mercredi 21 octobre 2020

Drunk de Thomas Vinterberg

Je crois qu’il ne faut pas trop en dire, choisir un axe et s'y cantonner en tournant autour sans chercher à intellectualiser le propos.

Si en danois le titre original est Druk (sans "n"), ce qui signifie "beuveries" le distributeur a choisi pour la France un terme qui ne laisse pas supposer une erreur orthographique. On connait tous la signification du mot Drunk qui veut dire ivre.

Drunk raconte une histoire d'amitié entre Martin, Tommy, Peter et Rektor, qui vont malheureusement être aveuglés par la confiance qu'ils ont les uns envers les autres, jusqu'à la folie. La bande des quatre décide de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une (soit-disant) rigueur scientifique, chacun relève le défi et tous espèrent que leur vie n’en sera que meilleure. Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Thomas Vinterberg a déclaré que "les scènes se déroulent, la caméra observe, mais ne dicte pas l’action". Le réalisateur danois insiste sur le fait que son film serait censé être le plus proche possible d'une réalité crue et sans artifices comme il l'avait déjà filmée dans Festen, son deuxième long métrage qui lui valut la reconnaissance de la profession.

Catalogué drame dans certains programmes, étiqueté comédie dans d'autres, ce long métrage navigue effectivement entre les deux extrêmes. Il est parfois d'une drôlerie absolue comme il peut virer au cauchemar le plan suivant. Parmi les moments amusants il y a la soirée d’anniversaire eau versus champagne 2013, une des premières scènes du film.

Mais ensuite le dérapage est poignant. Comment résister à l'argumentation bien connue, est-il raisonnable d’être sage ? Tu manques de confiance ... Et surtout à l'envie de goûter, juste un peu. Les gros plans sur le visage sont bouleversants, les mises au point annoncent l'imminence d'un basculement. Soudain il boit vite… et il passe au Bourgogne 2011 qu’il avale presque goulument.

Certaines scènes m'ont davantage choquée que d'autres. A commencer par la première montrant des jeunes étudiants devant faire le tour d'un lac en trimbalant des caisses de bouteilles de bière... qu'ils devront bien entendu ingurgiter. Je n'y ai pas vu le plaisir de s'amuser. Et apparemment quelques adultes de la communauté éducative partagent mon point de vue puisque la proviseure promet en matière d'alcool une tolérance zéro au prochain semestre.

C'est sans compter la théorie que les enseignants veulent expérimenter, d'abord sur eux, puis, occasionnant des dégâts collatéraux sur un élève à qui l'un d'eux suggère de boire avant ses examens oraux. La théorie en question a bel et bien été formulée le psychologue norvégien Finn Skårderud. On connait la vertu -si je puis dire- de l'alcool de calmer certaines angoisses mais on sait tout autant combien ses effets peuvent être catastrophiques et destructeurs.

Le réalisateur invoque le comportement de personnages célèbres, bien connus pour leur consommation abusive d'alcool comme Churchill ou Hemingway. On remarque que personne ne résiste mieux, qu'on soit prof de psychologie, de sport ou de chant.

Le réalisateur use avec intelligence des images floues et des ralentis en coupant le son pour symboliser la perte de conscience provoquée par l'ivresse puis par le coma éthylique. L'alcool est indéniablement un faux ami. Alors ne suivons pas leur exemple en cherchant à battre le record de Sazerac dont je vous dirai juste qu'il n'est évidemment pas le plus vieux cocktail au monde. 

J'ai voulu voir la toute fin comme étant positive (un baptême, une renaissance...), qui nous est offerte dans un élan de spontanéité. J’imagine qu’on peut l’interpréter de façon plus noire, mais je n’en ai pas envie. L'actualité est suffisamment sombre pour éviter d'en rajouter.
L'interprétation de Mads Mikkelsen dans le rôle de Martin est sans surprise, époustouflante. Mais ses partenaires lui donnent la réplique avec brio.

Au-delà de l'alcoolisme le film nous alerte sur le phénomène addictif. Dans son ensemble, le monde scientifique le considère comme une combinaison biopsychosociale, traduisant la rencontre entre un produit plus ou moins nocif, un individu plus ou moins vulnérable et un environnement plus ou moins incitateur.

Il a fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020. Thomas Vinterberg est un grand habitué du festival depuis qu'il a gagné le Prix du Jury pour Festen en 1998. En 2012, il a remporté le Prix du Jury œcuménique pour La Chasse. Il avait en 2013, assumé la fonction de président du jury de la sélection Un certain regard.

Drunk de Thomas Vinterberg
Avec Mads Mikkelsen (Martin), Thomas Bo Larsen (Tommy), Lars Ranthe (Peter), Susse Wold (Rektor)

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)