jeudi 8 octobre 2020

Un cadeau particulier de Didier Caron

Nous sommes dans un appartement stylé. Un sac enrubanné est posé ostensiblement sur une sellette. Ce cadeau particulier va dynamiter la soirée. Sur une petite table, attendent une bouteille de champagne et deux flûtes. Un fauteuil de velours. Un cactus derrière une porte coulissante vitrée évoque un balcon.

Éric (Didier Caronva fêter ses cinquante ans. Sabine (Bénédicte Bailbyson épouse dévouée a préparé une soirée en tout petit comité, car Éric n’aime pas les grands raouts. Gilles (Christophe Corsand), son meilleur ami — mais également son associé (et peut-être plus encore bientôt ...) — sera le seul à y être convié.

Ses filles Léa en Australie et Émilie aux États-Unis vont lui souhaiter une bonne soirée chacune à leur manière. On sent bien quelle est la préférée et de ce coté là le père n'est pas au bout de ses surprises.

Avant de passer à table pour déguster un bon coq au vin, Sabine et Gilles lui offrent ses cadeaux. Celui de son épouse le comble de joie… mais quand il déballe celui de Gilles le public découvre que c’est un livre (je ne vous en dirai pas plus) datant de 1923, un bel ouvrage dans lequel il est censé se retrouver mais qui provoque sa fureur.

Ce livre serait-il censé faire passer un message ?

Estomaqué, Eric lâche : Mais pourquoi m’offres-tu ça ?! avant de reconnaitre que C’est surtout le geste qui compte. Et justement, ce choix l'agace car il est justifié par le fait que depuis deux ans il est vu comme un gentil avec du caractère, en réalité un despote qui a horreur de la contradiction, quasiment un dictateur.

De déconvenues en révélations explosives, la soirée va alors s’avérer des moins paisibles …et le balcon sera souvent utile pour se réfugier quand l'atmosphère est à l'orage. Car Eric ne compose pas : il fait 100% la gueule.

Les surprises vont s'enchainer, preuve que Dickens avait raison d'affirmer : Chaque homme est pour son prochain un mystère et un secret. Sabine surprendra l'auditoire avec ses fantasmes. La jalousie marquera la conversation. Les jardins secrets seront saccagés et chacun se retrouvera à découvert à la fin de cette soirée très pimentée qui se terminera sur l'air de La mauvaise réputation de Georges Brassens.

A bien des égards j'ai pensé à la pièce Le prénom qui, avec moins de personnages, était elle aussi ponctuée de retournements de situations.

A l'approche des fêtes de Noël ce spectacle à l'humour décapant aura la vertu de mettre en garde les spectateurs contre les choix de cadeaux qui se veulent subtils autant que contre la manière d'annoncer de grandes nouvelles.

Un cadeau particulier de Didier Caron
Mise en scène Didier Caron et Karina Marimon
Avec Bénédicte Bailby, Didier Caron, Christophe Corsand
A partir du 24 septembre 2020
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance)
Les dimanches à 18h
Au Funambule Théâtre - 53 rue des Saules - 75018 Paris - 01 42 23 88 83
Production Le Funambule et Des Histoires de Théâtre

mercredi 7 octobre 2020

Au forceps, de et avec Pierre Devanne, Mélanie Le Duc et Mélanie Surian

C'est quoi être adulte ? La question, apparemment simple, est posée régulièrement sur le plateau, et finalement aussi aux spectateurs qui ont autant de mal que les comédiens à trouver la "juste" réponse. 

À partir de ce questionnement, trois êtres se construisent in vitro sur le plateau, avec malice, amusement et un grain de folie. Abordant la question du passage à l’âge adulte sans jamais donner de leçon ou de "recette", le spectacle vient interroger les spectateurs et s’amuser des bricolages et arrangements que chacun fait pour se construire en réponse à la famille, à l’autre et à la société.

Il ne faut pas perdre de vue que Au forceps est un spectacle conçu pour un jeune public (à partir de 12 ans), et pourtant il intéressera une large audience en raison de la qualité du jeu des acteurs, de leur manière si alerte de partager leurs interrogations, de l'équité avec laquelle ils se donnent la réplique (en toute logique puisqu'ils l'ont écrit de concert) et bien entendu aussi à cause du sujet.

Il y a un côté Auguste dans ce spectacle qui a un rythme fou, un jeu très physique, et qui intègre le chant et la danse.

C'est courageux de plancher sur ce thème alors que les gens s'inquiètent tant pour leur devenir. La crise sanitaire, promise comme temporaire, s'incruste et bouleverse nos certitudes. Elle provoque aussi en cascade des situations catastrophiques au plan économique. Les aléas climatiques n'arrangent rien. Etre adulte ce serait assumer tout cela avec courage et détermination en cherchant des solutions aux différentes problématiques, et surtout en faisant en sorte qu'elles soient mises en oeuvre. A ce compte là on dénombrerait très peu d'adultes dans la population.

Voilà donc un spectacle qui devrait être programmé largement sur une longue tournée. On peut penser que le texte évoluera au fil du temps, intégrant les réponses du public. Même s'il est très abouti, sa gestation est sans limite.

Je reste sceptique sur le titre qui, pour moi, évoque quelque chose de douloureux (et je suis sûre qu'il en est de même pour de nombreuses femmes) alors que ce spectacle est tout sauf négatif.

Ancien lavoir de la fin du 19ème siècle, Le Lavoir Moderne Parisien est devenu un théâtre en 1986 et reste à ce jour l’unique théâtre du quartier de la Goutte d’Or. Pendant plus de 30 ans, il a été un lieu de culture et de rencontres artistiques pluri-disciplinaires avec une orientation fortement marquée vers les jeunes auteurs. Ses murs ont accueilli de nombreux talents tels Joël Pommerat, Valère Novarina, Koffi Kwahulé, Hubert Koundé, Maïmouna Gueye, Mathieu Boogaerts, Abd Al Malik, Youssou N’Dour, Alain Mabanckou, Les têtes raides…   Il est dédié à la création contemporaine en demeurant résolument ancré sur son quartier. Son pari est de faire confiance aux jeunes compagnies, de promouvoir et de produire des formes et des écritures nouvelles.

Au Forceps
Écrit, mis en scène et joué par Pierre Devanne, Mélanie Le Duc et Mélanie Surian
Scénographie Suzanne Barbaud
Lumière Mathilde Malard
Création sonore Francis Meunier
Produit par Cie À Tout Va ! Avec le soutien de Ecclo
En partenariat avec l’Espace Michel Simon, ATD Quart Monde, MPT Champy, le Département 93
Au Lavoir Moderne Parisien - 35, rue Léon - 75018 Paris - 01 46 06 08 05
Du 30 septembre au 4 octobre
Du mercredi au samedi à 19 heures
Dimanche à 15 heures

dimanche 4 octobre 2020

La folle et inconvenante histoire des femmes avec Diane Prost

Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas des choses qu’elles n’existent pas. La phrase qui s’affiche sur l’écran. donne le ton de la pièce au public qui va découvrir l'histoire des femmes sous un autre angle que purement historique.

Les trois principales femmes qui sont aux commandes sont formidables : Laura Léoni pour l'écriture, Laetitia Gonzalbes pour la mise en scène (et les lumières) et l'exceptionnelle Diane Prost pour interpréter tous les rôles avec une justesse qui n'exclut pas l'humour et le décalage.

Elle campe les unes est les autres en faisant de son costume une utilisation quasi géniale.

Le spectacle commence par une introduction qui situe la position de la narratrice, tenant à préciser qu'elle a découvert son homosexualité à 11 ans et que son coming-out a bien failli être meurtrier à la fois à l’égard de sa mère et de son père.

Elle semblait très proche de sa grand-mère (qui repose sur scène, à cour, dans un cercueil de bois blond) dont elle admire l'investissement sur l'histoire des femmes, sujet auquel elle a consacré un épais ouvrage qui pèse lourd, prévient-elle en ajoutant qu'elle est restée insomniaque et névrotique et surtout pleine d'interrogations.

Elle avoue que ses personnages féminins sont parfois inventés mais que par contre la violence qu’elles ont subies a bien été réelle. Elle entend dénoncer les mensonges qui sont récurrents.
Je ne voudrais pas trop en raconter car cette Folle et inconvenante histoire des femmes mérite d'être découverte entièrement. J'ai encore appris plein de choses qui m'ont choquée. Par exemple le reproche légitime d'Olympe de Gouges disant avoir peut-être mal compris mais estimant que la Déclaration des droits de l'homme était forcément erronée puisqu’elle n'incluait nulle part de droit de la femme. Elle sera guillotinée.
Comme elle est méprisante cette phrase de Rousseau : L’amour a été inventé par les femmes pour permettre à ce sexe de dominer, alors qu’il était fait pour obéir. Je savais parfaitement que le Code civil de Napoléon était monstrueux de misogynie mais il est toujours utile de le rappeler.

Les scènettes s'enchainement alertement avec beaucoup d’humour, déclenchant parfois des rires, mais l'émotion n'est pas très loin. Elle prend à la gorge à la fin -comme à chaque fois que je l'entends- avec la chanson Debout les femmes ... à l'instar de la pièce Les années, mise en scène par Jeanne Champagne.

La comédienne trace alors On est la mémoire sur des feuilles posées sur le rebord de la scène, et on se fait chacune la promesse de poursuivre ce travail. Par exemple en amenant ses enfants au théâtre (à partir de 12-13 ans).
La folle et inconvenante histoire des femmes de Laura Léoni
Mise en scène (et lumières) Laetitia Gonzalbes
Avec Diane Prost
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h (en alternance)
Le dimanche à 20h
Relâches : 24-25-31 décembre et 1er janvier
Au Funambule Théâtre - 53 rue des Saules - 75018 Paris - 01 42 23 88 83

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Chloé Nicosia

jeudi 1 octobre 2020

Ornithorama, un livre pour découvrir et comprendre les oiseaux chez Helvetiq

J'ai feuilleté une version numérique d'un ouvrage dont le titre est une promesse d'exhaustivité dans l'univers passionnant des oiseaux. Si je l'ai trouvé très bien conçu, et d'une clarté remarquable, j'ai cependant été déçue de ne pas pouvoir l'utiliser comme outil de reconnaissance d'espèces qui se trouvaient dans le jardin où je me trouvais.

Ce livre, organisé par habitat, dresse malgré tout le portrait de 80 oiseaux européens qui sont facilement observables dans nos contrées.

Chaque portrait est illustré de façon réaliste, indiquant les spécificités de chaque oiseau, de la taille et la couleur de ses oeufs à son alimentation, en passant par sa migration et même sa longévité. J'ai ainsi été surprise de me rendre compte qu'elle est souvent d'une quinzaine d'années.

Ce livre illustré est accessible aux enfants à partir de 8 ans et peut s'enrichir d'activités supplémentaires à télécharger gratuitement : coloriages, jeu de memory, portraits inédits etc.

J'imagine facilement des soirées enfiévrées à poser en famille des colles sur les habitudes des différentes espèces, à l'instar d'un Trivial Pursuit. Par exemple de citer trois oiseaux migrateurs, de donner une des espèces les plus petites, ou les plus grandes, parmi lesquelles le mâle se distingue le plus de la femelle, quel oiseau est capable réellement de dormir d'un seul oeil et pourquoi (le canard colvert pour rester vigilant sur d'éventuels dangers), comment un goéland s'y prend-t-il pour déguster un crustacé (en lâchant la carapace au-dessus d'un rocher pour qu'il se brise), comment pêche le martin-pêcheur (il attrape le poisson dans son bec, revient se poser sur une branche, l'assomme d'un coup sec avec son bec et l'avale tout rond), où le héron cendré construit-il son nid (au sommet de grands arbres où il fonde une héronnière)...

Il est illustré par Lisa Voisard qui est une graphiste et illustratrice lausannoise. Depuis 2016, elle produit des objets décoratifs tels que des illustrations encadrées, des créations textiles et des cartes postales. En tant qu’amoureuse de la nature, elle aime s’inspirer des animaux et des plantes. Feuilletons son ouvrage qui fourmille d'anecdotes :


Il est publié chez Helvetiq, une maison d’édition lausannoise fondée il y a une dizaine d'années par Hadi Barkat, qui, à un peu plus de 40 ans se définit comme une sorte de Géo Trouvetou du monde contemporain de l’édition.

Editeur de livres et de jeux de société à Lausanne, ce créateur insatiable conçoit Helvetiq avant tout comme une maison d’idées : J’en ai beaucoup, trop même. Je note tout dans un carnet, je les laisse reposer et je me bouge pour celles qui me restent en tête!

Hadi Barkat incarne un peu ce personnage de fiction, inventeur prolifique, créé par Disney. Pour lui, pas besoin de "nididé" avec trois corbeaux qui lui grattent le crâne, ses idées de livres ou de jeux lui viennent directement de son quotidien et une part de lui-même se glisse toujours dans ses projets. Rien d'étonnant à ce qu'un livre sur les oiseaux figure désormais à son catalogue qui comprend désormais une soixantaine de jeux et une quarantaine de livres, tous édités en français, en anglais et en allemand et distribués dans 30 pays.

Ornithorama - découvre et observe le monde merveilleux des oiseaux, de Lisa Voisard, Ed. Helvetiq, en librairie le 2 octobre 2020.

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