Une générale de presse a été organisée en avant-première pour deux spectacles programmés au Théâtre La Flèche l'après-midi du 5 janvier 26 et l'idée fut heureuse puisque dès le soir même la région parisienne était bloquée par la neige.La première présentait Les Beaux dans la mise en scène d’Anne Coutureau (ci-contre) qui répondait à une commande et qui n’aurait peut-être pas spontanément choisi ce texte de Léonore Confino parce que mon truc c’est de jouer.…
Initialement parue sous le titre de Enfantillages, aux éditions Actes Sud-Papiers, mais précédemment mise en scène sous le même titre par Côme de Bellescize au Théâtre du petit-Saint-Martin, cette comédie dramatique, urbaine et familiale sur la faillite du rêve matérialiste prend une tournure différente en étant rebaptisant Les rebaptisée.
Après s’être réjoui du bonheur exposé par le couple, le spectateur s’interroge sur la profondeur de leurs sentiments. Ou bien les comédiens jouent mal, ce qui est peu probable, ou bien les émotions exprimées sont surfaites, voire fausses, malgré la répétition comme un mantra de leur credo puéril : C’est nous les beaux. On est chanceux.
Les masques tombent, ou plutôt les perruques et le naturel revient au galop, foudroyant. Nous venons d’assister à la mise en scène de Ken et de Barbie par une petite fille de 7 ans qui, avec son regard d’enfant, essaie de comprendre ce qui se joue dans ce foyer dysfonctionnel où elle a compris que la colère est une maladie qui pourrit la vie parfaite dont elle rêve.
Lui (Cédric Welsch) et Elle (Yasmine Van Deventer) sont dans la réalité deux monstres qui rivalisent de mesquinerie pour se blesser. Léonore Confino est une orfèvre des mots. Elle en joue comme des épées qui font mouche à chaque fois. Elle les assaisonne subtilement de plaintes puériles à propos de 150 grammes de jambon italien à 230 balais qui se seraient évaporés du réfrigérateur, ou du désir d’aller chier dans des copeaux de bois que j’aurai coupés moi même.
Elle les épice en les faisant rejouer plusieurs fois sur des tons différents. La violence semble sans borne et bientôt débordera de manière spectaculaire dans un crescendo où le vitriol serait plus suave. Impossible de prendre parti. Impossible de s’attendrir malgré sa plainte à Elle d’être séquestrée ici avec un problème que l’on devine lié à leur enfant.
Ce qui est très fort dans le geste théâtral d’Anne Coutureau c’est précisément de ne pas attendrir le public qui aimerait que les violences conjugales cessent mais au contraire de le placer en étau au coeur d’un thriller dont il va chercher quel pourrait en être le dénouement sans imaginer que seul Monsieur Patate en sortira indemne.
Une fin heureuse serait-elle possible avec ces deux protagonistes qui se comportent en sparring-partners qui ne lâcheront jamais ? Il n’y a pas un fort et un faible. Tous deux s’accordent dans une symétrie parfaite, capables de relancer la machine en se lançant à la tête … des compliments qui résonnent comme des insultes sans jamais s’en lasser.
Les comédiens sont évidemment à la hauteur du challenge qui leur est imposé. Leur jeu frappe … dans le mille.
Je signale qu’Anne Coutureau, qui décidémment se spécialise dans les relations humaines conflictuelles, signe aussi la très belle mise en scène d’Andromaque qui se joue tous les lundis à 20 h 30 aux Gémeaux parisiens.
Les Beaux de Léonore Confino
Mise en scène d'Anne Coutureau
Avec Yasmine Van Deventer dans le rôle d'Elle et Cédric Welsch dans le rôle de Lui
Avec Yasmine Van Deventer dans le rôle d'Elle et Cédric Welsch dans le rôle de Lui
Au Théâtre La Flèche
77, rue de Charonne - 75011 Paris
Du 8 janvier au 12 Mars 2026
Les Jeudis à 19 heures


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire