samedi 14 mai 2011

Pina 3 D, vue par Wim Wenders, un film qui promet

(billet publié du 3 mai, disparu suite à incident technique, rétabli le 14).
On pourrait hésiter à aller au cinéma voir le film, Wim Wenders et Pina Bausch ne sont pas connus du grand public. Pour moi, qui ai découvert l’univers chorégraphique de Pina à la fin des années 70 (Pina Bausch a fondé le Tanztheater de Wüppertal en 1976), ces images restituent la beauté, la force et l’intelligence du travail de cette artiste exceptionnelle qui a su fonder une troupe tellement soudée que la parole n’y était pas nécessaire pour communiquer.

Il faut souligner que Wim Wenders est lui aussi allemand, qu’ils étaient lié par une amitié longue de vingt-cinq ans et qu’ils ont partagé les mêmes points de vue artistiques. Le réalisateur aime les grands espaces et il a l’âme d’un poète. Pina aussi.

La technique de la 3 D n’est pas une fausse promesse. Le spectateur bénéficie d’un double avantage. L’action lui est restituée avec la qualité du cinéma, capable de focaliser l’objectif sur un visage, ou une main, et de lui montrer les choses en grand. La vision en relief procure la même émotion que celle qu’on ressent au théâtre. Sauf que depuis son fauteuil de cinéma on voit mieux qu’assis dans les derniers rangs d’une salle de spectacle.

PINA (3D) Un film de Wim Wenders - Extrait... par LosangeWeb
Le film est inclassable. Ce n’est pas une fiction, et pourtant il est soutenu par une part de rêve indéniable. Ce n’est pas un reportage, car il évite les interviews classiques, préférant ne donner que les réponses en voix off (ou sous-titrages) à des questions qui ont été posées hors caméra. Les visages impassibles de chaque danseur nous sont montrés plein cadre, avant de s’évanouir pour laisser apparaître leur corps en mouvement qui, lui-même, apporte une réponse dansée à la question qui n’a pas été entendue mais qui a été comprise.

Wim Wenders a filmé les trois quarts des ballets en extérieur, dans des décors naturels grandioses et surréalistes, ce que renforce encore la perception en relief. La troupe est installée à Wüppertal, une petite ville industrielle de la Ruhr, célèbre depuis 1901 pour son Schwebebahn. Ce monorail, suspendu à une dizaine de mètres du sol sous un viaduc ferroviaire de 13 km, est bien pratique pour circuler au-dessus de la vallée de la Wupper. La manière dont Wenders a filmé les wagonnets de couleur rouge vif rappelle le film le Cinquième élément.

Dans la liste des remerciements on lit le nom de Dominique Mercy, le plus proche collaborateur de Pina, qui est aussi son successeur, d’abord officieusement, à la tête du Tanztheater après la mort brutale de la créatrice le 30 juin 2009 (elle avait appris cinq jours plus tôt qu’elle avait un cancer en phase terminale). Dominique Mercy a eu avec la danseuse Malou Airaudo une fille, Thusnelda Mercy, qui appartient elle aussi maintenant à la troupe et que l’on voit dans le film.

Pina 3D se laisse regarder sans chercher à donner de leçon à quiconque, sans didactisme ni pédagogie. C’est un témoignage sur ce qu’est le Tanztheater voulu par Pina Bausch, c’est-à-dire, comme son nom l’indique du théâtre dansé. Sans prétention, sans chiffres, sans commentaires. Tout simplement vivant et magnifique, obéissant à l'injonction du sous-titre : dansez, dansez, sinon nous sommes perdus.

Photo et vidéo proviennent du site des Films du Losange.

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