mardi 8 mars 2011

We want sex equality

Au printemps 68, une ouvrière découvre que, dans son usine, les hommes sont mieux payés que les femmes. En se battant pour elle et ses copines, elle va tout simplement changer le monde ... C’est l'histoire véridique du soulèvement de 183 femmes de l’usine Ford de Dagenham (Essex) dans la banlieue Est de Londres. Un incident mineur au départ qui va prendre une colossale ampleur puisque les ouvrières décident de braver leurs patrons américains en annonçant trois semaines de grève. N’étant pas entendues elles demanderont encore plus avec une mise à égalité des salaires entre hommes et femmes.

Le film a remporté trois prix au festival de Dinard : le Hitchcock d'Or, le prix du meilleur scénario ainsi que le prix du public. Il est programmé depuis aujourd’hui au Rex de Chatenay-Malabry (92). En ce jour dédié aux femmes (même si on peut regretter d’avoir une journée comme si nous étions des animaux en voie de perdition) les projections sont gratuites pour la gente féminine.

Je salue surtout la programmation de ce film sur plusieurs semaines parce que j’en ressors avec la pêche. Tout y est brillant : les décors (une ancienne usine Hoover au Pays de Galles qui restitue la même atmosphère), les costumes, la reconstitution fidèle de l’atmosphère de ce tournant historique, les dialogues avec des répliques qui fusent et tombent comme des couperets. Qui nous font réfléchir que le combat n’est pas terminé loin s’en faut.

C’est aussi un film que les hommes doivent se précipiter d’aller voir (dites leur que les nanas y sont fichtrement bien roulées et ils y courront). Ensuite laissez le charme et la détermination de Rita et de ses consœurs (des rôles de composition mais directement inspirés de personnages réels) et observez la transformation à la sortie. Une des grandes forces du rélaisateur est d'avoir pensé à insérer les véritables protagonistes dans le générique de fin en leur donnant la parole. c'est très fort !

Ne vous arrêtez pas à l’affiche honteusement ridicule qui suggère une comédie machiste. C’est tout le contraire. Le titre fait référence aux banderoles qu'arboraient les ouvrières lorsqu'elles manifestaient en juin 1968 devant le parlement afin de se faire entendre par Barbara Castle, alors secrétaire à l'emploi et à la productivité. Surnommée "Battling Barbara" en raison de sa détermination, elle lutte pour le droit des femmes tout en refusant d'être étiquetée féministe. Elle incarne la femme politique moderne, sympathique et proche des gens, loin de l'image de Margaret Thatcher dans les années 80. Malheureusement on pourrait les confondre dans le film en raison de leur ressemblance physique.

Le producteur Stephen Woolley a eu l'idée de We Want Sex Equality grâce à l'émission de radio The Reunion dont le but est de rassembler des personnes ayant participé à un évènement par le passé :
"Cette histoire m'a fasciné, notamment parce que ces femmes étaient tellement innocentes et apolitiques au départ. Elles n'avaient pas de compte à régler. Elles voulaient simplement être traitées d'égal à égal. Pour elles, ce combat était avant tout une affaire de bon sens."
Nigel Cole a été choisi pour le réaliser car il a précisément grandi dans la région de Dagenham, à l'époque de la grève. Le plus fort c’est qu’il ignorait tout de l’affaire avant qu’on lui apporte le scénario. Il explique que « les histoires de femmes en général sont oubliées parce que ce sont les hommes qui écrivent l'histoire et qui ne parlent pas des femmes.» Mais, du coup, il s’est emparé avec rage de cette trame pour en faire quelque chose de parfait, s’inspirant de sa mère, une intellectuelle condamnée à faire de la figuration à la maison alors que ses compétences l'auraient propulsée très haut si elle avait été un homme. Il se projette dans un très beau personnage masculin de syndicaliste qui joue le rôle d’un détonateur.

Après Calendar Girls, sorti en 2003, le voilà de nouveau avec un scénario féministe :
"Les deux films font la part belle à des femmes ordinaires qui se retrouvent imbriquées dans quelque chose qui les dépasse et les fait évoluer. Elles apprennent à gérer des situations auxquelles elles n'ont pas l'habitude d'être confrontées. "
Le réalisateur signe un film très drôle, émouvant, admirablement interprété, mais aussi formidablement engagé. Les dialogues sont percutants et le verdict tombe sans appel : ce que les femmes réclament ce ne sont pas des privilèges, mais des droits.

N’oublions tout de même pas qu’après avoir remporté leur combat ces femmes sont ... retournées travailler en usine. Tout comme celles qui ont fait tourner l'industrie et tenu les rênes économiques au cours de la première guerre mondiale ont gentiment repris leur "tablier" quand les époux sont revenus du front, attendant encore des décennies pour avoir ne serait-ce que le droit de vote dont elles jouissent seulement le 29 avril 1945 en France.

Précisément les livres d'histoire se limitent à ce succès là ... probablement parce que les hommes pensaient ad vitam aeternam gagner des voix aux élections, étant certains (hélas) qu'elles ne voteraient pas pour l'une des leurs. Pour le reste les progrès demeurent à accomplir. Le principe : à travail égal, salaire égal n'est pas encore une réalité, d'autant que les hommes progressent plus vite dans la hiérarchie, accentuant encore les écarts.

Le vrai souci aujourd'hui c'est que les femmes n'ont guère de modèles positifs identificatoires (alors que dans l'Angleterre des années 80 il y avait la Reine et le Premier Ministre) autre que des actrices et des top-models. Les chirurgiens, les chercheurs, les scientifiques qui ont l'audience des médias sont tous des hommes. Les enfants des écoles continuent de chanter des ritournelles où la place de la mère est au foyer alors que le papa est pompier.

Vous n'êtes pas encore convaincu (es) ? Alors écoutez et de grâce allez le voir en V.O. car les hésitations vocales des uns et des autres sont à savourer :

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