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mardi 12 mai 2026

Yann Kebbi, lauréat de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts, expose Galerie Vivienne

La Galerie de l’Académie des beaux-arts, au sein de la Galerie Vivienne, présente dans sa nouvelle exposition les travaux de Yann Kebbi, premier lauréat (2025) de la première édition du Prix Françoise Cauvin-Monet – Académie des beaux-arts.

Une rencontre a eu lieu en présence de l’artiste et fut l’occasion de découvrir un ensemble d’œuvres révélant la diversité de sa pratique, où dialoguent dessin, peinture, eau-forte, collage, stylo et gravure. L'homme aime combiner les techniques pour mieux exprimer ce qu'il ressent et il apprécie particulièrement le livre, en tant que media, comme il l'a démontré avec l'opus consacré à Las Vegas qu'il a illustré pour la collection Travel Book de Louis Vuitton et dont un extrait est repris sur le mur du fond (Luxor Casino Hotel, Lobby, crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm, 2022)
On pourra admirer l'oeuvre dans son entièreté sur le mur adjacent, avec quelques autres de la même série :

Treasure Island Casino Hotel, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm
The Fremont Street expérience, 2022,
crayon et stylo à bille de couleur sur papier, 70 x 24 cm

Le livre rassemble une série de dessins élaborés à partir de carnets réalisés sur le motif, puis recomposée en atelier selon une logique panoramique, car la richesse des sujets observables à Las Vegas est considérable, afin de restituer une vision dense et stratifiée de la ville. Le trait, à la fois incisif et instable, s'accompagne d'interventions colorées qui restituent la saturation lumineuse et l'intensité thermique propres à cet environnement artificiel.
Il aime se réapproprier le réel, les SDF, les mascottes, les joueurs qui fument, sur un ton parfois ironique, en incluant des scènes totalement inventées.

Entre narration fragmentée et observation architecturale, les compositions articulent flux humains, motifs décoratifs et structures urbaines dans un même espace continu. Les figures, souvent prises dans des trajectoires disjointes, semblent évoluer dans des temporalités parallèles, comme isolées dans leur propre perception du réel. En multipliant les points de vue, l'artiste construit une cartographie sensible où le spectaculaire côtoie l'absurde, et où l'expérience de la ville devient une accumulation d'instants simultanés, instables et vibrants comme ci-dessus dans le lobby d'un hôtel ou sur la longueur d'une rue commerçante.

On peut dire que la rupture de ton est frappante après L'Art vu par la BD, du 17 décembre au 28 février 2026, et la précédente exposition des lauréats et finalistes du Prix de dessin Pierre David-Weill – Académie des beaux-arts 2026 qui n'autorisait qu'une seule technique et une seule couleur.

La vision que Yann Kebbi a du dessin est plus large, plus expérimentale. La galerie présente un échantillonnage de son travail principal sur le dessin englobant aussi l'estampe, le monotype, le pastel à l'huile, la photographie … à travers un travail plutôt figuratif sur papier en deux dimensions.

Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Mémoires vives

Depuis 2020, Yann Kebbi collabore avec la Fondation Cartier, réinterprétant librement leurs espaces d’expositions dans de grands dessins. Cette série fait l’objet d’un livre publié en octobre 2025 "Fondation Cartier pour l’art contemporain by Yann Kebbi". En 2022, il participe à la Triennale de Milan avec la Fondation Cartier, dans le cadre de l’exposition Mondo Reale. 

L'artiste aime combiner les techniques, comme plus haut avec tirage baryté, micro narrations, collages pour satisfaire l'enjeu de prendre des contrepieds. Il n'a pas oublié qu'il a commencé par la confection de livres jeunesse avant de s'affirmer à destination d'un public d'adultes. L'oeuvre qui l'intéresse le plus est sans doute ces Mémoires vives composée de beaucoup de collages, de jeux de lumière, de recherche de tensions dans la composition. On peut y trouver dedans ma famille, la mort, j'ai un rapport non inquiet à cela confie l'artiste avec sérénité. J'essaie de garder le ludique le direct, l'enfant qui est en moi.

L’imaginaire du train est peut-être l’un des plus universels qui soit. Son nouveau livre intitulé "J’aime bien le train on a le temps de regarder" aux éditions 2042, est un recueil de dessins et de peintures aussi contemplatif que poétique, et même sociologique. Il rassemble une série contemplative de dessins à la plume et de monotypes, qui feront l’objet d’une exposition du même nom regroupant une cinquantaine de dessins au musée des Beaux-Arts de Caen en 2026 du 7 novembre 2026 au 14 mars 2027.
J’aime bien le train on a le temps de regarder (ciel 2), monotype, 60 x 109 cm, 2024
 Sans titre (eyes), pointe sèche sur cuivre, 60 x 100 cm, 2025

Il s'ouvre par des grands monotypes de couleurs, représentant des ciels (ciel 2 a servi de support à l'affiche de l'exposition), qu'ils soient bleus, ou nuit noire. Ils introduisent une série de dessins à la plume effectués dans des formats très grands sur du papier japonais, en noir et blanc, qui représentent des images mentales du train, et une galerie de personnages parfois ultraréalistes, parfois spectraux, ou encore des paysages en mouvement qui saisissent par leur poésie ou leur noirceur.

Par un travail lent et accumulatif, chaque image se construit par superpositions de traits, jusqu'à atteindre des densités de noir vibrantes et instables qui donnent au dessin une dimension presque physique. Progressivement, le dessin se détache de toute fonction descriptive pour tendre vers une forme plus libre, où surgissent déformations et intrusions. Le sujet s'efface au profit dune recherche formelle exigeante, où le geste, la contrainte et l'accident participent pleinement de l'image, comme il l'explique :

Le but est de pousser l'accident, de m'emmener toujours plus loin. L'enjeu narratif dans ce livre est très loin, mais il y a un choix d'arrêter le regard sur des choses banales. C'est pour ça qu'on en revient à la question de forme, ce qui compte, ce ne sont pas les gouttes sur le carreau du train, c'est de montrer quelque chose de banal, avec une certaine sensibilité qui est la mienne, et de la puissance. Je prends chaque dessin comme une finalité, comme une œuvre en soi. Et je voulais qu'il y ait une évidence très simple, que tout le monde puisse se référer à un sujet commun comme des madeleines de Proust.

L'exposition montre donc autant de constructions mentales que de motifs  dont voici quelques exemples :
Sans titre la Table I, 2020
De haut en bas, de droite à gauche, Sans titre (Fenêtre 3 puis 4 puis 2 puis 1)
pastels à l’huile, 25 x 20 cm, 2025

L'artiste a aussi une grande pratique du dessin en extérieur comme en témoignent sur le mur de droite de la deuxième salle une série de pastels réalisés sur le motif dans le Jura ou en Bretagne. Beaucoup de ces pastels sont des entrainements techniques dont souvent on retrouve des morceaux collés dans les oeuvres inspirées de la fondation Cartier.
Sans titre (Arbres, Jura), pastel à l'huile, 2026
Sans titre (Reflet Cap Fréhel), et Sans titre (Sunrise), pastels à l'huile, 2025

Revenons à la genèse du prix dont nous découvrons le premier lauréat. Françoise Cauvin-Monet (1926-2017), la petite-fille de l'unique frère de Claude Monet, née le jour du décès du maitre. J'avais approché son talent à l'occasion de l'exposition consacrée il y a trois ans à Léon Monet, le frère du célèbre peintre au musée du Luxembourg. Je me souviens très bien avoir vu dans un décrochement quelque-unes de ses oeuvres, en particulier La patineuse. Je ne suis donc pas le moins surprise par la création d'un prix portant son nom pour encourager les dessinateurs.
Françoise dessinera toute sa vie le monde qui l’entoure sans chercher à exposer son travail. A sa mort à sa mort on découvre un fonds de près de 4 000 œuvres. Son mari, Max Cauvin décide alors de lever le voile sur ce travail artistique et de promouvoir les artistes de talent en associant à la donation du Portrait de Léon Monet de Claude Monet au Musée Marmottan Monet (propriété de l’Académie des beaux-arts), le Prix Françoise Cauvin-Monet - Académie des beaux-arts qui est attribué pour la première fois en 2025. Le prix récompense tous les deux ans un dessinateur et/ou un illustrateur. Il est doté d’un montant de 5 000 euros et d’une exposition à La Galerie de l’Académie des beaux-arts.

Né en 1987 à Paris, Yann Kebbi s'est formé à l'Ecole Estienne puis aux Arts-Décos de Paris. Il y explore de nombreuses techniques avec le dessin comme approche centrale, apprend la gravure, le monotype, pratique la lithographie. Son travail varie les supports entre livres, expositions et estampes. Il est exposé en 2016 à Taïwan puis en 2017 à Hong Kong en partenariat avec la galerie agnès b. et expose régulièrement avec la galerie Martel à Paris et à Bruxelles.

Yann Kebbi - Prix 2025 Françoise Cauvin-Monet - Académie des beaux-arts
Sélection d'œuvres en collaboration avec la Galerie Martel, Entrée libre et gratuite 
A la Galerie de l’Académie des beaux-arts, Galerie Vivienne, 75002 Paris
Du 13 mai au 13 juin 2026
Exposition ouverte du lundi au samedi de 12 heures 30 à 19 heures

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