mercredi 14 octobre 2020

La Scala inaugure la Piccola Scala et présente le fauteuil d'artiste #6 signé par Elika Hedayat

Je suis revenue à La Scala pour découvrir la Piccola Scala et, à écouter la présidente et le directeur général,  Mélanie et Frédéric Biessy s’exprimer avec flamme, je retrouve exactement l’atmosphère de l'ouverture de l'établissement après l'immense chantier de rénovation des lieux.

Avant de descendre voir cette nouvelle salle (et je vous montrerai au passage des photos des loges que j'avais prises il y a quelques mois) j'ai envie de vous rapporter la manière dont le directeur présente la 6 ème installation qui trône dans le hall.

Il aime dire qu’il arrache un fauteuil à la salle pour le porter dans l’atelier d’un artiste qui en fera une œuvre d’art. En fait l’objet provient d’une réserve ou sera commandé chez le fournisseur quand le stock sera épuisé.

Ce dernier a été imaginé par Helika Hedayat, qui est une artiste iranienne qui connaît la Scala depuis le début de l’aventure (et réciproquement) et son œuvre a été conçue pour la réouverture après le confinement. Elle décline le "mode Scala » comme jamais jusque là. Elle était bien entendu venue voir les œuvres précédentes, lesquelles sont en photo dans l’escalier qui permet d’accéder à la grande salle.
Son titre, Abyssal, lui a été inspiré par le parallèle qu’elle fait entre notre monde et le cosmos, à travers sa perception du corps humain. Elle a imaginé une installation triptyque qui inclut deux vidéos loops de 30 à 40 secondes qui sont projetées en boucle chacun des murs qui se trouvent de part et d’autre du fauteuil, lequel est placé devant un dessin représentant une connexion de neurones (photo ci-dessous).
Je remarque que les fauteuils se ferment et s’ouvrent ... à l’instar d’une bouche et je ne suis pas surprise des titres des œuvres ... Sur la droite, un coeur se déploie sur un fauteuil (Monologue).
Sur la gauche des poissons sautillent d’un siège à l’autre (Dialogue).
Et au centre, bien entendu "le" fauteuil dont la découverte est hypnotique.
Elika explique qu’elle a commencé par travailler sur les vidéos, qu’elle a conçues par rapport à l’espace et au contexte du spectacle vivant, un domaine qu’elle connaît particulièrement puisque ses deux parents sont metteurs en scène. Pour cette artiste la luminosité qui se propage au fond des océans est comparable à la magie d’un éclairage de spectacle.
 
Trois autres œuvres vidéo sont projetées dans le foyer-restaurant (clichés ci-dessus). Après avoir grignoté le hall, puis le foyer il y aura bientôt un film long métrage qui sera projeté dans la petite salle ou dans le hall ...

C’est rare que les arts visuels entrent au théâtre même si j'ai eu l'occasion de le voir par exemple au Théâtre national de Strasbourg avec des artistes comme Jean-Paul Chambas et Niky Rieti. Cela se fait ici trois fois par saison sous la houlette d'Aline Vidal qui en sa qualité de conseillère arts visuels constitue des duos artiste/mécène. Par exemple Hervé Di Rosa et Patrick Bongers. Pour Elika, il s’agit de Antoine de Galbert (qui a déjà été le mécène du fauteuil #3 de Fabrice Hyber). A signaler que le mécène, de par son carnet d’adresses, fait venir beaucoup de monde.
Descendons maintenant au sous-sol. Avec d'abord un détour par les loges, imaginées et décorées par  l'immense scénographe, Richard Peduzzi, qui est aussi peintre, designer et créateur de mobilier français. Il a été directeur de l'École nationale supérieure des arts décoratifs et de l'Académie de France à Rome. Et surtout il a conçu énormément de décors de théâtre, en particulier pour Patrice Chéreau.
Il n'a par contre pas été sollicité pour la Piccola car, même si cet artiste restera toujours le "père" de la Scala il n'aurait pas été souhaitable de réaliser une petite salle qui soit une réplique de la grande. Il s'agissait au départ d’une salle de répétition dans laquelle on descendait par deux escaliers qui se faisaient face et qui aurait pu être destinée à devenir une salle ouverte au public si la création de la grande salle n’avait pas tant mobilisé d’énergie. Il fallut 18 mois pour la finaliser et du coup l’équipe n’a pas disposé de temps pour l’aménager de manière à satisfaire les exigences d’une commission de sécurité.

On se trouve juste sous le plateau de la grande salle et il fallait une isolation phonique parfaite puisqu’il était essentiel que deux spectacles puissent se dérouler concomitamment. 

Les gradins sont disposés sur un arc de cercle proche de celui des amphithéâtres grecs. C’est Mathilde Carron, conseillère en marketing et développement, qui en a eu l’intuition en faisant bénéficier le directeur d’un regard neuf en s’exclamant juste : c’est génial ton idée d’un demi-cercle (alors qu’il n’avait précisément aucun a priori de ce qu’il pouvait y faire).

Il a fallu resolliciter la commission de sécurité après d’énormes travaux. Deux spectacles ont déjà été présentés ici devant les amis de la Scala afin d’en tester l’acoustique et de balayer les craintes qu’ils avaient eues avec Rodolphe Bruneau-Boulmier, le conseiller musique. La salle n’a pas d’opacité, au contraire pourrait-on dire car la réverbération est forte, en raison du choix du matériau principal, le bois. La proximité artiste/salle, est rare en région parisienne même si cela existe ailleurs comme par exemple au Pédiluve de Chatenay-Malabry et c'est très appréciable.

On a insisté sur la volonté de soutien à l’émergence (avec obligation de travailler pour chaque concert avec un compositeur vivant car c’est un véritable enjeu). Il y aura aussi les rendez-vous du 13, nommés ainsi puisque la salle se situe au 13 boulevard de Strasbourg et qu'ils auront lieu le 13 de chaque mois.

Le volet éducation artistique reste très important pour la grande comme pour la petite salle. Il est essentiel pour tous de montrer que le chemin de la création est joie et partage. la meilleure preuve était donné sur le grand plateau par Jos Houben qui intervenait auprès d'une soixantaine d'élèves. J'avais vu l'Art du rire il y a quelques années et je recommande sans réserve le second opus.

Parmi les spectacles qui seront proposés on note celui de Ruthy Scetbon dont le parcours correspond à ce que l’équipe de la Scala aime. Elle était ouvreuse de la grande salle quand un membre appris qu’elle avait écrit un spectacle. Et comme elle est une ancienne élève de Lecoq, une école d’où sont sortis énormément de comédiens qui sont très chers au couple Bietry il était naturel de l’auditionner. Ce fut fait le 13 mars. Après trente minutes, le doute n’était plus permis et la promesse d’ouvrir la petite salle lui fut faite avec enthousiasme.

Une rencontre avec Jason Brokers qui assume le statut de"stand-uper" le couple Biessy a pensé que la Scala (qui fut construite antérieurement à sa programmation) pouvait fort bien se remplir avec des artistes qui se produisent dans le quartier, sortant par exemple du Djamel Comedy Club. De fait, ce sont des personnes qui s’expriment sur une philosophie de vie en adoptant un point de vue plus vif que celui de  ceux qui sont estampillés "philosophes" et dont on observe d’ailleurs qu'ils restent muets depuis la crise. Il y a fort à parier que le stand-up va perdre la connotation plutôt négative qu'il a encore.

Nous on ne prévoit rien la veille pour le lendemain ajoute Frédéric avec humour et bonne humeur. On a prévu que Ruthy commence demain à 19 h 30 et que Jason  enchaine à 21 h 30 et s’il y a couvre-feu on s’adaptera. De fait je vous invite à consulter le site de la Scala qui devrait régulièrement être mis à jour pour tenir compte des dernières réglementations.

Pour Mélanie cette salle s’inscrit, elle le rappelle, dans le projet global de cette maison où toutes les disciplines se mélangent.
La configuration évoque naturellement le Shakespeare's Globe Theatre de Londres et, parce qu'il est en bois, le Théâtre du peuple de Bussang amais en beaucoup plus confortable, sans qu'il soit nécessaire de prévoir des coussins.

Elika Hedayat : Fauteuil d’artiste #6 "Abyssal"
Du 1er au 31 décembre 202
Hall et Foyer de la Scala Paris - Entrée libre
La Scala - 13 boulevard de Strasbourg - 75010 Paris

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