vendredi 18 mars 2011

La Permission de minuit

Le réalisateur annonce le sujet du film comme étant une histoire d’amitié hors normes entre David 50 ans, professeur en dermatologie, et Romain qu’il soigne et opère régulièrement depuis qu’il a diagnostiqué une déficience génétique rare qui le contraint à vivre à l’écart de la lumière du jour.

En sortant de la salle on peut s’interroger sur le message qu’on a voulu transmettre, s’il y en a un. Vincent Lindon interprète avec un immense talent, là n’est pas la question, un médecin border line qui, sur le plan déontologique, n’est pas à sa place. Il se laisse constamment manipuler par son jeune patient, lequel n’a pas forcément conscience des conséquences de ses exigences.

On ne peut pas accepter qu’au nom de l’amitié l'adulte mette l'enfant en danger pour réaliser ses propres rêves d’enfant comme lorsqu’il l’embarque en pleine nuit et sans prévenir personne dans une grotte pour l’initier à la spéléologie. On se dit que Fugue de minuit aurait été un titre plus adéquat car ce n’est pas exactement de « permission » dont il est question ici.

En tant que parent on comprend mal aussi que David ne s’intéresse pas une seconde à son propre fils. Il a bien de la chance d’avoir une épouse aussi compréhensive, encline à s’attendrir à le voir incapable de mettre une pièce dans un caddy alors qu’on nous le montre capable de prouesses à un championnat de France de dominos.

On peut admettre que cet "enfant de la lune" soit un adolescent qui ait les mêmes envies de tester les limites que les autres jeunes de son âge. On peut aussi comprendre qu’il ait besoin de se confronter à une figure paternelle. Mais les adultes doivent rester à leur place sous peine de provoquer de graves désordres dans la personnalité des enfants, un peu à l’instar de l’architecture des dominos dont la chute de l’un entraine celle des autres.

Par chance, la mutation de David, présentée comme une catastrophe, deviendra salutaire car elle permettra à Romain de grandir. Emmanuelle Devos interprète le médecin qui aura la lourde charge de prendre la succession. Son personnage se situe strictement dans les rails, avec néanmoins ce qu’il faut d’empathie pour assurer un certain confort de vie au jeune ado, et sans pour autant le mettre en péril. Comme quoi écouter l'autre ne signifie pas céder à tous ses désirs.

Par chance le scénario nous épargne une histoire d’amour entre les deux médecins, se limitant à la stricte rivalité homme-femme et à la querelle de pouvoir par rapport au patient.

Pour illustrer parfaitement cette question du cadre, au sens thérapeutique comme au sens cinématographique, le réalisateur privilégie les gros plans qui précipitent le regard du spectateur dans l’intime des personnages. Les éclairages, forcément en demi-teintes puisque l’enfant vit à l’ombre, confèrent une atmosphère de thriller.

Cette orientation aurait pu faire glisser le film carrément dans le registre de l’horreur si les scénaristes avaient un tout petit peu poussé le bouchon de ce coté là. Certaines scènes expriment une grande violence. L'accident de voiture du chirurgien (dont on ne suppose même pas qu'il puisse en réchapper) aurait pu être coupée au montage.

D'autres sont, de mon point de vue, plus subtiles et leur message est plus fort. Par exemple au début du film, alors qu'on ne sait presque rien de Romain, celle qui nous le montre se projetant bruyamment sur la vitre de la salle à manger, dessinant une longue silhouette blanche et fantomatique alors qu'il se laisse glisser sur le sol. On découvre ensuite seulement que cette trainée a été laissée par son corps recouvert de crème solaire.

Plus tard sa balade à l'air libre et sans aucune protection dans une rue piétonne, banale pour une personne ordinaire, suicidaire pour un garçon comme lui, a quelque chose d’effroyable.

Mais si l'ado grandit au cours du film il apparait que l’adulte lui, reste au même stade, incapable de lâcher prise comme le révèle la scène finale. Et on se surprend à se demander s’il en existe beaucoup des toubibs comme cela.

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