Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 10 janvier 2026

Prof de Jean Pierre Dopagne, mis en scène par Cedric Garoyan avec Eric Fardeau

Je suis allée voir Prof à la Folie Théâtre le soir de la dernière, dimanche 4 janvier.

Il y a deux thèmes qui me freinent dans le choix des pièces, la guerre parce que même si je ne conteste pas le devoir de mémoire j'estime avoir personnellement suffisamment subi en la matière pour m'en affranchir, et l'enseignement parce que là aussi il y a des souvenirs que je n'ai absolument pas envie de réanimer.

Je ne dois pas être la seule à avoir ce type de résistance car il y a eu peu de presse et, à l’heure où j’écris, le spectacle n’est plus visible en région parisienne.

Et pourtant le seul-en-scène écrit par Jean Pierre Dopagne, interprété à la perfection par Eric Fardeau dans la mise en scène adéquate de Cedric Garoyan, mérite amplement qu'on plaide en sa faveur.

En avouant sa monstruosité c'est celle de notre société qu'il désigne. La responsabilité de la faillite du système éducatif est globale. Elle n'est pas que "nationale" (il serait temps d'ailleurs de rebaptiser l'institution comme enseignement national en gommant le terme d'éducation puisqu'il n'a plus guère de sens). Tout un chacun est responsable … et parfois coupable. Et bien entendu les parents en première ligne car ce sont eux les premiers qui devraient donner les règles.

Autrefois, on recommandait aux enfants d'être gentils avec la maitresse. Aujourd'hui, on leur souhaite que la maitresse soit sympa avec eux. Le prof n'a pas pour vocation d'aimer mais de faire oeuvre de pédagogie, ce qui étymologiquement signifie conduire sur le chemin du savoir. Pour ce faire il est nécessaire que le sujet en ait envie. Elle ne manque pas cruellement qu'à l'idole des jeunes, elle fait défaut aux adolescents que ce professeur a en charge.

Un jour, le poids est trop lourd sur ses épaules pourtant solides. Il craque et l'histoire bascule. Là encore l'étymologie vient à notre secours pour comprendre cette situation qui nous met sur le cul. Le seul à lui trouver une circonstance atténuante est une de ses victimes qui le rassure : à votre place j'aurais flingué tout le monde et bien avant. C'était pas humain ce que vous supportiez.

Le spectacle est malicieusement construit. Jean Pierre Dopagne fait le portrait d'un homme qui s'annonce d'emblée comme un monstre en entrant dans la salle du théâtre et bien entendu le public ne voit qu'un mec plutôt sympathique qui s'aprête à lui raconter une bonne blague. Mais il tient vite des propos caustiques, un peu abrupts : les élèves sont comme des animaux, agissant non par intelligence, mais par instinct.

Il est très critique à propos de la littérature et des auteurs de théâtre. Molière n'a pas grâce à ses yeux. Il dénonce son travers de répéter plusieurs fois la même suite de mots pour en avoir moins à écrire au final. Il a compté que Géronte demandait 7 fois : que diable allait-il faire dans cette galère ? 

Pourtant c'est la magie des récits, découverts en classe de 6ème, qui forgea sa vocation de devenir professeur, surtout pas enseignant. Le constat qu'il partage avec le public est très amer à propos de la fonction désormais dévolue au corps enseignant de devenir "baby-sitter à grande échelle puisqu'il n'y a plus de boulot", à offrir à la jeunesse.

L'homme affirme un caractère "entier", et ses propos sont sans concession. Il faut l'écouter pour mesurer l'ampleur de son infortune et ce qui l'a conduit à faire un geste "irréparable" et que pourtant la justice condamne à "réparer" par un Travail d'Intérêt Général consistant à dire à perpétuité son expérience sur une scène de théâtre, et à être (enfin !) écouté, aimé, et même applaudi, ce qu'il n'aurait jamais réussi à obtenir s'il était resté prof. Le diminutif claque comme un drapeau dans le vent et ce qui nous est montré est un véritable drame social mêmes s'il est traité avec beaucoup d'humour … noir.

Il faut souhaiter que le spectacle soit repris. L'interprétation d'Eric Fardeau mérite le prix qui lui a été accordé aux Théâtralies de Cannes.
Prof de Jean Pierre Dopagne
Mis en scène par Cedric Garoyan
Avec Eric Fardeau
A la Folie Théâtre - 6 rue de la Folie Méricourt, Paris 11e
Du dimanche 7 septembre 2025 au dimanche 4 janvier 2026
Le dimanche de 19 h à 20 h 20

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)