lundi 30 avril 2018

Mobile Homes, rencontre avec le réalisateur Vladimir de Fontenay

Vladimir de Fontenay avait écrit un court-métrage alors qu’il était en école de cinéma. Il l’a repris pour en faire un long.

Il est  devenu Mobile Homes qui fut présenté à Cannes l'an dernier à la Quinzaine des réalisateurs puis dans le cadre de Paysages de cinéastes en septembre 2017 et remporta à la fois le Prix du Jury de la Jeunesse et celui du Jury des femmes.

Sa sortie en salle a commencé au début du mois d'avril.

L'idée de départ du film lui était venue alors qu'il conduisait sur les routes de l'État de New York et qu'il était en repérage sur le film d’un ami : J’ai été dépassé par un immense mobile home remorqué par un camion. C’était une vision incroyable. Vu d’en haut, cela avait l’apparence d’une maison, mais en-dessous, rien ne la reliait au sol. Ayant pas mal voyagé de la France à l’Italie, puis aux États-Unis, où j’ai vécu et étudié, cette image a immédiatement résonné en moi : elle symbolisait ma peur d’être déraciné, à la fois libre, mais pris au piège dans le mouvement permanent, sans attaches et fragile.

Il a gardé en mémoire l'appel d'air provoqué par l'engin et en a parlé aussitôt ce soir, avant la projection du film au Rex de Châtenay-Malabry (92) comme d'une image belle, poétique et très contradictoire. Ce n’est pas une maison stable, pérenne où on "fait" famille.

Cette évocation se croise avec celle des équipes de tournage logées en motel pendant un mois avec une autre consommation des hôtels. Et probablement aussi avec des souvenirs d'enfance, quand ses parents l'emmenaient assister à des corridas.

Il a transposé le tout, dans une Amérique marginale, avec des personnages atypiques, fragiles ... à l'instar d'un mobile home. Il a écrit un scénario autour de personnages bataillant avec la nécessité de fuir et malgré tout l'envie de s’enraciner quelque part. Même avec un simple mobile home.

Le court-métrage s'achevait avec le départ d'une mère et de son fils, libérés de l’emprise d'un homme qui avait instauré une relation abusive. La femme était sauvée à son insu par son gamin. Mobile homes est en quelque sorte le développement et la suite de l'aventure.

dimanche 29 avril 2018

Tristesses de Anne-Cécile Vandalem

J'ai vu Tristesses au théâtre Firmin Gémier la Piscine (92)  sans me douter qu'il était programmé quelque temps plus tard sur la scène de l'Odéon.

C'est bien la preuve que les scènes de la banlieue parisienne offrent à leur public des spectacles qui n'ont rien à envier à ce qu'on peut voir dans la capitale.

Le décor est très surprenant, occupant l'entièreté du plateau, lequel est lui-même très vaste. On reconnait des maisons, un petit port de pêche qui doit se trouver quelque part dans un pays scandinave.

Un bourdonnement monte dans le silence. On s'interroge sur ce qui va se produire. La réponse s’affiche sous forme d'un télex sur l’écran qui est tendu en fond de scène, prévenant que l’histoire qui va suivre est entièrement vraie. Elle a commencé les 17 et 18 novembre 2016 sur l’île de Jutland au Danemark. 811 habitants y vivaient de l’élevage en 2005. Deux éleveurs se donnent la mort en 2008 quand ferment les abattoirs.

Mon esprit s’évade aussitôt quelques secondes vers la silhouette de Stéphane Audran drapée sous la grande cape de Karl Lagerfeld traversant la lande avec son panier. J’imagine les rustres qui bientôt seront sur scène. Au fond cette vision n’est pas si fausse.

Tristesses, ce nom s'écrit au pluriel, car il est à la fois celui d’une île scandinave, d’un suspense policier, et d’un symptôme politique. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé n'est donc pas fortuite.

samedi 28 avril 2018

Voyage dans l'univers d’Anne Bugel LMZ chez George Cannon, L’Essence du Thé

Les expositions qui sont programmées par Olivier et Augustin Scala dans leur boutique George Cannon, l’Essence du Thé, sont toujours de qualité.

En ce moment c'est à un voyage dans l'univers d'Anne Bugel qu'ils nous convient à travers des collages qu'elle a réalisés.

Les pays étrangers sont une de ses sources d'inspiration. Nous la voyons ci-contre devant une série évoquant la Chine.

Ce n'est pas apparent sur une photo prise avec un certain recul mais si chaque cadre peut se regarder indépendamment des autres la totalité compose un ensemble cohérent.

La nature est aussi un de ses thèmes de prédilection comme en témoignent ces papillons que j'ai eu beaucoup de mal à photographier en évitant au maximum les reflets, même sous vitre anti-reflet qui donne à la photo un effet mat plutôt peu engageant.

vendredi 27 avril 2018

Lancement du Wine & Spirits Business Lab à Dijon au sein de la SWSB

Créée en 2013, la School of Wine & Spirits Business (SWSB) regroupe les activités de formation et de recherche en management du vin et des spiritueux de Burgundy School of Business (BSB).

Elle a inauguré hier un bâtiment dédié de plus de 1.000 m2 au cœur du campus BSB dijonnais. Ce lieu unique est le premier au monde entièrement consacré à l’enseignement et la recherche en management des vins et spiritueux.

Dans le même temps est lancé le Wine & Spirits Business Lab, qui est le premier laboratoire de recherche entièrement consacré aux études comportementales dans ce secteur.
Nous avons d'abord été accueillis dans le Business Lounge, qui est un espace de réception raffiné ayant aussi une vocation d'animation pédagogique. Il sera très vite un endroit idéal pour mener des études de comportement in situ. C'est la réplique, à échelle réduite, de celui du mythique 5 étoiles Grand Hotel la Cloche, même bar de marbre blanc, même tapis, mêmes sièges, mêmes luminaires, même peinture murale reproduisant Les hasards heureux de l’escarpolette peint par Fragonard.

jeudi 26 avril 2018

La moutarde de Dijon ... chez Fallot

Etant née en Bourgogne, je suis une grande amatrice de moutarde, friande de toutes. Aller à Dijon et faire l'impasse sur cette spécialité était impensable. C'est tout de même le troisième condiment le plus consommé au monde après le sel et le poivre.

J'aurais aimé pouvoir visiter la Moutarderie Fallotdans ses bâtiments d’origine, à quelques pas des Hospices de Beaune.

J'ai dû me satisfaire, pour des raisons pratiques, de leur Boutique-Atelier dijonnaise de la rue de la Chouette qui est un lieu très bien conçu surtout en terme de dégustation, ce qui est un des aspects essentiels en gastronomie. Parce qu'on n'utilise que ce qui a d'abord réjoui nos papilles.

Fallot est la dernière moutarderie familiale artisanale et indépendante de la région alors qu'au XIX° elle faisait partie de la douzaine de moutardiers que comptait Beaune. Elle est labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Elle est dirigée depuis 1994 par Marc Désarménien, qui est le petit fils d'Edmond Fallot et qui avait rejoint son père dans l’entreprise en 1987.

On lui doit d'avoir contribué très significativement à la relance de la culture de la plante dont les graines servent à fabriquer le condiment. Elle avait disparu dans les années 50 au profit du colza. Depuis 98 des agriculteurs ont recommencé à semer les graines sur une surface qu'on estime aujourd'hui à 6000 hectares et qui devrait continuer à progresser.

De toute évidence cela ne suffit pas à fournir le matériau nécessaire aux moutarderies bourguignonnes qui toutes s'approvisionnent aussi au Canada, dont la Saskatchewan est la région la plus grosse productrice au monde.

Comme souvent dans le domaine des appellations, la confusion est largement entretenue autour de l'expression "moutarde de Dijon" qui se trouve être simplement une "recette de process". Cela signifie qu'elle peut être produite n'importe où en France, et dans le monde pourvu qu'on respecte la recette.

Par contre la "moutarde de Bourgogne" bénéficie depuis 2009 d'une IGP (Indication géographique Protégée). Elle est obligatoirement fabriquée sur le territoire bourguignon avec des graines produites en Bourgogne et du vin Blanc Aligoté de Bourgogne sous Appellation d’Origine Contrôlée.

mercredi 25 avril 2018

Derniers jours à Alep de Guillaume Ramezi, chez French Pulp

Comment parler de Derniers jours à Alep sans trop en dire ? L'intrigue est tellement bien conçue que j'ai peur de laisser échapper dans cet article un indice essentiel qui ruinerait le suspense. Je ne raconterai donc rien d'autre que ce que vous pourriez lire sur la quatrième de couverture.

Mathias est un jeune cancérologue émérite qui a choisi cette spécialité à la suite de la maladie de son père, disparu lorsqu’il était enfant. Imaginez le choc que représente, 25 ans plus tard, la publication d'un visage qui pourrait être le sien sur une chaîne info. D’autant que l’homme est recherché pour terrorisme… Mathias se lance alors dans une traque hasardeuse pour tenter de retrouver son géniteur. Sans se douter des dangers qui l’attendent et qui pourraient mettre ses proches en péril.

L'action se déroule dans le domaine du terrorisme (et de l'anti-terrorisme), qui sont des secteurs en constant remaniement. La moindre approximation aurait des conséquences en terme de crédibilité. L'écriture s'appuie sur un travail de recherche et de documentation que j'imagine très précis.

Guillaume Ramezi place le lecteur au centre de l'action ... qui souvent est palpitante à souhait. Je pense qu'une des difficultés majeures que l'auteur a dû résoudre a été de ne jamais trop en dire tout en autorisant le lecteur à échafauder des hypothèses.

Les personnages sont de forts caractères et il est difficile de se prononcer d'emblée sur les bons et les méchants, à moins d'avoir une compétence en profilage, ce qui est peu courant. Débusquer la part d'ombre tapie en creux de chaque belle âme est un exercice peu commun. Un lecteur averti (il se trouve que j'ai travaillé quelques années dans un secteur proche) parviendra néanmoins comme moi à deviner 80% du scénario dès le début. Mais ce qui est très fort, c'est que si mes intuitions furent justes, elles n'ont absolument pas entaché mon plaisir de lecture. Et les 20% auxquels je ne m'attendais pas me firent l'effet d'une déflagration.

La guerre bactériologique est la grande crainte des puissances occidentales. Certaines scènes peuvent choquer et heurter les consciences. Il n'y a cependant pas de violence gratuite dans ce roman très puissant et que l'on referme à regret.

Après un cursus scientifique et un diplôme d’ingénieur, une entrée dans le monde littéraire n’était pas forcément une évidence pour ce père de deux enfants, cadre dans l'industrie depuis une dizaine d’années. Pour un premier roman c'est un coup de maître. Il ne fait aucun doute que Guillaume Ramezi est ce qu'on appelle un auteur à suivre. D'ailleurs un second roman paraitra prochainement.
Derniers jours à Alep, de Guillaume Ramezi, chez French Pulp, en librairie depuis janvier 2018

mardi 24 avril 2018

Des tapas avec de la Fourme d'Ambert et voyager de par le monde ...

Des tapas avec de la Fourme d'Ambert ... pourquoi pas ? Ce serait en phase avec cette si jolie boite et surtout il me semble qu'on "cantonne" encore trop le fromage à une consommation classique.

Avec pour le moment de l'apéritif soit des petits carrés soit des plateaux achetés "tout fait" alors qu'on peut en deux temps trois mouvements préparer bien plus savoureux.

Le goût et la texture de ce fromage, relativement peu salé, permettent d'oser des combinaisons audacieuses dans l'esprit de la promesse de douceur créative que vous pourrez découvrir sur le site.

Je vous proposerai en premier lieu des tapas de Fourme à la japonaise. Suivront des tapas de Fourme mode tartare puis une version revisitée du croque-monsieur en mode scandinave.

Les tapas de Fourme à la japonaise se composent de crevette-avocat-pistache et canneberge que je vous suggère d'accompagner d'un saké, japonais (pas chinois) pour surprendre les papilles de vos invités, avec modération comme il se doit.

S'ils ne connaissent rien de cette boisson préférez un Myo, dont l'effervescence étonnera malgré un degré d'alcool bien inférieur à un champagne.

S'ils sont déjà amateurs un Nigori, qui est un saké est non filtré, fera grand effet. Outre la couleur blanche, c'est la saveur lactique de cette boisson dont on sait qu'elle est faite avec du riz qui aiguisera leurs sensations. Ce vin est suave, à peine sucré, avec une amertume très discrète qui s'accordera avec ces tapas sucré-salé et la fourme.
Mais je recommanderais un choix plus consensuel avec un Taru Saké (comme le Takara Shuzo) qui aura été stocké dans un baril de cèdre pour sa senteur fraîche, végétale et boisée. C’est un saké qui révèle toutes ses qualités s'il est servi chambré.

lundi 23 avril 2018

Pays provisoire de Fanny Tonnelier

Pays provisoire est un premier roman dont la lecture est facile et agréable.

Fanny Tonnelier a choisi pour son premier roman de nous faire voyager dans le temps et dans l'espace en retraçant le parcours peu banal d'Amélie Servoz, une jeune modiste d’origine savoyarde, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n’a pas froid aux yeux.

En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…

Fanny Tonnelier s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu. J'ignorais qu'au début du XX° siècle de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie. Comme il y a quelques années j'avais découvert l'émigration japonaise aux Etats-Unis (mais cette fois dans le contexte de la seconde guerre mondiale) dans un émouvant et fort réussi roman de Julie Otsuka : Certaines n'avaient jamais vu la mer.

L'auteure a une belle plume, c'est le minimum en l'occurrence pour nous raconter aussi bien les techniques de fabrication en matière de chapeaux et de plumasserie (p. 108). Et j'ai d'autant plus apprécié que je connais cet univers pour avoir fait des reportages dans la région de Caussade qui reste  le premier foyer producteur en France.

dimanche 22 avril 2018

World man bio, le premier spectacle de Jay

Jay a voyagé dans 64 pays dont il est revenu avec moult histoires à partager. Il sera tous les mercredis à 20 heures au Bo Saint Martin jusque fin juin. La salle n’est pas immense ( 60-70 places) mais l’humoriste est heureux d’être accueilli ici alors que les Feux de la rampe fermaient. Ce soir on rajoute des chaises et la joie d’annoncer complet fait plaisir à voir.

Karim Bouziouane l'a aidé à illustrer le propos qui compose son World man bio. L'humoriste a depuis un moment fait l'expérience de l'écriture, notamment pour Fluide G (la version féminine du magazine Fluide Glacial).

Le metteur en scène est davantage habitué aux plateaux de 20 comédiens qu’à un one man show. Il a vu en Jay un voyageur dans l’âme, une spécificité qu’il a voulu révéler au public : tu as dix ans de baroud, fais nous voyager !

Le spectacle se termine sur une évocation du chamanisme dont malheureusement je ne peux rien dire parce que j’ai du partir exceptionnellement avant la fin.

La première partie est la plus légère mais on sent malgré tout que l’artiste pose sur le monde un regard grave, particulièrement sur les modes de consommation. La première musique, hi ha hi ha ho, fait penser à une danse indienne alors que les derniers spectateurs se faufilent sur le côté.

Son entrée en scène est décalée puisque l'artiste fait comme s'il venait nous prévenir que son spectacle allait nous emmener loin du monde moderne et du matérialisme et il nous promet des jolis messages une heure durant : Ouvrez vos cœurs. Et surtout pensez à rire.

Ça marche, le public part au quart de tour. Jay peut filer en coulisses pour revenir en fanfare et sous les applaudissements.

L'environnement est une de ses préoccupations majeures. Il s'inquiète que la banquise fonde. Que l’air pue. Que les animaux meurent. Il se déclare paniqué. On se dit que la soirée va être morose. Mais il annonce son coming out : je suis végétarien !

Il ponctue sa révélation en brandissant la carotte qui pend à son cou en guise de collier. L’humoriste argumente sa position en nous rappelant que l’homme le plus fort du monde ne se nourrit que d’épinards, ... Popeye.

Jay se dit sélectif. Il ne mange pas tous les fruits. Vous savez les fruits de mer ... c'est pas vraiment des fruits (dit-il sur le ton de la confidence-connivence).

Par honnêteté il convient qu’être végétarien n’est pas synonyme de bonté d’âme puisque tous les végétariens ne sont pas fréquentables, à commencer par ... Hitler. Gandhi serait le contre exemple mais il est moins connu.

Le vegan c’est un peu la ceinture noire du végétarisme. Il interroge la salle. Combien de végétariens ? Et de vegans ? Les mains se lèvent timidement. Je vous déclare rôtis et frites !

Jay a un rapport de proximité avec le public. Il ambitionne de distraire mais aussi de convaincre. Alors il explique, en nous faisant rire, mais avec sérieux, pourquoi un vegan ne consomme pas de lait  ... parce que ça implique de tuer le veau. Il ne mange pas d'oeufs parce que pour avoir des œufs il faut exterminer tous les poussins mâles.
Il a raison de nous le reprocher : on ne connait pas si bien que ça le monde animal. Et quand on applaudit, ouf, on apprend que ce qu'on vient de faire est une activité vegane.

L'artiste sème la graine du doute dans nos conscience en nous rassurant : Il faut 21 jours à un humain pour changer une habitude. Ne disons pas "plus tard" parce que ça signifie "jamais". Il est un bon exemple de dynamisme. Le jour où il s'est posé la vraie première question, pourquoi je vis ? il a décidé de faire le tour du monde à bicyclette.

Il est allé jusqu'au bout et même au-delà du bout du monde : dans le royaume shamanique des esprits dont il est revenu avec quelques réponses et autant de nouvelles questions. Son one-man-show  est drôlement initiatique, garanti sans moralisation.
World man bio
Ecrit et interprété par Jay
Mis en scène par Karim Bouziouane
Du 25 avril 2018 au 27 juin 2018
Le mercredi à 20 heures
Théâtre BO Saint-Martin 
19 Boulevard Saint-Martin
75003 Paris

samedi 21 avril 2018

Mon loup,114 rue de la Condamine à Paris

Il y a des plats dont on se souvient très longtemps. S'il ne fallait en retenir qu'un chez Mon loup ce serait ce poireau rôti ... mais commençons par le commencement.

Le restaurant, ouvert il y a quelques semaines dans ce quartier très vivant des Batignolles est le petit frère, en plus grand, de Ma biche, située dans le "cul de Montmartre" au 12 rue Véron. Une légende voudrait que les deux animaux se soient rencontrés à une période de grande disette et aient élevé un certain Médard qui serait à l'origine de la permaculture.

Ce sont deux copains (un mot que j'aime beaucoup car il signifie qui partagent leur pain), Pascal et Serge, qui les ont choisis pour appeler leurs restaurants, avec pour objectif un approvisionnement le plus bio possible et 100% direct producteur qu'ils ont décliné en promesse : un paysan dans ton assiette, te voilà bien dans tes baskets.

C'est écrit en toutes lettres sur la devanture mais le plus important est tout de même justement ce qui arrive sur la table.
David est le nouveau chef depuis trois semaines et il a commencé à modifier la carte. Les Couteaux au beurre de Maracuja sont pour le moment abandonnés. Le soir il prépare des tapas, qui sont servis au bar comme quelques bulots, dégorgés au gros sel avant d'être ébouillantés avec un jus de citron pour leur apporter de la fraicheur. Ils se dégustent avec une mayonnaise maison aillée et relevée de piment d'Espelette. On l'accompagnera d'un Ventoux 2017 Les Cardelines. Mais on pourrait tout autant se désaltérer d'un extraordinaire (et le mot est faible) jus de pomme du Domaine de la Beaudrière qui a un goût de pommes confites, et qu'on espère pouvoir acheter dans l'épicerie adjacente, la Tanière, dès que les travaux consécutifs à un malencontreux dégât des eaux auront été terminés. 


Une formule express permet de déjeuner pour 12,5€ entrée/plat ou plat/dessert. Le soir le choix est plus large et les photos qui vont suivre ont été indifféremment prises à l'un ou l'autre service.

vendredi 20 avril 2018

Dépendances, écrit et mis en scène par Charif Ghattas

Vous n'avez pas besoin de savoir ce qui va suivre pour apprécier ce spectacle, intense, bâti comme un huis-clos familial où l'on pénètre comme sur un ring, mais si cela peut vous décider à franchir la grille du 78 bis boulevard des Batignolles pour aller jusqu'au bout de la cour pavée, cela vaut le coup que je vous dise que Dépendances est le résultat d'un partenariat (et on espère qu'il sera suivi d'autres) entre le Studio Hébertot et le grand Théâtre Hébertot qui a façade sur le boulevard, dont le directeur est Francis Lombrail.

Ni que j'ajoute que l'affiche réunit deux comédiens d'envergure : Francis Lombrail, qui vient de recevoir, avec  l’équipe de 12 Hommes en Colère, le Globe de Cristal 2018 de la meilleure pièce de théâtre, et Thibault de Montalembert, connu notamment pour son rôle dans la série Dix pour cent, Globe de Cristal 2018 de la meilleure série télévisée.

N'y allez-y pas pour voir des célébrités mais parce que le texte et l'interprétation vont vous embarquer. Charif Ghattas a imaginé des personnages qui sont en perpétuelle tentative avortée de dire leur amour, et en perpétuel échec et repli dans des zones de contrôle de soi par le rire, le masochisme, la boulimie, l’aquoibonisme comme on peut en connaitre dans sa propre famille, surtout quand il y a un héritage à concrétiser.

Le terme est équivoque parce que la plupart du temps une succession ne se limite pas à décider ce qu'on fera de biens matériels. La situation réactive des blessures d'enfance, des jalousies jusque là contenues et réveille des secrets engloutis.

C'est assez rare pour qu'on le souligne : le metteur en scène est aussi l'auteur. Il est donc très bien placé pour avoir une vision nette de ce qu'il veut faire vivre au spectateur. Il a eu la très bonne idée de dégager l'espace scénique en l'affranchissant des coulisses. Il réussit l'exploit de nous faire croire à un triplex avec pour accessoires une table et quelques chaises ... , et un (vrai) escalier menant aux étages.

La bande son est elle aussi condensée sur l'essentiel : un grondement qui peut être celui d'une déferlante marine. Celle qui ouvre le spectacle et qui, de mon point de vue, est un indice important sur ce qui va suivre. Elle reviendra plus tard, comme un rêve inversé.

L'ombre d'Henri (Thibault de Montalembert) précède l'homme. Les deux frères ne se disent pas bonjour. Leur allure parle pour eux, la posture, les vêtements, surtout les chaussures. On a compris qu'ils n'ont pas le même caractère et que l'affrontement sera inévitable, qu'il sera même salutaire peut-être.

Ce serait des animaux on dirait qu'ils se reniflent. Les regards d'évitement fendent l'atmosphère comme des flèches. Chaque réponse devient une question, prenant aussitôt un autre sens. T'es chiant quand tu t'y mets se plaint le premier ... et le second (Francis Lombrail) s'y met vraiment. La violence n'est pas toujours contenue. Quand elle se matérialise sur le plateau le spectateur croit à une erreur, mais non, ce sera comme ça tous les soirs. Les comédiens sont bons, on n'en doutait pas, mais avec une bonne "direction d'acteurs" ils sont excellents.

C'est le genre de spectacle qu'on ne peut pas raconter davantage, au risque de dévoiler ce qui participe à maintenir le spectateur en haleine. On est entièrement absorbé par ce qui se joue sous nos yeux. C'est ce qu'on aime dans ce théâtre qui a quelque chose de ce que des auteurs comme Nathalie Sarraute ou Samuel Beckett nous ont fait partager.
Dépendances, écrit et mis en scène par Charif Ghattas
Avec Francis Lombrail et ‎Thibault de Montalembert
Pour 10 représentations exceptionnelles
Du 19 au 29 avril 2018
Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Au Studio Hébertot - 78 bis boulevard des Batignolles - 75017 Paris
01.42.93.13.04

jeudi 19 avril 2018

Patrick et ses fantômes au Casino de Paris

Patrick Poivre d’Arvor n'aime pas que la littérature. Il est aussi féru de musique et invite le public à partager ses airs préférés, le temps d'une soirée dans le salon d'une suite d'un grand hôtel canadien

La musique aurait un tel pouvoir que les notes seraient capables de ressusciter un moment leur créateur. C'est le point de départ du scénario imaginé par Jean-Claude Dumesnil, écrit par Normand Chaurette (dont j'avais beaucoup apprécié Les Reines).

Je n'aime pas beaucoup ce terme de fantômes parce qu'il n'a pas une connotation très positive. Il me semble que le terme d'invité ou d'ami auraient mieux convenu. Quoiqu'il en soit le résultat est sympathique et pédagogique.

L'orchestre de 24 musiciens est excellent, ce qui n'est pas la moindre des qualités du spectacle. C'est même essentiel. Et les cinq comédiens, Patrick inclus, sont dans le ton qui convient même s'il est tout à fait regrettable qu'on ait sonorisé leur voix, nuisant au naturel qui aurait prévalu dans l'intimité d'un salon. Le réglage des micros est une opération délicate et trop souvent la conversation semblait sortir d'un tunnel. Par contre la musique a été admirablement jouée toute la soirée.
Le spectateur remarque sans surprise plusieurs piles de livres sur la scène et en découvre davantage une fois le rideau rouge levé. Patrick Poivre d’Arvor est installé dans un fauteuil, écoutant de la musique quand un oiseau géant lui apparait brusquement.

Il s'agit de Papageno l'oiseleur de "La flûte enchantée" de Mozart qui, ... le scénario est cousu de fil blanc, offrira une flute à l'écrivain qui saura par magie l'employer pour faire revenir du passé ses compositeurs préférés en jouant les premières notes de la "Symphonie Pastorale" de Beethoven.

Le premier sera Bach, surpris d'être d'être encore tant connu et apprécié si longtemps après sa mort. La musique de cet homme au nom prédestiné (signifiant petit ruisseau) coule comme une source intarissable, jaillissant impétueusement sur la roche.

Mozart ne tardera pas à le rejoindre et, ce qui est bien conçu dans cette approche, c'est la manière dont les dialogues se nouent entre tous les protagonistes. Nous aurions pu les voir surgir successivement et indépendamment. L'auteur a choisi de les faire dialoguer, qui plus est avec humour.

Dans la seconde partie ce seront majoritairement Beethoven puis Satie qui seront à l'honneur. Normand Chaurette reprend des anecdotes connues comme celle de l'araignée qui aurait été la meilleure amie du compositeur allemand. Il fait allusion à la jalousie qui l'opposait à Rossini (qui cependant est absent physiquement de la soirée).

Les échanges sont brefs mais précis, pédagogiques sans être donneurs de leçon. Quelques rares morceaux sont resitués dans leur contexte, comme la "Symphonie héroïque" inspirée de la vie de Bonaparte (avant qu'il ne devienne le tyran que l'on connait) et composée à la demande de Bernadote.

Le public apprécie en toute logique et chante de bon coeur la la la à la demande de Patrick.

On peut néanmoins regretter que la musique du XX° siècle ait si peu été représentée ce soir. Nous avons à peine entendu Bartok, Boulez ou Messian, préférant sans doute un choix plus consensuel avec Satie qui préconisait d'entendre la musique avec son coeur. Il est néanmoins juste de nous rappeler que la misère lui inspira une "Messe des pauvres".

Au cours de la soirée nos oreilles auront été enchantées par des airs plutôt connus, si bien que les titres des morceaux n'étaient pas systématiquement annoncés (et leur liste ne figure malheureusement pas dans le programme). Outre ceux précédemment évoqués il y eut des morceaux plus ou moins célèbres : Jésus que ma joie demeure, l'air de la reine de la Nuit, Don Giovanni, la Traviata de Verdi, une valse extraite de La Chauve Souris de Johann Strauss, une sonate pour piano de Beethoven, quelques mesures de l'inévitable 5ème Symphonie, une Gymnopédie, La Sonatine bureaucratique pour piano d'Erik Satie, qui parodie la Sonatine op. 36 n° 1 de Muzio Clementi, et bien d'autres encore ...

Il ne fait pas de doute que les musiciens sont éternels. Et qu'un tel spectacle peut se partager en famille tant il est accessible à tous les âges. On se surprend même en partant à rêver à une suite ...
Patrick et ses fantômes
Spectacle écrit par Normand Chaurette
Sur une idée originale de Jean-Claude Dumesnil
Mis en scène par Normand Chouinard
Direction musicale de Jean-Pascal Hamelin
Avec Patrick Poivre d’Arvor, Vincent Bilodeau (Bach), André Robitaille (Mozart / Papageno), Sylvain Massé (Beethoven), Gilbert Lachance (Erik Satie)
Du 17 avril au 13 mai 2018
Du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 15 heures
Au Casino de Paris
16, rue de Clichy
75009 Paris
Tel : 08 92 69 89 26

mercredi 18 avril 2018

L'être ou ne pas l'être par Les Voyageurs Sans Bagage

Un spectacle réussi sans aucun décor, c'est ce que démontre la dynamique troupe des Voyageurs Sans Bagage qui ne s'encombrent quasiment pas davantage d'accessoires. Par contre les costumes d'Anaïs Tossings sont inventifs et comptent pour beaucoup dans la crédibilité des personnages.

Comment ne pas penser à Shakespeare en découvrant le titre, L'être ou ne pas l'être. la référence est intentionnelle. la pièce démarre par une tirade de Richard III, seul en scène, dont on se demande s'il est sérieux ou non. Le comédien (Rachid Hirchi qui est également l’un des fondateurs de la compagnie), estropié, touchant, s'adresse au public, captant le plus de regards possible.

C'est un dictateur avide de pouvoir, prêt à tout pour arriver à ses fins. Soudainement assoiffé d’honorabilité littéraire, le tyran décide d’enfermer son créateur (Shakespeare) jusqu'à ce que celui-ci réécrive son histoire. Heureusement l'écrivain peut compter sur l’aide d’autres personnages dont Lady Anne, cheffe des révolutionnaires ainsi qu’Hamlet et Mercutio pour mettre en place un plan pour le faire libérer. Au même moment, Juliette est recueillie et adoptée par Richard III qui n’est pas indifférent à ses charmes. Le beau Roméo quant à lui, revient d’un long voyage au Japon sensé lui faire oublier son amour perdu, Rosaline.
Les postures déclenchent autant de rires que les formules dont l'humour est un mix de références culturelles, théâtrales ou empruntées à l'univers de la pop, également de détournements, d'anachronismes, jeux de mots et néologismes :
14 heures, ... drôle d'heure pour une rencontre
 ça va chier, je fais du standhuppe
on ne fait pas d'amelette sans casser des oeufs
Harry Plotteur
je jugule, je suis jugulateur précoce
ou t'es papa où t'es ? (on pense à un autre belge, Stromae)

mardi 17 avril 2018

Accords mets-vins Lamothe-Bergeron

Thierry Dufroux, le chef du Bistrot Belhara, avait préparé un déjeuner "sur mesure" autour des vins du Château Lamothe Bergeron, classé Cru Bourgeois en 1932, en compagnie de Laurent Mery qui est le Directeur Général du Domaine.

Le consommateur est de plus en plus sensible à la manière dont s'effectue le travail de la vigne. Sans nécessairement exiger une certification bio, il sera plus enclin à se tourner vers des vignobles qui pratiquent la culture raisonnée et qui communiquent sur leur pratique.

Il n'est pas suffisant de dire que tous les vins sont AOC Haut-médoc. Au château on annonce une taille Guyot double, l'ébourgeonnage, un enherbement adapté à chaque parcelle, l'effeuillage, des vendanges en vert. Les vendanges sont mécaniques mais la sélection est  manuelle sur table de tri. On explique que la fermentation s'effectue en cuves inox thermorégulées suivie d'un élevage de 12 à 18 mois en barrique de chêne 100% français, dont un tiers de bois neuf, origine Allier.

Il pourra aussi privilégier des domaines qui ont réfléchi aussi en terme d’œnotourisme. Ainsi un parcours initiatique a été créé à Cussac-Fort-Médoc, à quelques centaines de mètres de l'estuaire de la Gironde, avec des offres de produits réfléchies pour les familles, le jeune public, les amateurs ou les connaisseurs confirmés.
Depuis juillet 2015, le château ouvre ses portes. Il dispose désormais d’un espace de réception, d’une salle de séminaire, de quatre chambres, de bureaux, d’un office, d’une salle de dégustation et d’une boutique. Un parcours de visite basé sur de la scénographie a été créé et récompensé quelques mois plus tard aux Best Of Wine Tourism.  Avant le moment attendu de la dégustation le visiteur fera une escale nature dans un observatoire à terroir, où il se se laissera porter par son imaginaire pour découvrir tout simplement le vignoble de la propriété, son terroir, ses vignes...
A défaut de nous rendre sur place nous avons accompagné une planche de charcuteries avec un fond du délicat mais prometteur 2017 défini par des conditions climatiques particulières. Un hiver et un début de printemps historiquement doux a eu pour conséquence un débourrement très précoce de la vigne. Sa croissance a été très rapide en avril. Le gel de la fin du mois mit un coup de frein à l'évolution. par chance la floraison fut rapide et homogène, avec des averses salutaires en mai. L'été fut chaud et sec, favorisant une véraison rapide puis une bonne évolution de la maturité des grappes jusqu'aux vendanges. Les vins sont équilibrés, colorés et fruités, avec des arômes de fruits rouges très présents et plaisants.

Pour suivre nous avons apprécié combien le Haut Médoc pouvait s'accorder avec une cuisine un peu plus typée Sud-ouest, comme une Crème de maïs, chorizo de chez Maïté, morilles, coriandre fraiche. Avec cette fois le 2015, un millésime élégant et aérien.

lundi 16 avril 2018

La petite sirène de la Compagnie Parciparla

Les enfants aussi méritent d'aller au théâtre. J'avais beaucoup apprécié, déjà au Lucernaire, Le Petit Poilu illustré aux dernières vacances. Profitez de celles-ci pour les emmener voir La Petite Sirène, inspiré du conte de Hans Christian Andersen.

La Compagnie Parciparla n'a pas lésiné sur les costumes ni sur les personnages. Cinq comédiens interprètent une douzaine de rôles avec des tenues très marquées et des voix typées de manière à faciliter le repérage par le jeune public.

Ils interviennent tout de suite en s’adressant aux grands, afin de leur rappeler d'éteindre les portables, et aux petits : si on veux parler on attend la fin du spectacle. Êtes-vous venus avec vos yeux ? Vos oreilles ? Votre cœur ?

J’espère que vous aimez le poisson, ajoute le comédien avec malice.

Il y a 181 ans, un homme, Hans Christian Andersen a écrit Den Lille Havfrue, autrement dit la petite sirène, que la compagnie rebaptise Siriella. Leur texte est une vraie adaptation, jouant allègrement avec les mots tant pour les noms des personnages, la grand-mère devient Grandmarée, que dans les dialogues : c’est du bulot, on l'attend de nageoire ferme, on se réunit pour un concile à bulles ... Ce n'est pas à 5 ans que l'on décryptera cet humour mais les adultes apprécieront.

Les comédiens communiquent une belle joie de vivre. Certaines entrées sont très réussies, notamment lorqu'intervient la méduse. Les pas de danse sont entrainants. Le parti-pris de mise en scène fait quasiment l'impasse sur le décor mais pas sur les accessoires, ce qui installe bien l'univers sous-marin.

Les principaux thèmes du conte sont traités avec modernité, La curiosité de l’ailleurs, l’acceptation de sa différence, la combativité, la quête de l’amour, les concessions que l'on serait prêt à faire pour réaliser son rêve ...

On félicite Freddy Viau d'avoir présenté une héroïne aventurière, combative et entêtée. La troupe parvient à finir sur une note optimiste pour ne pas heurter la sensibilité enfantine : Siriella a l’éternité pour continuer à aimer alors ce n’est pas triste.

A voir en famille, en poursuivant par la lecture du conte original et d'autres grands classiques de l'auteur danois (Le vilain petit canard, Les habits neufs de l'empereur ...).
La petite sirène
Adapté et mis en scène par Freddy Viau
Avec Clémence Viandier ou Éloïse Bloch (Siriella), Emma Darmon ou Laetitia Richard (Ligie, la soeur, la sorcière, la femme du pêcheur), Angélique Fridblatt ou Marie-Béatrice Dardenne (Grandmarée, Aglaopée la soeur, le marin), James Groguelin ou Alexandre Cattez (le prince, un garde), Romain Ogerau ou Régis Chaussard (le roi de la mer, Zigotti, le pêcheur)
Du 17 février au 6 mai 2018
Les mercredi et samedi à 15 heures, Dimanche à 11 heures
Pendant les vacances scolaires, du mardi au samedi à 15 heures, et toujours le dimanche à 11 heures
A partir de 5 ans au Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

dimanche 15 avril 2018

Le Cercle de Whitechapel

Le Cercle de Whitechapel pourrait être une tragédie tant les faits qui ont eu lieu dans le Londres de la fin du XIX° siècle ont été sanglants. Mais c'est une comédie policière que Julien Lefebvre a choisi d'écrire en faisant intervenir quelques personnages emblématiques de la scène littéraire.

Je me suis dit dans les cinq dernières minutes que bon sang, c'était bien sûr, en comprenant qui était le criminel mais ne comptez pas sur moi pour vous le révéler.

Il vous semblera peut-être absurde que je parle du spectacle ici puisque la série des représentations parisiennes s'achève aujourd'hui mais Paris n'est pas la France. Le spectacle a le potentiel pour faire une belle tournée ou être repris la saison prochaine. Scrutez les programmes : le Cercle n'est pas mort !

Le décor imaginé par Margaux Van Den Plas et Corentin Richard reconstitue un atelier d'artiste londonien, propice à une certaine angoisse avec ses caisses renversées et des vitres opaques laissant entrevoir quelques ombres, devant un austère mur de briques. Les costumes créés par Axel Boursier sont parfait de réalisme.
Il est 23 heures, Arthur Conan Doyle (Ludovic Laroche) est le premier sur les lieux. Ce n'est pas encore le célébrissime auteur de romans policiers. Il exerce encore la médecine mais son esprit affuté est sollicité pour déméler une énigme que va soumettre un certain Sir Herbert Gréville (Pierre-Arnaud Juin) à un aréopage de fortes personnalités. Parmi elles, une femme (ça je peux vous le dire) qui s'avèrera lui être très liée, Mary Lawson (Stéphanie Bassibey) qui ambitionne de devenir la première femme médecin d'Angleterre. Ajoutons Bram Stoker (Jérôme Paquatte), administrateur d’un théâtre prestigieux, qui n'a pas encore écrit Dracula mais qui se passionne déjà pour l’hypnose et l’au-delà. Et Georges-Bernard Shaw (Nicolas Saint-Georges), brillant journaliste, futur Prix Nobel et auteur à succès. Son humour sarcastique apportera du piment à la résolution de l'enquête.

Celle-ci est complexe : sans aveux ni témoins il n'y a pas de crime. Pourtant les morts se multiplient.

La situation est inédite : un tueur d'une nouvelle sorte appelle un nouveau genre d'enquêteur. Et l'auteur justifie ainsi son parti-pris. Il fait vivre au public une sorte de reconstitution pleine de rebondissements, ponctuée de scènes tragiques, comiques, pittoresques ... associant intelligemment tous les ingrédients de la comédie.

On assiste aussi à une passe d'armes très réaliste et impressionnante. C'est le but. Mais comme Rien n'est impressionnant quand on a détruit les illusions ce n'est qu'à la toute fin que nous comprendrons qu'on nous a peut-être menés en bateau. Le voyage fut si beau qu'on approuve et qu'on ressort du théâtre avec le sentiment d'appartenir désormais à ce Cercle qui ne révélera que son plaisir du théâtre.
Le Cercle de Whitechapel de Julien Lefebvre
Mis en scène par Jean-Laurent Silvi
Avec Jérôme Paquatte (Bram Stocker), Nicolas Saint-Georges (George Bernard Shaw), Ludovic Laroche (Arthur Conan Doyle), Pierre-Arnaud Juin (Sir Herbert Greville), Stéphanie Bassibey (Mary Lawson)
Décors de Margaux Van Den Plas et Corentin Richard
Costumes d'Axel Boursier
Musiques d'Hervé Devolder
Du 31 janvier au 15 avril 2018
Du mardi au samedi à 21 heures
le dimanche à 18 heures
Au Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

samedi 14 avril 2018

Une vie choisie de Marc Simoncini

L'autobiographie est un genre littéraire malaisée et qui, c'est une évidence, dépend de l'originalité de la vie qui est racontée. En cela celle de Marc Simoncini est un vrai tourbillon.

La première moitié d'Une vie choisie est un vrai régal de lecture parce qu'il raconte ses péripéties avec beaucoup de verve. On pourrait presque songer qu'il les minimise tant elles sont fortes et susceptibles de sembler "exagérées".

Il le reconnait volontiers : j’ai trop d’idées, je vais trop vite, je ne suis pas concentré, pas efficace et pas organisé.

C'est précisément le propre du créatif que d'avoir une pensée qui fuse dans toutes les directions. Il en est l'incarnation parfaite. Sa trajectoire professionnelle est emblématique de son tempérament, en premier lieu de son énergie et de son courage.

L'homme estime avoir eu de la chance, mais celle-ci n'est pas arrivée par hasard. Le lecteur sera bluffé surtout par la quantité de travail dont il a fait preuve en toutes circonstances. Ce n'est pas quelqu'un qui se repose sur ses lauriers.

vendredi 13 avril 2018

Perrine Perez, Celle qui a dit non

C'est avec une certaine émotion que je suis allée voir Perrine Perez puisque je savais que les Feux de la Rampe allaient fermer dans les tout prochains jours. Les quatre salles de ce théâtre accueillaient des artistes qui auront un peu de mal à faire programmer ailleurs leurs spectacles du jour au lendemain.

Si l'humoriste est un peu celle que nous voyons sur scène elle devrait rapidement rebondir. En prononçant un simple mot, "non", le jour de son mariage, son personnage s'est retrouvé sans mec (une évidence !), sans maison, sans boulot, sans argent mais ... libre !

C'est le parcours tumultueux et drôle d'une jeune femme qui prend enfin sa vie en main qu'elle nous raconte sur scène avec ce qu'il faut d'autodérision pour être d'emblée sympathique.

Ça commence bien ... avec les trompettes de la marche nuptiale de Mendelssohn  qui se reconnait aux premiers accords. Sauf que c'est plutôt la chanson de KT Tunstall (Black Horse And The Cherry Tree) qui mériterait de figurer dans la play-list de la cérémonie. Car dès que la jeune femme est invitée à s'exprimer elle lâchera un tonitruant On s'en fout qui a du plomber l'ambiance le jour J. Et générer un peu de désordre dans l'assemblée.

Elle fait défiler une galerie de personnages très typés, parmi lesquels sa grand-mère emphysémateuse au dernier stade, mais néanmoins adepte des speed-datings, un père baroudeur, une petite soeur, une mère qui a la voix de Fanny Ardant ... le tout sans aucun accessoire, si ce n'est un costume de cafard dont elle se débarrasse si vite qu'on jurerait qu'elle a suivi un stage auprès d'Arturo Brachetti.

C'est l'école du One man show, parrainée par Anne Roumanoff, qu'elle a faite, en parallèle de son travail et elle a commencé prudemment  en multipliant les scènes ouvertes. Lors d’un showcase au Feux de la Rampe, en 2015, elle rencontre Csaba Zombori, avec qui elle écrira le spectacle en s'attachant à raconter une histoire en puisant dans son propre vécu mais aussi dans les idées qu'elle note dans un carnet depuis des années. Elle peut alors lâcher un job où ce qu'elle aimait c'était plus ses collègues que le contenu de sa mission.

La morosité n'est pas de mise avec elle, bien au contraire. Ses mésaventures nous font rire et nous réjouissent. Elle démontre que dire non revient à dire oui ... à tout le reste.

Son rapport au public semble couler de source. Elle parle vite, change de voix avec une apparente facilité mais elle ne perd pas de vue chaque spectateur avec qui elle est capable d'interagir. A la toute fin du spectacle, manifestemetn émue, c'est elle qui nous filme avec son portable pour immortaliser l'instant.

Souhaitons à cette enfant des Feux de la rampe d'être sollicitée très vite par une autre scène. Un talent comme le sien ne doit pas rester caché très longtemps. D'ici là nous la suivrons sur les réseaux sociaux.
Celle qui a dit non
Ecrit par Csaba Zombori et Perrine Perez
Mis en scène par Csaba Zombori
Avec Perrine Perez
Au Théâtre les Feux de la Rampe, 34 rue Richer 75009 Paris
Tous les vendredis à 21h30
(en attente d'un accueil dans une autre salle)

jeudi 12 avril 2018

Une famille très française de Maëlle Guillaud

J'ai ouvert Une famille très française un soir, poussée par la curiosité, puisque j'avais tant aimé le premier roman de Maëlle GuillaudLucie ou la vocation.

Je n'avais que l'intention d'en lire quelques pages, pour me faire une idée, et décider de la place qu'il occuperait dans la PAL (Pile des livres à lire).

J'aurais voulu passer toute la nuit avec Charlotte. Mes yeux ont fini par capituler et j'ai rouvert le roman le matin suivant pour que la jeune fille accompagne mon petit déjeuner. Bravo pour ce second qui est aussi puissant que le premier, différent certes, même si je trouve des points communs.

Vous vous demandez qui est Charlotte ? C'est la jeune fille de la couverture, qui vous scrute avant de décider si elle peut ou non vous faire confiance.

Elle vit en Savoie avec des parents qu'elle adore – quoique le tempérament exubérant de sa mère, d'origine séfarade, la mette bien souvent dans des situations terriblement embarrassantes (sans parler de sa grand-mère!). Elle se surprend parfois à préférer ceux de sa meilleure amie Jane, dont l'éducation, l'élégance et la réussite l'éblouissent.
Invitée chez Jane, le rêve vire rapidement au cauchemar le jour où Bernard, le père de son amie, entraîne Charlotte dans un tragique accident. Terrorisée, elle garde le silence.

mercredi 11 avril 2018

Madame Marguerite interprétée par Stéphanie Bataille

Madame Marguerite est devenue un monument de la création théâtrale contemporaine depuis qu'Annie Girardot l'a immortalisée en 1974, dans une adaptation faite par par Jean-Loup Dabadie, dans une mise en scène de Jorge Lavelli.

Il a fallu du culot à Stéphanie Bataille pour relever le défi de la succession. Elle a eu l'excellente idée pour cela de revenir au texte en proposant quarante après, une nouvelle incarnation, plus proche de l’originale, plus drôle qu’amusante, plus tragique que militante... bref sauvage, telle qu’elle est sortie de ma tête lorsque j’écrivis ce texte en 1970, en a dit l'auteur brésilien.

C'est en connaissant le point de vue de Roberto Athayde que je me suis décidée à aller la voir. C'est un choc dont il ne faut surtout pas se priver.

La comédienne arrive dans la salle avec la démarche classique de l'enseignante qui a ses élèves à l'oeil, à l'affut du moindre chuchotement. La salle est encore totalement éclairée. Le plus infime mouvement parmi le public ne pourrait pas lui échapper. Elle fronce les sourcil à la première alerte, se retourne, fait trois pas en avant, lâche son cabas sur le bureau, se retourne encore et fustige du regard le premier rang d'où s'échappent des rires mal contenus.
Elle aligne les livres dans un ordre maniaque. Je suis votre nouvelle maitresse, articule-t-elle et pour que vous vous rappeliez de son nom madame Marguerite va l'écrire au tableau. Elle parlera souvent ainsi d'elle à la troisième personne. La craie grince, la graphie est mal lisible. Ce ne sera pas notre seul motif de surprise.

mardi 10 avril 2018

Se régaler à l'italienne avec Casa Azzurra

J'avais testé les différentes mozarella de Casa Azzurra il y a pile un an. Fidèle à sa tradition d'innovation la marque italienne présente des nouveautés pour 2018 que j'ai pu cuisiner.

La plus étonnante, de mon point de vue, concerne la pâte à pizza que Casa Azzurra est allée chercher dans le sud de l'Italie, dans la région des Pouilles, et qu'elle a retenue pour son respect des méthodes de production traditionnelles. Préparée avec du levain naturel de la ville d'Ostuni, de l’huile d'olive extra et du sel de mer, la pâte est levée pendant 24 heures, pour un 

Autant je suis plutôt sceptique sur ce type de produit, autant j'ai été séduite par la pâte Casa Azzurra. Pour son goût, sa texture, son fini léger et croustillant, et bien sur l'absence d'arômes artificiels.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)