pierre-André Hélène, mise en scène de Théodora Mytakis
Depuis le 19 janvier 2013 les dimanches à 16h30
Petit théâtre de chez Maxim's, 3, rue Royale, 75008 Paris
Réservations par tél. au 01.42.65.30.47

lundi 17 février 2014

La voix à la Cité des Sciences et de l'Industrie

La Voix est au coeur d'une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie qui a ouvert ses portes il y a déjà deux mois.

Le sujet me «parle» depuis longtemps, et encore plus particulièrement maintenant que je collabore à une émission de radio.

Cette participation a beau être modeste elle est importante. Il y a quelque chose de magique à pouvoir transmettre tant d’émotions et de nuances avec un organe si fragile.

L’exposition qui se déploie sur un espace assez vaste, mais intime, dévoile diverses facettes de la voix.

On y est invité à apprendre et comprendre comment fonctionnent nos cordes vocales du point de vue anatomique et acoustique. Mais, et ce fut pour moi le plus intéressant, on peut se livrer à toute une série d’expériences avec sa propre voix.

Il suffit de s'enregistrer en lisant La Fourmi, célèbre poème de Robert Desnos, imprimé sous nos yeux. Se réécouter est une première surprise. A l’aide d’un logiciel, on peut ensuite faire vieillir sa voix, ou rajeunir, la masculiniser ou la féminiser.

On peut aussi se risquer au difficile exercice de l'enregistrement radiophonique à travers 4 exercices, comme le lancement d’un disque (il faut s’entrainer avant de tenir dans le laps de temps imparti) ou devenir présentatrice d’un match de foot (j’ai compris que ce n’était pas dans mes cordes car si les noms des joueurs sur le terrain s’affichent pour nous aider, il nous faut imaginer le texte par soi-même, et là je manque d'expérience).

Par contre je me suis amusée avec la météo marine et j’ai lu un bulletin de circulation routière en parvenant à le dire à la manière de FIP. Une manip très facile permet ensuite de se l'envoyer par mail. Je regrette vraiment de ne pas savoir l’intégrer à cet article pour vous donner envie de vous lancer dans l’aventure. Le problème sera peut-être «résolu» d’ici quelques jours.

Vous trouverez en tout cas à la fin un fichier vidéo qui survole les diverses stations où vous pourrez vous aussi faire des expérimentations.
On n’a pas l’habitude de s’entendre et il est intéressant de savoir sur quel registre on chante ... même si on n’est pas candidat à The Voice. L’un des ateliers de l’exposition invite à pousser la chansonnette afin de déterminer où se trouve notre tessiture, c'est-à-dire l’étendue musicale que nous pouvons exploiter en chantant. Une choriste qui se découvrirait alto quand elle se pensait soprano pourra travailler différemment. Et surtout ne pas s’abîmer la voix.

Car contrairement à des idées reçues nous ne disposons que de deux cordes vocales. Elles sont fragiles et expriment toutes nos émotions. On peut découvrir des voix particulièrement altérées et comprendre l’importance de consulter un phoniatre pour un bilan vocal, dès l’apparition de troubles.

La voix permet aussi de diagnostiquer des maladies. On sera bientôt en mesure de détecter en quelques secondes à peine la maladie de Parkinson à partir de quelques paroles.

Le champ de la recherche est infini. L'IRCAM sait reproduire des voix (célèbres) pour leur faire dire un texte qu'elles n'ont jamais prononcé en collant bout à bout des morceaux de syllabes (on parle de phonèmes). Cela fait peur mais c'est aussi un outil formidable par exemple pour le doublage de films.

On mesure aussi toutes les compétences de notre cerveau, capable de filtrer les nuisances sonores pour se focaliser uniquement sur l’écoute d’une voix humaine. Le téléphone portable n’a pas cette compétence qui s’appelle l’"effet Cocktail" d’où le son "pourri" qui ressort quand on s'essaie à enregistrer une conversation.

On s'amuse enfin avec un quizz sonore à vérifier notre rapidité à reconnaitre des voix d'artistes,  plus ou moins connues, chantées ou parlées. A ce petit jeu ce sont les non-voyants qui sont les plus forts, et pour cause, leur handicap les amènent à développer des compétences dans le domaine sonore, et en particulier la provenance des sons.

L'exposition alterne le didactique et le ludique. Le seul inconvénient (mais c'est aussi son intérêt) est dans le nombre de postes d'expérience qui sont vite pris d'assaut. Il ne faut pas croire que vous pourrez la visiter à un rythme haletant.

 
La voix, l'expo qui vous parle à la Cité des... par mairiedeparis

La voix, l’expo qui vous parle, jusqu'au au 28 septembre 2014.
Cité des sciences et de l’industrie
30, avenue Corentin-Cariou - 75019 Paris Métro Porte de la Villette
Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 18h, et jusqu’à 19h le dimanche.
01 40 05 80 00

dimanche 16 février 2014

La Belle et la Bête de Christopher Gans

Christophe Gans a déclaré s'être inspiré de l'univers féérique du cinéaste japonais Hayao Miyazaki. Le film est sorti aujourd'hui et je lui ai trouvé une grande originalité, comparativement à ce qu'on a déjà vu, qu'il s'agisse de la version noir et blanc de Cocteau, encore retentissante de la voix caverneuse de Jean Marais ou du dessin animé de Disney

Pari gagné de mon point de vue pour le réalisateur qui voulait réaliser une adaptation qui revienne à l'origine du conte, publié anonymement en 1740 par Madame de Villeneuve, sous le titre La jeune Américaine et les contes marins. Le synopsis mérite donc d'être précisé :
Après le naufrage de ses navires en 1810, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce.
Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.
Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie.
Chaque soir, à l’heure du dîner, Belle et la Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu’elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine.
Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique, qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un prince majestueux.
Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son cœur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour.
La magie opère dès les premières secondes avec un bruit de cloche qui semble être le battement d'un coeur. Réalité et songe seront constamment et intimement liés. Tout est insensé, à commencer par l'injonction de réclamer une vie pour une rose, mais qu'importe. On se laisse gagner par l'envoutement et la mise en scène, abondamment (et intelligemment) enrichie d'effets spéciaux.

En conclusion c'est une réussite, même si on n'en sort pas bouleversé, vous l'aurez deviné. On attend d'un tel film qu'il excite notre curiosité et qu'il s'adresse à un public d'adultes. Ça fonctionne parce que nous sommes les yeux de la Bête regardant Belle. Et ce qui est fort c'est que l'on croit savoir que tout finira bien mais le réalisateur parvient à nous faire douter. 

Le film sera présenté hors compétition au Festival de Berlin.

samedi 15 février 2014

N’éteignez pas la lumière de Nestor Bidadanure chez Naïve

Si je n'avais pas été aussi touchée par le tout récent film de Justin Chadwick, Mandela, un long chemin vers la liberté (que je recommande expressément) mon attention n'aurait peut-être pas été attirée par l'essai de Nestor Bidadanure.

L'auteur est journaliste, spécialiste de la résolution des conflits. Il collabore à la revue Afrique-Asie. Il a déjà co-écrit Mémoires d’avenir avec françoise Cruz également aux éditions naïve (2011).

On me dira que tant qu'à faire il vaudrait mieux lire directement, Long Walk to Freedom, que Nelson Mandela écrivit lui-même et qui fut publié en 1994. Je ne cherchais pas à ce qu'on me raconte son enfance, sa carrière politique, ses luttes anti-apartheid et ses années de prison. J'avais perçu tout cela dans le film de Justin Chadwick, dont je rappelle que Mandela l'avait supervisé.

N’éteignez pas la lumière est un essai, pas une biographie. La quatrième de couverture le précise sans ambiguité : c'est un livre de réflexion sur la pensée de Nelson Mandela. L'auteur analyse les conditions d’émergence de sa personnalité politique ainsi que son héritage pour les combats futurs. La lumière symbolise la culture au sens humaniste et progressiste du terme. Elle jaillit de l’éducation traditionnelle, de la philosophie africaine d’Ubuntu, de la volonté d’apprendre ainsi que des conclusions que le héros de la lutte contre l’apartheid tire de chaque combat politique mené.

On croit connaitre les convictions de Mandela. Il n'est pas inutile de lire l'analyse ce livre qui a le mérite de pointer l'essentiel quant à l'historique de la lutte contre l’apartheid. Il a le mérite d'être facile d'accès tout en ne tombant pas dans la vulgarisation extrême. Des citations, des poèmes et des photographies apportent une respiration dans un ouvrage dont le fonds demeure très sérieux, comme on s'en doute.

J'ai apprécié de retrouver les axes les plus significatifs de la manière de penser et d'agir de Mandela, lesquels ont une portée universelle. Son parcours témoigne que l'apprentissage de la démocratie s'appuie sur la tradition qui fonde aussi les bases d'un possible héroïsme. Il est plusieurs fois écrit que les (véritables) héros sont des héritiers. Le hasard n'intervient pas en la matière.

Le moteur de la lutte est lui aussi expliqué : c'est l'articulation entre l'esprit d'incivilité et le refus de vengeance qui ont permis à Mandela de survivre et de devenir Président. Nestor Bidadanure n'oublie pas de souligner l'importance de la confiance établie entre Mandela et ses compagnons. Seul on ne peut que très peu ... L'internationalisation du mouvement de l'ANC fut déterminante.

Il rappelle les principes de Gandhi (p. 52) consistant à gagner la conscience de l'autre et non sa soumission. Il n'est pas inutile de redonner la définition de l'Apartheid (p. 73) et la charte pour la liberté (p. 83), sans oublier le discours légendaire de Mandela (p. 102) qui lui permit de sauver sa tête et par voie de conséquence son pays puisqu'il en deviendra le Président bien plus tard et évitera une guerre civile sans doute dévastatrice.

Toute la réflexion autour de l'héroïsme est intéressante de même que sur la capacité de Mandela à maitriser ses émotions pour garder en toutes circonstances l'objectif essentiel. Avec en prime le sens de l'humour.

Inconditionnel de la culture, Mandela est convaincu que chaque être humain peut s’améliorer parce que l'éducation élève l’homme, le rend plus libre. La philosophie d'Ubuntu (p. 127) est à méditer avec attention.

On retiendra de cette lecture une multitude de petites phrases. C'est l'encouragement à essayer, encore et encore ... jusqu'à réussir qui me semble résumer le mieux la détermination de Nelson Mandela et constituer un exemple.

N’éteignez pas la lumière de Nestor Bidadanure
Préface de Peter Gabriel, chez Naïve, janvier 2014

vendredi 14 février 2014

Le sourire des femmes de Nicolas Barreau aux Editions Héloïse d'Ormesson

Voilà un livre étonnant, que je rangerais sur l'étagère où commencent à s'empiler les "romans d'amour culinaire" qui me semblent constituer un nouveau genre (comme Le restaurant de l'amour retrouvé et Mobile de rupture, pour n'en citer que deux parmi ceux que j'ai récemment chroniqués). Même si l'anniversaire de l'héroïne est fêtée le 16 décembre, je pourrais aussi le classer dans une rubrique "Saint-Valentin", puisque nous sommes en février.

Je l'écris sans ironie car ce roman présente plusieurs niveaux de lecture, associant faits réels et fictionnels sous la plume d'un certain Nicolas Barreau. L'auteur serait-il français ? Si l'on ne m'avait pas dit que c'est le pseudonyme d'un écrivain allemand travaillant dans le monde de l’édition j'aurais misé sur Marc Lévy désirant infléchir son style. Le Sourire des femmes remporta un succès phénoménal en Allemagne et le voilà qui arrive en France, traduit par Sabine Wyckaert-Fetick.

C'est l'histoire de la rencontre d'André Chabanais, éditeur, avec Aurélie Bredin, chef du restaurant Le Temps des Cerises. La lecture en est troublante lorsqu'on découvre qu'André a écrit, sous le pseudonyme de Robert Miller, un roman intitulé Le Sourire des femmes dont l'action se passe dans un restaurant qui se trouve être Le Temps des Cerises et où le personnage principal porte les mêmes vêtements qu'Aurélie.

Tout est hasard, ou destin, affirme le personnage de Bernadette avec philosophie (p. 60).

En faisant alterner la voix d'André avec celle d'Aurélie, Nicolas Barreau nous balade constamment entre le vrai et le faux, questionnant au passage le lecteur sur les clés de la séduction. Est-il profitable à long terme de travestir la réalité ? Comment se dépêtrer d'un réseau de mensonges ? On se demandera à la fin si notre Nicolas ne se perd pas lui-même dans ce jeu, à l'instar du e dans le a de Laetitia dans la chanson écrite par Serge Gainsbourg en 1963, que l'on retrouve dans le CD Putumayo présents French Cafe :
Sur ma remington portative
J'ai écrit ton nom Laetitia
Elaeudanla Teïtéïa

Sur cet album, produit en 2003, c'est Jane Birkin qui interprète le titre Elaeudanla Teïtéïa. Il commence avec Fibre de verre et s'achève sur la Fée Clochette, en passant par Un jour comme un autre (Brigitte Bardot) comme on peut le lire p. 272. 
Pourquoi les éditeurs n'ont-ils jamais l'idée d'associer livre et CD dans un même produit ? Peut-être que le livre numérique se prêtera davantage à cette union que je ne cesse de réclamer. Nicolas Barreau aurait pu être le premier sur ce coup ...

Je ne lui en veux pas. Il a eu tout de même l'excellente idée de donner en annexe, quelques bonus comme ceux dont on gratifie les DVD. On dispose ainsi des recettes des deux repas mémorables partagés par Aurélie et André : celles du Menu d'amour, écrites avec beaucoup de poésie p. 236, et celle du Curry d'agneau à l'indienne de la Coupole, dont je confirme qu'il est excellent pour l'avoir dégusté plusieurs fois, du temps où j'étais Montparnassienne.

Il y a des lectures qui vous influencent longtemps. Depuis Art nègre de Bruno Tessarech, je suis sensible au recours aux pseudonymes pour signer une prose attribuée à un autre. J'ai malgré tout lu le Sourire des femmes comme un roman, sans chercher à deviner quelle est l'attachée de presse (j'en connais beaucoup, comme vous pouvez l'imaginer) qui se cache derrière Michèle Auteuil qui apparait page 48 (d'ailleurs les "miennes" sont plus sympathiques), quelle pourrait être cette librairie enchantée Le Capricorne, ni ces éditions d'Opale, cette auteure Hélène Bonvin (p. 65), l'agent Adam Goldberg ...

C'est bien au Procope qu'on a servi les premières crèmes glacées au Tout Paris (p. 25). Par contre, Le Temps des cerises ne se trouve pas rue Princesse (p. 42). Nicolas Barreau l'avoue à la fin. Son honneur est sauf parce qu'il se trouve que je connais (aussi) ce restaurant, véritable institution de la Butte-aux-Cailles, et qui mérite bien cette publicité.

Aurélie est un peu farfelue, n'aime pas le changement, collectionne les pensées et saute du coq à l'âne.   Claude est très impulsif, très sûr de lui, entretient un rapport obsessionnel à son téléphone portable (p. 18). Il n'est pas fait pour elle. Exit Claude, mais la voici larguée, comme Rinco au début du Restaurant de l'amour retrouvé ... Quand la japonaise trouve refuge près de sa maison natale, Aurélie pousse la porte d'une librairie.

Aurélie et André vont bientôt pouvoir jouer au chat et de souris. On s'en ferait bien un film. Avec des seconds rôles aussi forts que les premiers. Chacun est doté, comme dans les meilleures pièces de Marivaux, d'un ami-confident qui fait progresser l'histoire. Ce sont Bernadette et son alter ego Adam.

Tout est bien qui finit bien, évidemment, et les clés de lecture qui semblent nécessaires à l'auteur nous seront données, y compris celle de la première rencontre (p. 136) qui se produit comme dans un rêve.

Avant Le Sourire des femmes Nicolas Barreau a déjà publié Die Frau meines Lebens (La Femme de ma vie), en 2007, et Du findest mich am Ende der Welt (Tu me trouveras au bout du monde), en 2008. Inutile de fouiller Internet à la recherche de son site, qui n'existe pas davantage que celui de Robert Miller dont Aurélie déplore l'absence (p. 125).

Le sourire des femmes de Nicolas Barreau, traduction de Sabine Wyckaert-Fetick, aux Editions Héloïse d'Ormesson, février 2014

jeudi 13 février 2014

L'anniversaire des 6 ans

C'est rituel : j'écris toujours un billet pour l'anniversaire du blog. Voici franchi le seuil de la septième année ! Existe-t-il un âge de raison pour les blogs comme pour les enfants ? Les années pèsent-elles au contraire sur eux comme sur l'échine d'un chat, auquel cas le blog aurait quasiment mon âge ...

J'ai le sentiment d'avoir tout dit les années précédentes (voir à la fin) et j'ai peur de rabâcher les mêmes litanies. Mais je ne vais pas y déroger. Ce moment est une occasion de faire le point. Je sais en tout cas que l'alternance entre le culturel et le culinaire est un heureux compagnonnage. Seule, la nourriture intellectuelle deviendrait vite indigeste. Et si je m'étais cantonnée à ne publier que des recettes je n'aurais pas découvert, et partagé, des lieux aussi étonnants que l'Espace Culturel Vuitton, ou le Silo de Marines où je vous emmènerai prochainement visiter le nouvel accrochage.

Si je m'étais enfermée dans la chronique théâtrale, un univers qui me fut professionnellement familier ... ou dans les salles obscures pour visionner des films en avant-première ... je ne me serais pas mise en danger mais je suis heureuse d'avoir osé me risquer dans l'espace de l'art contemporain (merci Sylvia et Sophie qui se reconnaitront).

Je n'ai sans doute pas fini de repousser mes limites. Je le fais par plaisir. J'aime l'inconnu, la découverte, tout ce qui fait grandir. Car ...
Il n'est pas question d'aimer mais d'abord de comprendre.

Je le fais pour vous qui me dites si souvent votre satisfaction de partager mes coups de coeur, même si vous m'écrivez plus volontiers par mail qu'en laissant un commentaire. Avec une mention particulière aux auteurs qui me livrent leurs réactions à la lecture de mes chroniques, souvent dans les minutes qui suivent leur publication. Savent-ils combien cela me touche ? Et si la page facebook du blog a peu de visibilité, et bien tant pis puisque les articles sont très lus. C'est ce qui prime n'est-ce-pas ?

Je le fais aussi pour tous ceux dont les journalistes ne parlent pas, ou pas encore, quitte à être "un peu" trop en avance pour prédire un succès, comme je l'ai fait pour le formidablement talentueux Stromae il y a plus de deux ans.

L'an dernier je me suis lancée sur Twitter à l'adresse @abrideabattue où la contrainte des 140 caractères m'amuse et me stimule.

A chaque anniversaire je vous redisais mon envie de collaborer à une émission de radio, l'inscrivant sur ma liste de souhaits comme si j'allais être lue par le père Noël. Je peux désormais cocher la ligne. J'ai lancé il y a quelques semaines mes premiers balbutiements sur Radio Fréquence Paris Plurielle (merci Yves). La voix est le complément idéal de l'écrit où les images abondent.

Je vais devoir/pouvoir changer de rêve, intégrer un jury (de cinéma ?) car dans le littéraire c'est déjà fait avec le Grand Prix des lectrices de ELLE, et dans le culinaire c'est pour bientôt (aussi), merci Ysabel.

Merci à tous et toutes les attaché(e)s de presse qui me relancent. Il y a des sujets que je choisis. D'autres qui viennent à moi, et je dois des découvertes à beaucoup d'entre vous.

Merci à vous tous qui me permettez de ne pas voir le bout du chemin.

A bride abattue souffle 5 bougies en 2013
Anniversaire  (2012)
Trois ans pour A bride abattue en 2011
Deux ans et plus dedans (2010)
Bons anniversaires à tous (2009)

mercredi 12 février 2014

Thiou, la nouvelle chef conseil du Mary Goodnight

Vous avez peut-être entendu parler d'elle, Michel Blanc a tant fait l'éloge d'Apiradee Thirakomen, alias Thiou. Cela fait des années que je rêvais de goûter son plat fétiche, le Tigre qui pleure ...

Cela fait presque vingt ans qu'elle oeuvre en cuisine. Pourtant rien ne la destinait à ce métier. Ses longues mains lui promettaient une belle carrière de pianiste mais la vie en a décidé autrement. A force de régaler ses amis, et Michel Blanc en particulier, le bouche à oreille a provoqué des rencontres et Thiou a été appelée par Jean-Yves Bouvier pour faire la cuisine aux Bains-Douches. Elle y excella pendant deux ans.

On la retrouve ensuite quai d'Orsay et rue Surcouf dans des restaurants labellisés à son nom, Thiou et Petit Thiou, où se sont précipités le Tout-Paris.

Elle est aujourd'hui dans l'ancienne gare de la Porte d'Auteuil, en lieu et place du "Tsé", dans un endroit immense qui porte le nom de Mary Goodnight, en hommage à celui de la James Bond girl, partenaire du film L’homme au pistolet d’or.

La décoration mise en scène par le designer Christophe Signorel installe une ambiance Asie des années 30 dans le hall et la première salle, plus moderne dans  la seconde. En été deux terrasses offriront des espaces supplémentaires.

L'extérieur n'est pas très attirant. Une fois la porte franchie on est d'autant plus surpris par le crépitement d'un feu de bois. On s'y sent en France, et pourtant déjà ailleurs. De profonds fauteuils font de cet endroit un lieu idéal pour patienter si votre invité se fait désirer. Des revues sont à portée de main pour tromper l'ennui.

Certains préféreront le bar, tout aussi convivial.
Ensuite la première salle à manger offre une atmosphère cosy et discrète. Pour peu on se croirait dans un hôtel particulier où les propriétaires auraient accrochés leurs photographies de famille. Il y a des portraits de Rama IX, l'actuel roi de Thaïlande et de la reine. Les deux souverains sont très aimés me précisera Thiou.
Elle occupe une position un peu particulière au Mary Goodnight dont elle est la chef conseil depuis novembre dernier. On devine que les 250 places assises (et 150 bientôt en terrasse) la déroutent un peu même si la cuisine qu'on y sert est conforme à ses exigences. On oublie d'ailleurs la taille du restaurant dès qu'on est à l'abri des regards derrière une simple claustra.
Pour le moment elle est là et tout en restant discrète elle ne manque pas de s'enquérir des avis des clients à la fin du repas. 

Pour un palais inexpérimenté on peut craindre le feu des épices mais Thiou a su adapter les recettes thaïlandaises.

L'assiette de dégustation composée de petits spring rolls aux crevettes, et leur sauce chili, d'une salade de boeuf, de brochettes de poulet, et leur sauce Satay aux cacahuètes permettra de se faire une idée de la variété des possibles.

Elle sait à merveille accommoder la viande et cette salade de boeuf, servie dans un panier de feuilles de bananier, est aussi tendre que son célébrissime Tigre qui pleure, copié partout depuis le succès qui a forgé sa réputation, et qui existe maintenant aussi sous une autre déclinaison, le Poulet qui pleure.

En Thaïlande la viande est si dure qu'on plaisante à son sujet en disant que même le plus carnivore des carnivores, à savoir le tigre, en pleure de rage de ne pas réussir à la mastiquer. C'est pour le faire au contraire pleurer de bonheur que Thiou a imaginé une marinade qui attendrit les chairs tout en les parfumant. Le maître d'hôtel ne vous demandera pas quel degré de cuisson vous souhaitez. Le morceau est servi bleu et vous n'aurez pas besoin d'utiliser votre couteau pour le déguster.
Si j'avais pu me douter que ce fut si bon je n'aurais jamais attendu si longtemps pour faire cette découverte. Il est servi en "version originale" de 220 grammes, avec une salade de carottes. Je vous signale qu'elle est semblable à la salade de carottes et papaye verte qui figure parmi les entrées. J'ai été surprise par l'ajout de morceau d'haricots verts, un peu incongrus, néanmoins très tendres. Thiou m'expliqua que c'est une variété tropicale, connue sous le nom d'haricot kilomètre ou encore dolique-asperge, et dont la longueur peut atteindre 80 centimètres.
On savoure la viande en alternant les bouchées avec un sticky rice, autrement dit un riz gluant.
Un autre plat a suscité une belle émotion gustative. Peu importe qu'il s'agisse d'une entrée, elle est sublime,  cette Crispy de soft shell Crab Salad, servie tiède comme il se doit parce que dans son pays on mange à cette température. Seul le riz est servi chaud.

Le service est attentif. Un léger parfum d'encens flotte dans l'atmosphère.

La décoration nous raconte une histoire. L'oeil s'attarde sur un totem de plateaux de balance, symboles d'équilibre, placés dans un angle, en attendant une autre spécialité de la maitresse des lieux, pour expérimenter de nouveaux mélanges de saveurs à travers le Risotto "à sa façon" aux noix de Saint-Jacques.

Le poisson est poêlé le temps qu'il convient pour rester fondant. J'ai cru reconnaitre de la cannelle (mais il parait qu'il n'y en pas). Toujours est-il que le mélangé d'épices est ardent tout ne ne provoquant qu'un très léger feu en bouche.

On sait, dès la première bouchée que le régal est à portée de fourchette. Comme le seraient aussi le Curry vert de poulet et pousses de bambou, nouilles de riz ou le Travers de porc au caramel, selon l'envie du moment.

En Thaïlande on termine rarement un repas par un dessert. On préfère s'en régaler à n'importe quelle heure, dès qu'on que la faim se manifeste. En France ils sont très appréciés et Thiou a mis à la carte des fruits, toujours mûrs à point, en particulier des mangues fraîches qu'elle combine avec un sticky rice (le fameux riz gluant) au lait de coco.
On n'est pas surpris de trouver des petits nems au chocolat bien croustillants. Etant férue de cuisine italienne elle propose une Panna cotta au coulis de framboise, ni une spécialité très française comme la Mousse au chocolat et pépites de chocolat. Mais c'est surtout son étonnante "crêpe thaï Ro-Ti" que je vous recommande.
Dorée dans un beurre clarifié, trahissant l'influence indienne de la cuisine asiatique, arrosée de lait condensé sucré, elle rivalise de fondant avec le kouing-amann breton. Et le sorbet d'orange sanguine la réveille astucieusement. Chaque produit est rigoureusement sélectionné jusqu'aux brins de menthe qui sont sans comparaison avec les variétés poivrées qui ne sont au bord de l'assiette que pour l'effet. Ici on peut croquer dans la menthe sans crainte. Elle est d'une douceur incomparable.
L'ambiance est différente dans la grande salle adjacente, parfaite pour un menu ou une formule. Le dimanche, un brunch est proposé de 12h à 15h au prix unique de 39,00 €.
Le Mary Goodnight est situé dans un quartier un peu excentré (tout est relatif parce que les Neuilléens apprécieront la proximité). La réputation de Thiou est telle que personne ne sera regardant sur la distance ... ni sur la façade, surtout quand la végétation aura repris ses droits.

Vous y vivrez de belles surprises.
Mary Goodnight
Tous les jours de 10h30 à 02h00
78 rue d'Auteuil, 75 016 Paris
Tél. : 01 40 71 11 90

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