jeudi 11 octobre 2012

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck aux Editions de Minuit

Les Editions de Minuit étaient l'éditeur de Marguerite Duras et on a le sentiment que l'écrivain nous revient masquée avec ce titre composé de deux prénoms suivis d'un nom, comme Yann Andrea Steiner ...

L'alternance du vous avec le tu, entrecoupés de il n'est pas non plus sans rappeler la syntaxe particulière de MD.

Julia Deck signe un premier roman d'une main de maitre que les bibliothécaires d'Anthony m'ont fait découvrir au cours d'une matinée de présentation des nouveautés. Je l'ai dévoré en quelques heures.

On devine que l'auteur a effectué des repérages très précis dans les quartiers parisiens où elle plante le décor avec une minutie policière. Elle a vérifié et minuté tous les trajets qu'elle fait suivre au personnages jusqu'à la moindre bifurcation.

Viviane se rattache à des repères spatio temporels très rigides au fur et à mesure qu'elle perd pied. La réalité semble à portée de main et pourtant elle s'échappe en permanence. 

Cette femme est-elle complètement folle ou le devient-elle au fil des pages ? Peut-on donner raison à l'auteur quand elle affirme : vous étiez une femme tout à fait normale jusqu'à ce qu'on vous contraigne à devenir dieu sait quoi (page 44) ?

A ce stade on a envie d'interroger qui çà "on" et pour devenir "quoi" donc au juste ? Les pensées de Viviane sautent du coq à l'âne, divaguent et enchainent de drôles d'associations. Ses chaussons sont deux grosses boules de fourrure synthétique comme une paire de hérissons très doux (page 45).

C'est une personnalité fragmentée que l'on découvre différente avec son enfant, son mari, son employeur... Les marrons chauds du bout de la rue Louis Blanc évoquent ceux qu'on lui offrait devant les vitrines animées du boulevard Haussmann lorsqu'elle était une vraie bourgeoise (...) dans la bienheureuse ignorance de cet Est parisien où logent les classes sociales intermédiaires et sévissent les tueurs en série.

On la suit dans ses moments de panique. On compatit à ses malaises. Mais nous sommes bien les seuls à tenter de la comprendre. Ce n'est pas cette petite sorcellerie viennoise que pratique le docteur (page 52) qui va la sortir de là. Le psy ne l'aide pas, au contraire il la pousse à bout et au bout de ce bout se trouve une série de couteaux de cuisine. Il y aura crime. Le commissaire qui décidément n'en trave que dalle lui conseille de se ressaisir ou il va lui arriver des bricoles. Allez foutez-moi le camp lui ordonnera-t-il (page 62)

Viviane aura l'air de passer au travers des mailles du filet et le désintéressement des policiers va la pousser à prendre elle-même tous les suspects en filature. Mes pieds avancent et je les suis (page 63) ... nous avec et on se perd quand brusquement (page 88) l'auteur résume la situation. Nous sommes aujourd'hui le lundi 25 novembre et il est grand temps de faire le point.

Viviane vacille ou fait face, c'est selon. Elle découvre l'ultra compétence d'Héloise qui risque bien de la remplacer au-delà de ce congé de maternité qui arrive à son terme. Encore heureux qu'une erreur d'accord de pluriel la rassure sur son aptitude a conserver, sinon un avenir, du moins un présent dans l'entreprise.

Elle supporte Julien, l'ex, le père de l'enfant, qui souhaite échanger le chat contre sa fille et qui réclame une garde alternée. elle rencontre l'épouse du psy, la maitresse ...  Cela devient trop. Viviane craque pour de bon. Elle est bonne pour l'internement, les neuroleptiques, le défilé des spécialistes, les tests sans conclusion, les évaluations, l'expertise judiciaire dont on ne sait pas où elle va mener. L'ennui. De nouveaux interrogatoires. L'incapacité de répondre : il y a des choses qui échappent même à l'auteur.

La signature en bas d'une page. C'est bon, on va s'en tenir là conclut le commissaire. Et voilà que surgit Pascal Planche, dont le nom prédestiné apporte le salut d'un assassin potentiel. Mais qui dit vrai ? Lui qui nie ? Vous qui avouez ?

Julia Deck nous promène par le bout du nez dans une littérature de l'absurde qui n'a pas peur d'être très drôle. On s'amuse follement.

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck aux Editions de Minuit.

1 commentaire:

Laurent Béranger a dit…

Julia Deck sera présente le 24 octobre à partir de 18h à la librairie AUX LIVRES, ETC. 36 rue René Boulanger 75010 Paris
01.42.03.39.96
Pour en savoir plus :

www.auxlivresetc.com

Laurent Béranger

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