Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

mercredi 31 octobre 2018

Une odyssée sibérienne, exposition photographique de Claudine Doury à l’Académie des beaux-arts

L’Académie des beaux-arts présente en ce moment au Palais de l’Institut le travail de la photographe Claudine Doury (au centre sur la photo ci contre) qui est la lauréate 2017 du Prix de la photographie Marc Ladreit de Lacharrière.

Selon la règle de ce prix l’artiste récompensé bénéficie d’une bourse qui lui permet de financer le projet qui a été approuvé par le jury. Son travail donne lieu à une exposition qui est présentée un an plus tard, donc en 2018 pour Claudine Doury avec Une odyssée sibérienne.

Dans son projet présenté au jury du prix, la photographe avait proposé de retourner sur les traces de familles sibériennes extrêmes-orientales, nanaï, oultches et nivkhes, qu’elle avait rencontrées il y a plus de 20 ans, en 1991 et 1998 le long du fleuve Amour. Elle souhaitait ainsi témoigner à la fois du passage du temps sur ces familles photographiées alors, mais aussi des changements qui avaient pu s’opérer à plus grande échelle sur ces populations habitant de Khabarovsk à Bogorodskoye. 

Ce qui m’a touchée c’est que son travail se situe entre le portrait intime et le témoignage sur des cultures encore vulnérables de peuples vivant à la frontière de la Chine. Ses photographies sont d’une immense simplicité et aussi d’une grande beauté. Le jour du vernissage quelqu’un a fait un lapsus en parlant de peintures tant certaines ressemblent à s’y méprendre à des natures mortes qui auraient été peintes à l’huile sur une toile. Mais cette artiste sait aussi dénicher l’humain et nous faire sentir le temps qui passe.

mardi 30 octobre 2018

12 Hommes en colère

12 hommes en colère est un spectacle tout à fait complémentaire à Plaidoiries... parce qu'il met en relief un autre aspect de la justice, l’élaboration de la prise de décision du jury, en nous permettant de vivre ce temps particulier pendant lequel se forge cette décision, à partir d’une intuition, ou d’un raisonnement, sans qu’alors un avocat ne vienne influencer chacun des jurés, même si l’un d’eux se comporte comme tel.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le sujet je rappelle le contexte qui se situe aux Etats-Unis. 12 hommes, au cours de la délibération d’un procès, ont la responsabilité de juger un jeune homme accusé de parricide. Si pour 11 d’entre eux sa culpabilité est évidente, un juré va émettre des doutes. Or il faut l’unanimité pour prononcer un verdict d’acquittement ou la chaise électrique.

On assiste dans une tension palpable à un drame judiciaire dans lequel l’intelligence, l’humanité et la persévérance d’un seul homme vont mettre à mal les certitudes et les préjugés des 11 autres jurés, chacun habité et influencé par son histoire personnelle. Au-delà de l’enjeu du procès, cette pièce au propos éminemment moderne questionne sur la façon dont est rendue la justice, montrant à quel point les préjugés indéracinables et l’intolérance de certains peuvent décider de la vie d’un homme.

"Twelve Angry Men" a été écrit en 1953 par Reginald Rose pour le théâtre mais c’est l’adaptation cinématographique du premier film de Sidney Lumet qui l’a rendu célèbre quatre ans plus tard. Bruno Putzulu reprend le rôle tenu par Henry Fonda. C'est un très beau rôle puisqu'il fera basculer l'issue, avec patience et détermination, faisait triompher le doute. Francis Lombrail assume celui (ingrat) de l'américain arcquebouté dans le conformisme.

Je n'ai pas été étonnée à retrouver au Théâtre Hébertot l’atmosphère du film à quelques nuances près et l'adaptation faite par Francis Lombrail est remarquable. Quant au metteur en scène, Charles Tordjmanil ne pouvait pas user de focales différentes pour rendre compte de la sensation d’étouffement. Il s'appuie donc davantage sur le décor, évoquant une pièce en sous-sol et sur la bande son, discrète, ponctuée de coups de tonnerre, avec un éclairage qui diminue au fil de la représentation.

Peu importe que le prévenu ait 16 ans et non plus 18, et que la cigarette ait disparu, il fallait bien en quelque sorte "actualiser" le contexte. Cidalia da Costa s’est subtilement inspirée des vêtements portés dans le film, nous permettant d'être dans un espace-temps qui n'est pas vraiment daté. Si les murs sont intemporels les costumes, les coiffures et une certaine manière de se tenir et de parler évoquent d'une façon à peine appuyée la fin des années cinquante, dans une Amérique très conformiste et machiste. Ce qui étonne le plus, c’est par contre l’absence de femme et de personne de couleur évidemment.

Le casting est parfait. On reconnaît chacun des jurés dont l'image était si marquée dans le film, et pourtant il se dégage une forme de contemporanéité qui tient le spectateur en haleine. Pour moi qui me souviens du film, et de chaque rebondissement, il n’y a aucune surprise et cependant je n’ai pas perdu une bribe des dialogues, tant l’interprétation est juste.

lundi 29 octobre 2018

De l’ombre à la lumière et la lumière est à moi

Gilles Paris ne nous avait pas habitué à cela. Jusque là il avait écrit des romans et voilà qu'il relève le défi de nous toucher aussi intensément avec des textes courts. La nouvelle est un art difficile et il s'en sort haut la main dans ce recueil intitulé La lumière est à moi où j'ai été surprise aussi de le découvrir dans la peau de personnages féminins.

On croise Ambre, dont le prénom est lié à l'invention de l'électricité, Lior, qui signifie la lumière est à moi, qui donne son titre au recueil, et dont le sens se révèle quand sa mère recouvre la santé.

Chacun est le maillon d'une histoire où alternent la lumière et l'obscurité. On oublie au fil des pages que leurs parcours pourraient être disjoints et j'ai parfois eu le sentiment de lire en fait ... un roman. Ils ont en commun l'irréductible conviction que la lumière leur appartient aussi.

La couverture est un cliché de Didier Gaillard-Hohlweg qui vient d'exposer une série de photographies qui font écho (à moins que ce ne soit le contraire, tout dépend pour nous lecteurs dans quel ordre on découvre les images et les textes) aux mots de Gilles Paris.
Il dit l'avoir rencontré par une photographie. Certaines images en disent parfois plus que les longues conversations à refaire le monde. C’est pourtant ce qu’on fait, au début, refaire le monde à notre façon. Toutes fenêtres et portes ouvertes, la clé jeté aux orties. Ce qui est merveilleux dans une amitié entre deux artistes c’est la notion du temps inversé qui s’écoule à grande vitesse. Plus intense qu’une psychanalyse, plus léger qu’un été qui n’en finit pas, en tout débordement d’une vie en marge. Photographie et littérature ont plus d’une passerelle en commun. Son travail a été plusieurs fois source d’inspiration pour l’écriture de mes nouvelles. Il me fait réfléchir à la dimension d’un monde sans cesse renouvelé. Car si l’homme en est absent, tout témoigne de sa délicate présence. (...) Tout son travail nous donne une texture quasi infinie qui nous invite au voyage émotionnel, aux frontières de l’humain.

dimanche 28 octobre 2018

PSY Cause (s) 3 de et avec Josiane Pinson

Josiane Pinson est de retour dans le même fauteuil orange iconique créé par le designer Toshiyuki Kita en 2000.

Pivotant, transformable en chaise-longue avec appuie-tête et repose-pied, il comporte plusieurs inclinaisons, offrant différentes positions réglables par un petit levier et une poignée latérale que la comédienne manipule avec dextérité.

Debout, assise ou allongée, son corps se détache sur la couleur orange, avec sa tenue, elle aussi toujours la même, qu'on a envie de qualifier de combat, en pantalon et tunique noirs, chaussures noires. Seules ses lunettes apporteront une couleur (rouge) complémentaire.

L'énergie est la même. L'humour est toujours aussi caustique mais le temps a passé. Et à croire ce qu'elle va partager avec nous, la vie n'a pas été tendre avec elle depuis 7 ans...  quand je l'avais découverte.

Elle est maintenant debout, au bord d'un gouffre, sur le plan moral  s'entend, parce que recevoir une une leçon de morale de sa mère (Judith Magre, qu'on reconnait immédiatement à sa superbe voix) depuis l'au-delà ce n'est pas banal.

Elle nous fait rire mais nous ne sommes pas des égoïstes. On l'aime Josiane. Alors on souhaite que ce ne soit pas sa propre famille qui lui ait inspiré ce dernier opus tant les déconvenues s'enchainent. Il faut être sacrément armée pour supporter tout ce qui lui tombe sur les épaules. 

Sa vie (de psy) n'est pas de tout repos quand sa petite fille lui présente son arbre ... généalogique. Une famille recomposée XXL.

Quand  sa propre fille veut devenir psy, tout comme elle, tout comme son père aussi, on imagine le potentiel d'embrouilles qui se prépare. Nous sommes d'accord, le karma sera complexe à assumer.

Difficile de garder son calme ... La brave femme aura beau interroger Si je m'énerve ? tantôt dubitatif, tantôt dénégatif, on voit bien qu'elle est au bord de craquer.

D'autant que la dernière confidence qu'elle vient de nous faire ... ça encore c'est rien. Voilà que l'ex de son ex-mari la tanne elle aussi pour la convaincre de s'adonner à une séance (chiante) de tantrisme.  L'ex (mari), Philippe, est lui aussi lourd à porter. Elle est bien bonne de rendre visite à l'hôpital à cet accidenté auquel, bonne fille, elle apporte de quoi se nourrir une semaine, ... que des petits plats faits maison (on a envie de dire cuisinés avec amour).

Mais ça encore c'est rien. Au bout de x peaux de banane on peut craindre pour sa santé ... mentale bien entendu. Rien d'étonnant à ce qu'elle craque : Excusez moi je suis un peu à cran. Fuck la psychanalyse !

Les barrières cèdent. Nous entendrons la chanson réclamée par sa mère pour rendre joyeux son enterrement. Nous quitterons Josiane Pinson sur l'air de Ta Katie t'a quitté de Bobby Lapointe après de chaleureux saluts en espérant qu'on ne lui dit pas adieu mais encore et jours au-revoir.

PSY Cause (s) 3
De et avec Josiane Pinson
Mise en scène de Gil Galliot
Avec la complicité de Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et Bruno Magne
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles - 75017 Paris
Du 21 Octobre 2018 au 10 Mars 2019
Le lundi à 19h
Le samedi à 17h
Le dimanche à 19h30​

samedi 27 octobre 2018

Liberté ! de et avec Gauthier Fourcade

La lumière blanche fait resplendir la moindre feuille de papier et je me dis qu’il va falloir ruser pour ne pas me faire repérer dans le noir. Ma prise de notes a peu de chance d’être discrète.

La scène est occupée par une machinerie étonnante, comme le sera bientôt le raisonnement du clown blanc qui va disserter à propos de liberté ! ... avec un point d'exclamation.

Il n’y a aucune raillerie dans mon affirmation car Gauthier Fourcade réussit à lier philosophie et humour, qu’il assaisonne de poésie et de dérision.

Il a eu la bonne idée de confier la mise en scène du spectacle à William Mesguisch qui l’a aidé à faire des choix sans restreindre sa liberté. L’homme n’aurait sans doute pas cédé. S’il respecte la mise en place et le texte il s’autorise une marge ... de liberté à chaque représentation si bien qu’on peut venir le voir plusieurs fois sans se lasser.

vendredi 26 octobre 2018

La machine de Turing, de Benoît Solès

Je n’avais pas mémorisé le nom d'Alan Turing mais je savais que Steve Jobs avait donné le nom d’Apple à sa marque en hommage à un grand mathématicien qui s’était suicidé en croquant dans une pomme imbibée de cyanure.

Voilà pourquoi le logo a cette forme si originale aux yeux de certains qui n’y voient que le symbole de la connaissance, ou de la suprématie new-yorkaise.

Dès l’entrée en scène de Benoît Solès, ce fruit à la main, j’ai compris que c’était sa vie qui avait inspiré la pièce alors que l’affiche ne m’avait rien suggéré de tel. Je dois dire que n’étant pas masochiste de nature je n’avais pas cherché à savoir grand chose sur ce spectacle pour lequel il était quasi impossible d’obtenir une place cet été en Avignon.
Le bouche à oreille ne relayait qu’une double affirmation : c’est génial, mais c’est complet. On ajoutait pour nous consoler ("nous" les passionnés de théâtre, amateurs éclairés, chroniqueurs et même programmateurs) que ce serait moins difficile d’avoir une place à la reprise déjà annoncée au Théâtre Michel à l’automne.

Je suis donc venue ce soir en m’attendant juste à voir quelque chose d’extraordinaire ... et ça l’est. Je ne vois pas dans quelle catégorie La machine de Turing ne sera pas citée aux prochains Molières.

Benoît Solès, qui est un de nos grands comédiens, a été touché par l’histoire qu’il a transposée pour le théâtre. Il est donc le premier à applaudir pour son écriture et pour son interprétation très nuancée d'Alan Turing.

jeudi 25 octobre 2018

Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley

Le livre de Guy Boley commence par une phrase interminable qui nous fait survoler Besançon comme si nous étions à l'intérieur d'un drone. Plus loin il nous offrira des pages magnifiques sur la boxe et sur les combats (p. 67-69).

Ah comme cet auteur fait claquer les mots dans son second roman ! Quand Dieu boxait en amateur peut être vu comme une suite de son premier livre, Fils du feu, mais il en est néanmoins indépendant.

La figure de son père René est plutôt romanesque puisqu'il est forgeron, toujours prêt à bosser dur (boxer dur ?) et capable aussi de se métamorphoser de champion de boxe à Jésus amateur sur la scène d'un théâtre paroissial.

C'est sûr que ça n'est pas banal. Alors le fils raconte avec sérieux -et on y croit!- la biographie de ce papa peu ordinaire en s'autorisant l'humour : le samedi 4 septembre 1955, mon père entame son premier jour d'apprenti comédien, catégorie théâtre d'eau bénite (p. 124). Il interprétera le rôle de Jésus pendant dix ans, toujours en période pascale. Il n’a encore que 40 ans.

Et, peut-être parce que j'aime intensément le théâtre, il m'a semblé déceler un tournant à partir de ce chapitre 12. Mais avant cela nous remontons à l'enfance de René, précisément à l'âge dit de raison. Il a sept ans et son meilleur copain c'est Pierrot.

La vie pourrait être heureuse mais voilà que son papa (donc le grand-père de Guy) n'aura pas le loisir de voir éclore son talent de musicien : il s'est fait écraser "paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre", répétera sa grand-mère, contraignant le fiston à suivre l'école au rabais et à entrer en apprentissage le plus tôt possible, à quatorze ans, pour ramener un (maigre) salaire à la maison.

On ne choisit pas son enfance, souligne ce fils (p. 43) on s'acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu'on a sous la main.

mercredi 24 octobre 2018

Le syndrome du banc de touche, de et avec Léa Girardet

Une demi douzaine de portraits d’Aimé Jacquet (on le reconnaît si on s’intéresse au football) sont placés dans des endroits stratégiques du hall d’accueil du Théâtre de Belleville, à l’instar des photos de famille qui trônent sur le bureau d’un chef d’entreprise.

L’ex-sélectionneur de l’Equipe de France est la vedette du spectacle écrit et interprété par Léa Girardet mais rassurez vous, il n’est pas du tout indispensable d’être sportif ou amateur de retransmissions de matchs pour apprécier la soirée.

Pour une fois il ne sera pas question de succès, de gloire ni surtout d’argent. Mais d’un aspect plus terre à terre, "en être ou pas". Car le commun des mortels n’y prête peut-être pas attention mais ce n’est pas parce qu’on est sélectionné dans une équipe qu’on entrera sur le terrain. Beaucoup suivront l’épreuve depuis le banc de touche. Mais ils auront, comme leurs camarades et collègues, perdu ou gagné la coupe. 

Léa Girardet file la métaphore avec les artistes qui eux aussi se préparent et ne "jouent" pas, à la différence près qu’elle a la pudeur de ne pas pointer qu’ils ne gagnent pas des mille et des cents à regarder leurs amis monter seuls sur les planches.

Le spectacle commence en toute logique dans les vestiaires côté jardin, et se poursuit dans une salle d’entraînement psychologique à cour, devant une immense reproduction du plus célèbre des coachs ... La comédienne aurait pu choisir une autre figure de ce sport si populaire comme l’homme au bonnet (Guy Roux, l'entraineur de l'A.J. Auxerre) mais il a sans doute eu un parcours moins emblématique des retournements de situation si spécifiques au monde sportif.

Le public, trentenaire - suffisamment rare au théâtre pour qu’on le souligne- a pris place dans les gradins et s’apprête à suivre ... un match. La comédienne surprend le public et lui fait un clin d'oeil en descendant des gradins sur une musique d’opéra.

mardi 23 octobre 2018

Otto Dix, estampes au MASC des Sables d'Olonne (85)

J'ai eu l'occasion de l'écrire : chaque commune célèbre à sa manière le Centenaire de la Grande Guerre.

Quand Aubagne propose plusieurs expositions, dont une consacrée à un moyen très particulier, construit dans la région,  le dirigeable, et une autre à la mémoire de deux artistes étrangers ayant servi dans la Légion, Zinoview et Cendrars, les Sables d'Olonne ont préféré rendre hommage à un artiste allemand.

Cet accrochage propose de revenir sur le témoignage d'Otto Dix (1891-1969) qui a été très marqué par les horreurs des combats et qui en fit tant de cauchemars qu'il a cherché par tous les moyens de chasser les souvenirs les plus horribles. Ce choix se justifie par l'objectif qui est de fêter la paix. L'estampe fut la voie qu'il choisit, peut-être parce que le noir et blanc lui permettait de rendre compte des horreurs de la meilleure façon possible et que la pointe sèche permettait de nombreuses nuances de gris.

Cet artiste a d'ailleurs eu très tôt recours à la gravure, parce que c'est un moyen très simple qui permet de tout dire avec force, mais on peut penser que sa motivation a aussi été d'ordre économique, parce qu'on peut imprimer  une oeuvre en plusieurs dizaines d'exemplaires à partir d'une seule matrice.

L'exposition se concentre sur les thèmes de prédilection d’Otto Dix - le nu, le portrait, la ville, la religion et la guerre - symptomatiques de sa volonté de saisir l’homme dans son entier, de la naissance jusqu’à la mort, comme un être de chair, de palpitations et de sang.
L'exposition se déroule au MASC, qui est le Musée de l'Abbaye Sainte Croix. Installé dans une ancienne abbaye qui eut plusieurs affectations, comme hôpital, puis caserne avant d'être un lycée, il fut décidé à une voix près en 1963 que l'endroit deviendrait un musée, d'abord à orientation ethnographique jusqu'à ce que le premier conservateur rencontre Gaston Chaissac (1910-1964), un des maitres de l'art brut, et décide d'acquérir une première oeuvre pour alors "seulement" 1000 francs. Le totem Anatole (appelé aussi Y'a d'la joie, vers 1960) entre dans le musée en 1966.

On peut considérer que le MASC est un tout jeune musée puisqu'il n'a que 50 ans mais cet âge est plutôt conséquent pour un établissement qui s'intéresse à l'art contemporain.

Je suis allée voir l'exposition consacrée à Otto Dix aujourd'hui sous un soleil magnifique et un ciel très bleu qui témoignent bien de la caractéristique de la ville d'être aussi une station balnéaire sur la cote Atlantique. J'en ai profité pour découvrir plusieurs pièces remarquable du fonds de ce musée, notamment de Gaston Chaissac, vendéen de coeur, peintre et écrivain, et de Victor Brauner, ainsi que des oeuvres évoquant le patrimoine touristique des Sables. Le MASC est devenu un centre de recherches sur cet artiste.

C'est Gaëlle Rageot-Deshayes, la conservatrice du MASC qui a choisi une centaine d'estampes parmi les 400 qui se trouvent au Cabintet des Estampes du Zeppelin Museum de Friedrichshafen. C'est une chance de voir ces oeuvres en France où hormis Colmar elles n'ont jamais été exposées.

La scénographie a du se conformer aux exigences du prêt, et se satisfaire d'une sous-exposition lumineuse imposant de ne pas dépasser 50 lux car les oeuvres sont anciennes et fragiles. Elles ne respectent pas rigoureusement une chronologie. On remarque toutes les techniques : bois gravé, eau forte, lithographie, pointe sèche... Elles sont présentées en exhaustivité pour les portfolios sur la guerre et l'évangile. Quelques autres complètent les thèmes de prédilection de l'artiste, les nus, le portrait, les femmes et la ville.
La Guerre (der Krieg) est une série de cinquante gravures en 5 portfolios de 10 planches chacun qui est présentée dans sa totalité, sur le mur de gauche qui permet tout juste de toutes les accueillir.

lundi 22 octobre 2018

Un nouveau Mercure aux Batignolles


Etant passionnée (aussi) d'architecture, il  m'arrive de découvrir de nouveaux établissements hôteliers en province ou à Paris. Celui-ci s'appelle Paris 17ème Batignolles, tout simplement. Il est le résultat de la fusion de trois immeubles de bureau et d'un parking après avoir résolu, au bout de 24 mois de travaux, la problématique de jouer avec les différences de niveaux et de faire entrer la lumière naturelle le plus possible.

Le résultat est très réussi et imputable en grande partie au talent de Frédéric Grosjean, architecte d'intérieur au Studio ADN, Architecture Design Nomad, auquel on devait déjà le Grand Hôtel la Cloche de Dijon qui a le même propriétaire, Patrick Jacquier,  restaurateur-hôtelier de père en fils depuis quatre générations.

Sa devise pourrait se résumer à donner plus en donnant de soi. Il a raison de croire qu'il fera revenir ses clients en leur faisant plaisir.

Comme tout bourguignon qui se respecte, il a aussi à coeur de faire connaitre et de de promouvoir la région Bourgogne, à commencer par les crus de ses vignobles. Dès l'entrée dans l'établissement l'oeil est attiré par le " Bar à Bourgogne", qui est l'endroit idéal pour déguster de belles appellations telles que le Chardonnay, le Pinot Noir... ou un whisky élaboré dans la région.

On y savourera, en toute modération bien sûr, l'apéritif popularisé par le truculent chanoine Félix Kir, qui pendant vingt-deux ans fut le député-maire de Dijon et qu'il convient de préparer dans les règles de l'art, avec un Bourgogne aligoté et de la véritable crème de cassis.

dimanche 21 octobre 2018

Enfances de Marie Desplechin et Claude Ponti à l'Ecole des loisirs

On connait Marie Desplechin pour ses romans à destination des ados ou des adultes (je vous recommande en particulier Sothik). On connait Claude Ponti pour ses albums aux allures de bandes dessinées, envahis de poussins habitués à "foutre (joyeusement) le bazar".

Alors quand leur éditeur commun, l'Ecole des loisirs,  leur propose de partager leur "bibliothèque d'amour" en publiant 62 biographies de personnages adorés, réels comme Anne Frank, Louis XIV, ou fantasmés comme Eve, la première femme, ou Emily, fille de l'homme invisible, inconnus du grand public comme la grand-mère de Marie ou très célèbres comme Nelson Mandela, le résultat ne peut qu'être une grande réussite.

Ils ont présenté leur ouvrage au cours d'une soirée de rentrée littéraire avec humour et tendresse, en particulier du coté de Ponti pour Edmont Albus, né en 1829, esclave à 12 ans, qui comprit comment polliniser la vanille en faisant le travail à la place de l'abeille qui n'est pas présente à la Réunion. Hélas le garçon ne fit pas fortune avec sa découverte.

Tous deux racontent, l'un en mots, l'autre en images, ce que chacun de ces personnages, dont plusieurs sont devenus des mythes, ont vécu dans leur enfance et qui a été si spécial que cela a changé notre vie à nous. Par exemple Marie Curie n'a jamais été serrée dans les bras de sa mère, parce qu'on ne savait pas à cette époque guérir la tuberculose dont elle était atteinte. On peut imaginer que la ténacité dont elle a fait preuve dans ses études a son origine dans cette tristesse. Son exemple est stupéfiant quand on découvre qu'elle a appris toute seule à lire dès l'âge de quatre ans.
J'ai apprécié aussi de lire la vie de Frida Kahlo puisque je me rends de temps en temps au Mexique où elle est une célébrité.

samedi 20 octobre 2018

Country Life au musée de la Chasse et de la Nature

Le musée de la Chasse et de la Nature qui se trouve à Paris dans le Marais est un formidable lieu d'apprentissage et d'expression artistique qui peut concerner les enfants comme les adultes, ce qui n'est pas du tout antinomique avec le respect des animaux.

On peut y voir en ce moment une superbe et rare exposition intitulée Country Life. Elle présente pour la première fois en France une grande partie de la collection d'un couple d'américains, Bunny et Paul Mellon qui vouaient une véritable passion aux sports équestres et à l'art de vivre en plein air.

Ce qui est fascinant c'est que Antoine Platteau qui est le scénographe, et qui par ailleurs est celui qui imagine les vitrines de la maison Hermès, qui a aussi beaucoup travaillé pour le cinéma, a eu l'idée de transformer véritablement la salle du rez-de-chaussée du musée en une écurie évoquant celle que les milliardaires avaient fait construire en Virginie.

Dès qu'on a soulevé le rideau on entend des hennissements et des bruits de sabots. Les peintures sont accrochées dans des stalles, de part et d'autre d'un large vestibule. L'effet visuel est saisissant d'autant que les éclairages permettent de voir parfaitement les oeuvres. Il ne manque, façon de parler, que l'odeur du crottin, pour que l'illusion soit parfaite. Les vegans peuvent être rassurés : on ne voit les chevaux qu'en peinture.

On découvre des oeuvres de Géricault à Delacroix, de Georges Stubbs, qu'on a surnommé le "peintre des chevaux" à Edgar Degas, mais aussi des paysages de Van Dongen, Caillebotte ou Bonnard. Certes il n'y a pas le moindre cheval traversant le champ de coquelicots peint par Claude Monet à Giverny mais on n'est pas hors sujet parce que c'est la campagne et je vous assure que voir d'aussi près de tels maitres de l'impressionnisme est tout simplement exceptionnel. Placer les enfants face à de telles oeuvres dès leur plus jeune âge me semble essentiel. Voilà pourquoi il faut les emmener régulièrement, dans les musées comme en promenade.
Les tableaux sont regroupés par thèmes : chevaux et lads (c'est comme cela qu'on appelle le jeune garçon d'écurie chargé de garder et de soigner les chevaux de course), scènes de chasses, de courses, loisirs de plein air, paysages. Nous sommes en plein XIX° siècle, un dimanche à la campagne, même si c'est une campagne très civilisée et peu sauvage.

vendredi 19 octobre 2018

Les poteaux étaient carrés de Laurent Seyer

Les poteaux étaient carrés est un livre déroutant. Je ne saurais dire si je l'ai aimé mais en tout cas apprécié c'est certain. L'auteur rapporte la parole de Pierre Cangioni, un match n'est jamais terminé avant le coup de sifflet final (p. 125). On pourrait en dire autant d'un livre où le lecteur cherche son plaisir jusqu'à la dernière page.

Le titre, original pour quiconque ne connait pas le milieu du football, fait référence (p. 87) à la forme des poteaux des buts de l'Hampden Park, qui sont carrés, à l'ancienne, alors que les barres sont rondes depuis plusieurs années dans la plupart des stades modernes. Le ballon qui heurte le bas d'une barre transversale carrée rebondit sur l'arête anguleuse et repart en sens opposé, alors qu'en heurtant une barre ronde il peut glisser sur la courbe métallique et poursuivre sa trajectoire jusqu'au fond des filets.

Si le titre est intrigant mais compréhensible j'ai par contre eu du mal à déchiffrer la couverture ... qu'il était difficile de choisir plus laide, même si le cliché est historique. Les connaisseurs y reconnaîtront Ivan Curkowic, le gardien stéphanois qui, le 12 mai 1976, n'a pas réussi à arrêter à Glasgow le but qu'on dira malheureux pour l'ASSE qui est battue par le Bayern de Munich par coup franc 1/0.

C'est vrai, on ne rejoue pas une finale (p.114). Le nom de l'équipe qui sera inscrit au palmarès y restera gravé à jamais. En sport il n'y a pas de rattrapage. (...) Les victoires n'annulent pas les défaites qui les ont précédées. (...) C'est étourdissant lorsque l'on a seulement treize ans et demi de se dire que "dans vingt minutes" on va vivre un moment qui durera toujours, ... ce que l'auteur désigne plus loin par l'expression "ce vertige de l'irréversibilité".

On ne rejoue pas une finale. Le parallèle que fait Laurent Seyer avec des évènements familiaux qui, à l'instar d'un match, ne se rejoueront pas non plus, est très intéressant. Mais il souligne aussi un match n'est jamais terminé avant le coup de sifflet final. On pourra ainsi analyser l'histoire familiale en changeant de point de vue. Ainsi, au fil des pages le garçon réalisera que les moments heureux qu'il a vécu avec son père sont systématiquement associés à la présence concomitante de sa mère qui, depuis a quitté le foyer familial.

jeudi 18 octobre 2018

Chimie Vivante, troisième album de Féloche

Je connaissais Féloche à travers ses disques. Je suis allée le découvrir sur scène, au Centre Paul Baillart de Massy (91). Il passera bientôt (le 20 décembre) au Pédiluve de Chatenay-Malabry (92).

Il a, à juste titre, un public dans chacun de ces endroits où il s'est déjà produit, et c'est légitime parce qu'il appartient à cette catégorie d'artistes, à la fois chanteurs, compositeurs et interprètes qui aiment la scène.

Découvert aux Francofolies en 2010 ce n'est pas un hasard s'il a été nominé aux Victoires de la musique en 2015 comme "révélation scène de l'année" où il interpréta Silbo que l'on a entendue aussi ce soir.

On entendra aussi Darwin avait raison qui était le titre phare de son premier album, La vie cajun (enregistré à 23 ans, sorti bien plus tard, en 2010).

Féloche, né en 1973, est le petit-fils de de Charles Le Bars, artiste-peintre et sculpteur. Son père, Hugues Le Bars fut un grand compositeur de musiques de film, de ballets de Maurice Béjart et d'histoires pour enfants (Collection Père Castor), célèbre pour avoir souvent inséré des voix dans ses compositions, notamment celles d'André Malraux, Eugène Ionesco, Sonia Rykiel ...

Au début des années 1970, Hugues Le Bars s'était installé au vert dans un petit village de l'Aisne qu'il finit par quitter pour habiter près de Montfort-l'Amaury. Il réinstalla alors son studio non loin des lions et des girafes de la réserve africaine de Thoiry. où il résida une vingtaine d'années avec sa compagne et leurs enfants. est-ce qu'avoir entendu les cris des lions a conditionné Féloche et lui a soufflé l'inspiration pour écrire Crocodile ?

Le clip de cette chanson a été tourné par Yolande Moreau, qui est une actrice et réalisatrice, à l'univers extraordinaire. On se souvient de son interprétation très sensible dans Séraphine, et de la sensibilité de son second film Henri. Ils avaient depuis longtemps le projet de travailler ensemble car elle devait déjà faire le clip de On va ouH! Pour Crocodiles elle a dirigé Féloche en lui suggérant d'être le plus sobre possible, ce qui allait à l'encontre du tempérament bouillonnant qu'il révèle sur la scène mais qui procure un résultat très intéressant.
Les crocodiles, ce sont "les trucs qu'on se prend dans la tête" et qui nous changent, inévitablement. Parce que le corps est une Chimie vivante. Cette chanson donne le titre à ce troisième album et c'est elle qui ouvre le concert.

mercredi 17 octobre 2018

Les amours d'un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy reçoit le Prix Vendredi

Nicolas de Crécy a reçu hier le Prix Vendredi (annoncé comme étant le premier prix national de littérature ado) pour Les amours d'un fantôme en temps de guerre, publié chez Albin Michel.

Deux mentions spéciales ont été attribuées à Nastasia Rugani pour Milly Vodović (Editions MeMo), et Vincent Mondiot pour Nightwork (Editions Actes Sud Junior).

Le Prix Vendredi existe en partenariat avec la Fondation d’Entreprise La Poste et avec le soutien de la Sofia, qui l'ont initié l'an dernier, à l'instigation de son créateur Thierry Magnier, président du groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition (SNE).

C'est donc une "toute jeune" récompense. Nommé "Prix Vendredi", en référence à Michel Tournier, il récompense un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans, désigné par un jury composé de professionnels. Il est doté d’un montant de 2.000 euros grâce au soutien de la Fondation d’Entreprise La Poste.

67 titres avaient été soumis cette année par 44 maisons d’édition Jeunesse au jury du Prix Vendredi, qui en avaient d'abord retenu dix. Le jury est composé de journalistes et d'auteurs spécialisés dans ce domaine (Marie Desplechin, Sophie Van der Linden).

Un prix a toujours cela d'intéressant qu'il participe (que l'on soit gagnant ou participant) à la promotion du livre et de la lecture. Il est important de renforcer l'impact de la littérature Jeunesse dans le paysage éditorial francophone.

Le livre primé raconte l'histoire d'un jeune fantôme parti à la recherche de ses parents disparus. L'adolescent doit aussi faire face à une guerre encore plus violente chez les humains alors que la guerre fait rage dans son monde. Il est très attaché à un petit chien, ce qui est contre nature chez les fantômes. Et surtout il y a une jolie jeune fille qu'il trouve ravissante. Comment peut-il l'aimer alors qu'elle n'a pas conscience de son existence? 

L'ouvrage de Nicolas de Crécy est remarquable de beauté et de sensibilité. En premier lieu par ses illustrations qui ne sont jamais redondantes par rapport au texte et qui sont un vibrant hommage à la nature. L'humain y est peu présent, en raison du thème choisi, mais l'auteur parvient néanmoins à évoquer la représentation des fantômes sans tomber dans le cliché.

mardi 16 octobre 2018

Ana, ma chérie ! écrit et interprété par Jennifer Batten

Ana ma chérie revendique la spécificité d'être un seul-en-scène dramatique.

Ecrit (et interprété) par Jennifer Batten, il est probablement pour partie autobiographique comme l'étaient les spectacles de Zouc.

Excuse-moi mon chéri ... chéri ... chéri ... l'artiste suisse ne cessait d'interpeler ses enfants avec insistance. Avec pour seul costume une robe noire informe qui lui permettait de se détacher sur une toile blanche immaculée. Et pour accessoire une simple chaise.

Jennifer Batten porte une robe rouge éclatant qui magnifie sa silhouette. Le plateau est plongé dans un noir intense. Son accessoire est peu banal, une échelle transformable (de celles qu'on ne parvient pas à déplier dans les règles de l'art si on n'a pas Cap +24 en bricolage) et surtout ses propos ne sont pas, mais alors pas du tout situés dans le registre de l'humour, même noir et désespéré comme l'étaient ceux de Zouc.

Il n'empêche qu'elles ont probablement une certaine folie et une vision de l'enfermement en commun.

Au début du spectacle, la comédienne compte à mi-voix alors que le piano égrène des notes tantôt graves, tantôt légères, sur la conception musicale de Vincenzo Mingoia. Arrivée à cinquante elle passe aux couleurs. Elle aurait aussi bien enfiler des perles pour lancer le moteur des confidences.

Je suis Ana, comme ananas, ... Va-t-en, je ne t'aime pas.

Voilà, c'est dit. La mère assume ses propos. La fille moins. Tout aurait-il été différent si elle avait été un chevalier, ou un homme ? Seulement voilà, c'est une femme. Le coeur d'une femme a besoin d'amour pour battre. Celui d'Ana est en panne, une panne provoquée.

lundi 15 octobre 2018

Une année en enfer, un roman graphique et une exposition

Une année en enfer est une exposition qui est terminée depuis un moment mais le livre qui avait été conçu pour en être en quelque sorte le catalogue continue sa vie avec succès et il faut espérer que d'autres villes, en Belgique comme en France, accueilleront cette exposition atypique qui tient beaucoup de l'installation et qui présente l'avantage de placer le visiteur en complète immersion."

J'étais allée en Belgique à l’occasion du coup d’envoi de la Biennale de Mons 2018-2019, capitale culturelle et dans le cadre du Grand Final du Grand Huit, et particulièrement pour voir la superbe et passionnante exposition d'oeuvres de Niki de Saint Phalle qui, elle se poursuit encore jusqu'à mi-janvier 2019.

Je vous la recommande fortement. Vous marcherez sans doute alors dans la ville, et dans les pas de l'inspecteur Jaunes, imaginé par  Jan Bucquoy (scénariste, mais aussi romancier, réalisateur et artiste belge) et immortalisé par Tito (dessinateur français, auteur des séries Soledad et Tendre Banlieue) qui lui a donné vie.

C'est un anti héros par excellence car il a essuyé deux échecs cuisants, les Tueries du Brabant et l’affaire Dutroux.

À travers 7 albums, publiés entre 1980 et 1989, Daniel Jaunes avait mené des enquêtes dans des villes comme Gand, Bruxelles ou Dinant. L'inspecteur revient sur le devant de la scène après 30 ans d’absence,  pour reprendr du service… dans la cité du Doudou (Mons abrite un musée surprenant dédié aux doudous). C'est Hervé Algrain qui est à l’origine de ce retour, et qui a souhaité mettre en avant les "histoires sombres" de la ville, comme des procès de sorcellerie ou l’affaire du Dépeceur de Mons.

"Les villes mettent en avant leurs aspects positifs, j’ai juste fait l’inverse", explique-t-il. "J’ai toujours considéré que les histoires sombres, qui constituent l’essentiel de la tradition orale, étaient celles qui ont le plus de profondeur et de résonance dans notre culture. Mons est un point de connexion d’histoires sombres sur plusieurs siècles."

Ce passionné de "culture bis et alternative" est éditeur du projet. Il n'a pas hésité à créer sa maison d’édition pour l’occasion en lui donnant le nom très évocateur de Désastre immobile. Il s'est attelé à convaincre Jan Bucquoy et Tito à reprendre du service en plaçant leur inspecteur à Mons, un an avant sa retraite, en 1997, en pleine affaire du "Dépeceur de Mons".

Il leur a bien entendu fourni un dossier volumineux sur Mons, pour que Jan puisse construire un scénario dont la lecture puisse s'effectuer indépendamment des épisodes précédents. Tito s'est rendu régulièrement dans la ville pour s'imprégner de l'atmosphère et faire toutes ses planches d'après nature. Chacune est originale et correspond à un angle qu'il a lui-même observé et retenu. personne n'avait dessiné la Grand-Place, le beffroi ou la collégiale comme il l'a fait.

C'est ainsi que s'est concrétisé Une année en Enfer, sous forme de roman graphique d'environ 110 pages, dont 70 de texte écrit par Jan Bucquoy et 40 d’illustrations de Tito, avec une préface de Jean-Pierre Dionnet

dimanche 14 octobre 2018

Sous la toile de Jheronimus, un spectacle des Colporteurs

Prendre un billet pour un spectacle des Colporteurs, c'est l'assurance d'être surpris.

J'avais été "épatée" par Le bal des Intouchables, découvert à La Villette. Je suis sortie totalement sidérée de la dernière création, au titre qui déjà en soi promet l'étonnement, puisqu'il évoque une oeuvre du peintre de Jérôme Bosh (1450-1516), conservée à Madrid, Musée du Prado, intitulée "Le jardin des délices".

Sidérée par la qualité de la mise en scène, l'inventivité des séquences, la plasticité des artistes, la création musicale (interprétée prodigieusement en direct par Antoine Berland qui révèle tout de son art). Emue aussi parce que chaque tableau est profondément humain, révélant un éventail de sentiments. Touchée enfin par l'annonce liminaire prévenant que nous assistions sans doute à la dernière des dernières représentations de ce spectacle au bout de deux ans de tournée.

Sous la toile de Jheronimus (prononcer Yéronimous) a été créé en première mondiale dans le cadre de la 2ème Biennale Internationale des Arts du Cirque, qui est le plus grand festival du monde dédié à cet art, à Marseille en février 2017, par la compagnie ardéchoise.

Les artistes invitent le spectateur à une réinterprétation de l'un des chefs-d'œuvre du maître flamand, Jérôme Bosch, et de sa vision de l'humanité, en mêlant différents arts circassiens.

"Le jardin des délices" est un triptyque audacieux et d'une liberté de ton incroyable. Selon certains, c’est une vision en trois tableaux de ce que pourrait être le monde s'il n'avait pas été corrompu par le mal. Sur le panneau de gauche, on assiste à la création de l’univers; au centre on découvre l'Humanité pécheresse avant le déluge; enfin à droite, le peintre livre une vision de l'enfer où les pêcheurs subissent la torture.

On comprend en sortant du chapiteau que la France reste considérée comme le berceau du cirque contemporain.


J'ai choisi cet extrait parce qu'il montre (aussi) le travail de création musicale du pianiste.

Il faut bien entendu revenir au tableau mais il n'est pas nécessaire de le connaitre pour apprécier la proposition. Les émotions mises en scène par Antoine Rigot sont universelles.

samedi 13 octobre 2018

Salade exquise et la nouvelle carte de saison d'Exki

Je connais l'enseigne Exki depuis quelques années maintenant. J'ai eu l'occasion d'en parler sur le blog, à l'occasion notamment d'une opération de glanage.

Chez Exki on est adepte du "nudge" et on multiplie les coups de pouce qui inciteront les employés et les consommateurs à adopter de meilleurs comportements en partant du principe qu'il n'y a pas de "petit" geste. Tout compte.

L'enseigne est engagée depuis toujours dans une démarche éco-responsable. Pour encourager ses clients à faire de même elle a créé une Green Card qui permet de récolter des points pour chaque éco-geste réalisé comme : réutiliser un sac, amener son contenant personnel pour son thé ou café, utiliser ses propres couverts… qui valent à chaque fois un coup de tampon "Carotte" sur votre carte. Au bout de six, vous vous verrez offrir une boisson et un cadeau plus important à trente.

Vous ne le savez peut-être pas mais les sandwichs sont vendus avec 20% de réduction à partir de 17 heures; plus tard vous pourrez peut-être bénéficier (dans trois restaurants pour le moment) d'un panier Too good to go. J'ai essayé et j'ai été très satisfaite.

Ce que j'aime particulièrement ce sont les associations gourmandes que l'on doit au chef Olivier Langlet.

J'ai eu la chance de discuter avec lui et d'apprendre quelques astuces. Par exemple ajouter un filet d'huile de colza première pression à froid donnera un goût de noisette. Ajouter du quinoa dans un pain de viande contribuera à l'alléger.

J'ouvre régulièrement le livre de recettes et conseils, l'Almanach des légumes, qui me sert de source d'inspiration pour réaliser par exemple la composition qui illustre cet article.

Je suis dans l'esprit Exki en plaçant de plus en plus les céréales avec les légumes dans une même assiette. La dernière en date était composée de graines anciennes d'épeautre (Mon Fournil), d'aubergines confites, de lamelles de champignons de Paris et de tomme du Jura, de chorizo, de copeaux de cèpe, de Ocni Factory (assaisonnement à tailler pour sublimer les plats). Comme vous le constatez j'ose des associations audacieuses.
Exki c'est 1400 salariés dont 500 en France. La moitié des restaurants est en franchise. Le miracle est de réussir à faire de l'artisanat à grande échelle et d'avoir conservé un actionnariat familial depuis al création en 1999 par trois amis, Nicolas, Frédéric et Arnaud.

La marque belge pourrait avoir comme devise de cuisiner la nature. Avec une norme ISO 22 000 qui est le sommet de la sécurité alimentaire.

Le premier établissement ouvert à Paris est celui du boulevard des Italiens, en 2006, il y a tout de même 17 ans. Le dernier est celui de la rue Rambuteau à Noël dernier. La France compte 12 restaurants. L'expérience américaine ne fut pas concluante parce qu'il était très difficile d'y recruter du personnel de qualité mais la marque compte tout de même 97 restaurants répartis dans 5 pays.

Je suis allée découvrir la nouvelle carte avec plaisir, persuadée d'être surprise par de nouvelles associations légumières. Cette fois, et c'est de saison, ce sont les légumes racines qui sont à l'honneur, et donc betteraves, panais, carottes, navets, céleris et patates douces ...
Parmi les nouveautés on trouvera (ci-dessus) la salade Mc Kinley, quinoa bio, houmous de champignon, céleri, champignon, airelles, noisettes.

vendredi 12 octobre 2018

Aubagne commémore la Grande Guerre à travers trois expositions

La commémoration de la fin de la Grande Guerre est un thème assez transversal qui a inspiré beaucoup de lieux. Aubagne n'a pas échappé à cette vague et on peut y voir quatre expositions, dont trois municipales, abordant chacune des aspects différents et complémentaires.

Elle devait être la "der des der "mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Ce fut la première et pas du tout la dernière. Elle a laissé des souvenirs très violents que la ville d'Aubagne a décidé de célébrer comme beaucoup d'autres communes françaises, chacune à leur manière. Je vous parlerai bientôt des Sables d'Olonne qui ont préféré célébrer le talent d'Otto Dix.

Pour le moment nous irons à la Chapelle des Pénitents noirs. Nous traverserons la rue pour aller voir comment les aubagnais ont vécu la période. Puis nous poursuivrons dans un musée particulier puisqu'il est situé à la Légion étrangère qui est installée dans la ville depuis 1962.

Je vous invite en complément à écouter le podcast de l'émission que j'ai faite sur Needradio et qui comporte quelques interviews originales. Le lien figure à la fin de l'article.
Les éclaireurs du Ciel
Aubagne, c'est la ville où est né Marcel Pagnol, et on pense forcément à La Gloire de mon père. Elle dispose d'une Cité de l’art santonnier, puisque les santons sont une de ses "spécialités". Mais on sait moins que la ville a abrité des hangars où l'on a construit des dirigeables pendant la Première Guerre mondiale. Leur histoire, et les découvertes scientifiques, technologiques qui en ont découlé, rencontre les oeuvres de l'artiste plasticienne Véronique Duplan dans une exposition qui a lieu aux Pénitents noirs, connu également sous le nom de Centre d’art contemporain en proposant une lecture multiple.

Située sur les hauteurs de la vieille ville, la Chapelle des Pénitents noirs tient son nom actuel de la confrérie des Pénitents Noirs (fondée en 1551) à laquelle la commune cède partiellement l'usage de la chapelle. L'actuel bâtiment a évolué entre 1627 et 1728, et c'est en 1784 qu'il a été doté d'une façade néo-classique du XIX° siècle inspirée du Panthéon de Rome, ce qui ne l'empêcha pas, en 1793, de servir d'étable pour les animaux destinés au ravitaillement des troupes du siège de Toulon. Elle fut fermée trois ans en 2011 pour travaux.

Le cadre est propice à la présentation d'objets volumineux et à l'accrochage de très grandes oeuvres, comme celles de Véronique Duplan, une graveuse dessinatrice dont l'association avec le monde des dirigeables a de quoi étonner. Le défi est de faire comprendre que tout est lié dans une grande logique et les créations de cette artiste contemporaine sont en résonance avec la mémoire.

jeudi 11 octobre 2018

Deux stations avant Concorde de Peire Aussane

J'ai reçu Deux stations avant Concorde par la Poste ... comme d'autres premiers romans depuis que je participe au groupe des 68 premières fois.

La couverture m'a tapé dans l'oeil et je l'ai commencé immédiatement, juste pour voir ... et j'ai très vite été accrochée. En bas de la page 44 je découvre l'emploi d'un terme assez rare : Nous différons le moment où elle me dira son inquiétude. Je bénis cet élan de procrastination. Je sais alors que je vais bientôt rencontrer Peire Aussane, parce qu'un tel hasard mérite qu'on aille jusqu'au bout. Je décide de lui proposer d'intervenir dans l'émission La grande Question que je prépare pour Needradio sur la procrastination.

Je poursuis bien entendu la découverte du roman, qui me plait de plus en plus. Je le glisse dans mon sac pour m'accompagner dans le métro, où ... dans une mise en abîme formidable., alors que la rame se trouvait presque à Concorde il a presque failli m'arriver la même aventure que celle qui est décrite dans le livre, je veux parler du vol de téléphone.

Je choisis alors de consacrer une heure entière à cette auteure et à son livre. Je l'inviterai donc dans Entre Voix, qui est disponible en podcast sur la page Replay de la radio (et que j'ai copié à la fin de l'article).

Deux stations ... semble avoir été écrit dans l'urgence. Il fut malgré tout beaucoup retravaillé me dira l'auteure pour mieux atteindre son objectif : J'avais cette volonté de faire un livre rapide, efficace, que l'on dévore, parce que l'action se passe en quelques jours, quelques semaines.

L'écriture de Peire Aussane est comme un parfum. Certains mots ont une note de tête, d'autres des notes de coeur, et d'autres encore des notes de fond. Tout fait sens au fil de la lecture. Nous devinons, nous lecteurs, certains rebondissements et d'autres non. A la fin du livre je suis revenue aux premières pages pour vérifier les indices dont je n'avais pas totalement la certitude.

mercredi 10 octobre 2018

Vagues de renouveau, Estampes japonaises modernes 1900-1960 à la Fondation Custodia

Les expositions se suivent, très différentes, et tout autant remarquables. Je suis allée à la Fondation Custodia voir l'exposition Vagues de renouveau. Estampes japonaises modernes 1900-1960 qui est une occasion exceptionnelle de découvrir, pour l'une des toutes premières fois en France, les créations des artistes témoins de la modernisation du Japon du XX° siècle.

Elle explore l'intérêt des courants artistiques shin hanga et sôsaku hanga à travers plus de 200 œuvres d'une cinquantaine d'artistes. C'est une des nombreuses manières de célébrer l'année du Japon en France.

Les estampes exposées proviennent du musée Nihon no hanga à Amsterdam qui regroupe la collection qu'Elise Wessels a constituée au cours des 25 dernières années. En 1980, lorsqu'elle a commencé à acheter au Japon très peu d'Européens s'intéressaient alors à ces estampes. Et il faut signaler que l'intégralité de cette collection, composée d'un fond de 2000 oeuvres, est une donation au Rijksmuseum d'Amsterdam qui sera effective dans quatre années.

Ger Luijten, le directeur de la Fondation, avait raison d'être fier de présenter le catalogue et de dérouler l'affiche qui allait bientôt envahir les couloirs du métro. Il s'agit d'une production d'une gravure sur bois en couleurs, de 28, 2 x 40,2 cm de Itô Shinsui (1898-1972), datant de 1928 et intitulée Femme se noircissant les sourcils où la couleur rouge est très représentative de l'art japonais. L'artiste aurait choisi comme modèle l'actrice de kabuki Mizutani Yaeko. Ses cheveux sont attachés serrés pour tenir ensuite sous sa perruque. Il faut se souvenir que peu de femmes jouaient au théâtre au début du XX° siècle. cette estampe connut un immense succès, en partie à cause de son format horizontal inhabituel et du contraste entre le fond rouge et la couleur pâle de la chair. Elle s'est trouvée rapidement épuisée.
Le même artiste a été choisi pour la couverture du catalogue, Miroir à main, 1954, qui est une estampe d'inspiration très moderne. la composition, presque abstraite, tire son efficacité visuelle du contraste entre de grands aplats de couleurs aux formes géométriques et des contours fluides.
Cette exposition sera sans doute un choc pour le public français, plutôt habitué à l'art japonais traditionnel. Et ce fut un plaisir de découvrir ces oeuvres en compagnie de la collectionneuse, venue spécialement à Paris et bien entendu, très au fait de l'historie de chacune.
Elise Wessel était esthéticienne de formation et on peut légitimement croire que cet intérêt a influencé ses choix. Sa collection comprend un grand nombre d'oeuvres montrant l'intimité des femmes à leur toilette ou à leu mise en beauté. Elle comprend aussi bien entendu des paysages et des scènes du théâtre Kabuki.

mardi 9 octobre 2018

Hommage à Elzbieta, immense auteure de littérature jeunesse

J’ai régulièrement la chance d’approcher de nombreux auteurs jeunesse, et de pouvoir leur dire -pour les plus âgés d'entre eux- combien leurs albums avaient joué un rôle déterminant dans ma construction, comme dans celle de myriades d’enfants.

Je n’ai jamais rencontré Elzbieta et pourtant s'il existait un panthéon pour les auteurs qui écrivent pour les enfants je la placerais au sommet tant pour la délicatesse de ses dessins, que pour la justesse de ses mots. Les uns comme les autres permettent de comprendre, parfois d’accepter l’insoutenable en apprivoisant les émotions.

Elzbieta a été nominée deux fois pour le Prix Astrid Lingen qui est un Prix international très prestigieux. C'était une personne exceptionnelle qui savait transformer le malheur en art. Elle en a "subi") des malheurs. Son père est mort quand elle était très jeune, Elle a eu des rapports très compliqués avec sa mère, et elle a vécu avec un oncle qui l'a exploitée, elle a été obligée de quitter plusieurs fois le pays où elle vivait, la Pologne et l'Alsace, puis l'Angleterre avant d'arriver à Paris.
Elle a immortalisé le jardin du Luxembourg à travers une très jolie histoire d'amour entre une souris et un merle pleine de poésie et en demi-teintes. Par contre quand elle dessinait un personnage censé représenter sa mère elle s'y prenait avec impertinence et faisait claquer les couleurs. C'était sa manière à elle d'exorciser le manque d'amour dont elle avait tant souffert.

Ce que je retiens surtout c'est un petit album magnifique de poésie et de justesse, conçu en 1993, pour expliquer et dénoncer ce que font les guerres aux hommes. Ça s'appelle Flon-Flon et Musette et il faut l'avoir lu au moins une fois dans sa vie. Et particulièrement au moment où on commémore les armistices.

lundi 8 octobre 2018

Toxique de Françoise Sagan, adapté pour le théâtre par Michelle Ruivo

Certains spectacles me sont plus complexes que d'autres à chroniquer. Je pourrais "faire l'impasse" mais ne parler que de ce qui m'enthousiasme ne serait pas complètement honnête. Il me semble utile au lecteur de percevoir quels sont mes critères de jugement, afin qu'il puisse lui-même se situer.

Le dossier de presse de Toxique précise l'intention de Christine Culerier (qui signe la mise en scène avec Michelle Ruivo) : jouer du Sagan plutôt que jouer Sagan. Je partage ce point de vue. Il aurait été périlleux de prendre ce parti après la formidable interprétation de Caroline Loeb dans Françoise par Sagan, encore très frais dans nos mémoires.

Néanmoins la fragilité de la silhouette de la comédienne, son allure androgyne (il est amusant de constater la cohérence avec son pseudonyme emprunté à Proust, le prince de Sagan), sa coupe de cheveux, sa manière de mimer l'usage de la cigarette (sans néanmoins fumer)... évoquent l'écrivaine. Je lis d'ailleurs ici et là qu'elle incarne Françoise Sagan à travers une adaptation de son journal, rédigé lors de sa cure de désintoxication.

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