J'ai sincèrement ragé de ne pas pouvoir la regarder en direct tout autant que devoir attendre pour découvrir La Vénus électrique qui était exceptionnellement projetée ce soir là non seulement au palais des festivals et dans 900 cinémas.
Je m'étais engagée ailleurs et je n'ai pas pour habitude de me dédire … Mais vive le replay et félicitations à Eye Haïdara qui succède brillamment à Laurent Lafitte. Bravo pour sa prestation, sans faute, effectuée dans une robe taille basse, à la fois élégante structurée et simple, embellie de bijoux Messika.
Elle est entrée en scène avec grâce, reprenant les paroles de la chanson de Claude Nougaro sur l'écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma. Elle a poursuivi en nous lançant au vol des réflexions à méditer comme celle -ci : Rire est une forme de courage qu’on sous-estime un peu.
Elle nous a offert beaucoup de très beaux moments en particulier lorsqu'elle a repris les plus célèbres répliques de films cultes qu'elle a restituées avec le ton, l'accent, l'intention idoine … si bien que le public l’a écoutée bouche bée.
J'ignore si elle a pris un tel risque en songeant à la phrase de Jean-Luc Godard, on ne fait pas un film pour être prudent, dont elle nous a rappelé qu'il avait une phrase pour tout.
Elle a, bien plus intelligemment que ne l'ont fait les présentateurs de la soirée des César et des Molières, fait comprendre ce que c'est qu'être roi le temps d’une soirée avant de lire les critiques dont elle déclina les nuances, très bonne, bonne, savante, hermétique, cinglante, magnifiquement accompagnée par le violon de l'Américaine Miri Ben-Ari.
Elle a rendu un hommage pudique à Nathalie Baye et discret, voire subliminal à Claude Lelouch que nous avons vu sourire dans la salle.
Elle a accueilli dignement Park Chan-Wood, le cinéaste qui a fait de la violence un art en lançant un montage d'extraits qui donnait envie de passer la nuit devant une rétrospective.
Une palme d'honneur a été remise, sans attendre les résultats du palmarès, au réalisateur néozélandais Peter Jackson (Le seigneur des anneaux) surpris de cette distinction en minimisant (ou justifiant) son mérite : je ne fais pas des films qui peuvent gagner une palme.
Ce n’est pas le cinéma de mon cœur mais je suis admirative de son talent comme il l’est des Beatles. Et ce fut un plaisir de le voir fredonner Get Back (qu'il connait visiblement par coeur) dans la remarquable reprise de Theodora et Oklou.
Jane Fonda a fait une entrée remarquée dans une somptueuse robe longue Gucci noire à sequins, sublimée par une parure Pomellato. Le cinéma a toujours été un acte de résistance parce que nous racontons des histoires et les histoires représentent ce qui construit une civilisation, a estimé l'Américaine, tandis que la Chinoise Gong Li célébrait un art qui transcende les langues, les cultures et les générations et s'adresse à ce que nous partageons tous, les émotions humaines.
Célébrons l'audace, la liberté et l'acte féroce de la création dit Jane en conclusion et sous les applaudissements.
L'Aquarium, extrait du 7ème mouvement du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns va résonner chaque soir de montée des marches jusqu'au samedi 23 mai.
Pour la "petite" histoire c'est Gilles Jacob qui la choisit en 1983 pour ponctuer certains moments alors qu'il était délégué général du festival. L'ayant découverte dans Les Moissons du ciel (prix de la mise en scène pour Terrence Malick au festival en 1979) il pensait le morceau avait été composé par Ennio Morricone. C'est son fils, plus mélomane que lui, qui lui révéla le nom de l'auteur, lequel n'aimait pas cette suite, composée en 1886. il ne voyait aucun avenir à cette drôlerie que faite pour le Mardi gras et qui ne sera pas publié, loin de se douter qu'un siècle plus tard ce sera devenu la musique emblématique d'un grand festival de cinéma, art dont l'origine remonte à 1895.
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