vendredi 12 octobre 2018

Aubagne commémore la Grande Guerre à travers trois expositions

La commémoration de la fin de la Grande Guerre est un thème assez transversal qui a inspiré beaucoup de lieux. Aubagne n'a pas échappé à cette vague et on peut y voir quatre expositions, dont trois municipales, abordant chacune des aspects différents et complémentaires.

Elle devait être la "der des der "mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Ce fut la première et pas du tout la dernière. Elle a laissé des souvenirs très violents que la ville d'Aubagne a décidé de célébrer comme beaucoup d'autres communes françaises, chacune à leur manière. Je vous parlerai bientôt des Sables d'Olonne qui ont préféré célébrer le talent d'Otto Dix.

Pour le moment nous irons à la Chapelle des Pénitents noirs. Nous traverserons la rue pour aller voir comment les aubagnais ont vécu la période. Puis nous poursuivrons dans un musée particulier puisqu'il est situé à la Légion étrangère qui est installée dans la ville depuis 1962.

Je vous invite en complément à écouter le podcast de l'émission que j'ai faite sur Needradio et qui comporte quelques interviews originales. Le lien figure à la fin de l'article.
Les éclaireurs du Ciel
Aubagne, c'est la ville où est né Marcel Pagnol, et on pense forcément à La Gloire de mon père. Elle dispose d'une Cité de l’art santonnier, puisque les santons sont une de ses "spécialités". Mais on sait moins que la ville a abrité des hangars où l'on a construit des dirigeables pendant la Première Guerre mondiale. Leur histoire, et les découvertes scientifiques, technologiques qui en ont découlé, rencontre les oeuvres de l'artiste plasticienne Véronique Duplan dans une exposition qui a lieu aux Pénitents noirs, connu également sous le nom de Centre d’art contemporain en proposant une lecture multiple.

Située sur les hauteurs de la vieille ville, la Chapelle des Pénitents noirs tient son nom actuel de la confrérie des Pénitents Noirs (fondée en 1551) à laquelle la commune cède partiellement l'usage de la chapelle. L'actuel bâtiment a évolué entre 1627 et 1728, et c'est en 1784 qu'il a été doté d'une façade néo-classique du XIX° siècle inspirée du Panthéon de Rome, ce qui ne l'empêcha pas, en 1793, de servir d'étable pour les animaux destinés au ravitaillement des troupes du siège de Toulon. Elle fut fermée trois ans en 2011 pour travaux.

Le cadre est propice à la présentation d'objets volumineux et à l'accrochage de très grandes oeuvres, comme celles de Véronique Duplan, une graveuse dessinatrice dont l'association avec le monde des dirigeables a de quoi étonner. Le défi est de faire comprendre que tout est lié dans une grande logique et les créations de cette artiste contemporaine sont en résonance avec la mémoire.

C’est un contexte historique qui a permis l’avènement des dirigeables après les engins des Frères Montgolfier. Le terme "dirigeable" n'est pas familier. C'est pourtant un objet de conception assez simple si on songe qu'il suffit en quelque sorte d'ajouter un moteur de voiture à une montgolfière. Il y avait une barre pour monter et descendre, une autre pour aller de droite à gauche. Ils étaient noirs avant de prendre la couleur jaune, qui sont des couleurs respectées par la scénographie.
Au début de la guerre la France dispose de 5 dirigeables et 7 ballons captifs. Comme l'aviation n'offre que des possibilités restreintes au début de la Première Guerre Mondiale, les dirigeables vont alors jouer un rôle considérable puisque, par rapport aux avions, ils peuvent transporter plusieurs tonnes de bombes, et sur un rayon d'action largement supérieur. De plus de 200 mètres de long, ils fonctionnaient avec de l'hydrogène, un gaz plus léger que l'air mais très dangereux car inflammable. Les explosions en vol furent fréquentes jusqu'à ce qu'on trouve l'hélium.Ils étaient recouvert d'une toile légère, conçue pour que la pluie s’écoule facilement, qu'on appelle "déferlante". Ils furent même à l'origine armés mais ils ne furent pas utilisés longtemps pour l’offensif car les avions furent rapidement beaucoup plus performants.
Ils seront victimes de leur spécificité au fur et à mesure des progrès de l'aviation et de la défense anti-aérienne. Leur lenteur les rend vulnérables d'autant que leur volume en fait des cibles très repérables. Ils vont alors être cantonnés à la lutte anti sous-marine et à la détection de mines. Voilà comment la Marine héritera des dirigeables rescapés dès 1916. Cette même année, l'Etat major de l'armée française programmera néanmoins la construction d'une flotte de ballons dirigeables pour renforcer la surveillance des sous-marins allemands. La création de 12 centres d'aérostation sera ainsi décidée comme celle qui fut située dans la plaine de Coulin, entre Aubagne et Gémenos, et qui fut active de 1916 à 1922. L'exposition retrace le rôle de cette base dont les deux hangars ont disparu en 1988. Une vie très dynamique car le personnel au sol était en nombre conséquent. Il disposait d'une équipe de foot, d'une mascotte...
On est saisi par la blancheur des murs et par le volume intérieur de la chapelle. L’ambiance amène chaque visiteur à emprunter la piste de lecture et de découverte de son choix, historique, patrimoniale, scientifique, ou artistique, à se confronter au contexte militaire passé ou à des innovations technologiques de demain.

La directrice du centre d'art et commissaire, Coralie Duponchel, s'est passionnée par la collation de documents d'archives qui se révélèrent passionnants

Une quarantaine d’objets, affiches, photos et revues d’époque témoignent de l’engouement populaire pour le vol aérostatique depuis les premières montgolfières jusqu’aux années soixante qui intéresseront au premier plan les aubagnais. On constate que l’intérêt pour l’art de voler en dirigeable ne s’est jamais tari.

Car l'histoire ne s'arrête pas à la démolition de la base. On poursuit encore aujourd'hui en France leur développement pour assurer le transport de charges lourdes, de l'ordre de 60 tonnes à une vitesse de 120 km/h.

Aérosculpture est une entreprise de spectacles aériens avec à sa tête un passionné, Jean Pierre David qui entretient le rêve, celui de faire voler à nouveau plusieurs dirigeables avec à leur bord des passagers.

Enfin de nouvelles générations de dirigeables ont vu le jour. Il s'agit de concepts de plateformes stratosphériques autonomes, capables de rester stationnaires à une altitude de 20 kilomètres (ce qui semble démesuré) pour effectuer des missions permanentes d'observation et de télécommunications en fonctionnant à l'énergie solaire.
Des matériaux provenant d’anciens dirigeables aident à comprendre leur fonctionnement. On remarquera des morceaux de structure en Duralumin qui était très léger. Deux belles et grandes maquettes (dont une en suspension de plus de 4 m de long) viennent compléter les explications. Des petits personnages permettent de se rendre compte de leur taille ... 200 mètres environ.

La reproduction de photos en moyen format et de grandes images imprimées (200 x 140 cm) contribuent au sentiment d’immersion du visiteur au cœur du centre d’aérostation maritime d’Aubagne à cette époque.

Certaines pièces historiques sont émouvantes. Comme le portrait de Jean du Plessis de Grenédan, un officier de marine français, né à Rennes le 15 janvier 1892, décédé le 21 ou 22 décembre 1923 en tant que lieutenant de vaisseau, commandant du dirigeable Dixmude. 

On peut être surpris qu'un officier de marine qui, bien entendu n’était jamais monté dans un avion devienne pilote puisque les dirigeables étaient placés sous le commandement de la Marine, car ils survolaient la mer. Que c’est beau l’avenir avait dit ce jeune homme, en pleine guerre après avoir eu la fierté de prendre un zeppelin en battant des records de vitesse. Il s’est hélas abattu en mer quelques années plus tard près de la Sicile... il n’avait que 31 ans.

La série de photos s’achève par la démolition du dernier hangar dans les années 1980, avec en surplomb un dirigeable de 7 mètres de long nommé "aéroplume" qui dans d’autres conditions peut permettre à un enfant de se déplacer.
L'exposition est chronologique jusqu’à la démolition en 1988 du dernier hangar. On apprend que, même après 1918 il ont continué à "prévenir" en surveillant les sous-marins. Et on les utilisait pour faire des prévisions météo, de la photo, du cinéma, tout ce qui touche à la reconnaissance, et qu'on fait faire par des drones aujourd'hui, et qui sont 500 fois plus petit ... et plus discrets.
On peut enfin découvrir le ballon dans l’imagerie populaire, illustrant une assiette, un plumier ...
Coralie Duponchel insiste aussi sur le fait que le label "art contemporain" du centre rendait nécessaire la mise en lien avec l'art sans avoir recours à une narration. Les dessins si singuliers de Véronique Duplan ont ainsi "naturellement" pris place pour scander l’exposition avec ses œuvres qui sont toutes très différentes mais qui s’insèrent dans le patrimonial en assurant un équilibre et surtout une facilité de lecture.

Il n’a pas été nécessaire de faire une commande spéciale car cette artiste plasticienne travaille sur la trace. Le fond de son oeuvre, concentré sur la trace des humains sur terre, s'accordait parfaitement au thème. C'est une artiste qui est toujours en création et un nouvel accrochage aura lieu à partir du 8 janvier avec une oeuvre nouvelle, mais qui n'a pas été créée spécialement.

Cette infirmière de métier qui a accompagné beaucoup de personnes en fin de vie, vit sur un bateau avec pour musique les cris de mouettes. Elle parle de manière très touchante et tous ceux qui sont passés dont on n'a aucune mémoire, aucune trace.
Elle a cherché à trouver des symboles et des manières de répertorier tout le monde en explorant sa trace, à l'instar de ce que révèlent les carottages scientifiques. Elle a réalisé des dessins immenses, tous des encres sur papier Montval 300g, d'une intense précision pour restituer la trace de notre passage. Comme le caillou que le passant ajoute au monticule. Avec Inukchuk qui est une gravure en taille douce imprimée sur papier japon marouflé sur toile, 250x170 cm, qui se voit de loin, pour lequel elle s'est inspirée des cairns que les indiens iroquois faisaient dans le Nord Canada pour marquer leur passage et indiquer le chemin. Ces accumulations de pierres avaient souvent une forme humaine. Personnellement j'ai vu un oiseau au sommet de celui-ci dont la couleur sombre résulte de l'oxydation de la matière. Cette évocation me semble symbolique puisque on sait qu'un territoire qui n'est pas survolé par un oiseau est un territoire mort.
Le manteau du mari d'Anna Akhmatova est une autre source d'inspiration. Nikolaï Poutine a été embarqué en pleine nuit en 1049 par le KGB et envoyé au goulag. L'objet est toujours suspendu, intact, à Saint Petersbourg dans l'appartement d'Anna, au même endroit. Il a inspiré la série des capes. C'est ce pan de mur qui accueillera la nouvelle oeuvre en janvier.
En traçant des milliers de petits cercles qui pourraient s’apparenter à chaque "petite cellule du grand tout" Véronique dit inventer un territoire, en se référant à la pensée de Gilles Deleuze qui nous a expliqué que la répétition du geste permet ensuite de s’enraciner, et donc d’exister. On pourra aussi y voir quelque chose de l'ordre du dépeçage et de la desquamation.
Au fond de la chapelle, un autre dessin représente des planètes, des étoiles, qui flottent de façon innocente, silencieuse ...  Une seule planète est vivante, celle où deux volatiles s'affrontent, car la vie doit être vue comme un combat, ce qui justifie d'avoir représenté des vautours.
L'artiste ne pouvait pas être insensible au mythe de Sisyphe qui est ici illustré par neuf dessins qui sont plus illustratifs que les précédents. Condamné par les dieux à pousser un rocher au sommet d'une montagne, quel retombe à chaque fois, il représente la quête devenue vaine, épuisante, absurde et sans espoir, dans un mouvement dramatique ... à moins d'avoir le sentiment d'accomplir une mission, un devoir, qui donnera une raison de vivre au héros.
On remarque là encore combien le travail de Véronique Duplan est laborieux, précis et lent, toujours dans le minuscule pour mieux représenter le temps qui passe. Et quand on parle de "devoir de mémoire" elle préfère dire que c'est avant tout un "besoin", semblable à celui des enfants qui ne cessent d'interroger leurs parents sur l'endroit d'où ils viennent.

Toutes les expositions des Pénitents peuvent être visitées en compagnie d'un médiateur qui donnera des clés de lecture et des pistes d'analyse afin que l'art soit plus accessible. Le public scolaire est accueilli de la crèche à l’enseignement supérieur.

Des conférences-rencontres, des ateliers, des concerts, eux aussi gratuits, ponctueront l'exposition.

14 -18 Les éclaireurs du Ciel
ou quand l'histoire de la base du dirigeable d'Aubagne rencontre les oeuvres de l'artiste Véronique Duplan
Centre d’art contemporain Les Pénitents Noirs
Les aires St-Michel - BP 41 465 - 13785 Aubagne cedex
Tél. 04 42 18 17 26
Du samedi 13 octobre 2018 au 26 janvier 2019
Fermeture du 25 décembre au 2 janvier inclus
Visite guidée tous les samedis à 15h
Du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h
Entrée libre et gratuite
Catalogue disponible à partir du 11 novembre

Les Aubagnais dans la Grande Guerre
Sans avoir été une zone de combats, la ville a subi la guerre comme toutes les communes de France. C'est ce que démontre l'Espace Art et Jeunesse qui est situé en face des Pénitents noirs.
Des documents d'époque, et des objets du quotidien témoignent de la vie et de la production toujours active à Aubagne à cette époque là.
Les Aubagnais ont confié des documents pour témoigner, quelquefois dans l’intime, de l’impact de cette guerre sur la population. Quelques vitrines mettent l'accent sur l’économie, la vie au moment des réquisitions, les Aubagnais italiens, et le premier vol des dirigeables en 1917.
Une tranchée a aussi été reconstituée pour que les jeunes se fassent une représentation des conditions de vie que les soldats ont enduré.
Il va de soi qu'un travail de médiation est là encore capital pour faire comprendre ce que fut cette désastreuse réalité. des films comme Joyeux Noël ou Un long dimanche de fiançailles peuvent apporter des compléments d'information.
Une troisième exposition, intitulée 14-18, Aubagne se souvient, et pensée elle aussi par le service des Archives de la ville d’Aubagne, tente de répondre à la question de savoir comment maintenir le souvenir de la Grande Guerre après la mort des derniers survivants.  Elle est en accès libre et gratuit aux heures d’ouverture de l’Hôtel de Ville, boulevard Jean-Jaurès à Aubagne.

Les Aubagnais dans la Grande Guerre
Espace Art et Jeunesse
170 chemin Saint-Michel - 13400 Aubagne
Tel : 04 42 18 17 17
Du samedi 13 octobre 2018 au 26 janvier 2019
Du lundi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Visite commentée le samedi à 14h30
Entrée libre et gratuite

Enfin, le Musée de la Légion étrangère propose, mais seulement jusqu'au 6 janvier 2019, des regards croisés entre un peintre et un écrivain, tous deux engagés dans les rangs de la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale.

Zinoview - Cendrars : Deux légionnaires dans la Grande Guerre
Beaucoup des engagés volontaires qui se sont sacrifiés pour la France, dans les rangs de la Légion étrangère, étaient d'origine étrangère. Et beaucoup furent des artistes : Frantisek Kupka, Moïse Kisling, Jacques Lipchitz, Ossip Zadkine ... et Zinoview et Cendrars pour qui s'engager est un choix courageux et radical qui leur fait quitter leur vie d'artiste.
Pour évoquer la Première Guerre mondiale, le musée a choisi les témoignages de deux artistes légionnaires d’une grande originalité: le peintre russe Alexandre Zinoview (1889-1977), connu notamment pour son oeuvre de dessinateur, de décorateur pendant les Années folles, et de peintre original de la Grande Guerre ; et l’écrivain suisse Frédéric Sauser, plus connu sous le nom de Blaise Cendrars (1887-1961), dont l’oeuvre intense et forte fait surgir des écrits extrêmement lucides du chaos du Front.
Par une mise en perspective des tableaux et dessins représentant la guerre de l’un, avec les textes de l’autre, la profondeur des concordances nous livre une image en écho, vivante, bouleversante et toute humaine des Légionnaires.
La scénographie a été conçue pour mettre en parallèle les oeuvres des deux artistes. L'exposition commence avec l'évocation de l'atelier de Zinoview, avec son chevalet, sa palette et un rideau. On reconnait le portrait de Diego Rivera (1886-1957), immense muraliste mexicain qui vécu à Montparnasse dans les années 1911 et qui était un grand ami de Zinoview et dont une lettre est présentée ici.
Les conditions étant mauvaises en terme d'éclairage, comme on peut le constater sur les trois premiers clichés, j'ai photographié les oeuvres d'après le catalogue. Plus de 200 oeuvres originales et documents inédits ont été prêtés par des musées et des collectionneurs privés.

Si l'exposition met leur parcours en parallèle il n'est pas sur qu'ils se soient croisés, même si la fille de Blaise Cendrars est persuadée que oui, l'ayant reconnu dans un des tableaux peints par Zinoview. Le peintre était assez connu dans les milieux parisiens avant la guerre. Se sentant menacé suite au changement de régime en Russie il s'engage dans la Légion. Il continuera à peindre pendant la guerre, tout en étant soldat.

On peut dire de lui qu'il peint la guerre pendant la guerre alors que Blaise Cendrars écrira beaucoup plus tard, d'après ses souvenirs, et à Aix en Provence, en particulier dans "La main coupée", publiée chez Denoël en 1946. Cet homme fut un guerrier aguerri, avec Kupka sous son commandement. Après son accident il sera hospitalisé au lycée Lakanal de Sceaux 92) transformé en hôpital.
Blaise Cendrars avait signé le 29 juillet 1914 un vibrant "appel aux étrangers vivants en France" : "…L'heure est grave. Tout homme digne de ce nom doit aujourd'hui agir, doit se défendre de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l'Histoire n'ait jamais pu enregistrer…" Reproduit dans toute la presse, cet appel suscita un vif enthousiasme et des milliers d'étrangers demandèrent à s'enrôler pour défendre la France sous l'uniforme de la Légion.

Ce qu'on connait moins c'est le nom du second signataire, un ami de Blaise, qui s'appelait Ricciotto Canudo (1879-1923), critique de cinéma italien, qui fut l'inventeur de l'expression "7ème art". Cendrars deviendra cameraman et écrira un des premiers livres critiques sur Hollywood. Un de ses meilleurs amis, Fernand Léger, servira dans l'aviation.

Quelques uniformes sont montrés comme celui-ci, ayant appartenu à un légionnaire du 2ème Régiment de Marche du 1er régiment Etranger en tenue de campagne pendant l'hiver 1914 sur le front de l'Aisne. La ceinture bleue figure autour d cela capote. Cependant pour des raisons de visibilité, le képi a été recouvert d'une coiffe en toile bleu foncé tout comme le pantalon garance a été remplacé par un pantalon-salopette en toile, également bleu foncé. le fusil est dit Lebel modèle 1886, modifié 1893, avec l'épée-baïonnette 1886 à guillon recourbé.

Cette tenue témoigne qu'il ne faut plus être visible comme c'était le cas auparavant. Les combats ont changé avec l'invention fin XIX° de la poudre explosive. Il devient capital d'être invisible. La Première Guerre Mondiale changera le regard du citoyen sur la guerre qui pour la première fois et sale, mutilante, parce que le soldat vit dans une tranchée et ne galope plus sur un cheval.

Néanmoins un des premiers dessins de Zinoview montre un soldat au pantalon rouge :
Les Soldats de l'an 14, Alexandre Zinoview, dessin aquarellé verni sur papier, détail
Les Marocains (oeuvre dite aussi La Division marocaine), huile vernie sur bois
Formation la plus décorée pendant la Première Guerre mondiale, la division marocaine était une division d'infanterie de l'armée d'Afrique. Elle s'illustre dès 1914 pendant la bataille de la Marne, puis pendant la bataille de l'Artois en 1915, et pour la première fois une division de l'armée française bat le Front allemand.
On voit le peintre poser avec deux oeuvres peintes sur le Front : l'Hiver et les Marocains, fac-similé, avant 1918. Il peindra ses camarades à la moindre accalmie.
Le Froid, Alexandre Zinoview, dessin à la mine de plomb sur papier
Le Printemps, Alexandre Zinoview, dessin aquarellé sur papier, 1916, Champagne
La Main coupée, Alexandre Zinoview, 22 octobre 1915, Cuperly, Champagne
Ce dessin fait écho aux nombreux mutilés qu'a vu arriver le peintre lorsqu'il servait dans l'Ambulance Russe, voilà pourquoi on ne peut pas affirmer que Blaise Cendrars y soit représenté même si on sait qu'il est arrivé au poste de soins. Rien ne permet d'affirmer que Zinoview s'y trouvait alors.
La partie consacrée à la période de la guerre se termine avec cette installation de cadres emprisonnant le casque et la tunique de Zinoview qui, comme le dessin ci-dessous le confirme, puisa longtemps dans ses souvenirs de guerre la source d'inspiration de dessins réalisés bien après. On dit d'ailleurs qu'il appela son chat "Légion".
Sans titre, Alexandre Zinoview, croquis à l'encre, vers 1920
Cette représentation du poilu mêle le témoignage de la guerre et le monde des frivolités parisiennes. Ce soldat d'opérette, mi-gomme, mi-femme, l'écharpe au vent, relie l'oeuvre de guerre d'Alexandre Zinoview et ses maquettes de costumes de music-hall.
Carte postale dédicacée par Mistinguett (parmi une série), années 1920
Considérée par certains comme la reine du Music-hall, à la fois chanteuse et actrice, Mistinguett a plusieurs fois l'occasion de rencontrer Alexandre Zinoview qui lui dessie plusieurs costumes. Elle lui dédicace ces cartes postales, sur lesquelles on peut lire : "A Zino, mon admiration" et "Pour ses beaux dessins".
Il ne faudrait pas quitter le Musée en oubliant de visiter la partie permanente qui permet de se rendre compte que l'histoire de la Légion, née en 1831 sous l'impulsion de Louis Philippe roi des français, pour la conquête de l'Algérie, puis du Tonkin, et de Madagascar, a traversé tant de pays... Ses soldats, depuis 40 ans participent à toutes les opérations militaires.

Elle rassemble dans ses rangs plus de 150 nationalités différentes, venant de tous les continents.

On voit dans cette vitrine la toile de tente, roulée sur le sac qui évoque un boudin blanc, et qui pourrait être à l'origine de la chanson de la marche officielle de la Légion étrangère. Elle est cadencée à 98 pas minute, ce qui va caractériser le "pas légion", un pas si lent que c'est la Légion qui clôt tous les défilés à pieds quand plusieurs régiments y participent ... sinon les soldats qui marcheraient derrière finiraient vite par bousculer les légionnaires.

Il y a aussi une anecdote historique. Le roi des Belges, Léopold II, avant que la guerre éclate en 1870 contre la Prusse avait souhaité que les belges ne se battent pas contre les prussiens et qu'ils adoptent la neutralité. Seuls les Alsaciens, les Lorrains et les Suisses ont eu droit au boudin, ce qui autorise à chanter que "pour les belges y en a plus".

Le musée a une très vieille histoire. Il a été créé à Sidi-bel-Abbés en 1842 où la Légion était installée. Lorsqu'elle quitte l'Algérie en 1962 pour Aubagne, le musée est recréé et inauguré en 1970 par Pierre Mesmer, lui-même ancien légionnaire. Il fut agrandi en 2013.
On voit la tenue du sapeur-pionnier du 1er Régiment étranger, instaurée en 1946 et qui se démarque par le port traditionnel de la barbe, de la hache sur l'épaule, du tablier en cuir et des gants blancs à crispin.
On a découvert auparavant la maquette de l'hacienda de Camerone où, le 30 avril 1863, les 60 légionnaires d cela compagnie du capitaine Danjou fixent 2000 cavaliers mexicains afin de les empêcher de fondre sur le convoi français transportant des armes et de l'or. Leur abnégation et leur courage sas faille témoignent du caractère sacré de la mission, fondement de l'esprit Légion. Leur sacrifice contribue à la prise de la ville de Puebla le 17 mai 1963, verrou permettant d'atteindre la capitale Mexico. le général Forey y fait son entrée triomphale le 10 juin 1863. Une cérémonie très émouvante a lieu chaque année le 30 avril sur la voie sacrée.
On lit bien entendu la devise de la Légion sur ce monument, Honneur est Fidélité. La troupe fait preuve d'un principe de solidarité, même après son temps de service. Elle dispose d'un institut des invalides de la Légion à 30 km d'Aubagne.

Zinoview - Cendrars : Deux légionnaires dans la Grande Guerre. Regards croisés d'un peintre et d'un écrivain.
Commissaire - Commandant Yann Domenech de Cellès
Musée de la Légion étrangère
Chemin de la Thuilière - 13400 Aubagne
04.42.18.10.96
Jusqu'au 6 janvier 2019          
Du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h
Entrée libre et gratuite pour tous les publics
Visites de groupe sur rendez-vous

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