lundi 7 mars 2011

Pastel fauve de Carmen Bramly

On sait d’elle qu’elle fait ses études au lycée Fénelon, que c’est son premier roman et qu’elle est la fille d’un écrivain (voilà c’est dit). Carmen Bramly écrit sans complexe ni peur des mots crus, mais devient pudique dès que cela ne compte pas pour du beurre.

Son style se situe en bordure du langage parlé, quoique la syntaxe soit irréprochable et que son lexique soit étendu. Le résultat est très dynamique, toujours spontané et résolument intelligent. Écrire un premier roman avec ce talent là n’est pas courant et je suis heureuse de n’être pas passée à coté.

Le résumé :
C'est la dernière nuit de l'année. Paloma, quatorze ans, s'apprête à réveillonner sur l'île de Bréhat, où ses parents ont une maison de vacances. Elle doit retrouver Pierre, de deux ans son aîné, qu'elle connaît depuis toujours. Ils ne se sont pas vus depuis l'été précédent, l'adolescente s'est transformée et les rapports sont à réinventer. C'est la dernière nuit de l'année et peut-être aussi un adieu à l'enfance.

Pierre est étudiant à l’Alsacienne (elle n’explique pas mais on sait que bien des célébrités sont passées dans cette prestigieuse école privée où Anne Sinclair fut la camarade de Véronique Sanson). Il habite le 6 ème, non pas étage, mais arrondissement. Plus bobo impossible.

Il crane qu’il veut plus tard devenir un intellectuel de gauche avec des idées de droite (p 40). Elle voudrait être actrice, mais n’ose pas le dire tant cela fait tarte. Se contente donc d’affirmer qu’elle veut dévorer la vie.

Paloma est ce qu’on appelle une romantique. Elle se complaît dans le passé. Elle fredonne des paroles de chanson des Kinks, un groupe mythique des années 60. Qui d’entre nous ne connait pas le rauque You really got me ou le suave Sunny afternoon ?

Parfois midinette, elle fantasme un trip avec Peter Doherty qui revient en boucle au fil des chapitres depuis qu’il a loué l’appart de sa tante dans le même immeuble. Mais pour ce qui est de l’amour elle craint surtout de s’en faire une idée fausse en le réduisant à un rapport de forces.(p.147)

Plutôt sportive elle fait du vélo (évidemment à 15 ans on ne pilote pas une décapotable comme Sagan … A 50 non plus d’ailleurs) et le vélo est un super moyen de transport même si le sien est une bécane défoncée , sa madeleine de Proust, version SM dont les barres du porte-bagage lui détruisent toujours autant les fesses (p.34)

Souvent très sérieuse, elle a grandi en adulte avec des adultes, sous l’influence de protestants dégénérés ayant connu des jours meilleurs. Dans un hôtel particulier qui s’effondre. Avec un jardin d’herbes folles et de statues grises aux visages tragiques (p 69). Elle a été scoute (sa sent le vécu). Son père est écrivain (dans la vraie vie aussi mais je me répète). Ses références sont Phèdre, Zola. Elle a lu la Vie devant soi à 7 ans (çà sent encore le vécu). A 20 ans dans sa tête, 14 dans son corps. Et ne croit pas penser comme une ado de base. Never complain, never explain.

Pourtant, en fille réaliste et pas bêcheuse, elle s’estime chanceuse par rapport au tiers-Monde même si son avenir, elle le voit déchiré, émietté, sanglant, à croire qu’elle devra toujours livrer bataille (p.35). Avec le recul, certainement, chaque combat lui semblera effectivement avoir été gai, joyeux et la nostalgie, à nouveau s’emparera d’elle, elle le sait d’avance. Et je l’approuve.

Au cours de cette dernière soirée de l’année, Pierre et Paloma cherchent des sujets de conversation. Par exemple autour de leurs préférences (p.110). Elle adore le noir, son livre fétiche c’est la vie devant soi (forcément), et ses films de prédilection, Boulevard du crépuscule et la Comtesse aux pieds nus. Elle aime le blues des années 60 en regardant le coucher du soleil.

Lui c’est le gris parce que ce n’est ni trop blanc, ni trop noir, et comme film, les Blues brothers. Il aurait adoré vivre lui aussi dans les années 60. Ils rêvent tous deux devant des films comme Good morning England tout en ne croyant pas que la période fut si belle et si heureuse que çà. Ni que tout le monde se baladait à poil en chantant.

Comme tout le monde ils abordent le sujet des bonnes résolutions pour 2011 (p.129), ce qui équivaut pour Paloma à lui fixer un ultimatum :
soit tu t’embarques avec une fille un peu barge dans l’aventure de ta vie, soit tu me perds à tout jamais. Vas-y, réfléchis, livre-toi à un monologue intérieur, tu as trois minutes pour te décider, je ne contesterai pas ta décision, je ne te bousculerai pas, ce sera ton choix, pas le mien.
A la fin ils seront apaisés, heureux d’avoir enfin réussi à se parler en adultes, sans problème d’amour-propre mal placé. Estimant qu’ils en ont fini avec les gamineries (p.171).

Je n’apprécie pas souvent les romans pour ado écrits par des adultes. Je les trouve gnan-gnan et je ne parviens même pas à écrire une chronique à leur propos. J’ai adoré ce livre pour adultes écrit par une ado. Et j’applaudis à ses derniers mots, en forme d’avertissement à ceux qui feront la fine bouche sur son talent :
Dans la vie il vaut mieux avoir des remords que des regrets ( …) si vous cherchiez une belle morale sur l’adolescence vous n’avez pas ouvert le bon bouquin, moi je parle de la vie, et dans la vie, il n’y a pas de morale, pas d’interprétation intello qui tiennent (p.176)
Je suis restée au plus près du texte et il me reste une jolie musique de cette lecture que je voulais partager avec vous.

Pastel fauve, Carmen Bramly, Éditions Jean-Claude Lattès, 2010

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