Avignon 2019

Ayant vu plus d'une centaine de spectacles (entre le Festival d'Avignon, le Off et même celui qu'on appelle le If) il n'était pas possible de dédier un billet à chacun, ou sinon, pendant plus de trois mois, il n'aurait plus été question d'autre chose sur le blog.
Impossible par exemple d'attendre le 1er octobre pour publier des chroniques sur la rentrée littéraire !
J'ai décidé de rassembler tout ce qui concerne Avignon sur le mois de Juillet. Etant plus approfondis que ce que j'ai écrit régulièrement cet été sur la page Facebook A bride abattue ces articles sont très longs à écrire. Je m'aperçois en ce début de septembre, alors que je viens de mettre en ligne celui qui est daté du 14 juillet, que je prends trop de retard sur d'autres sujets dont il est important de ne pas différer davantage la parution. C'est pourquoi les chroniques avignonnaises, qui ont en quelque sorte valeur d'archive, vont désormais s'insérer rétroactivement.
Je vous invite donc à scroller régulièrement pour les lire ou à utiliser la catégorie "Avignon" pour les faire apparaître. Ou encore, et ce serait le plus efficace, à entrer votre adresse mail dans le rectangle blanc "Pour recevoir par mail ... etc".

mercredi 24 octobre 2018

Le syndrome du banc de touche, de et avec Léa Girardet

Une demi douzaine de portraits d’Aimé Jacquet (on le reconnaît si on s’intéresse au football) sont placés dans des endroits stratégiques du hall d’accueil du Théâtre de Belleville, à l’instar des photos de famille qui trônent sur le bureau d’un chef d’entreprise.

L’ex-sélectionneur de l’Equipe de France est la vedette du spectacle écrit et interprété par Léa Girardet mais rassurez vous, il n’est pas du tout indispensable d’être sportif ou amateur de retransmissions de matchs pour apprécier la soirée.

Pour une fois il ne sera pas question de succès, de gloire ni surtout d’argent. Mais d’un aspect plus terre à terre, "en être ou pas". Car le commun des mortels n’y prête peut-être pas attention mais ce n’est pas parce qu’on est sélectionné dans une équipe qu’on entrera sur le terrain. Beaucoup suivront l’épreuve depuis le banc de touche. Mais ils auront, comme leurs camarades et collègues, perdu ou gagné la coupe. 

Léa Girardet file la métaphore avec les artistes qui eux aussi se préparent et ne "jouent" pas, à la différence près qu’elle a la pudeur de ne pas pointer qu’ils ne gagnent pas des mille et des cents à regarder leurs amis monter seuls sur les planches.

Le spectacle commence en toute logique dans les vestiaires côté jardin, et se poursuit dans une salle d’entraînement psychologique à cour, devant une immense reproduction du plus célèbre des coachs ... La comédienne aurait pu choisir une autre figure de ce sport si populaire comme l’homme au bonnet (Guy Roux, l'entraineur de l'A.J. Auxerre) mais il a sans doute eu un parcours moins emblématique des retournements de situation si spécifiques au monde sportif.

Le public, trentenaire - suffisamment rare au théâtre pour qu’on le souligne- a pris place dans les gradins et s’apprête à suivre ... un match. La comédienne surprend le public et lui fait un clin d'oeil en descendant des gradins sur une musique d’opéra.

L'hymne de la Ligue des champions avait été commandé par l'UEFA en 1992 au compositeur Tony Britten. C'est un arrangement d'un hymne des Coronation Anthems composé par Georg Friedrich Haendel en 1727 pour le couronnement du roi de Grande-Bretagne George II, Zadok the Priest. Il est interprété par le Royal Philharmonic Orchestra et par les chœurs de l'Academy of St. Martin in the Fields. Les paroles, qui évoquent le fait que la compétition regroupe "les meilleures équipes", sont déclamées dans les trois langues officielles de l'UEFA, à savoir l'anglais, le français et l'allemand. Le refrain de l'hymne est joué avant chaque match de Ligue des champions, ainsi qu'au début et à la fin des retransmissions télévisées des matchs. 

On est en 1989. Aimé Jacquet vient d'être licencié et il connait le chômage à 48 ans. Embauché par le club de Montpellier il sera viré une nouvelle fois un an plus tard.

1993, il devient sélectionneur adjoint. La France perd contre la Bulgarie. Il devient entraineur officiel, à titre provisoire, mais il va redorer l'image des bleus la même année où Léa devient comédienne. Zidane est alors le fameux numéro 10.

Il ne s'agit pas de se battre pour récupérer le ballon mais d'entrer sur le terrain. Clac. Elle s'échauffe sur la version de "I will survive" de Hermes house Band et c'est une véritable chorégraphie qu'elle offre au public. A la toute fin on entendra la version a cappella de cette chanson mais chantée par Diana Ross.

Je suis une comédienne qui ne joue pas. De quoi être franchement déprimée ... Alors tous les mardis elle a droit à une heure de psy avec Mme Luccini qui lui propose de choisir entre le divan, le face à face et le groupe de psychodrame. Il y a 20 ans, en 1998, Aimé Jacquet gagne la coupe du monde. Aujourd’hui, Aimé Jacquet est rentré dans l’histoire et Léa est restée sur la touche à l'image des footballeurs remplaçants. En proie à une crise de légitimité, la jeune femme décide de s’auto-titulariser en suivant les pas du sélectionneur de l’équipe de France.

Elle présente un seule en scène très original où elle fait revivre les temps forts de cette coupe du monde après une préparation d'enfer. On entend la voix de Vikash Dhorasoo (qui sera à l'origine d'un but dont personne ne se souvient en 16 minutes de jeu) : faire face, ne pas baisse la tête. Le déclic vient aux audacieux, persévérants, intelligents.

Elle nous mime le plus bel arrêt de l'histoire du football. Aimé Jacquet devient son ami imaginaire. Elle restitue l'essentiel de sa philosophie jusqu'à elle aussi transformer un objectif personnel en un objectif collectif : elle veut être comédienne, elle créera un spectacle avec toute une équipe autour d'elle.

Elle fait vivre de nombreux autres personnages, comme la coach qui lui suggère de s'entrainer pour le Palais des Glaces (un théâtre situé en bas de la même rue que le Belleville où elle joue en ce moment), prouvant son talent d'actrice. Comme aussi Gifi, un personnage qui a réellement existé et que la comédienne a rencontré, et qui démontra que les femmes pouvaient jouer un football professionnel, pour la première fois à Reims le 25 août 68.

Beaucoup pensait le soir du dernier match qu'on allait perdre. L'histoire prouva que non et la comédienne a toutes raisons d'avoir envie de croire que ces vingt prochaines années vont nous surprendre.

Et quand résonne la voix de Thierry Rolland s'égosiller sur les vraies images de la Coupe et que retentit la chanson fétiche on ne se retient pas d'applaudir, ... les bleus, l'entraîneur et surtout la comédienne qui a brillamment démontré que le succès se rencontre aussi en ayant fait l’expérience de l’échec.

Il ne reste qu'une chose à lui souhaiter, qu'Aimé Jacquet vienne (enfin) voir le spectacle pour lequel il lui a (tout de même) envoyé des voeux ... car il suit le projet avec attention depuis le début.
Le syndrome du banc de touche, de et avec Léa Girardet
Mise en scène Julie Bertin
De et avec Léa Girardet
Avec la participation de Robin Causse
Création sonore Lucas Lelièvre
Lumières Thomas Costerg
Costumes Floriane Gaudin
Vidéo Pierre Nouvel
Regard chorégraphique Bastien Lefèvre
Du mercredi 5 Septembre au vendredi 30 Novembre
Au Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris • 01 48 06 72 34
Du mercredi au samedi à 19h15, le dimanche à 17h

Ce spectacle m'a inspiré le thème d'une Grande Question explorant en quoi le sport est une thématique inspirant le théâtre et la littérature, que j'ai enregistrée sur Needradio, avec Léa Girardet, Maxime Taffanel (qui a écrit et interprète Cent mètres papillon) et Roland Guénoun (qui a adapté et mis en scène Anquetil tout seul). L'émission est ré-écouotable en podcast à partir de la page Replay de la radio.
Dans la littérature on pensera au premier roman de Laurent Seyer, Les poteaux étaient carrés, chez Finitude. Ou encore à Ta vie ou la mienne de Guillaume Para, chez Anne Carrière

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