vendredi 2 mai 2014

Ma rencontre avec Sylvie Bourgeois, pour J'aime ton mari

Hier, je vous disais combien j'avais apprécié, le mot est faible, le dernier livre de Sylvie Bourgeois J'aime ton mari, aux éditions Adora. Je disposais des coordonnées de l'auteur. C'était trop tentant de lui proposer une rencontre au Flore, que je savais être son café préféré. Il faut dire que leur chocolat y est délicieusement velouté et qu'il favorise les confidences.

Je l'ai interrogée à propos de la citation d'une marque de vêtements dans son livre. Elle m'a confié son goût pour la psychologie, son amour pour la vie de son quartier et m'a raconté ses habitudes de travail.

Une fille du 6 ème
C'est peu dire que Sylvie Bourgeois aime son quartier. Il est propre, il sent bon, il est formidable. Elle y circule à bicyclette. Elle y fait ses courses, dans des boutiques tenues par de vrais commerçants.

Elle est au Flore comme chez elle, adore y boire un chocolat chaud le soir en compagnie de son mari. Elle connait chaque garçon et beaucoup de clients.
Sylvie a la psychologie dans le sang
C'est une mathématicienne née. Elle analyse le comportement des gens de façon quasi scientifique. Elle arrive très vite à prédire l'enchaînement des actions à partir d'une réaction, d'une petite phrase., en mobilisant ce qu'elle ressent. Puisque tout obéit selon elle à une logique prévisible ... enfin pour elle.

Ses copines font appel à son double talent (l'intuition et le sens de la formule) pour lui demander conseil au moment de rédiger "le" SMS qui touchera le coeur de leur future moitié. On pourrait dire d'elle que c'est une bonne âme.

Une radio l'a engagée comme chroniqueuse du courrier du coeur et pendant un mois elle a dispensé des conseils amoureux. Le plus déroutant : ne cherchez pas le grand amour ... pour le  trouver ! Vous devinerez qu'elle ne recommande pas la fréquentation des sites de rencontres, ce qui transparait clairement dans son dernier livre.

Elle glisse dans chacun de ses romans sa phrase fétiche (p. 95 de J'aime ton mari). C'est mon gimmick, concède-t-elle avec malice depuis mon premier roman Lettre à un monsieur (Editions Blanche, 2003). Aucun homme n'y résiste. Et je vous laisse le plaisir de la découverte.

Au Salon du livre de Saumur, les deux tiers des acheteurs du livre étaient des hommes, interpelés par la couverture sous l'oeil médusé de leurs épouses.
Elle ne recycle pas les confidences
Sylvie ne raconte jamais ce qu'on lui a confié. C'est une éponge qui mémorise tout ce qu'elle entend sans jamais prendre de notes. Sa mémoire est infaillible : j'ai tout dans la tête. Je ne stocke pas des cahiers noircis de petites phrases et de bons mots.

Elle aime la réalité, l'observer, la décrire.

Elle se sert de ce qu'elle connait. Comme la misère financière pointée à Saint-Tropez où la solitude est la pire des hontes.

Elle pourrait s'énerver pour un "non"
Les protocoles sont devenus aberrants. Sylvie en donne des exemples en racontant les mésaventures d'Emma dans l'aéroport. Quand elle veut récupérer le sac oublié dans l'avion elles se heurte à la violence institutionnelle lui réclamant une pièce d'identité. Comme si elle pouvait en produire une !

Sylvie confie que le "non" la fatigue beaucoup. Toutes les procédures que nous subissons seraient tolérables si elles servaient à améliorer le quotidien alors que c'est tout le contraire qui se produit.

Elle me confie aussi qu'elle n'aime pas la "chick lit", une romance qui selon elle aide à foutre sa vie en l'air. Les héroïnes de Sylvie ne sont pas superficielles. Elles font face à de vrais problèmes et ne se complaisent pas dans le rêve. Elles ne fantasment pas leurs désirs comme le personnage incarné par Sophie Marceau dans le film Une rencontre dont on parle beaucoup ces jours-ci.

Ses personnages féminins sont animées par des valeurs de bienveillance, de solidarité, de partage et d'équilibre. Elles sont capables de courage. Ce sont de vraies filles, pas des caricatures.
Un partenariat avec la fée Maraboutée
C'est important de visualiser au plus près un personnage. Ce n'est pas la même femme qui s'habille en Caroll, en Heimstone, ou en Maje. Toutes les filles n'ont pas les moyens de se payer des vêtements Agnès B ou Prada, même en soldes.

Quand Charlotte prête une de ses tenues à Emma elle choisit une robe pas chère, qui ne nécessite pas de passer par la case pressing avant et après. Et s sa copine tombe dans un buisson d'épines avec (la jeune femme mélange boisson à bulles et codéine, ce qui provoque quelques effets secondaires) et qu'elle l'abime personne n'en fera un drame.

Tant qu'à faire, on oublie la petite robe noire passe-partout et on opte pour un ton qui vous assurera la vedette. Sylvie fait donc porter à son héroïne une robe couleur framboise qu'elle attribue à la fée Maraboutée sans savoir que ce modèle existe bel et bien dans la collection printemps-été, et qu'il est fluide à souhait, selon la formule qu'elle estime magique pour la ligne. C'est plutôt original et vous n'êtes pas obligé de me croire mais ce n'était pas prémédité.

Plusieurs connexions existent entre la marque et la romancière. Jean-Pierre Braillard, le directeur artistique de La fée Maraboutée, et Sylvie sont tous deux originaires de Besançon. Fred, le coiffeur des stars, qui transforme Emma en véritable bombe, porte un tatouage de la fée... clochette. Et l’héroïne possède elle aussi des pouvoirs magiques : elle est barreuse de feu.

Le style vif, drôle, espiègle, positif et enjoué de Sylvie correspond parfaitement à l'état d'esprit de la marque qui lui a donc proposé un véritable partenariat coup de cœur. Un T-shirt à message J’aime ton mari a été réalisé à l’occasion de la sortie du roman le 5 mars, et un nombre limité de la fameuse robe framboise font en ce moment l’objet de jeux concours.

La fée Maraboutée n'a pas résisté. Elle a ouvert à Sylvie les pages de son blog quelques jours avant le nouveau Festival de Cannes.

Cette collaboration a changé un peu la vie de Sylvie qui porte désormais des couleurs. Elle a abandonné le noir qui "va avec tout". Sac rouge, blouson rouge, foulard fleuri ... lui donnent bonne mine. 
Ecrire est plus que son métier
En optant pour la troisième personne Sylvie bourgeois prend de la distance avec ses personnages, comme si elle les photographiait en se reculant. Cette position lui offre davantage de légèreté que le "je" des précédents romans.

Sylvie écrit ... ou pas. Et si c'est oui alors c'est à 100%. Il n'y a plus place pour le téléphone ou les mails. Les horaires deviennent des horaires de bureau jusqu'à l'achèvement du roman, ou du scénario. de tout le gros oeuvre, sachant qu'il restera des finitions coté ponctuation et corrections.

Elle aime écrire pour la concentration que l'exercice la contraint à avoir, pour ne pas s'éparpiller et tendre vers un objectif : Quand j'écris je vais quelque part.

Elle a beau adorer l'atmosphère du Flore c'est chez elle qu'elle se concentre le mieux. Dans un très beau bureau, vaste, sur une table blanche, nette et dégagée, où rien ne traine, confortablement calée dans un immense fauteuil rouge, avec un frigo bien rempli, et en sachant son mari dans une proximité rassurante : il ne faut pas être en manque pour pouvoir (bien) travailler, dit-elle en faisant allusion à la satisfaction des besoins selon la pyramide de Maslow.

Actuellement elle finalise l'Architecte, qui va être son prochain livre.

Que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ?
C'est la question que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, pose à ses employés. Sylvie se dit lucide sur ses capacités et ne prétend pas être Super Woman. Elle interroge son héroïne (p. 38) pour lui faire prendre conscience de la censure qu'elle exerce à l'encontre d'elle-même.

J'ai pointé hier que le livre était très dialogué. Ils servent à couper court aux explications que les auteurs délaient souvent pour justifier les attitudes de leurs personnages. En se relisant elle joue tous les rôles qui doivent résonner musicalement. Il faut que le lecteur entende les bruits de la fête.

On pourrait passer des heures en compagnie de Sylvie sans voir le temps passer. Elle a travaillé quinze ans dans la communication et nous avons presque des expériences semblables. On sent qu'elle n'a pas tout dit dans la petite série des Sophie ... au Flore et à Cannes.

Elle va repartir sur son vélo faire quelques courses indispensables. Elle pourrait aller nager si nous étions au bord de la mer car elle adore cet élément. Elle laisse le souvenir d'une femme qui sait penser, analyse, et rire aussi.

J’aime ton mari de Sylvie Bourgeois, chez Adora, sortie le 5 mars 2014

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