mardi 31 mai 2011

Mon petit bunker de Marine Bramly

Marine Bramly est née à Dakar en 1969 et il est probable que ce ne sont pas les seuls points communs qu’elle ait avec Noah, l’héroïne de son second livre, qui se trouve faussement facile à lire. Le style est simple mais les idées sont complexes.

Quand elle nous embarque au profond de l’Afrique ce n’est pas pour faire une balade touristique. On est davantage dans le documentaire ethnologique et psychologique.

Mais ses parents l’élèvent –ou plutôt la font vivre- comme une enfant des rues, livrée à elle-même et aux rudes us et coutumes de la société africaine qu’elle respecte sans se plaindre. Capable de décrocher un pain de singe du haut d’un baobab, de mendier en « faisant pièce dans l’eau » auprès des touristes, rude au travail (elle devient gardienne de chèvres dans le désert), refrénant sa faim en fonction de la nourriture disponible … on ne peut pas dire qu’elle a eu une enfance choyée.

Tout au plus on dira que cette anti-éducation, directement consécutive au mouvement de mai 68 lui a forgé le caractère et permis de développer des capacités créatrices. Elle ne l’a cependant pas du tout préparée à une vie d’adulte : elle était dotée d’une volonté en béton armé pour les choses qui ne changeaient à peu près rien à sa vie alors que les grandes résolutions montraient des fragilités de château de sable.(p.107)

Quand on a vécu au Sénégal dans le non conformisme absolu il est difficile de mener une vie « normale » en France avec un mari qui a des attentes classiques et qui croit être drôle lorsqu’il invoque une plaisanterie libanaise comme quoi chez les femmes la tête est faite pour le coiffeur. Heureusement qu’il fait la cuisine, sinon il ne serait qu’un affreux macho.

Pourtant Noah pourrait concilier passé et présent en devenant artiste reconnue. Un mécène vient d’ailleurs de lui consentir une énorme avance pour un projet auquel hélas Noah a bien du mal à démarrer. C’est qu’il lui faudra d’abord faire la paix avec les démons de son enfance.

Un à un les souvenirs seront extirpés du passé, analysés, nettoyés et ordonnés comme un entomologiste ferait avec une collection d’insectes. Elle règle ses comptes sans amertume avec la mère absente et le père omnipotent, qu’elle appelait dieu et qu’elle vénérait jusqu’à ce qu’il l’abandonne en plein désert.

J’ai pensé à Marguerite Duras, élevée à la dure sur un autre continent. Comme elle la petite Noah adolescente est émue par un homme parmi une foule prenant le bac. (p.141) Sauf que celui de Noah roule à moto … comme son père … et comme son mari rêverait de pouvoir le faire.

Le titre du livre représente plusieurs forteresses. La construction de la seconde guerre mondiale qui surgit encore du sable de la plage de Dakar, et où elle a failli être victime d’un viol en réunion. L’atelier qu’elle s’installe sous les toits et où elle vient se ressourcer dans la solitude. Métaphore enfin de l’enfance qui fut un carcan et dont il lui faudra se libérer.

J'ai pensé aussi à Carmen Bramly dont le livre Pastel fauve se fait l'écho d'une autre adolescence, à une autre époque. Décidément il y a bien du talent dans la famille Bramly.

Mon petit bunker de Marine Bramly, chez Jean Claude Lattès, 2011
Livre chroniqué dans le cadre du partenariat avec Babelio.

1 commentaire:

trampoline a dit…

Superbe romanqui m'a transporté et fait oublié les soucis du quotidien.

Marine

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