samedi 14 avril 2018

Une vie choisie de Marc Simoncini

L'autobiographie est un genre littéraire malaisée et qui, c'est une évidence, dépend de l'originalité de la vie qui est racontée. En cela celle de Marc Simoncini est un vrai tourbillon.

La première moitié d'Une vie choisie est un vrai régal de lecture parce qu'il raconte ses péripéties avec beaucoup de verve. On pourrait presque songer qu'il les minimise tant elles sont fortes et susceptibles de sembler "exagérées".

Il le reconnait volontiers : j’ai trop d’idées, je vais trop vite, je ne suis pas concentré, pas efficace et pas organisé.

C'est précisément le propre du créatif que d'avoir une pensée qui fuse dans toutes les directions. Il en est l'incarnation parfaite. Sa trajectoire professionnelle est emblématique de son tempérament, en premier lieu de son énergie et de son courage.

L'homme estime avoir eu de la chance, mais celle-ci n'est pas arrivée par hasard. Le lecteur sera bluffé surtout par la quantité de travail dont il a fait preuve en toutes circonstances. Ce n'est pas quelqu'un qui se repose sur ses lauriers.

Pourtant il en a eu. Beaucoup s'en seraient satisfaits et aurait été tentés de prendre leur retraite bien avant l'âge habituel. Il raconte tout, la sortie un peu rapide du système scolaire, les chantiers de travaux publics où il commence à travailler, la salle de billard où il installe ses premiers bureaux, l’aventure Minitel, de 3615 GAY à Meetic, la création de iFrance, le rachat de son principal concurrent. On peine parfois à le suivre. Il y a matière à transformer ses confidences en un long métrage. On ne peut qu'être admiratif d'un tel parcours.

Avoir eu l'idée de créer un site de rencontres payant alors qu’internet était encore le royaume du gratuit relevait du génie parce qu'il avait analysé la problématique, ce besoin de sécurité que les autres sites n'offraient pas, et surtout cerné le potentiel à développer. L'immense succès de Meetic fut au rendez-vous. On ne soupçonne pas toute la logistique humaine qui est derrière pour déjouer les ruses des fakes (les faux profils) et les percées des prostitué(e)s.

Marc Simoncini semble ne jamais s'arrêter. Il a également créé sa maison de production (Reborn Production) et développé une marque française de vélos très haut de gamme (Heroïn). Loin d'être égoïste, ce chef d'entreprise soutient activement les jeunes, à travers son fonds d'investissements Jaïna et l'École Européenne des Métiers de l'Internet (EEMI) qu'il a ouverte en septembre 2011 avec Jacques-Antoine Granjon (Vente-privee.com) et Xavier Niel (Free). Il a annoncé qu'il fera don de l’intégralité des sommes résultant de l’exploitation de son livre à https://epic.foundation (ni .fr, ni .com).

Si la première partie se lit facilement, les montages financiers qu'il évoque dans la seconde sont, de mon point de vue, moins passionnants. Sa vie quitte le domaine du choix pour entrer dans celui de l'obligation, à toujours plus, toujours mieux ... même si on devine que Marc ne perd pas ses qualités humaines.

A l'instar de Perrine Perez dont je présentais le spectacle hier, le témoignage de Marc Simoncini est une leçon pour les jeunes, prouvant qu'il est possible de se construire en se fiant à ses intuitions (pourvu qu'elles soient les bonnes et qu'on ait tout de même soit le soutien d'une banque, soit celui de sa famille). Tout le monde n'est pas pour autant capable de supporter la frénésie des roadshows pour lever des fonds et d'enchainer des nuits sans dormir pour boucler les négociations.

Il rend aussi régulièrement hommage à sa compagne qui a certainement joué un rôle fondamental auprès de lui. Son récit a valeur d'exemple ... et d'encouragement au travail aussi.

Une vie choisie de Marc Simoncini, chez Grasset, en librairie depuis le 7 mars 2018
Livre chroniqué dans le cadre d'une Masse critique de Babelio que je remercie.

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