mercredi 3 octobre 2012

Une mouette d'Isabelle Lafon, au Théâtre Paris-Villette

Le contexte des représentations est très particulier. On se réjouit d'abord de lire un éditorial positif intitulé "Une fraternité possible" dans la petite brochure de saison du Théâtre à la Villette, cosignée par Jacques Martial, Président de l'Etablissement Public du Parc et de la grande Halle de la Villette, et Patrick Gufflet, Directeur du Théâtre Paris-Villette. On remarque sur les murs l'appel à signer une pétition contre la disparition du Théâtre Paris-Villette. On lit un tract annonçant que la Ville de Paris, unique financeur, refuse de s'engager pour l'année 2013.

Patrick Gufflet prend la parole avant l'entrée en salle du public, mais sans micro sa voix ne porte pas jusqu'au bout de la queue et ce ne sont que des bribes qui me parviennent : du jamais vu, une subvention votée, pas versée, 23 ans que ce théâtre existe, personne ne sera payé ce soir mais les comédiens jouent quand même, rassemblement samedi 14 heures 30.
Dans le public, les avis sont contradictoires : nous sommes en 2012, pas encore en 2013 ... 865 000 euros de budget c'est quand même pas mal, ... c'est la rallonge demandée pour boucler qui a été refusée, c'est écrit dans Métro et dans 20 minutes, ... elle part d'où la manif, pour aller où ? ... sur la page distribuée à l'entrée de la salle c'est écrit "avec le soutien de la Ville de Paris, de la DRAC ile-de-France et Arcadi", c'est pas vrai ? 
Je regarde les têtes des animaux qui décorent le hall et je me dis que la Ville et l'équipe n'ont pas fini de se disputer. J'aurais aimé poser quelques questions au directeur, non pas que j'ambitionne d'y voir clair, mais pour comprendre un peu mieux les choses, soutenir si possible. Mais ce soir est un soir particulier. Chacun ne discutera qu'avec celui qu'il connait, comme si l'urgence était d'abord de conforter les positions.

C'est un exercice d'écoute que propose Isabelle Lafon. Une mouette, ce n'est pas la mouette. On pense à Tchekhov, bien sûr, et c'est cette pièce qui a inspiré la comédienne qui est aussi metteur en scène du projet. Son amour pour l'auteur russe est connu. Cela fait des années qu'elle sait qu'elle s'y attellera. Elle en parlait avec Nora Krief déjà à Antony, quand elle était venue y jouer Journal d'une autre. Elle partageait la scène avec Johanna Korthals Altes. Rien d'étonnant à ce qu'on les retrouve toutes les trois comme "principales" interprètes. C'est d'ailleurs une reprise puisque la création a eu lieu ici-même en mai 2012.


Isabelle n'a pas monté la célèbre pièce. Elle la "montre". Elle le fait sans fioritures, comme à son habitude, sans costumes ni décors. Si elle avait retenu une table pour Journal d'une autre, et une chaise récupérée aux encombrants pour Igishanga, cette fois le plateau est nu, totalement. Sans aucun accessoires. de ce point de vue on ne dira pas que le dispositif est couteux.

Les premiers mots abordent le sujet. Macha nous le dit : ce n'est pas une question d'argent, un pauvre peut être heureux. La répartie tombe avec humour : en théorie oui, mais dans la pratique ....

Les ombres caressent les corps. Le spectacle va commencer, entend-on. Mais c'est déjà en route.

Cet alignement de cinq comédiennes, dans un ordre qui ne variera pas, assure une présence très forte. Elles ne reculeront pas, comme pour signifier que l'avenir pousse le présent. Le texte interroge le théâtre. Comme il est regrettable qu'une rencontre, avec des échanges entre les spectateurs et les comédiennes ne soit pas systématiquement prévue après le spectacle (je me souviens d'un très beau moment avec Isabelle après Igishanga). Il y a tant de sujets à débattre.

Je pense que le théâtre contemporain n'est que routine et préjugés. il faut d'autres formes. Il faut représenter la vie telle qu'elle apparait dans les rêves. Cette mouette est un symbole. Si on me dit que c'est une plaisanterie je peux écouter, pourquoi pas, mais ... n'est-ce-pas que cette pièce est étrange ? Tout va s'arranger. Notre théâtre existe encore. il est toujours là.

Tout ce qui précède je l'ai écrit parce que je l'ai noté pendant la représentation que j'ai suivie sans doute avec une oreille particulière, étant donné le contexte de la soirée. J'aimerais connaitre le point de vue d'un autre public, comme celui de Chatenay-Malabry qui viendra voir Une Mouette à la Piscine le 9 octobre prochain en ignorant tout cela. Il y a un point qui n'est pas anecdotique et qu'il faut souligner. cette Mouette est certes une réflexion sur le théâtre, et sur la vie. Elle est  faite avec intelligence et humour. Parce qu'on a rit aussi beaucoup, ce soir.
J'ai pensé aussi au Théâtre du Peuple de Bussang où il faut, au moins une fois dans sa vie, aller pour vivre un rapport particulier au théâtre et à l'environnement. Ceux qui l'ont fait ressentent une émotion particulière quand le fond de scène s'ouvre, à la toute fin du spectacle, laissant apparaitre la ligne bleue des Vosges, réinstallant en quelque sorte la réalité dans la fiction. Ici, elle ne quitte jamais les lieux puisque la nudité du plateau laisse à découvert les piliers portant l'édifice, comme si on était en plein air, dans une agora.

Une Mouette, d'après La Mouette de Anton Tchekhov, mise en scène Isabelle Lafon, avec (de gauche à droite) Norah Krief, Gilberte de Poncheville, Isabelle Lafon, Johanna Korthals Altes et Judith Périllat, lumières Marion Hewlett, Patrice Lechevallier, collaboration artistique Sylvain Gagnier, régie générale Karine Hébrard.

Jusqu'au 15 octobre au Théâtre Paris-Villette (à gauche de la Grande Halle de la Villette), avec un bref envol sur la Piscine de Chatenay le mardi 9 octobre

Théâtre Paris-Villette, Parc de la Villette, 
211, avenue Jean Jaurès 75019 Paris 
téléphone 01 40 03 72 23 - fax 01 40 03 72 55 
resa@theatre-paris-villette.com 

Rencontre avec Isabelle Lafon en mai 2011 ici

Théâtre du Peuple 40 Rue du Théatre du Peuple  88540 Bussang
03 29 61 50 48


Sites de La Piscine de Chatenay et de Paris-Villette

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