vendredi 3 janvier 2014

Mandela de Justin Chadwick, un long chemin vers la liberté

Il y a des films que je vais voir "par acquis de conscience", estimant que le sujet à lui seul impose le déplacement.

Mandela est de ceux là. Mais sa longueur a failli me faire reculer. Quelle erreur : je n'ai pas vu le temps passer. Tout n'est pas dit de la vie de cet homme exceptionnel mais ce qui est montré est très juste. En toute logique puisque le scénariste anglais, William Nicholson, a adapté l'autobiographie Un long chemin vers la liberté (Long Walk to Freedom, 1994) de Nelson Mandela, racontant son enfance, sa carrière politique, ses luttes anti-apartheid et ses années de prison.

Le film est sorti le 28 novembre 2013 en Afrique du Sud, quelques jours avant la mort de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013. Mais il n'y a rien eu de programmé et ce n'est pas un "coup" marketing puisque le travail a duré 16 années. Chaque plan et respectueux des protagonistes.

Faut-il rappeler le sujet :
Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.
Pour retracer 70 ans de la vie du premier président de la république d’Afrique du Sud le réalisateur a fait appel à trois acteurs : Siza Pina durant son enfance, Atandwa Kani de 16 à 23 ans et Idris Elba de 23 à 76 ans, avec un maquillage adapté pour faire vieillir le visage du comédien sur 53 années. Sur le plan de l'interprétation, et même si le comédien britannique ne ressemble pas à Mandela il l'évoque à merveille et son personnage est totalement crédible.

Le film est à la mesure du sujet, avec plus de 12 000 figurants, ce qui est un record.

Il a un intérêt historique manifeste, mais pas seulement. Il faut le voir en version originale pour entendre cet accent sud-africain si particulier. On comprend ce qui a uni puis divisé le couple mythique Winnie-Madiba. Le surnom de celle-ci s'accorde à son tempérament de gagneuse. Et il faut souligner combien Winnie l'aura soutenu, au prix fort puisqu'elle a été elle-même incarcérée.

Je croyais connaitre l'histoire de Mandela. En fait je n'en connaissais que les grandes lignes, et j'ai autant apprécié le fond que la forme.

On devine que les origines sociales (il est issu d'une famille royale) de celui dont le nom tribal était Madiba (fauteur de troubles) ont autant compté que sa profession (avocat) pour forger un tempérament de leader.

Sa force de caractère, sa capacité d'empathie (il a appris l'afrikaner en prison) et sa mémoire (jusqu'au moindre détail de toutes ses conversations), se conjuguaient à un sens de la dialectique exceptionnel. Ainsi lorsque le gouvernement pense avoir obtenu son appui il répond avec un sourire qu'il n'a fait jusque là qu'écouter. Il ne cède rien, jamais et n'acceptera aucune offre de liberté conditionnelle.

On prend une vraie leçon en le regardant. Mandela n'était pas seulement charismatique. Il avait une vision à long terme de ce que son pays devait devenir, un profond attachement à la démocratie et il était prêt à s'opposer à toute forme de raciste et de domination, qu'elle soit blanche ou noire. Il avait aussi, et c'est sans doute encore plus rare, une capacité à pardonner, ce qui fut le point de rupture avec Winnie.

On mesure aussi les souffrances qu'il a endurées. Mais contrairement à d'autres héros il aura de son vivant pu constater qu'il avait choisi une voie juste. Puisse-t-il être un exemple ... dans des contextes qu'on ne peut que souhaiter moins dramatiques évidemment.

C'est aussi un film qui peut être bouleversant (une spectatrice s'est mise à hurler et a du quitter la salle) mais c'est un témoignage très fort sur lequel on ne doit pas faire l'impasse.

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