jeudi 24 mai 2018

Tabarnak du Cirque Alfonse

Après avoir retourné la France avec Timberle Cirque Alfonse, qui est le plus québécois des cirques québécois revient à Paris à Bobino du 16 mai au 09 juin 2018 avec ce nouveau spectacle plus déjanté que jamais et à la folie contagieuse. 

Tabarnak démonte fougueusement les rites traditionnels au profit de numéros sensationnels qui laissent bouche bée. On assiste à une fresque musicale aux allures de show rock, une célébration exubérante qui mêle cirque et musique façon Alfonse…

Au tout début quelques artistes sont déjà sur scène quand le public commence à s’installer.

Deux d'entre eux lisent et trois autres tricotent, ce qui en soi est déjà inhabituel, d’autant plus quand vous saurez que ce sont des hommes. Ils ne se débrouillent pas si mal. Leurs doigts sont habiles et nous aurons bientôt d’autres preuves de leur agilité.

Ils finiront par être neuf. Notre œil tente de décoder la signification des accessoires. Beaucoup d’objets auraient leur place dans un cabinet de curiosités ou sur un marché aux puces. Un soldat de plomb de la taille d’un enfant de six ans, une paire de skis de randonnée datant du siècle dernier, un masque d’oiseau.
La radio grésille. Un bonimenteur fait office de commissaire priseur pour faire monter les enchères à propos d’un bonnet rouge, qu’il attribuera pour 130 euros à une spectatrice ahurie de le recevoir sur ses genoux, lancé par une jolie blonde.

La troupe connaîtra une ovation debout à la fin du spectacle. Mais pour l’heure rien n’est gagné et le public est sur la réserve. Le chauffage de salle est laborieux.
Alors, fémurs et tibias protégés par d’épaisses couches, la blonde hockeyeuse donne les règles. De un on se lève pour l’hymne. De deux on tape des pieds. Se lever c’est facile, les spectateurs obtempèrent. Taper des pieds c’est une autre affaire. On la laisse chanter et se déhancher pour mener une incantation peau-rouge.

On se rassoit rassurés. Nous allons passer un chouette moment.

Le numéro suivant démontre que les québécois sont passés maîtres dans le domaine des claquettes, qu’ils tapent et criquent assis sur des bancs d’église. On les comprend. A un tel rythme personne ne résisterait debout. Ils réinventent les sonorités qu’on a en mémoire en les décalant. On est touché par le virus et on aimerait maintenant pouvoir nous lever et taper du talon. Trop tard !

Ceux là savent tout faire. A pied ou sur roulettes, toujours en musique (interprétée en direct par trois musiciens qui sont aussi circassiens). Ils réinventent les jeux et danses traditionnels des cours de récréation avec une aisance qui est époustouflante.

Ils détournent les paroles des chants religieux avec art et en toute logique quand on sait que Tabarnak est presque tabernacle qui est un des jurons préférés de nos cousins d'outre-Manche. Je ne suis pas certaine que tout le monde les ait bien décryptés, d'une part en raison de l'accent québécois, d'autre part en raison de la perte des références catholiques dans notre société. Quoiqu'il en soit une oreille distraite songerait à des chants de marins.
Les objets religieux sont eux aussi revus et corrigés. Un vitrail deviendra balançoire acrobatique, un préservatif sera mirte papale, une cuve de plastique des fonds baptismaux, des bolas de jonglage ont une allure d'encensoir. On sonne les cloches en s'envolant comme le ferait Frère Jacques.
Les barres russes ont la souplesse du bambou. Les acrobates maitrisent aussi bien les sangles que le mât chinois. Ils savent aussi bien avoir recours à des objets que monter des colonnes impressionnantes sans aucun support.
Les musiciens emploient eux aussi des objets inhabituels comme la scie musicale et le tambour métallique quand ce ne sont pas de "simples" fouets de dressage qui se transforment en instruments. La tenue blanche immaculée du derviche soufi est devenue une robe de laine tricotée très colorée. 

Tout cela aurait pu être irrévérencieux, mais point du tout.

Tout s'enchaine avec vélocité, élégance et humour. Les porteurs deviennent un moment voltigeurs. Ces artistes sont complets et se défient dans la surenchère. Ils méritent amplement la très longue ovation debout qu'ils reçoivent avec émotion, avant de partir pour l'Italie poursuivre leur tournée.
C’est à partir d’un noyau composé d'Antoine Carabinier Lépine et Geneviève Gauthier, artistes de cirque, Julie carabinier Lépine, interprète en danse contemporaine et Alain Carabinier, vieil artiste dans l’âme, que s’est construit le Cirque Alfonse. Avec la complicité d’Alain Francoeur, metteur en scène, et Nicolas Descôteaux, concepteur éclairagiste, la compagnie créé son premier spectacle en 2006 : La Brunante. Les numéros de cirque prennent vie en danse et en jeu, dans l’idée de faire revivre les veillées de musique traditionnelle d’antan, en cuillers, gigue et claquette où toute la bastringue s’en donne à coeur joie.

En 2011, le clan se reforme et s’inspire de la vie dans les camps de bûcherons pour créer Timber ! Vivant tous ensemble pendant plusieurs semaines, artistes et créateurs façonnent dans la grange familiale un spectacle sortant des sentiers battus où tout est vrai : des liens familiaux aux accessoires de cirque réinventés à partir d’objets de la vie des camps. Le succès de cette création originale ne se dément pas, avec plus de 400 représentations dans 14 pays.

2014 voit la création de Barbu, une formule cabaret inventive et déjantée, revisitant les origines du cirque et les grandes foires d’antan. La musique traditionnelle maintenant teintée d’électro, enrobe cette fête excentrique et turbulente, acclamée dans tous les grands festivals.

Tabarnak, création festive et rassembleuse, voit le jour en 2017 dans la petite église de Saint-Alphonse-Rodriguez au bout de trois mois de création d'une grand-messe acrobatique et musicale.


Nouveau spectacle Tabarnak
Cirque Alfonse
Du 16 mai au 09 juin 2018
à Bobino!
14-20 Rue de la Gaité – 75014 Paris
Infos pratiques et réservations: www.bobino.fr
Mise en scène : Alain Francoeur
Acrobates: Antoine Carabinier Lépine, Julie Carabinier Lépine, Jonathan Casaubon, Jean-Philippe Cuerrier, Genevieve Morin, Nikolas Pulka.
Musiciens : Josianne Laporte, David Simard, Guillaume Turcotte.
Composition de la musique originale : David Simard
Conception des éclairages : Nicolas Descôteaux
Scénographie : Francis Farley
Costumes : Sarah Balleux
Direction artistique : Antoine et Julie Carabinier Lépine
Direction technique : Hugo Hamel et Nicolas Descôteaux
Support à la création : Alain Carabinier et Louise Lépine
Construction des éléments scénographiques : Alain Carabinier et Sylvain Lafrenière
Conception de la balançoire acrobatique : Renaud Blais

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