jeudi 18 mai 2017

Inauguration d'un nouveau site pour le groupe Siprit France

Né en 2007, Spirit France produit et commercialise des marques emblématiques de spiritueux français issus de terroirs spécifiques dans deux aires d’appellations d’origine contrôlée (AOC), le calvados et l’Armagnac.

Son histoire est le fruit du regroupement de plusieurs maisons autour de quatre marques leaders dans leurs catégories : les calvados Père Magloire, Boulard et Lecompte, ainsi que l’armagnac Grand Armagnac Janneau, dont la distillerie est restée en Gascogne.

Le 12 avril dernier, le groupe a officiellement inauguré de nouveaux à Reux, près de Pont-l’Evêque, en bordure de l’autoroute A13.

Le site de Coquainvilliers où est distillé le Calvados Boulard demeure intact. J'y ai reconnu le parfum de pommes confites  qui m'avait quasiment envoutée quand j'avais visité l'installation en septembre 2013.


Les arômes sont très puissants en toute logique puisque la campagne de distillation s'est achevée quinze jours auparavant. Les huit alambics ont fonctionné à plein régime 7 jours sur 7 depuis la mi-novembre de l'année dernière. Nous sommes au cœur du pays d'Auge où l'on distille aussi bien du Calvados AOC Pays d'Auge que le Calvados Domfrontais dont une des spécificités est de n'être distillé qu'une fois et de contenir au moins 30% de poires.
 
Le cidre est chauffé au propane. Les vapeurs montent dans le chapiteau dit oignon, et les vapeurs lourdes et légères poursuivent dans le serpentin qui mesure pas moins de 65 mètres. Après une réfrigération on fait une seconde chauffe de 12 heures. On obtient 650 litres à 70° à partir de 2000 litres de cidre titrant moins de 7% d'alcool. Sachant qu'il faut 25 kilos de pommes pour un litre de cidre .... je vous laisse calculer les quantités de fruit.
C'est le chêne du tonneau qui donnera la couleur car l'alcool sort translucide de la distillation, comme peut l'expliquer Richard Prével, maître de chai, ci-dessous dans les nouveaux bâtiments de Reux  qui respirent le neuf mais où l’odeur de cet alcool est malgré tout déjà perceptible.
Pour donner un ordre de grandeur 2500 litres de cidre permettent d'obtenir in fine 380 litres d'alcool, et cela avant l'évaporation qui se poursuivra au fil des années, qu'on appelle la part des anges, et qui est prise en considération par les Douanes à raison de 2% par an, ce qui est plus qu'une bagatelle quand on sait que ce sont 56 000 litres d'alcool qui sont conservés dans ces chais de travail et d'assemblage.

On ne parle pas encore de vieillissement qui se fait en quantité moindre, lors d'échanges tanniques, le meilleur ration étant des barriques de 400 litres grand maximum, où on ne laisse que 5 litres en creux. Et bientôt ce seront dans des fûts de chêne normand de Camembert. Le vocabulaire est particulier. On parle de rime pour désigner un empilement de fûts, ou encore une pile. Il y en a 2000 ici, de grain fin et moyen au niveau des douelles serait le meilleur.

Pour l'assemblage, dira le maître de chai, je n'ai pas de plan Exel. Entendez par là que son savoir-faire n'est pas informatisé. Une bouteille peut être le résultat de 10 à 15 cuvées.
Le site de Reu dit Reu 1 a été construit à partir de rien en 2014. Reu 2 est un site industriel existant et remanié en 2017. Ce fut à la fois une superbe opportunité pour le groupe Spirit France qui a même réfléchi à l'opportunité de construire une sorte de pipeline pour relier les deux sites mais ils ont beau être très proches, l'opération s'avérait très onéreuse.
Jean-Luc Fossey, maître de chai pour le calvados Père Magloire, insiste sur une des caractéristiques, que le public n'a pas la compétence d'apprécier mais qui est essentielle, est d'avoir la capacité en cas d'incendie de noyer 450 mètre carrés en moins de 3 minutes, et de récupérer les eaux et les fuites de produit.

Les 45 cuves et 1700 barriques ont été acheminées ici depuis Pont-l'Evêque il y a environ 9 mois. Il a fallu démonter les plus grosses. Leur 4,30 mètres de diamètre ne passait pas par l'ouverture des portes, limitée à 4 mètres.

C'est à regret, mais pour obéir à des objectifs de sécurité que l'option déménagement a été enclenchée. Le site de Pont l'Evêque demandait des mises aux normes trop contraignantes. Et il était irréaliste d'espérer trouver une telle surface en pleine ville.
L'aménagement des deux sites a nécessité une enveloppe globale de 9 millions d'euros d'investissement pour transformer l’ancienne friche industrielle, occupée hier par une entreprise de chemins de câblage. Mais le résultat est à la hauteur des espérances. Les unités d'embouteillage sont ultra-modernes et très fonctionnelles, avec l'objectif d’augmenter la capacité de production, comme l'a souligné Serge Der Sahaguian, directeur général de l’entreprise (87 salariés).
Outre les activités administratives et de production, et le stockage sur près de 4 000 m², l’embouteillage occupe plus de 2 000 m². Tout est robotisé, mais drastiquement contrôlé par une présence humaine constante. et bien entendu c'est au Calvados que les bouteilles sont rincées dans l'avineuse.
Il se s'agitait pas non plus qu'une étiquette soit posée de travers.
Le contrôle se poursuit jusqu'au remplissage des cartons ... à la main.

Si rien n'a changé à Coquainvilliers, par contre la mutation est radicale chez Père Magloire à Pont l'Evêque, désormais fermé au public. L'article que j'avais consacré à cette visite est en quelque sorte devenu historique. En effet au printemps 2018, Spirit France y établira un musée, Calvados expérience.
On ne sait rien des expériences qui seront proposées. Peut-être la découverte d'un nouveau cocktail, ou une dégustation de calvados avec un fromage normand, ou en accompagnement d'une mousse au chocolat.
Ce sera un vrai parcours initiatique qui entraînera les visiteurs dans l’univers du calvados, un mélange de savoir-faire, de passion et de tradition qui fera appel à tous les sens des visiteurs, après un aménagement de 7 millions d’euros, et qui a été annoncé au cours de la soirée d'inauguration par Serge Der Sahaguian, Directeur Général du Groupe Spirit France, Jean Dutacq, Maire de Reux et Vice-président de la communauté de Commune Blangy Pont l’Evêque - Intercom, Audrey Gadenne, Conseillère départementale du Calvados, Sophie Gaugain, 1ère vice-présidente du Conseil Régional de Normandie et Nicole Ameline, Madame la Ministre et députée.

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