vendredi 16 mai 2014

Les Tchouks abordent Rue de Sèvres

Je vous l'ai dit il y a quelques jours. Rue de Sèvres, qui est la contre allée "Bande dessinée" de l'Ecole des Loisirs, a décidé de tracer un raccourci entre album et BD, joliment baptisé "Premières Bulles".

Après Mon père ce héron, croqué par Jul, voici la bande des Tchouks conçue par un trio qui porte un double nom : Kerascoët et Benjamin Richard.

Une bande d'animaux anthropomorphes construit une cabane (T 1) puis s'en va prendre la mer (T2). Cela va sans doute plaire aux apprentis lecteurs. Ils ont de quoi s'occuper à se familiariser avec les noms des personnages, tous des Tchou quelque chose plus ou moins sympathique, histoire de composer un groupe de mômes assez terribles, surtout ceux qui sont censés représenter le sexe dit fort, les Pitchouk, Patachouk, Tchougris, Tchoukrik, Tchoukidou, Tchougrak et compagnie.

C'est là que je ne "suis" pas les auteurs dans la voie qu'ils ont choisie. Je m'interroge d'ailleurs : est-ce consciemment qu'ils ne donnent jamais la parole aux filles ? On ne leur demande pas leur avis sur les caractéristiques que la cabane devra satisfaire. j'ai remarqué une seule représentante féminine, une petite Tchouki rêveuse, trainée par un Tchougris. Elle ne lâchera pas sa fleur pendant que ses copains s'activent à la construction de la cabane.

C'est ce même Tchougris qui prend la direction des opérations au bord de la mer en proposant une autre construction, cette fois un château de sable. Les filles bossent, muettes sur tous les dessins. Un des personnages a beau dire "On avait tous un rôle" il suffit de bien regarder les images pour comprendre que les filles sont limitées à la contemplation des exploits masculins, et de l'ego surdimensionné de Pitchouk fanfaronnant à la proue du bateau.

Je suis sévère, sans doute. Mais je ne peux pas cautionner cet univers très masculin, limite macho, alors qu'on abreuve les enseignants de nos écoles primaires de circulaires ministérielles les alertant sur la nécessité de mieux choisir les livres qu'ils lisent ou mettent entre les mains de leurs élèves. La parité des beaux rôles est désormais devenue une exigence pédagogique. Il s'agit de lutter contre tout ce qui inciterait les petites filles à limiter leurs ambitions.

On pourrait considérer cela au second degré mais je serais davantage prête à le faire si les auteurs avaient renversé les rôles. L'influence de la littérature jeunesse sur le jeune lectorat peut être énorme et il faut que les auteurs en aient pleinement conscience.

Scrutez la galerie de portraits des 20 Tchouks en pages de garde. A moins d'être miro je ne repère que 5 filles. Elles ne représentent qu'un quart des personnages. alors si en plus on ne leur donne pas la parole elles n'existent pas davantage que la Môme néant de Jean Tardieu.

Maintenant qu'ils en sont prévenus on peut espérer que B. R. et K. vont corriger le tir. Il faut savoir qu'ils ont à portée de crayon une tchoukinette qui pourrait devenir leur conseillère particulière, une certaine Rosalie à qui j'ai vu qu'ils avaient déjà dédicacé les deux premiers ouvrages. Je le souhaite vivement parce que les personnages ont un capital de sympathie qui peut vite grandir et on sent que la série a du potentiel.

Benjamin Richard et Kerascoët, On a fait une cabane !, et On a vu la mer, Rue de Sèvres, en librairie le 14 mai 2014

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