mercredi 27 avril 2011

La ménagerie de verre mise en scène par Jacques Nichet

Cette fois ce n'est pas d'une avant-première que je vais vous parler, mais l'intérêt d'un blog n'est pas de courir après les nouveautés. Il est surtout de pointer ce qui est beau, rare et qu'il faut savourer, peu importe le moment où l'objet passe à votre portée.

Ce soir c'était la Ménagerie de verre, un titre énigmatique pour une mise en scène remarquable (et remarquée l'année dernière, ce qui lui valut notamment une nomination au titre de Molière des compagnies). J'étais d'autant plus motivée que j'avais vu la pièce de Benoit Solès, Appellez-moi Tennessee. Enfin une traduction signée Jean-Michel Desprats était l'assurance d'entendre un texte fluide.

J'ai été comblée et les spectateurs ont partagé la même émotion, applaudissant longuement les quatre comédiens.

Le dispositif scénique a été pensé pour servir d'écrin aux personnages. Un rideau de fils noirs en arc de cercle sépare la scène de la coulisse. La jeune Laura (Agathe Molière) s'y débat et tourne en rond an claudiquant comme une danseuse de boite à musique qui serait en déséquilibre.

La mère (Luce Mouchel) va et vient avec énergie, motivée par la volonté d'épargner à sa fille "le pain dur de l'humilité", habitée par l'espoir de la marier à un galant comme elle dit. Et le galant, ce pourrait être Jim (Dan Arus) puisqu'il trouve la jeune fille unique et jolie. Mais il n'a accepté l'invitation à dîner que par camaraderie, pour Tom qui est son collègue à l'usine. Hélas, il est déjà amoureux.

Tom (Stéphane Facco) est le récitant. C'est à travers son regard que l'on décrypte les espoirs et les chagrins des autres. Il convoque ses souvenirs qu'il inscrit sur un arrière-plan historique, illustré par des porjections d'images sur un écran qui occupe tout le fond de scène, derrière le rideau de fils.

Il tisse le vrai et le faux et joue avec les mots. Jacques Nichet double leur effet en les illustrant visuellement.
Ainsi la présence récurrente du grand écran illustre, au pied de la lettre, l'étonnement mêlé d'angoisse de la mère à propos des départs intempestifs du fils : tu vas vraiment au cinéma beaucoup trop souvent, lui reproche-t-elle en soupçonnant quelque embrouille.

Tom joue avec ses souvenirs tout en jouant avec les mots. Jacques Nichet a dirigé ses acteurs de manière à nous les faire entendre et à témoigner combien chacun vit enfermé dans son monde et dans ses rêves. Ainsi pour la mère, ce sont les mouvements de la lune qui rythment sa vie.

Le jeune homme invoque que tout le monde n'a pas l'instinct de l'aventure, prétexte la pénombre, l'alcool et le sexe en mimant un rodéo incroyablement réaliste avec sa redingote qui mérite de devenir une scène d'anthologie à l'instar des trémoussements de la mère boudinée dans sa robe de bal de jeune fille, ou encore la délicatesse éthérée avec laquelle Laura éteint les bougies en les pinçant une à une, comme si elle arrachait une écharde de rêve de chaque flamme.

C'est fort, sensible, saisissant.

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