lundi 22 mai 2017

Allez vite au Musée Dapper avant sa fermeture définitive


Le musée Dapper est une institution privée, créée en 1986, installée dans le XVI° arrondissement de Paris. On en parlera bientôt au passé car le bâtiment du 35 bis rue Paul Valéry va fermer ses portes le 18 juin. Son fonctionnement coûte trop cher à la Fondation Olfert Dapper et le musée accuse une baisse de la fréquentation.

Avec son extraordinaire collection de masques, de statuettes venues de toute l’Afrique, et son remarquable programme d'activités autour de séances de cinéma et de contes pour les plus jeunes, le musée Dapper était devenu une référence sur l’art africain. Depuis son ouverture, plus de 40 expositions ont été présentées.

Sa directrice, Christiane Falgayrette-Leveau, ancienne journaliste et cofondatrice en décembre 1983 avec son mari, Michel Leveau, de la Fondation Dapper, regarde désormais vers le Sénégal et les Caraïbes et continuera "à soutenir les arts de l’Afrique, d’hier et d’aujourd’hui".

Je ne peux que vous inciter à aller voir la dernière exposition, regroupant des Chefs-d’œuvre d’Afrique, des œuvres majeures, uniques pour certaines, telles des sculptures du Gabon (Fang, Kota, Punu…), du Cameroun (Bangwa), du Bénin (Fon), ou encore du Mali (Dogon, Soninké). En voici quelques pièces. A commencer par cette tête en terre cuite, datant du XVIII°, et provenant  du Ghana.

dimanche 21 mai 2017

Dessert aux perles du Japon et Calvados

Après l'inauguration des nouveaux sites de production de Spirit France, j'ai eu envie, de retour à la maison, de combiner un dessert qui associerait pommes, Calvados et des perles du Japon, parce qu'en ce moment c'est un peu mon produit fétiche.

Peut-être pour me mettre en condition de mon prochain voyage au Mexique où on les utilise pour faire un dessert à la façon du riz au lait.

Et puis comme tous les produits à base de manioc elles peuvent être consommées par les personnes souffrant de maladie coeliaque pour remplacer les farines contenant du gluten. C'est aussi un souvenir d'enfance car ma maman les cuisinait régulièrement.


samedi 20 mai 2017

Monsieur Nounou au Rive Gauche

Monsieur Nounou à été écrit au XIX siècle alors que le téléphone entrait à peine dans les maisons bourgeoises. Le public est donc invité à éteindre ses portables dans un souci de reconstitution historique.

Le ton est donné pour cette pièce dont on apprend qu'elle se déroule en pleine campagne ... à Courbevoie. Nous avons certes un effort d'imagination à faire, lequel va être un peu secoué par les ajouts imaginés par les adaptateurs.

Les références musicales contemporaines s'enchainent. Le téléphone pleure, on pouvait s'y attendre. Et puis ça s'en va et ça revient. Le député se déclare ... en marche. Plus tard on se moque d'un Tu vas descendre de ta barricade mon petit Poutou.

Il sera ensuite question de baraque au bas mot. Et on glissera la formule du jeu télévisé devenue culte : C'est mon dernier mot Jean Pierre.

Que de liberté avec le texte d'origine mais on reste dans l'esprit du vaudeville. Et les spectateurs rient de bon coeur.

vendredi 19 mai 2017

Sandwich façon croque

Depuis 2007, Quiveutdufromage.com, le site de référence du fromage, a su évoluer avec le temps. Aujourd’hui, il s’enrichit d’une nouvelle plateforme plus moderne, plus adaptée et plus dynamique.

Avec plus de 400 fromages référencés, il traite des 3 grands thèmes chers aux consommateurs : l’authenticité et la tradition, les nouveaux usages et les questions santé. Au menu : des secrets dévoilés, plus de 2500 recettes et dossiers, rencontres de passionnés, découvertes de savoir-faire et aussi des informations sur les atouts du fromage, pour l’inviter naturellement dans son assiette.

Pour fêter sa nouvelle plateforme, 6 recettes sont proposées. Le sandwich façon croque est inspirée du Croque de Florent Ladeyn et que j'ai adaptée.

jeudi 18 mai 2017

Inauguration d'un nouveau site pour le groupe Siprit France

Né en 2007, Spirit France produit et commercialise des marques emblématiques de spiritueux français issus de terroirs spécifiques dans deux aires d’appellations d’origine contrôlée (AOC), le calvados et l’Armagnac.

Son histoire est le fruit du regroupement de plusieurs maisons autour de quatre marques leaders dans leurs catégories : les calvados Père Magloire, Boulard et Lecompte, ainsi que l’armagnac Grand Armagnac Janneau, dont la distillerie est restée en Gascogne.

Le 12 avril dernier, le groupe a officiellement inauguré de nouveaux à Reux, près de Pont-l’Evêque, en bordure de l’autoroute A13.

Le site de Coquainvilliers où est distillé le Calvados Boulard demeure intact. J'y ai reconnu le parfum de pommes confites  qui m'avait quasiment envoutée quand j'avais visité l'installation en septembre 2013.

mercredi 17 mai 2017

Rencontre avec un patron slash, Benjamin Zeitoun

Benjamin Zeitoun est opticien depuis 2006 et il est Directeur Général de six magasins en ile de France sous l'enseigne Light Optical. Il dirige aussi Cercle Optical mais ses activités professionnelles ne l'empêchent pas de mener à terme ses multiples passions … et il est plus que probable qu'il est loin d'avoir réalisé tous ses rêves.

S'il y a une date qu'il ne risque pas d'oublier, car l'affiche est collée pour rappel sur la porte de son bureau, c'est celle du 31 mai pour animer le Benjamin Show dont les bénéfices sont reversés à la Fédération des aveugles. A défaut de pouvoir les équiper il a en effet décidé de les aider d'une autre manière.

Benjamin Zeitoun a horreur des étiquettes. Être placé dans une case est une restriction de liberté que le jeune patron ne supporte pas. On peut pourtant lui coller la mentions "slash" parce que sa passion culturelle n'est pas un passe-temps mais une véritable activité professionnelle.

La soirée n'est pas qu'une action caritative. C'est aussi un rendez-vous culturel –et humoristique- qui a du sens et qui a déjà été un franc succès deux années consécutives, toutes à Paris.

Après le théâtre de l’Archipel en mars 2015, et le Trévise en 2016, cette troisième édition se déroulera dans un lieu encore plus grand, l'Alhambra, 21 Rue Yves Toudic, 75010 Paris. Elle obéit à la même philosophie, au même concept, avec un plateau très varié regroupant quelques artistes connus et d'autres plus récemment montés sur les planches. Ayant fait du théâtre dans sa proche jeunesse, il est à l'aise pour monter sur scène, ce qui ne signifie pas qu'il ne soit pas préoccupé par cette préparation. C’est ce jeune patron qui assure la programmation, ce qui représente un travail d'au moins 9 mois par an. Avec des changements de salles et de têtes d’affiche d'une année sur l'autre sans que ce soit un impératif. Après Jarry, David Buniak, Blonds&Blonds&Blonds, les Cubartbrother en 2015 ce furent Gil Alma, Jean-Patrick Delgado, Carolina, Julie Villers, Jean Phi, Space Notes … en 2016. Le programme de 2017 est encore secret mais je peux vous annoncer la présence de l'humoriste Maxime.

Benjamin connait bien le monde du spectacle. Car malgré un agenda professionnel chargé, il sort au moins une fois par semaine. Il a son réseau, connaît managers et attachés de presse. Et il rencontre toujours les artistes avant de décider de les programmer. C'est essentiel d'ailleurs pour présenter sur scène leur personnalité et leur actualité, avec autant de sérieux que de convivialité, même si l’interview ne dure que 2 minutes. L'an dernier il les interrogeait sur un canapé rouge. Cette année ce sera un mobilier gris qui sera installé sur la scène pour ce moment d'entretien.

A peine a-t-il confirmé son talent dans l'organisation de spectacles, que Benjamin Zeitoun, sans abandonner cette activité, se lançait déjà dans une nouvelle aventure, celle du cinéma. Il a participé au tournage de l'Outsider de Christophe Barratier qui est sorti le 22 juin 2016 et où il a joué le rôle d’un trader.

Il a écrit et tourné son premier court-métrage réalisé par Jean-Luc Ayach. On retrouve au casting Julie Villers, JP Delgado, Caroline Chirache, Aliénor Fougerat, Mathieu Sempere … Sortie en décembre 2016 le film est sélectionné au festival du film CinéMaPlaine à Pollestres, en avril 2017. Et un long-métrage est déjà en préparation sur la thématique du rôle des réseaux sociaux dans la quête d'amour de nos contemporains.

Benjamin Zeitoun se défend de succomber à ces sirènes. Il n'est pas accro à l'écran noir. A part LinkedIn, pour des raisons professionnelles, il n'a ouvert aucun compte personnel sur les réseaux sociaux.

L'homme aime relever des défis personnels et cela l'amuse de surprendre ... dans tous les domaines, y compris sportif (il a participé au Trophée du Touquet Raid en avril 2015 en binôme avec Pascal Soetens). Très bientôt c'est en littérature qu'on le retrouvera, avec un roman qui lui a été inspiré par la vie sentimentale de son père, dont il est très proche malgré le divorce de ses parents.

Il est certes très différent de ce papa avec lequel il a très peu vécu. Mais leurs conversations sont fréquentes. Ils se pensent très différents, mais reconnaissent que la génétique suscite des convergences. Ayant la chance de s'exprimer ensemble sans tabous, et avec fluidité, chacun peut au final apprendre des erreurs de l'autre. L'appartement, puisque tel est le titre du livre, sortira dans quelques jours aux éditions Netbook en version papier et numérique. J'aurai l'occasion d'en reparler.
L'actualité de Benjamin Zeitoun est riche. Toujours en mouvement, il supervise ses entreprises en suivant les dernières tendances. Son conseil mode en lunetterie va aux formes rondes, un peu intellos, loin des solaires blanches devenues indissociables de Michel Polnareff dont le portrait est accroché dans son bureau.

Il était en train de boucler ses bagages pour Cannes quand je l'ai rencontré. La projection de son film était annoncée dans une villa privée. On se demande comment il parvient à tout concilier. Il se défend d'écourter ses nuits de 7 heures mais il sait optimiser son temps.

Nous le retrouverons le le mercredi 31 mai 2017 à L’Alhambra. Toujours dans l’objectif de promouvoir la culture pour une belle cause avec l'espoir de récolter une somme encore plus élevée que l'année dernière. Le record à battre est de 7000€. La Fédération des Aveugles de France qui fête son centenaire œuvre pour l’amélioration des conditions de vie des personnes déficientes visuelles. On comprend que l'enjeu tienne à coeur. Car bien qu'elle soit reconnue d’utilité publique, cette association ne perçoit aucune subvention de l’Etat et ne vit que grâce à la générosité de ses donateurs et à la solidarité de ses partenaires. Il faut bien entendu souligner aussi la bonne volonté des artistes qui tous ont accepté de se produire sans contrepartie.

C’est une belle soirée en perspective qui s’annonce sur le thème du rire, de l’émotion et du partage.  Il reste peu de places sur les 600 que compte la salle, mais vous pouvez tenter votre chance auprès de catherine@cercleoptique / contact@alhambra-paris.com au tarif de 30€, et sinon la suivre sur Vivre Fm, 93.9 qui en assurera la retransmission.

mardi 16 mai 2017

Cheesecake express Poire thé-matcha

Chez Andrésy on travaille de mères en filles et ce sont plus de 1650 références qui sont sorties des chaudrons de cette entreprise implantée en Ile-de-France, parce qu'originellement il y avait beaucoup de fruits aux alentours. A l'époque de la création, en 1952, les fruits voyageaient mal. On ne pensait pas à les surgeler. Il fut naturel de les transformer en confitures.

C'est en toute logique qu'elle a obtenu le label EPV - Entreprise du Patrimoine Vivant -, pour la qualité des gestes ancestraux, dans des outils traditionnels comme les bassines de cuivre, et avec un sucre de canne, en maintenant un savoir-faire qui garantit une qualité supérieure. 

Ce sont trois générations qui ont travaillé à construire et développer la confiturerie. Et elles ne cessent pas d'innover. En cherchant aussi à développer une gamme bien-être, dont j'aurai l'occasion de vous reparler.

J'avais gouté au dernier festival Omnivore plusieurs nouveautés de leur marque propre, les Petites parisiennes (commercialisée entre autres chez Système U) qui avaient réjoui mon palais et pour lesquelles j'ai eu très vite des envies d'associations. J'aime beaucoup la Poire thé Matcha au petit-déjeuner mais aujourd'hui je vous propose de faire un cheesecake express avec elle.

Il n'y a rien de plus simple, et on peut les monter en portions individuelles.
On tapisse le fond d'une verrine de deux palets bretons émiettés. Puis on couvre d'une généreuse couche de brocciu, ce fromage corse au goût puissant.
Suit alors une épaisseur de confiture poire thé matcha. On pourrait en choisir une autre mais je trouve que celle ci, parce qu'elle comporte des petits dés de fruits, s'y prête particulièrement. Et puis ce sont des fruits bio. de plus le thé matcha est réputé pour sa théine, sa caféine et sa vertu anti-oxydante.
J'ajoute une trainée de graines de pavot, pour intriguer autant que pour mettre de la fantaisie.

Il n'y a plus qu'à garder au frais jusqu'au repas. Bon appétit !

lundi 15 mai 2017

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin

Cinq années dans les pattes de Depardieu, le titre aurait pu avoir été soufflé ( il l'a peut-être été d'ailleurs) par l'acteur au bédéiste Mathieu Sapin.

La rencontre entre ces deux fortes personnalités a eu lieu en 2012 à l'occasion du tournage en Azerbaïdjan, pour Arte, d'un documentaire sur les traces d'Alexandre Dumas.

Une relation unique se noue entre les deux artistes. Dès lors, Gérard Depardieu va inviter Mathieu Sapin à partager son univers, ses pensées (philosophiques ou triviales), ses coups de gueule, que ce soit lors de tournages, en Bavière, au Portugal ou aux quatre coins de l'Europe, d'un voyage exceptionnel en Russie ou, tout simplement, d'un repas dans la cuisine de son hôtel particulier parisien.

Je n'ai pas appris grand chose sur notre Géné national, parce que je le connais bien mais j'ai lu cet album avec un très grand plaisir. Mathieu Sapin nous le rend aussi vivant et désespéré qu'il peut l'être dans la vraie vie. Et il est touchant de lire (p. 107) qu'il n'a pas le souvenir d'avoir été follement heureux.

Il croque Gérard au téléphone, sollicité sans cesse, capable de mettre à l'arrêt un plateau de tournage pour donner un conseil culinaire. Cela semble excessif et pourtant je confirme. Je me demandais s'il avait changé depuis toutes ces années (cela fait un moment que je n'ai pas eu l'occasion de le revoir). Non, pas vraiment. C'est le même ... en plus fort encore.

Il a ses propres convictions sur à peu près tous les sujets. Sa conception du vol est particulière. Il accepte de perdre deux millions dans la vente de ses avions mais ne supportera pas qu'on le ponctionne de 2 € rien que pour monter des bouteilles d'eau dans sa chambre d'hôtel.

Gérard fait semblant de ne pas mémoriser les prénoms. Mais je pense que c'est une preuve d'amour. Il les déforme mais en donnant un sobriquet qui apporte une information. Mathieu Sapin est devenu Tintin, ce qui est parfaitement adéquat pour un mec qui fait de la bd.

Le moins qu'on puisse dire est qu'il a le sens des formules. A propos du temps qui passe et des aléas de la vie (il a subi 5 pontages, et s'est relevé de 3 accidents graves de moto), il porte un jugement presque serein : la vieillesse c'est quand tu acceptes que ton genou se bloque.

Si tu parles à Dieu tu es croyant et s'il te répond t'es schizophrène. (p. 50) Est-il philosophe ou désespéré quand il ne parvient pas (plus) à se projeter au-delà de 74-75 ans ? Je me souviens l'avoir entendu je suis fatigué de vivre et je comprends.

C'est un homme sans peurs, mais pas sans surprises, que l'on suit d'une page à l'autre. Toujours excessif, surtout dans ses ripailles, logiquement admiratif de Dumas, pour son tempérament d'ogre, sa curiosité d'enfant et une sensualité qui n'est pas de cul serré (p.26).

Connu -et reconnu- dans le moindre village, on le "selfise" partout, et on le touche comme un gros bouddha vivant, ce qui est quasiment un pléonasme.

Gérard s'exprime sans filtre. Ses yeux vous scannent sans concession et le verdict est sans appel. Il aime ... ou il n'aime pas. Il  l'admet facilement : C'est fatigant de vivre à coté d'un homme comme lui, ... mais pas insupportable précise-t-il.

Un fil invisible (mais repérable) guide ses pensées. Il a un don d'observation qu'il entretient à la manière d'un sportif. C'est de notoriété publique, Gérard n'est pas resté longtemps à l'école. Il y aurait probablement été diagnostiqué surdoué. Il en a toutes les caractéristiques. Et c'est ce qui lui permet d'avoir une culture immense. J'ai pas étudié mais j'ai compris les choses en les jouant, dit-il avec humilité. Mais de fait, de rôle en rôle il a engrangé des connaissances très éclectiques.

Je préfère connaître mes défauts que mes qualités. Comme je ne m'aime pas j'en ai rien à foutre de mes qualités.(p. 105) Gérard Depardieu est modeste. Il se cache souvent derrière un des personnages qu'il a interprété pour donner son avis sur un sujet. Ainsi, de Christophe Colomb qu'il a incarné en 1992 sous la direction de Ridley Scott il a retenu que l'argent ne fait pas de toi un homme riche. Il fait de toi un homme préoccupé.

Mathieu Sapin éclaire l'acteur en le montrant dans son quotidien. Cet album est complémentaire au livre de mémoire que Gérard a publié en octobre 2014, Ça s'est fait comme çà et que je recommande tout autant, jusqu'à l'épilogue illustré d'extraits du carnets de croquis préparatoires et qui relate les réactions à chaud de Gérard sur cette aventure.

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin, Dargaud éditeur

dimanche 14 mai 2017

Cuisine de la récup autour de la patate douce et noisette d'agneau Saint-Georges

Cela fait plusieurs années que je m'intéresse à ce que j'appelle la cuisine "de la récup", qui est un concept encore plus engagé que l'Anti gaspi et de l'art d'accommoder les restes comme Sonia Ezgulan y excelle.

Aujourd'hui ce sont des patates douces, plutôt en mauvais point, que je vais sublimer. Après avoir retiré bien entendu les parties abimées.

Ces légumes sont un peu ramollis, même s'ils sont encore nettement plus durs à éplucher que les pommes de terre de nos régions). J'ai aussi un tout petit bulbe de fenouil, et 3 carottes flétries, même si cela ne se voit pas sur la photo.

On épluche, on coupe les carottes dans le sens de la longueur (pour réduire le temps de cuisson) et zou dans une cocotte avec pas trop d'eau (on la conservera), une gousse d'ail, du sel et du poivre (pas trop vous allez bientôt comprendre pourquoi).

samedi 13 mai 2017

99 homes de Ramin Bahrani ... on espère que cette actualité ne sera pas française

99 homes (prononcer ninety homes) ne sort pas pour Cannes mais le sujet est tellement crucial que j'ai voulu le présenter dans ces colonnes. C'est un film américain réalisé par Ramin Bahrani, sorti en 2014, présenté cette année-là en compétition officielle au festival international du film de Venise. Il a obtenu le grand prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville en 2015.

Il a été tourné peu de temps après l'explosion de la crise américaine dite des subprimes dans les années 2008/2010.

Tous les Etats ne furent pas autant touchés mais ce sont des milliers de personnes qui se sont vues dépouillées de leur maison du jour au lendemain faute de pouvoir continuer à rembourser leur emprunt. Particulièrement en Californie, au Nevada et en Floride. C'est dans cet Etat, qui a tout pour faire le bonheur de ses habitants, que le réalisateur a choisi de tourner son film, en s'appuyant sur des faits réels.

On est à une encablure d'Orlando, la ville d'Epcot Center, le fabuleux Disney World que j'ai visité l'année de son ouverture en 1983. Je mesure donc tout à fait le contraste voulu par le réalisateur. L'immense richesse côtoie une misère qui est cependant masquée, au fond de motels qui deviennent des hébergements d'urgence pour les familles dont on a volé l'habitation.

Tout est dit au cours du premier plan, très long de trois minutes. La caméra balaie sur quelques mètres  un homme ensanglanté (suicidé ou assassiné), la complaisance policière, la détermination glaciale de l'homme d'affaire Rick Carver (Michael Shannon) qui a fait fortune dans la saisie de biens immobiliers, le désappointement des voisins ... impuissants à éviter la saisie de la maison et qui a provoqué le drame.

Ça pourrait être la scène de crime d'un thriller. Le plan suivant est serré sur Dennis Nash (Andrew Garfield), père célibataire vivant avec sa mère et son fils, travaillant d'arrache-pied à la construction d'une maison, devant subitement quitter les lieux parce que le futur propriétaire n'a plus (lui aussi) de quoi régler les mensualités. Non seulement Dennis perd son travail mais en plus il ne touchera pas son salaire. Et de fil en aiguille il sera lui aussi victime de la banque qui lui a pourtant suggéré de suspendre ses mensualités.

Nos deux personnages principaux sont présentés. Leur rencontre est violente puisque le premier vient expulser le second ... Avant de lui proposer un job quasi miraculeux qui devrait lui permettre de récupérer sa maison, à condition d'à son tour expulser des familles entières de chez elles.

Outre l'excellent jeu des acteurs, il faut voir ce film pour comprendre comment une société corrompue peut étrangler des citoyens dont le seul tort est d'avoir cru au rêve américain. Soyez raisonnable monsieur, implore le policier chargé de l'exécution du mandat de justice autorisant l'expulsion.

On voudrait hurler à la justice, et aux banques, d'être précisément "raisonnables". Mais tout échappe à la raison, qui n'est que celle du plus fort. On comprend aussi que ce n'est pas que le résultat d'une crise de l'emploi. Les banques, très astucieusement, enjoignent leur client de suspendre les versements pour ensuite avoir un motif de plainte auprès des instances judiciaires, lesquelles appliquent "la loi" en 60 secondes chrono sans qu'un avocat puisse intervenir. La période d'appel ne suspend pas la décision d'expulsion.

Cela semble sans fin et sans solution. Aucun fusible n'est activable. C'est tout juste si la bonté des policiers accorde la faveur de 2 minutes de répit pour "avoir le temps" de prendre ses affaires les plus précieuses (bijoux, papiers d'identité, quelques vêtements) alors que des voleurs regardent la scène comme des rapaces. Les familles expulsées voient leurs biens étalés sur la pelouse et ils ont 24 heures pour tenter de les récupérer s'ils peuvent se payer un garde-meubles.
Dennis est un gros bosseur, pas un tire-au-flanc. Mais il n'est pas épargné et malheureusement l'engrenage dans lequel il se laisse entraîner est un pacte avec le diable.

C'est la loi, c'est pas moi qui l'ai écrite, se défend Carver. Oui c'est bien le drame. Il a la loi pour lui. Et assez vite on comprendra que il a une revanche à prendre parce que ce salaud à été victime lui aussi du système. Cependant et très astucieusement le réalisateur nous le montre aussi comme un trafiquant : il fait démonter des climatisations pour pouvoir ensuite se plaindre de leur absence et négocier des indemnités. Maitre dans l'escroqueries aux assurances, sa soif de réussite est sans limite et les pratiques mafieuses vont crescendo jusqu'à la falsification de preuves.

On retiendra cette démonstration terrible qui n'a jamais été autant d'actualité depuis les dernières élections américaines. L'Amérique ne sauve pas les perdants. Elle s'est bâtie pour les vainqueurs. Tout le monde ne montera pas sur l'Arche démontre Carver en utilisant la référence biblique : pour 1 qui sera sauvé 99 seront noyés.

On peut penser à la violence avec laquelle les premiers habitants ont dépouillé les indiens de leur terre et se dire que l'histoire se répète. L'instinct de propriété anime les familles, même si tout le monde n'a pas la même intensité de sentiments. Dennis est très attaché à la maison de son enfance (on remarquera qu'on distingue en anglais home-le chez soi de house-la maison) alors que pour Carter ce sont juste des toits.

On note aussi l'inflexibilité de sa mère, peut-être parce qu'elle est une femme, incapable de faire aux autres ce qu'elle refuse qu'on lui fasse. La fin est ouverte mais rien ne laisse supposer une happy end possible.

Et surtout on réalise combien nous sommes protégés en France : pas d'expulsion en hiver, délai d'appel, appel suspensif, droit à la Défense, quitte à bénéficier d'un commis d'office etc... Sans parler du soutien de la commission de surendettement qui bien sûr est une vue de l'esprit aux États-Unis. Et on espère que l'exemple américain n'inspirera personne dans notre pays.

vendredi 12 mai 2017

La Reine du tango de Akli Tadjer

J'ai eu l'occasion d'assister à une rencontre entre Akli Tadjer et Serge Joncour, l'auteur du magnifique Repose-toi sur moi, au cours de laquelle ils avaient confronté en quelque sorte leur mode opératoire d'écriture. C'était en janvier, à l'initiative de l'association Lire c’est libre. Il en est ressorti que Akli Tadjer est traversé par des thèmes qui sont fortement ancrés dans son parcours de vie et dans ses origines. 

Et pourtant, comme il le le soulignait, on ne se rend pas bien compte de ce qui conduit réellement à la décision de commencer un nouveau roman. Il y a 35 ans le tango était très ringard, réservé aux sexagénaires, alors que le public avait été convaincu par les chorégraphies de La fièvre du samedi soir.

Tout en étant d'origine algérienne, et alors qu'il avoue ne pas être un pro de la danse, l'écrivain adorait le tango qui est bien davantage qu'une musique, mais un art, un savoir-vivre, toute une culture en réalité, et qui faisait écho à son histoire. Il était très admiratif de l'agilité de Guy Marchand à pratiquer cette danse.

Un jour, il s'arrête sur le grand parvis de la Villette où une femme donnait des cours de tango, à quelque cent-cent cinquante personnes. Intéressé, il se rend à son cours plusieurs fois. Bien qu'il lise  une grande solitude dans son regard, il est loin de penser qu'elle puisse vivre seule. Au contraire, il lui fait la réflexion que son compagnon est bien chanceux. Il apprend alors avec stupéfaction qu'elle n'a personne pour partager sa vie. La situation est paradoxale. Cette confidence agit comme un déclic.

Il se documente, se passionne pour l'élite, de vrais athlètes qui entretiennent leur allure comme des sculptures. Il découvre un univers très romanesque qui charrie la nostalgie, les amours naissantes, les amours mortes, le déracinement, l’exil… parce qu'il y a quelques dizaines d'années quand on quittait l'Argentine, c'était pour toujours et on ne revoyait plus jamais sa famille. Tout cela est proche de lui de  toute évidence et ce sont des choses qui lui sont chères.

Cette rencontre coïncide avec une lassitude. L’Algérie est le théâtre de plusieurs de ses romans et il avait le sentiment de creuser toujours un peu le même sillon. Il avait envie de changer d'univers, et pourquoi pas de se glisser dans la peau d'un personnage féminin comme il l'avait d'ailleurs déjà fait (avec beaucoup d'intelligence) dans Les Thermes du paradis, un livre que j'avais beaucoup aimé.

Interpréter une femme de 30 ans, c'était se trouver en terre inconnue. Akli Tadjer s'estime bien loti, à vivre entouré de femmes, la sienne, ses filles et des amies qui pouvaient lui donner les codes de cet autre continent.

Il a aussi voulu écrire sur le sentiment amoureux et l'origine des difficultés à aimer. Les blessures viennent de l'enfance. Tout part de là. Ecrire nous renvoie à ce moment là. L'écrivain a toujours eu la perception de sa différence mais enfant, il n'en a pas réellement souffert. Certes à l'heure du catéchisme on lui disait sortir et il se retrouvait tout seul dans la cour malgré le froid. Mais il prenait les choses avec humour et philosophie : Je suis né pour être décalé. On peut pas voir le monde avec les mêmes yeux que les autres.

Auparavant, il avait remarqué, amusé comme peuvent l'être les enfants, l'accent de ses premiers voisins de la rue Etienne Marcel, qui étaient des pieds noirs. Ecoute maman, ils ont un accent. On ne sait même pas d'où ils viennent. Mon chéri, répondit sa mère, ils reviennent dans leur pays ... qui était le tien. Il appris ce jour-là que l'étranger c'était lui et qu'il était ce qu'on appelle un français de greffe. Cette anecdote lui inspira le Porteur de cartable, où un petit algérien promet de briefer le pied noir sur les français qu'il connaît par cœur en échange de la réciprocité pour découvrir l'Algérie.

Ce livre était très humoristique. La reine du Tango se déroule sur un registre totalement différent.

Suzanne a grandi seule avec sa mère, La Reine du tango, une danseuse magnifique qui a connu tous les succès, toutes les gloires. Disparue trop jeune, elle a laissé à sa fille sa passion de la danse, des souvenirs éblouissants et une peur immense de l’abandon. De cette enfance, Suzanne n’a gardé que le tango qu’elle enseigne sans oser le danser, et un vieil ami de sa mère, qui s’éteint à l’hôpital. Pour vivre pleinement et enfin danser comme la Reine du tango, Suzanne doit retrouver les clés de cette enfance, comprendre qui était sa mère, apaiser ses peurs et surtout rencontrer un homme capable d’être son partenaire dans la vie et sur scène. Lorsqu’elle croise Yan, un petit voleur, elle est prête à tout.

La véritable héroïne n'est pas la mère, qui fut la reine du tango. L'histoire de Suzanne est bien plus intéressante parce que c'est un personnage de notre époque. Son tort est de rester dans l'ombre de la mémoire de sa mère dont elle suppose que la mort est entourée d'un secret. Elle a des difficultés qui lui sont propres mais elle a un destin personnel à accomplir.

En tango, comme en amour, pour que ça fonctionne il faut être deux. La jeune femme va éprouver un coup de foudre pour Yan, alias Yanis, qui ne la voyait pas comme ça sa vie mais qui, de souci en souci, a basculé dans la délinquance. Yan n'est pas de son milieu, c'est un voyou, mais un vrai mec aussi qui préfère le rai parce qu'il a des origines gitanes. Curieusement ses a priori sont plus forts que ceux de Suzanne. Tout les sépare, mais il a un coté triste qui touche la jeune femme. Et il se révèlera avoir du potentiel sur une scène.

Il n'est pas nécessaire de connaître les codes du tango pour apprécier le roman. L'auteur nous donne les informations au fur et à mesure. Suzanne est une fille peu ordinaire. Quand on compte les moutons pour s'endormir elle ce sont ses élèves qu'elle visualise un par un, et par ordre alphabétique, pour espérer tomber vite dans les bras de Morphée. Mais avec Diego ce sont les rayons du soleil qu'ils comptent par millions.

Diego est un personnage complexe, qui a écopé de dix huit mois de prison pour avoir tenté d'enlever Suzanne quand elle était fillette. Ils se sont perdus de vue. Mais quand Suzanne entend un clochard chanter Pero mi solo amor/ mi solo réfugiol Te es Argentina, elle reconnaît son vieil ami et va prendre soin de lui. Il peut-être bénéfique, mais il a aussi sa part d'ombre qui inquiète Suzanne. Il sait combien il faut pour réussir un moral d'acier à toute épreuve, de l'abnégation, et beaucoup de talent (p. 214). Et pourtant il est prêt à l'encourager à réaliser ses ambitions et à foncer : à ton âge on croit la vie éternelle, mais quand on arrive à la fin, on se rend compte qu'on n'a vécu que le temps d'une étincelle.

Gilbert est flic et ce n'est pas un poète. S'il cite Paul Eluard, il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous, (p.126) c'est plus pour couper court à la discussion que pour lancer un débat philosophique. Sa demande de cours particulier de tango est un mystère et une source d'inquiétude.

Nina est la meilleure amie de Suzanne. Sa blondeur l'éloigne du cliché de la tanguera, mais elle danse divinement. L'amitié est une vertu pour Suzanne qui ne lâchera jamais son amie même si celle-ci lui préfère Mamadou.

Le rêve de la mère de Suzanne était de la voir danser un jour au Gran Rex et de devenir à son tour  la Reine du tango, rêve qui lui aussi était scellé sous le sceau du secret parce que Diego avait peur que l'histoire se répète. Suzanne réussira-t-elle à briser le secret de famille autour de l'incendie dans lequel sa mère à péri ? Yan prendra-t-il le virus du tango et pourra-t-il continuer sa vie sur une voie de rédemption ?

La Reine du Tango de Akli Tadjer, chez JC Lattès, en librairie mars 2016

jeudi 11 mai 2017

Pure Via ou Stevia

La stevia est une plante qui pousse à l'état sauvage au Paraguay ou au Brésil. C'est une astéracée comme la chicorée, l'artichaut, la laitue ...

Les stéviols glycosides que la plante renferme ont un pouvoir sucrant jusqu'à 300 fois plus intense que le saccharose (sucre de betterave) sans apporter une seule calorie. Elle est consommée par les sud-américains pour adoucir par exemple leur thé. On conviendra que c'est un peu difficile en France de cueillir une feuille et de la laisser tomber dans la théière.

On pouvait obtenir le même effet en utilisant Pure Via qui fut la première marque à obtenir en 2010 une autorisation de mise sur le marché en tant que nouveau produit alimentaire. Cet édulcorant se présente comme une alternative directe à l'aspartame dont la dangerosité pour la santé est avéré.

Totalement révolutionnaire à son apparition, ce faux sucre qui a l'avantage d'être naturel, a néanmoins déçu certains consommateurs en raison de son goût de réglisse.

Personnellement cela ne me dérangeait pas du tout, mais je dois reconnaître que si j'avais voulu sucrer mon café je n'aurais pas apprécié. Pour une utilisation en tisane ou dans un produit laitier, ou encore en remplacement du sucre de betterave cela me convenait tout à fait.

Les équipes de recherche de Pure Via ont réussi à mettre au point un autre mode d'extraction, annoncé comme tout autant naturel, qui présente l'avantage d'être neutre en terme de goût et bien entendu toujours à zéro calorie. Je l'ai testé et j'ai perçu la très nette différence.

Celui-ci est effectivement consommable dans toutes les occasions. Même si je continuerai à ne pas sucrer mes yaourts nature parce que je me suis déshabituée à les manger sucrés, comme le fromage blanc d'ailleurs.

Je signale d'ailleurs qu'il est capital de savoir apprécier des aliments moins sucrés. On sait avec le recul que les sodas zéro calorie sont nocifs aussi parce qu'ils habituent notre cerveau à consommer sucré. Tout est question de mesure.

La neutralité est néanmoins un vrai atout, par exemple pour adoucir cette boisson composée de jus de pomme, de roquette, de citron vert ... et de stévia. Bien sûr cette fois, c'est le goût de roquette qu'il faut apprécier ... mais j'adore. Et tout autant avec ces tartelettes au chèvre frais et noix.

mardi 9 mai 2017

Nous les humains de et par Maryvonne Beaune

Il faut aller à la Comédie des Trois Bornes voir Maryvonne Beaune. Cette mère de famille, chorégraphe, auteure, humoriste, polyglotte (elle parle cinq langues), comédienne ... pourrait cultiver ses talents sans se soucier d'autre chose.

Elle se préoccupe pourtant de l'avenir de la planète et de Nous les humains sans craindre de faire rire avec des sujets qui pourraient être désespérants.

Elle est aussi végétarienne et vegan friendly, ce qui ne l'empêche pas de s'empiffrer de macarons pendant le spectacle, mais qu'on se rassure elle est prête à partager.

Elle assume la folie intérieure qui transpire de son personnage. Et qui lui a bien compliqué la vie quand elle cherchait du travail. Il faut voir son "entretien d'embauche" avant de postuler soi-même pour éviter les gaffes, ou les sublimer. Son CV présente aussi bien ce qu'elle a fait que ce qu'elle pourrait faire et ce qu'elle a envie de faire ... Elle s'empêtre dans les arguments, en faisant trop ou trop peu, reconnaissant être inadaptée.

On rit beaucoup même si on reconnait la fracture qu'elle souligne. Qu'elle soit elle-même ou Marie-Caroline, la bourgeoise effrayée par un trajet en RER, ou encore Ursula, qui cherche désespérément à retrouver un emploi dans la pornographie et qui est une caricature largement en deçà de la réalité.

Retenez son nom. La photo de l'affiche n'est ni représentative ni illustrative du spectacle. S'il est nettement féministe, c'est bien l'espèce humaine toute entière qui est menacée. Comment résoudre la question de la survie ? Par un appel à un ami ? Dieu en l'occurrence ? Faut-il y croire ? Maryvonne et les copines qu'elle invite sur scène ont la foi chevillée au corps, bien décidées à ne pas se laisser arrêter par les problèmes.

Maryvonne n'est pas de celles qui se soumettent. Elle encaisse la vérité, les multiples formes de misogynie. Mais elle proteste haut et fort, souligne, alerte ... espérons qu'on l'écoute vraiment.

J'écrivais ce début de chronique sur mon carnet en plein trajet sur je ne sais plus quelle ligne de transport en commun. Un jeune black me repéra, insista pour me laisser son siège. Ouf, le RER n'est pas l'horreur ce soir et j'ai failli envoyer un SMS pour le dire à Maryvonne.

La salle de la Comédie des Trois Bornes est petite. 45 places maximum. C'est un avantage qui permet de se sentir en proximité avec les artistes. Il y a un public de fidèles qui y a découvert par exemple Nora Hamzawi. Maryvonne mérite autant de bonheur.

D'autant qu'elle est particulièrement attentive au monde qui l'entoure, même si elle le caricature. C'est très sérieusement qu'elle supplie Dieu de faire quelque chose pour sauver la planète, ... enfin les humains qui sont, elle nous l'apprend, en voie d'extinction même si on a du mal à se le représenter puisque nous sommes (aussi) en surpopulation. La mort rôde, celle de l'espèce, de l'homme, ... du veau électrocuté sous nos yeux alors que l'artiste danse sur la musique de Purcell.

Les quatre pièces qu'elle a déjà écrites ont toutes le même point commun de questionner notre impuissance et notre inaction face aux enjeux de notre humanité, en faisant de son mieux, même si ce n'est pas davantage qu'un petit colibri qui n'aurait à donner au public qu'un peu d'amour.

Nous les humains est un titre qui s'est imposé à elle alors qu'elle découvrait le livre de Neale Donald Walsch, publié en 2006, Conversations avec Dieu, dont elle applique le principe fondateur : la question n'est pas à qui on parle mais qui nous écoute.

C'est pour elle l'occasion d'évacuer ses obsessions, tous les dégâts provoqués par des humains qui se croient malins alors qu'ils ne perçoivent pas l'urgence de changer de mode de vie. Maryvonne Beaune n'est pas persuadée d'avoir trouvé tous les mots justes, alors elle évolue. On peut aller la voir plusieurs soirs et noter d'infimes changements. Rien n'est stable sauf son énergie, son talent et son leitmotiv : je ne pleure pas, je meurs.

Après la représentation, on peut engager la conversation au café voisin, dont le nom semble avoir été choisi pour elle : le Complot, dans une ambiance vintage de maison de campagne.

Nous les humains de et par Maryvonne Beaune
Mise en scène de Sabine Graissaguel
Tous les mardis à 19 heures jusqu'au 27 juin 2017
Comédie des trois Bornes
32 Rue des 3 Bornes, 75011 Paris
01 43 57 68 29

lundi 8 mai 2017

Sonia Ezgulian championne de l'Anti-Gaspi

Sonia Ezgulian s'intéresse à la cuisine de ce qu'on appelle les restes depuis très longtemps. Ne rien jeter est un credo qu'elle maîtrise en spécialiste.

Les caillettes de veau aux trognons de pommes (p. 110) est une de ses recettes fétiches. L'initiative de Flammarion de les collationner est une heureuse initiative pour permettre à tout le monde d'organiser des festins sans se ruiner ni gaspiller.

Il suffit de feuilleter le livre pour réaliser combien on n'est pas dans l'anecdotique. Le travail qui a été fait en amont est important et fignolé.

C'est délibérément que le stylisme a été soigné. Quand il est tendance de photographier une création sur des planches de bois brut, en général clair (ouvrez les livres de cuisine vous verrez) ou sur un fond blanc le plus neutre possible ( comme Sylvia Santucci s'y est employée pour le Dessert était presque parfait) le photographe a choisi de beaux objets.

Un photographe qui connait très bien l'auteure puisque Emmanuel Auger partage sa vie. On remarque par exemple des pièces de vaisselle signé Bernardaud, une des plus belles maisons en art de la table. Cette coupelle a été utilisée pour présenter les Sobas du potager (p.60).
C'est d'ailleurs dans la boutique du 11 de la rue Royale, dont le service Galerie Royale est emblématique de son intemporalité, qu'une séance de dédicace avait été organisée.

dimanche 7 mai 2017

Les peintres au charbon

Inspiré de faits réels et écrit par le scénariste du film Billy Elliott, Les Peintres au charbon relate l’histoire d’un groupe de mineurs qui se retrouve en 1934, malgré lui, à suivre des cours d’histoire de l’art. Leur professeur, Robert Lyon, va très vite abandonner sa méthode d’enseignement théorique pour passer à la pratique avec eux.

Développant ainsi leur propre mouvement, ces "Peintres au charbon" vont représenter leur environnement, leur quotidien, leur vie, tout en se construisant en parallèle une culture artistique et un sens critique qui leur permettra d’acquérir un nouveau regard sur leur société.

Marc Delva a fait une brillante adaptation de la traduction signée par Fabrice Melquiot avec un parti-pris de mise en scène qui tient d'un bout à l'autre.
Les spectateurs sont invités à suivre l'ouvreuse dans les dédales du Théâtre 13 et à descendre sur la scène par la coulisse transformée en entrée d'un boyau, comme s'il s'agissait du fond d'une mine. Pour nous mettre en condition et pour jouer aussi le jeu du faux-semblant qui est décliné par le spectacle.

La fumée réduit la visibilité, une lumière rouge clignote à intervalles réguliers en même temps que retentit l'alarme annonciatrice d'un danger, voire d'un accident. Pourtant la mine n'est qu'évoquée et il faut avoir visité un site comme celui de Lewarde, dans le Nord, pour en apprécier l'atmosphère. On remarque des vêtements suspendus à des crochets dans les cintres, ... comme si nous étions dans la salle des Pendus.
Peut-on être mineur et peintre ? Homme et comédien ? La proximité avec les acteurs atténue la distance habituelle qui sépare la scène de la salle. Le spectateur est partie prenante de la métamorphose de ces ouvriers qui s'ouvrent à l'art.

La disposition des gradins en tri-frontal est judicieuse. J'ai beaucoup apprécié aussi que les reproductions des oeuvres picturales soient des tableaux blancs, permettant ainsi au spectateur de se créer ses propres images. Et quand à la fin de la pièce ce sont les "vrais" tableaux qui apparaissent par le jeu de diapositives, on saisit bien davantage la puissance artistique des oeuvres de ces peintres qui sont passés progressivement du statut d'amateur à artiste. Avec tous les choix de vie qui en découlent, notamment lorsque Helen Sutherland, amatrice d’art et mécène, propose à l'un d'entre eux de le payer autant qu’à la mine pour qu’il puisse se consacrer à sa peinture.
La pièce dégage beaucoup d'émotion, de sincérité et de rire aussi. Le public a de quoi être conquis par la justesse de jeu des acteurs. Elle tient un discours sur l’art, et en même temps, elle agit conformément à ce discours. Le sens est dans la relation entre celui qui regarde et le tableau.

Elle met en acte et rend réel, par son accessibilité, par son humour, par le style de l’écriture et par le choix des personnages, cette idée que l’art est, et reste universel. C'est juste et c'est fort. On ne peut qu'être touché par le spectacle qui se clôture sur la chanson de John Lennon Working class hero que tous les acteurs entonnent. Oui ! C'est quelque chose d'être un héros de la classe ouvrière.

Les peintres au charbon
Comédie dramatique de Lee Hall, adaptation Marc Delva
Traduction Fabrice Melquiot (L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté),
Mise en scène de Marc Delva assisté de Florent Hu et Elodie Galmiche
Scénographie Marc Delva, Thomas Brazète et Florent Hu
Avec Hugo Bardin, James Borniche, Thomas Brazete, Solal Forte, Elodie Galmiche, Florent Hu, Marie Petiot (en alternance Anne Duverneuil), Paul Emile Petre et Emmanuel Rehbinder.
Création Lumière Julien Kosellek
Création sonore Luc Delva
Création costume/ Coiffure / Maquillage Hugo Bardin
Création mapping vidéo Arnaud Berthonneau, Romain Da Costa et Olivier Carru (Digital Essence)
Théâtre 13 Seine
Jusqu'au 28 mai
Du mardi au samedi à 20 heures
Dimanche 16 heures
30, rue du Chevaleret – 75013 Paris (métro Bibliothèque François Mitterrand)
Les photos sont de Suzanne Rault-Balet

samedi 6 mai 2017

Dalida telle que nous la montre Lisa Azuelos

Le film commence à Orly Sud, le 26 février 1967 sans respecter la chronologie. Dalida alors déjà célèbre chante en off Un po d'amore. Ecoutons attentivement les paroles de ce tube :  Una preghiera / non va mai perduta / vola leggera / più in alto dal cielo. Une prière ne doit jamais être perdue, elle vole légère plus haut dans le ciel.

Elle s'appelle encore Yolanda Gigliotti, comme on le constate quand elle signe la fiche à la réception avant d'avoir la clé de la chambre. Il fallait encore décliner son identité à l'époque dans les hôtels.

On la découvre ainsi en équilibre précaire entre la vie et la mort dès les premières images.

Le contraste est réussi par la réalisatrice Lisa Azuelos : on dirait des images d'archives, surtout en raison des teintes qui ont été choisies et de la ressemblance avec l'actrice. Mais pourtant le rythme et le montage sont bien actuels.

Née en 1933, Dalida est issue d'une famille italienne installée en Egypte. Elue Miss Egypte en 1954, elle tourne dans quelques films et s'exile en France. Son ascension est fulgurante avec un premier Olympia en 1956. En 1961, elle épouse Lucien Morisse, qui est le patron de la jeune radio Europe n°1. Elle finit par le quitter et poursuit sa carrière triomphale, grâce notamment à son frère Orlando. Elle devient la reine du disco et connaît un succès mondial avec "Gigo l'amoros" en 1974. Mais derrière le strass et les paillettes se cache une femme malheureuse, à la vie sentimentale chaotique (presque tous les hommes de sa vie auront une fin tragique) et en mal d'enfant...

Très vite le spectateur découvre les clés qui expliqueront le geste final de la chanteuse, quand la tentative de suicide devient dramatiquement "réussie". La frustration de ne pas avoir d'enfant aura été la plus déterminante. Quant à ses difficultés à nouer une relation amoureuse durable, l'origine s'ancre probablement dans une enfance qui nous est résumée autour d'un harcèlement scolaire parce que elle portait des lunettes et de la brutalité paternelle. Le père de Dalida, italien dans une Egypte à domination anglaise, passe la guerre dans un camp de prisonniers dans le désert dont il reviendra malade et violent.

Sveva Alviti incarne parfaitement la chanteuse. Quatre heures de maquillage, l'ajout d'une perruque, d'une prothèse sur le nez et de fausses dents la rendent crédible, même si elle n'a pas la corpulence de Dalida. Il faut saluer la performance de cette jeune femme qui a dû apprendre le français en quelques mois. Joueuse de tennis professionnelle jusqu'à ses 17 ans, elle a remporté le concours italien d'Elite Model Look. Elle part alors vivre à New York où elle sera mannequin pendant neuf ans. Son rêve secret de devenir actrice s'est réalisé pour ses 32 ans.

Sa capacité à interpréter les play-back est bouleversante. Elle incarne surtout les fractures de la femme. Il n'est pas question de juger, ni de condamner. Dalida a sans nul doute fait de mauvais choix. Comme les premières images le laissent entendre avec subtilité, c'était un autre temps. La différence d'âge entre femme et homme n'était pas supportable quand la femme était plus âgée. L'avortement était encore prohibé et beaucoup d'autres femmes sont devenues stériles après un acte pratiqué avec sauvagerie.

Cette tragédie est d'ailleurs le sujet du livre que Catherine Locando, l'histoire d'un amour.

On est surpris (si on ne connaît pas sa vie) par le nombre de morts qui jalonnent son parcours. A cet égard le film est poignant, et on est tenté de comparer le parcours de la chanteuse à celui de Mike Brant.

La sortie en salle en janvier dernier n'a peut-être pas reçu le succès que ce film méritait. La version DVD lui offre une seconde chance. A signaler Riccardo Scamarcio (Orlando), Vincent Perez (Eddie Barclay), Jean-Paul Rouve (Lucien Morisse) et Patrick Timsit (Bruno Coquatrix) qui font revivre aussi de grandes figures des variétés françaises des années 60- 90.

vendredi 5 mai 2017

Il y a mozzarella et mozzarella

J'ai profité du week-end assez long du Premier Mai pour ne rien faire, farniente disent les italiens. Mais j'ai tout de même fait un petit test en profitant que nous soyons nombreux à table. Car toute seule je n'aurais pas pu dévorer autant de mozarella, même si je l'adore.

J'avais sous la main trois catégories, toutes de Casa Azzurra, une marque italienne aujourd’hui détenue par le groupe coopératif n° 1 des produits laitiers en Italie, Granarolo, et qui ne cesse d’innover depuis sa création.

C'est la 3ème entreprise agroalimentaire en Italie (derrière Ferrero et Barilla que vous connaissez très bien pour leurs chocolat et leurs pâtes). Avec ses 21 usines, il propose une gamme complète de produits de haute qualité : lait, fromages, yaourt, jambon de Parme, vinaigre balsamique ...

Ce sont dix nouveaux produits qui sont à découvrir et parmi eux je me suis plutôt intéressée aux différents formats de mozarella.
On commence par les maxi billes (20g chacune), en format spécial salade et consommation individuelle, dans un pot refermable de 100g pour une consommation en plusieurs fois permettant de conserver la fraîcheur du produit.
Elles ont beaucoup plu aux enfants qui ont mis très vite la main dessus. D'ailleurs les voyez-vous sur le plat de crudités où elles étaient censées apporter une touche de blancheur ?

Nous avons eu quand même le temps de remarquer la densité du fromage sous cette forme qui ne contient pas du tout de sel. Alors on le plébiscite ! Et on applaudit que les personnes consommant de la cortisone (et donc au régime sans sel) ne soient pas privées de mozarella. On regrette qu'il n'y ait que 5 portions, qu'on ne puisse pas la trancher comme on en a l'habitude, mais on peut malgré tout les couper en deux pour les multiplier.

Poursuivons avec la version bio, en sachet boule de 125g. Cette mozzarella di latte di Bufala est plus moelleuse que celle qui existe habituellement en sachet.
Pour finir la Burrata di Bufala, à la texture onctueuse, parce que ce fromage au lait de bufflonne est garni d’une crème de bufflonne. Cette mozarella est idéale en plat ou à partager en entrée. Elle existe en Maxi format de 200g.
Elle séduit les connaisseurs qui ne jurent que par elle mais j'ai constaté que sa texture déroutait les néophytes, et particulièrement les enfants (on leur laisse les billes). Les avis ont donc été partagés -parmi les adultes- entre ceux qui ont préféré la "classique" à gauche, ou la "pure" à droite, qui pour ma part m'a totalement séduite. Son inconvénient est cependant d'afficher un nombre de calories bien supérieur aux autres présentations.
Coté prix c'est la bio qui est -et de très loin- la plus onéreuse mais cela peut se comprendre. Casa Azzurra propose en tout cas une large offre (il y a aussi des dés de mozarella) ce qui permet à chacun de trouver la forme qui est la plus à son goût et à ses besoins.

jeudi 4 mai 2017

Sauveur saison 2 puis 3 (et bientôt 4)

Les fidèles lecteurs de Marie-Aude Murail ont de quoi se réjouir : le troisième tome de Sauveur & Fils est sorti en mars dernier, toujours à l'Ecole des loisirs.

On avait quitté la famille Saint-Yves à la fin du premier après la terrible confidence de Sauveur à son fils sur sa naissance. Lazare avait pris les choses avec la philosophie qu'on lui connaît, exprimant très jeune son souhait de marcher dans les pas de son père en devenant psychologue plus tard. Sauveur l'avait mis en garde (page 115) : n'oublie pas même si tu es très malin que tu n'es pas tout-puissant.

Le conseil aurait valu à lui-même car dans le troisième opus on a confirmation que personne n'est parfait, même un psy. Chacun peut déraper ...

Si quelques mois s'étaient écoulés entre le 1 et le 2, ce qui a laissé en quelque sorte aux personnages le temps de "vivre leur vie", les suivants s'enchaînent sans rupture et le lecteur a encore plus envie de connaitre la suite de leur parcours. On referme le dernier le 25 décembre 2015, ce qui laisse à Marie-Aude une belle marge pour poursuivre.

Les consultations du psychologue clinicien atypique (il me semble) reprennent avec des patients connus mais d'autres se présentent. De livre en livre l'auteur décrypte les évolutions sociétales avec une écriture accessible. Elle puise ses "munitions", selon ses propres termes, dans son entourage, mais surtout dans les journaux car la réalité se charge de lui fournir matière à réflexions.

Par exemple les dégâts que les réseaux sociaux peuvent faire sur les adolescents. Un iPhone à 700 boules (p. 70) peut se révéler être une arme de guerre. Tous ceux qui pensent que le harcèlement scolaire ou la théorie du complot chez les ados sont des mythes feraient bien de la lire.

Les enfants vont mal ! J'ai entendu Marie-Aude le déplorer au cours d'une rencontre organisée par son éditeur. Elle ne fait pas que le dire. Elle démontre les effets des changements de mode de vie. Par exemple en pointant (saison 3) une petite Ysé, au bord du burn-out à trois ans parce qu'elle se fade du 7 h 30-19 heures à l'école. Sa grande soeur, qui ne peut dormir qu'avec des somnifères, ne se porte guère mieux. Et un autre des patients de Sauveur n'a pas le droit de se rêver  plombier parce que ce n'est pas le métier rêvé par ses parents.

Ce qui est très chouette c'est que toutes les générations soient présentes. Le vieux de service (Jovo, si attachant), les familles explosées en attente de recomposition, le père absent, ou trop présent et débordé, dépassé, la cinquantenaire qui scrute Meetic ... sans tomber dans le travers de la happy-end systématique en littérature jeunesse. Ni pour le nouveau couple "Sauveur et Louise", ni pour Gabin et sa mère, ou Camille et sa fille. 

La famille traditionnelle n'existant plus, on devait inventer du nouveau pense Sauveur (p. 59). Mais ce n'est pas une mince affaire. Parce que (et c'est moi qui le dit) l'école traditionnelle n'existe plus, non plus et l'entreprise traditionnelle pas davantage. Y a plus que la baguette de pain qui soit ... tradi.

Marie-Aude ose quand c'est utile le langage SMS (encore que j'ai l'impression qu'il soit de moins en moins employé, en voie de remplacement par les vidéos, snapchat et autres joyeusetés éphémères)  . mais surtout elle nous explique (je dis nous car bien que publiés en littérature jeunesse ces romans sont tout à fait à la portée des adultes, voire même recommandés), avec des mots simples, des mécanismes tels que le B.A. BA du transfert et du contre-transfert.

Il ne faut pas croire pour autant que c'est un ouvrage de conseils au sens classique du terme. Part du principe que quoique tu fasses avec tes enfants tu as tort. Tu verras c'est très soulageant (p.90) dit Sauveur avec bon sens.

Nul doute que la série Sauveur fera date, pour sa vulgarisation de l'apport psychologique dans le bien-être des ados ... et des parents, mais aussi son panorama des évolutions sociétales.

Le troisième tome se prolonge avec des conseils de lecture pour approfondir certains sujets.  Ça sent la fin et pourtant le soir de la remise des Pépites 2016 au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil Marie-Aude, très heureuse, avait annoncé qu'elle portait dans son coeur le numéro 4.

On peut donc espérer que Sauveur ne prenne pas sa retraite et que Marie-Aude Murail continue longtemps encore de nous faire partager sa vie et son job avec beaucoup d'humanité.

Sauveur & Fils de Marie-Aude Murail à l'Ecole des loisirs, recommandé dès 13 ans
Saison 1 parue en avril 2016
Saison 2 parue en novembre 2016
Saison 3 parue en mars 2017

mercredi 3 mai 2017

Ensemble de Fabio Marra

La famille est un sujet inépuisable. Alors que Votre maman est à l'affiche du Théâtre de l'Atelier, Ensemble poursuit sa carrière au Petit Montparnasse. La pièce a été créé il y a plus de deux ans et c'est en toute légitimité qu'elle est créditée de deux nominations aux prochains  Molières.

Catherine Arditi, tête d'affiche, au sens propre comme au figuée, pourrait être Meilleure comédienne dans un spectacle privé bien que la concurrence soit rude (avec notamment Catherine Hiegel ...).

Fabio Marra pourrait être Révélation masculine. Il était temps car cela fait presque dix ans que cet artiste présente en France des pièces qu'il écrit, joue et met en scène. Il va jusqu'à dessiner et concevoir l'affiche avec la sensibilité qui le caractérise.

Ensemble traite de sujets qui font débat : la normalité, la réussite sociale, l'intégration, les secrets de famille et les non-dits. Ces thèmes ne sont pas nouveaux. On peut voir en ce moment à la Tempête le Bizarre incident du chien ... Mais ce qui fait la force du spectacle, outre des dialogues ciselés, c'est la qualité d'interprétation de tous les comédiens (aucun rôle n'est secondaire) qui nous font rire et réfléchir. Et aussi sans doute un côté  naturaliste qui laisse supposer que ce qui leur arrive aurait tout aussi bien pu se produire chez soi, ou chez la voisine.
Isabella, interprétée par Catherine Arditi est une femme déterminée, elle vit avec son fils Miquélé, un jeune homme simple d’esprit, impulsif et généreux. Cette relation fusionnelle entre une mère et son fils nous parle d’attachement, de sacrifice, avec un mélange de tendresse et d’ironie. Que se passe-t-il aujourd’hui quand quelqu’un a besoin de nous parce qu’il ne rentre pas dans le cadre ? Sommes-nous prêts à accepter la différence ? Et  y-a-a-t-il encore de la place pour un autre enfant dans la fratrie, une soeur par exemple ?
Catherine Arditi ne semble pas jouer un rôle. Son naturel est remarquable comme la palette des émotions qu'elle exprime ses jamais en "faire trop". J'ai pensé à la pièce d'Emile Ajar, la Vie devant soi où Myriam Boyer était aussi confondante de naturel.
Fabio Marra est incroyable. La progression du travail d'interprétation se ressent quand on visionne des vidéos de répétition. Incarner un simple d'esprit, impulsif et généreux exige beaucoup de nuances. Et il les a toutes.

Le décor est inhabituel pour une petite scène où deux spectacles s'enchaînent dans la soirée. Il reconstitue un intérieur modeste donnant sur une cour intérieure (qui peut être arrosée d'une averse) et peut se transformer en siège administratif ou en hôpital psychiatrique de manière très crédible.

On passe un moment rare en leur compagnie. On en sort transformé et bluffé par leur talent à tous en se promettant de guetter la future création de Fabio Marra ... et on n'ouvrira peut-être plus un paquet de pâtes de la même manière ... tout comme on regardera le monde avec des yeux neufs.

C'est une pièce à voir absolument. Regardez la bande annonce si vous êtes encore sceptique :
Ensemble de et mis en scène par Fabio Marra
avec Catherine Arditi, Sonia Palau, Floriane Vincent et Fabio Marra
Décor : Claude Pierson
Musique (conception et interprétation) : Les Guappecarto
Au Théâtre Montparnasse
31 Rue de la Gaité, 75014 Paris
Mercredi, jeudi, vendredi et samedi : 21h
Matinée Dimanche à 15h
Relâche exceptionnelle le 26 mai

mardi 2 mai 2017

Après la répétition dans la mise en scène de Nicolas Liautard

Quand on est passionné de théâtre on est toujours plutôt exigeant quant aux reprises de grands classiques. J'avais vu le Misanthrope dans la mise en scène de Nicolas Liautard à Clamart et j'avais beaucoup aimé le modernisme dont il avait fait preuve dans sa mise en scène.

C'était en 2011 et malheureusement je n'ai pas eu l'occasion d'assister à aucun de ses autres spectacles depuis, et en particulier Scènes de la vie conjugale que j'aurais beaucoup aimé voir. Après la répétition, qui est un autre texte de Bergman, forcément, m'intriguait, d'autant qu'il joue lui-même le rôle de Henrik.

A l’issue d’une répétition, le metteur en scène Henrik Vogler, plongé dans ses pensées, est surpris par le retour d’Anna Egerman, jeune comédienne passionnée qui lui fait part de ses incertitudes professionnelles et personnelles, et aussi de la haine qu’elle éprouve pour sa mère, Rakel Egerman, comédienne elle aussi, décédée depuis dix ans. Anna l'ignore mais Vogler a été autrefois l’amant de sa mère, ... qui soudain surgit du passé pour faire reproche à son ancien amant de ne plus lui confier que des rôles insignifiants. Deux espaces-temps se bousculent alors

C'est un huis-clos mais le plateau est ouvert, dans une sorte d'absence de décor, en tout cas tel que le conçoit un spectateur. Les théâtraux reconnaitront l'espace familier des séances de travail : une table, la lampe dite d'architecte, qui permet de diriger le faisceau de lumières sur les notes de mise en scène, des chaises, et l'inévitable et rustique machine à café.
Coté son, plusieurs hauts-parleurs diffusent un son qui est censé venir soit de jardin, soit de cour, soit d'une pièce située derrière la scène. Des micros d'ambiance auraient pu suffire mais on a préféré équiper les comédiens de micros serre-tête, qui imposent, à mon avis, un gros travail de la part d'un ingénieur du son confirmé et sans doute un retour pour que les acteurs s'entendent sur scène.

Ce qui m'a gênée et peut-être aussi parce que j'étais au premier rang, c'est qu'il m'a été très difficile d'oublier ces engins et de me laisser emporter par la situation, c'est-à-dire de douter qu'ils soient en représentation. Ces micros, au demeurant inutiles dans une salle de dimensions aussi modeste que la salle Copi semblaient dire deux choses : nous ne sommes pas capables de chuchoter et de nous faire entendre, et surtout nous sommes des acteurs, sous-entendu, ne vous y trompez pas, ne vous laissez pas abuser. Leur visibilité nous rappelle que la scène n'est pas la vie. Pourquoi pas, après tout.

Pourtant, il y a d'autres moyens de signifier la distance. Par exemple plusieurs scènes sont jouées de profil et le public se sent alors en position de voyeur. On y croit alors parfaitement. On est bien après une répétition, au moment où les actrices (car ce sont le plus souvent les femmes qui se posent le plus de questions) cherchent à grappiller quelques indications supplémentaires du "metteur", dans un jeu qui alors est à la limite de la séduction, ... ou de la tyrannie dira Bergman.

Il demeure que les dialogues sur le théâtre et le jeu d’acteur sont aussi intéressants à suivre que le sont les interprétations des comédiens. Nicolas Liautard avait indiqué qu'il travaillait beaucoup à partir d'improvisations, lors de la présentation de saison de la Tempête il y a quelques mois. Et c'est ce qui donne autant de force à ce qui nous est montré, en terme de direction d'acteurs.

Interpréter lui-même le rôle du metteur en scène est tout à fait cohérent et on peut imaginer qu'il y a mis beaucoup de lui. En tout cas je n'ai pas perçu cette tyrannie dont il est question plus haut parce que le questionnement sur la méthode de jeu domine. De ce point de vue ce spectacle est totalement réussi.

Après la répétition de Ingmar Bergman
mise en scène Nicolas Liautard
avec Sandy Boizard, Nicolas Liautard et Carole Maurice
lumières Magalie Nadaud
son Thomas Watteau
Théâtre de la Tempête
Du 27 avril au 28 mai 2017
du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30

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