mercredi 25 mai 2011

Michèle Nguyen présente Vy dans plusieurs festivals

Michèle Nguyen a remporté le Molière du jeune public qu'avec beaucoup d'humilité elle se refuse à mettre en avant.

Personnellement c'est le terme de "jeune public" que je voudrais gommer parce que son spectacle a une portée universelle.

Elle est programmée dans de nombreux festivals, comme celui des Arts du récit de Grenoble ou Ô4vents de Paris. C'est d'ailleurs là, dans la salle du Centre Wallonie-Bruxelles que j'ai couru pour la voir car, après l'avoir rencontrée dans les coulisses de la cérémonie des Molières j'avais hâte de découvrir son travail.

Vy est le prolongement d'un voyage que la conteuse a commencé avec A quelques pas d'elle, mis en scène Alberto Garcia Sanchez en 2005 et qui s'est poursuivi avec Ma sœur ma juge, une adaptation d’un récit de vie d’une juge des enfants. Ce texte bouleversant l'avait renvoyée à sa propre enfance.

Celle d'une fillette qui rêvait de devenir danseuse et qui a fait le grand écart entre trois cultures, celle de son père, vietnamien, de sa mère belge et de la terre où elle est née, l'Algérie.

Le Vietnam lui a apporté la danse, particulièrement la passion du mouvement, fut-il infime, mais aussi le racisme. Elle revit avec surprise le regard que les autres posaient sur elle qui ne se voyait pas comme asiatique, sidérée d'être traitée de "chintok" et ne comprenant pas quel péril (jaune) elle était censée représenter.

Michèle Nguyen bouge peu et n’improvise pas. Tous ses textes sont écrits. Elle rêvait de travailler un jour avec une marionnette. Il lui a fallu composer avec ses capacités de manipulation. De quatre bâtons il n’en reste aujourd’hui qu’un seul.
Arriver à penser, dire, manipuler en même temps a nécessité de nombreuses répétitions. Jusqu'à ce que le geste vienne du propre corps de la conteuse pour prolonger naturellement l’émotion, remplacer un mot ou apporter un contre-point.

La marionnette arrive sur scène dans un sac. Puis elle devient vite une partenaire de jeu. Et on se surprend à la voir vivre. Elle permet de trouver les mots pour dire aux enfants (mais aussi aux adultes) que oui on peut continuer à vivre malgré tout ce qu'on a vécu d'horrible et d'indicible. C'est en s'appuyant sur sa propre enfance que Michèle Nguyen s'adresse (aussi) aux enfants en perte de tout, sans pour autant se lancer dans une thérapie car pour elle la scène n'en est pas le lieu.

Ouvrir la porte de son enfance conduit aux autres.

De l'Algérie où elle a vécu cinq ans, elle se souvient encore de l'odeur de sa nounou, des mots doux, de l'accent.

Elle doit à la Belgique une croyance immodérée dans des superstitions qui ouvrent la porte des rêves. Le spectacle relate par exemple le Combat de Saint Georges avec le dragon, a lieu chaque année sur la Grand'place de Mons, le dimanche de la Trinité. C'est un temps où tout le monde fait la fête. Elle ne peut pas regarder une étoile filante sans faire un voeu. J'ignore si une nuit elle a souhaité devenir une princesse mais je pense que le vœu de Vy d'être artiste est exhaussé pour toujours.

Elle aime la langue française qu'elle dit être son pays et dont elle joue comme d'une partition, avec dans la voix des intonations et des couleurs qui transportent d'un continent à l'autre sur un territoire commun qui est celui d'une poétique musicale. On en sort grandi et léger, magnifiquement.

Crédit photo pour le cliché du spectacle : ANIK RUBINFAJER

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