lundi 31 janvier 2011

Le sel de Jean-Baptiste del Amo

Un château de sable au bord d'une mare

C’est un labyrinthe aux sombres détours, aux ambages obscurs, violemment hanté par le fantôme de la culpabilité dont on ne sort pas. Une fois refermé, le livre laisse le goût amer d’une évanescence teintée d’humiliation, de lassitude et de répulsion.

N’allez pas vous figurer que j’ai avalé un dictionnaire pour rédiger ce résumé. Il a suffi de juxtaposer deux phrases écrites par Jean-Baptiste Del Amo. J’aurais été bien en peine de faire mieux parce que je ne me souvenais en réalité de rien. L’écriture est pléthorique, inhibant le processus classique d’identification aux personnages qui, du coup ne laisse aucune empreinte.

L’auteur jongle avec les synonymes et les métaphores dans un langage plus que soutenu qui constituera, à n’en point douter, un vivier d’exemples pour les générations à venir de professeurs de français en peine d’exercices. Les allitérations foisonnent : une culotte de coton cache le vallon de son ventre... La construction extrêmement alambiquée de phrases interminables est-elle une nécessité stylistique au service de la narration ou un effort pour atteindre ce qu’il s’imagine être une perfection susceptible de lui valoir le Goncourt ?

Le roman est polyphonique. Cela semble être une mode ! Le lexique est précieusement choisi. Il me semble n’avoir jamais lu d’autres livres où l’auteur aura réussi à caser à bon escient l’adjectif « zinzolin » pour ne donner que cet exemple. Mais l’écrivain ne craint pas non plus de lâcher des mots orduriers. Le gosse braille alors que sa mère ouvre sa putain de grande gueule (p.129). Et comme si cela ne suffisait pas pour provoquer le lecteur il trempe sa plume dans l’acide chlorhydrique avant de se délecter à décrire des scènes d’une cruauté récurrente et donc malsaine. L’élimination des petits chiens (p. 234) est suivie de peu par celle d’une femme enceinte dans un wagon de réfugiés (p.258).

Jean-Baptiste Del Amo écrit comme l’exhibitionniste entrouvre son imperméable, pour effaroucher les passantes. Cela fait longtemps que ce genre de pratique me laisse de marbre. A tout prendre je préfère Christine Angot qui, si elle aussi puise dans le tonneau sans fond de ses expériences personnelles, a au moins le mérite de rester parfaitement lisible. Essayez avec les Petits, son dernier livre. Le contraste est saisissant.

dimanche 30 janvier 2011

La duchesse de Malfi mise en scène par Anne-Laure Liégeois

La Duchesse de Malfi est une folle histoire de désirs, de tromperies et de meurtres où tout est "too much". Une pièce frénétique qui pousse les passions à l'extrême des possibles, qui ne recule devant rien pour dénoncer la violence des hommes de pouvoir, qui s'engouffre dans les profondeurs psychologiques de personnages tortueux, tourmentés, terriblement humains.

La pièce écrite par John Webster (1580-1624) dépeint sans paravent la société qui l'entoure avec un moralisme tout entier protestant et sans aucun apitoiement. Il n'a pas peur du mauvais goût, des calembours sexuels, des provocations en tout genre pour tenir le public en haleine et pour l'entraîner dans un tourbillon de péripéties et de coups de théâtre de toute nature. Anne-Laure Liégeois s'est délectée et nous le résume avec ses propres mots :
La Duchesse de Malfi règne sur Malfi. Elle est veuve. Elle a un intendant qu’elle épouse en secret. Par amour, peut-être. Pour éprouver l’étendue de sa liberté et de son pouvoir, sans doute. Elle a deux frères, puissants et viciés, le noir et le rouge. Déchirés par la passion pour leur sœur et les lois du pouvoir, ils sèmeront mort et chaos avant de perdre eux-mêmes l’équilibre.
Je suis allée voir la pièce au Théâtre 71 de Malakoff (92) où elle se joue jusqu'au 5 févier avant de partir dans une longue tournée. Il y a du tragique. Énormément. Du spectaculaire. De la violence. De la torture. Des assassinats. Le sang coule à flots. Pour de vrai tout en étant pour de faux. Des petits signes aiguisent l’attention du public pour qu’il n’oublie pas que c’est pour du beurre, comme toujours au théâtre.
Le temps s’est arrêté. Les aiguilles de la pendule de la gare (de Montluçon ... en toute logique puisque Anne-laure dirige le Festin qui est le Centre dramatique national de la ville) sont bloquées sur 19 heures 30. Un surtitrage scande les actes en lettres blanches sur la toile de fond. La scène semble infiltrer les premiers rangs de la salle jusqu’aux spectateurs. Les allers et venues se font par des trappes qui ouvrent et ferment les passages secrets des comploteurs. Une estrade occupe le fond, rappelant qu’il y a du théâtre dans ce théâtre.

Le mariage est le paradis ou l’enfer. Il n’y a pas de troisième porte !

Anne-Laure Liégeois revendique la référence au Grand Guignol qui, avant d’avoir une dimension péjorative, caractérisait les divertissements basés sur un spectacle d'horreurs macabres et sanguinolentes. Elle s’y entend pour brandir des images fortes sous des lumières incandescentes. (On reconnait sa prédilection pour l’éclairage stroboscopique qu’elle avait déjà employé dans l‘Augmentation, un spectacle dont je me suis fait l'écho à plusieurs reprises). La Duchesse elle-même nous le dit : ce monde est un théâtre lugubre.
Le texte est tissé de joutes verbales admirablement jouées par des comédiens exceptionnels. Leur performance est manifeste. John Webster est un auteur du XVII° qui écrit après les horreurs du siècle précédent et avec la culpabilité de ceux qui sont encore debout. Le raffinement qu’il accorde à la perversité de ses personnages fait écho aux exécutions publiques de l’époque. L’emprise religieuse est une contrainte supplémentaire : on n’a pas le droit de se suicider quand on est chrétien, juste de subir. On devine la dimension catharsique. J’ai malgré tout éprouvé de la difficulté à prendre de la distance et j’y ai cru malgré moi, sans être dupe que c’est un des objectifs des artistes.

J’étais pourtant prévenue que cette histoire de duchesse ne pouvait que mal finir. Avec un nom pareil … dans une société misogyne, au sein d’une famille de pervers, comment échapper à un destin tragique ?

La Duchesse de Malfi, de John Webster (traduit de l'anglais par Anne-Laure Liégeois et Nigel Gearing). Mise en scène : Anne-Laure Liégeois. Théâtre 71, 3, place du 11-Novembre, Malakoff. Tél : 01-55-48-91-00. Mardi, vendredi et samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h 30, dimanche à 16 heures, jusqu'au 5 février.

Durée : 3 h 15 avec entracte. Puis tournée jusqu'à fin mars, à Antony (le 10 février 2011), Colmar, Amiens, Limoges, Besançon.
Plus d'informations sur le site du Festin.

Les photos qui ne sont pas mentionnées A bride abattue sont de Christophe Raynaud de Lage

samedi 29 janvier 2011

La médiathèque d’Antony (92) la joue moléculaire

Atelier de cuisine moléculaire ce matin à Antony dans le cadre de la Science se livre, où les abonnés de la médiathèque étaient conviés à apprendre en famille les surprises et les possibles d’une approche chimique de la gastronomie. En clair, on leur proposait d’essayer de dérouler des spaghettis de menthe, d’orange ou de grenadine avant de tenter la plus délicate opération de la propulsion de sphères de curaçao.

Tout cela sous la houlette des professeurs et des élèves du lycée hôtelier Théodore Monod de cette même ville qui officiaient avec compétence et bienveillance. Dans une salle agréablement illustrée de photos et de panneaux d'information précisément explicites.























La sphérification est une opération qui réclame de la dextérité et qui nécessite l’emploi d’alginate puis de calcium. Les proportions doivent être rigoureusement respectées, faute de quoi on ne pêchera pas des billes mais des lentilles aplaties. Si vous voulez des billes d’alcool il faudra adapter les doses. En bref ce sera plus facile de faire des billes de jus de pomme pour agrémenter un apéritif que de faire des billes de curaçao (pourtant si bleues, si jolies) pour relever un jus d’orange.

Laissons donc cela aux cuisiniers expérimentés. Par contre la spaghettisation est à la portée d’un gastronome en culottes courtes. Il suffit d’avoir un liquide parfumé et de la poudre d’agar-agar qu’on se procure facilement, et que je vous conseille d'acheter, non pas en sachets de quelques grammes au rayon sucres-farines-levures mais plutôt en flacon de 100 grammes au rayon diététique. J'ai vu 10 sachets de 2 grammes pour 7, 40 € contre les 100 grammes à 10, 90 €, soit cinq fois moins cher.

Le liquide doit idéalement être chauffé à 90°avec une proportion de 1,4 grammes d’agar-agar pour 100 grammes de liquide (utiliser une micro-balance ou augmenter les volumes). Les cuisiniers pressés auront intérêt à utiliser une grande casserole pour augmenter la surface en contact avec la source de chaleur. On verse dans des petits pots pour laisser prendre un moment. Puis on aspire le contenu d’une seringue que l’on pousse ensuite au travers d’un fin tuyau que l’on met à refroidir dans un grand récipient d’eau froide. Ensuite on reprend la seringue pour faire sortir le spaghetti que l’on dépose sur une coupelle ou en décoration sur un plat.
Ce n’est pas seulement amusant ni visuellement troublant. La texture modifie la perception du goût et j’y vois des applications multiples. Par exemple en décoration d’une coupe de fromage blanc, en multipliant les couleurs, pour motiver les enfants à consommer des produits laitiers.

Ou encore en les mélangeant avec de vrais spaghettis (froids) pour transformer une banale salade. En employant des jus de légumes on aura un résultat inattendu.

Le public pouvait interroger et observer avant de se lancer dans l’expérimentation, après bien entendu être passé par l’étape de la dégustation. L’ambiance était hospitalière. Conviviale et médicale. Parce que coté matériel on ne peut pas se passer de seringues et de tuyaux.
Le hall de la médiathèque proposait de déguster un crumble pommes-poires particulièrement réussi alors que des élèves s’évertuaient à monter une Chantilly à l’ancienne, avec un fouet. On pouvait alors comparer la version traditionnelle avec la mousse sortie d’un siphon.
Toutes ces réjouissances gastronomiques donnaient envie d’aller au restaurant … celui de cet établissement d’enseignement professionnel qui accueille la clientèle tous les midis en semaine, et à dîner le vendredi soir (hors vacances scolaires), pour un menu dont le prix est très raisonnable. Un bon plan pour faire œuvre utile (car il faut bien que les élèves soient confrontés à la réalité d’un restaurant) tout en se régalant. Il faut bien entendu réserver par téléphone.

Lycée Théodore Monod, 26 avenue Léon Jouhaux, 92160 Antony, tel : 01 46 11 46 71,
Mail : 0921676x@ac-versailles.fr
Restaurant d’application, « l’Envol », réservations au 01 46 11 46 80
Portail de la médiathèque d'Antony ici, en signalant qu'à l'instar de celle du Plessis-Robinson, elle a lancé elle aussi un Prix du roman des lecteurs que je présenterai bientôt ... le temps d'avoir lu quelques uns des dix livres sélectionnés.

vendredi 28 janvier 2011

Au-delà

Avec Clint Eastwood, chaque film est une surprise. La plupart sont assez marqués par une atmosphère de violence. J’ai revu récemment Créance de sang (2002) qui est un vrai cauchemar. Souvenons-nous aussi de Million dollar baby (2004) où l'entraîneur Frankie Dunn, rejeté depuis par sa fille, replié sur lui-même, se prend d’affection pour une jeune boxeuse ; de Gran Torino (2008), l'histoire d'un vétéran de la Guerre de Corée aux penchants racistes, qui cette fois sympathise avec un jeune voisin ...

Au-delà renoue avec le style de Sur la route de Madison (1995), pour la tendresse qui s’en dégage, et pour l’apologie des vrais sentiments. Le scénario situe les personnages dans une société sans concession qui ressemble à celle que beaucoup d’entre nous subissent : ils vont à l’école, ils travaillent, ils sont licenciés au profit de la productivité, ils ont des supérieurs hiérarchiques sans foi ni loi. Ils ne sont pas ménagés, quel que soit leur milieu social : confrontés à la drogue, la solitude, l’inceste, la maladie, le vol, l’attentat terroriste. Ils essaient malgré tout de rester debout, vivant au rythme d’Internet, partant en vacances au bout du monde ou suivant des cours de cuisine, activité à la mode en ce moment. Ils font face malgré les vicissitudes, et sans être pour autant des héros ni accomplir des prouesses. Ils cultivent leurs dons, c’est tout.

Comme dans un film de Ken Loach le spectateur discerne au premier coup d’œil qui sont les bons et qui seront les méchants, avec un petit temps d’avance sur les protagonistes qui auront besoin d’un tout petit plus de recul pour s’y retrouver, … comme dans la vraie vie.

Clint Eastwood retrouve Steven Spielberg comme producteur exécutif qui avait produit son diptyque, Mémoires de nos pères et lettre d’Iwo Jima. Imprégné de jazz, c’est Clint qui a composé la majeure partie de la bande originale, en incorporant des fragments du deuxième concerto de Rachmaninov dans la partition.

Hormis quelques scènes à Chamonix et dans la ville de Lahaina, sur l’île hawaiienne de Maui, l’intrigue se déroule principalement dans trois endroits : Paris, où Clint Eastwood tourne pour la première fois, Londres et San Francisco, une ville qu’il affectionne particulièrement :
"Je suis originaire de la Baie de San Francisco et je connais bien ces environs. L’appartement que nous choisi pour George est typique de ce merveilleux quartier, et le restaurant italien jouxtant l’immeuble achevait d’un faire une adresse idéale pour George. J’ajoute que les bâtiments ne sont pas profilés à angle droit, ce qui permet de capter des vues latérales bien plus intéressantes."
L’appartement de Londres est situé dans le complexe lugubre des Chancellor Estates d’Elephant & Castle, des immeubles qui auraient du être rasés depuis longtemps. L’endroit est emblématique d’une certaine misère ouvrière.

Ce qui est époustouflant c’est que le réalisateur n’a pas eu peur d’employer les grands moyens en terme d’effets spéciaux même s’il a tourné le plus possible en décors naturels. Les premières scènes font revivre un tsunami incroyablement plausible. On s’y croirait et cela fait peur. Le fils de Clint se trouvait en Thaïlande lors de la catastrophe de 2004 et il l’a influencé. Il parait que le réalisateur a plongé lui-même au cœur des déferlantes pour rejoindre l’équipe caméra ballottés par les flots et filmer au plus près des acteurs dans un océan déchainé, comme toujours en cet endroit du monde, alors que la majorité de l’équipe restait terrorisée sur la plage.

Clint a la réputation de coller au réel mais aussi d’entretenir une atmosphère de quiétude sur les tournages. Du coup il obtient beaucoup de ses acteurs. A commencer par Cécile de France qui n'a pas hésité à exécuter ses propres cascades dans la scène du tsunami, gagnant l’admiration du grand maitre qui clame que c’est une des meilleures actrices avec qui il n’ait jamais travaillé.

Au-delà marque les débuts à l’écran des jumeaux McLaren. Âgés de douze ans les deux frères se sont illustrés dans des danses de rue. Ils interprétèrent alternativement les deux personnages, renforçant ainsi l’idée qu’ils étaient deux moitiés d’un tout. En effet Marcus et Jason sont indissociables pour se rassurer. L’un des deux se méfie du monde des adultes et vit replié sur lui-même. Sans en révéler trop sur le scénario je peux dire qu’il fera la tournée des médiums sur Internet et tombera sur une kyrielle de « commerçants » bien incapables de l’aider et dont Clint Eastwood dénonce clairement le charlatanisme. Il ne considère pas pour autant la figure du médium comme une caricature : "Nous essayons de présenter son activité comme légitime, par contraste avec ces exploiteurs de la détresse humaine. A chacun de décider ensuite si la voyance peut être considérée comme une pratique fondée."

On pourrait d’ailleurs estimer que c’est le frère de l’un d’entre eux, interprété avec beaucoup de sensibilité par Matt Damon (qui avait déjà tourné avec Clint dans Invictus l’an dernier), qui est à blâmer car il cherche manifestement à faire fortune en exploitant les dons de son frère, sans se préoccuper de sa crainte d’un perdre son âme. Il est plaisant de constater que c’est à partir du moment où il verra le futur au lieu de regarder dans le passé que ce medium trouvera la paix. Comment ? C’est toute l’histoire du film. On pourrait estimer qu'il est inutile d'en faire la promotion sur un blog. Et pourtant si parce qu'il serait injuste de le considérer comme un film hollywoodien de plus et rien d 'autre.

Je me retiens de pinailler sur la traduction mais il est intéressant de savoir qu’au-delà se traduit plutôt par beyond dès lors qu’il s’agit d’une position comme pour signifier en dehors de … alors que le titre original, hereafter correspondrait plutôt à ci-après, l’annonce d’une mention supplémentaire à un texte, et par extension l’au-delà, mais avec un article. C’est un endroit et non un adverbe de position.

jeudi 27 janvier 2011

Dégustation chez Miss Terroir

Miss Terroir sera bientôt une figure de la gastronomie parisienne. Laissons-lui encore quelques mois et on ne pourra plus accéder à ses dîners sans avoir réservé sa table plusieurs semaines à l’avance. Parce que c’est convivial et surtout parce que c’est très bon.
La dame connait ses produits et ses producteurs, quelle trie sur le volet, après les avoir longuement testés. C’est un vrai régal que de participer à une soirée dégustation dans sa boutique. Je m’attendais à une sorte de grignotage de mini toasts d’une main, d’un verre de vin dans l’autre, le carnet de notes coincé sous le bras et l’appareil photo en bandoulière … debout bien sur.

Une soirée dégustation chez Miss Terroir n’a rien de commun avec ce cliché. Patricia reçoit ses hôtes comme à la maison, à table, avec une jolie nappe et même si la boutique semble minuscule on y tient largement à l’aise à huit. C’est elle qui cuisine, fait le service, et commente chaque assiette.

La miss sera bientôt aussi célèbre qu’une autre, portant toujours chapeau, faisant profession de couronner les reines de beauté.

Ce soir elle arborait un canotier décoré de branchettes de cerisier japonais en fleur, laissant augurer un printemps qui se fait désirer cette année. Elle ajoutera un cœur pour la Saint - Valentin. A chaque saison ou chaque évènement le chapeau arbore un décor de circonstances.
Comme entrée nous eûmes deux belles tranches de foie gras d'oie, mi cuit au torchon, une cuillerée de chutney figues et oignons, un petit pot de rillettes de canard, et une salade de trois lentilles, joliment colorée et finement assaisonnée avec l’huile d’un producteur venu spécialement pour nous rencontrer.
Patricia s’y connaît en foie gras. Ses origines alsaciennes ne sauraient mentir. Elle nous garantit la provenance française de ce qu’elle a déposé dans nos assiettes et nous explique pourquoi l’oie est plus chère que le canard. On la gave 4 fois par jour contre 2 pour son concurrent. Mais le goût est plus fin. C’est un Bergerac moelleux (pas liquoreux) qu’elle avait sélectionné pour l’accompagner.
Comme plat un magret de canard juste rôti au piment d'Espelette, avec un fagot d'haricots verts et un gratin dauphinois exhalant un parfum reconnaissable entre tous … celui de la truffe. Imaginez comme ce fut délicieux ! Comme dirait Julie (la bloggeuse culinaire du film Julie et Julia, c’est impoli de dire miam mais je dis miam, miam, miam !). Vraiment Miss Terroir maîtrise la cuisson du magret.

Le Bergerac rouge n’était pas moins bien assorti que son frère blanc.
Une petite ardoise de fromages de chèvre frais a suivi avec une salade d'endives aux noix, sobrement assaisonnée d'une délicate huile de noix fraichement pressée.
Comme dessert quelques mini-financiers, une portion de gâteau basque, des rochers aux noisettes et de la crème anglaise vanillée. Un de ses producteurs avait mis la main à la pâte pour réaliser ces gourmandises en apportant un morceau de tourteau de noisettes, obtenu avec celles-là mêmes dont il tire de l’huile.

En effet, et bien qu'on ne soit pas le premier samedi du mois, Miss Terroir avait invité spécialement à notre intention Jean-Marc Gumiaux, huilier de profession, qui travaille de manière artisanale et presque uniquement sur commande. Un échange passionnant et instructif !









Il revient le samedi 5 février et je vous encourage à découvrir ses produits et ses méthodes.

D'ici là j'aurai expérimenté les huiles qu'il a eu la gentillesse de nous offrir afin que nous puissions apprécier ses produits à leur juste valeur.

Miss Terroir, élue "bonnes adresses de la Ville de Paris" par le guide Initiative Entreprises
3, rue Crozatier, 75012 Paris , tel 01 43 41 54 49
Jean-marc Gumiaux, Sous les arbres, 6 impasse des Cyprès, 95250 Beauchamp

Je remercie également la Fédération Française de Cuisine Amateur sans laquelle je n'aurais pas découvert cette cave gastronomique.

mercredi 26 janvier 2011

Sound of noise

L’officier de police Amadeus Warnebring est né dans une illustre famille de musiciens. Ironie du sort, il déteste la musique et souffre d'une étrange surdité. Sa vie bascule le jour où un groupe de musiciens déjantés décide d’exécuter une œuvre musicale apocalyptique en utilisant la ville comme instrument de musique …Il s’engage alors dans sa première enquête policière musicale...

Sound of noise est le premier long métrage réalisé par Ola Simonsson (graphiste) & Johannes Stjarne Nilsson (musicien), un duo déjà auteur de sept courts métrages et en particulier de Music for one apartment and six drummers (2001), dix minutes au cours desquelles une bande de batteurs fous fait irruption dans l'appartement vacant d'un couple de personnes âgées et improvisent avec les objets du quotidien (placard, robot-mixeur, verres, couverts, interrupteur, pantoufles, lampe de chevet, brosse à dents, chaussures...) un concert en quatre mouvements : Cuisine, Chambre, Salle de bains et Salon...

Ce court-métrage a été multirécompensé (sélectionné à Cannes, lauréat de nombreux prix à travers le monde et visionné neuf millions de fois sur Youtube). Impossible d’en rester là après un tel succès. Impossible aussi de faire identique.

Sound of Noise mobilise le même groupe des Six Drummers, la même équipe et les mêmes ressorts. Mais le concept est cette fois étendu à une ville entière que les percussionnistes sont résolus de libérer de sa pollution sonore, prétexte pour attaquer tous les systèmes : la santé, la banque, les travaux publics, l’économie. Tout fait office d’instruments de musique pour ces terroristes musicaux menés par une femme chef d’orchestre, Sanna Person, et lançant leurs attaques toujours à la frontière entre sonorité et musicalité.

La performance est poussée à l’extrême par rapport au court-métrage et le film suit un scénario oscillant entre l’intrigue policière et l’absurde.

Sound of noise a été tourné en dix semaines dans la région de Malmö en Suède. Par contre il n’a pas fallu moins d’un an d’enregistrements au groupe Six Drummers pour recueillir, loin des studios et à partir d’instruments issus de la vie quotidienne, les matériaux sonores qui ont ensuite été mixés avec des compositions de sonorité plus classique. Le film a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes pour la Caméra d'Or 2010.

Le film commence avec le court métrage tourné en 2001 où l’on voit les six amis investir clandestinement un appartement pour y jouer un morceau avec des instruments de cuisine, des appareils electro-ménagers et les portes des placards. Trois minutes plus tard ils remettent tout en ordre et poursuivent leur concert dans la salle de bains qu’ils quitteront en laissant davantage de désordre. Puis c’est la chambre où les dégâts sont encore plus importants, et enfin le salon qu’ils mettent quasiment à sac alors que les propriétaires les surprennent en pleine action. J’entendais un jeune spectateur murmurer à coté de moi que « si on faisait çà chez Papa il craquerait ». Voilà un film économe de paroles, ce qui renforce la perplexité du spectateur. Sont-ils fous ? Ont-ils de mauvaises intentions ou poursuivent-ils un objectif diabolique ? Les personnages semblent prendre leur rôle très au sérieux et nous nageons en pleine dérision. Pour ceux qui ne l'auraient pas vu je vous invite à commencer par ce morceau de bravoure :

Dans la seconde partie on retrouve les mêmes zygotos dont le comportement provoque un accident de la route à proximité d’une ambassade. Les autorités craignent un attentat et envoient sur place l’inspecteur Amadeus Warnebing, lequel est un fin limier allergique à la musique, estimant la ville polluée de musique.

Une succession de rencontres entre les délinquants musicaux et le policier composent une fable très originale, interrogeant sur la notion d’ordre social. Il faudra attendre la chute finale pour savoir si la musique parviendra à adoucir les tempéraments ou si c’est la violence qui triomphera. A moins que ce soit l’amour qui l’emporte.

Étonnant, surtout en version originale suédoise, ce film place la folie et la poésie sur la même longueur d’onde. On finit par vibrer sur la pulsation que les percussionnistes imposent.

Merci à Sandra de m'avoir poussée à découvrir le film. Il est encore programmé quelques jours au cinéma Jean-Vilar, 1 rue Paul-Signac, 94110 Arcueil - 01 41 24 25 50. Vous pourrez aussi y voir ensuite Pieds nus sur les limaces, un film dont je me suis fait un écho très positif ici.

mardi 25 janvier 2011

La vie va où ? de et par Michèle Guigon

Après Nos limites, le Centre d'art et de culture de Meudon poursuit sa programmation ambitieuse avec Michèle Guigon (que j'ai découverte il y a longtemps aux côtés de Jérôme Deschamps). Il ne fallait pas louper la Vie va où ? J'avais placé un extrait de ce spectacle à la fin de ma critique de Miam, miam et je vous le "ressers" un peu plus loin parce que cette artiste est vraiment à découvrir.
Elle pénètre sur scène en se faufilant dans un rai de lumière comme si c’était un rideau. Elle interpelle illico le public avec un sourire magnifique: Sinon des questions ?
On connaît tous le propos de la pièce mais on se dit que l’atmosphère ne sera pas plombée. On est entre de bonnes mains. On peut se laisser aller.

Michèle a opté pour le mode chronologique. Elle démarre avec des souvenirs d’enfance, du temps où son père faisait, sans GPS, le trajet de Strasbourg à Belfort pour aller chez mémé. Elle mouline l’air avec de grands gestes imitant les agents de police des temps anciens. L’accent est léger. Si elle ne nous rappelait pas que c’est une enfant de Cronembourg, avec un C, la ville où l’on brasse la bière, avec un K on ne se douterait pas qu’elle est alsacienne, nostalgique de l’odeur du houblon quand il pleut.

La thématique s’accorde avec le déroulement de l’histoire. C’est en maternelle qu’elle est pour la première fois en danger de mort. Les alsaciens ont inventé les décorations de Noël des sapins. Les pommes ont désormais été remplacées par des boules et dans la classe ils ont ajouté des bougies. Les flammes ont allumé le sapin et il a fallu évacuer. La capuche de la petite fille est restée accrochée au porte-manteau et Michèle se livre à une démonstration de course sur place digne d’un film muet.

Elle alternera les scènes parlées avec les pantomimes tout au long du spectacle. Elle a une souplesse corporelle insensée ; on la croirait en caoutchouc. Plus tard elle nous gesticulera l'acrobatie de la femme d’Histoire sans paroles en fredonnant l’air du ta ra ta ta ta ta ta… (voir à la fin de l'article)

C’est encore en maternelle qu’elle a connu son premier chagrin d’amour, provoqué par la présence d’une certaine Élisabeth, qui a joué le rôle du mur de Berlin entre son copain et elle, empêchant toute communication entre les enfants. Loin des yeux … ils ont trop vite été loin du cœur.

On la sait musicienne et elle enfile régulièrement son instrument pour pousser joliment la chansonnette. Elle glisse habilement le conseil d’aller écouter de la musique au Limonaire. On apprend que c’est son père qui lui a fait faire de l’accordéon, plus pratique à transporter à vélo. Sa sœur a eu moins de chance avec le piano. Elle a arrêté de faire du vélo. Michèle adore son instrument dont elle souligne qu’il se porte sur le cœur, avant de reprendre l’expression d’Alain Leprest disant de lui qu’il est un souffle au cœur.

L’artiste philosophe avec sagesse, en jouant sur les mots : pourquoi c’est quand il est vide que le cœur est lourd ? Elle condamne les chaines de télé en tendant les poignets avec un faux air de soumission. Elle ouvre pour nous le magasin des idées toutes faites et nous donne des exemples d’a priori, d’idées reçues …qui amusent bien la salle. Elle ose parler des cimetières en terme touristique. Les cimetières à Paris c’est comme des œuvres d’art. On les visite. Ils font plutôt paysages de vacances, alors qu’en province c’est la rubrique nécrologique qu’on lit en premier dans le journal. Voyons voir qui c’est qu’est mort cette semaine …

Pas de doute, cela sent le vécu. Comme sa condamnation des lunettes à verres progressifs. Elle fait la démonstration de la difficulté d’accommoder vision de loin, de près et intermédiaire, en jonglant avec les trois focales. Taper un texte à l’ordinateur équivaut à dodeliner de la tête comme un vulgaire pigeon entrain de faire sa cour. Arthrose assurée mais vision garantie alors qu’enfant elle n’a pas vu les aigles de la célèbre Volerie de Kintzheim (67) pour ne pas avoir été capable d’assumer devant les voisins quelle était myope.

Et puis elle aborde de front le sujet qui fait franchement peur comme mort et cancer. Vous préférez chimio ou ablation ? Tant qu’à faire chimio parce que les cheveux repousseront. Le sein aussi, nous dit-elle parce que la reconstruction est une étape bien rodée. Après avoir (sans doute comme toute personne dans sa situation) cherché à cacher son état Michèle a décidé d’assumer. Sans complicité avec la maladie qu’elle traverse à la façon d’un voyage. Elle s’amuse de nous montrer le bonnet rose qui lui gardait la tête au chaud, s’inquiétant tout de même de ne pas trop avoir l’air biberon …

Elle raconte son combat contre la dépression, arguant qu’il ne faut pas attendre d’être mince pour commencer un régime. Elle se prend en main, refuse en bloc la proposition de la visiteuse d’hôpital de vivre comme avant … n’ayant nulle envie de refaire un cancer. Ce qu’elle veut c’est vivre comme après. Le plus possible. À 20 ans 40 paraissaient inatteignables. A 40, ce sont 60 et même 80 qui deviennent envisageables. Malgré toutes les dégradations successives. Grandir, vieillir c’est toujours apprendre à perdre quelque chose.

Elle démonte le phénomène de la mémoire qui flanche, surtout quand elle s’attaque à la perte des noms propres. Ceux là ne viennent jamais se poser sur le bout de notre langue. Elle s’insurge contre le tabou de la vieillesse. En premier lieu contre tous ceux qui montrent les personnes âgées du doigt. Il n’y a pas d’âge plancher pour se sentir à l’écart. On se trouve vite flashé en excès de vieillesse sur une portion de société limitée à 35 (ans). Ensuite parce que c’est une question de logique : puisqu’on recule l’âge de la mort, on vieillit de plus en plus. Il ne faudrait d’ailleurs pas aller jusqu’au « trop ».

Michèle Guigon nous a fait passer une belle soirée et nous étions tous prêts à faire un nouveau voyage avec elle. On sait où va la vie mais on n’a moins peur. On bénit son père de n’avoir pas trop insisté quand il aurait préféré qu’elle soit ingénieur pour faire du théâtre en simple amateur. Elle a fait le bon choix. Comme toujours.

Le texte du spectacle sera bientôt disponible et sa lecture permettra de revivre une soirée qu’on n’est pas prêt d’oublier. Michèle Guigon prépare déjà sa prochaine création, qui sera présentée à Boulogne-Billancourt dans le cadre du festival Seul en scène en mai prochain.

Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, ou pour ceux qui voudraient revivre un moment de ce spectacle, regardez ...


La vie va où ? par Michèle GuiGon
envoyé par Bernardweb. - Plus de vidéos fun.

Centre d'art et de culture de Meudon (92100) 15 boulevard des Nations-Unies, tel 01 49 66 68 90. Pour connaitre les dates de la tournée voir le site de l'artiste.

Festival Seul en scène au Théâtre de L'Ouest Parisien
1, place Bernard Palissy, 60-62, av. J.B. Clément, 92100 Boulogne-Billancourt
Michèle Guigon interprétera Pieds nus, traverser mon cœur les 17 et 18 mai 2011

Histoires sans paroles était une émission de télévision programmée le dimanche soir vers 17 heures sur la première chaîne de l'ORTF à partir de 1964, puis sur TF1 dans les années 1970, et qui présentait une sélection de films burlesques en noir et blanc de l'époque héroïque du cinéma muet. Ce programme court a parfois servi d'Interlude. On doit la musique du générique à Jean Wiener.

lundi 24 janvier 2011

Des Souris et des Hommes de John Steinbeck mis en scène par J.P.Evariste et P. Ivancic

(mise à jour 18 décembre 2014)
Cette pièce est un grand succès depuis une quinzaine d'années. Et on comprend pourquoi. Si on a lu l’œuvre de Steinbeck on appréciera en toute connaissance de cause. Et si on arrive sans préparation on vivra le coup de théâtre de la dernière scène avec encore plus d’intensité. George et son copain, Lennie, sont des ouvriers agricoles qui vendent leurs bras dans les fermes qui ont besoin de main d’œuvre robuste et bon marché. Le premier semble calculateur, le second est ce qu’on appelle un simple d’esprit, vivant sous l’emprise de ses émotions.

Georges fait ce qu’il peut pour éviter que l’hyperémotivité de Lennie ne provoque des catastrophes, quitte à le rudoyer. Il ne sait que trop bien que « les idiots amènent du grabuge », et de cela plus question. Leur objectif est d’avoir leur bout de terre bien à eux. Pour cela ils sont prêts à beaucoup de sacrifices et mettent de coté le moindre sous.

Leur tandem fait jaser : c’est drôle que vous fassiez équipe. On voit pas beaucoup de gens qui voyagent ensemble, alors sûrement qu’on se méfie. Ce rêve est bientôt découvert par le vieux Candy qui se propose de s’associer avec eux pour lui aussi « travailler chez nous, ou avoir une petite maison et vivre comme des rentiers ». Les uns ont envie d’avoir de la terre à en devenir marteau. Les autres vivent dans une telle privation de liberté ou de communication que le résultat est le même.

Qu’on soit femme, nègre ou fou on a besoin de s’évader du quotidien et d’avoir quelqu’un (ou un chien) à qui parler, ou alors ne restent que les livres ou le cinéma. Alors forcément les conversations s’enflamment vite dans le campement, jusqu’à l’explosion finale.
On a célébré le talent de Jacques Herlin, dont le rôle dans le film des Dieux et des hommes nous avait rappelé quel grand comédien il est. Il appartient désormais à la grande cohorte des disparus. C'est jean Hache qui le remplace. Ses neuf camarades sont tout aussi justes et le talent de toute la troupe fait résonner l’histoire avec beaucoup d'intelligence. Ce qui se déroule en Californie au cours de la grande Dépression économique pourrait bien se passer de nos jours. Les temps de crise échauffent les esprits qui ne souffrent plus la moindre différence. L’intolérance gagne vite du terrain jusqu’à décrocher les rêves les plus beaux, que la plus forte des amitiés ne pourra sauver.

Des Souris et des Hommes de John Steinbeck mis en scène par J.P.Evariste et P. Ivancic
Avec : Philippe Ivancic, Jean-Philippe Evariste, Jean Hache, Alyzée Costes ou Agnès Ramy, Jacques Bouanich, Emmanuel Delire, Emmanuel Dabbous, Bruno Henry ou Augustin Ruhabura, Henri Déus, Hervé Jacobi ou Pascal Ivanic.
Adaptation Marcel Duhamel - Direction d’acteurs Anne Bourgeois
Lumières : Jacques Rouveyrollis - Costumes: Emily Beer - Musique : Bertrand Saint-Aubin.
Après le Théâtre du Petit Saint-Martin, le Théâtre 14 jusqu’au 31 décembre 2012, et une tournée importante, le spectacle occupera la scène du Théâtre du Palais-Royal à partir du 27 janvier 2015, du mardi au samedi à 19h
Théâtre du Palais-Royal, 38, rue de Montpensier, 75001 PARIS
Contact : 01 42 97 59 76 Réservations : 01 42 97 40 00

Photo : Bernard Michel Palazon, Enguerand

dimanche 23 janvier 2011

Le misanthrope de Nicolas Liautard

J'ai vu le Misanthrope de Nicolas Liautard au théâtre Jean Arp de Clamart (92) et je lui accorde 5 étoiles dans mon échelle de sensibilité.
J’avoue que j'y suis allée par obligation (la pièce est programmée dans de nombreuses salles de la région parisienne et je me serais culpabilisée d’en faire comme on dit l’impasse). Je suis heureuse d’avoir dépassé mes a priori. Je croyais connaitre le texte. Je l’ai redécouvert et j’applaudis avec enthousiasme une mise en scène précise, intelligente, lumineuse, servie par des comédiens parfaits.

Autant les Fourberies de Scapin revues et (très-trop) corrigées par Omar Porras m’ont agacée, autant le regard de Nicolas Liautard m’a éblouie. Il analyse d’ailleurs l’œuvre du maitre avec beaucoup de bon sens :

En 1666, Molière a 44 ans, Armande Béjart sa jeune épouse pour qui il écrit le rôle de Célimène en a vingt de moins. L’histoire nous dit assez clairement le dépit de l’homme de génie devant la légèreté de sa jeune épouse, son cocuage notoire, les quolibets dont il est l’objet de la part des petits marquis qu’il a tant moqués. Mais Molière, qui est autant philosophe que dramaturge, se trouve un antidote à la mélancolie en se moquant lui-même régulièrement : il est hypocondre comme Argan, il aime une femme depuis le berceau comme Arnolphe, il est économe comme Harpagon (comment ne le serait-il pas, lui qui est chef de troupe !), il aime par-dessus tout la jeunesse comme Scapin, il est cocu comme… Bref ! Il est suffisamment imprégné de la doctrine d’Épicure pour se regarder souffrir et en tirer une comédie.

On imagine alors facilement un Alceste, homme raisonnablement sincère et franc, qui radicalise soudainement sa position pour pouvoir épancher une colère dont l’objet véritable est la légèreté de Célimène. Nous voici donc en présence d’un hypocrite malgré lui, qui se fait le chevalier de l’absolue sincérité. Voilà un beau sujet de comédie, et voilà un grand enseignement pris chez les Grecs : une vertu sans mesure est vice risible.
Nicolas Liautard a eu la bonne idée de placer un prologue, qui donne à la pièce une modernité légèrement décalée. J’y ai vu une réception dans les années 60 entre personnes de la haute société new-yorkaise dans un loft qui aurait pu appartenir à F. Scott Fitzgerald. Cette impression ne sera jamais démentie. Les costumes sont élégants, sobres et contemporains. Le milieu social est très aisé, le bon goût et l’élégance y sont des valeurs essentielles.

Malgré l’absence de paroles on reconnait immédiatement Célimène, furieusement sexy dans une robe de satin rouge. Et on se dit que cet homme aux chaussures blanches (Sava Lolov) pourrait bien être Alceste. Chemise ouverte, démarche nonchalante, il fait penser au Serge Gainsbourg amoureux d’une jeunette. Il pourfendra l’hypocrisie avec l’énergie d’un toréador. Eric Berger est Philinte, dont il campe une interprétation à la Jim Carrey, faisant mine de marcher sur des œufs pour ne pas provoquer l’ire de son (ex)ami. J’ai cherché tout le long du spectacle où je l'avais vu auparavant. C’était Tanguy, dans le film d’Etienne Chatiliez pour lequel il fut nominé en 2002 le César du meilleur espoir masculin.

La joute verbale de la scène 2 entre Alceste et Oronte rappelle l’énergie d’un Gérard Depardieu interprétant Cyrano dans le film de Jean-Paul Rappeneau en 1990. La salle rit de bon cœur.

Arrive Célimène qui, en parfaite diva, a enfilé une autre robe et n’en changera plus. Elle fait les yeux doux au public avec un déhanché qui impose l’image de Marylin Monroe. Elle peut bien s’énerver en minaudant « je le veux, je le veux » (scène 3 de l’acte II) on a compris qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre.

A Alceste affirmant que plus on aime quelqu’un moins il faut qu’on le flatte (Acte II, scène 4), Eliante répond par un catalogue de défauts, se moquant de la géante, de la naine, de la malpropre, et j’en passe, suivant un rythme qui a pu inspirer à Edmond Rostand la fameuse tirade des nez. Quant au duo des marquis de l’acte III c’est un défilé de top-models en pleine action de séduction du public.

Toutes ces images qui sont fugitivement suggérées par un geste, un ton ou une attitude ne sont pas de la caricature. Il n’y a jamais de surcharge et la mise en scène est plutôt sobre. La scénographie est sommaire : un sol de métal (cuivre, argent), une dizaine de lustres de cristal, un ou deux sièges, aucun accessoire. Ni rideau ni pendrillons. L’espace est vide, libre de réfléchir les lumières. Les personnages entretiennent un rapport animal à ce territoire qu’ils arpentent comme animés par des parades amoureuses (aimables ou agressives). Le travail sur le corps est remarquable, comme sur les voix, ponctuées de toute une gamme d’éclats de rire.

Arsinoé porte un costume masculin que des talons hauts féminisent un peu. Elle pourfend le caractère excessif d’Alceste ( l’acte IV, scène 1) :
La sincérité dont son âme se pique
A quelque chose, en soi, de noble et d'héroïque.
C'est une vertu rare au siècle d'aujourd'hui,
Et je la voudrais voir partout comme chez lui.
Philinte boit du petit lait et fait un judicieux signe du poignet au public comme pour dire : et toc, prends çà pour toi !

A la scène suivante Alceste fait une drôle de cour à Eliante, ne réclamant son cœur que par esprit de contradiction.
Vengez-moi d'une ingrate et perfide parente,
Qui trahit lâchement une ardeur si constante;
Vengez-moi de ce trait qui doit vous faire horreur.
(…) En recevant mon cœur.
Acceptez-le, Madame, au lieu de l'infidèle.
C'est par là que je puis prendre vengeance d'elle,

Célimène niera tout en bloc les accusations de tromperie : Vous êtes, sans mentir, un grand extravagant. La fascination d'Alceste pour cette femme au corps érotique et à l’intelligence terriblement brillante est humaine. On a compris cependant que ces deux là ne sont pas faits l’un pour l’autre. La différence d’âge est manifeste. La jeune femme est en toute logique davantage attirée par les jeunes marquis que par Alceste.

Rien d'étonnant à ce qu'à la fin, et pour employer le langage d’aujourd’hui, Alceste pète un cable au dernier acte (scène 1) :
Trop de perversité règne au siècle où nous sommes,
Et je veux me tirer du commerce des hommes.
Il insiste : Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge.
Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups,
Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.

Oronte tente une dernière manœuvre pour responsabiliser Célimène, lui ordonnant (scène 2) : Choisissez, s'il vous plaît, de garder l'un ou l'autre. Alceste approuve : Madame, il faut choisir !

Oronte, repoussé, est vexé : Monsieur, je ne fais plus d'obstacle à votre flamme, Et vous pouvez conclure affaire avec Madame. Arsinoé se fâche : Le rebut de madame est une marchandise ?

Nous sommes à la presque fin de la pièce (scène 4), et Célimène ne changera pas : Moi, renoncer au monde avant que de vieillir, Et dans votre désert aller m'ensevelir ? Alceste, humilié: Allez je vous refuse !

Et tandis qu’Eliante s’accorde avec Philinte, Alceste lance son dernier cri :
Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d'être homme d'honneur ont ait la liberté.

Il est rare que je ponctue un billet de tant de citations. C'est que les comédiens servent si admirablement le texte qu'il s'imprime dans notre cerveau. Nos sentiments balancent et évoluent. Alceste, surtout, est tour à tour agaçant, ridicule, sublime, pitoyable, séduisant, sympathique, antipathique, tragique, émouvant. Nicolas Liautard a gagné son pari de révéler la nature égotique du personnage, en évitant absolument d’en faire un héros romantique.
Le metteur en scène maitrise son art. Le Misanthrope reste une comédie même si elle porte son regard du côté de la tragédie classique. Il faut le voir pour le croire. La tournée est longue. Heureusement !










La création a eu lieu le 11 janvier au Prisme à Elancourt (01 30 51 46 06). La reprise se poursuit jusqu'au 29 janvier 2011 au Théâtre Jean-Arp, 22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. Les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h30, les jeudis à 19h30, les dimanches à 16h. Tél : 01 41 90 17 02.

Ensuite le spectacle sera en tournée le 5 février 2011 au Théâtre de Saint-Maur, le 10 février au Centre culturel des Portes de Essonne, le 4 mars à l’Espace Jacques-Prévert d’Aulnay-sous-Bois, le 7 mars à La Scène Watteau, le 15 mars au Théâtre André-Malraux de Chevilly-Larue, les 19 et 20 mars au Théâtre Jean-Vilar de Suresnes, les 22 et 23 mars au Théâtre Alexandre-Dumas de Saint-Germain-en-Laye, les 25, 26 et 27 mars à L’Onde de Vélizy, le 29 mars au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses, le 31 mars à l’Espace culturel André-Malraux du Kremlin-Bicêtre, le 2 avril à l’Espace Marcel-Carné de Saint-Michel-sur-Orge, les 7 et 8 avril à La Piscine de Châtenay-Malabry, le 29 avril au Théâtre-Cinéma Paul-Eluard de Choisy-le-Roi, du 3 au 29 mai au Théâtre des Quartiers d’Ivry.

Les photos non mentionnées A bride abattue sont de Denis Papin et ont été trouvées sur facebook.

samedi 22 janvier 2011

Dans ses yeux

Le 14 ème Festival Télérama est programmé du 19 au 25 janvier, permettant au public de voir ou revoir une quinzaine d'excellents films pour seulement 3 euros. Parmi eux, the social Network, Another year, des Hommes et des dieux dont j'ai déjà rendu compte sur le blog.

Les cinémas participants n'ont pas tous réussi à obtenir les copies qu'ils souhaitaient programmer. Le Rex de Chatenay-Malabry (92) est parvenu à afficher 7 longs métrages, dont le magnifique film du réalisateur argentin Juan José Campanella Dans ses yeux.

Pierre Murat, rédacteur en chef de la rubrique cinéma de Télérama, était parmi nous pour nous aider à décrypter le film et répondre à nos interrogations. Ce temps d'échange fut aussi important que le visionnage en lui-même, d'autant qu'il a parlé sans esquiver aucune question. C'est lui qui a rédigé le synopsis du film pour le magazine :
Dans l'Argentine de 1974, un flic qui ne croit plus à grand-chose, et surtout pas en lui, découvre le cadavre violé, meurtri, d'une jeune femme récemment mariée. Il se jure de découvrir le coupable. Mais il échoue. Vingt-cinq ans plus tard un livre qu'il a décidé d'écrire le met aux prises avec le souvenir de ses erreurs passées et, surtout, de ses amours inabouties avec celle qui fut son "supérieur" hiérarchique et qui ne l'a pas oublié. Un polar, donc, où, sur fond de vengeance implacable, le réalisateur retrouve le lyrisme des grands mélos de jadis.
Le scénario est adapté de "La Pregunta de sus ojos", un roman d’Eduardo Sacheri, un écrivain qui a travaillé pendant longtemps dans le domaine judiciaire. Le cinéaste a déconstruit le roman en se posant toujours la même question: cet homme qui marche vers nous, que sait-on de lui? Qu'apprendrait-on de lui si on avait tout à coup un gros plan sur ses yeux? Quels secrets nous raconteraient-ils ?

L’auteur n’hésite pas à faire de la technique sans perdre pour autant la réalité des sentiments, rappelant Ettore Scola à ses débuts. Le meurtre est filmé comme une scène fantastique. Le long plan séquence du stade qui s’achève avec l’écrasement de la joue sur la pelouse a nécessité trois jours de tournage, et quelques neuf mois de montage. Ce n’est donc pas un plan séquence, mais on le jurerait.

Les trompe-l’œil et les fausses pistes se succèdent. Les indices aussi. Par exemple les photos retournées pour que ceux qui viennent assassiner le policier ne se rendent pas compte qu’ils se trompent de cible. Le déchiffrage du message d’amour ne sera possible qu’avec la prise de conscience d’une lettre manquante sur la vieille machine à écrire. Plusieurs histoires s’imbriquent. Nous assistons à deux films en parallèle, l’enquête policière et la comédie sentimentale. Il y a d’ailleurs une influence revendiquée de la comédie à l’italienne (la scène du chien et les dialogues entre le procureur et le policier sont carrément burlesques. Le procureur a une façon de scander le nom ES-PO-SI ….TO avec un effet comique évident.)

On passe malgré tout abruptement du rire à l’effroi et on se demande toujours si on a bien compris ce que le réalisateur a voulu nous montrer. C’est que précisément il ne délivre pas de message évident. Les paroles peuvent contredire ce que trahissent les yeux des personnages. Et la caméra, très souvent, est placée de telle manière qu’elle se trouve à la place de notre propre regard, nous faisant douter de notre perception.

Le non dit est aussi important que ce qui est clairement dialogué. Le titre original, El secreto de sus ojos, est plus ambigu encore que le titre français car on pourrait aussi bien le traduire par le secret de ses yeux que par le secret de leurs yeux, puisque c’est la même expression en espagnol. La question se pose ensuite de savoir quels yeux on désigne, ceux du policier, de la juge, de tous les protagonistes, ou même ceux de la jeune morte (que le policier ferme à son arrivée dans la chambre).

Les rôles secondaires sont soignés. En particulier celui du copain du héros, alcoolique, qui devient attachant en trois minutes. Le mari de la victime, devenu bourreau, est un bref instant un coupable potentiel. C’est du moins la vision que peut en avoir le personnage du policier, parce que nous, spectateurs, connaissons la vérité. Un très beau film à voir, et revoir … puisqu’il est sorti en vidéo depuis septembre dernier.

Le film a été récompensé en 2010 par l’Oscar du Meilleur Film Étranger, battant le film français le Prophète cette année-là. Il a aussi obtenu le Goya du meilleur film hispano-américain et l'actrice principale, Soledad Villamil le Goya du Meilleur Espoir Féminin.

vendredi 21 janvier 2011

Brioche pyrénéenne

Après la brioche aux bouchons de champagne, voici une autre recette réalisée avec des chocolats, en l'occurrence des pyrénéens (de Lindt).

On met dans la cuve de sa machine à pain dans l'ordre :
100 ml d'eau
120 ml de lait
1 œuf battu
70 grammes de beurre
50 grammes de sucre
1 cuillerée à café et demi de sel
500 grammes de farine spéciale pain (type 55)
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain normal

Au bip on ajoute 80 grammes de pyrénéens sans les couper.(retirez quand même l'enveloppe de papier argentée !)

Bien entendu ne comptez pas les revoir intacts. ils vont fondre à la chaleur et parfumer la pâte. Vous obtiendrez une brioche très gonflée, très légère, d'une belle couleur ambrée, avec un goût praliné peu appuyé.

Délicieuse avec café, thé, chocolat chaud ou avec une salade de fruits macérée dans un peu de thé et rehaussée de gingembre râpé.

jeudi 20 janvier 2011

Obselidia, un film de Diane Bell

C'est le premier long métrage de Diane Tell et je me réjouis d'avoir eu le bonheur de le découvrir. Il a été projeté en séance d'ouverture du Festival 2010 La Science se livre au Rex de Chatenay-Malabry (92) à l'initiative du Conseil général des Hauts-de-Seine.

Difficile de comprendre comment un tel bijou n'a pas encore trouvé de distributeur ni aux États-Unis ni en France ! Il a pourtant remporté le Prix de la meilleure direction artistique pour un film de fiction au Festival de Sundance 2010.

Le public a beaucoup aimé ce film joyeusement mélancolique que vous n'êtes pas prêts de voir en salle ... sauf miracle.

La lecture du résumé du film n'est pas engageante. Si je vous dis que c'est l'histoire d'un grand timide qui s'est lancé dans la confection d'une encyclopédie des personnes, des technologies et des idées qui sont en voie de disparition, bref de tout ce qui est ou va devenir obsolète, je pense que vous allez estimer que vous n'avez pas perdu grand chose.

Si j'ajoute que c'est aussi l'histoire de sa rencontre avec une projectionniste de cinéma passionnée de cinéma français. Qu'ensemble, ils partent en voiture dans la Vallée de la mort pour interviewer un scientifique qui a prédit la fin imminente du monde, vous ne serez pas davantage convaincus.

Mais si je vous dis qu'il y a une proximité indéniable avec la façon de filmer de Wim Wenders, ou que les personnages ont quelque chose qui aurait retenu l'attention d'Emir Kusturica, alors vous allez commencer à saisir ce qu'il peut y avoir de magique à filmer des abeilles en perdition, un type qui se déplace sur un ballon sauteur en plein désert, une randonnée urbaine à bicyclette, un bric à brac d'objets désuets et pourtant encore en état de marche, un couple chuchotant sous une tente alors qu'il n'y a personne alentour, sauf peut-être un coyote isolé.

La réalisatrice a déjà une grande maitrise des procédés cinématographiques. L'émotion ne passe pas par des effets spéciaux mais par un cadrage habile, intentionnellement décentré , un floutage comparable à la vision qu'on a d'un paysage chauffé à blanc par le soleil, la réminiscence d'airs de musique familiers (a beautiful world sur le générique de début, une sonate à la fin).

Elle balade les deux héros dans le paysage minéral de Zabriskie Point, là où Michelangelo Antonioni a tourné un film éponyme, véritable ode à l'amour fou. Elle y fait surgir l'âne Balthazar, témoin de l'entrée de Marie dans le monde des adultes filmé par Robert Bresson (1966). Elle rappelle qu'Orbis Tertius est une nouvelle de l'écrivain argentin Jorge Luis Borges. Elle fait aussi référence à la Pseudodoxia Epidemica, l'encyclopédie des idées reçues publiée en 1646 par le Montaigne anglais, Thomas Brown. Il remet en cause les croyances populaires, les déductions fausses, le respect aveugle de l'autorité, et l'influence du diable bien avant que Gustave Flaubert ne fasse de même dans son célèbre dictionnaire "des idées reçues".
On peut voir ce film comme un conte moderne. On peut aussi le comprendre comme une ode nostalgique à une forme de mélancolie transitoire qui contraint à prendre le temps de se retourner sur le passé pour mieux se projeter dans un présent. Le héro n'est pas seulement passéiste. C'est en fait un froussard de la vie, inhibé derrière ses lunettes un peu sales qui l'empêche de voir les choses avec optimisme.

S'il est vrai qu'on n'existe que si on aime, la mélancolie peut alors être comprise comme un état provoqué par un amour non partagé. Mais aussi comme une étape, une forme d'apprentissage de la relation comme la toute fin du film le laisse entrevoir. La difficulté à construire un lien social dans une mégalopole où l'on est un étranger (la mère de Georges est australienne, Sophie vient d'arriver à Los Angeles et n'y connait encore personne) est parfaitement réelle. On perçoit mieux le rôle décisif du désert où on se trouve soi-même.

Rien d 'étonnant à ce que conduire une voiture ou dormir sous une tente (à proximité des coyotes) représentent de vrais exploits. Comme celui d'accepter de tomber amoureux, surtout si on est persuadé que l'amour n'est "qu'une protéine".

Diane Tell ne délivre aucune leçon. Elle se contente de nous révéler des choses, comme une plaque sensible laisserait lentement affleurer un paysage. Son film devient une exhortation à la lenteur qui serait le meilleur chemin vers la poésie.

On est dans un cinéma d'auteur, loin du business hollywoodien. Pourtant on ne s'ennuie pas un instant. On sourit beaucoup et on rit aussi.
D'autres manifestations sont organisées dans le cadre ce cette quinzième édition sur tout le département. Consulter le site de la Vallée de la culture pour lire tout le programme.

Notamment un atelier de cuisine moléculaire (entrée libre, sur réservation préalable) samedi 29 janvier à la médiathèque d'Antony auquel je participerai.

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