samedi 15 février 2014

N’éteignez pas la lumière de Nestor Bidadanure chez Naïve

Si je n'avais pas été aussi touchée par le tout récent film de Justin Chadwick, Mandela, un long chemin vers la liberté (que je recommande expressément) mon attention n'aurait peut-être pas été attirée par l'essai de Nestor Bidadanure.

L'auteur est journaliste, spécialiste de la résolution des conflits. Il collabore à la revue Afrique-Asie. Il a déjà co-écrit Mémoires d’avenir avec françoise Cruz également aux éditions naïve (2011).

On me dira que tant qu'à faire il vaudrait mieux lire directement, Long Walk to Freedom, que Nelson Mandela écrivit lui-même et qui fut publié en 1994. Je ne cherchais pas à ce qu'on me raconte son enfance, sa carrière politique, ses luttes anti-apartheid et ses années de prison. J'avais perçu tout cela dans le film de Justin Chadwick, dont je rappelle que Mandela l'avait supervisé.

N’éteignez pas la lumière est un essai, pas une biographie. La quatrième de couverture le précise sans ambiguité : c'est un livre de réflexion sur la pensée de Nelson Mandela. L'auteur analyse les conditions d’émergence de sa personnalité politique ainsi que son héritage pour les combats futurs. La lumière symbolise la culture au sens humaniste et progressiste du terme. Elle jaillit de l’éducation traditionnelle, de la philosophie africaine d’Ubuntu, de la volonté d’apprendre ainsi que des conclusions que le héros de la lutte contre l’apartheid tire de chaque combat politique mené.

On croit connaitre les convictions de Mandela. Il n'est pas inutile de lire l'analyse ce livre qui a le mérite de pointer l'essentiel quant à l'historique de la lutte contre l’apartheid. Il a le mérite d'être facile d'accès tout en ne tombant pas dans la vulgarisation extrême. Des citations, des poèmes et des photographies apportent une respiration dans un ouvrage dont le fonds demeure très sérieux, comme on s'en doute.

J'ai apprécié de retrouver les axes les plus significatifs de la manière de penser et d'agir de Mandela, lesquels ont une portée universelle. Son parcours témoigne que l'apprentissage de la démocratie s'appuie sur la tradition qui fonde aussi les bases d'un possible héroïsme. Il est plusieurs fois écrit que les (véritables) héros sont des héritiers. Le hasard n'intervient pas en la matière.

Le moteur de la lutte est lui aussi expliqué : c'est l'articulation entre l'esprit d'incivilité et le refus de vengeance qui ont permis à Mandela de survivre et de devenir Président. Nestor Bidadanure n'oublie pas de souligner l'importance de la confiance établie entre Mandela et ses compagnons. Seul on ne peut que très peu ... L'internationalisation du mouvement de l'ANC fut déterminante.

Il rappelle les principes de Gandhi (p. 52) consistant à gagner la conscience de l'autre et non sa soumission. Il n'est pas inutile de redonner la définition de l'Apartheid (p. 73) et la charte pour la liberté (p. 83), sans oublier le discours légendaire de Mandela (p. 102) qui lui permit de sauver sa tête et par voie de conséquence son pays puisqu'il en deviendra le Président bien plus tard et évitera une guerre civile sans doute dévastatrice.

Toute la réflexion autour de l'héroïsme est intéressante de même que sur la capacité de Mandela à maitriser ses émotions pour garder en toutes circonstances l'objectif essentiel. Avec en prime le sens de l'humour.

Inconditionnel de la culture, Mandela est convaincu que chaque être humain peut s’améliorer parce que l'éducation élève l’homme, le rend plus libre. La philosophie d'Ubuntu (p. 127) est à méditer avec attention.

On retiendra de cette lecture une multitude de petites phrases. C'est l'encouragement à essayer, encore et encore ... jusqu'à réussir qui me semble résumer le mieux la détermination de Nelson Mandela et constituer un exemple.

N’éteignez pas la lumière de Nestor Bidadanure
Préface de Peter Gabriel, chez Naïve, janvier 2014

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