vendredi 28 octobre 2011

Philippe Adrien met en scène les Chaises à la Tempête

Après Avignon cet été où le spectacle a été créé, les Chaises ont été disposées dans la salle Copi du Théâtre de la Tempête. C’est important d’avoir donné un nom, et quel nom, à cette scène qui ne sera plus la « numéro 2 » ou « la petite » comme le disait si joliment Philippe Adrien en juin dernier au cours de la soirée de présentation de la saison 2011-2012.

Un spectacle sur deux sera dorénavant donné dans la salle qui rend hommage au romancier, dramaturge et dessinateur argentin, et francophone, qui a tant marqué l’aventure de ce Théâtre de la Tempête.
Philippe Adrien retrouve la Compagnie du 3ème Œil avec laquelle il a déjà monté le Malade imaginaire. Son amitié avec Bruno Netter remonte à 25 ans. C’est dire qu’ils ont appris à se comprendre. On ne travaille pas indifféremment avec des comédiens porteurs de handicap et des « valides » mais on y parvient, et sans exhiber le handicap.

Beaucoup de spectateurs ignoraient ce soir que la vieille est sourde, et que l’orateur n’est pas muet mais aveugle. Le théâtre n’est qu’illusion mais il est aussi la vie.

Les spectateurs sont entrés dans une obscurité profonde alors que le couple est déjà là. On pourrait croire qu’ils habitent depuis la nuit des temps dans cette tour, dans ce moulin sans âge, encombré de chaises hors d’usage, ceint de hautes parois métalliques, un cylindre devenu une île qui s’enfonce dans l’eau croupie qui, bientôt, les absorbera. Le soleil a fui depuis longtemps mais il en reste l’ombre.

Il est en haut de l’échelle comme une grenouille qui guetterait une météo favorable. Elle est prostrée au centre de leur monde qui se décompose. Ionesco a écrit la pièce en 1951. Le vieux est le vieux, mon chou, c’est tout. La vieille est Sémiramis, fondatrice légendaire de Babylone, capable de détourner l’Euphrate pour irriguer ses jardins suspendus.

Ici elle soutient le dialogue avec son compagnon. Avec un amour infini. C’est tout ce qu’elle fait. C’est tout ce qu’elle peut faire. Depuis 75 ans, c’est toujours la même histoire, c’est ta vie et elle me passionne. Pour toi, mon chou, je redeviens neuve tous les soirs.

Absurde ? Certes ! La vieillesse est un fardeau bien lourd. Le temps est passé aussi vite que le train. Il a tracé des rails sur la peau. Il est trop tard pour devenir Isolde et Tristan, pour cueillir les dernières roses de la vie, brandir du muguet en suppliant de n’être pas oubliée.

Ces deux là ne s’entendent plus, ne se voient plus. Un brouillard envahit l’espace. Ils voudraient vivre encore, lutter pour un message, le délivrer aux invités qui vont venir ce soir, ou le confier à l’Orateur qui ne pourra qu’esquisser une gesticulation de chef d’orchestre puisque c’est toujours la même musique. Logique !

Bruno Netter a bien raison de répéter que le théâtre ne connait pas la nuit. Philippe Adrien le démontre en triomphant de l’impossible. Initialement Bruno devait interpréter le vieux mais il a fallu trouver un nouvel équilibre et c’est finalement Alexis Rangheard qui a endossé le rôle tandis qu’il lui donnait celui de l’orateur.

Monica Companys a beaucoup travaillé, s’appuyant en répétition sur les lèvres de son partenaire pour lui donner la réplique ou sur des signaux visuels. Elle s’est libérée peu à peu de ces béquilles et leur dialogue est devenu naturel. Subsiste un phrasé qui lui est particulier et qui participe à la dimension insolite du spectacle mais ô combien poétique.

Les Chaises
, d’Eugène Ionesco, mise en scène de Philippe Adrien. Depuis le 15 octobre et jusqu'au 5 novembre 2011. Du mardi au samedi à 20h30 ; le dimanche à 16h30.


Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Tél : 01 43 28 36 36.

Une représentation supplémentaire a été ajoutée le 5 novembre en raison du succès de la pièce.

Contact: 01 43 28 36 36 billetterie@la-tempete.fr

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