mercredi 7 mai 2014

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond

Quand je reçois un premier roman il court-circuite systématiquement ceux qui patientent jusque là sans faire de bruit dans ma "pile de lecture". Je me sens une responsabilité vis à vis de cet objet en pensant aux espoirs que l'auteur a placé en lui.

Ma bienveillance s'arrête là. Je n'ai pas moins d'exigence et ma critique peut être sévère, sans que je prétende avoir raison.

Le bonheur ... n'a pas dérogé à la règle. Et me voilà bien en peine de rédiger une chronique sur ce livre. L'image qui me vient pour en parler serait celle d'un flipper. Je ne sais pas si vous avez déjà joué à ce jeu mécanique, puis électronique, qui a fait fureur dans les cafés jusqu'à ce qu'il soit détrôné par les jeux video dans les années 80.

Le but était de propulser la boule métallique le plus longtemps possible en évitant qu'elle ne sorte du plateau de jeu.

Les personnages d'Elise Tielrooy sont autant de billes qui se télescopent de multiples façons. J'en ai eu parfois le tournis. Je me suis perdue aussi entre les échanges à haute voix et les dialogues intérieurs.

J'ai lu jusqu'au bout parce qu'il y a de très beaux passages, des envolées lyriques très bien construites, des personnages attachants, des relations originales, des rebondissements incessants qui tiennent véritablement en haleine et de jolies formules.

Bref, ce livre est bouillonnant, comme le sont les bains où plongent les clients du centre de thalassothérapie où ils sont arrivés pour se ressourcer. Il y a, pêle-mêle, une caissière de supermarché (c'est incroyable comme ce métier est à la mode dans les romans ces jours-ci...) ayant gagné un concours, une retraitée richissime, un couple usé par la vie de famille, un chef d'entreprise, une opportuniste, un concierge compatissant, ... et surtout une masseuse de 22 ans, qui va voir son passé ressurgir et mettre un joyeux désordre dans le bel équilibre des soins, entamant au passage bien des défenses et fragilisant les curistes les plus résistants.

Ses mains sont quasi magiques. Normal me direz-vous pour une masseuse. Mais c'est  bien plus que cela et ce n'est pas sans faire penser d'une certaine manière à celle d'Anna des miracles, que j'ai lu juste avant.

Pour ce qui est de thérapie, chacun a un problème à régler et le poids, les vergetures ou les rhumatismes ne sont que secondaires. Comme le dit l'auteur, ils ne "sortiront ni minces ni détendus mais globalement meilleurs" et c'est ce qui fait le charme de son livre.

Les problèmes tourbillonnent et semblent aspirer chacun dans un vertige qui les tire par les pieds au plus profond d'eux-mêmes. Ils vont pourtant parvenir à remonter à la surface, avec plus ou moins de cocasserie, quitte à faire des dégâts.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille est vraiment une tragi-comédie, cocasse et pétillante que je verrais bien se décliner en feuilleton. Comme quoi son point faible pourrait être une force.

Vous connaissez sans doute Elise Tielrooy comme comédienne. Au cinéma, elle fut notamment l'infirmière Cécile de La Chambre des officiers, réalisé par François Dupeyron en 2001, d'après le roman éponyme de Marc Dugain. Elle sort du tournage des épisodes de la quatrième saison de Mes amis, mes amours, mes emmerdes sur TF1 où elle incarne Marie Belot Kleber.

Sa carrière d'écrivain ne fait que commencer et ce serait dommage qu'elle s'arrête en si bon chemin.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond, en librairie le 7 mai 2014

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