J'ai eu l'occasion de participer, les 6 et 7 mai derniers, avec trois autres journalistes de l’AJP, à un voyage de presse à La Cordelle qui est implantée au pied de la colline de Vézelay.
C'est Bettina de Cosnac, secrétaire générale de l’AJP, qui avait organisé le planning dont l'objectif était de découvrir l’important travail de rénovation du plus ancien ermitage franciscain de France. S'il existe encore aujourd'hui c'est en partie grâce au soutien bienfaiteur des propriétaires du château de Chastellux, depuis 800 ans, ce qui explique que mon premier article soit dédié à ce monument.
Le trajet depuis Paris-Bercy compte moins de 200 km et dure plus de deux heures, mais il est direct. Sur la fin, le train roule sur des rails sans bénéficier du réseau électrique et les habitants espèrent conserver la ligne encore longtemps. On peut se demander pour combien de temps encore … Nous sommes arrivées en gare de Sermizelles après avoir traversé une campagne superbe, très vallonnée, dominée par les hautes falaises des Rochers du Saussois, bien connues des férus d'escalade car elles surplombent la vallée de la Cure d'une hauteur d’une cinquantaine de mètres.
De là nous avons rallié Chastellux (le village porte le nom de la famille châtelaine ou plutôt la famille a pris le nom du lieu où elle s'est installée comme il était de coutume) qui se trouve à une quinzaine de km d'Avallon, en bordure du Morvan.
Il est probable qu'il n'existe que 4 à 5 familles qui ont pu conserver leur château depuis plus de mille ans comme l'ont fait les Chastellux. L'édifice a toujours été habité comme en témoigneront la série de ronds de serviette posés sur une desserte, si on excepte la période d'exil consécutive à la Révolution avec le pillage en 1793 (meubles brûlés, archives saisies) et sa vente par les Révolutionnaires.
C'est le Comte Philippe de Chastellux qui nous accueillit en haut d'un joli escalier évoquant celui de Fontainebleau.
Le monument impressionne par ses dimensions. Il a été construit à un emplacement stratégique pour protéger la célèbre route romaine, la Via Agrippa, conduisant de Lyon à l'Angleterre, en bordure de la Cure qui était une voie de flottage des bûches assemblées en train de bois, très importante jusqu'à Vermenton et ensuite jusque Bercy.
Le troisième intérêt de sa situation est d'être positionné aux confins de la Bourgogne et du Nivernais, permettant d'accueillir au Moyen-Âge les armées venues défendre cette porte de la Bourgogne, alors duché autonome et souvent opposé à la France représentée par le duc de Nevers.
Nous apprendrons qu'il a connu plusieurs épisodes tragiques dont le dernier est un incendie qui s'est déclaré en mai 1975 dans un conduit de cheminée et qui a mis le feu à la toiture et aux greniers. La tour d’Amboise en porte encore la trace et si les travaux de mise hors d'eau ont été entrepris il reste beaucoup à faire.
L’actuel propriétaire, par ailleurs descendant des protecteurs historiques de La Cordelle, continue les restaurations entamées au château par ses prédécesseurs dans le respect des techniques anciennes et se charge d'en préserver le caractère authentique tout en étant ancré et tourné vers le troisième millénaire.
La visite commence par la salle des gardes, datant de 1240, et qui fait son effet avec son joli plafond entouré d'une longue série de blasons présentant les armoiries de tous les couples ayant été propriétaires du château depuis sa fondation jusqu’à nos jours. (…)
Nous passons ensuite brièvement à l'extérieur. La tour carrée a été construite au XIX° après le séjour familial en Italie. Elle abrite aujourd'hui les archives de la famille, récupérées il y a quelques années. La statue qui se trouve en façade est un Saint Sébastien provenant de La Cordelle … où nous irons ensuite.
Dans un coin de la cour, reposent deux morceaux de pierre de la sépulture de l’aïeule Charlotte de Chastellux. Un panneau attire notre attention dans le mur, installé après le retour d'exil. Nous n'en saurons pas davantage … Le panorama nous distrait vite de nos questions à mesure que le léger voile de brume se dissipe dans le ciel.
Est-ce parce que ces paysages me sont familiers que je les trouve si beaux ? Philippe de Chastellux y voit encore la "menace" française à l'encontre de ses ancêtres bourguignons. La commune était composée de neuf hameaux où logeaient autrefois les familles des soldats. Sa particularité est de n'avoir pas de centre ville, avec une mairie qui s'élève au bout du parc. On pouvait y vivre en autarcie puisqu'il y avait une forge, un colombier … mais personne n'y habite plus de nos jours.
Le château est ouvert au public pendant les trois mois d'été. Ce ne sont pas les recettes des visites qui permettent son entretien (mais le dispositif est précieux car il conditionne désormais une exonération des droits de succession qui lorsque Philippe de Chastellux en hérita furent prohibitifs). C'est le patrimoine forestier de plus de 1000 hectares, implanté dans le massif de la Pierre qui vire, qui en est la principale ressource avec ses chênes, ses pins Douglas, ses charmes (qui donnent un excellent bois pour le feu).
Le Comte reste admiratif de l'action de son grand-père qui a mis au point des lois et une gestion durable de la forêt que le ministère a ensuite copié. Toujours est-il que cela ne suffit pas pour poursuivre les restaurations indispensables. Par chance, et nous comprendrons pourquoi dans la salle des portraits, une forte amitié américaine a permis de récolter des fonds pour rénover la toiture du château. Cette source reste fondamentale et le Comte s'apprête à partir pour les USA prochainement dans le cadre d'une nouvelle levée de fonds à l'occasion des célébrations du 250 ème anniversaire de l'indépendance américaine.
De retour à l'intérieur, nous admirons la bibliothèque, (…) nous poursuivons par la salle des portraits (…) la chambre (…) la salle du billard français (et du clavecin sur lequel Frédéric Chopin joua, mais lorsque l'instrument se trouvait à Paris) en passant sous le portrait d'Émilie du Châtelet, une de ses ancêtres, et que je connais parce que c'est une des femmes dites "remarquables" de Châtenay-Malabry et dont j'ai parlé l'année dernière dans cet article.
Elle a eu une longue liaison avec Voltaire, qui l'a encouragée à poursuivre ses recherches scientifiques. Son œuvre majeure est la traduction en français des Philosophiae naturalis principia mathematica de Newton, dans l'édition de 1726 dite de Pemberton.
On reconnait sur un autre tableau Claire de Durfort, duchesse de Duras, 1777-1828 qui fut amoureuse de Chateaubriand, autre grande figure chatenaisienne. Les sentiments ne furent probablement pas réciproques et elle vécut longtemps dans le château d'Ussé, dont Perrault prit modèle pour sa Belle au bois dormant.
En ressortant dans la cour, Philippe de Chastellux évoque l'anecdote à l'origine de sa vocation pour le cinéma, pendant le tournage de Mon Oncle Benjamin en 1969, le film d'Édouard Molinaro, lorsque Jacques Brel doit embrasser les fesses de son ennemi, le marquis de Cambyse (Bernard Blier). L'action s'est déroulée sous ses yeux, près de la fontaine.
Son père qui travaillait dans les années 1955 à la direction générale de la banque Worms lui a fait faire un stage aux studios de Billancourt. Il a exercé de multiples métiers, bruiteur sur Le Grand Blond avec une chaussure noire, assistant régisseur avec Claude Zidi sur L’Aile ou la cuisse. A Hollywood, où il a travaillé sept ans pour la 20th Century Fox, Mel Brooks lui conseille d'aller voir Star Wars, qui ne l'emballe pas. Il aura été assistant réalisateur sur presque tous les films des Charlots, et pour finir un des monteurs de La soupe au chou dont il est le dernier survivant.
Il quitte le cinéma en 1995, lorsque son oncle, devenu aveugle, fait de lui son héritier et lui demande de faire survivre Chastellux -alors dans un état quasi castastrophique- et de le conserver dans la famille. A charge ensuite de le transmettre à son neveu, ce qui sera prochainement effectif.
Le temps nous a manqué pour arpenter le parc de 20 hectares, dessiné par le Nôtre, le célèbre concepteur des jardins des châteaux de Versailles. Plusieurs parcours y sont jalonnés de questions-réponses sur la nature. Les arbres qui le composent sont pour la plupart centenaires. On pourrait y voir des ginkgos-biloba, des tulipiers de Virginie, une azalée de plus de 300 ans, des pivoines au printemps et des bignones et été.
Château de Chastellux, 89630 Chastellux-sur-Cure (…)
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