mercredi 31 octobre 2012

Philippe Corentin aime-t-il les légumes ?

Philippe Corentin a publié une vingtaine d'albums à l'Ecole des loisirs. Et pourtant cet auteur-phare n'avait encore jamais accepté de se soumettre à l'épreuve de la dédicace. Pourquoi ce légendaire bougonneur a-t-il changé d'avis restera un mystère. Toujours est-il qu'il fit le déplacement mercredi dernier et qu'il ne fut sans doute pas déçu du voyage tant le nombre de ses admirateurs (avec un seul représentant de la gente masculine c'est le masculin pluriel qui s'impose ...) était impressionnant.

Sa biographie sera vite expédiée. On sait juste qu'il est né dans les années 40, en région parisienne, Paris ou Boulogne-Billancourt selon les sources. Il passe son enfance à Quimper, fait des études qui sont qualifiées de très secondaires sur le site de son éditeur ... En 1968, ses premiers dessins sont publiés dans "L'Enragé". Il a collaboré à "Elle", "Marie-Claire", "Jardin des Modes", "Vogue"... Du dessin d'humour à l'illustration en passant par la publicité, il est arrivé aux albums pour enfants.

Plus que la naissance, la paternité (et la grand-paternité) semblent être des évènements capitaux. Il a un frère, jumeau, Alain le Saux, qui fait le même métier que lui, mais Philippe brouille bien les cartes en s'inventant un nom de plume. Il prétend ne pas aimer la campagne et préférer la Bretagne, ce qui n'est pas antinomique. Ses goûts sont -ils dictés par amour de la rime, des crevettes ou du far aux pruneaux ? On le devine capable de se gaver de gâteaux, puis de légumes par bonne conscience.

Il réussit à s'entendre aussi bien avec son chat Valmont, qui dort sur sa table, qu'avec le chien Hissimédore, qui dort sous. Comment croire qu'il ait dans la vie réelle le caractère bougon qu'il semble fier de revendiquer ? Il est en tout cas extrêmement drôle et pratique la dérision avec tendresse.

Il avoue à demi-mots l'influence de Dürer, Gustave Doré, Mc Kay, Calvo, Tex Avery ... auxquels on pourrait ajouter Roald Dahl, Charlie Chaplin et les Marx Brothers. A bien observer ses livres on trouverait une parenté avec Claude Ponti. Même source d'inspiration familiale, l'un comme l'autre ont commencé à dessiner des albums pour leurs enfants. Même clin d'oeil au lecteur qu'ils font entrer dans leurs ouvrages. Même proposition de lire entre les lignes et de tourner le livre dans tous les sens. Et rien d'étonnant à cela puisqu'il affirme son intention de chatouiller le soir le lecteur avec ses histoires plutôt que de chercher à l'endormir.

Philippe Corentin n'hésite pas à se mettre en scène parmi ses personnages, et il ne se fait pas de cadeau en se représentant comme un vieux ronchon. Il aborde la panne d'inspiration en s'interpelant lui-même dans Zzzz... Zzzz ...

J'espère que si je démonter le mécanisme selon lequel il nous fait rire cela ne fera que renforcer l'envie d'aller plonger le bout de votre nez directement entre les pages. Il nous fait entrer dans l'histoire, comme au théâtre, par une interrogation : dis, maman pourquoi ... ? ou bien bille en tête par une affirmation : voilà, c'est l'histoire de ... en détournant ensuite les personnages principaux des contes ( le père noël, le petit chaperon rouge, le loup).

Ses héros portent des noms de personnages de dessins animés : Pipioli Pissenlit, Zigomar, Scroneugneu, Trottinette, Totoche, Routoutou, Bouboule, Baballe, Machin Chouette, Loustique et Chiffonnette ... Ils sont aussi sympathiques lorsqu'ils n'ont pas de patronymes comme la Mère Souris (avec des majuscules tout de même) ou la grenouille qui parfois même se contente d'être spectatrice muette de l'aventure, comme dans Plouf !

Les albums sont autant accessibles aux enfants qu'aux adultes. Philippe Corentin conjugue le comique de situation avec l'ironie. Il manie le langage parlé sur un ton familier, avec moult bruits, exclamations et interjections comme plouf, patatras, bing dans le chou, pan, hop et boum, pif, paf et patatouf. Mais il ose aussi employer un lexique précis pour les besoins de l'histoire : l'enfant apprendra que la souris est granivore et l'hirondelle insectivore et il sera aidé à ne pas confondre les animaux d'Afrique avec ceux qui vivent au Pôle Nord.

Philippe Corentin lui aussi est un granivore, si on en croit les pense-bêtes qu'il dessine dans un album pour songer à réclamer du blé à Arthur (Arthur Hubschmid est son éditeur à l'Ecole des Loisirs).

Sa collection est disponible dans toutes les bonnes librairies, et en particulier à la librairie Chantelivre, 13 rue de Sèvres, 75006 Paris.

Mademoiselle tout-à-l'envers, 1988; Le Chien qui voulait être chat, Lutin poche,1989; Le Père Noël et les fourmis, 1989, L'Afrique de Zigomar, 1990; Pipioli la terreur, 1990; L'Ogrionne, 1991; Plouf !,1991; Biplan le rabat-joie Mouche, 1992; Zigomar n'aime pas les légumes, 1992; Patatras !, 1994; L'Ogre, le loup, la petite fille... , 1995; Papa!, 1995; Mademoiselle Sauve-qui-peut, 1996; Les Deux goinfres, 1997; Tête à claques, 1998; L'Arbre en bois, 1999; Machin Chouette, 2002; Zzzz...zzz... , 2007; N'oublie pas de te laver les dents ! , 2009; Zigomar et les zigotos, 2012.

Pour en savoir davantage sur Philippe Corentin : lire la page de l'auteur sur le site de l'éditeur.

mardi 30 octobre 2012

Le défilé des nouveaux mondes au Salon du Chocolat 2012

Les articles que j'ai publiés sur le Salon du Chocolat figurent régulièrement dans le "top ten" des billets les plus lus au cours des trente derniers jours, et cela même un an plus tard. J'ai donc décidé d'écrire plusieurs chroniques pour rendre compte de l'édition 2012 qui est la dix-huitème édition de cette manifestation. Attirant toujours de plus en plus de personnes, le chocolat demeure imperturbablement porteur de rêves.

Sa valeur de convivialité et de partage est incomparable pour faire plaisir à ceux qu'on aime ou qu'on veut honorer comme le rappelaient Sylvie Douce et François Jeantet.

Le ministre délégué à l'Agroalimentaire, Guillaume Garot soulignait la spécificité d'ouverture à l'autre et se réjouissait d'un défilé de robes et de tenues en chocolat célébrant le génie de nos artisans et chocolatiers. Il aurait pu aussi louer le talent des stylistes de l'école MJM Graphic design.

Ce moment est la pièce maîtresse de la soirée et c'est toujours avec une certaine bousculade que les invités (la soirée inaugurable n'est accessible qu'aux possesseurs du carton magique) prennent place dans l'arène de 500 places le mardi 30 octobre.

Le thème des Nouveaux Mondes du Chocolat était un prétexte à un voyage d'un continent à l'autre qui s'autorisa même un détour dans l'Espace. Les transitions furent ponctuées de chorégraphies élégantes conçues en partenariat avec l'Académie internationale de Comédie Musicale, première école française dédiée au théâtre musical.
Découvrir, admirer, scruter et tirer le portrait des vingt personnalités qui ont joué le jeu du mannequinat gourmand le temps d'une paire d'heures n'est pas chose aisée et quelques cadrages sont difficiles en raison de l'affluence. J'ai sélectionné une trentaine d'images parmi la centaine que j'ai prise ce soir là. Avec des plans serrés lorsque ce fut possible pour témoigner du raffinement des coiffures (signées Franck et Fabien Provost) et des maquillages (par l'Atelier).
On doit le chocolat aux Mayas et c'est donc en toute logique que le Mexique soit célébré le premier. Honneur aux anciens, c'est Lucienne, la "jeune" chroniqueuse people de Canal + qui ouvre le bal, le sifflet à la main ... et à la bouche, avec une mini-robe conçue par Léa Larchevêque et Vincent Guerlais, mise en chocolat par Patrice Chapon.
On reste dans le domaine sportif avec le duo Tribal Choc, conçu par la même équipe que l'Arbitre Choco, portés par Ronald Pognon et Taïg Khris dont Laurent Boyer, le fidèle présentateur du show nous rappelle qu'il a descendu la Tour Eiffel avec son skate.


Erika Moulet, journaliste de LCI,  soulevait des nuages de poudre en se déplaçant sur le podium dans la très belle composition imaginée par Pauline Leporati et Laurent Amelot pour Dupont avec un Thé.

Des plumes souples rappelaient la signification du nom de la robe puisque Itzam-Yeh signifie Oiseau céleste.

L'humoriste  et comédienne Claudia Tagbo se déhancha au rythme de Walk like an Egyptian que le groupe des Bangles créait en 1986.

Elle portait Ulua, évoquant le nom d'une forteresse bâtie au large de Vera Cruz.

La tenue stylisée par Clotilde Debure et chocolaté par Jacques Bellanger était ultra architecturée comme une pyramide ... On ne peut pas dire que l'Egypte soit le Mexique ... mais la musique cadrait néanmoins avec le modèle.
Des poissons en chocolat siglés par Monsieur Chocolat traversèrent la scène, annonçant le changement de continent. Place à L'Asie avec la surprenante Natasha Saint Pier, dans le magnifique Kimono Zanshin avec un charme fou, de face comme de dos, qui tromperait la vigilance des adeptes des arts martiaux.
Le charme opéra également avec la jeune Top Chef Yoaké San (dont Laurent Boyer annonce l'ouverture prochaine d'un restaurant à son nom) avec le Yuugou Yoroi Kimono d'Audrey Lempeseur chocolaté par Frédéric Cassel.
Rannou-Métivier participait pour la première fois au Salon. Pour l'occasion ce fut la directrice artistique de la maison, Sandrine Bertrand, avec le concours d'Audrey, qui imagina Anastasie que porta la comédienne Joséphine Draï et qui, manifestement, ne se priva pas de se régaler de bouchées qu'elle transportait en réserve dans des coupelles fixées sur le plateau de sa jupe.
Adoubée en 2010 par le Club des Croqueurs la marque est très connue dans sa région d'origine, le Poitou-Charentes mais sa notoriété a encore une marge de progrès à faire en France. Le sigle RM largement mis en valeur sur ce travail pourra y contribuer.
Les couleurs d'Anastasie ne juraient pas avec le continent suivant, l'Inde dont la journaliste de France O, Maéva Schublin, présenta le premier modèle, Shiva, stylisé par Daphnée Sinfreu et chocolatée par Arnaud Larher.
La romancière et scénariste Eliette Abécassis fit sensation avec Tomorrow de Concept Chocolate. Une robe simple mais très élégante.
Plus indienne que jamais, la Délicieuse Maharajane portée par Elé Asu, la présentatrice du Journal télévisé de 13 heures de Direct 8 chocolatée par Philippe Pascoët.
Deux modèles célébraient l'Afrique. d'abord la Dame en arbre, de Monbana, sublimée par la souriante comédienne de Plus belle la vie, Elodie Varlet.
Suivit la Masaï Mara enfilée par Audrey Pulvar. La rédactrice en chef des Inrocks aurait-elle voulu surenchérir avec son ministre de mari, lequel posait en marinière en couverture du Parisien magazine il y a quelques jours ?
Elle témoigna en tout cas d'une nouvelle compétence en occupant la scène avec assurance, comme si elle avait fait cela toute sa vie et sans se soucier le moins du monde des allusions que lui vaudra ce col de plumes d'autruche. Le volatile est emblématique de la réserve africaine qui a donné le nom à la robe. Cette prestation soulèvera sans aucun doute bien des jalousies de ses consoeurs ...  Si la robe a été chocolatée par Vincent Guerlais on doit sa création à Marianne Galland qui a réalisé un second modèle pour Cémoi.
Une chorégraphie avec des ballons multicolores annonça l'arrivée du Brésil.
Les oursons à Rio ponctuaient la robe majestueuse portée par Cécile Belin, en hommage au petit ourson guimauve qui fêtera sur le salon son cinquantième anniversaire avec une belle évocation du carnaval. Cemoi avait fourni les oursons mais la réalisation est entièrement l'oeuvre de Marianne Galland, précédemment remarqué pour Masaï Mara.
Les petits oursons ont voltigé au moment des saluts. Les mains se tendirent dans l'assemblée pour se saisir de ces gourmandises aimées autant des grands que des petits.
Suivi Carmen, que seule une Miss Europe pouvait oser porter, en l'occurrence Alexandra Rosenfeld que les amateurs de chocolat ont déjà vue défiler lors de précédentes éditions. C'est Jean-Paul Hévin qui a chocolaté le modèle dessiné par Christelle Darin et Sara Lopes.
L'entrée en scène de Tal, une des chanteuses préférées des ados, dont le prénom signifie en hébreu perle de rosée, fut très saluée. Elle portait Ipanema, une création chocolatée par le très inventif Sébastien Bouillet. Je vous montrerai dans un prochain billet comment il se lance dans l'univers de la parfumerie. 
Le monde de l'Espace était associé aux précédents. Adriana Karembeu arriva cachée dans un gigantesque rocher Ferrero, lui aussi en plein anniversaire.
Ses trente ans sont fêtés avec éclat au travers de cette robe appelée Rêve d'or. Le collier lui-même est une invitation à la gourmandise.
La chocolaterie Puyricard avait réalisé un Phénix absolument sensationnel porté par Iulya qui est une des plus célèbres top-models mondiales.
La Cosmic-dress dessinée par Raphaël Sarrasin donna du fil à retordre à Frank Kestener, le chocolatier de Sarreguemines que j'ai découvert il y a deux ans. Sa fragilité en rendant la réalisation fort délicate. Il est amusant de la découvrir sur Mariama, la chanteuse soul qui ne cache pas son attirance pour le vintage dans les interviews.
Tara Mc Donald, en robe Theia, chocolatée par Stéphane Bonnat, a failli enflammer le dance floor en ne ménageant pas sa voix. Ce n'est pas en chantant Delirious, le grand succès qu'elle interprète avec David Guetta qu'elle fit son entrée mais avec le plus dynamique Give me more.
Des spectateurs crurent le show terminé et se levèrent, sans doute pressés d'aller déguster l'une ou l'autre des spécialités du Salon. Une surprise de taille récompensa les autres avec la présentation de la robe de Kim Yoo Jung, célèbre actrice coréenne spécialement venue à Paris pour l'occasion.
Le premier Salon du chocolat aura lieu à Séoul en 2013.
La traditionnelle photo finale du défilé s'organisa ensuite avec l'ensemble des personnalités, donnant l'occasion aux créateur de montrer le bout de leur tenue immaculée.
Si le défilé était présenté ce soir en avant-première, il sera proposé quotidiennement aux visiteurs du Salon à 17 heures.

Pour lire ou relire le billet consacré au Salon du Chocolat 2010 c'est ici.
Quant à l'édition 2011 c'est .
MJM Graphic design, 38 Quai Jemmapes, 75010 Paris, 01 42 41 88 00
Académie internationale de Comédie Musicale, 3 bis cité Bergère, 75009 Paris 01 45 23 52 69

lundi 29 octobre 2012

Petit manuel du parfait arriviste de Corinne Maier

Ce Petit manuel du parfait arriviste m'est arrivé alors que j'achevais le dernier livre de Zoé Shepard, Ta carrière est fi-nie ! J'ai pensé qu'il fallait y voir une relation de cause à effet, et je me suis empressée de lire. En ces temps de crise annoncée toute leçon est bonne à entendre.

Les conseils de l'auteur ne sont pas systématiquement applicables. Se délester des tâches pénibles sur un stagiaire suppose d'en avoir un ... de stagiaire. Et il y a des domaines peu sollicités en la matière. Afficher un ego surdimensionné n'est pas un exercice qui m'est naturel. Il faudrait d'abord que je réactive ma présence sur Facebook.

Ne jamais jouer franc jeu semble être la première règle, la seconde étant de pratiquer l'art de botter en touche (page 75) avant de passer maître en enfumage. J'ai compris en arrivant à ce stade de la lecture pourquoi je n'avais jamais grimpé en haut de l'échelle sociale. Je déteste l'hypocrisie au moins autant que Montherlant haïssait la médiocrité.

On peut lire ce manuel selon deux approches. Au pied de la lettre, mais je ne suis pas sûre que vous y trouviez de bons conseils pour booster votre carrière. Vous apprendrez par contre à reconnaitre les agissements des personnes dénuées de scrupules, ce qui vous permettra, peut-être, d'aller nager en eaux moins troubles.

Vous pêcherez quand même des perles de dialectique. Il est certainement plus efficace d'avancer d'une voix douce : je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée au lieu de s'opposer massivement en râlant. Quitte à monter d'un cran en souriant, comme si on s'exprimait à contrecoeur : je crois que çà va pas être possible.

Aviez-vous jamais pensé à dire ainsi non ... de manière positive ? Voilà une façon d'affirmer son opinion sans user véritablement de langue de bois.

Et puis, surtout, si vous le regardez avec un peu de distance, vous allez franchement sourire et même rire, à l'instar des chroniques de votre humoriste préféré. Le chapitre consacré au mercato de l'âme soeur résonne avec tant d'à propos qu'on se dit qu'on n'a jamais que ce que l'on cherche ...

Corinne Maier publie régulièrement des petits livres provocateurs, tirant à boulets rouges sur la psychanalyse, un domaine qu'elle connait bien puisqu'elle est analyste, sur la France (qu'elle a d'ailleurs quittée pour s'installer en Belgique), sur la filiation, recommandant de ne pas faire d'enfants.

Le monde du travail est une mine qui lui a permis d'écrire déjà deux autres ouvrages : Bonjour paresse, en 2004 (chez Michalon) qui se solda par son licenciement d'EDF (elle eut moins de chance que Zoé Shepard qui ne connut "que" le placard mais son second métier d'analyste facilita sans doute l'acceptation de la situation) et Ceci n'est pas une lettre de candidature trois ans plus tard (Editions Mille et une nuits). On a le sentiment qu'avec le dernier elle affirme sa revanche.

Petit manuel du parfait arriviste de Corinne Maier, chez Flammarion, 2012

dimanche 28 octobre 2012

Changement d'heure et conséquences

Il était 17 heures aujourd'hui quand je fus attirée dehors par la clémence d'une météo autorisant désormais une jolie balade. Direction le Parc de Sceaux. Halte là on n'entre plus ! Ceux qui avaient oublié de reculer leurs montres d'une heure n'en revenaient pas, pensant qu'il était 16 heures et qu'ils avaient encore trois bonnes heures de promenade à faire. C'était vrai hier puisque le Parc fermait à 19 heures. Cela ne l'est plus aujourd'hui.

Une feuille de papier collée sans préavis à la hâte sur la grille confirme le nouvel horaire de 17 heures. C'est un peu rude. Surtout un dimanche. Comme je l'entendais tout à l'heure les usagers apprécieraient au contraire que les lieux publics jouent les prolongations ces jours là.

Nous fûmes quelques centaines à nous faire éjecter par les gardes en scooter. Or les scientifiques nous ont prévenus : le changement d'heure réduit nos défenses immunitaires. Il faut une quinzaine de jours pour s'y habituer et il est recommandé d'augmenter son activité par au moins une demi-heure de marche rapide. On ne va donc pas renoncer devant une grille fermée.
Vous me direz que d'un coté ou de l'autre de la grille qu'est-ce que ça change ? Marcher, promener son chien ou courir à quelques mètres de là où on a nos habitudes c'est toujours faire le tour du Parc, mais autrement, le bruit des voitures dans l'oreille gauche, les chants d'oiseaux dans la droite.
La grande pelouse de la Plaine des Quatre Statues n'est plus traversée que par des corbeaux. Restait la toute proche Coulée verte, accessible jour et nuit.

Si la lune commençait à luire haut dans le ciel la lumière du jour, encore vive, tombait blafarde sur le château qui semblait abandonné au bout de la Plaine. Un peu plus loin, le jardin de la Ménagerie résonnait de cris d'enfants joyeux. Les terrasses des cafés étaient noires de monde. Les badauds se livraient à un autre sport, un lèche-vitrine peu couteux un dimanche puisque toutes les boutiques étaient fermées.
Il est 18 heures. Les statues du Jardin des Félibres sont éclairées pour personne. On se dit qu'il y a des économies qui ne pénaliseraient pas le contribuable, bien au contraire.

vendredi 26 octobre 2012

Le roi nu ... à voir en bénéficiant d'un tarif réduit pour les lecteurs du blog

J'avais beaucoup apprécié le travail de la compagnie. J'avais découvert le roi nu d’après Evguéni Schwartz, mise en scène Alexandre Blazy, par la Compagnie Fulguro, au Théâtre de Belleville et je vous invite à lire ou relire la chronique que j'avais écrite sur le sujet en avril dernier.

Vous y verrez un grand nombre de photos. Je vous rappelle qu'en cliquant une fois sur la première vous pouvez faire défiler la totalité et assister au spectacle ... presque comme si vous y étiez.

Il vous manquera la bande-son. Depuis le 7 octobre, la fine équipe reprend la pièce tous les dimanches soir à 20h04  au Théâtre des Béliers Parisiens, le nouveau théâtre de l'Artdenfer Production d'Arthur Jugnot, 14 bis rue Sainte Isaure 75018.

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule j'ai le plaisir de vous annoncer que les lecteurs du blog pourront bénéficier de places à 15 euros au lieu du plein tarif de 26 euros. J'aurais pu imaginer un jeu-concours pour faire gagner les plus méritants. Mais nous n'allons pas mégoter. La compagnie a décidé d'être royale et de satisfaire TOUTES les demandes. Alors pour en bénéficier il suffit d'envoyer un mai à Florian Jamey à l'adresse suivante : fjamey@gmail.com en vous recommandant du blog A bride abattue.

L'offre est malgré tout limitée dans le temps ... Vous disposez de tout le mois de novembre, mais attention les représentations n'ont lieu que les dimanches.

Vous remarquerez que le mois d'octobre aura été sympathique avec une offre spéciale au début avec Y a de l'otage dans l'air aux Trois-Bornes  et celle-ci à la fin. Qui sait ? D'autres suivront peut-être ... 

Le roi nu a connu un beau succès au festival d'Avignon cet été et ce n'est que justice qu'il puisse jouer les prolongations sur une scène parisienne. Et je souhaite encore longue vie à ce roi nu !

jeudi 25 octobre 2012

Work in progress de Philippe Pasqua au Storage

Ce soir un vernissage grandiose inaugura la troisième édition du Work In Progress de Philippe Pasqua, dans un lieu aménagé spécialement par l'artiste du coté de Saint-Ouen l'Aumône, dans le Val d'Oise autrement dit en lointaine banlieue parisienne (vous me direz que tout dépend où l'on vit, mais l'homme est égocentré, n'est-il pas vrai ?).

Appelé The Storage, l'endroit est un ancien parking automobile. Il a été conçu par l'artiste pour s'y livrer à des expérimentations artistiques et collectives innovantes, et surtout pour y travailler. C'est donc à la fois un espace de présentation et de stockage, un atelier et une enfilade de salles d'exposition. C'est encore aussi un jardin de sculptures.
Tout le programme est contenu dans cet intitulé : Storage signifie rangement, mais aussi accumulation et mémoire. Quant à Work in progress l'expression peut se traduire littéralement par Travaux en cours. Ce qui nous est donné à voir est de l'ordre du chantier, à l'instar de la politique des grands chantiers initiés par les présidents.

L'espace d’exposition est immense, proportionné à la taille des oeuvres, permettant de les mettre en valeur sans les étouffer. Nul besoin d'être spécialiste en art contemporain pour être saisi dès l'entrée par le travail de Philippe Pasqua. Le catalogue de l'exposition est déjà prêt à se laisser emporter. Enorme, lui aussi.

L'artiste s'affirme autodidacte. Cela tombe bien, je n'ai pas fait d'école de beaux-arts et je déambulerai donc dans l'espace sans référence académique préalable. Le terme de "monstrueux" s'impose, par la taille, les volumes, les sujets choisis. Et pourtant il y a de la douceur dans la manière dont on nous donne à voir ces visages. La matière est épaisse, conférant aux tableaux une vitalité intense.

Les cartels sont minuscules, et peu explicites. un prénom, une année, la mention "Autoportrait" qui se répète à coté d'oeuvres qui ne font pas penser au peintre. Le catalogue n'est pas davantage explicite. Ce n'est pas sur lui qu'il faut compter pour nous donner une parole toute faite. Il faudra se forger sa propre opinion tout seul, et c'est très bien.

On m'a prévenue que l'artiste n'aime pas les mondanités, que sans doute on ne le verrait pas ce soir. Et quand bien même il montrerait la pointe d'une basket, je n'avais aucune chance de le reconnaitre. Ceux qui lui ont collé l'étiquette d'Insaisissable entretiennent la légende.

Cet homme est tout le contraire de cette image d'ours mal léché. Il n'a pas manqué de l'affection de sa maman dans son enfance, qui demeure une de ses groupies les plus attentionnées. Philippe est arrivé avec le sourire, a signé des autographes à tour de bras, et même jusque sur le bras d'une (très) jolie admiratrice. L'approcher c'est la promesse d'entendre un mot gentil.
Il dit ne pas savoir pourquoi il peint, mais être très heureux de le faire. Il est tout le contraire de l'artiste maudit qui créé dans la souffrance. Il exprime le plaisir qu'il y trouve et assure que la peinture lui fait beaucoup de bien. Il irait jusqu'à la comparer à une thérapie, reconnaissant à demi-mots qu'il y aurait quelque chose dont il lui faudrait guérir, d'où sans doute son attirance pour ce qui est marginal, les trisomiques, les prostituées, les aveugles, les transsexuels ...
Il a très peu travaillé d'après modèles, estimant qu'il n'était pas humain de leur imposer des séances d'immobilité. La photographie a été libératrice pour eux comme pour lui. Une forme de délicatesse surgit des oeuvres, éloignant son travail de peintres qui, soit l'ont inspiré (ce serait à un tableau de Francis Bacon découvert dans la vitrine d'une librairie- même pas dans un musée- qu'il devrait sa vocation), soit sont cités comme appartenant à un même univers. Il est vrai que la crudité de ce qu'il nous donne à percevoir fait penser à Lucian Freud. 
Avec la nouvelle série autour des enfants il se dégage une spontanéité et une puissance d'évocation onirique dont on ne sait pas si c'est la cause ou la conséquence de sa méthode de travail.  Il mélange la peinture sur la toile, sans passer par l'intermédiaire de la palette, employant le pinceau comme d'autres utiliseraient un couteau.
Il peut combiner dessin et peinture, démontrant en quelque sorte que le réalisme n'est pas un ennemi du rêve. Les peintures montrent les chairs quand les sculptures révèlent les charpentes. Quand il est sculpteur il se focalise sur le thème de la vanité, mais là encore avec un onirisme certain. Ses crânes donnent naissance à des envols de papillons.

Le loup était autrefois l'animal effrayant cristallisant les risques dont il fallait tenir les enfants à l'écart. S'il était encore parmi nous Charles Perrault pourrait réviser son best seller en l'intitulant le Grand Tyrannosaure Rex. L'animal est à la mode et fait l'objet d'une grande exposition au Jardin des Plantes. Je ne sais pas si celui qui montre les dents dans la première salle du Storage est ici pour effrayer ou pour avertir que même les plus grands ne subsisteront pas éternellement, ... dans une nouvelle démonstration de l'éphémère et de la vanité.

Proportionnellement l'animal est minuscule, comme si, pour une fois, la fiction pasquaienne avait été rattrapé par la vérité. Tout le reste est de l'ordre du gros plan, et c'est avec une loupe que le visiteur est invité à regarder les visages et les corps, sans provoquer l'envie de s'éloigner. Bien au contraire.

Il utilise des tonnes (en tout cas des quantités phénoménales) de peinture rouge, noire et blanche. Curieusement la couleur apparait davantage dans les sujets les plus durs, comme la série des Traumas que l'on peut voir ou revoir dans une salle dédiée.

J'y ai retrouvé l'ambiance d'une matinée en salle d'hop, précisément en chirurgie orthopédique, où ma curiosité m'avait entrainée quelques heures. Une lumière turquoise sur des carreaux blancs, des outils de boucher qui s'entrechoquaient dans des bacs inoxydables, une odeur de chair brulée et de ciment frais.

Ce n'est pas la peinture de Philippe Pasqua qui est féroce, mais la vie plus simplement. Les parisiens ne seront pas les seuls à le découvrir. Philippe Pasqua est invité à la foire d’art de Toronto du 26 au 29 octobre, qui drainerait quelque 20.000 collectionneurs.

La Fondation Fernet-Branca l'expose à Saint Louis jusqu'au 9 décembre. Il faut signaler que c'est d’ailleurs la première exposition personnelle en institution publique de l’artiste en France. 

Tel-Aviv recevra l’artiste dans la galerie Zemack à partir du 15 novembre. En 2013, des oeuvres seront présentées en Asie, à Hong Kong pour la foire ART HK du 23 au 26 mai aux côtés de Jeff Koons, Damien Hirs et Takashi Murakami. Egalement à Taiwan pour l’Art Revolution Taipei.






The Storage
38, avenue du fond de Vaux - 95310 Saint-Ouen l'Aumône

Ouverture du lieu sur rendez-vous - tél. 01 39 09 99 23

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